#PLIB2020 Thorngrove – Cécile Guillot

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Thorngrove est un one-shot gothique écrit par l’autrice française Cécile Guillot. Publié chez Lynks Éditions, vous trouverez ce roman au prix de 14.90 euros.

Madeline est en colère contre son père et il y a de quoi. Suite à son infidélité, ses parents se séparent et elle doit aller vivre à Oakgrove (un trou perdu) avec sa mère et sa petite sœur Meadow. Là-bas, elle entend parler de la légende de Thorngrove, un manoir abandonné depuis des années autour duquel plane une aura de mystère. En le visitant pour réaliser un devoir, Madeline déclenche des évènements désastreux…

Vous le savez probablement mais je lis les romans de Cécile Guillot envers et contre tout parce qu’elle parvient toujours à me plaire alors qu’elle n’écrit pas dans les genres que j’aime habituellement. Il y a chez elle un je ne sais quoi de magique qui fait mouche. Pour une fois, celui-ci semblait pile mon genre de roman et je dois avouer que les apparences n’ont pas été trompeuses du tout.

Il s’agit ici d’un roman qualifié de gothique. Vincent Tassy, dans son mot sur la couverture, parle d’une modernisation des codes et je rejoins son opinion. Je craignais l’aspect young-adult du texte mais les deux héroïnes adolescentes ne manquent ni de profondeur, ni d’intérêt. À ceux que la mention fait fuir en général, ne vous laissez pas rebuter ! Si vous aimez les romans gothiques qui se déroulent dans de petites villes américaines, si vous cherchez une histoire angoissante pour Halloween où il n’y a aucune romance, alors Thorngrove comblera vos attentes.

Le roman se divise en plusieurs chapitres et points de vue. On alterne principalement entre Madeline et Meadow même si les chapitres de cette dernière sont courts, moins d’une page. Parfois, on découvre des extraits de journaux de deux autres sœurs, Ophélie et Clémence, qui vécurent au début du XXe siècle dans le Manoir. Elles utilisent un code pour se laisser des messages, une astuce narrative intéressante qui rajoute au frisson. L’objet-livre joue également dans la tension qui s’installe car chaque inter-chapitre arbore le dessin d’une branche de ronce dont la quantité augmente à mesure que la fin approche. Une idée ingénieuse, j’ai adoré le soin apporté à l’ouvrage. Chapeau Lynks encore une fois !

Côté personnages, Madeline et Meadow sont sœurs et ont deux ans d’écart. Madeline subit de plein fouet sa crise d’adolescence et fait tout pour protéger sa sœur Meadow qui est, selon ses propres mots, un peu bizarre. Elle voit un psy, s’attache à des animaux morts, sort parfois des phrases qui mettent mal à l’aise. Dans son esprit, elle est encore une enfant qui aime les poupées. Leur relation est très forte, complexe comme ça l’est toujours entre deux sœurs et surtout, elle compose le cœur du récit. Pas la moindre romance en vue, ce qui a constitué une excellente surprise. Le récit, rédigé à la première personne pour toutes les parties (chaque en-tête de chapitre renseigne sur qui parle mais impossible de confondre les deux sœurs) n’en est que plus immersif. J’ai adoré suivre Madeline et ses préoccupations, sa nouvelle amitié avec Blaine, ses déconvenues au lycée. Je n’ai eu aucun problème à m’identifier à elle et à me sentir concernée par ses sentiments.

Thorngrove, c’est aussi l’histoire d’une malédiction qui traverse les âges et prend racine dans la mythologie amérindienne. Je la connais assez peu et j’ai apprécié ce dépaysement. Mais ça reste surtout une histoire d’amour familial, une histoire de sœurs dotée d’une angoisse bien dosée. Le final arrive crescendo et je ne m’attendais pas du tout à cette fin violente. J’en suis restée hébétée avec le livre en main et j’ai eu besoin d’une bonne minute avant de découvrir l’épilogue. Certains ont trouvé le final trop rapide mais pas moi, au contraire. La violence du choc n’en était que plus grande ! Un pari osé mais réussi.

Pour résumer, Thorngrove est un roman gothique moderne à l’intrigue haletante et bien menée. Cécile Guillot maîtrise ses héroïnes qu’elle dote d’une psychologie crédible qui lui permet de traiter avec brio d’une relation entre sœurs doublée d’une effroyable malédiction. L’autrice est passionnée par le style gothique et cela se ressent plus que dans tous ses autres romans car elle s’approprie et modernise judicieusement les codes. J’ai passé un excellent moment avec ce page-turner addictif que je recommande plus que chaudement !

