Nos vies en l’air – Manon Fargetton

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Nos vies en l’air est un one-shot à destination d’un public adolescent écrit par l’autrice française Manon Fargetton. Publié chez Rageot, vous trouverez ce roman au prix de 17.5 euros dans toutes les librairies.

Mina et Océan ne se connaissent pas. Pourtant, le hasard veut qu’ils choisissent le même toit pour sauter dans l’optique de se suicider. Ils ont chacun leurs raisons et au dernier moment, le doute s’installe. Ils vont donc se laisser une nuit, une nuit ensemble, pour essayer de répondre à cette simple question: veulent-ils vivre ou mourir?

Nos vies en l’air est un roman d’une grande intensité émotionnelle qui traite de sujets sociaux forts. En général, je ne suis pas trop attirée par des textes de ce genre mais ici, je n’ai pas hésité à faire une exception d’abord pour l’autrice mais aussi pour la façon dont se présentait l’histoire. Mina et Océan sont deux adolescents paumés pour des raisons différentes. Mina subit un harcèlement scolaire très violent qui m’a beaucoup choquée. Je ne pensais pas qu’on pouvait aller aussi loin mais après réflexion… Ça me parait malheureusement trop crédible. Elle se sent seule, abandonnée, ça la pousse à commettre des erreurs au point de sombrer dans une spirale infernale dont elle ne réussit pas à sortir. Dépassée, elle compte se suicider et quand elle le laisse entendre sur les réseaux sociaux, elle n’en récolte que plus de haine. D’un point de vue extérieur, le lecteur pourrait tomber dans la facilité et la juger mais personnellement, j’ai ressenti beaucoup d’empathie pour elle.

Océan, lui, a vécu le suicide de sa mère et une pression familiale rude avec un père absent, tourné vers la politique et une famille proche aristocrate élitiste. Il souffre, il s’ennuie, il n’a pas l’impression que sa vie revêt la moindre importance ou même un sens. Ils vont se retrouver en haut de ce toit et passer une nuit ensemble à se lancer des défis pour définir s’ils veulent vivre ou non. Des défis qui iront toujours plus loin, parfois peut-être un peu trop pour être toujours crédible mais comme ils le disent eux-mêmes, c’est une nuit hors du temps. Puis pour le public ciblé, je pense que tout ce qui se déroule dans Nos vies en l’air aura du sens.

Ce sont les thématiques qui, en premier lieu, m’ont intéressé. Je trouve que Manon Fargetton les traite avec sensibilité et beaucoup de subtilité. J’ai apprécié qu’à la fin du roman, elle liste une série d’associations et de lignes d’écoute pour les gens en détresse. Je trouve l’initiative louable et je suis certaine que ça sauvera des vies. J’espère que ce roman va se retrouver dans toutes les écoles car il peut vraiment pousser à la prise de conscience. Non seulement de nos actes en tant qu’individu mais aussi face à la communauté. Dans Nos vies en l’air, finalement, on croise beaucoup d’ados assez cons et des adultes qui ne valent pas toujours mieux. Comme dans la vie de tous les jours. C’est un texte vrai, sincère, crédible, le genre de texte dont cette société a besoin.

J’ai lu ce livre sur une journée. Comme toujours avec cette autrice, nous sommes face à un page turner efficace. J’ai adoré ce roman qui m’a touchée et m’a fait ressentir pas mal d’émotions. Je le recommande à tous mais j’attire surtout l’attention des professeurs et des parents d’adolescents. C’est le genre de livre que j’aurai aimé lire à quatorze, quinze ou seize ans. Offrez-le à votre enfant, proposez-le à vos élèves, s’il vous plait.

Pour résumer, Nos vies en l’air est un page-turner maîtrisé avec des sujets de société sensibles mais bien traités par une autrice dont le talent n’est plus à prouver. Selon moi, il s’agit d’un roman à mettre dans le plus grand nombre de mains possibles, surtout chez les adolescents. Parents, profs, vous êtes prévenus ! Une belle réussite.

