Thunder #1 – David S. Khara

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Thunder
est un premier tome (et le titre de la série) écrit par l’auteur français David S. Khara. Réédité cette année chez ActuSF dans la collection Naos (parution initiale chez Rageot), vous trouverez ce roman au prix de 16.90 euros.
Je remercie Jérôme et les éditions ActuSF pour ce service presse.

De quoi ça parle?
Ilya vient de perdre son père dans d’étranges circonstances. Envoyé à Londres pour être pris en charge par sa grand-mère qu’il n’a jamais vue, sa vie change du tout au tout. Il essaie de trouver sa place dans son monde en éclats quand des hommes tentent de l’agresser. Aidé par quatre camarades, Ilya va tenter de comprendre ce qui lui arrive.

Classique, Ô si classique.
Honnêtement en lisant les chroniques de certains blogpotes (référencées à la fin) et la présentation du roman, je m’attendais à autre chose et j’ai ressenti une certaine déception en arrivant au bout de cette lecture qui a au moins le mérite d’être rapide (140 pages sur ma liseuse, 240 en format papier). Déception parce que je voulais un texte original qui sortirait des sentiers battus et que j’ai finalement lu l’équivalent d’un énième blockbuster américain.

ActuSF propose ici un roman young-adult inspiré par la vague super-héros très populaire ces dernières années. L’auteur ne réinvente rien et propose une histoire déjà lue mille fois dans de nombreux comics. Si j’y vois une forme d’hommage de sa part, j’ai regretté l’absence d’innovation, ayant l’impression de juste lire un comics sans dessin avec une trame cousue de fil blanc et un style d’écriture direct à défaut de mieux. Certes, beaucoup de lecteurs « romans » ne lisent pas de comics ce qui ne leur posera donc aucun souci mais pour moi qui connaît bien ces univers, Thunder n’a pas apporté la moindre surprise que ce soit au niveau de ses personnages, de sa narration ou de ses rebondissements. J’ai tout senti venir et deviné le dénouement bien avant la fin. Et si vous me connaissez un peu, vous savez que je suis normalement facile à balader…

Des personnages archétypaux.
Ilya est le protagoniste principal de ce roman. D’origine russe, il est le fils d’un riche homme d’affaire qui meurt dans le prologue du roman. Privilégié, il pratique les arts martiaux et a une personnalité plutôt froide -nécessaire pour survivre dans son petit univers d’enfant riche. Maître de lui-même, il s’impose naturellement comme meneur du petit groupe quand les ennuis commencent. En arrivant à Excelsior (sa nouvelle école et non je ne déconne pas sur le nom), il rencontre Angela, une jeune fille secrète mais extravertie avec qui il se lie tout de suite d’amitié (et même davantage puisqu’il l’appelle « mon Angie » dans sa tête en moins de cinq minutes). Arrive ensuite Jennifer, qui a des sens très développés, tout autant que sa libido (je vais me taire.). Pad, le petit génie en informatique issu d’une minorité qui fait son beurre au lycée en piratant d’un claquement de doigts téléphones, boîtes mail et autres réseaux du haut de ses quinze pauvres années. Et enfin Carrie, une championne de boxe. Ces personnages sont des archétypes de comics qu’on retrouve dans tous les groupes super-héroïques adolescents. Dans ce premier tome, ils n’ont absolument rien d’originaux ou de remarquable.

Alors, bien entendu, on se doute -avant d’apprendre- que ces jeunes sont particuliers, qu’ils possèdent des pouvoirs, des prédispositions. On peut donc pardonner ce écueil vu et revu des adolescents surdoués qui sont meilleurs que les adultes puisque ça reste cohérent dans le genre littéraire et même dans la diégèse du livre. Le truc c’est que ça manque de surprise, d’originalité et parfois de crédibilité. Pour moi, ces personnages n’ont pas de profondeur et comment pourrait-il en être autrement sur si peu de pages? Dans la chronique d’Aelinel, elle explique que l’auteur a donné une interview en fin de livre pour expliquer que ce tome était introductif et qu’il comptait davantage développer la psychologie de ses personnages dans les romans suivants. Je l’espère pour ses futurs lecteurs ! Malheureusement, l’interview n’était pas incluse dans la version numérique donc je ne peux pas en dire davantage sur le sujet.