#PLIB2020 Magic Charly #1 l’apprenti – Audrey Alwett

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L’apprenti
est le premier tome de la saga Magic Charly écrit par l’autrice française Audrey Alwett. Publié chez Gallimard Jeunesse, vous trouverez ce roman au prix de 16.5 euros dans toutes les librairies.

Charly a quatorze ans, possède un chat susceptible appelé Mandrin et est le fils de la directrice de son école. Il est aussi le petit-fils de Dame Mélisse, célèbre dans la société des magiciers pour sa puissance et ses pâtisseries. Sa grand-mère réapparait subitement dans sa vie au bout de cinq ans, amnésique, physiquement diminuée, les affres de la vieillesses lui dit-on… Ou peut-être pas. À l’aide d’un message dans un miroir, Charly apprend que la magie existe et que pour sauver sa grand-mère, il va devoir devenir apprenti magicier.

J’ai lu deux chroniques élogieuses au sujet de Magic Charly et elles m’ont donné envie de me le procurer immédiatement. J’avais déjà les Poisons de Katharz (de la même autrice) dans ma PàL mais sans l’avoir lu à ce moment-là. Pas grave, je sentais que ce livre allait me plaire et… J’avais raison. Mille fois raisons ! Pourtant, hormis le talent de l’autrice, ils n’ont pas grand chose en commun.

L’intrigue commence sur les chapeaux de roue. En moins de trois chapitres l’action s’installe et le lecteur suit Charly dans sa découverte de l’univers des magiciers. Comme à son habitude, l’autrice ne manque pas d’idées ni d’originalité et si certains relèveront une double inspiration (Rowling – Pratchett) je trouve plutôt qu’Audrey Alwett imprime une french touch délicieuse sur l’ensemble de son œuvre, afin de lui donner une vraie personnalité. Mention spéciale à Pépouze la serpillère, d’ailleurs. Au menu: des balais volants qui se transforment en buissons, des grimoires mystérieux, des dragons pétrifiés, des allégories, des pâtisseries magiques… Surtout des pâtisseries. Franchement, lire ce roman m’a ouvert l’appétit et j’espère qu’on aura droit à des recettes plus précises tirées de Gourmandise ! Juste pour le plaisir de cuisiner de bonnes tartes (et si y’a un truc pour que la partie magique de la recette fonctionne, je suis preneuse).

Charly est un personnage attachant que j’ai adoré suivre. Pour ses quatorze ans, il est plutôt grand et imposant physiquement mais ça ne reflète pas son caractère doux et pacifique. On sent que c’est un adolescent qui a un bon fond même s’il est aisément victime de préjugés. Depuis un accident survenu cinq ans plus tôt dont il ne garde pas de souvenir conscient, il a tendance à contrôler ses émotions, peut-être plus qu’il ne le devrait. C’est un garçon aimable, souriant, très résilient et empathique. Je l’ai trouvé profondément humain, c’est une belle réussite et les autres protagonistes ne sont pas en reste. June est une vraie tempête qui enchaîne les bêtises en espérant décevoir ses parents. Sapotille parait d’abord comme un stéréotype avant de gagner en profondeur. Maître Lin n’est pas vraiment le mentor de l’année (j’ai adoré son obsession pour ses cheveux) quant la mère de Charly, elle a un caractère excentrique très amusant. La galerie des protagonistes, riche et variée, m’a ravie. Je ne parle volontairement pas de Dame Mélisse pour ne rien vous gâcher.

Côté univers, cette société des magiciers n’a rien d’idéale. La milice abuse de ses pouvoirs et favorise très clairement la jeunesse de Thadam au mépris des gens comme Charly. À savoir que si on perd les trois étoiles de son sablier qui rationne la magie, on est envoyé à Saint-Fouettard ! Un nom qui suffit à terroriser tous les personnages du livre et qui pose du coup beaucoup de questions (réponses à venir dans le tome suivant j’imagine). La lutte entamée par la grand-mère de Charly prend petit à petit tout son sens, Audrey Alwett en profite pour passer de beaux messages de justice et de tolérance. En lisant un article sur son blog consacré à ce roman, j’ai appris qu’elle en avait eu l’idée en voyant des personnes proches perdre petit à petit leurs souvenirs, suite à une maladie. En y réfléchissant, Magic Charly est aussi (et surtout) un roman familial basé sur l’idée de transmission de l’héritage. Et de transmission tout court, d’ailleurs. Pour avoir eu une grand-mère dans un cas semblable (même si j’étais plus jeune que Charly à l’époque) ça m’a durablement marquée et j’ai donc été particulièrement touchée par ce roman d’Audrey Alwett.

