Un éclat de givre – Estelle Faye

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Un éclat de givre
est un roman post-apocalytique loin des standards habituels du genre, écrit par l’autrice française Estelle Faye. D’abord publié chez les Moutons Électriques, ce roman est réédité chez Folio SF depuis 2017 au prix de 8.30 euros.
Ce roman entre dans le challenge S4F3 organisé par Albédo.

Souvenez-vous. Il y a quelques mois, je lisais les Seigneurs de Bohen de la même autrice et j’étais enchantée par ma découverte. Aux Imaginales, ça n’a pas manqué, j’ai eu envie de lire ses autres livres sans trop savoir par lequel commencer. On m’avait conseillé Porcelaine mais le pitch d’un éclat de givre me parlait davantage. En discutant avec elle et en lui expliquant à quel point j’avais adoré les Seigneurs de Bohen, elle m’a conseillé celui-ci. Une fois sa lecture terminée, je comprends pour quelle raison.

Nous évoluons dans un Paris post-apocalyptique sur les pas de Chet, un chanteur de jazz qui enchaine les histoires foireuses, que ce soit dans sa vie privée ou professionnelle. Il se retrouve embarqué malgré lui dans une sombre affaire qui menace le quotidien déjà bancal de ces survivants à la Fin du Monde. Une nouvelle drogue apparait, appelée la Substance, qui permet de résister à la chaleur de cet été de plus en plus caniculaire. Hélas, les conséquences de cette prise sont désastreuses et si Chet aurait aimé ne pas s’impliquer dans tout ça, on ne lui laisse pas vraiment le choix.

À première vue, on pourrait croire qu’il s’agit d’une énième enquête avec un héros-qui-ne-veut-pas-en-être-un-mais-qui-va-roxxer-quand-même-parce-que-c’est-le-héros. Détrompez-vous. On en est même assez loin. Chet est un mec paumé, un anti-héros comme je les aime qui vit en marge, a des mœurs qui sortent des canevas habituels. Tout n’est pas blanc ou noir, chez lui. Il représente une accumulation de différentes couches plus ou moins crasseuses. Il a ses élans moraux et ses faiblesses, ses névroses et ses secrets honteux. Comme pour les Seigneurs de Bohen, Estelle Faye propose non seulement un héros atypique mais aussi toute une gamme de protagonistes qui sortent du lot par leur façon d’être ou leurs orientations. Cela ne plaira pas à tout le monde mais, personnellement, j’ai trouvé ça très exaltant.

Plus que son intrigue, ce roman brille par son ambiance particulière où la nostalgie tient un rôle central. La nostalgie du passé, d’avant la Fin du Monde, que Chet a découvert dans son enfance avec Tess, supervisé par Paul le Sorbon. La nostalgie de la nature, assassinée par la main des hommes. La nostalgie de son amitié avec Tess, de ses erreurs, de ses lâchetés. À travers un récit à la première personne, Estelle Faye nous dépeint un personnage profondément humain que nous suivons au fil du temps. Le récit est parsemé par des souvenirs du passé, toujours assez brefs, qui permettent au lecteur de mieux comprendre le personnage de Chet, de s’y attacher. Ces différentes parties parsèment le récit dans un très bon équilibre, sans jamais ralentir l’intrigue ou provoquer le moindre ennui, comme cela arrive souvent avec les auteurs qui optent pour ce mode narratif.

À travers Chet, Estelle Faye nous dépeint un univers d’une richesse incroyable. Cet univers est marqué par la grande culture de l’autrice, que ça soit dans le domaine musical, théâtral, littéraire mais aussi télévisuel. J’ai été ravie de découvrir toutes ces références et de quelle manière Estelle Faye parvenait à les imbriquer en un tout cohérent, fluide, poétique. À mes yeux, un éclat de givre est un bijou sur le fond comme sur la forme.

