À l’ombre de Rocambole #2 { Eve (s1) & Graines de doctoresses (s1) }

Bonjour à toutes et à tous !

Aujourd’hui, nouvel article sur deux œuvres de l’application Rocambole qui ont deux éléments principaux en commun. Le premier, c’est de ne compter qu’une seule saison et a priori, cela restera comme ça. Le second, c’est d’évoquer l’image de la femme et de mettre en scène un désir d’émancipation.

Chaque texte le fait évidemment à sa façon et nous allons voir cela un peu plus dans le détail…

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Eve
, d’Anne Langlois est une réécriture parodique du mythe de la création. Le lecteur rencontre Eve, dans le jardin d’Eden, mariée à Adam qui est une caricature de ce qu’on peut trouver de pire chez l’homme « moderne ». Heureusement, Eve a ses copines pour tenir le coup ! Mais elle aimerait quand même bien qu’Adam évolue un peu et pour ça, il n’y a qu’une seule solution : lui faire manger le fruit interdit qu’elle a elle-même goûté un peu par hasard et qui lui a ouvert les yeux sur plein de choses…

À travers une dizaine d’épisodes, Anne Langlois utilise l’humour pour faire passer des réflexions pertinentes sur la place de la femme dans son foyer, le rôle de mère qu’on lui impose, les règles souvent stupides auxquelles la femme est soumise de la part des hommes (ici, de Dieu) et la façon dont l’homme considère la femme (inférieure) alors qu’il n’est pas capable d’accomplir ne fut-ce que la moitié des tâches qui lui sont dévolues. Malgré le fait qu’on soit sur une histoire inspirée du mythe de la création, l’autrice aborde des thèmes très modernes d’une manière judicieuse car les situations rocambolesques auxquelles Eve se retrouve confrontée prêtent souvent à sourire et même à rire de bon cœur. Une saga à dévorer !

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Dans un autre registre, Aurore Kaé invite son lecteur à suivre le parcours des premières femmes médecin en France dans Graines de doctoresses. Cette histoire de six épisodes prend place à la fin du 19e siècle et met d’abord en scène Madeleine Brès qui est un personnage historique très réel et la première femme à avoir eu accès à des études en médecine. On verra ensuite deux autres protagonistes, dans la même veine. Le récit s’étale donc sur plusieurs années.

Cette série historique ne manque pas d’intérêt. Elle permet de prendre conscience à quel point de nombreux domaines d’étude ont été jalousement gardés par la gent masculine pendant longtemps, alors même que certains admettent les qualités de Madeleine. L’autrice montre aussi la façon parfois violente dont cette femme et les suivantes ont été rejetées, ont du subir du sexisme, de la violence verbale et même de la violence physique. C’est terrifiant à lire car même s’il s’agit d’une fiction historique et donc par extension, qu’elle est romancée, je suis certaine qu’une bonne partie des faits relatés ont véritablement eu lieu.

La seule chose que je regrette dans Graines de doctoresses c’est la rapidité avec laquelle certains éléments sont traités, comme le décès du mari de Madeleine qui arrive à la fin d’un épisode alors que le suivant commence plusieurs mois après, comme si ça n’avait pas de réelle incidence sur sa vie en tant que femme médecin et mère. Il m’a manqué un peu de développement psychologique qui n’est pas, je pense, incompatible avec le format.

Malgré ce bémol, j’ai aimé découvrir cette histoire et cela m’a donné envie d’en apprendre plus au sujet de Madeline Brès et des pionnières de sa profession !

printempsimaginaire2017
Seizième et dix-septième lecture – pas de défi

Montès – Isabelle Bauthian

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Montès
est le nouveau roman fantasy de l’autrice française Isabelle Bauthian. Publié par ActuSF, vous trouverez ce roman partout en librairie au prix de 20.90 euros.
Je remercie Jérôme Vincent et les éditions ActuSF pour ce service presse numérique.

De quoi ça parle ?
Depuis quarante ans, la paix règne sur Civilisation… Mais la guerre revient frapper aux portes de Montès, baronnie martiale dirigée depuis peu par un homme souffrant de folie des grandeurs (c’est la façon polie de dire que c’est un c*****d). En effet, les mi-hommes envahissent la troisième province de Montès pour se venger des visées expansionnistes du nouveau Baron. Pour empêcher cette guerre de coûter encore plus de vie, Oditta, la ministre des frivolités, décide d’agir dans le dos de son souverain, accompagnée par nul autre que Thélman, le redoutable chef de la guilde des épiciers qui est aussi son plus vieil ennemi. Commence alors un long périple Outre-Civilisation…

Avant d’aller plus loin, je me dois de signaler que l’autrice a écrit deux autres romans dans le même univers que celui-ci, avec des personnages qu’on retrouve parfois de l’un à l’autre, tout en réussissant l’exploit de les rendre véritablement indépendants. Je n’ai lu ni Grish-Mère, ni Anasterry (ce qui va changer sous peu !) et cela ne m’a pas empêché de comprendre la totalité de ce texte. À l’heure où beaucoup d’éditeurs proposent de faux one-shot, je pense important de préciser que Montès en est bien un. J’en profite pour, du coup, saluer le travail de l’autrice à ce sujet. 

Quelques mots sur le contexte
Le roman prend place en Civilisation, un rassemblement de plusieurs baronnies articulées autour de la Capitale (avec une majuscule donc). Montès est une baronnie à tendance martiale qui protège une large partie des frontières de Civilisation. Chaque baronnie possède un peu sa spécialité, sa particularité et ses coutumes. L’univers créé par l’autrice est ainsi d’une très grande richesse, ce qui lui permet de traiter beaucoup de thématiques sociales en les mettant en scène à travers les différences qui existent entre les baronnies.

