Frères d’enchantement – Siana

xcover-2801
Frères d’enchantement est un one-shot de fantasy proposé par l’autrice française Siana, dont c’est le premier roman. Éditée chez Rroyzz Éditions dont je découvre pour la première fois un ouvrage (en même temps que leur existence), vous trouverez ce titre au prix de 17 euros.
Je remercie l’autrice pour l’envoi de ce service presse via SimplementPro.
Ce roman est ma neuvième lecture dans le cadre du Printemps de l’Imaginaire francophone.

J’ai découvert ce roman un peu par hasard au détour d’une chronique de la blogpote FungiLumini. Très intriguée par le pitch et par son retour enthousiaste, j’ai tenté ma chance pour recevoir le roman en service presse et j’ai bien fait parce qu’honnêtement, ça a été une belle surprise !

Nous suivons deux personnages en parallèle. Le premier est Ensio, un fier milicien et héros de sa cité. Au début du roman, on le voit tuer son ami d’enfance, devenu un renégat. L’acte en lui-même n’est pas anodin mais le plus difficile à vivre pour Ensio, c’est ce silence dans sa tête car Ljuka et lui partageaient un lien télépathique depuis l’enfance. Ensio va alors tout tenter pour ne pas sombrer dans la folie. Avec un succès assez relatif.
Le second est Ljuka, dans le passé. Le lecteur l’accompagne au fil de son histoire et comprend les raisons qui le poussèrent à agir comme il l’a fait. On voit également le début de son amitié avec Ensio, la façon dont ces deux amis vont s’éloigner, etc.

L’alternance des points de vue et des époques est bien gérée par l’autrice et permet une immersion dans la psyché de ses deux héros ainsi que dans l’univers unique créé par elle. La narration à la première personne est adaptée à la dimension psychologique du texte et chaque personnage est assez bien caractérisé. Ma préférence va toutefois à Ljuka, pour qui j’ai éprouvé énormément d’empathie contrairement à Ensio que j’ai eu envie de gifler jusqu’à la dernière page du roman. D’autant que la fin est assez malsaine. J’ai du mal à décider si c’était l’intention de l’autrice ou si elle a pensé que l’idée d’Ensio était vraiment bonne mais je suis restée scotchée par un tel égoïsme de la part du personnage. C’est aussi la marque d’un bon roman immersif: le lecteur se prend au jeu, vibre avec les protagonistes. Le seul point négatif que je relèverai par rapport à cet aspect c’est que l’autrice a passé tellement de temps à développer Ensio et Ljuka que, finalement, les personnages secondaires paraissent caricaturaux, sans vraie profondeur et juste bon à remplir des rôles prédéfinis à l’avance pour le bon déroulement de l’histoire. C’est le cas notamment de l’épouse d’Ensio, une femme que les deux amis ont aimé en leur temps.

Frères d’enchantement, c’est donc l’histoire d’une amitié qui se mue en haine et en incompréhension. À cause du système de classe assez rigide, Ensio ne parvient pas à comprendre le goût de son ami pour les arts des Mécanistes ni son « manque d’ambition » à ne pas vouloir décrocher un titre de Maître. L’air de rien, le parallèle avec notre propre société est assez évident et le message de l’autrice plutôt fort: il faut vivre pour soi-même, pour ce qui nous rend heureux, et pas pour l’image qu’on montre à la société. Je valide à 200%.

Il s’agit d’un premier roman mais Siana possède déjà une plume prometteuse quoi que jeune. Il reste des tournures faibles et des répétitions qu’on pardonne volontiers. En plus d’une écriture qui a déjà sa personnalité, Siana jouit d’une imagination débordante. Son univers se révèle original et bien construit avec la présence d’une magie qui est très scientisée. Je ne vous en dis pas plus pour ne pas vous gâcher le plaisir de la découverte mais les chapitres de Ljuka permettent de vraiment bien mettre en place tout cet aspect et d’évoluer en même temps que les protagonistes. À travers son intrigue, l’autrice développe aussi une réflexion marquée sur la lutte des classes et la révolution sociale, qui ne manquera pas de pousser les lecteurs à la réflexion, surtout par les temps qui courent. Parvenir à mêler le divertissement à l’engagement politique, le tout dans un premier roman… Moi je dis bravo.