Dans cet ouvrage, Paris est un personnage à part, vivant. On en découvre tous les aspects. Certains qui puisent leur écho dans le passé lointain comme la Cour des Miracles, d’autres qui sont plus récents. À travers la mésaventure de Chet, Estelle Faye raconte, divertit, mais éduque aussi en attirant l’attention de son lecteur sur les conséquences potentielles de polémiques actuelles. Des thématiques qui ne révolutionnent pas le genre mais qui trouvent un écho douloureusement actuel. Ainsi, l’autrice s’engage de manière subtile et pessimiste sur le destin du monde en brossant une image parfois terrifiante de l’humanité. Pourtant, au fil de ma lecture, je me suis plusieurs fois dit que ça ne tenait pas tant que ça de la fiction. Probablement mon côté pessimiste de nature.

Un éclat de givre est un roman surprenant, à part, qui propose un monde hétéroclite avec des personnages qui le sont tout autant. Baignés dans la folie, à leur manière. Une folie ordinaire, affreusement humaine. En tournant les pages, on sent l’odeur de la sueur, on cuit sous le soleil, on baigne dans la crasse, on vibre et on s’imagine à la place des protagonistes. L’écriture poétique et maîtrise d’Estelle Faye fait, à ce niveau, encore des merveilles en parvenant à immerger son lecteur avec une aisance qui tient presque du surnaturel.

Pour résumer, j’ai adoré découvrir ce roman atypique débordant de nostalgie et de références culturelles. Un éclat de givre est une œuvre d’une grande richesse proposée par une autrice talentueuse que je vais continuer à suivre avec attention. Je vous le recommande très chaudement !

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#SeulAuMonde – Céline Saint Charle

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#SeulAuMonde
est un roman post apocalyptique écrit par l’auteure française Céline Saint Charle et publié chez Livr’s Éditions dans la collection Post-Apo. Vous pouvez vous le procurer partout ou le commander sur le site de la maison d’édition, au prix de 18 euros ! Je remercie Livr’s pour ce service presse.

#SeulAuMonde raconte l’histoire d’un groupe de personne qui se réveille un beau matin à différents endroits du monde et constate que tout le reste de la population a tout simplement disparu sans laisser de traces. Toute la technologie fonctionne, mais comment se retrouver? S’assurer qu’ils ne sont pas seuls? Les réseaux sociaux sont peut-être la solution.

Je dois avouer que si je n’avais pas du lire ce roman pour mon stage, je ne me serais pas laissée attirer. La couverture, bien que jolie, donne une fausse impression de roman jeunesse et comme vous le savez, je ne suis pas du tout friande d’ambiance post apocalyptique. Pourtant, force m’est d’avouer que ce livre est très bon, très intelligent et plutôt bien écrit. Et que la couverture correspond, en réalité, super bien au contenu. Ce qui paraît très paradoxal mais vous comprendrez si vous le lisez un jour.

L’auteure commence par présenter les différents personnages dans leur quotidien. Virginie, une prof de musique française déprimée. Maggie, une vendeuse de chaussures anglaise un peu naïve. Markus, un suédois employé à la Mairie. Massimo, un restaurateur italien de vitraux. Peter, un laveur de voiture américain qui adore la cuisine. Kenjo, un ouvrier belge d’origine camerounaise qui travaille en entrepôt. Et Mei, une traductrice allemande d’origine chinoise. En quelques pages seulement, ils prennent vie sous nos yeux et brillent par leur banalité. Ces personnes pourraient être n’importe qui dans la rue. Ils n’ont rien de particulier, ce sont des gens ordinaires avec chacun leur caractère qui se retrouvent confrontés à une situation terrifiante. Heureusement, l’un d’eux a l’idée de se servir des réseaux sociaux et cela lui permet d’entrer en contact avec les autres. Vive les publications sponsorisées de facebook !

