#PLIB2020 : Les brumes de Cendrelune #1 le jardin des âmes – Georgia Caldera

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Le jardin des âmes
est le premier tome de la saga des brumes de Cendrelune écrite par l’autrice française Georgia Caldera. Publié chez J’ai Lu pour elle, vous trouverez ce roman au prix de 13.90 euros partout en librairie.
Je remercie les éditions J’ai Lu d’avoir offert l’epub dans le cadre du PLIB2020 !

Mon histoire avec Georgia Caldera est assez compliquée. J’avais commencé la lecture des Larmes Rouges dont tout le monde me vantait le contenu mais j’ai rapidement abandonné, agacée par l’héroïne. J’ai ensuite enchaîné avec Victorian Fantasy, un roman à l’univers superbe totalement gâché par une romance qui empêchait de l’exploiter correctement. L’autrice n’est pas dénuée de talent mais il est clair pour moi que je ne suis pas du tout son public cible. Quand son roman a été sélectionné parmi les finalistes du PLIB, j’ai grimacé, je dois l’admettre, pensant tenir un abandon potentiel. Pourtant, ça a au final été une agréable surprise malgré quelques défauts évidents.

De quoi ça parle ?
Céphise a 17 ans et rêve de se venger après la mort de ses parents, exécutés par l’Ombre – le bourreau d’Orion, l’Empereur-Dieu. Verlaine, lui, est le fils caché d’Orion et endosse un rôle lourd à porter pour ses épaules à demi-humaines. Ils vivent tous les deux à Cendrelune, royaume où les humains sont soumis aux Dieux et où leurs pensées sont épiées.

Un univers dystopique original.
Le roman prend place dans le royaume de Cendrelune, après une guerre qui a opposé les humains et menaçait de les détruire totalement, au point de mener à l’intervention des Dieux. Cette partie de l’histoire est encore assez floue, je le précise parce qu’on n’a pas de véritable certitude et je pense que cette genèse sera éclairée dans les tomes suivants. Ce royaume est dirigé par Orion, père des Dieux, une divinité capable (entre autre) de lire dans les esprits de ses sujets pour y trouver toute pensée séditieuse si bien qu’il produit chaque semaine une liste de ceux à exécuter afin de préserver la paix. L’autrice installe ainsi un climat de terreur efficace, d’autant que le roman s’ouvre sur l’arrestation des parents de Céphise et l’engagement forcé de son petit frère dans l’armée impériale.

Les dieux n’ont aucune réelle considération pour les humains et éprouvent le plus souvent du mépris pour eux. Ceux-ci travaillent dans des métiers pénibles pour des salaires de misère. La pauvreté règne mais tout crime commis peut valoir au criminel le statut de Rapiécié. Comme son nom le laisse sous-entendre, le criminel est condamné à perdre un membre ou plus (en fonction de la gravité de son acte), membre remplacé par un autre en métal, métal qui intensifie le contact mental avec Orion et permet une surveillance plus accrue. Comme vous vous en doutez, les Rapiéciés subissent rejet et discrimination pour leur condition.

Au sein de ce monde dystopique, la nature n’existe plus et les habitants ignorent même ce qu’est un animal, de l’herbe ou une pomme. Tout est synthétique, métallique, artificiel, aussi glacial que la pression subie au quotidien par les humains. Ce cadre angoissant est bien dépeint par l’autrice, je n’ai eu aucun mal à rentrer dedans et à trouver l’univers crédible.

Je précise à ce stade que je lis assez peu de dystopie car je n’apprécie pas spécialement ce genre littéraire. Du coup, pour moi, selon mes connaissances et mes goûts, cet univers est original mais j’ai lu à quelques reprises que certains le trouvaient classiques donc je préfère le préciser.

Un mélange des narrations qui induit quelques redondances.
Le roman se focalise sur deux personnages principal : Céphise et Verlaine dont les parties sont rédigées à la première personne. Toutefois, on retrouve également quelques chapitres du point de vue de deux autres personnages dont on suppose une importance à venir dans l’histoire : Proserpine et Lorien. Leurs chapitres à eux sont écrits à la troisième personne, choix que je questionne. Peut-être une volonté de distancier le « couple principal » des autres protagonistes ? C’est quand même assez dommage d’autant que le style de Georgia Caldera ne change pas du tout en fonction du personnage à qui elle donne la parole. Quel intérêt, du coup, d’opter pour une narration de ce type ? Je peux comprendre un choix comme celui-là quand l’autrice s’adapte à la psychologie et au parlé de son protagoniste sauf que ce n’est pas le cas ici, ce que je déplore vu que Céphise est une fille du peuple sans réelle éducation hormis pour son art musical. Difficile de concevoir qu’elle s’exprime comme un demi-dieu… Idem pour Lorien, un gamin de dix ans à peine, qui parle comme un adulte cultivé.