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Fingus Malister, Feux follets, mandragore et cadavre frais – Ariel Holzl

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Fingus Malister, Feux follets, mandragores et cadavre frais
est le premier tome d’une saga jeunesse écrite par l’auteur français Ariel Holzl. À paraître chez Rageot pour le 2 octobre, vous trouverez ce roman au prix de 12.5 euros dans toutes les bonnes librairies !
Je remercie les Éditions Rageot et NetGalley pour ce service presse.
Ceci est ma vingtième lecture dans le cadre du challenge S4F3s5 organisé par l’ami Lutin !

Fingus Malister est un seigneur maléfique en herbe qui désire entrer à l’académie de magie pour étudier la nécromancie. Pour ça, il doit éblouir le jury et quoi de mieux qu’une potion capable de ramener les morts à la vie? Le problème, c’est qu’il a besoin d’ingrédients spécifiques et de l’aide de Polly, sa seule ami, afin d’affronter les obstacles qui se dresseront sur sa route.

J’ai lu ce texte d’une traite dans le train pour un salon, ça m’a pris un peu moins de deux heures. On reconnait immédiatement la plume efficace d’Ariel Holzl avec son humour noir d’une rare finesse et ses jeux de mots ravageurs. Difficile de reposer ce roman quand on le commence alors méfiez-vous !

Dans le village de Bedlam, les Malister n’ont pas bonne réputation. D’ailleurs, une foule en colère a brûlé leur château quand Fingus était encore un bébé, si bien qu’il a été élevé par une femme un peu folle décédée trois ans auparavant. Depuis, il se débrouille tout seul dans une vieille maison avec un kraken qui ravage sa cave. Fingus n’a que douze ans et il subit l’exclusion de la part de ses concitoyens, hormis la famille de Polly qui l’accueille toujours à bras ouverts. Je n’ai pas pu m’empêcher de compatir même si Fingus n’a pas vraiment bon caractère. Quand on y pense, sa situation est horrible ! J’apprécie beaucoup le fait qu’il y ait plusieurs niveaux de lecture, autant pour les plus jeunes qui ne tiqueront pas forcément sur tout que pour les lecteurs plus vieux. Une belle réussite et des questionnements intéressants qui se posent sur l’hérédité, le harcèlement, le rejet de l’inconnu.

Ariel Holzl propose une nouvelle galerie de personnages intrigants comme Polly, l’amie sorcière de Fingus, n’aime pas utiliser sa magie et rechigne toujours à s’exécuter, ce qui lui vaut les moqueries du jeune Malister. Il est assez cruel avec elle, difficile de savoir s’il l’apprécie vraiment ou si elle n’est pour lui qu’un sous-fifre, comme expliqué dans son manuel. Pour un futur seigneur du mal, on ne peut pas dire que Fingus soit bien équipé : un vieux libre à moitié brûlé, le crâne de son défunt grand-père à qui il parle tout le temps et un chapeau sans fond.

Parviendra-t-il à rassembler tous les ingrédients nécessaires à la préparation de sa potion ? C’est le fil conducteur du récit qui consiste en une quête assez classique et à sa résolution. Ça reste un roman jeunesse, après tout. Le dernier chapitre indique clairement une suite à venir et c’est appréciable car plusieurs questions restent en suspend et le retournement de situation final s’est révélé inattendu. J’aurai quand même aimé que ça soit annoncé de façon claire dans le titre, je sais que c’est le genre de surprise qui déplait à certains lecteurs.

Pour résumer, Fingus Malister est certes un roman jeunesse mais qui séduira les petits comme les grands grâce à ses différents niveaux de lecture. Avec le style qu’on lui connait, Ariel Holzl propose l’histoire d’un seigneur du mal en herbe qui a peut-être un bon fond… Ou peut-être pas. Ce texte dynamique, drôle et intelligent se lit d’une traite et on a qu’une hâte: découvrir la suite ! Une grande réussite que je recommande chaudement.

Terre de Brume #2 le choix des élues – Cindy Van Wilder

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Le choix des élues est le second (et dernier) volet de la saga Terre de Brume écrite par l’autrice belge Cindy Van Wilder. Publié chez Rageot, vous trouverez ce volume au prix de 16.90 euros dans toutes les librairies.
Ceci est ma quinzième lecture dans le cadre du challenge S4F3s5 organisé par l’ami Lutin !