Dans Montès, c’est plus particulièrement l’opposition entre les mi-hommes et les humains qui est exploitée. Il s’agit donc d’aborder les thèmes de l’intégration, de la peur de l’inconnu, de la peur des autres cultures. Quand le nouveau baron prend les commandes à la mort de son père, il décide de rejeter tous les mi-hommes présents dans la société de Montès, les mettant dans le même sac que ceux qui attaquent sa province. Et si ça ne vous rappelle rien, que dites-vous de ceci ? Je surinterprète peut-être mais j’ai vu dans ce roman une métaphore de notre propre société : notre modernité s’est construite sur une économie de guerre, notre prospérité occidentale, nos avancées scientifiques, tout aurait pris beaucoup plus de temps en période de paix. Pourtant, la guerre coûte des vies, répand le malheur, on se bat contre elle tout en continuant à l’entretenir dans certaines régions du monde. C’est ce qu’on voit finalement dans Montès : le paradoxe de la guerre, qu’on veut stopper sans savoir quel type de société cela engendrera. Et comme on a peur de l’inconnu, on veut changer les choses mais pas trop quand même hein, faut pas déconner.

On y évoque aussi le danger des généralités, le fait de mettre « dans le même sac » tous les individus issus d’un même endroit sans prendre en compte la multiplicité des cultures, des personnalités, des opinions. Certains mi-hommes veulent la guerre, d’autres espèrent la paix, et parmi ceux qui désirent la paix, certains la pensent possibles alors que d’autres se montrent cyniques à ce propos. Isabelle Bauthian dresse un tableau nuancé dont tout manichéisme est banni. Et quand on pense qu’elle va sauter à pied joins dans la facilité, elle esquive habilement l’écueil, apportant une sacrée dose de surprise et transformant son texte en page-turner. Personnellement, je n’ai rien vu venir à aucun moment et tout ce à quoi je m’attendais n’est pas arrivé. 

L’autrice propose donc un roman de fantasy, oui. Mais comme beaucoup de bons romans de l’imaginaire, elle y aborde des thématiques modernes qu’on peut aisément transposer à notre propre monde. 

Oditta, une protagoniste remarquable
Isabelle Bauthian écrit à la troisième personne et se place presque exclusivement du point de vue d’Oditta, à l’exception de la lettre en début de roman et de l’épilogue. J’ai rarement rencontré un personnage aussi solide et aussi développé. L’alternance entre le passé et le présent permet de découvrir petit à petit comment la naïve ministre des frivolités gagne en maturité, montre son courage et sa détermination, sans jamais que cela ne me donne l’impression d’être trop ou mal équilibré. Oditta est attachante en tant que femme de bonne condition, élevée pour être une gentille fille, une bonne épouse, qui n’a pas forcément d’avis sur les questions d’importance mais qui apprend petit à petit à aiguiser son esprit, à devenir indépendante, à remettre son éducation en question sans pour autant se renier totalement. On sent en elle toute la contradiction de ceux qui aimeraient changer le monde sans réussir à assumer ou même imaginer les conséquences.

Elle forme, avec Thélban, un duo délicieux. Cet homme est parti de rien et a réussi à s’élever tout au sommet du monde commercial de Montès, devenant très riche et pouvant se permettre de défendre ses convictions. Pour lui, les mi-hommes ne sont pas des sous créatures et il embarque Oditta dans une mission diplomatique alors même que tous les deux se détestent depuis des années. On comprend qu’il y a derrière cette situation des histoires de cœur, de jalousie, Oditta se sentant menacée par Thélban dans le cœur de son mari, mais on comprend aussi qu’il y a plus que cela. Les subtilités sont apportées petit à petit par l’autrice et vraiment bien distillées. J’ai apprécié que (surlignez pour dévoiler le spoiler) cela ne finisse pas en passion interdite ni même en triangle amoureux. D’ailleurs, il n’y a pas de romance dans Montès. Oditta est mariée, elle aime son mari, on les voit ensemble mais ce n’est pas le sujet du texte et j’ai trouvé ça vraiment rassénérant. 

La conclusion de l’ombre 
Montès est un roman de fantasy tout à fait remarquable grâce auquel je prends contact pour la première fois avec la plume d’Isabelle Bauthian. Si ce texte se place dans le même univers que les deux autres romans de l’autrice (Anasterry et Grish-Mère), il est véritablement indépendant et peut se lire en premier ou en dernier, au choix du lecteur. Le travail effectué sur l’univers était déjà à lui seul remarquable mais Oditta, la protagoniste principale du roman, est l’un des personnages féminins les mieux construits que j’ai pu croiser dans ce genre littéraire. J’ai adoré chaque ligne de Montès que je recommande très chaudement !

D’autres avis : l’ours inculte – vous ?

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Quinzième lecture – Pas de défi

#ProjetOmbre : { La machine différente – Jean Laurent Del Socorro ; Le roi de la clairière & Ce que l’homme croit – David Bry }

Salutations à toutes et à tous !

J’ai récemment pris comme résolution de vider ma PàL numérique, ce qui est l’occasion de me pencher sur des nouvelles qui attendent depuis quelques mois déjà dans ma liseuse. Des textes achetés uniquement sur base du nom des auteurs, sans même lire les résumés. Je me lançais donc totalement à l’aveugle même si je sais que ce sont des valeurs sûres. Ils le confirment d’ailleurs dans ces textes même si tout n’est pas parfait…

Pour en savoir plus sur les ouvrages de Jean Laurent Del Socorro : Ma chronique de Boudicca – Ma chronique de Royaume de vent et de colères – Ma chronique de Gabin sans aime et le vert est éternel – Ma chronique de La guerre des trois rois – Ma chronique de Je suis fille de rage.
Pour en savoir plus sur les ouvrages de David Bry : Ma chronique du Garçon et la Ville qui ne souriait plus – Ma chronique de Que passe l’hiver.

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Dans sa nouvelle, Jean-Laurent Del Socorro met en scène Ana, une machine par Ada Lovelace qui semble avoir développé une conscience alors qu’elle devait juste servir de grosse calculette. C’est l’occasion pour l’auteur d’offrir une préface au sujet d’Ada Lovelace en tant que mère de l’informatique, préface grâce à laquelle j’ai appris énormément. Avec son histoire, l’auteur fait donc la part belle aux personnages féminins.

