La Première loi #1 Premier sang – Joe Abercrombie

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Premier sang
est le premier tome de la trilogie la Première loi écrite par l’auteur anglais Joe Abercrombie. Publié chez Bragelonne au format poche, vous trouverez ce roman partout en librairie au prix de 9.20 euros.

De quoi ça parle ?
L’Union a perdu sa grandeur d’antan et est menacée au nord comme au sud. C’est dans ce contexte incertain que le lecteur va suivre le destin de trois personnages : Logen Neuf-Doigts dit Neuf Sanglant, Nordique redouté et à raison. Le capitaine Jezal dan Luthar, noble de sang, escrimeur prometteur mais égoïste et fainéant ainsi que l’Inquisiteur Glokta, ancien héros de guerre revenu gravement estropié. Ces protagonistes vont se croiser grâce à Bayaz, le Premier des Mages, qui semble ourdir des plans pour l’avenir…

Un premier tome (très) introductif.
Introductif est l’adjectif qui convient le mieux pour qualifier Premier sang puisqu’en 717 pages (format poche) on ne peut pas dire qu’il se passe grand chose même si, paradoxalement, l’auteur met tout en place pour la suite, proposant des éléments a priori enthousiasmants.

Ici, donc, le lecteur se familiarise avec l’univers de la Première loi, un monde fantasy assez classique dans sa géographie et dans les peuples (tous humains) présentés. Concrètement, on y vit un tournoi d’escrime, on y voit quelques complots, on dénoue quelques mystères mais rien de bien grandiose ou de fondamentalement palpitant. On apprend également à connaître les personnages principaux et je dois avouer que ce sont eux qui incarnent, à mes yeux, le plus grand intérêt de ce roman en plus de tout le mystère qui plane autour de l’histoire du Créateur. Cette mythologie n’a rien de très original non plus à première vue toutefois elle est suffisamment bien amenée pour titiller ma curiosité.

Une fois la dernière page tournée, j’ai eu envie d’enchaîner sur le tome 2 pour savoir ce qui allait bien pouvoir leur arriver. Et heureusement qu’ils sont là puisque, comme je le disais, ce roman est assez introductif. Sans l’attrait ressenti pour les protagonistes, je n’aurais probablement pas été plus loin. Pas parce que le roman est mal écrit, mauvais ou que sais je mais simplement parce que je ne continue plus les sagas qui ne réussissent pas à suffisamment attiser ma curiosité.

Des personnages forts…
Le roman s’ouvre sur une course poursuite dans la forêt où Logen essaie de sauver sa peau face aux Shankas (un peuple étrange de prime abord) tentent de l’éliminer. Logen est un guerrier, un survivant. Il a tué beaucoup de gens dans sa vie, a un passif assez lourd mais on sent que l’âge l’a fait évoluer, l’âge et les épreuves probablement. Il a également la capacité de discuter avec les esprits même si ce don reste assez mystérieux (à quoi servira-t-il dans l’avenir ?) et rare dans cet univers.

Après Logen, place à Glokta qui est, sans hésitation, mon personnage préféré. Ancien héros de guerre, il a passé deux ans dans les geôles ennemies à être torturé avant qu’on ne le rende à l’Union. Il en a évidemment gardé des séquelles physiques importantes qui le laissent dans une souffrance perpétuelle. J’ai trouvé ce personnage fascinant puisqu’il incarne la chute d’un grand homme promis à un avenir brillant et qui ne baisse pas les bras pour autant. Son évolution au sein de ce tome est intéressante mais ce n’est pas la plus radicale…

Non, celle-ci revient au capitaine Jezal dan Luthar, stéréotype du noble arriviste qui a eu la chance d’être un peu doué pour l’escrime mais qui n’a pas forcément envie de fournir le moindre effort. Hautain, égoïste, un vrai con à qui on a envie de coller une paire de claques. Pourtant, à mesure que les chapitres avancent, le personnage s’épaissit, entame une évolution intéressante sur sa psychologie qui est assez prometteuse. À voir s’il continuera sur cette voie et ce que l’avenir lui réserve !