Souvenez-vous, je vous avais parlé du premier tome lu dans le cadre du PLIB2019.
Je vous rappelle en quelques mots le principe car je ne compte pas vous spoiler le contenu de l’histoire. Au sein d’un univers typé fantasy, l’utilisation de la magie génère une Brume qui finit par provoquer le Bouleversement. La Brume prend une trop grande ampleur et devient corrosive, ce qui est néfaste pour le monde au point de détruire beaucoup d’éléments de l’ancien monde, dont la nature. Les humains survivent dans des bastions, sous la protection de praticiens d’une magie élémentaire (eau, feu, air ou terre). On apprend aussi que certaines formes de magie semblent disparues et on en ignore pour l’instant la cause. Le roman se centre sur Héra, une prêtresse de l’eau et Intissar, une Sœur de Feu qui vont s’unir pour affronter les vagues de monstres dans la Brume et chercher une solution définitive à ce problème.

En tant que tome 2, le choix des élues s’inscrit assez bien dans la continuité de ce que proposait l’autrice : métaphore écologique, héroïnes résilientes, pour les points positifs et facilités scénaristiques en plein deus ex machina pour les points négatifs. Ma chronique va se présenter un peu différemment de d’habitude car j’ai envie de relever plusieurs points qui me paraissent importants.

Déjà, sur la construction narrative. Chaque début de chapitre propose un extrait d’une autre histoire, racontée par un conteur qui s’adresse directement au lecteur en lui expliquant ce qui est arrivé au dieu Aïstos. On comprend rapidement que c’est lié à l’intrigue en cours. Toutefois, ça nuit cruellement au rythme narratif en cassant la fluidité des changements de chapitre. Je pense que cette histoire aurait gagné à figurer en prologue ou alors à la toute fin du roman car nous en découvrons des éléments importants via Héra et Intissar au moment où elles rencontrent les Semeurs. Sauf que quand les héroïnes apprennent la vérité, quel intérêt de la répéter dans ces en-têtes ? Hormis à insister trop lourdement sur le fait que Aïstos est vraiment trop gentil vu toutes les saloperies qu’il a pu subir.

De plus, une grande partie du roman est écrite à la première personne, toujours pour Héra et Intissar, mais des chapitres sont rédigés à la troisième, pour la Brume et Saraï, ce que je n’ai pas compris et qui me pose un problème en terme d’homogénéité narrative. Qu’on propose un prologue ou un épilogue d’un point de vue différent, d’accord, mais qu’on jongle pendant tout le livre? C’est vraiment dommage et ça sort de l’intrigue. D’autant que les chapitres sur la Brume n’apportent pas grand chose hormis montrer que cet antagoniste manque de peps et d’enjeu, surtout comparé à celui du premier tome qui inspirait quand même une certaine peur, un intérêt, une angoisse. La Brume est beaucoup trop manichéenne à mon goût, j’aurai apprécié plus de nuances.

Je trouve ça d’autant plus dommage que les idées de l’autrice sont bonnes. J’ai lu plusieurs chroniques qui déploraient les facilités scénaristiques et j’ai relevé plusieurs deus ex machina -comme je l’ai signalé plus haut. Toutefois… Pendant tout le roman, on nous parle de « Maktoub » soit un concept de destin auxquels même les dieux sont soumis. À partir du moment où l’existence de ce concept est admis clairement par l’autrice et les protagonistes, je n’ai plus de problèmes avec ce qui aurait pu passer pour des facilités car ça devient un parti-pris narratif. Si un destin existe, c’est qu’une intelligence quelconque a tissé une trame et donc qu’elle a prévu de bousiller un coup le libre arbitre de tout le monde, de parfois forcer la chance, comme ça lui convient à elle. Peut-être que c’est une métaphore tordue du métier d’autrice et globalement, ce n’est pas ce que j’apprécie mais c’est un choix justifié par Cindy Van Wilder au sein de son univers. Il est assumé, clairement admis donc je ne me sens pas en droit de critiquer ce point hormis par pure préférence personnelle.