Cette nouvelle est écrite du point de vue d’Ana, qui apprend, qui rencontre différents humains aux réactions pas toujours très positives. Si j’ai bien aimé l’idée de base et les valeurs véhiculées, j’ai trouvé ce texte trop rapide. Ana évolue extrêmement vite et ces évolutions semblent un peu sorties de nulle part. Je pense qu’une mise en place un peu plus longue et détaillée aurait été bienvenue pour que j’arrive à me plonger véritablement dans cette histoire.

Vous pouvez vous procurer ce texte sur le site de son éditeur.

D’autres avis : Une bulle de fantasy – vous ?

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Deux nouvelles sont contenues au sein du même ouvrage : Le roi de la clairière et Ce que l’homme croit. Dans la première, le lecteur suit un loup au fil du temps qui revient dans la même clairière pour s’en déclarer le roi, royauté acceptée par les autres animaux, jusqu’à ce que l’homme s’en mêle. C’est un texte très court mais percutant, d’une poésie littéraire à laquelle l’auteur a habitué son lecteur. Il n’a finalement besoin que de quelques courtes pages pour nous en mettre plein la vue… C’était superbe !

J’ai été un peu moins emballée par la seconde mais c’est surtout une question de goût. Dans Ce que l’homme croit, le lecteur rencontre un roi et son mage. Le premier demande au second d’invoquer… quelque chose qui ressemble à une femme (je ne vous gâche pas la nature exacte) et l’ecclésiastique au service de ce roi va découvrir une supercherie. Le texte est très humain, il souligne la fragilité humaine, mais il m’a manqué un petit truc en plus pour vraiment accrocher.

Vous pouvez vous procurer ce texte sur le site de son éditeur.

D’autres avisUne bulle de fantasy – vous ?

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Douzième, treizième et quatorzième lecture – pas de défi.
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Avancée du challenge : 25 nouvelles lues.

À l’ombre de Rocambole #1 { Un professeur imaginaire (s1) & Mourir au pays qui te ressemble (s1) }

Bonjour à tous et à toutes !

Vous le savez, j’ai commencé à découvrir l’application Rocambole et j’ai eu envie de revenir sur les séries que je peux lire dessus afin de, peut-être, vous donner envie d’y jeter un œil. Je vais donc écrire des courts retours qui seront rassemblés au sein d’un même article, un peu sur le modèle d’À l’ombre du Japon. D’où le titre de ce nouveau type de chronique ! Sans plus attendre…

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Un professeur imaginaire
est une série de fantasy écrite par l’auteur français Ange Beuque. Publié sur l’application Rocambole, vous pouvez lire gratuitement les 3 premiers épisodes en téléchargeant l’application. Mais attention, c’est comme ça que j’ai fini par m’abonner puisque je voulais absolument connaître la suite de cette histoire…

La première saison est écrite à la première personne et raconte l’histoire d’un professeur novice qui débarque dans une classe atypique où cinq élèves ont besoin d’un enseignement adapté. Lâché dans le grand bain sans véritable formation, le professeur va devoir réussir à concilier le caractère difficile d’une adolescente elfe râleuse, d’un troll doté d’une trop grande force physique, d’un chanteur distrait, d’un sang-mêlé moitié humain moitié sirène et d’une jeune fille invisible…

J’ai vu dans cette histoire une métaphore efficace sur l’absurdité du monde enseignant. Vous le savez (ou pas ?) je suis moi-même prof et j’enseigne à des adolescents / jeunes adultes / adultes en fonction des sections. En lisant cette histoire, je n’ai eu aucun mal à me projeter dans le quotidien de ce professeur envoyé dans cette classe dont personne ne semble vouloir, avec peu de compétences, peu d’aide, peu de soutien de la direction, beaucoup de laisser-aller sous couvert de liberté pédagogique et surtout, quasiment aucune adaptation à ces enfants particuliers qui nécessitent presque chacun une prise en charge individuelle. Quant à l’évaluation finale, qui se déroule en posant simplement sa main sur un parchemin, je n’ai pas pu m’empêcher d’y voir une image du déterminisme pédagogique qui existe malheureusement trop où ce ne sont pas tellement les véritables qualités des enfants qui sont jugées mais celles qu’on attend soi-disant au sein de la société. On les gave d’un « programme » rarement bien pensé, on leur demande d’étudier des choses par cœur sans les comprendre alors que, finalement, ce n’est pas vraiment ce qui va les aider… Pour moi, le parchemin représente un peu tout ça.

D’ailleurs, plus d’une fois, les parents de ces enfants parlent des difficultés de ceux-ci à s’intégrer, sous-entendu à rentrer dans la norme. L’enseignant, quand à lui, rivalise de (bonnes ?) idées pour tenter de les intéresser à sa matière aussi diverse que variée.

Il faut dire que ce prof est bien aidé par le pouvoir de l’imagination. En effet, entre les murs de sa classe, l’enseignant peut créer tout ce qu’il souhaite. Cela va des objets aux lieux, ce qui permet des sorties pédagogiques riches en rebondissement.

Ce texte fourmille de bonnes idées, de personnages attachants, de moments qui prêtent à sourire et d’autres qui pincent le cœur par leur triste réalité. Le format épisodique est bien maîtrisé par l’auteur, ce qui rend son récit très addictif. Y aura-t-il une saison 2 ? Des portes sont ouvertes mais en même temps, je trouve cette fin très bien comme elle est… Suspens donc.

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Mourir au pays qui te ressemble
est également une série de fantasy, écrite cette fois par Loïc Richard. Elle compte actuellement 3 saisons et je vais ici vous parler de la première uniquement puisque c’est celle que j’ai lue. Elle compte six épisodes et fait surtout office d’introduction au concept et à l’univers.

La couverture m’a directement évoqué World of Warcraft, jeu auquel j’ai joué pendant de nombreuses années. C’est ce qui m’a donné envie de lire cette histoire, en plus de la mention d’un peuple Orc à la dérive qui tente de rejoindre la cité mythique d’où est issue leur race. Cela m’a rappelé des morceaux du lore d’Azeroth que j’aime beaucoup et j’ai donc eu envie de voir comment l’auteur allait parler de ces éléments dans son histoire. Je précise que les deux univers ne sont pas liés, il ne s’agit pas d’une histoire WoW ou d’une fanfiction ! Mais je n’ai aps pu m’empêcher de tisser des liens entre les deux.