Pour résumer, Frères d’enchantement est un premier texte de fantasy adulte bien mené. L’autrice propose de suivre Ensio sur les chemins de la folie et Ljuka sur celui de la révolution dans une alternance de point de vue maîtrisée et immersive. Sa plume jeune, son univers personnel et ses idées originales donnent du peps à ce premier roman qui est, pour moi, une belle découverte que je recommande volontiers !

Publicités

UP / Athnuachan #1 L’Académie – Cyrielle Bandura

Couverture Athnuachan
L’Académie
est le premier tome de la saga Athnuachan de l’autrice française Cyrielle Bandura. D’abord publié en auto-édition, ce roman s’offre une nouvelle version dans la maison d’édition Noir d’Absinthe qui va également publier la suite (wouhou !). Vous trouverez ce roman retravaillé pour l’occasion au prix de 19.90 euros en format papier et 5.99 au format numérique.

À l’occasion de la réédition du roman Athnuachan de Cyrielle Bandura, j’up mon ancienne chronique avec la nouvelle couverture (absolument SUBLIME) signée par Tiphs. Je vous encourage à découvrir ce livre qui souffle un vent d’air frais sur la fantasy française et propose une œuvre à la fois travaillée et engagée. Il s’agit d’un premier roman et vu la qualité de celui-ci, ça laisse présager le meilleur pour la suite.

Il s’agit d’une série de fantasy post-apocalyptique (un peu dans la même idée que les Chroniques de Shannara, donc un retour en arrière de l’humanité après un trop plein technologique) marquée par la mythologie celtique.

Athnuachan nous raconte l’histoire de Sélène, une jeune fille qui a été appelée à l’Académie des Guerrières, supposées protéger Mór-roinn des attaques de Dragons. Sélène n’a jamais aimé les femmes de l’Académie, qu’elle qualifie volontiers de harpies, mais elle ne veut pas faire honte à sa mère et se résout donc à y aller. Ce roman est avant tout l’histoire de son initiation, de son entraînement, de la manière dont elle va mûrir et découvrir les secrets qui entourent son existence. Comme Sélène ignore beaucoup de choses au sujet des Gardiennes, nous découvrons et apprenons l’univers en même temps qu’elle, au travers de ses cours, de ses propres interrogation, ce qui nous permet d’obtenir énormément d’informations et de ne pas se perdre dans la lecture.

Le roman s’étale sur plusieurs années, douze ans exactement. Ne vous attendez donc pas à n’assister qu’à un seul évènement. Sélène a une vie bien remplie ! Je trouve d’ailleurs qu’elle est une héroïne intéressante, profonde et travaillée. Le roman est écrit à la première personne, au passé simple. Nous vivons donc tout à travers ses yeux. Elle n’est pas une gentille petite fille parfaite ni une rebelle sans cervelle qui va mettre tout le monde en danger avec ses caprices. Elle sonne vraie, humaine, elle a ses qualités et ses défauts, toute en nuance. Ses relations avec les autres sont toujours uniques, j’ai eu l’impression d’être transportée dans cet univers avec elle et j’ai trouvé agréable que, pour une fois, on ne nous serve pas une romance entre l’héroïne et son meilleur ami, ou l’éternel triangle amoureux. Il y a bien une relation intime, mais elle n’écrase pas le récit, loin de là. D’ailleurs, les différents passages entre les combats, le développement psychologique et les découvertes diverses sont bien rythmés. C’est assez impressionnant, surtout pour un premier roman.

L’univers d’Athnuachan est très riche. On sent que l’autrice s’est arrêtée sur tous les détails, qu’elle a beaucoup songé à la cohérence de son roman. Il y a un véritable travail derrière qu’on peut saluer. Cela évite à Athnuachan de tomber dans les pièges des premiers romans avec les éternelles facilités scénaristiques. Certains éléments sont plutôt prévisibles, comme l’identité du père de Sélène ou son avenir au sein de l’Académie, mais ça n’empêche pas le texte de nous réserver un sacré lot de surprises.

Pour résumer, Athnuachan est un excellent premier roman. J’ai toujours du mal à croire que c’est le premier, d’ailleurs ! Son récit a une construction assez classique (celui de l’initiation de l’héroïne) mais il est très documenté avec une mythologie qui lui appartient tout en s’inspirant de diverses sources qui raviront, notamment, les fans de mythologie irlandaise. Je le recommande chaudement à tous les amateurs de fantasy. Cyrielle Bandura est une autrice prometteuse qui mérite d’être lue.