La force de #SeulAuMonde, c’est d’offrir une histoire qui se lit très vite (à peine 24h pour ma part) et pose des questions intelligentes. Comment réagirions-nous, dans cette situation? Que ferions-nous pour le présent? Pour l’avenir? Essaierions-nous de sauver l’espèce humaine? Que mettrions-nous en place? Comment nous organiser? L’auteure réfléchit sur le sujet et s’interroge sur des choses qui ne me seraient pas venues à l’esprit du tout. Je reste persuadée qu’en cas d’apocalypse, ce roman pourrait inspirer les survivants !

J’ai lu plusieurs critiques qui n’appréciaient pas la fin. D’une certaine manière, je comprends. Il n’y a pas de véritable dénouement pour expliquer la disparition de la population mondiale et quand on lit les dernières pages on peut ressentir une certaine frustration. Chacun y va de sa théorie et je trouve justement ça intéressant, de laisser au lecteur une marge d’imagination. Quant à l’épilogue, je le trouve à la fois dérangeant et poétique, assez coup de poing dans son genre.

Comme le disait très justement Laure-Anne dans sa chronique: ne vous attendez pas à une apocalypse zombie, une guerre nucléaire ou un roman bourré d’action. #SeulAuMonde est une tranche de vie philosophique et angoissante. Il nous oblige à nous poser les questions qui dérangent, à entrevoir un avenir qui pourrait peut-être devenir le nôtre.

Je recommande ce roman à ceux qui ont envie de sortir des sentiers battus, de réfléchir un peu sur la condition humaine, la vie en communauté, la manière dont on survit sans forcément une menace pour nous unir tous sous une bannière commune. J’ai passé un bon moment avec #SeulAuMonde qui me sort de mes habitudes. Je pense m’intéresser de plus près aux œuvres de cette auteure qui, pour ne rien gâcher, est vraiment hyper gentille. Croyez-moi, j’ai passé toute la foire du livre de Bruxelles à ses côtés :3 Bref, un livre à lire !

1, 2, 3… Zombies ! – Bertrand Crapez

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1, 2, 3… Zombies ! de Bertrand Crapez est un one-shot post-apocalyptique publié chez Livr’s Éditions dans la collection Post-Apo au prix de 15 euros. Si vous voulez rencontrer l’auteur, sa prochaine dédicace est prévue pour le salon Made In Asia en Belgique du 16 au 18 mars !

Plantons le décor: Mercredi soir, inauguration de la foire du livre de Bruxelles. Plein de gens, qui sont là pour discuter de tout et de rien, surtout chez les gros éditeurs qui ont à manger sur leurs stands pendant que l’estomac des autres se décompose de faim. Une stagiaire s’ennuie et commence à lire cet étrange roman qui vient tout juste de sortir chez Livr’s Éditions. Ce n’était pas prévu, car la stagiaire n’aime pas le post apo, n’aime pas les zombies, et comme sa cheffe n’est pas un tyran (non non, personne ne l’a obligée à écrire ça), elle ne lui a pas imposé la lecture de ce bouquin qui ne colle pas du tout à ses goûts. Oui, elle n’aime rien, cette stagiaire !
Pourquoi ce livre et pas un autre, d’ailleurs ? Quel étrange maléfice du destin poussa sa main jusqu’à ce roman? Et bien il se trouvait à exactement trois centimètres devant elle et la stagiaire avait la flemme de se lever. Vraiment, elle exagère !

Comme quoi, la découverte d’un petit bijou ne tient pas à grand chose.

Bref, trêve de plaisanterie, quelques secondes. En lisant les cinquante premières pages de ce livre, j’ai froncé les sourcils et soupiré, un peu de mauvaise foi, à grands renforts de commentaires désobligeants sur le thème du « mais c’est quoi ces réactions à la con? » ou du « beuuuuurk mais il est vraiment en train de nous montrer un politicien qui fait caca ? ». Notez que les commentaires se sont inclinés face au génie littéraire de l’auteur. Phrase étrange après celle du politicien constipé (bah quoi faut bien laisser le temps à la scène de se poser), je sais… Je commence un livre avec plein d’à-priori négatifs, dans un genre que je n’apprécie pas du tout, et ça termine sur un coup de cœur.
Oui, le monde n’a aucun sens.

