L’alchimie de la pierre – Ekaterina Sedia

L’alchimie de la pierre est un one-shot steampunk écrit par l’autrice russe résident aux États-Unis depuis vingt ans, Ekaterina Sedia. Publié à l’origine au Bélial en grand format à 20 euros, vous pourrez également le trouver en poche chez Pocket au prix de 8.60 euros.

Mattie est une automate douée de conscience créée par un Mécanicien. Elle évolue dans une ville dont on ignore le nom mais qui a des allures de 19e siècle européen steampunk. Cette cité a été fondée jadis par les gargouilles qui sont atteintes d’un mal : celui de la pierre. Elles se pétrifient de plus en plus et demandent à Mattie, Alchimiste, de trouver un remède. Parallèlement à tout ceci, des attentats se multiplient en ville et une révolution prolétaire gronde.

L’alchimie de la pierre est un roman complexe construit sur plusieurs niveaux thématiques.

Tout d’abord la condition des femmes. Le personnage de Mattie est fascinant car elle cumule deux handicaps : femme et automate. Personne ne prend vraiment garde à elle si ce n’est pour l’utiliser, que ce soit Iolanda afin d’atteindre Loharri, Niobé pour apprendre de nouvelles techniques alchimique ou Loharri lui même qui a pourtant permis l’émancipation à sa création. Plus le roman avance et plus on comprend qu’il s’agit d’une façade puisque Mattie dépend toujours de lui pour être remontée avec sa clé. C’est d’ailleurs une quête importante au sein du roman bien qu’on ignore les sentiments réels de Mattie envers son créateur. Cette protagoniste ne manque pas d’intérêt ni d’ambiguïté. Chez elle, l’absolu n’existe pas. Elle est très humaine et permet de développer beaucoup d’interrogations sur la place des machines dans notre société, ce qu’est la pensée, à partir de quand on devient vivant.

La relation entre Mattie et son créateur Loharri interpelle. L’autrice la décrit de manière subtile, poétique et fait peser sur son lecteur toute la lourdeur inspirée par la situation. On ressent un malaise à chacune de leurs interactions. Il ne paraît pas mauvais mais on se rend petit à petit compte de sa cruauté pas forcément réfléchie. On affronte de plein fouet une banalisation de la servitude et même la banalisation du mépris, de la supériorité masculine propre à notre société. Je reste persuadée que Loharri ne se rend pas compte d’à quel point il est horrible avec Mattie, comme parfois un parent peut l’être en pensant au bien de son enfant. Il l’a construite pour des raisons qui restent mystérieuses et j’ai apprécié l’ironie du final. Le désespoir résigné qui s’en échappe était délicieux et vraiment bien maîtrisé par l’autrice.

L’alchimie de la pierre, c’est aussi un roman socio-politique. On a d’abord les Mécaniciens et les Alchimistes qui se disputent la primauté en politique puis le peuple se révolte, assez d’être remplacé par des machines et de devoir se contenter des tâches pires qu’ingrates. À aucun moment l’autrice n’envisage une bonne utilisation des machines, d’autant que le point de vue de Mattie nous empêche de considérer les automates dépourvus de conscience comme des équivalents d’aspirateur ou de robot ménager. C’est très perturbant et nous force à réfléchir notre rapport au monde. Le conflit vire à la guerre civile qui cumule des victimes des deux côtés. Je ne veux pas tomber dans l’interprétation car je ne suis pas dans la tête d’Ekaterina Sedia mais ce roman m’a vraiment fait ressentir un goût de désespoir et d’inutilité dans les actions humaines. Je l’ai trouvé très en accord avec ma façon de pensée générale, c’est plutôt rare.

L’alchimie de la pierre n’est donc pas un texte porteur d’espoir, selon moi. Il est sombre, oppressant, il dégage un sentiment de vain, d’absurde, écrase son lecteur à mesure des pages quand il n’est pas occupé à gérer le malaise provoqué par les interactions de Mattie avec le reste du monde. La plume de l’autrice aide beaucoup dans la transmission de ces émotions. Je la trouve bien travaillée, très descriptive sur les cinq sens. Elle use sans arrêt de comparaisons poétiques qui paraissent parfois tomber de nulle part mais j’ai trouvé que ça participait parfaitement à l’effet d’ensemble. J’ai eu un peu de mal avec son style sur un plan personnel mais il sert très bien le roman et son propos.