Et le classique, c’est mal en fait ou… ?
Si vous arrivez à ce stade de la chronique, vous vous demandez sûrement pourquoi je parle de ce roman sur le blog puisque je le démonte dans les grandes largeurs. Et encore, j’ai pas parlé des expériences nazies (je déconne pas, y’en a. et oui, je vais continuer à garder le silence) ! Je vais donc rappeler deux choses essentielles : d’une, je ne suis pas le public cible. Du tout. Thunder est un roman de la collection Naos, à destination d’adolescents qui n’ont pas forcément mon bagage et qui y trouveront probablement leur compte. De deux, classique ne signifie pas mauvais. Sans surprise ne signifie pas inintéressant. Tout dépend des goûts de chacun et de la personne qui aura ce livre entre les mains. Non, Thunder n’est pas mauvais, il suffit de voir à quel point d’autres chroniqueurs l’encensent avec un plaisir non dissimulé. Il ne me convenait tout simplement pas en tant que lectrice et je pense qu’il est important de savoir faire la part des choses. Si vous êtes un peu comme moi, passez votre chemin. Mais si vous aimez les ambiances d’équipe héroïque en construction avec des adolescents en guise de héros, c’est un roman parfait pour vous alors jetez vous dessus sans attendre.

La conclusion de l’ombre :
Le premier tome de Thunder se veut clairement introductif. Il pose les bases d’un univers classique dans la veine super-héros qui ne surprendra pas son lecteur, avec des personnages qui manquent encore, à ce stade, de profondeur. L’auteur souhaite construire sa saga sur le long terme et cela se sent, il faudra donc voir ce que donnera le tome 2. Cette introduction n’est pas à jeter pour autant et se veut un bon divertissement pour les novices en matière super-héroïque comme pour les adolescents. Une porte d’entrée recommandable pour encourager ce public à la lecture !

D’autres avis :
Bookenstock (Phooka) – Bookenstock (Dup) – La bibliothèque d’AelinelAux petits bonheurs – vous ?

UP / Apostasie – Vincent Tassy

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Apostasie est un one-shot fantastique et décadent écrit par l’auteur français Vincent Tassy. Préalablement publié aux Éditions du Chat Noir en grand format (19.90 euros) il a été réédité chez Mnémos dans la collection Hélios au prix de 11.90 euros avec une nouvelle couverture. Comme je n’avais pas de blog à ce moment-là, j’écris et développe mon avis posté auparavant sur Booknode pour vous parler de cet incroyable titre !

Le 11 juin 2016 à 23h28 très exactement (merci l’historique de conversation facebook avec l’auteur), je refermais Apostasie, fébrile et sous le charme, consciente que je venais de lire un ouvrage extraordinaire, complètement bouleversée. Le hasard aura voulu que le jour avant, j’ai justement examen de littérature du 19e et 20e siècle, ce qui m’a permis de saisir encore davantage la profondeur et le talent de cet auteur.

Parce qu’Apostasie, c’est avant tout une perle littéraire qui s’inscrit à merveille dans le courant décadent. Bourré de références littéraires (peut-être trop pour les non initiés, qui passeront à côté d’une partie du talent de Vincent Tassy) il questionne l’essence même des histoires et des rêves. Les hommages subtiles et multiples sont parfaitement amenés. Comment ne pas voir le parallèle entre ce roman et À rebours d’Huysmans? Tout simplement délicieux.

Lu d’une traite, j’ai vibré à chaque page. On y ressent le mal, le mal du siècle, dans une parfaite imperfection. Vincent Tassy manie avec brio les mots pour nous offrir une fresque où transpire le morbide merveilleux. À mes yeux, Vincent Tassy est un génie né deux siècles trop tard mais dont le roman laissera une trace indélébile dans mon cœur. Je le recommande très chaudement mais je vous mets aussi en garde: il n’est pas à mettre entre toutes les mains ni à lire n’importe quand. Ce n’est pas une simple œuvre de divertissement et il dispose de plusieurs niveaux de lecture. Il mérite qu’on le lise plusieurs fois jusqu’à comprendre, jusqu’à trouver, tout ce que l’auteur a dissimulé dans son texte. Si vous ne connaissez pas encore ou si vous craigniez de vous lancer, je vous encourage à craquer de toute urgence. Ce fut, en 2016, l’un de mes plus gros coups de cœur !

Fille d’Hécate (intégrale) – Cécile Guillot

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L’intégrale de Fille d’Hécate contient trois romans écrit par Cécile Guillot. C’est une saga assez ancienne publiée d’abord aux Éditions du Chat Noir, qui a reçu le V&S Award du meilleur ouvrage fantastique en 2012 et qui méritait donc largement une seconde jeunesse aux Éditions Lynks, dans la collection Re-Lynks consacrée aux rééditions. Vous pouvez vous le procurer partout en librairie ou sur les salons au prix de 14.90 euros.