Je sais que jusqu’ici, vous êtes en train de vous dire : mais bon sang elle démonte le roman, pourquoi elle en parle? C’est pas dans sa ligne éditoriale. Et bien… Tout simplement parce que j’ai passé un agréable moment avec ce second tome qui clôture correctement la saga. J’ai été surprise par certains choix (notamment Intissar, c’était osé ! ) au sein de l’intrigue et j’ai tourné les pages sans m’en rendre compte. Je pars du principe que quand on lit un roman et qu’on arrive à la fin en se disant « quoi? déjà? » c’est que l’autrice gère un minimum. Son écriture dynamique et sans fioritures inutiles permet de fournir un vrai page-turner et un bon divertissement. Parfois, on n’a pas besoin de plus. Et en ce moment, je termine mon blocus pour ma seconde session donc c’était parfaitement ce qu’il me fallait pour m’accompagner.

Mais ce que j’ai apprécié aussi, c’est le traitement d’une question d’identité genrée. Dans le roman, on rencontre un personnage d’abord présenté comme un garçon (je ne vous dis pas qui) et qui révèle qu’à l’intérieur, il se sent fille et subit une discrimination assez violente de la part de son peuple. Je trouve ça important de traiter ce type de sujet polémique au sein d’un roman à destination d’un public plus jeune. Ça a du sens et ça peut mener à une plus grande ouverture d’esprit. Ou au moins à se questionner sur son identité et à comprendre à quoi peut mener le rejet ou le harcèlement. Dommage que ça intervienne tard et presque au détour d’un chapitre, toutefois ça me tenait à cœur de le souligner.

En bref, le second tome de Terre de Brume est à la hauteur du premier. Cindy Van Wilder propose un bon divertissement sous forme d’un page-turner efficace en traitant de manière métaphorique de thématiques fortes comme l’écologie, la résilience ou l’identité de genre. Ce roman est à recommander à des lecteurs plus jeunes ou inexpérimentés qui s’y retrouveront là où les lecteurs confirmés et tatillons lui attribueront un certain nombre de défauts. Personnellement, j’ai passé un agréable moment de lecture et parfois, c’est tout ce qui compte.

#PLIB2019 Terre de Brume #1 le sanctuaire des dieux – Cindy Van Wilder

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Le sanctuaire des dieux
est le premier tome de la saga Terre de Brume proposée par l’autrice belge Cindy Van Wilder. Publié chez Rageot, vous trouverez ce roman au prix de 16.90 euros.
Je remercie les Éditions Rageot pour l’envoi du fichier numérique de ce roman dans le cadre du PLIB.
Ceci est ma dix-septième lecture dans le cadre du Printemps de l’Imaginaire francophone.

Terre de Brume prend place dans un univers imaginaire qui a connu un Bouleversement. La Brume, sorte de résidu toxique émit lors de l’utilisation de la magie, s’est exfiltrée des réservoirs où on la conservait, s’est répandue sur le monde et a tué une grande partie de tout ce qui vit (faune et flore incluse, d’ailleurs il n’y a plus de vent !). Seuls quelques Survivants parviennent à exister dans des sanctuaires, sous la houlette ou la protection de certains pratiquants de la magie. Hélas, une vague de Brume dévastatrice, peuplée par des monstres, arrive droit sur le temple des prêtres de l’eau où étudie Héra pour devenir une guerrière. La nouvelle, apportée par la Sœur de Feu Intissar, déclenche la panique mais trop tard. Les deux jeunes filles vont devoir s’unir pour affronter cette menace et sauver ce qui peut l’être.

Je vais être honnête, j’étais très peu emballée à l’idée de lire ce roman. Pourtant, j’aime beaucoup l’autrice en tant que personne. En salon, elle est toujours souriante, lumineuse, elle déborde de joie de vivre. C’est super agréable de lui parler ! Mais j’avais lu son roman, Memorex et si j’avais apprécié, je n’en ai pas été transcendée. Je sais très bien que je n’appartiens pas à son public cible, peu importe à quel point ça me frustre. Le pitch ne m’inspirait pas plus que ça et le fait qu’il soit destiné à un public jeune, à la limite adolescent, me faisait m’attendre au pire. Pour ne rien arranger, le pdf offert par l’éditeur affichait une mention « Éditions Rageot 2018 » à travers toutes les pages ce qui, on ne va pas se mentir, était assez rebutant. Pourtant, j’ai commencé ce roman et l’ai lu d’une traite en un peu plus de deux heures ! Temps qu’il a fallu au train pour effectuer le trajet Liège / Mons et m’emmener à Trolls et Légendes. Ce fut donc une très bonne surprise ! J’étais tellement passionnée que, finalement, je ne prenais même plus garde à la mention en travers du texte.