Les pages se tournent toutes seules. Quatre cents feuillets de pur bonheur au terme desquels on n’a qu’une envie: réclamer la suite de toute urgence ! Elle travaille déjà dessus, je croise donc les doigts pour ne pas attendre trop longtemps même si, finalement, Magic Charly est sorti seulement en juin 2019. En parlant de l’objet-livre, d’ailleurs… Je le trouve particulièrement soigné et magnifique à hauteur du contenu. Le titre en relief, les différents éléments graphiques représentatifs de l’univers… Regardez cette couverture attentivement avant puis après votre lecture, c’est bluffant de voir un artiste respecter à ce point le travail de l’autrice. Quant à l’intérieur, chaque chapitre se surmonte d’un petit dessin lié aux évènements à venir, de façon propre et soignée. Le tout sur un papier de bonne qualité. Chapeau à l’éditeur !

Vous l’aurez compris, j’ai eu un coup de cœur pour Magic Charly qui n’est pas uniquement destiné à un public adolescent. Il marche dignement sur les traces de Harry Potter (tout en affichant une personnalité bien à lui) en proposant un univers crédible, riche et excentrique avec de bonnes idées (vive les apocachips et les serpillères !). La touche de noirceur et de danger apporte un bel équilibre au sein d’une intrigue qui promet d’encore s’assombrir vu les dernières pages. Pour ne rien gâcher, le roman dispose de plusieurs niveaux de lecture et conviendra à un large public. Le lecteur s’accroche immédiatement au personnage de Charly et ne rêve que d’une publication rapide pour un tome deux. Je n’ai donc plus que quatre mots à dire : Bien vite la suite ! ♥

#PLIB2020 Mers Mortes – Aurélie Wellenstein

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Mers Mortes
est le dernier roman en date de l’autrice française Aurélie Wellenstein. One-shot dystopique et fantastique publié chez Scrinéo, vous trouverez ce livre partout en librairie au prix de 17.90 euros.
Ce roman est ma cinquième lecture pour le challenge S4F3s5 même s’il dépasse le maximum de 10 pages, j’attends donc le jugement de notre Lutin national.

Le monde dépeint dans Mers Mortes est post-apocalyptique. L’humanité a été trop loin, les océans se sont asséchés ce qui menace la survie de l’humanité déjà bien affaiblie. Oural est exorciste et coule des jours relativement paisibles dans un bastion français, entre deux marées hautes. Son travail? Repousser les assauts des fantômes marins : poissons, requins, raies, (entre autres) car un simple contact leur suffit pour aspirer une âme humaine. Il vit dans sa routine avec un plan pour potentiellement arrêter tout ça (sans parvenir à l’appliquer) jusqu’au jour où débarquent Bengale et son équipage. Le capitaine du Naflgar enlève Oural pour qu’il protège son navire, tâche d’importance car Bengale a un (vrai) plan pour réussir à ramener les océans… Mais ce plan a un prix.

Mers Mortes est un roman que tout le monde devrait lire. Vraiment. Il heurte, il chamboule, il force la prise de conscience écologique. En découvrant ce texte, j’ai eu le sentiment de lire une prophétie apocalyptique sur le point de se réaliser et ça m’a poussé à la réflexion.

Enrobé d’une intrigue prenante et porté par un personnage principal terriblement humain, Mers Mortes propose une vraie réflexion sur les dangers climatiques en apportant, au fil des histoires de chacun, des cauchemars et des marées fantômes, un éclairage sur ce qui se passe en ce moment et sur les conséquences logiques que cela aura dans un futur pas si lointain. On sent que l’autrice a étudié son sujet, elle présente les faits d’une manière compréhensible pour tout le monde, même les non scientifiques. Elle donne envie de se renseigner soi-même et de trouver des solutions. En réalité, le seul point faible du roman (si on veut vraiment chipoter) c’est qu’il n’insiste pas suffisamment sur ce qu’on pourrait faire maintenant afin d’éviter d’en arriver là. Vous me direz, ce n’est pas le sujet, d’autres t’ont déjà dit quoi faire, mais une petite annexe avec des engagements à tenir m’a vraiment manqué. Ça aurait permis à Mers Mortes d’être pleinement complet.