La voix de l’Empereur #1 Le corbeau et la torche – Nabil Ouali

7
Le Corbeau et la Torche est le premier tome de la trilogie de la Voix de l’Empereur écrite par l’auteur français Nabil Ouali. Publié chez Mnémos, chaque tome coûte 21 euros et se présente sous la forme d’un beau livre objet avec couverture cartonnée.
Je remercie chaleureusement Nathalie de chez Mnémos pour ce service presse !

Il m’est très difficile de résumer ce roman en quelques mots. J’ai tenté plusieurs méthodes sans vraiment être satisfaite. Du coup, une fois n’est pas coutume, je vais vous laisser avec la quatrième de couverture:
« Voici l’histoire de quatre destins réunis au cœur d’un empire mourant. L’enfant du village gelé, le paladin hanté par un sombre secret, le prêtre émérite d’un ordre qu’il méprise, et le fils de l’empereur. Dans les rues des cités fourmillantes ou les profondes forêts, chacun accomplit un voyage sur les routes de l’empire mais aussi dans les méandres de son être : quelles sont les ficelles que tire le clergé dans les coulisses ? Qui a tenté de tuer l’empereur et d’éteindre à jamais sa voix ? Sur le sentier escarpé qui mène au pouvoir, le chemin est infiniment plus important que le sommet. »

Le corbeau et la torche est un roman dont il est compliqué de parler. Il subit, sans conteste, l’influence de ses prédécesseurs et grands noms de la fantasy. Il ne révolutionne pas le genre en proposant une intrigue assez classique à base de complots religieux, de tentatives d’assassinats et d’une prophétie mystérieuse qui désigne trois garçons dont on suit le destin à travers toute une galerie de personnages.

Je n’ai pas beaucoup de reproches à faire à ce roman mais celui-ci en fait partie: trop de personnages tue le personnage et trop de mystères… tue le mystère. Les protagonistes se multiplient, les scènes s’enchainent comme les épisodes d’une série, les révélations en moins. En cela, on peut parler de « roman à tableaux » dans sa construction et sa présentation. Le lecteur assiste à tout un tas d’évènements mais il n’y comprend pas grand chose. Il les note, au mieux, dans un coin de sa tête et essaie de les assembler plus tard. Des personnages secondaires vont et viennent, leur seule raison d’exister est de croiser les protagonistes, les garçons de la prophétie, ou plus simplement de mourir. Du coup, l’attention est détournée des vrais « héros » auxquels on ne parvient pas à s’attacher plus que ça.

Il faut rappeler, à ce stade, qu’il s’agit d’un premier roman. En tant que tel, le Corbeau et la Torche est assez bon. Le style littéraire de Nabil Ouali est travaillé et musical. Il a mis plus de soin dans la forme que dans le fond mais classique ne rime pas avec mauvais pour autant. Cela convient très bien à énormément de lecteurs, qu’ils soient ou non des adeptes de fantasy. Son intrigue reste intéressante et efficace malgré les quelques points soulevés au-dessus et on a envie d’enchaîner les vingt cinq chapitres, qui sont plutôt courts et dynamiques. Ce livre se lit d’ailleurs très rapidement et offre un bon moment de divertissement.

Outre son style littéraire, j’ai particulièrement apprécié les leçons du prince avec Glawol. Ce sont d’ailleurs les personnages les plus réussis, à mon sens et je crois que j’aurai, sur un plan personnel, goûté que le roman soit articulé uniquement autour d’eux et de leur point de vue. À travers ces leçons, Nabil Ouali revient à ses racines de philosophe, du moins si je me fie à sa biographie. Certaines discussions m’ont rappelée mes cours en philosophie morale à l’université et ça m’a fait sourire. J’ai été très sensible à cet aspect du roman qui invite subtilement à la réflexion et souhaite éveiller l’esprit de ses lecteurs à des considérations importantes.

Pour résumer, un premier roman n’est jamais parfait mais Nabil Ouali pose dans le Corbeau et la Torche les bases d’un univers classique et accrocheur. Sa plume poétique et maîtrisée promet de belles choses pour la suite. Ses influences classiques, que ce soit auprès des maîtres de la fantasy ou auprès des philosophes moralistes, en fait un roman très intéressant à décrypter avec plusieurs niveaux de lecture. C’est un univers auquel il faut laisser sa chance et un auteur à surveiller pour l’avenir ! Je recommande.