La narration est ici à la troisième personne. Le chef de ce groupe décède et c’est un autre qui prend sa place, ce qui amène une période de transition difficile. Cet orc prénommé Bor mène les siens jusqu’aux portes de la cité de Samara, ville humaine dont les représentants ne veulent même pas penser à aider ces Orcs. C’est sans compter l’ennemi qui traque les survivants : de terribles dragons au feu destructeur… Ce sont eux que fuient ce peuple.

L’ambiance globale est assez lourd et désenchantée, ce qui explique les références à Baudelaire dans le titre et au début du premier épisode avec un extrait de sa poésie. On sent le désespoir de ces Orcs qui savent leur fin proche mais continuent de mettre un pied devant l’autre malgré les obstacles. En tant que lectrice, je me suis sentie impressionnée par leur résilience et leur force de caractère. Cette première saison introduit également le concept de mémoire, de souvenir, de la manière dont un peuple peut laisser sa trace. Cela sera, je pense, davantage développé dans la saison 2 qui compte, elle, 9 épisodes. Et que je vais lire avec plaisir !

Et voilà, nous sommes déjà au bout de cet article que je ne voulais pas trop long… Ce sera, je l’espère, le premier d’une longue série.

Est-ce que lire mes retours sur ces séries vous intéresse ? Est-ce que vous aimeriez en découvrir d’autres ?
Dites moi tout !

printempsimaginaire2017
Dixième et onzième lecture – défi « nouveaux horizons »
(découvrir un nouveau genre et / ou un nouvel auteur / une nouvelle autrice)

La loutre et le Prince – S. A. William

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La loutre et le Prince
est un roman de fantasy jeunesse écrit par l’autrice française (mais belge d’adoption) S. A. William. Publié chez Livr’S Éditions (et actuellement en précommande jusqu’au 30 avril), vous trouverez ce texte au prix de 16 euros. Sachez également qu’il est illustré par Caly (l’artiste derrière la couverture) et contient un CD avec les chansons écrites qui se trouvent au sein du roman.

De quoi ça parle ?
Aonyx est le prince du royaume où se déroule l’histoire et n’a jamais pu marcher. Coincé dans un fauteuil roulant, il souffre d’un manque de confiance en lui, persuadé qu’un infirme ne peut pas accomplir de grandes choses. C’était sans compter l’arrivée d’une joyeuse loutre qui va l’aider à changer l’image qu’il a de lui.
Et si Aonyx détenait la clé pour arrêter les trolls sur le point d’envahir son pays ?

Un roman jeunesse sur le handicap, l’acceptation de soi et le respect des différences.
Comme tous les textes de l’autrice, la loutre et le Prince dégage une ambiance pleine de bienveillance et de positivité, à la limite du bisounours. Cela ne l’empêche pas d’aborder des thèmes difficiles avec justesse, ce qui est parfait pour son public visé. En tant qu’adulte, le lecteur manquera peut-être d’informations sur l’univers, de nuance sur certains personnages, d’un contexte politique global plus poussé mais pour la cible de ce roman, l’ensemble est très bien maîtrisé.

À travers le personnage d’Aonyx, S.A. William parle du handicap physique, des difficultés que cela pose au quotidien (qu’on soit un puissant ou non), du regard des autres, de la manière dont une personne handicapée se projette dans la société et de la manière dont la société la considère. L’autrice aborde ces thèmes avec respect et bienveillance, en essayant d’apporter des pistes de réflexion chez son lecteur au lieu de lui matraquer des vérités toutes faites. 

Mais la loutre et le Prince ne se limite pas à la thématique du handicap. Le texte évoque aussi l’acceptation des différences et de la façon dont on a tendance à craindre l’inconnu au lieu d’essayer de le comprendre. L’inconnu ici étant symbolisé par le peuple troll qui n’est peut être pas ce qu’on pense au premier abord. En effet, les puissants du royaume les considèrent comme violents et stupides en se basant sur leur apparence mais on comprend rapidement que la nuance est de mise ici et qu’il est plus judicieux d’apprendre à connaître une culture au lieu de porter un jugement sur ce qu’on croit savoir de prime abord. Des thèmes forts et tristement d’actualité. 

Tous ces éléments viennent renforcer une intrigue certes classique mais bien rythmée, au point que les pages se tournent sans même y penser et on arrive à la fin en se demandant si une suite est prévue pour continuer à explorer ce sympathique univers et ses personnages attachants.

La conclusion de l’ombre :
La loutre et le Prince est un roman de fantasy jeunesse qui tient ses promesses pour son public visé. L’autrice aborde les thèmes du handicap, de l’acceptation de soi et des différences au sein d’une agréable aventure qui déborde de positivité. Un texte tout doux comme un bonbon !

D’autres avis : KiriitiTroian – vous ?

printempsimaginaire2017
Neuvième lecture – Défi « la planète des singes »
(un livre qui parle de tolérance et de différence)

Fragments et cicatrices – Sophie Dabat

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Fragments et cicatrices
est un recueil de nouvelles écrites par l’autrice française Sophie Dabat. Publié aux éditions du Chat Noir dans la collection Griffe Sombre, vous le trouverez sur leur boutique au prix de 19.90 euros.

De quoi ça parle ?
À travers quinze textes qui s’inscrivent dans différents genres de l’imaginaire, l’autrice met en scène des femmes. Des femmes ordinaires, des femmes mythiques, des déesses oubliées, des créatures surnaturelles, des femmes qui essaient de se battre pour leur droit à être ce qu’elles désirent.