1, 2, 3… Zombies ! est un petit ovni littéraire construit sous la forme d’une série de nouvelles qui tournent autour du même thème. Dans un coin paumé de France, des scientifiques mettent au point une substance toxique pour le compte de l’armée, par le plus grand des hasards. A la base, ce devait être un sérum de régénération… Oups? Pas contents, les militaires exigent la destruction de la dite substance et comme les scientifiques sont un peu cons sur les bords (sans rire) ils s’en débarrassent dans une station d’épuration.
Ainsi commença l’épidémie zombie.
J’ai d’abord roulé des yeux avant de me rendre compte que ce n’était, en fait, pas si improbable que ça, comme situation… Un peu comme celles qui suivent (la télé-réalité, l’exploitation politique, les déviances sexuelles, les arnaques, etc.). Plus on avance dans ce livre et plus on se rend compte d’à quel point l’auteur est intelligent et analytique par rapport à notre société. Il touche systématiquement juste, avec des textes à la fois drôles et dérangeants. Cet homme ose tout et ne censure rien ! C’est ça qu’on veut.

J’en profite pour préciser que vu la violence et la déviance présente dans ce livre, il ne conviendra pas à tout type de public. Il peut en dégoûter plus d’un et gêner les âmes sensibles, gardez-le bien à l’esprit. Moi, j’ai adoré, mais c’est moi.
Notez aussi que ce roman a été écrit en 2014. On se rend ainsi compte que l’auteur est devin, en plus d’être doué dans ce qu’il fait, parce que certaines situations décrites dans 1, 2, 3… Zombies ! se sont vraiment produites.

Soulevons aussi que le roman est bien servi par une couverture signée Capia Art, qui illustre extrêmement bien la mentalité du texte ainsi que son ambiance plus générale. Elle interpelle vraiment et convient à merveille à un livre comme celui-ci.

Véritable satire sociale bourrée d’humour noir, 1, 2, 3… Zombies ! ne peut que plaire par sa qualité littéraire affirmée et la clairvoyance de son propos. Je ne connaissais pas l’auteur jusqu’ici mais après avoir passé trois jours en sa compagnie, je peux vous affirmer qu’en plus, il est humainement très chouette et déborde d’esprit, ce qui ne gâche rien à l’ensemble. Il est également l’auteur d’une saga de fantasy que je vais m’empresser de découvrir, parce que j’ai vraiment bien accroché à sa plume et à son style.

En bref, 1, 2, 3… Zombies ! est un one-shot satirique à lire absolument, qui s’inscrit dans notre actualité et dans notre société du 21e siècle avec une effarante lucidité renforcée par une bonne dose d’humour noir. C’est un coup de cœur et une belle réussite pour Livr’s Éditions qui a signé un auteur talentueux.

Les chroniques de l’Après-Monde – Geoffrey Claustriaux

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Les Chroniques de l’Après-Monde est un one-shot post-apocalyptique écrit par l’auteur belge Geoffrey Claustriaux et publié chez Terres de Brume en 2014. Il est disponible à la vente au prix de 18 euros.

Je connais l’auteur depuis un long moment maintenant, à force de nous croiser en salon. Humainement, c’est quelqu’un de très aimable, dynamique et drôle, c’est toujours un plaisir de discuter avec lui. Pourtant, je ne m’étais encore jamais vraiment arrêtée sur ses romans, parce que les thématiques ne m’inspiraient pas. Jusqu’à ce que ma complice L-A Braun m’offre les Chroniques de l’Après-Monde, en m’assurant que j’allais forcément adorer. De moi-même, je ne me serais pas tournée vers ce livre, parce que je n’aime pas du tout les romans post-apocalyptiques. Comme quoi, il faut parfois aller voir un peu plus loin, au-delà de la première impression ou d’un genre qu’on n’apprécie pas. Il y a des perles dissimulées où on s’y attend le moins !