Fille d’Hécate raconte l’histoire de Maëlys, une étudiante en année de mémoire en psychologie, qui se découvre un don de sorcière. On suit Maëlys tout au long de son apprentissage, à travers différentes aventures. Dans le tome 1, quelqu’un cherche à lui voler ses pouvoirs. Dans le tome 2, elle aide la police avec une enquête et dans le tome 3, elle se rend dans les Ardennes pour renouer avec ses origines et aider à rendre le pouvoir à sa lignée. J’ai conscience que ce résumé peut paraître un peu rapide, si pas surfait, mais je ne veux pas spoiler le contenu !

Ce que j’ai d’abord apprécié dans ces romans, c’est le personnage de Maëlys et j’en suis la première surprise. Ce n’est pas le genre d’héroïne à qui je m’attache habituellement, mais je la trouve reposante, humaine, vraie, sans excès, même dans sa magie. C’est une fille normale, qui a des envies normales, qui a peur comme n’importe qui, qui a des réflexions logiques, qui se comporte parfois un peu bizarrement mais… Comme tout le monde, en réalité. Elle me fait assez penser à son auteure, par certains points de caractère, notamment la timidité et la douceur. C’est peut-être pour ça que j’ai accroché avec elle, allez savoir ! En tout cas, c’est une héroïne vraiment agréable à suivre.

Autour de Maëlys gravitent ses soeurcières, comme elles s’appellent dans le tome 3. Elles sont chacune particulières et intéressantes à leur manière. Dorine est la mère de famille pleine de bonne humeur qui se donne à fond pour les autres, Jihane est la jeune gothique tourmentée dotée d’un grand sens artistique et capable de parler avec les morts, et Patricia est la femme mûre qui a traversée de dures épreuves. Ensemble, elles parviennent à trouver un équilibre, à se connaître elles-mêmes et à se reconstruire. Les relations entre ces différentes protagonistes mettent vraiment l’accent sur l’importance et la force de l’amitié, un beau message.

Fille d’Hécate est un roman sur la magie et sur l’amitié, mais il a aussi droit à sa petite romance. J’ai apprécié le fait qu’elle ne prenne pas toute la place dans le récit. Elle est mesurée, c’est juste ce qu’il faut là où il faut. Et que dire sur Alexandre… Je ne pense pas que je l’apprécie beaucoup. En fait, il me laisse assez froide, peut-être parce qu’on n’en sait pas assez à son sujet. Ou plutôt, on a les informations en main mais ça manque de profondeur, de mise en situation. Je pensais qu’au moins un des romans allait se centrer sur ses histoires familiales et j’ai été un peu déçue par ça, même si ça n’enlève rien à la qualité de la trilogie, c’est un ressenti personnel ! J’aurai aimé que l’auteure approfondisse certains sujets, comme l’antagoniste du tome 2 (je ne précise pas trop pour éviter le spoil mais ceux qui ont lu comprendront), ou qu’elle permette à Alex de s’imposer un peu plus via sa propre histoire.

Comme son titre l’indique, cette trilogie parle de magie et elle en parle très bien. J’ai été enchantée d’en apprendre autant sur la culture wiccane, que je connaissais finalement très mal à travers d’autres séries qui en donnaient une interprétation plutôt biaisée. Non seulement l’auteure parvient à bien intégrer les différents éléments au récit mais, en prime, elle nous offre une petite liste en fin d’ouvrage pour qu’on puisse consulter ses sources. Inutile de préciser que j’ai déjà noté certains titres…

Petit point noir, mais ce n’est pas sur le récit en lui-même: dans le tome 2 et 3 du roman, à plusieurs endroits, il manque des tirets quadratins. En soi, ça ne gêne pas la compréhension puisque les temps utilisés dans les dialogues ne sont pas les mêmes que dans la narration, ça nous permet de les repérer facilement mais je trouve ça dommage que, dans une réédition, on n’ait pas mis plus de soin à vérifier ce genre de détails. Parce que le livre en tant qu’objet est très beau, la couverture est sobre mais superbe, tout est très soigné, j’aurai aimé qu’ils poussent jusqu’au bout.

En bref, Fille d’Hécate est une trilogie que je recommande et avec laquelle j’ai passé un bon moment de détente. Elle se lit très rapidement et m’a laissée cette même impression que mes séries adolescentes sur la magie et les sorcières, le côté bling bling hollywoodien en moins (ce qui est un point positif !). L’écriture de Cécile Guillot est fluide, rythmée, fraiche et accessible, elle convient parfaitement à son personnage principal. Même si je ne suis pas du tout le public cible (je préfère les ouvrages plus crus, plus sombres, plus torturés), j’ai beaucoup aimé le voyage et je vous conseille de vous lancer dans l’aventure !