Fées, weed et guillotines – Karim Berrouka

18
Fées, weed et guillotines
est un roman one-shot de type urban fantasy écrit par l’auteur français Karim Berrouka. Publié dans un premier temps chez ActuSF, il est disponible en poche chez J’ai Lu au prix de 8 euros. Ce roman a reçu le prix Elbakin en 2014.

Jaspucine est une fée, envoyée dans le monde des humains pour accomplir une mission importante mais aussi retrouver Zhellébore, une ancienne amie à cause de qui elle a (littéralement) perdu la tête durant la Révolution française. Hélas pour Jaspucine, le monde humain a beaucoup changé depuis cette époque et elle s’attache donc les services d’un détective privé. Ç’aurait pu être simple, s’ils n’avaient pas, presque par hasard, mis à jour une conspiration bien plus grave qui promet de mettre le monde des fées en très grand danger.

Connaissant déjà Karim Berrouka pour ses romans le Club des punks contre l’apocalypse zombie et Celle qui n’avait pas peur de Cthulhu, je commençais ce livre sans trop m’inquiéter, me doutant que j’allais passer un bon moment. Et c’est ainsi que je peux résumer ce livre: un bon divertissement. Ni plus, ni moins. Je ressens donc une pointe de déception même si, en soi, ce livre est bien. J’en attendais simplement trop.

L’univers de ce livre ressemble fortement au nôtre et est prétexte à une critique sociale pleine de justesse. Le personnage de Jaspucine, fée de son état, est parfaite dans ce rôle. C’est un point que j’ai apprécié d’autant qu’à travers elle, on en apprend davantage sur le monde des fées. Karim Berrouka distille ses informations de manière intelligente, à travers des courriers qui datent de la Révolution, le journal du nuiton ou simplement en mettant le lecteur, comme ses personnages, devant les faits. C’est rapide, nerveux, on n’a pas besoin de davantage pour s’immerger et finalement, on est dans le même bateau que Marc-Aurèle et ses compagnons d’infortune.

Dans ce monde moderne, Marc-Aurèle (le détective privé) va devoir enquêter et accepter l’existence des fées, bien que ça arrive un peu plus tard dans le roman. Il entrainera avec lui son collègue Étienne et, par la force des choses, Guillaume alias Premier de la Classe (appelé comme ça tout le long du livre, hormis à une seule exception). Les personnages manquent un peu de saveur, à l’exception justement de Premier de la Classe qui est assez déconcertant par son intelligence, sa façon de résister au charme des fées, son comportement sur le terrain… On se demande par moment si on est bien devant le même personnage qu’au début, c’est déconcertant. Hormis lui et peut-être un peu Jaspucine, tous sont là pour remplir des rôles et incarner des caricatures. Sur le coup, ça ne m’a pas vraiment gênée mais dans la seconde partie du roman, on le ressent davantage et ça peut gêner.

L’intrigue est très classique et son déroulement n’offre pas vraiment de surprise au lecteur. J’irai même jusqu’à dire qu’il y a quelques longueurs, surtout quand les fées sont de la partie. Leur façon de s’exprimer entre elles et prodigieusement agaçante mais j’ai bien compris que c’était voulu par l’auteur. Par contre, le dernier chapitre (surtout le tout dernier paragraphe) remet les choses en perspective et m’a fait finalement revoir mon opinion première sur le livre. J’ai saisi le message de l’auteur et son intention artistique, plutôt intéressante et, comme toujours, à contrepied de ce qui se fait habituellement.

On présente ce roman comme une revisite humoristique du roman noir et de l’urban fantasy. C’est vrai, mais ceux qui ont déjà lu l’auteur auront un goût de trop peu à ce niveau. L’humour ne m’a pas particulièrement transcendée. J’ai peut-être souri une fois ou deux, sans plus. Sûrement parce que je m’attendais à quelque chose de plus poussé, de plus déjanté. Si ç’avait été le tout premier roman que j’avais découvert de l’auteur, je l’aurai très certainement bien plus apprécié.

