RÉFLEXION – Quand COVID-19 menace la littérature…

Bonjour à tous !
Y’aura pas de VendrediLecture aujourd’hui mais on va quand même parler de littérature et d’un sujet grave, d’actualité. Hier, j’ai posté dans le groupe du Printemps de l’Imaginaire francophone pour inciter les participants au challenge à quelque chose de très simple (je sais, t’es en suspens là). Entre temps, mon message a été relayé par plein d’auteurs et d’éditeurs, avec une ampleur dont j’ai été la première surprise. Mais tant mieux ! Suite à ça, j’ai également écrit un thread sur Twitter mais au cas où tu vis dans une grotte, je me suis dit que c’était l’occasion de ressortir les réflexions de l’ombre du placard.

Comme dirait l’incontournable Max Bird… Reprenons depuis le début.

Pendant la foire du livre de Bruxelles, j’ai discuté avec pas mal d’éditeurs qui s’inquiétaient de l’annulation en chaîne des salons. Made In Asia (Belgique), Livre Paris, Bondues, et je ne vous parle que de ceux auxquels je devais assister. On a même commencé à suer un peu en imaginant une possible annulation des Imaginales (non, n’y pense pas, toi aussi tu vas faire des cauchemars). Puis est venue sur le tapis la délicate question des finances.

Ce n’est pas forcément clair pour tout le monde mais beaucoup d’éditeurs qu’on appelle « les indépendants » -tout comme beaucoup d’auto-édités- vont terriblement souffrir de ces annulations sur un plan financier. Pourquoi? Et bien parce que tous ces salons sont annulés à la dernière minute. Cela signifie que les éditeurs (et AE) ont commandé un stock important de romans en prévision des évènements à venir, stock pour lequel ils ont payé… Mais qu’ils ne vont que difficilement rentabiliser. D’autant que la plupart d’entre eux ne sont pas distribués en librairie.

Vous allez me dire, c’est pas bien grave ! Un livre, ça ne se périme pas, ils vont les vendre plus tard. Oui… Sauf que les finances d’un éditeur indépendant (et d’un AE) sont fragiles. Un salon, passe encore. Mais, deux, trois, quatre et au-delà comme on le vit en ce moment… Ça devient gravissime. Si l’argent ne rentre pas, l’éditeur (et l’AE) ne pourra plus sortir des nouveautés, aura difficile de participer à de nouvelles manifestations, etc. Tu vois le cercle vicieux ? Dans un monde parfait, l’investissement des stands serait totalement remboursé histoire de compenser un peu mais c’est loin d’être le cas (coucou Livre Paris). Du coup, réfléchissons deux secondes : si tout l’argent sort des caisses sans y rentrer, il se passe quoi ?

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Vous pensez peut-être que je m’alarme pour pas grand chose mais en réalité, la plupart des éditeurs et des auto-édités ne vont pas bien du tout et craignent pour l’avenir. Déjà qu’en temps normal, le milieu est difficile… L’actualité n’arrange rien et précarise une profession, un  milieu, déjà au bord du gouffre.

Que faire, me demanderez-vous ? Parce que paniquer, c’est bien joli mais agir, c’est vachement mieux. Et bien c’est simple. Passez commande de romans directement sur le site des éditeurs. Réduisez au maximum les intermédiaires afin que les éditeurs et par extension leurs auteurs puissent récupérer leur investissement et qu’ils continuent à exister, à sortir des nouveautés, à nous permettre de rêver. Craquez sur les titres récents ou explorez le catalogue à la recherche des plus anciens. N’hésitez pas en vous disant que ça attendra le prochain salon, parce qu’on ne sait pas, en vrai, quand ça il se déroulera, ce prochain salon. Il sera peut-être déjà trop tard. Cédez à la tentation, même pour un seul roman ! Si chaque personne qui lit ce billet achète un livre chez un éditeur indépendant, alors la situation ne sera plus aussi catastrophique. Et si vous n’avez pas les moyens ou que votre PàL menace de s’écrouler sur vous, vous pouvez au moins relayer l’information afin de sensibiliser vos connaissances, vos amis, votre entourage.

Merci pour votre attention, je compte sur vous ♥
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PS: Facebook n’a toujours pas levé la censure sur mon blog donc n’hésitez pas à partager le message (vous le retrouverez un peu partout, sinon ne vous gênez pas pour reprendre le propos de l’article) et à relayer ce billet sur votre propre blog et / ou sur Twitter (où il n’y a aucun souci). Je vous le dis pour pas que vous ne soyez blacklistés vous aussi. J’vous jure, c’est top comme situation.