Un recueil aux genres pluriels.
Fragments et cicatrices ne s’inscrit pas dans un seul genre littéraire et ça a été ma première surprise. Puisqu’il était publié au Chat Noir en 2014, je m’attendais à lire des nouvelles appartenant toutes au registre du fantastique mais la plupart tiennent plutôt de la fantasy et même, pour deux d’entre elles, de la science-fiction. Ce sont des genres quasiment absents du catalogue de cet éditeur (totalement même en ce qui concerne la SF). Ce n’est pas un problème mais je ne m’y attendais pas et cela a participé à la richesse thématique du recueil. Je dois aussi préciser que certaines de ces nouvelles ne sont pas inédites et ont été publiées dans des revues comme le Calepin Jaune, Lanfeust Mag, Caprophanaeus, Éclats de rêve, Station fiction, Dragon et Microship ou Notes et Merveilles. J’avoue humblement n’en connaitre aucune. Du coup, six textes seulement sont inédits pour le Chat Noir.

Je ne vais pas m’attarder sur chaque texte de manière individuelle mais sachez que vous allez trouver, en vrac : une chevalière, une nécropasseuse, une polymorphe, une vampire, une sorcière, une Parque et bien d’autres. Aucun texte ne ressemble au précédent ce qui fait que je n’ai jamais ressenti de lassitude ou de redondance. Il y en a vraiment pour tous les goûts et je vous propose de mettre en avant les trois qui m’ont le plus touchée en tant que lectrice.

Je précise aussi que sur les 15, je n’ai pas achevé la lecture de deux textes parce qu’ils ne correspondaient pas trop à ce que j’avais envie de lire sur le moment, ce qui fait que je n’en compte « que » 13 pour le #ProjetOmbre.

Hamadryade
Hamadryade raconte l’histoire d’un arbre à travers le temps et de l’esprit féminin qui l’habite. On le suit depuis sa naissance il y a deux millénaires jusqu’à sa fin dans un futur pas si lointain. On voit l’évolution des hommes, de leurs croyances, de leur rapport à la nature, la cruauté de certains actes et de certains modèles de pensées. L’autrice le met en scène à travers les échanges et les liens que la hamadryade va tisser avec eux. J’ai été très touchée par cette nouvelle au ton résolument pessimiste qui, pourtant, est bien trop d’actualité. Un petit bijou !

Réminiscences
Nolwenn doit écrire une rédaction en français autour du thème du dragon et on ne peut pas dire qu’elle soit très inspirée… Elle s’endort et rêve qu’elle est une dragonne, libre et forte, pourtant pourchassée par les hommes qui lui volent de plus en plus de territoire. Les deux situations sont évidemment liées… Même si le thème de la transformation en créature mythique reste assez classique, je trouve que l’autrice a bien retranscrit l’aspect métamorphose et force féminine notamment face aux parents démissionnaires (père violent, mère victime). En quelques pages, Sophie Dabat aborde beaucoup de thèmes sans que ça ne paraisse lourd ou fourre-tout. Toutefois, j’ai tellement apprécié le principe que j’aurais aimé un texte plus long, plus développé, où j’aurais pu retrouver Nolwenn. Il y avait ici de la matière à écrire un bon roman.

La femme diamantée
Cette nouvelle raconte l’histoire d’une dame âgée qui chute sur un trottoir dans l’indifférence générale et se blesse au bras. Le début du texte a provoqué en moi un profond sentiment de révolte mêlé à de la compassion pour cette pauvre femme que personne ne s’arrête pour redresser et ce pendant plus d’une heure. Le pire c’est que je suis certaine que ça doit arriver tous les jours… La nouvelle se poursuit en montrant les soucis de santé qui découlent de cet accident ainsi qu’une mystérieuse transformation qui va s’opérer dans le corps de cette dame. L’autrice choisit ici d’écrire comme un enchaînement d’instantanés. Des situations courtes, parfois de quelques lignes, un dialogue ou l’autre, qui avancent dans le temps au fil des mois pour montrer l’évolution de cette pathologie. C’est la phrase de conclusion prononcée par le prêtre qui m’a vraiment touchée et m’a donné envie de sourire durablement. Une très belle réussite avec beaucoup de sensibilité et de subtilité.

La conclusion de l’ombre :
Fragments et cicatrices est un recueil de nouvelles fantastiques, fantasy et de science-fiction toutes écrites par l’autrice française Sophie Dabat. Leur autre point commun est de mettre en scène des personnalités féminines dans des situations très diverses, parfois avec des réécritures de mythe, parfois des femmes ordinaires, qui ont toutes un but et une existence propre. L’autrice maîtrise parfaitement le genre de la nouvelle (ce qui n’est pas toujours le cas partout hélas) et c’est un régal à découvrir ! Voilà un recueil tout à fait recommandable.

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Septième lecture – Défi « contes fantastiques »
(lire un recueil de nouvelles)
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+13 nouvelles
Avancée du challenge : 22 nouvelles lues)

Quelques mots dans l’ombre #1 { Le boudoir aux souvenirs de Cécile Guillot }

Bonjour tout le monde !

Bienvenue dans ce nouveau rendez-vous intitulé Quelques mots dans l’ombre qui va mettre l’accent sur des articles courts. Si vous tenez un blog, vous savez qu’on n’a pas toujours l’inspiration ni la matière pour écrire beaucoup ou pour analyser en profondeur certains textes. Parfois parce qu’ils ne s’y prêtent pas, parfois parce que l’exercice ne nous tente pas avec tel texte ou tel autre, parfois ce sont des suites et on n’a rien de transcendant à rajouter… Cela ne nous empêche pas de vouloir en parler ! C’est ainsi qu’est née cette petite rubrique où on trouvera donc un peu de tout et qui ne se focalisera pas uniquement sur un texte précis mais aussi parfois sur un/e auteurice ou sur une thématique qui me vient en lien avec un texte lu. C’est un premier test ici, vos remarques me permettront de peaufiner le concept donc n’hésitez pas.

C’est l’autrice Cécile Guillot qui ouvre le bal avec sa nouvelle Le boudoir aux souvenirs qu’elle propose en autoédition.