Céphise est une jeune fille de dix-sept ans qui n’a pas été épargnée par la vie. Au début de son adolescence, elle a vu ses parents se faire exécuter et a perdu un bras ainsi qu’une jambe en punition de leurs pensées séditieuses. Elle suit des cours à l’Académie des Arts, les Arts ayant une grande importance aux yeux des Dieux et son talent lui sauvera la vie. C’est du coup une personne pleine de haine, de ressentiments, qui s’est jurée d’éliminer Orion. En théorie, pour des pensées comme celles-là, elle aurait du mourir sauf qu’elle reste impunie sans savoir pour quelle raison. Rassurez-vous, on l’apprend au fil du roman.

Verlaine est un demi-dieu, onzième fils d’Orion, progéniture cachée car contre-nature (pas question de se mélanger avec les humains !). Doté un immense pouvoir utile à son père, il est son exécuteur des basses œuvres et souffre énormément au quotidien sur un plan moral. Il se questionne sans arrêt, n’a aucune estime pour lui-même, subit le rejet de la part des autres enfants de son père… Bref c’est un personnage torturé mais assez crédible dans ses tourments, du moins jusqu’à ce qu’il rencontre Céphise. À partir de là, ça vire un peu nœud-nœud mais je vais y revenir.

Proserpine est une humaine, du moins on l’imagine même si elle est douée d’un pouvoir lui permettant de voir le futur ainsi que son évolution en fonction des actions de chacun. Elle est enfermée d’une façon assez odieuse par Orion qui, on l’apprend vers la fin quoi qu’on le devine si on a deux neurones connectés, se sert d’elle pour un dessein plus grand.

Enfin, Lorien est un enfant du peuple, orphelin abandonné qui se retrouve entrainé dans un début de révolte et sera puni pour cela. Les chapitres de son point de vue permettent de donner une dimension supplémentaire au texte qui est plutôt bienvenue ainsi que de garder un œil sur ce qui se fait en dehors du Palais à partir du moment où Céphise y est infiltrée.

Ces personnages sont parvenus à m’intéresser bien que Céphise et Lorien moins que les autres. J’ai tout de même apprécié les efforts de nuance de la part de l’autrice qui construit des protagonistes en souffrance assez crédibles (hormis pour Céphise encore une fois mais je crois que je n’accrocherais jamais aux héroïnes féminines de Georgia Caldera) Tout n’est pas blanc ni noir et il y a clairement un aspect malsain dans les relations, surtout dans celle entretenue par Céphise et Verlaine. Parce que, bien entendu, une relation se créé. Céphise le hait pour la mort de ses parents et lui la rencontre par le plus grand des hasards en découvrant que « quelque chose » les lie, quelque chose de surnaturel qui sent le deus ex machina au sens propre du terme. Vous me direz, dans un roman avec des Dieux, on peut à la rigueur l’excuser sauf que… À voir le développement dans les tomes suivants. Je ne sais pas trop quoi en penser. Pendant ma lecture, cela ne m’a pas dérangé toutefois en réfléchissant après coup, j’ai quand même grimacé. On ne peut d’ailleurs pas, selon moi, parler de romance à ce stade et je me demande même pour quelle raison il est classé dans la collection « J’ai lu pour elle ».

Je dois aussi avouer avoir passé quelques pages parce que le roman souffre de répétitions à cause justement des choix narratifs de Georgia Caldera. À chaque fois que l’autrice change de point de vue, elle remonte un peu en arrière pour donner l’impression du personnage concerné sur les évènements qui viennent de se dérouler et ce de manière systématique. Du coup on a chaque fois quatre ou cinq pages (format epub) de redondances diverses et variées qui n’apportent rien en plus de prendre le lecteur par la main. Dommage !

Une intrigue classique mais intéressante.
Dans ce premier tome, Georgia Caldera s’inspire de la traditionnelle quête de vengeance d’une adolescente malmenée par la vie dans un univers dystopique maîtrisé. On sent venir certains rebondissements toutefois je ne me suis pas ennuyée un seul instant, curieuse de découvrir jusqu’où l’autrice irait avec son concept et ses protagonistes. Comme je l’ai dit, le jardin des âmes est un premier volume, il pose des bases qu’il sera nécessaire d’approfondir par la suite et se termine sur un gigantesque cliffhanger qui laisse le lecteur sur sa faim. Si vous pensez être le public cible et apprécier ce roman, je ne peux que vous conseiller d’acheter les deux premiers tomes d’un coup parce que couper à cet endroit-là… C’est cruel et vraiment limite parce que ça m’a personnellement donné l’impression d’avoir seulement la moitié d’un roman entre les mains. Je sais qu’il faut bien choisir un endroit où couper dans les sagas mais bon… Bref, c’est mon sentiment personnel.