RÉFLEXION – un petit rappel de temps en temps…

Salutations amis de la blogosphère !
Ça fait un moment que je pense à écrire ce billet et que je procrastine puissance 1000 parce que… Bah ça ne va pas être long. Et j’ai l’impression d’enfoncer une porte ouverte. Mais j’avais envie de pousser un mini coup de gueule (j’aime bien ça moi, que voulez-vous) à l’attention des éditeurs et des auteurs.

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Le gif de Sherlock, c’est gratuit et ça fait toujours du bien.

Pourquoi n’y a-t-il quasiment jamais de résumé au début des tomes qui composent une saga ?

Quand comme moi (et comme beaucoup parmi vous d’ailleurs) on lit une centaine de romans par an (et autant de mangas), comment peut-on humainement se rappeler de tous les détails et rouages qui composent un univers parfois dense et riche ? Il y a certains auteurs qui mettent des rappels dans le texte et c’est super mais ça ne fonctionne pas toujours, sans compter que ça casse le rythme de lecture et / ou d’action. Notez que je ne donne pas dans la généralité, certains s’en sortent plus qu’honorablement et certains ont même opté pour le résumé en question. Mais ils sont rares. Trop rares.

Est-ce qu’il ne serait pas temps d’instaurer une norme où en quelques lignes si pas quelques pages pour les gros pavés, l’auteur résumerait les points importants du tome précédent? Si ça t’intéresse et que t’en as besoin, tu le lis. Si t’as une mémoire à toute épreuve, tu passes. Mais au moins, t’as le choix. On pourrait me dire que ça gâcherait des subtilités au sein de l’intrigue puisque le lecteur devinerait sur quoi focaliser son attention. Et dans certains cas, c’est peut-être vrai mais pas dans tous et je pense que l’exercice peut être mené de manière efficace en plus de représenter un petit défi sympathique pour les auteurs (ou les éditeurs en fonction de qui s’y colle). D’ailleurs, la pratique existe déjà en manga et ça ne m’a jamais rien gâché, que du contraire. C’est même absolument vital sur ce médium et pourtant le rythme de publication des tomes est souvent plus rapide.

Comme l’a dit l’ami Apophis un jour (je ne sais plus dans quelle chronique malheureusement du coup je cite l’idée globale un peu teintée par ma propre interprétation, si je me trompe que je sois dévorée vivante par le grand serpent) il est compréhensible que l’auteur pense son univers inoubliable mais il l’est rarement, en réalité. Et les lecteurs sont humains, ils ont besoin qu’on leur rafraichisse la mémoire car tout le monde ne lit pas une saga d’une seule traite. Déjà parce que c’est rarement possible si on parle d’actualité littéraire. Ensuite parce que, personnellement, même quand j’ai tous les tomes, j’aime varier les plaisirs pour mieux en profiter par la suite. Un bon exemple récent concerne la saga du Carrousel Éternel au Chat Noir, complète sur quatre tomes que je possède et que j’ai acheté en une fois. J’en ai déjà lu deux, les suivants attendront plus que probablement novembre et décembre parce que si je me les enfile en une fois, je sais que ça risque de me saouler.

Donc voilà. Amis éditeurs, amis auteurs, s’il vous plait… Pensez-y. Je pense parler au nom de tous quand j’affirme que ça plaira à beaucoup de monde.

Quel est votre avis là-dessus? 🙂
N’hésitez pas à en discuter dans les commentaires !

RÉFLEXION – l’autoédition, ce choix (et pas par défaut !)

Salut à tous !
J’avais envie de vous parler aujourd’hui d’un sujet porté à ma connaissance hier et qui, je vais être honnête, m’a choquée. Du coup j’ai décalé mes deux prochaines chroniques afin que ça sorte, je DEVAIS écrire là-dessus. Pour le détail complet, je vous laisse lire l’explication de la principale concernée dans son article : quand un éditeur te renvoie vers l’autoédition.

Oui. Vous avez bien lu.
Et je sais de source sûre qu’elle n’est pas la seule à avoir reçu cette réponse. DU TOUT, même.

Pour vous résumer l’histoire, un éditeur que je ne vais pas citer mais qui pèse quand même lourd dans le milieu a répondu à sa soumission de manuscrit en refusant de la publier. Jusque là, pas de problèmes. Aucune justification mais là aussi, pas de soucis, on sait à quoi s’en tenir et ils sont débordés donc s’ils doivent expliquer le pourquoi du comment à tout le monde, c’est pas six mois de délais d’attente mais six ans dont ils vont avoir besoin. Par contre, ils ont quand même pris la peine dans le mail de lui dire qu’elle pouvait toujours s’autopublier sur Librinova.