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Pour rappel, Cécile est autrice dans plusieurs maisons d’édition. Elle publie du jeunesse (souvent avec Mina M pour les illustrations) et du young adult en plus d’être la fondatrice et l’éditrice des éditions du Chat Noir. Ce n’est donc pas une débutante en littérature et cela se sent quand on lit le boudoir aux souvenirs… Ni une inconnue sur la scène littéraire de l’imaginaire francophone. Je me suis donc interrogée sur le pourquoi choisir l’autoédition dans son cas. C’est une question complexe et qui peut paraître orientée ou condescendante mais rassurez-vous, ce n’est pas le cas. Je reste persuadée que l’autoédition n’est pas un choix par défaut (je vous en parlais dans cet article réflexion) toutefois on peut se demander pourquoi une professionnelle du milieu fait ce choix au lieu de rester dans un schéma éditorial plus classique. Envie de tester un nouveau modèle, peut-être ? Elle a eu la gentillesse de m’expliquer que, selon elle, il est difficile de publier des nouvelles à l’unité au sein d’une structure éditoriale à l’heure actuelle (sous-entendu ça n’est pas rentable donc dans le rapport coût / bénéfice). La solution aurait été d’attendre un appel à texte qui correspondrait peut-être au sein d’une structure fiable mais il n’est pas évident de réunir toutes ces conditions. Elle a donc préféré la mettre à disposition des lecteurs via une plateforme d’autopublication afin de ne pas juste la laisser dans un tiroir. Une bonne idée parce que ç’aurait effectivement été dommage de ne pas partager ce texte ! 

Je n’avais pas lu le résumé de cette nouvelle qu’elle m’a proposée à la lecture il y a plus d’un an déjà et qui patientait dans ma liseuse parce que je procrastine beaucoup parfois. Je ne savais donc pas à quoi m’attendre et j’ai été agréablement surprise par l’ensemble même si on retrouve dans ce texte des thématiques récurrentes chez cette autrice, notamment son amour du vintage et de l’Histoire de la mode. Le personnage principal possède en effet une petite boutique appelée le boudoir où elle vend des tenues qui lui ont appartenues. Ce sont des éléments que je relie sans mal à Cœur Vintage, son roman young-adult publié dans la collection Chat Blanc des éditions du Chat Noir.

Mais on y parle aussi de féminisme et d’image de la femme à travers la figure du vampire. Notre protagoniste a été transformée sans son accord des décennies auparavant et abandonnée ensuite par son bourreau avec lequel elle entretenait une relation ambiguë où la haine et le dégoût ont petit à petit pris le dessus sur la fascination et la dépendance. On retrouve ici un schéma classique de la littérature gothico-vampirique à la différence que cette protagoniste décide de prendre son destin en main. De quelle manière, cela, je vous laisse le lire pour ne pas vous gâcher la nouvelle. On est donc sur une nouvelle plutôt moderne par rapport au genre dans lequel elle s’inscrit.

Ce texte compte une trentaine de pages en plus d’annexes visuelles au sujet des robes évoquées dans l’histoire, ce qui est un plus pour en apprendre davantage sur l’univers de la mode. Ça reste court. Un peu trop même à mon goût et c’est mon seul regret car je pense que le concept, l’idée globale, donnait matière à davantage de développement, ne fut-ce qu’autour du personnage principal -qui, sauf erreur de ma part, n’a pas de prénom- et de son évolution, de son engagement dans la cause féminine. 

En résumé, c’est une chouette nouvelle à découvrir pour le #ProjetOmbre comme pour le #PrintempsImaginaireFR si vous aimez le fantastique et le vintage. Je la recommande !

printempsimaginaire2017
Sixième lecture – Défi « un trésor oublié »
(lire une relique de ma PàL)
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+1 nouvelle
+1 mission
(avancée du challenge : 9 nouvelles lues)

Le jour où l’humanité a niqué la fantasy – Karim Berrouka

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Le jour où l’humanité a niqué la fantasy
est un one-shot d’urban fantasy écrit par l’auteur français Karim Berrouka. Publié chez ActuSF, vous trouverez ce roman partout en librairie au prix de 19.90 euros.
Je remercie Jérôme et les éditions ActuSF pour ce service presse numérique.

Souvenez-vous ! Je vous ai déjà évoqué cet auteur à plusieurs reprises sur le blog avec Fées, weed et guillotine, Celle qui n’avait pas peur de Cthulhu et son meilleur roman (selon moi) : le club des punks contre l’apocalypse zombie. Il est plutôt connu pour proposer des histoires très excentriques au point que l’expression : what the fuck se retrouve souvent associée à son nom. Sur un plan plus personnel, disons que c’est un auteur avec qui soit ça passe à 200%, soit ça casse justement. Pour la première fois, j’ai trouvé un roman qui se met entre les deux.

De quoi ça parle ?
Un lutin prend des otages dans une bibliothèque en hurlant : vous avez niqué la fantasy !
Le coup d’un soir d’Olga fout littéralement le feu à son appartement avec sa bite, ce qui l’oblige à lui défoncer la tête avec une batte.
Un duo d’enquêteurs du paranormal essaie de mettre de l’ordre dans tout ce chaos.
Des auteurs sont enlevés lors d’une conférence aux Imaginales.
Et avec tout ça, 30 ans plus tôt, un groupe de punk se rend dans un coin paumé de la France pour le plus grand festival punk de tous les temps qui se déroule à côté d’une forêt franchement cheloue.

Une bonne dose d’absurde et de folie…
Voilà ce que le lecteur va retrouver principalement dans ce roman. Karim Berrouka reste fidèle à lui-même en proposant des personnages paumés, des situations improbables et différentes lignes narratives qui n’ont rien en commun de prime abord mais qui finissent par se rejoindre de la plus surprenante des façons. Pour se lancer dans ce texte, mieux vaut donc ne pas avoir un esprit trop cartésien ou s’attendre à ce que tout se déroule comme on l’attend.

Si, à première vue, on est sur un gros délire sous acide, en réalité… L’auteur propose un sous-texte vraiment riche. Chaque chapitre (et ils sont courts !) comprend des petites piques et réflexions diverses sur la société, l’imaginaire et même sur le statut des auteurs. C’est le genre d’ouvrage à relire plusieurs fois pour traquer les références et prendre conscience de l’ampleur du travail effectué par Karim Berrouka. Chapeau là-dessus.