Outre la narration centrée sur Mattie, l’autrice a également choisi de donner la parole aux gargouilles qui s’expriment à la première personne du pluriel. Voilà un choix stylistique original ! Il permet non seulement d’avoir un autre point de vue non humain mais aussi d’assister à des évènements auxquels Mattie ne peut être présente. On sait ainsi ce qui se passe à différents endroits de la ville et en quoi ça a un intérêt pour l’intrigue. On ressent aussi l’esprit de groupe propres aux gargouilles et tout l’éloignement entre elles et l’humanité.

Selon moi et pour résumer, l’alchimie de la pierre est un texte qu’on ne peut pas se contenter d’aimer ou non. Il est porteur de très nombreuses thématiques fortes comme les conséquences de la révolution technologie, le pouvoir des masses, l’aspect vain des révolutions violentes, l’égoïsme dont nous faisons preuve envers ce qui est différent de nous. Il présente également une relation malsaine entre un créateur et sa création qui pourrait très bien s’adapter à notre réalité dans un futur plus ou moins proche. Sous ses dehors steampunk et une ambiance fin 19e siècle je trouve ce texte hyper moderne dans le traitement de ses thématiques et ses choix narratifs. Pour ne rien gâcher, Ekaterina Sedia travaille la psychologie de ses différents personnages avec talent, si bien qu’ils apparaissent tous très humains et ont des réactions imprévisibles. Ce roman ne plaira pas à tout le monde et laisse un arrière-goût amer dans la bouche mais je ne regrette pas de lui avoir laissé sa chance.

Que passe l’hiver – David Bry

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Que passe l’hiver
est un one-shot fantasy écrit par l’auteur français David Bry. Publié à l’origine chez l’Homme Sans Nom, vous trouverez désormais ce roman chez Pocket (et partout en librairie !) au prix de 8.60 euros.

Souvenez-vous, je vous ai déjà parlé de cet auteur avec son dernier roman: Le Garçon et la Ville qui ne souriait plus, un titre que j’avais adoré. C’est donc sans peur que je me suis lancée dans la lecture du coup de cœur des Imaginales 2019.

Que passe l’hiver narre l’histoire de Stig, le cadet du clan Feyren qui va assister pour la première fois à la fête du solstice où les quatre clans renouvellent leur allégeance au Roi de l’Hiver au sein de la Clairière. Stig est adulte maintenant, il porte une épée et a hâte de vivre cette expérience aux côtés de son frère. Dès le départ, Stig manque de mourir et peu après leur arrivée, l’un des seigneurs s’écroule en plein milieu du banquet. Ce n’est que le début… La prophétesse les a prévenus: les augures sont mauvais et ils pourraient être nombreux à ne pas passer le solstice.

Ce roman se construit comme un huit-clos. Majoritairement narré du point de vue de Stig à l’exception de certains chapitres en italique qui dévoilent les rebondissements de l’intrigue, il se déroule pendant trois ou quatre jours maximum et uniquement au sein de la Clairière. Cette ambiance feutrée et glaciale se ressent à chaque ligne. On a froid en le lisant, on se projette aisément dans l’univers créé par David Bry. L’auteur propose non seulement un paysage très graphique, aisément imaginable, mais aussi une mythologie et une identité qui lui est propre. En quelques mots, il existe une divinité qui tisse une infinité de fils possibles qui se renforcent ou s’atténuent en fonction des choix de chacun. Cette divinité procréé un descendant qui règne sur la Clairière et de ce descendant sont issus quatre clans. Chaque clan dispose d’un don spécial (se transformer en animal, se fondre dans les ombres, user d’une forme de magie ou lire les fils du destin) et d’un territoire qu’il doit respecter selon des règles assez précises.

Que passe l’hiver est sans conteste un roman aux thématiques fortes qui prône la résilience et l’importance des choix que nous effectuons au quotidien, même les plus infimes qui peuvent faire la différence. D’ailleurs, la mention « un fil se brise, un autre se renforce » est présente aux moments clés de l’intrigue pour attirer notre attention sur ce qui se passe et renforcer son propos.

Un propos aussi mis en scène grâce au héros, Stig, un jeune homme humble qui souffre d’un handicap. Son pied difforme lui vaut le mépris de son père qui lui préfère largement son aîné. Stig sait qu’il n’a rien d’un guerrier et en souffre sans pour autant sombrer dans la dépression. Il fait preuve d’une grande résilience et d’une certaine force de caractère malgré son manque de confiance en lui. Tout en nuances, sa complexité affadit quelque peu les personnages qui évoluent autour de lui, les rendant plus terne et souvent moins intéressants à l’exception de l’un d’eux mais je ne peux pas trop en dire au risque de révéler une partie de l’intrigue. J’ai aimé la manière dont David Bry traite les souffrances et les folies des personnages bien que par moment, il tombe en peu dans l’excès dramatique pour que ça soit vraiment toujours crédible. Certaines morts, notamment, me paraissent forcées ou manquent de surprises.