La conclusion de l’ombre :
Le jardin des âmes est le premier tome d’une saga dystopique prometteuse où Georgia Caldera met en scène des personnages torturés par la vie sous l’égide de Dieux assez cruels. Malgré son classement dans une collection romance, je ne trouve pas que ce roman soit à mettre en premier lieu dans ce genre littéraire et cela peut induire des lecteurs en erreur -comme ça a été mon cas. Pour ma part ça a été une plutôt bonne surprise au final puisque je n’apprécie pas la romance mais cela rebutera peut-être justement les personnes en quête d’une histoire collant aux codes de ce genre littéraire. Malgré quelques redondances et défauts de style, j’ai passé un agréable moment en compagnie de Céphise et Verlaine et je suis contente d’avoir finalement lu ce roman pour le PLIB car je ne l’aurais jamais ouvert autrement.

D’autres avis : Light And SmellLivraisons LittérairesLes tribulations de Miss ChattertonYuyineLes livres de roseSometimes a bookMuffins and books – vous ?

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#PLIB2020 : mes laborieuses lectures de Félines & la cité des chimères

Bonjour à tous !

Voici aujourd’hui un article un peu particulier. Comme vous le savez, je fais partie du jury pour le PLIB2020 ce qui implique l’obligation de lire les cinq romans désignés comme finalistes. Je l’ai déjà dit, j’ai été assez déçue des choix finaux à l’exception de deux titres lus précédemment sur le blog (Mers Mortes et Je suis fille de rage). Les trois autres ne m’inspiraient pas grand chose entre une maison d’édition inconnue au bataillon, une autrice déjà lue auparavant avec laquelle je n’avais pas trop d’atomes crochus et enfin un roman à la couverture vraiment peu avenante en plus d’un résumé pas terrible. C’est le jeu, je me suis lancée et parmi ces trois lectures, une seule a finalement été une bonne surprise. Et pas celle que je pensais.

J’ai donc décidé d’écrire un billet groupé au sujet des deux autres romans parce que je suis obligée de produire une chronique, même si j’ai abandonné le livre en cours de route -ce qui a été deux fois le cas. Vous le savez, c’est quelque chose que je n’aime pas du tout faire sur le blog mais voilà, ce sont les règles donc je m’y plie. Puis je vous avoue que j’ai quand même quelques trucs à dire, surtout sur Félines, et faut que ça sorte.

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La cité des chimères
– Vania Prates (SNAG)
Je ne connaissais ni l’autrice ni la maison d’édition, je partais donc sans a priori (même si j’admets être frileuse de découvrir une nouvelle maison que je n’ai jamais croisé en salon alors que j’en fais quand même pas mal) et sans rien attendre même si le résumé ne me branchait pas plus que cela.

Malheureusement, j’ai assez rapidement compris que je n’allais pas accrocher avec le style d’écriture de l’autrice. Pas qu’il soit mauvais en soi, il ne colle juste pas à mes goûts. Je l’ai trouvé sans âme, je n’ai pas ressenti la moindre magie et ne suis pas parvenue à m’intéresser au contenu du roman. Il faut dire que la cité des chimères commence avec une longue exposition où l’autrice nous balance les règles de son univers directement, ce qui entraine des longueurs déplaisantes dés les premières pages. Du coup je dois avouer avoir trainé des pieds pour arriver à 10% et j’ai ensuite préféré abandonner ma lecture malgré les très bons retours lus chez pas mal de jurés.

Je rate peut-être quelque chose et j’espère que l’autrice ne m’en voudra pas d’avoir éprouvé cela envers son roman. Je ne remets pas son travail en question, je pense juste ne pas être le public cible et manquer de patience. Il y a un an ou deux, j’aurais été au bout malgré tout mais plus aujourd’hui car je me tiens à mes résolutions. Je veux que mes lectures soient de bons moments, pas des contraintes qui provoquent des pannes parce que « je dois le lire ». C’est donc un premier abandon qui remonte tout de même au mois de janvier ou février. J’attendais un peu pour voir si l’envie de reprendre viendrait mais ce n’est pas le cas.

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Félines
– Stéphane Servant (Le Rouergue)
Il a suffit de deux lignes à ce roman pour me donner envie de le refermer. J’ai profondément détesté la narration employée avec cette fille inconnue qui m’interpelle, moi lectrice, pour me donner son témoignage avec des mots maladroits justifiés par son âge. Et encore, je dis justifiés par son âge sauf que c’est assez condescendant vis à vis des adolescentes qui sont capables de s’exprimer correctement, en réalité. La prof en moi a eu du mal à se contenir toutefois j’ai quand même tenu 56 pages avant de jeter l’éponge. Qu’est-ce que c’était long bon sang… Et agaçant. En fait c’est mon énervement qui m’a permis d’aller jusque là avant que le bon sens ne me dicte d’arrêter la torture.