Sorcière de chair – Sarah Buschmann

16
Sorcière de chair est le premier roman de dark urban fantasy de l’autrice française Sarah Buschmann. Édité chez Noir d’Absinthe, ce one-shot est disponible au prix de 19.90 euros en format papier et 7.99 euros en numérique. Vous pourrez aussi vous procurer ce roman pour les Halliénnales car il sort à cette occasion et l’autrice sera présente.
Ce roman rentre dans le Pumpkin Autumn Challenge pour le menu « Automne Frissonnant » catégorie « Le cri de la banshee » mais également pour le menu « Automne Ensorcelant » dans les catégories « Witches Brew » et « Balai Pattes ! »
Je remercie les éditions Noir d’Absinthe pour ce service presse disponible sur Simplement.Pro !

Ce roman se déroule en Australie. Nous suivons principalement Arabella, une inspectrice qui travaille à la criminelle et se retrouve à enquêter sur une série d’homicide plutôt violents. Ces meurtres ne sont pas sans lui rappeler ceux commis il y a sept ans de cela envers sa propre famille… Le récit oscille entre le passé et le présent, ce qui nous permet de découvrir petit à petit la vérité sur ce qui est arrivé auparavant.

Si le pitch paraît assez banal à première vue, j’ai été surprise de la façon dont l’autrice joue avec le lecteur. Elle brouille les cartes et les indices, nous balade pendant tout le récit. Si par moment on croit deviner certains éléments de l’intrigue, on se rend vite compte qu’on se trompe du tout au tout jusqu’au dénouement final, assez inattendu dans l’ensemble. Je me suis laissée avoir et si je me doutais de quelque chose, je ne m’attendais certainement pas à ça. Soit je deviens naïve, soit l’autrice est douée… Disons les deux? 😉

L’univers créé par Sarah Buschmann est plutôt original. Elle traite la sorcellerie sous un angle assez scientifique, terre à terre, en fournissant des explications biologiques sur la manière dont fonctionne le pouvoir des sorcières. J’ai aimé cette recherche dans son sujet et sa manière de l’exploiter. On sent que l’autrice s’est renseignée en neurologie et qu’elle maîtrise l’anatomie de manière générale.

Difficile de croire qu’on lit un premier roman. L’autrice a une écriture assez mâture qui ne souffre pas des faiblesses de style ou des répétitions habituelles. Si sa plume n’est pas transcendante, elle reste agréable et fluide, elle accompagne bien son texte avec un vocabulaire précis, parfois cru mais dans le ton.

Les personnages ne sont pas en reste et Sarah Buschmann entretient bien son suspens autour d’eux. Les sentiments qu’ils provoquent sont multiples et il est certain qu’ils ne laisseront pas indifférents. Arabella n’est pas une héroïne, loin de là. C’est une femme brisée à la psychologie instable et complexe que j’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir. Si Nolan me paraissait niais et cliché au début, il gagne en profondeur au fil du roman. Eol est aussi répugnant que surprenant, quant à Anaël… Je ne vais pas tous les énumérer pour ne pas vous spoiler l’intrigue mais voilà, vous risquez d’être surpris. L’autrice a l’intelligence de ne pas multiplier inutilement les personnages pour offrir un roman axé sur l’horreur et le psychologique, ce que j’ai apprécié.

L’ambiance du texte est sombre et oppressante. Si j’ai eu du mal avec le début que je trouvais très classique, j’ai finalement été happée dedans. Attention toutefois, il est réservé à un public averti non seulement pour sa violence physique mais aussi psychologique. Son ton ne conviendra pas aux âmes sensibles ni aux grands optimistes. Une aura de destruction, de cynisme et de pessimisme flotte sur ce texte et vous vous en doutez, j’ai adoré ça. Je l’ai déjà dit mais j’ai vraiment du mal à croire que c’est le premier roman de Sara Buschmann. Voilà une autrice prometteuse à suivre avec attention !

En bref, je recommande Sorcière de Chair à ceux qui ont envie d’un roman qui mêle l’enquête policière et l’ambiance oppressante d’une dark urban fantasy maîtrisée. Âmes sensibles s’abstenir car l’histoire d’Arabella n’est pas à mettre entre toutes les mains !