Si j’ai passé un bon moment avec ce texte, je déplore quelques longueurs et la présence de répétitions concernant des éléments déjà éclaircis ou expliqués par l’auteur. Il arrive parfois qu’un paragraphe, si pas deux, répète ce qui a déjà été dit et ce à plusieurs reprises. David Bry prend un peu trop le lecteur par la main à mon goût et cela alourdit son texte, ce qui l’empêche d’être un coup de cœur pour moi.

Pour résumer, Que passe l’hiver est un one-shot de fantasy écrit comme un huit-clos au sein de la Clairière avec des paysages enneigés et oppressants. On y suit le personnage de Stig qui va devoir affronter l’horreur dans une ambiance hivernale et poétique. Texte assez contemplatif et relativement lent dans son action, il comporte certains éléments prévisibles et des répétitions qui n’enlèvent toutefois rien à sa qualité littéraire. Une belle découverte !

Aeternia, la marche du prophète (1) – Gabriel Katz

Aeternia est un diptyque dont le premier tome s’intitule la marche du prophète. Il est écrit par l’auteur français Gabriel Katz et a d’abord été publié chez Scrineo, avant d’être réédité en format poche chez Pocket. Je vous mets les deux couvertures, même si celle de Scrineo est carrément cent fois plus belle et adaptée au contenu ! Il s’agit de fantasy médiévale et je vous le dis tout de suite, c’est probablement un coup de cœur. Non, en fait, oubliez le « probablement ».

Je traine ce roman depuis Troll et Légendes, où j’ai rencontré l’auteur le dimanche, dans un moment de grand creux, ce qui nous a permis de discuter. J’en profite pour glisser qu’il est vraiment très sympa et a beaucoup d’humour en plus de beaucoup de talent, ce qui ne gâche rien. Bref, après une superbe dédicace (avec un dessin de dragon :3 ) je m’en suis allée et j’ai posé ce livre dans ma PAL, où il est resté jusqu’ici. Pourquoi je ne l’en ai pas sorti avant? Je me fais souvent cette réflexion, ces derniers temps… Ma bookjar est une vraie bénédiction !

J’ai entendu parler d’Aeternia pour la première fois sur la chaîne de Lili Bouquine et le pitch me tentait: un champion d’arène qui se retrouve embarqué malgré lui dans des querelles religieuses, ça promettait. Parce que c’est tout ce que j’aime: un héros qui soit un vrai guerrier et des querelles malsaines entre cultes aussi pourris les uns que les autres. Certes, les éléments de l’intrigue empruntent aux thèmes communs de la fantasy mais c’est le traitement des personnages qui fait toute la richesse de ce roman. Leth Marek est immédiatement attachant et on développe vite une très forte empathie pour lui. Les personnages secondaires sont tout aussi riches, mention spéciale à Varian (que je ne pensais pas aimer) et à Desmeon, l’irrésistible. Ah et au petit chien. C’est peut-être mon côté fille, mais j’adore ce chien et je jure de maudire l’auteur s’il lui arrive quelque chose de mal.

L’intrigue va de rebondissement en rebondissement et l’auteur n’a pas peur de malmener ses personnages, sans pour autant en faire de trop. Il entretient le suspens, nous garde en haleine, nous fait croire qu’il ne va pas oser faire ça… Alors que si ! Et cette fin, CETTE FIN. Je ne m’en remets pas. Sérieusement, je me doutais bien que tout n’était pas blanc ou noir, on ressent l’absence totale de manichéisme dans Aeternia, mais je n’avais pas vu ça venir du tout. Je suis peut-être juste un peu trop naïve… Mais je préfère croire que Gabriel Katz est extrêmement doué.

Ne nous mentons d’ailleurs pas. Doué, il l’est. Son style d’écriture a un petit quelque chose en plus qui nous ensorcèle et nous fait tourner les pages à une vitesse folle. Les chapitres sont courts, dynamiques, l’accent est mis sur l’action et les descriptions sont bien dosées, juste assez pour qu’on sache ce qu’on a besoin de savoir, et pas trop pour ne pas alourdir le texte. C’est vraiment un excellent livre et je vais m’empresser, mardi, de commander la suite chez mon libraire.

En bref, ce premier tome d’Aeternia est un coup de cœur avec lequel j’ai passé un très bon moment. Les personnages sont remarquables et attachants, l’intrigue est bien menée, l’action correctement rythmée, avec un style littéraire addictif. Pour moi, c’est un roman à découvrir absolument ! De la bonne fantasy à la française qui vaut le détour. Une belle façon de terminer 2017.