Voilà, je vous laisse deux minutes pour digérer avant de commencer à tempêter.

On a donc un éditeur professionnel qui existe depuis des dizaines et des dizaines d’années, une structure assez importante sur le marché francophone qui conseille à une autrice d’autopublier son manuscrit (sûrement chez un partenaire commercial, on ne va pas se mentir, histoire de ne pas se mouiller mais d’y gagner quelque chose. Y’avait même un code promo joint avec qui consistait en le nom de l’éditeur et l’année… sans déconner. Je vous laisse achever le cheminement par vous même.) alors que son propre comité de lecture n’en a pas voulu. Vous allez me dire, peut-être qu’ils l’ont trouvé bon mais qu’il n’entrait pas dans leur ligne éditoriale. Oui… mais non. Parce que l’autrice concernée (ainsi que les autres à ma connaissance) est quelqu’un de sérieux qui se renseigne avant d’envoyer son manuscrit dans une maison, déjà. Et ensuite, parce qu’ils n’ont rien dit de tel dans le mail. De plus, si l’autrice a choisi d’envoyer son manuscrit à un éditeur de type conventionnel, c’est qu’elle désirait ce type d’édition pour son roman. Une chance dans son malheur, il s’agit de quelqu’un du milieu, qui s’y connait et ne va pas tomber dans le panneau mais… Je suis certaine que ce mail a déjà été envoyé à des débutants, des gens qui ignorent tout du fonctionnement de la chaîne du livre et qui ont du se dire « bah oui je vais faire ça, quel bon conseil ! » pour finalement commencer très mal leur carrière et en finir dégoûté.

Outre le problème humain et éthique que cela pose (pourquoi ne pas saturer davantage un marché déjà saturé après tout…), je trouve que c’est une insulte envers tous les auteurs qui choisissent de s’autoéditer. J’insiste sur ce terme car hier quelqu’un de très censé a fait la distinction entre autoédition et autopublication. Le premier implique un travail éditorial identique (si pas davantage soigné vu qu’on ne va pas se mentir, plus l’éditeur est gros et plus il se permet de laisser des coquilles… Pas systématiquement, mais ça arrive trop souvent) que celui des maisons d’éditions de grande envergure là où le second signifie simplement imprimer son roman sans aucune intervention de professionnels, d’aucune sorte (graphiste, correcteur, etc.) parce que on n’a pas les moyens / on n’y connait rien / les lecteurs s’en fichent des fautes (sans rire, on me l’a déjà dit). L’autoédition est un choix, un choix censé que de plus en plus d’auteurs font pour parvenir à vivre de leur art parce qu’il y a un problème dans ce milieu. Même Samantha Bailly a tenté l’expérience ! Quand on pense que la ligue des auteurs professionnels doit se battre pour obtenir un minimum de 10% de droits d’auteur alors que sans l’auteur en question, le livre n’existerait même pas… On évolue dans un système complètement absurde. Alors je comprends l’autoédition et je la soutiens avec plaisir quand elle est faite correctement. J’admets que ça n’arrive pas souvent, mais ça arrive (premier exemple qui me vient à l’esprit: Ielenna, l’autrice des Fleurs d’Opale.)

En tant qu’autrice moi-même, j’ai choisi de travailler avec des maisons d’édition parce que c’est le prix de ma tranquillité et que je ne désire pas vivre de ma plume, je préfère la garder comme un art pour ne jamais devoir me mettre la pression dans l’écriture. Mais qu’un éditeur d’aussi grande envergure crache à la figure des auto-édités et des jeunes auteurs qui n’y connaissent rien, ça me dérange parce que l’auto-édition doit être un choix assumé, pas une roue de secours. Je sais que dans la réalité, c’est le cas pour beaucoup de gens mais ce n’est pas une raison pour encourager cette dérive, que du contraire. J’espère qu’un jour, quelqu’un pensera à sensibiliser le public à toutes ces thématiques, ce serait un premier pas de géant.

Donc voilà. Ce billet d’humeur a pour but premier de vous informer et aussi, je l’espère, de vous amener à réfléchir un peu sur le milieu de l’édition. N’hésitez pas à en discuter dans les commentaires en restant courtois 🙂

Merci pour votre attention !