Sur ce laps de temps, l’auteur nous balance des adolescentes clichées et sans profondeur, des stéréotypes tellement énormes que j’ai pas arrêté de rouler des yeux. Je suis une femme, mon adolescence ne remonte pas à si loin alors pitié… C’est quoi ça ? Sans rire… Je sais que les filles peuvent se montrer cruelles, attachent beaucoup d’importance au culte de l’apparence -surtout dans cette période de notre vie où nous sommes si influençables. N’empêche, quand on voit ce qui se passe en cours de natation, jamais un prof n’aurait laissé passer ça dans les écoles que j’ai fréquenté (en tant qu’élève ou prof). C’est quoi ce délire ?

Mais mettons, à la limite, je pouvais encore accepter cette possibilité parce que je sais que tous les enseignants n’ont pas forcément à cœur de bien faire (hélas) et que certaines ados sont vraiment des monstres. Sauf que ça ne s’arrête pas là… La cerise sur le gâteau ça a été la vidéo vue par Louise où une fille se fait lapider en public parce qu’elle a des poils sur le corps. Pas trois poils et demi hein, plutôt version loup-garou, mais quand même. C’est tellement improbable au 21e siècle ! Pourtant je suis la première à dire qu’on vit dans un monde cruel mais là, l’auteur pousse son idée trop loin, trop dans l’absurde, surtout au tout début de cette épidémie où on ignore encore tout à son sujet. De plus, il existe une maladie appelée hypertrichose qui consiste en l’apparition d’une pilosité envahissante sur une partie ou la totalité du corps et qui frappe autant l’homme que la femme. Une maladie qu’on connait depuis au moins le 14e siècle puisqu’on a des cas célèbres recensés… Donc bon…Ces inconnus qui croisent cette fille pleine de poils ne la connaissent pas depuis sa naissance et ne sont pas supposés savoir qu’elle n’en est pas atteinte. Qu’on la regarde de travers, je veux bien. Qu’on lui balance quelques insultes aussi. Mais qu’on la lapide ? Faut arrêter.

Et oui, il existe des pays où la lapidation se pratique de nos jours mais ironiquement, ces pays offrent justement des vêtements capables de dissimuler le problème rencontré par les Félines. C’est un peu paradoxal du coup, non ? Et si la vidéo se déroule en Europe, comment peut-on imaginer qu’une telle chose puisse se produire sans que personne n’intervienne, pas même la police ? On a des exemples de violence au quotidien, je suis d’accord, mais on en a aussi de gens qui ont le courage de réagir. Du coup, je n’y ai pas cru un seul instant et la lecture m’énervait un peu plus à chaque page. La base de l’écriture de fiction, c’est quand même d’offrir un cadre suffisamment crédible pour que le lecteur se dise « oui, ça peut arriver ». Ici, l’auteur proposait une mise en place trop grossière pour que cela fonctionne avec moi.

Pour ne rien arranger, j’ai trouvé Louise détestable et sa façon de s’exprimer en racontant sa vie dans le désordre manque vraiment d’intérêt. Je n’ai ressenti aucune empathie pour elle ni le moindre intérêt pour ce qu’elle avait à raconter.

Ça m’énerve de devoir démonter ce roman avec des mots aussi durs toutefois quitte à devoir m’exprimer pour le prix, je préfère me montrer honnête. En l’état, j’ai du mal à comprendre que ce texte ait pu être publié par un éditeur et qu’on le destine à un public ado. Alors vous me direz que je n’ai lu que 56 pages, que tout s’éclaire par la suite, qu’en fait il ne voulait pas exprimer tout ça et peut-être que c’est vrai. Raison pour laquelle il faut prendre ce billet avec du recul car je n’ai pas terminé le livre. Peut-être que j’ai jugé ce roman trop rapidement. Sauf que, désolée, pour moi, un roman se travaille dans son ensemble, pas juste certaines parties. Rien que l’introduction, j’ai du me faire violence alors que je n’ai pas de soucis à ce qu’un personnage brise le quatrième mur (je suis archifan des comics Deadpool par exemple). C’est simplement la manière de faire, cette répétition, cette insistance. Rien ne m’a inspiré une quelconque sympathie ou le moindre sentiment positif.

Notez toutefois que je trouve ça positif qu’un auteur parle de bodyshaming, de cette pression sociale qui pèse sur la femme au niveau de son apparence, des poils, etc. Les thématiques sont très importantes et justement, j’aurais voulu un meilleur cadre, plus subtil, plus crédible, pour donner une véritable force au propos. Après, je suis l’une des seules -il me semble- à avoir détesté à ce point et je ne suis pas le public cible de ce texte, donc mon retour est à prendre avec des pincettes.

