À l’ombre du Japon #41 { Je (re)lis Tokyo Ghoul (arc du prologue + le drame des Fueguchi) }

Ohayô minasan !

J’ai récemment entamé une nouvelle relecture, cette fois consacrée au manga Tokyo Ghoul qui m’avait fait forte impression il y a quelques années lorsque j’ai lu d’une traite les quatorze tomes de la série principale. Je n’hésite d’ailleurs jamais à le citer comme l’un de mes mangas favoris… Mais est-ce toujours le cas à l’heure actuelle ? Comment est-ce que je considère l’œuvre en 2021 ? Et de quoi ça parle, au fait, Tokyo Ghoul ? Autant de questions auxquelles je vais tenter de répondre dans cette nouvelle série d’articles, sur le même format que ma relecture de Black Butler, en évoquant les différents arcs narratifs qui parsèment le manga.

Attention, cet article concerne les tomes 1 à 3 du manga publié chez Glénat. Les extraits visuels appartiennent à Sui Ishida et à Glénat.

De quoi ça parle ?
Ken Kaneki est mortellement blessé un soir et ne doit la vie qu’à la greffe de l’organe d’une goule effectuée par un médecin peu scrupuleux. Dans ce Tokyo alternatif, les goules vivent en parallèle des humains et leur existence est connue. Elles se nourrissent de chair humaine et sont traquées par le CCG. Avec un pied dans les deux mondes, Ken Kaneki va devoir mettre de côté ses préjugés pour apprendre à survivre…

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Premier arc : prologue.
Le prologue couvre les neuf premiers chapitres du manga qui servent à poser les bases de l’univers et des réflexions philosophico-morales qui vont le parcourir. En quelques mots, voici ce qu’il faut savoir : l’histoire se déroule à Tokyo, une capitale nippone divisée en une vingtaine de secteurs dans lesquels les goules se mêlent aux humains. Les goules existent depuis très longtemps, peut-être même depuis toujours ou du moins, c’est ce qu’il semble à première vue mais on dispose de peu d’informations à ce sujet, du moins à ce stade. Dans ce monde moderne, elles sont traquées par les inspecteurs du CCG (Centre de Contrôle des Goules) puisque certaines d’entre elles attaquent des humains pour s’en nourrir.

Une goule ressemble physiquement à un humain hormis sur les points suivants : en théorie, on nait goule, on ne le devient pas. Il s’agit donc d’une espèce à part avec ses propres règles et valeurs. Une goule ne se nourrit que de chair humaine, toute nourriture « normale » a un goût immonde, elle doit donc apprendre à le cacher pour se fondre dans la masse. Une goule est plus forte qu’un humain et plus résistante aussi, si bien qu’elle ne peut être blessée que par une autre goule. Une goule a des yeux rouges qui se manifestent notamment quand elle a faim. Et enfin, une goule possède un kagune, qui prend différentes formes en fonction du type de goule (ailé, blindé, écailleux et à queue). Ce kagune est une arme qui permet à la goule de se battre et de conquérir, par exemple, un territoire. Ou de se défendre.

Là, vous vous demandez peut-être comment s’y prennent les inspecteurs du CCG pour les tuer si on ne peut blesser une goule qu’avec une autre goule ? Et bien en s’emparant du kagune des goules pour le transformer en quinque, ce qui leur permet donc de les affronter et même de les battre. Et ainsi de récupérer de nouveaux kagunes…

Tous ces éléments sont découverts petit à petit par Ken qui, jusqu’ici, était un humain tout à fait normal qui pensait que les goules étaient toutes des prédatrices et donc que les éliminer relevait du bon sens. Recevoir l’un des organes de Lize (une goule qui a essayé de le manger, d’ailleurs) va changer la donne puisqu’il va développer un appétit pour la chair humaine ainsi qu’un kagune, tout en conservant ses valeurs morales. Il refusera pendant longtemps de se nourrir de chair humaine, ce qui apportera évidemment son lot de problème. Ses convictions et certitudes vont être mises à mal par sa rencontre avec des goules qui ne collent pas au stéréotype véhiculé dans les médias. Petit à petit, Ken va se rendre compte que les goules sont comme les humains. Certaines sont « gentilles » et d’autres sont de vraies sociopathes. Ainsi, le manga paraitra manichéen au départ mais les nuances arriveront petit à petit.