Dès le départ, Cindy Van Wilder nous dépeint un univers intriguant. Le prologue nous place du point de vue de Pylos, un passeur qui se remémore du monde d’avant la Brume et qui conduit un groupe de prêtres jusqu’au pied du mont Olympus. La suite du roman se déroule 17 ans plus tard, du point de vue alterné d’Hera et d’Intissar dans des narrations à la première personne. Si ces deux héroïnes paraissent d’abord assez stéréotypées et se retrouvent vite animées par de (trop) bons sentiments, je n’ai jamais eu la sensation d’un manque de crédibilité. Même si les évènements s’enchaînent à toute vitesse, l’autrice prend le temps de développer les émotions de ses personnages sans en faire trop ou sans que ça ne devienne lourd. Certes, les héroïnes sont des adolescentes mais elles s’éloignent des habituelles gourdes ou pire, mary-sue, qu’on rencontre trop souvent dans la littérature dédiée à un public plus jeune. Si j’ai eu quelques fois envie de gifler Héra, ça m’est vite passé face aux épreuves qu’elle doit affronter. Elle a su m’impressionner par sa résilience !

L’autre personnage intéressant, du moins pour moi, c’est l’antagoniste. On ne sait pas grand chose du mystérieux Dédale au début du roman et les liens ne sautent pas tout de suite aux yeux. Pourtant, dès l’instant où il apparait, je l’ai immédiatement apprécié (ne me jugez pas ->). Il renforce l’aspect métaphorique (je vous en parle juste après) et critique sociale par la façon dont il réussit à convertir les gens à ses idéaux et par la justification qu’il donne à ses actes. Sa présence apporte une dimension supplémentaire à Terre de Brume qui n’est pas pour me déplaire.

Sur fond de métaphore environnementale (je n’ai pas pu m’empêcher de faire des rapprochements entre la brume et l’énergie nucléaire mais je me trompe peut-être), Cindy van Wilder tire la sonnette d’alarme et pousse son lecteur à réfléchir à ces problématiques tout en proposant une intrigue prenante. Certes, cette dernière n’est pas sans défaut et certaines avancées manquent de crédibilité. Comme par hasard, une des héroïnes entend une importante conversation la nuit juste avant que les deux protagonistes concernés se fassent assassiner, ce qui lui permet de quand même continuer leur quête et surtout de savoir dans quelle direction chercher. J’ai trouvé ça un peu dommage mais ce sont des ressors narratifs convenus qu’on retrouve malheureusement souvent. C’est un des points qui m’a un peu agacée toutefois je pense qu’on est moins tatillon là-dessus en littérature jeunesse / ado. Je n’en ai pas suffisamment lu pour pouvoir l’affirmer.

Autre point intéressant, le texte emprunte beaucoup à la mythologie grecque: les lieux, les décors, les noms, les conceptions, ce qui ravira les aficionados auxquels j’appartiens. L’autrice se réapproprie tous ces éléments pour créer un monde bien à elle mais référencé, dans lequel le lecteur ne se perd jamais.

Pour résumer, j’ai passé un bon moment avec ce texte et je compte même acheter la suite aux Imaginales ! Cindy Van Wilder a su me convaincre avec ses héroïnes et son surprenant antagoniste, aussi bien qu’elle a su m’immerger dans son univers aux contours prometteurs. Je recommande ce titre à ceux qui désirent s’initier à la fantasy et aux lecteurs adeptes de textes young adult, Terre de Brume leur est très clairement destiné mais il n’est pas pour autant dénué d’intérêt pour les autres. Les plus exigeants y trouveront un bon divertissement léger qui permet de souffler entre deux lectures !

