Les démoniaques – Mattias Köping

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Les démoniaques
est un one-shot thriller proposé par l’auteur français Mattias Köping. Initialement publié chez RING, le roman s’offre une version poche à 9.90 euros chez la Mécanique Générale.

J’ai entendu parler de ce roman un peu par hasard et il m’a été chaudement recommandé par Émilie de chez Livr’S. Après la lecture de sa 4e de couverture, j’ai été très intriguée par le côté cru et violent de l’histoire, cette ambiance malsaine. Cela promettait une œuvre sale, sans concession, du coup je n’ai pas hésité à l’acheter. Je ne sais pas trop ce que ça donne comme image de moi en fait, expliqué comme ça :’)

Les démoniaques, c’est l’histoire de Kimy ou de Kim, parce qu’elle préfère ce diminutif. Depuis l’âge de 13 ans, son père abuse d’elle et la prostitue dans son trafic pour pédophiles. Son père, c’est Jacky Mauchrétien alias l’Ours. Il renvoie l’image d’un entrepreneur sérieux mais c’est un trafiquant de drogue doublé d’un proxénète ultra violent et accro à sa propre daube. Quand le roman commence, Kimy vient d’avoir 18 ans. Elle ne veut plus faire de passes et préfère se concentrer sur le trafic de drogue. Son père ne l’en empêche pas mais ce qu’il ignore, c’est que Kimy compte bien se venger pour ces années de sévices. Elle met au point un plan d’envergure pour faire tomber tous ces salopards mais pour le mener à bien, elle va avoir besoin d’aide. Une aide incarnée par Henri, un prof dépressif depuis le meurtre de sa fille.

Ce roman met en scène une histoire de vengeance plutôt classique. La victime se retourne contre son bourreau, élabore un plan, tout ne se passe pas forcément comme prévu et ça donne une série de rebondissements. Je trouve, sur un plan personnel, que la force de ce roman tient en deux points : les personnages et l’horreur qu’il dépeint.

Les personnages, tout d’abord. Si Kimy est l’héroïne, des chapitres courts qui se résument parfois à un paragraphe nous permettent de jongler entre plusieurs psychés. Celle d’Henri, de Jacky, de Dany, des victimes et des agresseurs… L’auteur ne leur accorde parfois que deux ou trois pages mais c’est suffisant. Il utilise des mots forts et un vocabulaire percutant qui va déranger le lecteur, le heurter. Je me suis sentie happée, au fil de ma lecture. Il n’a pas eu besoin de tartines pour me faire connaître les vices de certains ou accepter les motivations des autres.

Mais sa plus belle réussite reste Kimy. Il propose une fille défoncée par la vie qui choisit de se battre. Elle a la hargne et n’a pas perdu son humanité pour autant malgré les horreurs subies. Elle sonne très vrai et on ne peut que s’attacher à elle, qu’on comprenne ou pas ses choix. J’ai vraiment adoré la suivre.

En arrivant dans le dernier tiers du roman, la lecture est passée de génial à mitigée. Tout me paraissait un peu trop facile, ça sentait la résolution décevante. Puis il y a eu la toute dernière page… Je ne vous en révèle pas davantage pour ne pas vous spoiler mais ça, c’est une fin comme je les aime. Bravo pour le culot !

C’était un pari osé proposé par Mattias Köping avec ce thriller qui prend place en France. Une France rurale où on n’imagine pas forcément que de telles horreurs puissent se produire. Ce livre est, selon moi, une réussite. Il ravira les adeptes du thriller gore et de l’horreur toute humaine. Par contre, si vous avez un souci avec les perversions poussées à l’extrême ou le vocabulaire cru, je ne vous recommande pas cette lecture. Moi, c’est ma came mais âmes sensibles s’abstenir.

Un éclat de givre – Estelle Faye

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Un éclat de givre
est un roman post-apocalytique loin des standards habituels du genre, écrit par l’autrice française Estelle Faye. D’abord publié chez les Moutons Électriques, ce roman est réédité chez Folio SF depuis 2017 au prix de 8.30 euros.
Ce roman entre dans le challenge S4F3 organisé par Albédo.