Le Roi des Fauves – Aurélie Wellenstein

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Le Roi des Fauves est un one-shot de dark medieval fantasy écrit par Aurélie Wellenstein. Publié d’abord chez Scrineo au prix de 16.90 euros, il est également disponible en format poche chez Pocket au prix de 7 euros. Depuis 2015, il a été finaliste à de nombreux prix comme celui des Halliénnales ou le prix Imaginale des Lycéens.

Je vois passer ce roman depuis que j’ai commencé à fréquenter les salons littéraires en 2015. Et pour cause, ce roman a commencé sa carrière en même temps que moi… La première chose qui m’a intriguée, c’est sa couverture absolument sublime. J’adore cette illustration, elle est sombre, malsaine et elle prend tout son sens après la lecture du livre. Je ne sais pas pourquoi j’ai mis si longtemps à me procurer ce roman, ni pourquoi il est resté dans ma PAL depuis avril 2017. Je regrette vraiment de ne pas l’avoir lu avant, parce que nous sommes en présence d’un très bon texte !

Le Roi des Fauves raconte l’histoire de trois adolescents: Ivar, Kaya et Oswald. Dans leur village, la famine règne et ils en sont réduits à oser braconner sur les terres du Jarl, pour se nourrir, eux et leur famille. Ils sont surpris par un jeune seigneur et son berserkir, arrêtés puis condamnés à un sort pire que la mort. Enfermés sur des terres maudites, contenus par une barrière magique après avoir été obligé d’avaler un parasite, ils vont se transformer, au bout de sept jours, en berserkir. Des hommes bêtes enragés, dépourvus d’humanité.

En lisant la quatrième de couverture, je ne m’attendais pas à un roman de ce genre. En réalité, je ne sais pas à quoi je m’attendais et j’ai un peu de mal à rassembler mes idées, tant j’ai des choses à dire sur ce livre. Excusez par avance si ça parait brouillon !

Nous évoluons dans un univers de type médiéval, inspiré de la mythologie nordique. On le ressent à travers l’utilisation du terme « jarl » mais aussi le nom des villages, des lieux, et le bestiaire exploité. Je n’ai pas eu l’occasion de lire beaucoup d’œuvres qui y trouvaient leur inspiration et j’en ai été enchantée. Par contre, difficile de définir si ça se passe dans un monde semblable au nôtre ou dans un tout autre endroit. J’aurais tendance à opter pour cette seconde option, ce qui justifierait un point qui m’a un peu dérangé: la façon dont s’expriment les personnages. Par moment, ces adolescents ont des expressions un peu trop modernes. J’ai tiqué sur l’utilisation du mot « fringue » ou « putain de merde » qui me paraissent tellement contemporain et incongrus dans ce contexte que ça m’a fait sortir du livre pendant quelques pages. C’est un détail, mais je me devais de le relever, parce qu’il y a peut-être une explication qui m’a échappée.

Les personnages sont intéressants et douloureusement humains. Ivar est celui au travers de qui on vit cette mésaventure, bien que le roman soit écrit à la troisième personne. C’est un jeune homme qui manque parfois un peu de caractère, qui ne prend pas les bonnes décisions ou en tout cas, pas au bon moment. C’est un garçon qui veut bien faire mais qui rate son coup à chaque fois, ça pourrait être n’importe qui. Oswald est un lâche peureux qui tient à ses amis et on sent que c’est cette amitié qui le tire vers l’avant. Quant à Kaya, c’est une fille au fort caractère, qui est difficile à cerner, c’est celle que j’ai la moins appréciée parce que je la trouvais injuste et inconstante. Pourtant, c’est imputable à son humanité, au fait que, finalement, nous non plus, on n’est pas toujours logique ou cohérent dans nos actions, quand elles sont dictées par la peur et / ou des situations extrêmes.

La plume de l’auteure est travaillée et colle à la thématique du texte tout en restant accessible. La troisième personne permet de décrire l’environnement et l’univers sans que ça ne sonne faux dans la bouche du personnage, mais cela ne l’empêche pas de nous plonger dans les tourments intérieurs d’Ivar. Elle utilise toujours le bon mot qui touche juste, ce qui nous offre un texte immersif sans être alourdi par des adjectifs pompeux. Il y a une vraie maîtrise du vocabulaire, qu’on peut saluer.