Édit au 15/10/2019: On vient de me transmettre une enquête très édifiante sur le sujet réalisée par ActuaLitté qui date de février 2018… Ce qui confirme que ces pratiques courent depuis trop longtemps. Je vous donne le lien, c’est très édifiant (et profondément révoltant).

RÉFLEXION – pourquoi je dis « autrice » (et pourquoi vous devriez le dire aussi)

Salut tout le monde !
Nouveau petit article qui trainait depuis un moment dans mes tiroirs. En fait, depuis les Imaginales où plusieurs personnes (même des femmes… si si) ont fait des remarques négatives à mon éditrice qui affichait le terme « autrice » sur le stand. C’est pas joli. C’est pas français. Et quand on essaie d’expliquer le pourquoi du comment, on se heurte à un mur. Parfois pire: à de la condescendance. Elles sont mignonnes à croire qu’elles savent mieux que nous hein. J’avoue, j’étais un poil énervée.

J’ai donc décidé de vous expliquer pourquoi j’utilise le terme autrice et pourquoi vous devriez, vous aussi, l’utiliser. Après, chacun est libre de le faire ou non, chacun a le droit de s’engager ou pas, chacun a le droit de penser que j’ai tort. C’est juste la minute culture, en espérant vous apprendre quelque chose et vous pousser à faire évoluer vos habitudes. C’est peut-être qu’un détail pour vous mais ça veut dire beaucoup (et pas que pour moi !).

C’est parti pour le petit cours d’histoire littéraire !
Au passage, ce billet a été rédigé en s’inspirant du travail d’Audrey Alwett qui a écrit un article extrêmement édifiant sur le sujet que je vous encourage à lire en entier parce qu’il cite également les sources universitaires comme par exemple les travaux d’Eliane Viennot. Moi, je me propose de vous résumer l’idée globale.

Tout commence au 17e siècle, lors de la création de l’Académie française par notre ami (mais si) le Cardinal de Richelieu. Avant l’apparition du Dictionnaire (réalisé par cette même Académie, pour rappel), on utilisait le féminin de nombreuses professions intellectuelles : poétesse, autrice, mairesse, capitainesse, médecine, peintresse. Or tous ces mots ont été masculinisés pour gommer la légitimité de la femme dans ces postes de pouvoir. Je vous jure. C’est pas de la propagande, ce sont des faits historiques avérés avec des sources à l’appui. Avant cela, il existait des cercles littéraires influents composés de femmes, et cela ne plaisait pas à tout le monde.

Ils ont même été plus loin ! Le genre de certains mot a été modifié au même moment. L’exemple le plus parlant est sans doute celui du terme « erreur » qui était auparavant masculin et s’est féminisé parce que, vous savez, ce sont les femmes qui commettent les erreurs (je vous jure que c’est la vraie justification). À cette même époque apparait d’ailleurs la règle selon laquelle le masculin l’emporte toujours sur le féminin. Cela parce que, selon le grammairien Nicolas Bauzée : « le genre du masculin est réputé plus noble que le féminin à cause de la supériorité du mâle sur la femelle. » (je vous laisse deux minutes pour inspirer, expirer, tout ça.) Les femmes intellectuelles de l’époque, dont Marie de Gournay, Jacqueline de Mirmont ou encore Charlotte de Brachart (vous n’avez aucune idée de qui elles sont, pas vrai? Moi non plus, avant.) ont protesté, mais elles ont été progressivement effacées de l’Histoire. De nos jours, elles ne sont pas enseignées dans les écoles et ne l’ont même jamais été. Ce n’est que dans les années 1990, au Québec, que des recherches ont commencé à apparaitre sur les sujets, plutôt impopulaires. Au Québec. En Europe, y’a toujours un retard monstrueux et une impopularité assez effrayante sur le sujet. Heureusement, les mentalités commencent à évoluer.

Et donc, pourquoi j’utilise le mot autrice?
Parce que c’est un engagement pour l’égalité. C’est une reconnaissance du talent féminin dans la profession artistique et créative qu’est l’écriture, tout simplement. Vous me direz que c’est moche, comme mot. Je pensais comme vous. Mais à force de l’utiliser, on s’habitue et plutôt vite. Ça ne vous coûte pas grand chose et ça signifie beaucoup sur un plan idéologique. Les mots forment notre langage, notre communication. Ils ont tous un sens. Parfois, ils en ont plusieurs. N’en doutez pas: utiliser le bon terme, ça change tout.

Alors pensez-y, la prochaine fois que vous parlerez d’une femme qui écrit.