… avec quelques bémols.
Ou plutôt, des bémols à mon goût. Peut-être n’étais-je pas dans le bon état d’esprit mais ce texte m’a, par moment, provoqué un effet de « trop ». Je me sentais perdue dans l’absurde, dans l’improbable, ce qui n’a pas été en s’arrangeant dans la dernière partie du roman. Ironiquement, la fin m’a laissé un goût de trop peu, de trop rapide, de trop simple en quelque sorte. Je me suis dit ah okey, tout ça pour ça ?

J’ai aussi eu le sentiment que la problématique autour de la fantasy finissait par s’oublier à mesure qu’on avançait dans l’intrigue. Pourtant, tous les éléments sont présents (les créatures, les tentatives de rééducation des auteurs humains, etc.) mais quand on en vient à se focaliser sur le groupe de punks et sur les deux enquêteurs, ça perd de sa saveur première et de ce que j’imaginais lire dans ce texte.

Enfin, je dois confesser que j’ai eu du mal à m’attacher aux protagonistes. Comme je suis une lectrice pour qui cet élément a son importance, ça a été un sacré problème. À l’exception finalement des deux punks et de Margo (au début) je n’ai pas su m’intéresser aux péripéties des autres. De plus, il faut savoir que certains personnages présents au sein du roman sont des auteurs qui existent sur la scène francophone ainsi que l’éditeur du roman, Jérôme Vincent en personne. Cela donne au livre un aspect private joke à côté duquel on passe un petit peu si, comme moi, on n’a pas encore lu ou apprécié les auteurices concerné/es. Je pense important de le souligner parce que je sais que ça a sorti au moins une lectrice de sa découverte, ce qui est dommage… Par contre je compatis sincèrement au sort de ce pauvre éditeur qui n’avait rien demandé !

La conclusion de l’ombre :
Le jour où l’humanité a niqué la fantasy est un roman d’urban fantasy déjanté et un brin absurde comme seul Karim Berrouka sait les écrire. Ce one-shot met en scène une révolution de la « fantasy véritable » et de tous ses représentants face aux humains qui n’ont décidément rien compris. Si le sous-texte possède une vraie richesse, l’intrigue tire hélas en longueur par moment, du moins à mon goût. De plus, j’ai eu un certain mal à m’intéresser au destin de certains personnages, ce qui a atténué mon enthousiasme initial. Néanmoins, cela reste un bon texte qui mériterait une relecture pour en tirer toutes les subtilités.

D’autres avis : l’ours inculteYuyine – vous ?

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Cinquième lecture – pas de défi

Les orphelins du sommeil – Pascaline Nolot

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Les orphelins du sommeil
est un roman jeunesse fantastique écrit par l’autrice française Pascaline Nolot. Publié aux éditions du Chat Noir dans la collection Chatons Hantés, vous trouverez ce texte uniquement au format papier sur leur site internet au prix de 10 euros.

De quoi ça parle ?
L’institut Dormance est une école un peu spéciale, isolée du reste du monde, où chaque élève souffre d’un trouble du sommeil plus ou moins rare. Marcus, atteint de paralysie du sommeil, essaie de retrouver des nuits normales. Il va se lier d’amitié avec Joane, insomniaque, mais également Sam, un jeune rêveur lucide surdoué. Les enfants vont alors découvrir que l’Institut cache un secret qui pourrait bien concerner le directeur…

Un roman jeunesse qui accroche dés les premières pages.
Voilà comment on pourrait résumer les orphelins du sommeil qui s’ouvre sur un prologue assez angoissant où un jeune garçon est terrifié par une ombre malfaisante dans sa chambre, ombre qui se détourne finalement de lui pour s’en prendre à sa sœur, le laissant impuissant. Dés le début, le ton est donné : on oscillera entre les rêves et les cauchemars, avec une préférence pour ces derniers à travers la figure des Ombreux. Mais sont-ils véritablement diaboliques ? Suspens. Outre cette introduction très efficace, la plume de Pascaline Nolot est ici particulièrement soignée. J’ai déjà eu l’occasion de lire l’autrice en jeunesse avec les larmes de l’araignée puis en young adult avec Rouge, je savais donc à quoi m’attendre d’autant que ce n’est pas la première fois que je relève sa tendance à user de l’allitération et des rimes. Ici, c’est souvent autour du son « é » mais ça fonctionne très bien et donne au texte un aspect chantant, enfantin, un peu comptine parfois, tout simplement savoureux.

Des personnages qui marquent.
Le premier chapitre permet au lecteur de rencontrer Marcus, un garçon de treize ans qui souffre de paralysie du sommeil. J’avais déjà entendu parler de ce trouble sans vraiment me rendre compte de tout ce que ça pouvait impliquer. Marcus en devient très impressionnant pour sa résilience face à ces moments de terreur ! C’est aussi un gentil garçon qui m’a, par moment, un peu rappelé Charly, le héros d’Audrey Alwett (Magic Charly), avec qui il partage bien plus de points communs que leur couleur de peau. J’aime beaucoup ce nouvel archétype de préadolescent avec un bon fond, de bonnes manières, de l’empathie, qui affrontent les difficultés la tête haute sans s’oublier en chemin. Ça change agréablement.
Outre Marcus, le lecteur suit parfois Joane, une jeune fille atteinte d’insomnie. Comme tout le monde, cela m’est arrivé une fois ou deux de ne pas réussir à dormir (souvent, c’est quand je suis malade !) et de me dire que, bon sang, c’est long une nuit… Je n’ai donc eu aucun problème à comprendre les problématiques tissées autour de Joane et j’ai apprécié son caractère franc. Pourtant, mon cœur a fondu pour le jeune Sam, un surdoué de sept ans qui a son petit ego mais dont la candeur est tout simplement adorable. Enfin, le trio va être rejoint par Mina, un personnage mystérieux qui souffre d’un mal aussi terrible que poétique. Je n’ai pas pu m’empêcher d’y voir un clin d’œil à l’illustratrice de la collection Chatons Hantés, Mina M, ce qui a été confirmé dans les remerciements de l’autrice. Je trouve ce type d’attention vraiment très sympa et c’est vrai que le personnage ressemble un peu à l’image que renvoie Mina d’elle-même, en tout cas sur les réseaux. Et oui, c’est un compliment !