Souvenez-vous. Il y a quelques mois, je lisais les Seigneurs de Bohen de la même autrice et j’étais enchantée par ma découverte. Aux Imaginales, ça n’a pas manqué, j’ai eu envie de lire ses autres livres sans trop savoir par lequel commencer. On m’avait conseillé Porcelaine mais le pitch d’un éclat de givre me parlait davantage. En discutant avec elle et en lui expliquant à quel point j’avais adoré les Seigneurs de Bohen, elle m’a conseillé celui-ci. Une fois sa lecture terminée, je comprends pour quelle raison.

Nous évoluons dans un Paris post-apocalyptique sur les pas de Chet, un chanteur de jazz qui enchaine les histoires foireuses, que ce soit dans sa vie privée ou professionnelle. Il se retrouve embarqué malgré lui dans une sombre affaire qui menace le quotidien déjà bancal de ces survivants à la Fin du Monde. Une nouvelle drogue apparait, appelée la Substance, qui permet de résister à la chaleur de cet été de plus en plus caniculaire. Hélas, les conséquences de cette prise sont désastreuses et si Chet aurait aimé ne pas s’impliquer dans tout ça, on ne lui laisse pas vraiment le choix.

À première vue, on pourrait croire qu’il s’agit d’une énième enquête avec un héros-qui-ne-veut-pas-en-être-un-mais-qui-va-roxxer-quand-même-parce-que-c’est-le-héros. Détrompez-vous. On en est même assez loin. Chet est un mec paumé, un anti-héros comme je les aime qui vit en marge, a des mœurs qui sortent des canevas habituels. Tout n’est pas blanc ou noir, chez lui. Il représente une accumulation de différentes couches plus ou moins crasseuses. Il a ses élans moraux et ses faiblesses, ses névroses et ses secrets honteux. Comme pour les Seigneurs de Bohen, Estelle Faye propose non seulement un héros atypique mais aussi toute une gamme de protagonistes qui sortent du lot par leur façon d’être ou leurs orientations. Cela ne plaira pas à tout le monde mais, personnellement, j’ai trouvé ça très exaltant.

Plus que son intrigue, ce roman brille par son ambiance particulière où la nostalgie tient un rôle central. La nostalgie du passé, d’avant la Fin du Monde, que Chet a découvert dans son enfance avec Tess, supervisé par Paul le Sorbon. La nostalgie de la nature, assassinée par la main des hommes. La nostalgie de son amitié avec Tess, de ses erreurs, de ses lâchetés. À travers un récit à la première personne, Estelle Faye nous dépeint un personnage profondément humain que nous suivons au fil du temps. Le récit est parsemé par des souvenirs du passé, toujours assez brefs, qui permettent au lecteur de mieux comprendre le personnage de Chet, de s’y attacher. Ces différentes parties parsèment le récit dans un très bon équilibre, sans jamais ralentir l’intrigue ou provoquer le moindre ennui, comme cela arrive souvent avec les auteurs qui optent pour ce mode narratif.

À travers Chet, Estelle Faye nous dépeint un univers d’une richesse incroyable. Cet univers est marqué par la grande culture de l’autrice, que ça soit dans le domaine musical, théâtral, littéraire mais aussi télévisuel. J’ai été ravie de découvrir toutes ces références et de quelle manière Estelle Faye parvenait à les imbriquer en un tout cohérent, fluide, poétique. À mes yeux, un éclat de givre est un bijou sur le fond comme sur la forme.

Dans cet ouvrage, Paris est un personnage à part, vivant. On en découvre tous les aspects. Certains qui puisent leur écho dans le passé lointain comme la Cour des Miracles, d’autres qui sont plus récents. À travers la mésaventure de Chet, Estelle Faye raconte, divertit, mais éduque aussi en attirant l’attention de son lecteur sur les conséquences potentielles de polémiques actuelles. Des thématiques qui ne révolutionnent pas le genre mais qui trouvent un écho douloureusement actuel. Ainsi, l’autrice s’engage de manière subtile et pessimiste sur le destin du monde en brossant une image parfois terrifiante de l’humanité. Pourtant, au fil de ma lecture, je me suis plusieurs fois dit que ça ne tenait pas tant que ça de la fiction. Probablement mon côté pessimiste de nature.

Un éclat de givre est un roman surprenant, à part, qui propose un monde hétéroclite avec des personnages qui le sont tout autant. Baignés dans la folie, à leur manière. Une folie ordinaire, affreusement humaine. En tournant les pages, on sent l’odeur de la sueur, on cuit sous le soleil, on baigne dans la crasse, on vibre et on s’imagine à la place des protagonistes. L’écriture poétique et maîtrise d’Estelle Faye fait, à ce niveau, encore des merveilles en parvenant à immerger son lecteur avec une aisance qui tient presque du surnaturel.