Mais honnêtement, je chicane parce que ce roman est très bon. Il traite d’un sujet actuel et engagé sans prendre de gants et permet en plus à une véritable intrigue de se mettre en place. Avec une écriture à la troisième personne, le narrateur se focalise sur Oural, un exorciste qui a grandi relativement protégé et aveugle de la réalité du monde. Il va petit à petit grandir, remettre ses convictions en question. Il va aussi se tromper, faire les mauvais choix, douter. À chaque page, son humanité transparait et je l’ai trouvé aussi intéressant qu’agréable à suivre, à l’instar des autres membres de l’équipage et du capitaine. Bengale dégage une aura de mystère, l’autrice distille petit à petit les révélations à son sujet pour donner envie au lecteur de poursuivre. Le rythme du roman est maîtrisé, on ne s’ennuie jamais et tout a un sens. Un autre personnage intéressant, c’est Trellia, la delphine ! Elle a une importance toute particulière dans le récit et sa relation avec Oural est vraiment belle. À elle seule, elle représente une métaphore sur le pardon.

La touche surnaturelle de Mers Mortes exploite l’âme de la mer avec brio en donnant un cachet sombre, salé et poisseux aux mots de ce texte. Les fantômes des animaux marins traqués par l’homme viennent crier vengeance de manière régulière, pendant les marées hautes. Seuls les exorcistes parviennent à les repousser, leur rôle est fondamental mais n’importe qui ne possède pas ces capacités. Pour cette raison, Oural vivait comme un prince avant de tomber sur Bengale et le changement s’avèrera rude. Comme toute société post apocalyptique, les survivants ont du se réorganiser. Si, dans le bastion, cela se passait assez bien, on apprend vite que certains ont réinstauré l’esclavage, abusent des plus faibles, parquent certaines personnes dans des camps pour créer des diversions. L’univers imaginé par Aurélie Wellenstein est horrible, terrifiant… et réaliste, ce qui renforce le sentiment d’épouvante qu’on ressent à la lecture. Parce que si on est un peu honnêtes, il y a 90% de chance pour que ça se passe ainsi quand on en arrivera à ce stade (notez que je dis quand, pas si, parce qu’à un moment donné, faut arrêter de se voiler la face). En réalité, ça se passe même déjà ainsi dans certains endroits du monde. En plus d’un engagement écologique, j’y ai aussi décelé une dénonciation humanitaire sur la thématique des migrants, traitée avec une vraie justesse et une profonde humanité.

Pour résumer, Mers Mortes est un texte bouleversant, addictif et engagé écrit par une autrice talentueuse qui n’a plus rien à prouver. Ce roman devrait être lu par le plus grand nombre car il tire la sonnette d’alarme d’une manière accessible, même à ceux qui ne connaissent rien sur les problématiques climatiques et humaines qui rythment pourtant notre actualité. À lire de toute urgence !

#PLIB2020 Les héritiers d’Higashi #1 Okami-Hime – Clémence Godefroy

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Okami-Hime est le premier tome de la saga des héritiers d’Higashi écrite par l’autrice française Clémence Godefroy. Publié aux Éditions du Chat Noir dans la collection Neko, vous trouverez ce titre au prix de 14.90 euros.
Ceci est ma 25e lecture pour le Printemps de l’Imaginaire francophone.
Ceci est ma 5e lecture pour le Mois de la Fantasy, il valide les catégories suivantes: un livre écrit par une femme, un livre écrit par un auteur francophone, une nouveauté de ma PàL et un livre avec une couverture bleue.

À Higashi, il existe plusieurs espèces de bakemonos qui prennent soin de vivre cachées depuis la fin de la grande guerre qui les opposa au clan Odai. Ces derniers règnent sans partage sur l’archipel depuis plus d’un siècle et c’est dans ce contexte que nous suivons l’histoire d’une série de personnages féminins. Ayané est une discipline de la Main Pure qui brûle de se voir confier une mission d’importance. Cela arrive quand on lui demande de protéger / surveiller une princesse otage de guerre, Numié Dayut. Une femme pas comme les autres, héritière d’un clan du Nord qui tient encore tête aux Odai.
Si l’intrigue principale se concentre sur Ayané et Numié, une intrigue parallèle se développe avec le personnage de Yoriko, une nekomata accro au jeu. Pour fuir ses dettes, elle va s’engager au palais et grimper les échelons jusqu’à devenir dame de compagnie. Cela permet au lecteur d’avoir un œil sur ce qui se passe là-bas et de comprendre davantage les tenants et aboutissants de l’univers sur un plan politique mais aussi social.