Quand vient la vague – Manon Fargetton et Jean-Christophe Tixier

Couverture Quand vient la vague
Quand vient la vague
est un one-shot contemporain destiné à un public adolescent. Écrit en collaboration par Manon Fargetton et Jean-Christophe Tixier, vous le trouverez édité chez Rageot au prix de 15.90 euros.
Cette lecture entre dans le cadre du challenge S4F3 proposé par Albédo.

Un roman adolescent sur fond de drame familial, ce n’est pas vraiment ma tasse de thé ni même un genre que j’affectionne de manière générale. Deux raisons me poussèrent à sa lecture. Tout d’abord, le fait qu’il ait été écrit en partie par Manon Fargetton, une auteure que j’apprécie tout particulièrement (pour rappel, voici mes chroniques sur l’Héritage des Rois Passeurs, les Illusions de Sav-Loar et Aussi libres qu’un rêve). Ensuite, le fait qu’il m’ait été chaudement recommandé par L-A Braun (pour lire sa chronique, c’est ici !), qui me l’a gentiment prêté. Depuis mars, il traine dans ma PAL et j’ai enfin décidé de l’en sortir.

Et bien croyez le ou non, j’ai vraiment beaucoup aimé ce livre !

Nous suivons l’histoire de Nina et Clément, un frère et une sœur. Au début du livre, Nina quitte sa maison sans qu’on sache vraiment pour quelle raison. Un an plus tard, son frère, Clément, a continué à vivre sa vie mais un électrochoc va lui faire prendre conscience qu’il n’a pas géré cette affaire comme il aurait dû. Bientôt, Nina aura dix-huit ans et la police devra arrêter les recherches… Poussé par son ami Noah, Clément décide de reprendre l’enquête.

Quand vient la vague alterne deux points de vue. Celui de Nina, à la première personne et au présent, qui nous montre des fragments du passé de l’adolescente pour nous aider à comprendre les raisons de son départ et celui de Clément, dans le présent, qui entame des recherches sérieuses en partant d’une lettre que sa sœur lui a laissé avant de partir. L’un comme l’autre sont profondément touchants. Nina est une jeune fille sensible qui manque de confiance en elle,qui se prend beaucoup trop la tête sur tout un tas de sujets. Je me suis immédiatement reconnue en elle, en ses questionnements, en ses décisions. J’ai trouvé les choix des auteurs vraiment mûrs et intelligents. Quant à Clément, c’est un adolescent passionné par le surf qui rêve de devenir sportif professionnel. Il n’est pas plus bête qu’un autre mais peut-être un peu lâche, un peu passif, un peu égoïste, comme on peut tous l’être. Quand son ami Noah lui fait remarquer qu’à sa place, lui n’aurait jamais arrêté de chercher sa sœur, Clément se rend compte qu’il n’a pas du tout assuré et qu’il y a un grand vide dans sa vie, dans son cœur. Avec ses maigres moyens, il va donc chercher à percer le mystère qui entoure sa disparition, chercher à comprendre. Il a une évolution très intéressante et je pense que la force de ce roman, c’est justement qu’on pourrait tous en être les protagonistes principaux, qu’on s’y identifie très facilement.

Pour fournir une chronique vraiment complète et une analyse approfondie, je devrai vous révéler des points clés du roman et je refuse de vous spoiler quoi que ce soit. Pardonnez-moi donc de ne pas m’appesantir sur les thèmes traités dans ce livre. Si on devine assez vite ce qui a poussé Nina à s’enfuir, c’est surtout la façon dont c’est amené et dont elle va le gérer qui est intéressant, idem dans le cas de Clément. On ne peut pas s’empêcher de se demander comment nous, nous aurions réagi à leur place, de prendre un parti, de se sentir concerné, parce que cette histoire pourrait presque être celle de n’importe qui. Quand vient la vague n’a rien d’un thriller haletant ou d’un roman bourré d’action, il est axé sur le psychologique et réussit bien son coup. J’ignore comment ont travaillé les auteurs mais j’espère qu’ils continueront de collaborer ensemble. Chaque personnage est touchant à sa manière et on se prend d’intérêt pour ce drame familial, intimiste. Les pages défilent sans qu’on les ressente et finalement, Quand vient la vague peut se lit en trois ou quatre heures à peine.