Perfect Crime – Yûya Kanzaki & Arata Miyatsuki

perfect crimePerfect Crime est un seinen publié chez Delcourt / Tonkam au prix de 8 euros. Il s’agit d’une série de type thriller psychologique avec Yûya Kanzaki au scénario et Arata Miyatsuki au dessin. C’est, a priori, leur premier manga à tous les deux et je dois avouer que c’est une vraie réussite !

Pour info, la série est toujours en cours au Japon, elle comporte actuellement cinq tomes là-bas alors que le tome 3 vient de sortir ici, nous sommes donc presque en simultané. Je ne sais pas combien de tome il y aura en tout mais vu la construction de la série, ça ne devrait pas dépasser la dizaine. De mon côté, j’ai actuellement lu les trois premiers volumes et je vous propose donc un retour sur trois tomes.

Perfect Crime raconte l’histoire de Tadashi Usobuki, qui est un tueur à gage… Pas comme les autres. Son secret? Il ne tue jamais de ses propres mains. Il est l’homme aux crimes parfaits, le tueur de la cabine téléphonique. L’idée, c’est que si on veut la mort de quelqu’un, on dépose un petit mot dans une cabine téléphonique et il se débrouille pour nous contacter. Chaque chapitre de Perfect Crime met en scène un contrat différent qui finit toujours par se retourner contre celui qui l’a lancé. Et oui, toujours bien réfléchir à ce que l’on souhaite, surtout quand Usobuki est dans les parages ! Engager Tadashi Usobuki, c’est un peu comme pactiser avec le diable: on a de grandes chances de le regretter et de se faire avoir !

Quand je vous disais qu’il n’était pas ordinaire, ce n’est pas seulement parce qu’il ne se salit jamais les mains… Tadashi Usobuki est particulier. Croiser son regard, c’est tomber en son pouvoir, sauf pour quelques rares personnes. Sa capacité de suggestion est tellement puissante qu’on tombe presque dans le fantastique. Pourtant… Ce n’est pas le cas, même si c’est plutôt flou. Et ça fait aussi l’intérêt du manga, on n’est jamais certain d’être face à un « simple » humain ou face à quelque chose de plus grand. Quelle que soit la réponse, une chose est sûre, Usobuki s’amuse beaucoup des faiblesses de l’humanité. Étrangement, ça me le rend sympathique !

Perfect Crime ne se contente pas d’enchaîner les scènes de morts violentes ou les crimes odieux. C’est une mise en abîme de toute l’horreur humaine, de ce que l’Humanité a de pire en elle, ce qui nous force à réfléchir sur notre condition. Est-ce que Tadashi Usobuki est un humain ? Oui, non, peut-être… Il les méprise, il s’amuse d’eux et de leurs réactions, il se considère comme à part, mais est-ce parce qu’il appartient à une autre race ou plutôt parce qu’il est un sociopathe? Le mystère plane systématiquement, ce qui est très agréable et témoigne de la maîtrise scénaristique qu’a Yûya Kanzaki. Je me demande jusqu’où ils iront.

Outre les scènes avec ses clients, Usobuki est poursuivi par un inspecteur de police qui lui en veut beaucoup puisqu’il a tué l’une de ses collègues. Le problème c’est que plus on avance, plus on craint que l’inspecteur ne tombe tête la première dans les ténèbres qui entourent Usobuki. Ce n’est pas une banale chasse à l’homme, l’intrigue met son accent ailleurs. J’ai plutôt l’impression qu’il s’agit d’une réflexion sur le système judiciaire, sur le concept même de justice, plus particulièrement lorsqu’elle est appliquée à l’Homme. Bref, ce n’est pas juste un manga avec du sang, un peu de sexe et un personnage principal qui fait figure d’anti-héros. Et cela me plait !

Ce manga ne dément pas sa phrase d’accroche, il s’agit bel et bien d’un thriller psychologique haletant et intriguant. Je suis curieuse de voir jusqu’où les auteurs pousseront le vice et comment se terminera cette macabre histoire. C’est un manga que je conseille à tous les amoureux des thrillers psychologiques et à ceux qui aiment qu’une histoire ait un véritable fond. C’est une bonne série à suivre de près, je vous la recommande.

Les traducteurs de rêves – Gaëlle Dupille

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couverture (c) Vael Cat

Les traducteurs de rêves est un roman court fantastique publié aux éditions l’Ivre-Book en format numérique, au prix de 2.99 euros. Vous pouvez également le retrouver sur toutes les plateformes numériques, dont Amazon. Ce n’est pas le premier ouvrage de Gaëlle Dupille mais c’est celui avec lequel je la découvre. Et quelle découverte !