J’ai particulièrement apprécié la dernière partie du livre, surtout les deux derniers chapitres. Je n’en dit pas trop parce que je refuse de spoiler, mais c’est ce qui me fait classer ce roman en dark fantasy et me pousse à le conseiller avec ferveur. Parce que l’intrigue en elle-même est assez classique pour de la fantasy, mais je trouve que les derniers chapitres changent totalement la donne.

En bref, j’ai passé un très bon moment avec cette lecture ! Je recommande ce roman aux lecteurs qui aiment les histoires sombres, violentes, qui apprécient la mythologie nordique et qui ont envie de découvrir un one-shot qui sort du lot. Il mérite, selon moi, amplement sa nomination et sa victoire dans tous ces prix littéraires. J’ai passé un très bon moment avec le Roi des Fauves et je vais me pencher sur le reste de la bibliographie d’Aurélie Wellenstein, qui a une vraie personnalité littéraire.

Mordred – Justine Niogret

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Mordred de Justine Niogret, est un roman court inspiré des légendes arthuriennes mettant en scène le personnage de Mordred, comme son titre l’indique. Il est disponible en format poche chez Pocket au prix de 6.30 euros seulement, une occasion à saisir !

Je connais ce roman depuis plusieurs années et une de mes meilleures amies m’en a parlé à de nombreuses reprises, m’enjoignant de le découvrir, m’assurant que j’allais adorer. Finalement, elle a pris le taureau par les cornes et me l’a offert pour mon anniversaire. Comme j’attendais d’aller chercher un autre livre en commande à ma librairie, je me suis dis que j’allais lire Mordred car ses 180 pages s’avaleraient rapidement. Est-ce que je savais à quoi m’attendre? Pas vraiment. J’imaginais un roman comme on en trouve beaucoup sur les légendes arthuriennes, avec de l’action à foison, de la magie, des créatures surnaturelles… Mordred, ce n’est pas ça du tout. C’est, avant toute chose, un roman historique, qui se classe en fantasy uniquement parce qu’il utilise des personnages tirés du folklore celtique. C’est également un roman très intime, qui nous livre la vie de Mordred, dont il est le narrateur, bien que le récit soit écrit à la troisième personne.

Qui est Mordred? Pour ceux qui ne connaissent pas bien les légendes arthuriennes, Mordred serait le fruit de l’amour incestueux entre Arthur et sa sœur Morgause. Un chevalier traitre qui assassinera finalement son père. Et si… Et si l’Histoire était différente? L’auteure propose ici une nouvelle version du mythe, un nouvel éclairage sur cette histoire connue du plus grand nombre. Une autre interprétation de qui fut Mordred et du pourquoi de son geste. Un point de vue novateur et intriguant.

Le roman s’ouvre sur une scène de fête dans un village. Le jeune Mordred et sa mère, Morgause, assistent à une pièce qui nous livre à la fois une morale et le ton du roman. Voici la dernière réplique de Morgause: « (..) Il faut une victoire à toute histoire. Il faut l’argent d’un miroir éteint pour que certains parviennent à voir leur visage. Une chandelle sans nom pour que les scarabées dansent. A tout héros, il faut son reflet. Un perdant, pour que d’autres gagnent. Voilà ce que je vois, Mordred, voilà ce que je vois et mon coeur en saigne plus durement que le loup blessé sur sa glace. » C’est plutôt rare que je corne une page d’un livre pour ne surtout pas perdre une réplique, mais celle-ci m’a transpercée de part en part. Elle s’est gravée en moi et m’a bouleversée. C’est ainsi pendant tout le roman qui, au fond, ne raconte rien de bien extraordinaire. Une vie normale de chevalier, bien que ça ne soit pas n’importe lequel d’entre eux. Son entraînement son initiation, la guerre… Pourtant, chaque phrase marque et se grave en nous avec une netteté surnaturelle.

Mordred est un roman marquant, poétique, mélancolique, teinté de noirceur tout à fait humaine. C’est une réflexion sur soi, sur la vie, sur la mort aussi, servie par un personnage taciturne, silencieux, observateur, un chevalier à part qu’une douleur atroce due à un tournoi cloue au lit depuis un an. Un an à souffrir, un an à dépérir, un an pour se rappeler les détails de son existence, les personnes qui ont compté. Un coin de voile levé sur l’intimité de personnages fameux des légendes arthuriennes.

Je suis incapable de dire si j’ai aimé ou non ce roman. En tout cas, il m’a touchée, perturbée, marquée. C’est un récit atypique servit par une plume incroyable de sincérité et de réalisme. Justine Niogret est une auteure à découvrir et Mordred un roman court à avoir lu au moins une fois dans sa vie. C’est un immanquable qui laissera sur vous une trace indélébile.