J’ai vraiment passé un très bon moment avec cette lecture toute en sensibilité. Quand vient la vague est un page-turner profondément humain aux thèmes modernes, qui convient aux adolescents comme aux adultes, impossible de rester indifférent face à cette histoire que je recommande très chaudement que ça soit ou non votre tasse de thé. Il y a des histoires, comme celles-là, qui méritent d’être lues et qui toucheront forcément au but. Je recommande !

Le noir est ma couleur #1 le pari – Olivier Gay

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Le noir est ma couleur est une série en actuellement cinq tomes écrite par l’auteur français Olivier Gay et publiée chez Rageot. Primée à plusieurs reprises depuis 2015, une réédition est en cours chez l’éditeur avec de nouvelles couvertures (si on me demande mon avis, les nouvelles m’attirent beaucoup plus que les anciennes qui faisaient trop « jeunesse » à mon goût pour un roman qui ne l’est pas tant que ça). C’est grâce à cela que j’ai entendu parler du roman pour la première fois ! Vous les trouverez désormais au prix de 14.90 euros, partout en librairie. Pour info, il s’agit d’une série d’urban fantasy à lire dès 14 ans.
Je tiens à remercier NetGalley (et Rageot) pour ce service presse, que je lis dans le cadre du #NetGalleyChallengeFR.

Vous le savez, ce n’est plus un secret, j’aime beaucoup les romans d’Olivier Gay. Que ce soit sa fantasy médiévale ou urbaine, je prends toujours un grand plaisir à dévorer ses livres et celui-ci ne fait pas exception.

Le noir est ma couleur raconte l’histoire de Manon et Alexandre. Elle est une adolescente de 15 ans, première de la classe et pas très sociable, qui doit cacher ses pouvoirs magiques. Lui est un garçon normal, un redoublant de seize ans qui aime la boxe et s’enfonce dans une mauvaise voie. Ils n’ont rien en commun mais quand Manon refuse de laisser Alexandre copier ses réponses au contrôle de math, il se décide à lui donner une leçon. Une leçon qu’il va regretter…

J’étais au départ mitigée au sujet d’Alexandre. Il me donnait envie de lui coller une paire de claque, avec ses réflexions débiles et sa manière de considérer les autres. Puis je me suis rendue compte qu’en fait, les garçons de seize ans sont comme Alexandre. Beaucoup, en tout cas. Et que même si c’est un con, il n’entre pas non plus dans la catégorie « cas désespéré ». Je l’ai trouvé de plus en plus nuancé au fil des pages, de plus en plus crédible aussi. Finalement, je me suis plus attachée à lui qu’à Manon qui, même si elle est touchante, m’intéressait un peu moins finalement (le comble !).

Comme toujours, les personnages d’Olivier Gay sont assez remarquables et attachants. Ici, on retient surtout ses héros mais je suis sûre que d’autres protagonistes vont apparaître dans les tomes suivants, ou avoir droit à un développement plus profond.

Quelques mots sur l’univers: nous évoluons en Île-de-France, dans le quotidien d’adolescents qui fréquentent le lycée. C’est cette ambiance qui domine, même si la magie est présente à travers Manon, qui doit subir les attentions désagréables d’Ombres envoyées par un Mage Noir pour l’enlever. À ce propos, j’ai trouvé le système de magie moins original que dans la Magie de Paris, mais il reste sympa. Simple, compréhensible et dynamique.

Je me rends compte que je n’ai pas grand chose à dire sur ce livre que je n’ai pas déjà dit sur d’autres chroniques concernant l’auteur. Il reste fidèle à lui-même donc si vous appréciez son style, vous ne pourrez qu’aimer ce roman qui n’offre pas une révolution dans sa bibliographie mais reste dans la lignée de ses page-turners addictifs au possible. Pour preuve, j’ai lu Le noir est ma couleur en 24h… L’auteur nous propos des personnages adolescents crédibles dans une aventure prenante, avec un univers bien pensé, soigné, hyper référencé côté pop culture, le tout sous une plume toujours aussi addictive. Comme chaque fois avec cet auteur, ce roman est une réussite et je me réjouis de le voir aux Imaginales pour me procurer la suite !