Pour résumer, j’ai adoré découvrir ce roman atypique débordant de nostalgie et de références culturelles. Un éclat de givre est une œuvre d’une grande richesse proposée par une autrice talentueuse que je vais continuer à suivre avec attention. Je vous le recommande très chaudement !

Confessions d’un automate mangeur d’opium – Mathieu Gaborit & Fabrice Colin

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Confession d’un automate mangeur d’opium
est un one-shot steampunk écrit par Mathieu Gaborit et Fabrice Colin. Publié chez Bragelonne dans le cadre du mois du cuivre, il est disponible en poche au prix de 9.90 euros.

J’entends beaucoup parler de Mathieu Gaborit depuis quelques semaines, via notamment la sortie de nouveaux romans signés par lui chez Mnémos. Mon libraire ne tarissait pas d’éloges à son sujet, du coup j’ai eu envie de le découvrir. C’est principalement pour ça que j’ai tiré du fin fond de ma liseuse cet epub acheté pendant la #GrosseOP de Bragelonne. Quant à Fabrice Colin, je ne le connais que de nom, ça me donnait donc l’occasion de faire d’une pierre deux coups !

Mon avis sur ce roman est un peu mitigé, je ne vais pas vous le cacher. Je n’ai pas détesté mais je trouve qu’il lui manquait trop de choses, que les auteurs ne sont pas allés au bout de leurs idées.C’est dommage, quand on voit le soin porté à l’objet livre en tant que tel… Il aurait mérité un peu plus d’investissement.

Nous évoluons dans un univers steampunk situé à Paris en 1889, pendant l’Exposition Universelle. Margo est une actrice qui devient célèbre et va commencer à enquêter sur la mort mystérieuse de sa meilleure amie, aidée par son frère Théo qui est aliéniste. Cet improbable duo va se confronter à de nombreux dangers à la recherche de la vérité.

Pour être honnête, c’est davantage le titre qui a attiré mon attention, pour l’écho qu’il faisait dans mon esprit avec le Confession d’un elfe fumeur de lotus de Raphaël Albert. Je m’attendais à quelque chose dans la même veine et je crois que ça m’a un peu gâché le plaisir. L’intrigue est, somme toute, celle d’une banale enquête policière et on devine très vite comment cela va se terminer, qui est qui, qui fait quoi. Pourtant, je ne me suis pas ennuyée en le lisant: l’univers créé par les auteurs est plutôt riche et intéressant. Je regrette qu’il passe un peu en second plan même si j’ai apprécié les clins d’œil dissimulés tout du long (comme celui à Métropolis de Fritz Lang). L’écriture des auteurs est rythmée, maîtrisée, on sent qu’ils n’en sont pas à leur coup d’essai en matière littéraire. Ils utilisent les mots justes et évitent habilement les longueurs pour offrir une histoire divertissante qui se lit toute seule.

Les personnages principaux sortent aussi un peu du lot. S’ils ont tous un rôle très archétypal, Margo est une comédienne au fort caractère, plutôt agaçante la majeure partie du temps mais qui a au moins le mérite de proposer un personnage féminin différent de celles qu’on croise habituellement dans ce type de littérature. Théo, de son côté, est le stéréotype du scientifique obsédé par son objet d’étude et qui néglige tout le reste. Je l’ai beaucoup apprécié, même s’il manquait de surprise. Quant aux autres, ils servent leur fonction, à l’exception du fameux « automate mangeur d’opium » (je ne vous révèle évidemment pas son identité) qui avait vraiment une histoire intéressante et prenante. Je pense que j’aurai mieux apprécié le livre s’il avait été rédigé de son point de vue. Mais ç’aurait donné un ouvrage totalement différent !

Comme dans tout roman steampunk, Confession d’un automate mangeur d’opium propose une réflexion sur la société, sur les dérives technologiques et sur la notion d’humanité. Il ne révolutionne pas le genre et sera certainement vite oublié par beaucoup de lecteurs. Assez ironique quand on pense qu’il a posé justement les bases du genre en question puisque sa première parution remonte avant 2000 ! En le replaçant dans son contexte, il prend son sens mais dans le prisme du courant steampunk actuel, il perd énormément de son charme, selon mon point de vue. Pourtant, il remplit efficacement son rôle de divertissement et reste intéressant à découvrir. Je le conseille plutôt à ceux qui désirent s’essayer au genre ou qui aiment les romans mettant en scène une enquête.

