Perfect Crime – Yûya Kanzaki & Arata Miyatsuki

perfect crimePerfect Crime est un seinen publié chez Delcourt / Tonkam au prix de 8 euros. Il s’agit d’une série de type thriller psychologique avec Yûya Kanzaki au scénario et Arata Miyatsuki au dessin. C’est, a priori, leur premier manga à tous les deux et je dois avouer que c’est une vraie réussite !

Pour info, la série est toujours en cours au Japon, elle comporte actuellement cinq tomes là-bas alors que le tome 3 vient de sortir ici, nous sommes donc presque en simultané. Je ne sais pas combien de tome il y aura en tout mais vu la construction de la série, ça ne devrait pas dépasser la dizaine. De mon côté, j’ai actuellement lu les trois premiers volumes et je vous propose donc un retour sur trois tomes.

Perfect Crime raconte l’histoire de Tadashi Usobuki, qui est un tueur à gage… Pas comme les autres. Son secret? Il ne tue jamais de ses propres mains. Il est l’homme aux crimes parfaits, le tueur de la cabine téléphonique. L’idée, c’est que si on veut la mort de quelqu’un, on dépose un petit mot dans une cabine téléphonique et il se débrouille pour nous contacter. Chaque chapitre de Perfect Crime met en scène un contrat différent qui finit toujours par se retourner contre celui qui l’a lancé. Et oui, toujours bien réfléchir à ce que l’on souhaite, surtout quand Usobuki est dans les parages ! Engager Tadashi Usobuki, c’est un peu comme pactiser avec le diable: on a de grandes chances de le regretter et de se faire avoir !

Quand je vous disais qu’il n’était pas ordinaire, ce n’est pas seulement parce qu’il ne se salit jamais les mains… Tadashi Usobuki est particulier. Croiser son regard, c’est tomber en son pouvoir, sauf pour quelques rares personnes. Sa capacité de suggestion est tellement puissante qu’on tombe presque dans le fantastique. Pourtant… Ce n’est pas le cas, même si c’est plutôt flou. Et ça fait aussi l’intérêt du manga, on n’est jamais certain d’être face à un « simple » humain ou face à quelque chose de plus grand. Quelle que soit la réponse, une chose est sûre, Usobuki s’amuse beaucoup des faiblesses de l’humanité. Étrangement, ça me le rend sympathique !

Perfect Crime ne se contente pas d’enchaîner les scènes de morts violentes ou les crimes odieux. C’est une mise en abîme de toute l’horreur humaine, de ce que l’Humanité a de pire en elle, ce qui nous force à réfléchir sur notre condition. Est-ce que Tadashi Usobuki est un humain ? Oui, non, peut-être… Il les méprise, il s’amuse d’eux et de leurs réactions, il se considère comme à part, mais est-ce parce qu’il appartient à une autre race ou plutôt parce qu’il est un sociopathe? Le mystère plane systématiquement, ce qui est très agréable et témoigne de la maîtrise scénaristique qu’a Yûya Kanzaki. Je me demande jusqu’où ils iront.

Outre les scènes avec ses clients, Usobuki est poursuivi par un inspecteur de police qui lui en veut beaucoup puisqu’il a tué l’une de ses collègues. Le problème c’est que plus on avance, plus on craint que l’inspecteur ne tombe tête la première dans les ténèbres qui entourent Usobuki. Ce n’est pas une banale chasse à l’homme, l’intrigue met son accent ailleurs. J’ai plutôt l’impression qu’il s’agit d’une réflexion sur le système judiciaire, sur le concept même de justice, plus particulièrement lorsqu’elle est appliquée à l’Homme. Bref, ce n’est pas juste un manga avec du sang, un peu de sexe et un personnage principal qui fait figure d’anti-héros. Et cela me plait !

Ce manga ne dément pas sa phrase d’accroche, il s’agit bel et bien d’un thriller psychologique haletant et intriguant. Je suis curieuse de voir jusqu’où les auteurs pousseront le vice et comment se terminera cette macabre histoire. C’est un manga que je conseille à tous les amoureux des thrillers psychologiques et à ceux qui aiment qu’une histoire ait un véritable fond. C’est une bonne série à suivre de près, je vous la recommande.

Les traducteurs de rêves – Gaëlle Dupille

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couverture (c) Vael Cat

Les traducteurs de rêves est un roman court fantastique publié aux éditions l’Ivre-Book en format numérique, au prix de 2.99 euros. Vous pouvez également le retrouver sur toutes les plateformes numériques, dont Amazon. Ce n’est pas le premier ouvrage de Gaëlle Dupille mais c’est celui avec lequel je la découvre. Et quelle découverte !