Dans les Chroniques de l’Après-Monde, nous suivons Casca tout au long de sa vie. Le récit est présenté sous forme d’une confession, écrite par la jeune fille une fois plus âgée (et même vieille dame), ce qui nous offre une narration à la première personne et en flashback, depuis le début de sa vie dans un abri / colonie jusqu’à l’épidémie qui l’a ravagé et la nécessité, ensuite, d’en sortir pour survivre. En sa compagnie, à travers ses yeux, nous découvrons ce monde ravagé… Ou pas tant que ça, en fait. Casca a vécu à l’écart de toute civilisation, les systèmes de communication étant coupés, et si elle se croit d’abord seule humaine rescapée, elle se rend compte que c’est loin d’être le cas. Que des gens sont déjà sortis de leurs abris respectifs, qu’ils ont fondé des villes depuis parfois deux ou trois siècles, que les retombées atomiques ne sont plus que de l’histoire ancienne, l’air étant de nouveau respirable. Elle entreprend alors de voyager, de rencontrer ces peuplades, de découvrir son monde, et elle n’en sortira pas indemne.

Si, au début, nous suivons une jeune fille naïve, elle est rapidement obligée de grandir et est influencée par le monde où elle évolue. Ce roman me fait penser à un road-movie couplé à une ambiance plutôt Doomsday, dans une version plus subtile quoi que tout aussi dure. L’auteur, à travers sa plume travaillée et efficace, nous raconte un périple passionnant sans jamais tomber dans les excès de grandiloquence, les leçons de morale pénibles ou les situations improbables. Certes, il y a des moments où on se demande comment Casca peut s’en sortir, mais les solutions apportées ne sont jamais illogiques et l’héroïne admet elle-même qu’elle a eu beaucoup de chance.

Plus qu’un roman, les Chroniques de l’Après-Monde est une critique de notre société et de nos mœurs. Si tout s’est effondré, c’est à cause d’Internet, des abus de pouvoir, de l’hyper protectionnisme des états, des egos surdimensionnés de quelques puissants. Et si elle rencontre effectivement des peuples dégénérés (selon nos critères sociaux), des barbares, des cannibales, des bandits ou des arnaqueurs, elle croise aussi des personnes au grand cœur qui n’hésitent pas à l’aider. Rien n’est manichéen, dans ce périple. Et cela nous force à réfléchir sur notre actualité, sur nos actes, sur notre vision parfois trop pessimiste de l’être humain. Les messages forts sont présents tout au long du récit, à travers les anecdotes de l’héroïsme, sans toutefois nous écraser. Casca n’a rien d’une moralisatrice. Elle est terriblement humaine, dans chacun de ses actes, depuis sa naïveté à son cynisme, puis à sa reprise d’espoir.

Pour moi, ce roman est clairement une réussite sur tous les points. Il est addictif (je l’ai lu en deux jours seulement !), bien écrit, engagé sans être lourd, et nous permet de suivre une héroïne à laquelle il est facile de s’identifier. Comme je lis très peu de post-apocalyptique (jamais en fait) je ne sais pas s’il contient des clichés ou des maladresses liés au genre littéraire concerné. Ce dont je suis sûre, en revanche, c’est que nous devrions tous prendre la peine de lire les Chroniques de l’Après-Monde et de réfléchir aux thématiques qu’aborde le roman, qui me paraissent plus importantes que jamais dans notre monde actuel.

J’ai été ravie de découvrir Goeffrey Claustriaux, qui n’a pas volé son succès en salon! Je suis impatiente de lire d’autres romans de sa plume, en espérant qu’ils soient aussi bon. Je vous recommande très chaudement les Chroniques de l’Après-Monde, une lecture dont vous ne sortirez pas indemne.