Et que dire de Bayaz, vu chaque fois par les yeux de quelqu’un d’autre ? Le Premier des Mages est l’un des seuls à user de magie dans les personnages rencontrés et on a du mal à lire en lui. Tantôt vieillard sympathique, tantôt homme irascible d’une puissance meurtrière (au point d’exploser – littéralement- ses ennemis), il est le moteur de tous les éléments esquissés dans Premier sang mais force est de constater qu’il entretient un peu trop bien le mystère autour de ses projets. En refermant ce roman, on n’en sait pas beaucoup plus qu’au départ.

… quasiment tous masculins.
C’est probablement un point qui va hérisser les lecteurs et lectrices potentiel(le)s puisqu’il n’y a quasiment aucune femme dans ce premier volume. La première avec une véritable importance apparait dans la seconde partie du roman en la personne d’une sauvage prénommée Ferro (qui m’a gonflée jusqu’aux derniers chapitres). La seule autre nommée qui a des dialogues est la sœur d’un ami de Jezal, Ardee, qui est plutôt atypique, mystérieuse, en souffrance et au sujet de laquelle on ne sait pas grand chose de concret en dehors des rumeurs qui peuvent courir. Le fait de ne la voir qu’à travers les yeux ou de Jezal ou de son frère joue assez pour entretenir ce sentiment d’indécision. Pourtant, ces deux femmes possèdent chacune un certain pouvoir, une puissance (brute pour Ferro, subtile pour Ardee), une influence non négligeable qui se renforcera probablement dans la suite. Du moins, je l’espère.

Sur un plan personnel, l’absence de représentation féminine ne m’a pas spécialement dérangée parce que je sais qu’en fantasy médiévale, c’est souvent comme ça et que c’est cohérent avec le type de société qui est représenté. Alors oui, on pourrait choisir de procéder autrement mais d’une, le roman est sorti pour la première fois il y a plus de quinze ans (l’air de rien les mentalités ont énormément évolué depuis donc je replace le roman dans son contexte) et de deux, les quelques portraits de femmes qui sont esquissés montrent que l’auteur ne les méprise pas, au contraire, du moins l’ai-je ressenti ainsi mais il faudra que cela se vérifie dans les tomes suivants. Si je le précise, c’est parce que je sais que ça compte beaucoup pour certain/es lecteur/ices donc il vaut mieux savoir dans quoi on s’engage.

Petit coup de gueule sur l’édition française.
Avant d’achever cette chronique je me dois de préciser un point qui m’a un peu agacée, à savoir le manque de relecture manifeste effectuée sur ce texte par la maison d’édition. Il reste un certain nombre de fautes, notamment sur les accords et même à certains moments, on a un mot à la place d’un autre. De plus, à plusieurs endroits, le saut de paragraphe est marqué en fin de page si bien qu’on ne comprend pas tout de suite qu’une ellipse a eu lieu au sein du récit. J’ai conscience que l’erreur est humaine mais pour une structure de la taille et de l’envergure de Bragelonne, je trouve ça très dommage qu’on ne fasse pas relire la maquette finale avant de l’envoyer à l’impression. Et malheureusement, ce n’est pas la première fois que cette mésaventure m’arrive avec un ouvrage de chez eux. Cela n’entame pas la qualité de l’écrit ni le travail de la traductrice mais je tenais tout de même à en parler.

La conclusion de l’ombre :
Premier sang est un tome très introductif pour le reste de la trilogie. Il s’agit ici de prendre ses marques avec l’univers et les personnages qu’on va suivre ainsi que de poser les premiers jalons d’une intrigue qui semble prometteuse. Ce sera à voir sur le long terme si tous les éléments mis en place par Joe Abercrombie tiennent la route et sont correctement exploités ! Heureusement, l’auteur pose des protagonistes suffisamment convaincants et intrigants pour me donner envie de découvrir la suite. Ce que je ne vais pas manquer de faire !

D’autres avis : Le culte d’ApophisBoudicca – l’ours inculte – Aelinel – vous ? (n’hésitez pas à vous manifester si j’ai loupé votre chronique !)