Les traducteurs de rêves, c’est avant tout un conte, certes un peu macabre, mais surtout philosophique, sur la nature de l’écrivain. Une réflexion philosophique, donc, parsemée de conseils à l’attention non seulement des jeunes auteurs mais aussi des plus vieux ou des plus aguerris, parce qu’ils ne manqueront pas de provoquer une réflexion bienvenue. Pourquoi écrit-on? Comment s’y prendre? Qu’est-ce qui fera, ou non, le succès d’un ouvrage? Doit-on se prostituer pour le succès en ajoutant à notre histoire des éléments « à la mode » ? Toutes ces questions, Gaëlle y répond avec justesse à travers l’aventure de ses deux personnages principaux.

Nous suivons Lewis Rabbit, un auteur qui s’écharne depuis deux ou trois ans à envoyer ses manuscrits à différentes maisons d’édition d’Edimbourg, sans succès. Il subit ce qu’ont subi un jour tous les jeunes auteurs: les refus en chaîne, avec ou sans motivation, les retours cinglants, l’abattement, le découragement, les extrémités auxquelles ça peut nous mener. Il est mal entouré, n’a pas d’amis à cause de son caractère difficile mais, surtout, à cause de sa maladie mentale. Au départ, ce personnage m’a agacée parce que j’ai reconnu en lui le portrait et les comportements de certains auteurs, qui m’exaspèrent. Par la suite, grâce aux révélations, mon opinion a un peu évoluée et j’ai eu de la peine pour lui, sans pour autant réussir à lui pardonner tout ce qu’il a pu faire au fil du récit. C’était une rencontre assez troublante et pleine de paradoxes, ce qui dénote le talent de Gaëlle pour la mise en scène et la création de personnages intrigants. C’est agréable de ne pas suivre un héros parfait. Lewis Rabbit est certes malade, mais il est profondément humain, dans ce que l’Humanité a de plus honteux et pitoyable.

En parallèle de Lewis Rabbit, nous rencontrons Georges Chronos, un vieil homme doué d’un talent hors du commun: celui de prédire le succès d’un livre en le touchant. Rapidement, on se rend compte qu’il fait bien plus que cela. En entendant parler de Georges, Lewis se rend immédiatement dans sa boutique (le vieil homme est horloger) pour le convaincre de prédire l’avenir de son livre. Malheureusement, la réponse ne lui plait pas et la situation dégénère… Pour l’intrigue en elle-même, je vous laisse découvrir en lisant.

Ce qui m’a marqué dans ce roman, ce n’est pas tant l’intrigue ou les personnages qui remplissent surtout des fonctions (comme dans tous les contes) mais bien le message que cherche à faire passer l’auteure. Il est culotté, parce qu’elle ose briser les tabous du milieu éditorial et surtout, de la mentalité néfaste qu’ont parfois les auteurs. C’est osé, instructif et je pense sincèrement que ce roman devrait être lu par tout qui veut devenir écrivain un jour. Il apprend l’importance de la remise en question, sur soi mais également sur son œuvre. Il attire l’attention sur des détails auxquels on ne songe pas forcément mais qui ne sont pas négligeables. Le tout est servi par une plume simple, rythmée, percutante dans le choix des mots qui collent parfaitement à sa problématique.

Je vous conseille les traducteurs de rêves, c’est une lecture intéressante dont vous ne ressortirez pas indemnes. Elle vous apportera forcément quelque chose, vous forcera à réfléchir, tout en vous offrant un bon moment de distraction. Au passage, j’ai particulièrement aimée la fin, qui me semblait très à propos.

J’achève sur un petit extrait du roman, qui illustrera mon propos et celui de Gaëlle. « Si vous écrivez pour devenir riche, alors, ce n’est pas une bonne raison. Selon moi, on devient auteur pour partager ses pensées les plus intimes, ou même ses peurs avec les autres. Écrire, c’est un peu comme lorsqu’on fait un songe si inhabituel, si surprenant, que l’on a envie de le raconter à tout le monde autour de soi. Les auteurs sont, en quelque sorte, des traducteurs de rêves, capables de mettre des mots sur des images, des sensations ou des odeurs qui les assaillent et d’emporter leurs lecteurs avec eux dans leurs songes. »

Bonne lecture ! ♥

Retrouvez Gaëlle Dupille sur sa page auteure & sur son blog.