Les chroniques homérides #1 le Souffle de Midas – Alison Germain

preview-finale

Le Souffle de Midas est le premier tome des chroniques homérides, premier roman écrit par Alison Germain et publié aux Éditions du Chat Noir dans la collection Féline. Il s’agit d’urban fantasy inspirée de mythologie grecque. Le roman est disponible au prix de 19.90 euros au format papier. J’en profite pour saluer l’excellent travail de Miesis sur la couverture qui est tout simplement sublime.

Le Souffle de Midas, c’est avant tout l’histoire de Louise. Une étudiante en lettres qui, en rentrant un soir après son travail à la boutique de gemmes, entend des hurlements dans un parc près de chez elle. Hésitant entre passer son chemin et secourir la victime, elle opte pour la seconde solution et assiste aux derniers instants d’une jeune femme atrocement mutilée et baignant dans son propre sang. Après avoir embrassé Louise, notre héroïne perd connaissance et se réveille à l’hôpital. Là-bas, nulle trace d’une quelconque inconnue gravement mutilée et au bord de la mort. Persuadée d’avoir eu des hallucinations, Louise va petit à petit comprendre que non, elle n’a pas rêvé. Et le mystérieux détective Angus Fitzgerald va l’y aider. D’autant que, pour ne rien arranger, il s’avère que désormais, Louise est capable de transformer les objets qu’elle touche en or ! Un don convoité qui lui marquera une cible de choix sur le front.

Le premier élément à relever sur ce roman, c’est le style narratif. Nous sommes dans un récit à la première personne, ce qui nous permet de ressentir énormément d’empathie pour le personnage de Louise. Personnellement, je l’ai adorée et elle m’a rappelée de bons souvenirs qui datent de l’époque où j’ai rencontré l’auteure, sur un forum RPG. Si je relève le style d’écriture, c’est aussi pour souligner à quel point il a mûri, à quel point Alison a effectué un travail sérieux dessus. Ses phrases sonnent juste, à l’instar de ses dialogues et de son personnage principal (les personnages secondaires aussi, notez, même si c’est Louise qui marque le plus). Il y a juste assez de descriptions pour qu’on ne soit pas perdus mais pas trop pour alourdir le texte et rendre la narration à la première personne non-pertinente. J’avais lu les premiers chapitres du roman sur Wattpad et cette version finale a grandement évolué. On peut saluer le travail éditorial mais aussi l’investissement d’Alison.

Le second élément qu’on retiendra, c’est l’originalité de l’univers. Si l’histoire en elle-même a un déroulement plutôt classique qui respecte les codes tacites de l’urban fantasy, l’univers est vraiment immersif et sort des sentiers battus. Finalement, peu d’auteurs dans cette veine ont exploité la mythologie grecque de cette manière. Alison ne se contente pas de nous balancer le bestiaire habituel du genre vampire, loup-garou, ou autre, non. Ils sont totalement absents ici et ça fait du bien ! Elle a travaillé à plus de subtilité, elle a réécrit des mythes avec justesse et nous propose ainsi une ambiance vraiment hors du commun avec un bestiaire bien à elle.

Ce sont, à mon sens, les deux points forts du roman qui est un vrai page-turner. Je l’ai lu en peu de temps, il est absolument passionnant. Les chapitres couts permettent de mettre l’accent sur le dynamisme de l’histoire, qui ne souffre d’aucune longueur superflue. Le rythme est bon, accrocheur, et va crescendo. J’ai particulièrement adoré la fin, l’introduction de ces deux nouveaux personnages m’a intriguée (même si je devine qui est le griffon !) et je suis frustrée à l’idée de devoir attendre un an pour en apprendre plus sur O’Flammel. Je ne sais pas pourquoi, je sens que je vais l’aimer… Bon, j’admets, je l’aime déjà. Je crois qu’on peut m’enfermer !

En bref, Alison Germain propose le premier tome d’une trilogie d’urban fantasy certes classique mais qui brille par son univers et son héroïne imparfaite, ce qui la rend justement très attachante. C’est une saga que je conseille aux fans du genre sans une once d’hésitation car il se pourrait bien que ce soit la prochaine « Geste des Exilés » ! Qu’on se le dise et qu’on dévore ce tome de toute urgence.