La conclusion de l’ombre :
Le PLIB est un prix que j’apprécie beaucoup pour son engagement et pour son équipe au top, toutefois je ne suis pas certaine de réitérer l’expérience l’année prochaine. Je ne prends plus de plaisir à découvrir des romans imposés par d’autres. C’est peut-être triste mais voilà, je sais ce que j’ai envie de lire, je sais quand moi j’ai envie de tenter des nouveautés, de prendre des risques, je veux rester maîtresse de ce que je lis. Mes goûts littéraires s’éloignent de plus en plus de ceux des autres jurés du coup ça ne risque pas d’aller en s’arrangeant. De plus, à mon sens, il y avait d’autres romans bien meilleurs qui méritaient de prendre la place de ceux-ci, en particulier la place de Félines. Je suis frustrée, je ressens un certain agacement et j’espère ne plus jamais avoir à me plier à écrire ce type de billet.

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Oui je termine par un gif de Sheldon parce que je n’avais aucune idée de comment conclure cet article autrement et que c’est toujours sympa un gif de Sheldon.

#PLIB2020 – mon vote pour les 5 finalistes

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Bonjour tout le monde !
Le temps a passé à une vitesse folle. On arrive déjà au moment clé où il faut voter pour les 5 finalistes et je n’ai malheureusement pas pu tenir ma résolution de lire les 20 sélectionnés pour voter en toute objectivité. J’ai essayé mais voilà, entre temps, j’ai commencé un nouveau boulot et j’ai pris des décisions concernant mes lectures ainsi que ma PàL. Je n’avais pas envie d’acquérir les deux romans dont les éditeurs n’ont pas offert l’epub parce qu’ils ne me branchaient pas plus que cela (je les achèterai seulement s’ils sont dans les finalistes) et certains résumés ne m’intéressaient absolument pas. J’ai quand même lu le début de plusieurs titres mais j’en ai aussi abandonné un certain nombre parce que je n’accrochais pas au style ou au postulat de départ. Je pensais avoir plus de difficultés que cela à choisir, pourtant ça s’est joué entre six romans seulement. J’étais totalement sûre de voter pour quatre d’entre eux et j’hésitais entre les deux derniers. Ça a été un crève-cœur mais c’est le jeu.

Sans plus attendre, voici mes votes :

11
Magic Charly #1
– Audrey Alwett (Gallimard)
Sans grande surprise, j’ai voté pour Magic Charly parce que ça a été un énooooooorme coup de cœur. Alors oui, c’est une grosse maison d’édition et oui, l’autrice n’a franchement plus rien à prouver mais à mon sens, ce ne sont pas des arguments recevables (d’ailleurs ça m’agace quand je les lis :’) ). J’ai envie que davantage de gens connaissent cette saga et je n’ai pas hésité une seconde à voter pour. Je savais depuis le départ qu’elle serait dans mes finalistes.

17
Thorngrove – Cécile Guillot (Lynks)
Thorngrove a été une grosse surprise pour moi et dans le bon sens du terme. Je ne suis pas hyper fan du young adult (à force, vous connaissez la chanson) et il est rare que l’aspect horrifique prenne bien sur moi dans les romans que je lis. Pourtant, Cécile Guillot a réussi cet exploit et en prime, elle n’a mis aucune romance dans son texte. Alors ça peut paraître bête mais personnellement, j’en ai ma claque des histoires d’amour, comme si c’était obligatoire pour avoir une bonne intrigue ou pour être heureux dans la vie. Rien que pour ça, je trouve que ce roman mérite de figurer dans les finalistes. En plus du fait qu’il s’agisse d’un bijou, évidemment.

10
Mers Mortes – Aurélie Wellenstein (Scrinéo)
Décidément, on retrouve souvent cette autrice dans les sélectionnés du PLIB et c’est tant mieux parce que j’aime son travail. Je n’étais pas trop emballée par le Dieu-Oiseau (en même temps je compare tous ses titres au Roi des Fauves xD du coup il part de base avec un handicap) par contre j’ai adoré Mers Mortes qui a beaucoup de qualités. Déjà, son message écologique très important. Ensuite, son intrigue avec des pirates (désolée mais les pirates c’est cool, voilà) dans un univers très original avec une vraie idée de départ. J’ai très envie qu’il soit davantage connu.

6
Les héritiers d’Higashi #1 – Clémence Godefroy (Chat Noir)
Quand j’ai vu ce roman passer dans les vingt sélectionnés, je savais que j’allais voter pour. Je me rappelle avoir passé un excellent moment avec ce texte très imprégné de culture nippone et de légendes asiatiques. Évidemment, c’est un roman davantage à la portée de ceux qui s’y connaissent un peu car il manque éventuellement un lexique (j’ai souvent vu passer cette remarque bien qu’elle ne soit pas valable pour mon cas) mais je me suis éclatée et le tome 2 est une des sorties que j’attends avec le plus d’impatience cette année.