Pour conclure, Fées, weed et guillotines n’est pas un mauvais livre. Le lecteur passera sans nul doute un agréable moment de détente avec cette réécriture humoristique d’un texte d’urban fantasy plutôt classique.

Artères souterraines – Warren Ellis

9782253178910-T

Artères souterraines est un thriller écrit par Warren Ellis et publié chez le Livre de Poche au tout petit prix de 6.60 euros. Et franchement, pour si peu, c’est dommage de se priver d’un tel ouvrage!

Artères souterraines raconte l’histoire de Mike McGill, le détective privé le plus malchanceux du monde. Si une merde doit lui arriver dans son travail, elle lui arrivera. Une affaire banale se transforme forcément en voyage dégueulasse, de quoi vous retourner l’estomac et vous offrir une bonne séance de psychothérapie. Alors quand le Secrétaire d’État débarque dans son bureau pour lui proposer une affaire, justement parce qu’il est du genre poissard et pas trop impliqué politiquement… Vous pouvez être certain que ça va partir totalement en cacahuète ! Son boulot ? Retrouver une seconde version de la Constitution, écrite par les pères fondateurs des États-Unis, capable de changer radicalement la face politique et sociale moderne. Le souci ? On a perdu sa trace…

Ce roman est délicieusement scandaleux. Derrière ses facettes de polar assez classique se cache un petit bijou décadent narré à la première personne par un détective blasé (mais pas trop) qui a déjà pu contempler les côtés les plus dégueulasses de l’être humain. Et quand je dis dégueulasse, ne vous attendez surtout pas aux classiques. Si je vous dis autruche, reptile, dauphin… Vous pensez zoophilie? Ah, ce livre a tellement à vous apprendre. Le premier chapitre annonce déjà la couleur et m’a offert un tel fou rire que j’ai eu besoin de facilement cinq minutes pour me reprendre ! Alors la suite, je ne vous raconte même pas.

Le style de l’auteur est propre à son personnage. Tout se passe dans la tête de Mike et si certains déploreront l’absence de description, il faut bien avouer qu’on n’en a pas véritablement besoin. Il va à l’essentiel, nous montre ce qui importe et laisse à notre imagination le soin de faire le reste. Le tout avec un vocabulaire maîtrisé qui permet de donner une personnalité unique à son protagoniste et à nous le faire immédiatement adorer. C’est qu’il est attachant, ce poissard qui ne s’est résigné à marcher dans la merde. Je crois que c’est l’un des éléments qui m’a le plus conquise : on n’a pas un héros qui se plaint et chouine sur la misère du monde. Il assume, il rend parfois les coups, il n’hésite pas à montrer qu’il en a et se bat pour ce qui est utile. Enfin… Il essaie.

L’autre grand protagoniste de cette histoire, c’est Trix, qui accompagne Mike. Une étudiante en science sociale omnisexuelle qui s’embarque dans cette aventure parce qu’elle promet de les amener à côtoyer des perversions sexuelles inédites. Si j’en parle, c’est pour aborder un point important du roman : ses réflexions philosophiques et sociales. Artères souterraines est plus intelligent qu’il n’y parait et propose notamment une interrogation sur le concept de mainstream, sur la perception sociétale de la sexualité, que j’ai beaucoup apprécié. Deux points de vue se confrontent, entre Mike et Trix, pour nous offrir un récit percutant, très « what the fuck » qui ne pourra que conquérir les lecteurs en manque d’ouvrages qui osent sortir des sentiers battus.

En bref, je recommande très chaudement ce thriller qui nous offre une plongée dans l’Amérique décadente. Il est porté par la voix d’un détective privé délicieusement cynique qui ne pourra que vous faire succomber. Artères Souterraines est une lecture coup de cœur signée ici par un auteur américain que je ne connaissais pas et dont je vais m’empresser de me pencher sur la bibliographique. Je vous invite à faire de même et à laisser une chance à cette petite perle suintante. Vous ne le regretterez pas !