Athnuachan #1 L’Académie – Cyrielle Bandura

athnuachan,-tome-1---l-academie-973367.jpg

Athnuachan – l’Académie est le premier tome d’une saga écrite par une jeune auteure auto-éditée sur Amazon, Cyrielle Bandura. Certains le savent peut-être mais Cyrielle est une amie et c’est toujours angoissant pour moi de lire le roman d’une personne dont je suis proche. J’ai peur de ne pas aimer, de ne pas savoir en parler, de vexer dans mon retour. Mais la plus belle preuve d’amitié n’est-elle pas l’honnêteté? Avant de développer ma chronique, quelques informations supplémentaires sur le premier volume d’Athnuachan: il est disponible en numérique (4.50 euros) et en papier (16euros) sur amazon. Il s’agit d’une série de fantasy post-apocalyptique (un peu dans la même idée que les Chroniques de Shannara, donc un retour en arrière de l’humanité après un trop plein technologique) inspirée de la mythologie celtique.

Athnuachan nous raconte l’histoire de Sélène, une jeune fille qui a été appelée à l’Académie des Guerrières, supposées protéger Mór-roinn des attaques de Dragons. Sélène n’a jamais aimé les femmes de l’Académie, qu’elle qualifie volontiers de harpies, mais elle ne veut pas faire honte à sa mère et se résout donc à y aller. Ce roman est avant tout l’histoire de son initiation, de son entraînement, de la manière dont elle va mûrir et découvrir les secrets qui entourent son existence. Comme Sélène ignore beaucoup de choses au sujet des Gardiennes, nous découvrons et apprenons l’univers en même temps qu’elle, au travers de ses cours, de ses propres interrogation, ce qui nous permet d’obtenir énormément d’informations et de ne pas se perdre dans la lecture.

Le roman s’étale sur plusieurs années, douze ans exactement et j’ai regretté qu’il n’y ait pas de repères chronologiques au début des chapitres, pour qu’on puisse mieux ressentir le temps qui s’écoule. C’est un détail, mais ça m’a manqué, même si ça ne nuit pas à la compréhension du roman en lui-même.

Sélène est une héroïne intéressante, profonde et travaillée. Le roman est écrit à la première personne, au passé simple. Nous vivons donc tout à travers ses yeux, ce n’est pas une gentille petite fille parfaite ni une rebelle sans cervelle qui va mettre tout le monde en danger avec ses caprices. Elle sonne vraie, humaine, elle a ses qualités et ses défauts, toute en nuance. Ses relations avec les autres sont toujours uniques, j’ai eu l’impression d’être transportée dans cet univers avec elle et j’ai trouvé agréable que, pour une fois, on ne nous serve pas une romance entre l’héroïne et son meilleur ami, ou l’éternel triangle amoureux. Il y a bien une relation intime, mais elle n’écrase pas le récit, loin de là. D’ailleurs, les différents passages entre les combats, le développement psychologique et les découvertes diverses sont bien rythmés. J’ai parfois ressenti quelques longueurs, mais j’ai lu le roman en étant dans un état de fatigue avancé (au retour des Aventuriales) du coup ça joue aussi.

L’univers d’Athnuachan est très riche. On sent que l’auteure s’est arrêtée sur tous les détails, qu’elle a beaucoup songé à la cohérence de son roman. Il y a un véritable travail derrière, un travail très soigné qu’on peut saluer. Cela évite à Athnuachan de tomber dans les pièges des premiers romans, des facilités scénaristiques. Certains éléments sont plutôt prévisibles, comme l’identité du père de Sélène ou son avenir au sein de l’Académie, mais ça n’empêche pas le roman de nous réserver un sacré lot de surprises.

Pour résumer, Athnuachan est un excellent premier roman. J’ai toujours du mal à croire que c’est le premier, d’ailleurs ! Son récit a une construction assez classique (celui de l’initiation de l’héroïne) mais il est très documenté avec une mythologie qui lui appartient tout en s’inspirant de diverses sources qui raviront, notamment, les fans de mythologie irlandaise. Je le recommande chaudement à tous les amateurs de fantasy, laissez-vous tenter et suivez cette auteure prometteuse !

Godblind #1 – Anna Stephens

godblind,-tome-1-971873.jpg.png

Godblind est le premier roman écrit par l’auteure anglaise Anna Stephens. La publication chez Bragelonne est prévue pour le 18 octobre 2017 (en grand format donc) et la saga comptera trois tomes en tout. J’ai eu la chance de recevoir un exemplaire numérique en service presse via le site NetGalley et je remercie très chaleureusement Bragelonne pour cet envoi.