Un univers d’une grande richesse, donc. Clémence Godefroy exploite la mythologie japonaise avec brio et dépeint avec justesse cette ambiance toute nippone qui se ressent à chaque page du roman. Si elle n’a pas incorporé de lexique, cela ne se révèle pas gênant pour autant puisqu’elle prend la peine d’expliquer (et sans longueurs s’il vous plait) les différents termes en langue étrangère. Notez toutefois que je suis une habituée de ce type de littérature et que je consomme énormément de mangas, donc je manque peut-être un peu de recul là-dessus.

C’est toutefois justement la raison qui m’a fait dévorer ce roman: j’avais le sentiment de lire un manga. L’écriture maîtrisée de Clémence Godefroy permet d’aisément visualiser les différentes scènes, ce qui donne à son texte une dimension graphique dont je suis friande. Notez que ce qui est une qualité pour moi peut se transformer en défaut pour d’autres. Comme dans les mangas, les personnages paraissent parfois trop empreints d’émotions brutes, tout ce qui touche à la sphère sentimentale sera peut-être jugé comme trop passionné si pas illogique par certains mais là où ça me gêne dans les romans traditionnels, je n’ai eu aucun souci ici. Peut-être justement parce que je lisais Okami-Hime comme un manga plus que comme un roman.

Je le précise parce que, on ne va pas se mentir, il y a une romance assez présente dans le texte. Mais si elle a une certaine importance, elle n’éclipse pas non plus la totalité de l’univers pour s’épanouir. Au contraire ! Dans cette diégèse, ça colle. Et j’ai apprécié la justesse de l’autrice qui a su jongler avec les différents éléments de son roman pour trouver un bon équilibre. Outre le folklore et les évolutions de chaque protagoniste, Clémence Godefroy nous propose aussi de découvrir un morceau de société japonaise médiévale, principalement grâce à Yoriko, ce qui n’est pas dénué d’intérêt.

Quoi qu’il en soit, j’ai adoré ce texte dévoré presque d’une traite. J’ai du m’arrêter pour aller bosser mais je continuais sur mes pauses, avide de me replonger dans cet univers dont on s’imprègne si facilement. La passion de l’autrice pour le Japon se ressent au fil des pages et se transmet. Elle s’approprie cet univers si particulier à nos yeux occidentaux pour lui donner une identité propre et l’ensemble rend très bien.

Pour résumer, le premier tome des héritiers d’Higashi est une réussite. L’autrice emporte son lecteur dans un Japon médiéval et alternatif sur les traces des bakemonos. Dans un univers typé merveilleux et poétique comme un Ghibli avec une touche de peps et de modernité, Clémence Godefroy propose une intrigue tout public qui plaira aux aficionados de la culture nippone comme à ceux qui débutent car le texte reste, selon moi, très accessible. Je recommande chaudement ce roman et j’attends avec impatience de pouvoir lire la suite !

#PLIB2020 Les Nocturnes – Tess Corsac

Les-Nocturnes
Les Nocturnes est un one shot écrit par l’autrice française Tess Corsac. Publié chez Lynks Éditions, vous trouverez ce roman au prix de 16.90 euros.
Je remercie Bleuenn pour ce service presse et pour la jolie box pleine de goodies qui allait avec ! Que de belles surprises 🙂
Ceci est ma quatorzième lecture dans le cadre du Printemps de l’Imaginaire francophone.

Les Nocturnes est un roman narré à la première personne qui nous fait suivre le personnage de Natt Käfig, un jeune Rouge qui étudie à l’institut de la Croix d’iIf. Natt commence à prendre conscience qu’il lui manque des pans entiers de son passé et se retrouve embarqué au sein d’un groupe secret appelé « Nocturnes » dont le but est de dévoiler les mystères de l’endroit où ils sont, semble-t-il, retenus prisonniers.

J’aimerai en dire davantage mais ce serait spoiler des morceaux entiers de l’intrigue et je m’y refuse. Il faudra donc s’en contenter ! Je vais essayer de détailler ma chronique en évitant de trop vous en révéler.