Les traducteurs de rêves, c’est avant tout un conte, certes un peu macabre, mais surtout philosophique, sur la nature de l’écrivain. Une réflexion philosophique, donc, parsemée de conseils à l’attention non seulement des jeunes auteurs mais aussi des plus vieux ou des plus aguerris, parce qu’ils ne manqueront pas de provoquer une réflexion bienvenue. Pourquoi écrit-on? Comment s’y prendre? Qu’est-ce qui fera, ou non, le succès d’un ouvrage? Doit-on se prostituer pour le succès en ajoutant à notre histoire des éléments « à la mode » ? Toutes ces questions, Gaëlle y répond avec justesse à travers l’aventure de ses deux personnages principaux.

Nous suivons Lewis Rabbit, un auteur qui s’écharne depuis deux ou trois ans à envoyer ses manuscrits à différentes maisons d’édition d’Edimbourg, sans succès. Il subit ce qu’ont subi un jour tous les jeunes auteurs: les refus en chaîne, avec ou sans motivation, les retours cinglants, l’abattement, le découragement, les extrémités auxquelles ça peut nous mener. Il est mal entouré, n’a pas d’amis à cause de son caractère difficile mais, surtout, à cause de sa maladie mentale. Au départ, ce personnage m’a agacée parce que j’ai reconnu en lui le portrait et les comportements de certains auteurs, qui m’exaspèrent. Par la suite, grâce aux révélations, mon opinion a un peu évoluée et j’ai eu de la peine pour lui, sans pour autant réussir à lui pardonner tout ce qu’il a pu faire au fil du récit. C’était une rencontre assez troublante et pleine de paradoxes, ce qui dénote le talent de Gaëlle pour la mise en scène et la création de personnages intrigants. C’est agréable de ne pas suivre un héros parfait. Lewis Rabbit est certes malade, mais il est profondément humain, dans ce que l’Humanité a de plus honteux et pitoyable.

En parallèle de Lewis Rabbit, nous rencontrons Georges Chronos, un vieil homme doué d’un talent hors du commun: celui de prédire le succès d’un livre en le touchant. Rapidement, on se rend compte qu’il fait bien plus que cela. En entendant parler de Georges, Lewis se rend immédiatement dans sa boutique (le vieil homme est horloger) pour le convaincre de prédire l’avenir de son livre. Malheureusement, la réponse ne lui plait pas et la situation dégénère… Pour l’intrigue en elle-même, je vous laisse découvrir en lisant.

Ce qui m’a marqué dans ce roman, ce n’est pas tant l’intrigue ou les personnages qui remplissent surtout des fonctions (comme dans tous les contes) mais bien le message que cherche à faire passer l’auteure. Il est culotté, parce qu’elle ose briser les tabous du milieu éditorial et surtout, de la mentalité néfaste qu’ont parfois les auteurs. C’est osé, instructif et je pense sincèrement que ce roman devrait être lu par tout qui veut devenir écrivain un jour. Il apprend l’importance de la remise en question, sur soi mais également sur son œuvre. Il attire l’attention sur des détails auxquels on ne songe pas forcément mais qui ne sont pas négligeables. Le tout est servi par une plume simple, rythmée, percutante dans le choix des mots qui collent parfaitement à sa problématique.

Je vous conseille les traducteurs de rêves, c’est une lecture intéressante dont vous ne ressortirez pas indemnes. Elle vous apportera forcément quelque chose, vous forcera à réfléchir, tout en vous offrant un bon moment de distraction. Au passage, j’ai particulièrement aimée la fin, qui me semblait très à propos.

J’achève sur un petit extrait du roman, qui illustrera mon propos et celui de Gaëlle. « Si vous écrivez pour devenir riche, alors, ce n’est pas une bonne raison. Selon moi, on devient auteur pour partager ses pensées les plus intimes, ou même ses peurs avec les autres. Écrire, c’est un peu comme lorsqu’on fait un songe si inhabituel, si surprenant, que l’on a envie de le raconter à tout le monde autour de soi. Les auteurs sont, en quelque sorte, des traducteurs de rêves, capables de mettre des mots sur des images, des sensations ou des odeurs qui les assaillent et d’emporter leurs lecteurs avec eux dans leurs songes. »

Bonne lecture ! ♥

Retrouvez Gaëlle Dupille sur sa page auteure & sur son blog.