Deuxième arc : le drame des Fueguchi
Très tôt dans le manga, Ken va rencontrer Hinami et sa mère, qui sont des goules incapables de chasser. Elles se fournissent donc en viande au café l’Antique qui est un sanctuaire pour goules. De prime abord, Hinami et sa mère paraissent inoffensives et se cachent d’ailleurs des inspecteurs du CCG qui ont tué leur mari / père récemment. Impossible de ne pas compatir à leur histoire. Comme cette révélation intervient très tôt, on comprend vite qu’il existe différents styles de vie chez les goules et que peu importe celui qu’elles adoptent, elles seront quand même tuées à vue sans que les inspecteurs ne cherchent plus loin. Il faut dire qu’ils semblent victimes d’un gros bourrage de crâne…

Cette enquête va permettre au lecteur de changer de point de vue pour pénétrer au sein même du CCG afin d’y rencontrer les inspecteurs Amon et Mado. Le premier vient de sortir de l’Académie et est en binôme avec le second qui le forme sur le terrain. Mado est un personnage assez dérangeant et malsain qui est passionné par les quinques et n’a aucune considération pour la vie des goules. Il suffit de voir comment se déroule son affrontement avec Mme Fueguchi pour s’en convaincre… Amon est comme lui et ne remet rien en question, jusqu’à sa rencontre avec Ken qui va le pousser à s’interroger. La manière dont il se remet en question, lentement, par petites touches, apporte une crédibilité au personnage et un grand intérêt car on sent qu’au contraire de Mado, il y a une place pour une évolution chez Amon que je vois un peu comme le pendant « humain » de Ken Kaneki.

Cet arc se déroule du chapitre 10 au chapitre 29 (plus ou moins) et apporte de premières pistes réflexives sur la nature des goules, sur une cohabitation possible avec les humains (les goules de l’Antique se nourrissent par exemple des corps des personnes suicidées, ce qui ne fait pas de mal) mais aussi sur la notion de vengeance, une décision à laquelle Hinami se retrouvera confrontée. Ce sont des évènements denses et intenses qui s’enchaînent à un rythme maîtrisé, offrant ainsi un page-turner efficace. Notez d’ailleurs que tout ce dont je vous ai parlé jusqu’ici se passe sur seulement trois tomes ! Au quatrième, on change déjà d’arc narratif. Un article complet y sera consacré car il marque, je trouve, un gros tournant au sein du manga.

Ken Kaneki, un protagoniste principal enthousiasmant.
Outre le chara-design sublime et l’écriture soignée en terme non seulement d’intrigue mais aussi de réflexion, un des gros points forts du manga est Ken Kaneki, son protagoniste principal. On le rencontre alors qu’il est étudiant à l’université et se rend au café l’Antique (sans savoir qu’il s’agit d’un repaire de goules…) avec son ami Hide. Là-bas, il craque sur une fille, Lize, parce qu’elle lit un roman de son auteur préféré : Sen Takatsuki. Il s’agit d’un auteur fictif inventé dans la diégèse du manga (et qui aura son importance plus loin dans l’intrigue) mais Ken est, dans l’ensemble, un littéraire dans l’âme si bien que le texte est parsemé de citations et de références diverses à la littérature ou à la philosophie. Je pense que c’est un des points qui m’a le plus enthousiasmé au départ en tant que littéraire. D’autant que lors de ma première découverte du manga, j’étudiais moi-même cette matière…

Ken est un garçon avec des principes mais qui accepte de se remettre en question. Il est même curieux de comprendre, d’évoluer, il cherche donc à échanger avec des personnes dont le point de vue diverge du sien afin de l’intégrer dans sa réflexion. Le monde brutal des goules est à des années lumières de sa personnalité et il n’y aurait probablement pas survécu sans l’aide de Toka ou du patron de l’Antique, mais on reviendra là-dessus car évidemment, l’arc suivant amorce déjà un changement assez radical avec l’arrivée du Gourmet… On en reparlera dans un prochain article.

Et voilà, on arrive au bout de cette première mise en bouche sur le manga Tokyo Ghoul et ma relecture de celui-ci qui est, pour le moment, aussi enthousiasmante que ma première découverte ! N’hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé, on se retrouve bientôt pour un billet sur les arcs suivants.

Mata itsu ka, ja ogenki de !
( À bientôt et prenez soin de vous !)