Les Nocturnes est un roman intelligent et très actuel qui offre une notamment une réflexion approfondie sur la justice. Le texte remet en question les concepts de victime, de bourreau, comment il est facile de passer de l’un à l’autre, comment le système peut se montrer défaillant et frustrant, comment on peut être tenté de faire justice soi même avec les conséquences que cela implique. Bref, il met en scène la pluralité parfois douteuse de ce qu’on regroupe sous ce simple mot : justice. Je trouve qu’un roman comme celui là est très moderne et s’inscrit dans notre actualité. C’est un texte que j’aimerai faire lire à des jeunes pour les encourager à réfléchir dessus. Certaines scènes reprennent les débats qu’on peut entendre au quotidien à ce sujet et je n’ai pas pu m’empêcher de faire des liens avec, par exemple, les attentats terroristes. Notamment quand on juge tout un groupe sans vraiment chercher au delà des apparences, qu’on punit des innocents pour les crimes d’autres coupables ou certains coupables pour des crimes d’autres coupables en mettant tout le monde dans le même sac. Ça m’a sauté aux yeux mais peut être que j’interprète trop ?

Je vais mettre le paragraphe suivant en blanc car il contient une révélation du roman. Il suffit de passer votre souris dessus si vous désirez le lire. La suite de la chronique qui n’est pas caché ne contient aucun spoil. Tout à l’heure j’ai évoqué un profond développement sur la psychologie humaine et ça va vous paraître paradoxal avec ce que je dirai des personnages un peu plus bas mais bref, on y reviendra. Dans le texte, Natt apprend que les gens de l’institut n’ont pas volé leurs souvenirs mais qu’il a été volontaire pour une expérience de mnémochirurgie. Il commence donc à essayer de découvrir le pourquoi du comment, en s’investissant auprès du groupe des Nocturnes. Je ne vous dis pas pour quel résultat. J’ai trouvé que l’autrice mettait bien en avant tout le paradoxe de l’être humain et toute l’importance des souvenirs dans la formation de la personnalité d’un individu. Elle pousse le lecteur à se demander ce que lui aurait fait dans cette situation et surtout, à ne pas juger trop vite. core plus flagrant avec le personnage de Léo. Côté crédibilité psychiatrique, ça m’a parlé.

Dans quel genre littéraire se classe les Nocturnes? Difficile à dire… Tout au long de ma lecture, j’ai cru lire un texte contemporain mais en découvrant le dossier de Natt, j’ai lu des dates notées -46 donc de deux choses l’une: soit on est dans le passé et donc dans une sorte d’uchronie (quoi que légère) soit on est dans le futur. L’idée de mnémochirurgie et la présence de drones me ferait plutôt penser à un roman d’anticipation dans un futur pas si lointain mais tout aussi angoissant que notre présent.

Enfin, évoquons la plume de l’autrice. Tess Corsac use d’un style simple à la première personne. Les pages se tournent toutes seules mais Natt me semble plus témoin que protagoniste. C’est ce que j’ai voulu dire dans le paragraphe avant. L’autrice parle de psychologie d’une manière poussée mais ne développe pas suffisamment, selon moi, ses personnages. Parfois tout est trop rapide et pas assez intense sur les émotions. J’aime quand ça bouge mais là, il y avait trop d’ellipses pour permettre d’installer une tension palpable ou une empathie avec les personnages. J’ai tourné les pages avec curiosité sans être toutefois immergée dans le récit via les protagonistes. Une distance restait bien là, ce qui ne m’a pas empêchée de prendre du plaisir à lire ce roman. Simplement, j’ai été davantage touchée par les idées que par les différents héros qui sont d’ailleurs bien trop nombreux. Plus d’une fois j’ai confondu un prénom avec un autre, c’était frustrant.

Pour conclure, les Nocturnes fut une bonne lecture dans l’ensemble. À travers une intrigue simple mais pas manichéenne, ce roman propose une réflexion sur le concept de justice et développe avec justesse la complexité de la psychologie humaine. Si les protagonistes manquent un peu de profondeurs (je sais, ça parait paradoxal avec mon affirmation précédente ! ) et sont trop nombreux pour qu’on s’y attache vraiment, le style simple et rythmé de l’autrice donne envie de tourner les pages. On arrive à la fin sans s’en rendre compte ! C’est un livre que je recommande aux lecteurs qui aiment les romans d’anticipation.