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Les lames vives #1 – Ariel Holzl (Mnémos)
J’ai lu et adoré tous les romans de cet auteur. Pourtant, ils sont tous différents et il n’y a rien de plus éloigné des Sœurs Carmines que les Lames Vives ! Mais voilà, son intrigue a fonctionné avec moi qui n’aime pourtant pas la dystopie. J’ai retrouvé la patte et le talent d’Ariel Holzl, talent que j’ai envie de mettre en avant même s’il a déjà été reconnu. Alors à ce stade, je dois vous dire que j’ai hésité entre ce texte-ci et Je suis fille de rage. Si j’ai finalement opté pour Ariel, en dépit du fait qu’il a déjà gagné une édition du PLIB, c’est parce que j’ai passé un meilleur moment avec ce roman. Comprenez moi bien, le texte de Jean Laurent Del Socorro est de grande qualité (je vous le recommande d’ailleurs) mais il lui manquait ce petit truc en plus, cette petite touche de magie qu’Ariel a dans les doigts et qui m’éclate à chaque fois que je le lis.

Voilà, je croise les doigts et j’attends le 22 février avec une impatience mâtinée d’angoisse. Les discussions sur Discord ne permettent pas vraiment de dégager des favoris et j’ai du coup peur de ce que ça va donner. Il y aura évidemment un article dédié à l’annonce dés qu’on en saura plus ! Restez connectés.

Et vous, pour qui avez-vous voté ? Pour qui auriez-vous voté si vous participiez ? 🙂
Découvrez la liste des 20 sélectionnés pour me répondre plus aisément !

#PLIB2020 Le Phare au Corbeau – Rozenn Illiano

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Le Phare au Corbeau
est un roman fantastique écrit par l’autrice française Rozenn Illiano. Édité chez Critic, vous trouverez cet ouvrage au prix de 20 euros.
Je remercie les éditions Critic pour avoir offert l’epub aux membres du jury du PLIB 2020. C’est dans ce cadre que je le découvre.

Agathe et Isaïah exercent la profession d’exorcistes. Ils se complètent puisque Agathe peut voir les fantômes, invisibles à son partenaire, tandis qu’Isaïah dispose des connaissances théoriques nécessaires à la pratique de leur art. Via le réseau social des sorciers, ils apprennent que le domaine de Ker ar Bran (en Bretagne) est hanté et qu’il faut déloger le fantôme qui squatte la future maison d’hôtes de Léna et Thomas. Rien de bien compliqué, à première vue. Mais une fois sur place, les choses se corsent.

Le Phare au Corbeau est écrit à la première personne, du point de vue d’Agathe. Agathe est un personnage auquel je me suis immédiatement attachée : elle souffre du syndrome de l’imposteur à cause de ses pouvoirs incomplets, elle est déprimée, intériorise ses émotions et essaie d’avancer malgré les difficultés de la vie. Sa famille l’a rejetée à cause de ses pouvoirs et elle a eu la chance de rencontrer celle d’Isaïah, composée de personnes dotées de dons surnaturels qui n’ont pas hésité à l’adopter. Cela permet à l’autrice de rappeler que si on ne choisit pas sa famille biologique, on peut s’en trouver une meilleure d’adoption et que même si le monde parait noir, il y a probablement une lueur quelque part. Des principes simples qu’il est bon de rappeler parfois.
Je n’ai eu aucune difficulté à comprendre Agathe et à ressentir de l’empathie pour elle. C’est très agréable de suivre une héroïne qui ne gère pas du début à la fin ou qui se découvre comme par miracle un pouvoir qui va la sortir de la mouise. Agathe est telle qu’elle est et doit vivre avec, un choix fort de la part de l’autrice auquel j’adhère totalement. C’est, à mes yeux, la vraie force de ce roman.

Autour d’Agathe gravite une galerie de personnages plus ou moins intéressants mais on retiendra surtout ceux qui ont droit à leurs propres chapitres. En effet, à plusieurs reprises, l’autrice revient dans le passé en montrant des morceaux de l’histoire du domaine de Ker ar Bran et de ses habitants, cassant la narration à la première personne (bien que les révélations finales permettent de nuancer cette affirmation mais loin de moi l’envie de vous divulgâcher quoi que ce soit). Ainsi, le lecteur suit Théophile, un vieil homme de la ville qui a emménagé dans ce petit village en 1921 après avoir racheté le manoir réputé maudit. Théophile est un chercheur, un universitaire passionné par le surnaturel dont il essaie de prouver l’existence. Il travaille sur son propre livre, un essai comprenant pas mal de théories différentes un peu obscures à la lecture autant pour nous lecteur que pour Agathe quand elle s’y plonge. Est-ce vraiment le hasard qui le pousse à se porter acquéreur d’un manoir hanté? La lecture du Phare au Corbeau répondra à cette question. Théophile n’est pas le seul personnage à avoir droit à des chapitres dans le passé. L’autrice développe également Gwennyn, une jeune fille qui vivait là-bas en 1839 et semble détenir quelques pouvoirs surnaturels. Une nouvelle pas spécialement bonne pour l’époque, surtout quand on n’est pas très riche et qu’on a des envies de liberté.