Ces personnages possèdent tous une personnalité et une existence tangible. Ils sont très réussis chacun à leur façon, sans que les personnages secondaires ne soient en reste. La bibliothécaire excentrique est géniale, le directeur recèle aussi quelques surprises… Rien n’est à jeter !

En apprendre plus sur le sommeil.
Pascaline Nolot ne se contente pas d’une aventure rondement menée dans un monde onirique, que nenni ! Le texte se parsème d’informations intéressantes sur les troubles du sommeil et sur le sommeil de manière générale, si bien que j’en ai appris énormément. Chaque chapitre est également surmonté d’une berceuse, ce qui permet de rester dans le champ sémantique du sommeil. Outre tous ces éléments, l’autrice développe une mythologie originale autour du monde des rêves avec ses règles, ses créatures,  etc. Une mythologie qui aurait finalement mérité un roman plus dense, plus long ou mieux : d’autres aventures ! Parce que même si ce titre est le plus épais des Chatons Hantés (il compte plus de 200 pages) je pense qu’il recèle le potentiel, autant sur les personnages que sur l’univers, pour beaucoup plus et j’espère que l’autrice finira par y revenir un jour.

La conclusion de l’ombre :
Les orphelins du sommeil est un roman jeunesse fantastique écrit par l’autrice française Pascaline Nolot pour la collection Chatons Hantés du Chat Noir. Ce texte invite son lecteur au sein de l’institut Dormance où il pourra suivre une bande de préadolescents très attachants qui chercheront à éclaircir certains mystères qui planent autour de leur école. Tout fonctionne parfaitement dans ce texte très bien rythmé et mon seul regret est que l’univers original créé par l’autrice autour du monde des rêves ne soit pas davantage développé dans une saga. C’est donc un roman jeunesse plus que recommandable !

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Quatrième lecture – défi « la cafetière »
(lire un livre qui parle de rêves)

L’Empire du Troll – Jean-Claude Dunyach

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L’Empire du Troll
est le troisième volume d’une saga de fantasy parodique / humoristique écrite par l’auteur français Jean-Claude Dunyach. Notez que chaque tome peut être lu de manière individuelle sans que ça ne soit problématique. Publié chez l’Atalante, vous trouverez ce texte au prix de 12.90 euros partout en librairie.
Je remercie Emma et les éditions l’Atalante pour ce service presse numérique.

Souvenez-vous ! Je vous ai déjà évoqué deux autres romans au sein du même univers : l’instinct du Troll et l’Enfer du Troll. Pour être plus précise, l’Enfer du Troll se composait de quatre nouvelles avec le même personnage principal (le fameux Troll du titre), vouées à mettre en avant l’absurdité des systèmes administratifs. J’avais été conquise par le ton humoristique et parodique ainsi que par le dynamisme des différentes nouvelles. Dans l’Enfer du Troll, on retrouvait des éléments semblables même si cette fois, il s’agissait d’affronter rien de moins que l’apocalypse… À ceci s’ajoutait une dimension ethnologique sur la race Troll, qui permettait de s’éloigner de l’anthropocentrisme habituel qu’on trouve en fantasy.

De quoi ça parle ?
Dans l’Empire du Troll, on part cette fois sur une parodie du Hobbit et sur la dénonciation de notre système financier basé sur la spéculation, l’argent dématérialisé et délégation pas toujours bien raisonnables. Dans les faits, le salon de coiffure de la Trollesse est sur le point d’être saisi par les avocats de Crédébit à cause d’un taux d’emprunt qui a explosé, l’empêchant de rembourser ses traites. Du coup, le Troll a dans l’idée de cambrioler un dragon afin de se servir dans son or pour régler tous ses problèmes. Il va donc faire appel à son stagiaire Cédric et à ses « amis chevaliers »… Ce qui va bien entendu entrainer une montagne de problèmes.

L’absurdité du monde financier appliqué aux dragons
C’est vraiment le thème central de ce texte, qui est cette fois-ci un roman et non plus une suite de différentes nouvelles. Le Troll rencontre ainsi un avocat qui travaille pour le Diable et se félicite d’avoir réussi à convaincre un dragon de dématérialiser son or, lui accordant ainsi une plus grande valeur « sur le marché ». Le texte est plein d’absurdités du même genre (le fait de creuser des trous qui sont vendus comme littéralement du vide, les révisions des taux d’emprunt qui mettent les petits indépendants dans la panade, les restructurations à cause de malversation qui pénalisent surtout les employés qui n’ont rien demandé, etc.) qui ont clairement pour but de dénoncer ce qui se passe dans notre monde à nous, dans notre quotidien, sans pour autant laisser l’humour de côté. Je dis ça… Mais même si j’ai souri quelques fois, j’ai trouvé le ton de l’Empire du Troll globalement plus sombre, plus désenchanté, à l’image de notre réalité finalement. Ce n’est pas un mal mais ça m’a surprise et je pense qu’il faut le savoir avant de se lancer car si on cherche une lecture pour se détendre et rire un bon coup, on risque de passer à côté de l’Empire du Troll.

Si la légèreté n’était plus totalement au rendez-vous, le texte de Jean-Claude Dunyach n’en reste pas moins très intelligent et à décrypter sans modération.

La conclusion de l’ombre :
L’Empire du Troll est un roman court de fantasy humoristico-parodique écrit par l’auteur français Jean-Claude Dunyach. On retrouve le Troll qui doit cette fois-ci se confronter aux absurdités de la finance, en plus du feu des dragons. Si les éléments qui participèrent au succès des deux autres ouvrages sont présents (personnages atypiques, critique acerbe sur fond de parodie et humour), je trouve le ton global de ce tome plus désenchanté quoi que toujours aussi intelligent. Une bonne lecture à recommander !

D’autres avis : Post Tenebras Lire – vous ?

printempsimaginaire2017
Troisième lecture – défi « en terres connues »
(continuer ou terminer une série)