Je l’ai dit, Godblind est un premier roman… Et j’ai été très surprise que ça soit le cas, puisqu’on n’y retrouve pas les problèmes habituels inhérents à une première parution. L’auteure nous propose un univers très dense et bien maîtrisé. On sent qu’elle l’a beaucoup travaillé, il n’y a pas d’incohérences ni de facilités scénaristiques flagrantes. L’écriture est maîtrisée (notez toutefois que je l’ai lu en français, donc traduit…) ainsi que le vocabulaire inhérent à la guerre ou aux différents types de personnages.

Parce que Godblind, c’est non seulement de la dark fantasy, mais également un roman guerrier. Nous suivons plusieurs personnages d’horizons différentes dont les chemins sont amenés à se croiser dans la lute contre les Mirécès (ou de leur côté, notez), un peuple adorateur des dieux sanguinaires qui sont coincés derrière le voile… Et aimeraient bien que cette situation change ! Les thématiques sont assez classiques pour de la fantasy: la ferveur religieuse qui mène à toutes les extrémités, les dieux qui jouent avec les humains, les intrigues politiques à foison, mais ce n’est pas parce que c’est classique que ça en devient mauvais ou ennuyeux. La force de ce roman se situe d’ailleurs surtout dans ses personnages qui sont travaillés et qui sonnent vrais. Par exemple, Rillirin est une esclave qui a été violée et battue pendant neuf ans par les Mirécès, et bien ses traumatismes sont visibles, elle met du temps à se reconstruire, elle ne devient pas une grande guerrière puissante du jour au lendemain. Elle s’entraînera aux côtés des Loups mais l’auteure insiste bien sur le fait qu’elle n’est pas une guerrière même si elle essaie de se débrouiller, ni une prodige ou quoi que ce soit. C’est juste une femme qui ne veut plus subir d’humiliation. Relevons également le cas de Dom, qui porte le fardeau des dieux, est aussi faible que n’importe quel homme face à la tentation. Ce ne sont que deux exemples parmi d’autres (je ne peux pas développer davantage sans spoiler) mais ils sont parlants.

J’en profite pour glisser un mot sur les personnages féminins. Il y en a tout autant que des masculins, dans ce roman, et toutes sont intéressantes. Elles ne servent pas de potiches, pas plus qu’elles ne ressentent le besoin de dominer tous les autres hommes présents. Elles sonnent vrais, l’auteure a bien travaillé là-dessus et c’est agréable de lire un roman de fantasy qui soit équilibré à ce niveau. Chapeau !

L’intrigue est complexe, fouillée. Ce n’est pas un roman à lire simplement pour se détendre, il faut un minimum de concentration pour ne pas perdre le fil et c’est, selon moi, un point positif. Sur un tome (qui est quand même une brique de presque 500 pages grand format) énormément d’évènements se déroulent. Des situations s’enchaînent, des guerres commencent, il y a beaucoup de batailles dans la seconde partie du roman, de la stratégie militaire aussi, l’auteure m’impressionne par ses connaissances et par le soin qu’elle a apporté à tous ces détails. J’ai encore du mal à croire qu’il s’agit d’un premier roman ! Et pourtant, j’ai vérifié.

Outre la guerre, Godblind, c’est aussi du sang et des passages plutôt violents. Âmes sensibles s’abstenir, j’ai moi-même grimacé à la scène du sacrifice. Ces passages sont détaillés de manière crue, ce qui intensifie l’horreur ressentie non seulement à ce moment, mais à d’autres aussi. Si le sexe est éclipsé (idem pour les viols, j’entends par là qu’on n’a pas droit aux détails) il est esquissé clairement et cela peut en gêner certains. Ce ne fut pas mon cas, mais ça peut être utile de le préciser. Je le répète, ce roman est de la dark fantasy et ça ne convient pas à tous les publics, même si c’est un genre que moi-même j’affectionne particulièrement. L’auteure nous brosse un portrait du mal, de la torture, des extrêmes, avec brio.

En bref, Godblind est le premier tome d’une saga de dark fantasy très prometteuse et un excellent premier roman. S’il aborde des thèmes assez classiques, le roman parvient à nous accrocher avec ses personnages soignés, son univers intéressant et son ambiance guerrière. Je recommande à tous les fans du genre !