L’intrigue entière tourne autour de Ker ar Bran et de sa malédiction. Concrètement, l’histoire racontée reste assez classique et exploite les topiques du genre. Je n’ai pas été surprise par les révélations amenées au fil du roman et j’en avais deviné certaines, tout comme j’ai senti venir la fin cent pages avant d’y être. Pourtant, ça ne m’a pas fondamentalement gênée parce que ce roman remplit son rôle de bon divertissement. Je ne sais pas précisément à quoi ça tient, je l’ai simplement ressenti ainsi. L’ambiance posée par l’autrice est plutôt crédible, de même que les réactions de ses personnages à l’exception de certaines scènes dans le passé qui me paraissaient parfois un brin forcées. Le phare au corbeau a le mérite de nous rappeler que classique n’est pas synonyme d’ennuyeux. Ç’aurait été encore mieux sans l’aspect répétitif de certaines scènes (notamment les exorcismes) et si l’autrice ne prenait pas un peu trop son lecteur par la main. Je suis plutôt naïve quand je lis mais comme je l’ai signalé, j’avais deviné une partie de la fin ce qui m’arrive rarement. Dommage !

Pour résumer, le Phare au Corbeau est un bon divertissement dans le genre fantastique qui plaira aux adeptes mais séduira plus probablement les novices. L’héroïne change des personnages qu’on a l’habitude de côtoyer dans cette veine littéraire et c’est très plaisant. Malheureusement, l’intrigue a manqué pour moi de surprise et j’ai par moment ressenti quelques longueurs, ce qui ne m’a toutefois pas empêchée d’aller jusqu’au bout. Je ne pense pas que ce roman figurera dans mes finalistes pour le PLIB mais j’ai été contente de le découvrir.

#PLIB2020 Je suis fille de rage – Jean Laurent Del Socorro

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Je suis fille de rage
est un one shot fantastique écrit par l’auteur français Jean Laurent Del Socorro. Publié chez ActuSF dans une belle édition à couverture cartonnée et reliée, vous trouverez ce texte au prix de 23.9 euros.
Je remercie Gaëlle, Jérôme et les éditions ActuSF pour ce service presse.

Je suis fille de rage est un roman découpé en cinq parties, une pour chaque année que dure la guerre de Sécession. Le lecteur suit de nombreux personnages dans les deux camps et côtoie même la Mort en personne au fil de ce conflit dont on a tous entendu parler mais dont on sait en réalité peu de choses.

Difficile de résumer autrement et d’une meilleure manière ce texte qui est un véritable roman choral. Jean-Laurent Del Socorro propose une narration à la première personne en variant chaque fois les points de vue. Des en-têtes de chapitre avec des métaphores nous permettent de comprendre qui nous suivons (bien que ça demande un effort de mémorisation parce que les personnages sont vraiment nombreux). Ces chapitres, l’auteur les veut courts, percutants, efficaces. Il alterne une intrigue romancée avec des documents officiels, existants, avec une traduction personnelle. Ces textes sont autant de communiqués de presse (pour se rendre compte à quel point l’honnêteté journalistique, c’est subjectif), des échanges officiels que des correspondances privées entre de fameux généraux et leurs épouses ou enfants. Le roman s’ouvre d’ailleurs sur une petite notice explicative qui aide vraiment à s’y plonger pour comprendre les codes utilisés. Il se termine sur une notice bibliographique qui nous montre à quel point Jean Laurent Del Socorro s’est investi dans ses recherches.

C’est d’ailleurs la première grande force du roman, cette minutie, cette crédibilité, induites toutes les deux par des documents pertinents et un déroulé clair des affrontements auxquels le lecteur assiste. Quand je dis assiste, je dois nuancer. Les batailles sont soit éclipsées, soit vécues du point de vue d’un simple soldat qui n’y comprend pas grand chose, qui suit les ordres, qui a un objectif final et essaie surtout de sauver sa vie. En s’intéressant aux Généraux mais aussi aux simples soldats, l’auteur parvient à brosser un portrait terriblement humain de ce conflit. On croise parfois des personnages quelques lignes, le temps de les voir mourir, souvent bêtement. Personne n’est épargné et le lecteur ne peut pas rester indifférent devant ces évènements qui tendent vers l’absurde. Surtout quand il se rend compte qu’à de nombreuses reprises, une autre décision prise par une autre personne aurait pu permettre à ce conflit de causer bien moins de victimes. C’est frustrant.

Ne vous attendez pas à trouver un roman de l’imaginaire comme on le conçoit habituellement. Il y a bien ici une pointe de surnaturel, à travers le personnage de la Mort qui échange avec Lincoln et s’incarne comme une espèce de conscience. On la recroise à certains autres moments du récit, ce qui apporte toujours un petit peps narratif. J’ai beaucoup aimé cette idée. Son décompte à la craie apporte une violence subtile, une réalité terrible à cette guerre pour le Président qui ne la vit pas directement. Impossible de réduire les morts à de simples chiffres… Glaçant. Brillant.