Fire Punch – Fujimoto Tatsuki

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Fire Punch est le premier tome d’un seinen fantastique et post apocalyptique édité par Kaze Manga. Il est dessiné et scénarisé par Fujimoto Tatsuki dont c’est le premier manga publié ! Pour le moment, la série est toujours en cours au Japon et compte cinq tomes. Chacun coûte environs 8 euros. En Europe, seul le premier est disponible, depuis le 21 juin.

Fire Punch est un manga qui ne m’attirait pas particulièrement au départ. En me basant sur son titre, j’ai cru qu’il s’agissait encore d’un énième manga de baston et le chara design de la couverture ne m’avait pas particulièrement attirée. Du coup, j’ai passé mon chemin, ayant déjà trop de séries en cours pour mon propre bien. Par contre, mon petit frère l’a acheté à sa sortie et me l’a mis de force dans les mains en me disant « tu dois le lire, tu vas adorer ». Comme ça lui arrive quand même assez peu souvent, j’ai été intriguée et j’ai donc commencé à découvrir cet univers.

Nous rencontrons deux enfants, Agni et Luna, qui possèdent tous les deux la capacité de se régénérer. Ils vivent dans un monde où une sorcière de glace a tout recouvert d’un hiver éternel. Du coup, les gens meurent de faim, deviennent fous et sont poussés à pas mal d’extrémités, qui sont des standards dans un univers chaotique post apocalyptique. Les parents des enfants ont été tué et le prêtre d’un village les a recueilli, malgré les protestations des villageois déjà soumis à la famine. Une chance pour eux, quand même, parce que les enfants se coupent avec plaisir des membres afin de fournir de la viande à ceux qui les ont sauvé. On parle donc bien de cannibalisme organisé ! Et quasiment normalisé, même s’ils ont tous bien conscience que c’est très mal. Mais ils préfèrent ça à mourir et je pense qu’on peut le comprendre… Jusqu’au jour où un avion de l’armée débarque pour voler leurs provisions, comprennent qu’ils sont face à un village de cannibale et brûlent tout sur leur passage. Agni sera le seul survivant, dans un très sale état, et partira en quête de vengeance.

Rassurez-vous, je ne vous spoile rien, toutes ces informations figurent sur la quatrième de couverture !

J’ai été étonnée par le ton sombre et glauque du manga, parce que je ne m’y attendais absolument pas. Le dessin à l’intérieur est plutôt brouillon et ressemble à des esquisses, seuls quelques personnages ont des traits bien particuliers. Le décor est très neutre (logique vous me direz, dans un paysage de neige éternelle) et je n’ai pas eu un coup de cœur pour la manière qu’a l’auteur de dessiner.

Toutefois, son histoire m’a interpellée en montrant la face horrible de l’humain, qui est prêt à tout, surtout aux pires extrémités, pour survivre. Vous le savez, je n’apprécie pas les univers post apo et sincèrement, celui-ci est à la frontière de ce que j’aime. Je suis mitigée en soi, mais l’histoire d’Agni m’a touchée et j’ai vraiment envie de savoir s’il va réussir à atteindre son objectif.

Fire Punch met également en avant les concepts d’abus de pouvoir, de domination des puissants sur les plus faibles… Honnêtement, c’est dérangeant et parfois dur à lire. Ce manga n’est clairement pas à mettre entre les mains des âmes sensibles. Il est fort, profond, mais aucun humour ou lueur d’espoir ne viennent entacher les ténèbres. Même le personnage de Sun, finalement, est assez pathétique et quand on voit ce qui lui arrive…

Bref, Fire Punch est un manga de qualité mais ses thématiques et son ton font qu’il n’est pas à mettre entre n’importe quelles mains. Je n’ai pas eu un coup de cœur pour lui à cause de mes goûts personnels mais je le conseille néanmoins parce que ça vaut la peine de se poser ce genre de questions, surtout dans le climat socio-politique actuel.