Honor Harrington #1 mission basilic – David Weber

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La saga Honor Harrington créée par David Weber compte parmi les plus célèbres du space-opera. Elle contient actuellement treize volumes publiés en français chez l’Atalante. Seuls les six premiers tomes sont (pour l’instant) disponibles en poche (le 6e est prévu pour fin mai 2018) au prix de 10 euros.

J’ai entendu parler pour la première fois de cette saga grâce à mon amie L-A Braun qui a eu un véritable coup de cœur dessus. Comme j’avais envie de lire un peu de space-opera et que le roman est disponible en poche, je n’ai pas hésité longtemps avant de le commander en librairie. Je tenais à le terminer avant le début du Printemps de l’Imaginaire Francophone puisqu’il s’agissait du dernier livre d’un auteur anglophone présent dans ma PAL.

J’ai mis un moment à arriver au bout, parce que je lui ai trouvé quelques longueurs (et qu’il y a eu la foire du livre de Bruxelles au milieu). Comprenons-nous bien: l’univers posé par David Weber est incroyable. Il est inspiré des guerres napoléoniennes pour tout ce qui tient à l’aspect bataille / militaire. On ressent la passion qu’a l’auteur pour l’armée et l’Histoire de manière plus globale. David Weber a créé un univers extrêmement cohérent et réaliste, en pensant à tous les aspects technologiques et sociaux, abattant un travail titanesque pour proposer une œuvre grandiose. J’ai été, à titre personnel, très impressionnée par le lore complexe et pourtant accessible du roman.

Pourtant, comme je le disais, certains passages sont longs. L’action est lente à se mettre en place, certains détails de l’univers ne paraissent pas toujours utiles (mais comme il s’agit d’une saga, je ne doute pas qu’ils serviront dans les tomes suivants). Par contre, une fois que tout se lance… C’est vraiment prenant. Moi qui adore les récits guerriers, j’ai pris mon pied entre les opérations militaires sur la planète et l’affrontement entre l’Intrépide et le Sirius… C’était incroyable ! Un film se tournait littéralement dans ma tête et s’enrichissait à chaque ligne.

En cela, l’écriture de l’auteur (et la bonne traduction qui va avec, malgré une coquille ou deux dans le texte) est très visuelle et maîtrisée à la perfection, malgré des sujets complexes et un univers « de niche ». J’ai beau adorer les récits guerriers, je suis loin d’être une spécialiste, surtout quand ça se déroule dans l’espace. Pourtant, je n’ai eu aucun mal à visualiser les scènes, à en ressentir l’intensité dramatique. J’ai vibré avec Honor et les membres de son équipage, autant de joie que de détresse. Puis du space-opera sans manichéisme, ça se savoure.

David Weber nous propose, en plus d’un univers très complet, une palette de personnages qui ne nous laisse pas indifférents. Sur 530 pages, le tour de force est assez incroyable: un monde entier nous est présenté, avec sa politique dans le détail, sa hiérarchie militaire, sa technologie spatiale, ses planètes, son intrigue, le passé de son héroïne, quelques éléments de sa culture… Sans m’avoir donné une seule seconde l’impression de me noyer sous la masse d’informations. Chapeau !

Pourtant, la sauce n’a pas totalement pris. Peut-être parce que j’ai souvent été coupée dans ma lecture, peut-être parce que le début est assez lent pour justement planter ce décor (selon Laure-Anne, le tome 2 est très différent là-dessus) mais j’ai eu du mal à trouver mes repères. Je pense que je vais donner sa chance au tome 2, parce que le travail de l’auteur m’a vraiment impressionnée et a de quoi inspirer. Puis pour une fois que je trouve une bonne série de space-opera…

En bref, je recommande Honor Harrington si vous êtes un habitué du genre, si vous n’avez pas peur des univers compliqués, touffus, et que vous aimez les récits guerriers où on ne prend pas de gants (il s’y déroule des évènements assez atroces parfois). Autrement, passez votre chemin. Sans condescendance aucune, cette saga n’est pas à la portée de n’importe quel lecteur et ne sera pas appréciée par tout le monde, malgré ses très nombreuses qualités. Une saga et un auteur à suivre, donc. L’avenir me dira si j’ai bien fait de laisser sa chance au tome 2 !