Comme je l’ai dit, Je suis fille de rage n’est pas le genre de texte qui laisse indifférent, qu’on soit ou non des spécialistes de cette période. Personnellement, je ne connaissais rien du tout sur cette guerre hormis ce que j’ai pu en entendre dans des séries télévisées. J’ai donc découvert avec grand plaisir les tenants et les aboutissants des affrontements, rencontré quelques batailles célèbres, quelques militaires dont l’Histoire a retenu le nom mais ce qui m’a surtout marqué, finalement, c’est l’équilibre subtil trouvé par l’auteur entre transmission historique et Histoire romancée. Jean Laurent Del Socorro apporte ses propres personnages en plus de ceux laissés par l’Histoire et parvient à brosser une multitude de profils : des hommes, des femmes, des Blancs, des Noirs, des unionistes, des confédérés, des observateurs extérieurs. Il ne se concentre pas que sur les affrontements mais aussi sur leurs conséquences, sur la maladie, sur les pertes, sur le découragement, sur la vie et sa fragilité. Finalement, ceux qui survivent ont surtout eux plus de chance que leur voisin… C’est délicieusement cynique.

Petit point de détail, j’ai lu cet ouvrage en numérique mais j’ai eu l’occasion de feuilleter l’objet-livre en librairie. Il est fabuleux. Si vous n’avez pas encore tous vos cadeaux pour ce soir ou que vous avez envie de faire plaisir à un(e) lecteur(rice) c’est vraiment l’idéal. La seule chose que je regrette, ce sont les coquilles encore présentes dans le texte mais rien qui ne résistera à une relecture pour un second tirage, tirage que je ne doute pas de voir arriver tant Je suis fille de rage mérite de connaître un beau succès. Ce texte m’a vraiment convaincue et il a de grandes chances de figurer dans ma sélection des cinq pour le PLIB 2020.

Pour résumer, Je suis fille de rage est une véritable réussite. Jean Laurent Del Socorro nous parle avec justesse de la guerre de Sécession en trouvant le bon compromis entre devoir de mémoire et intrigue romancée. Ce roman n’est pas juste un livre sur la guerre, c’est aussi -et surtout- un ouvrage sur l’humain porté par des chapitres courts d’une redoutable efficacité. Je recommande très chaudement ce texte que j’ai pris un immense plaisir à découvrir !

#PLIB2020 Rouge Sang et Noir Corbeau #1 – L’apprentie faucheuse – J. Robin

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L’apprentie faucheuse
est le premier tome du diptyque Rouge Sang et Noir Corbeau écrit et illustré par l’autrice française J. Robin. Publié au Héron d’Argent, vous trouverez ce roman au prix de 20 euros.
Je remercie le Héron d’Argent pour ce service presse dans le cadre du #PLIB2020.

En 1850, Amélia Pratt est une jeune domestique qui n’a rien de particulier. Elle meurt assassinée pour renaître dans le rôle de Red Death, la petite faucheuse chargée de récupérer les âmes des meurtriers. Elle commence par celle de l’homme à qui elle doit la mort, Rain, et en fait son esclave dans le rôle d’Ankou. Son rêve dans la vie? Devenir Grande Faucheuse. Hélas pour elle, ça ne va pas être si simple…

Ce qui m’a vraiment marquée dans l’Apprentie Faucheuse, c’est son héroïne. Le personnage d’Amélia est vraiment détestable. Si on a de la compassion pour elle dans le premier chapitre, celle-ci disparaît rapidement à la lecture de la suite. De petite servante timide et maladroite qui n’a pas beaucoup de chance, on passe à une égoïste carriériste et sadique qui torture son meurtrier depuis 150 ans. Je ne l’ai appréciée à aucun moment après ça et c’est quand même un tour de force de réussir à me faire détester un personnage à ce point. Heureusement, la narration ne tourne pas qu’autour d’elle puisque J. Robin alterne les points de vue entre Amélia et Gabriel, son Ankou, que tout le monde surnomme Rain.

Ironiquement, c’est pour lui que je ressentais de la compassion. On comprend rapidement que ce n’est pas un mauvais gars, qu’il avait des raisons à ses actes et qu’il ne mérite certainement pas tous les abus dont il est victime. Le pire, c’est qu’il pourrait se justifier ou se défendre mais il garde le silence sur son passé et ses motivations, du moins face à Amélia. En tant que lecteur, on n’a pas encore les informations mais des indices laissent présager de bonnes explications. J’ai trouvé cela bien amené par l’autrice. La relation entre Amélia et lui est vraiment malsaine et j’ai trouvé l’idée plutôt originalz car on ne le voit pas souvent de manière aussi assumée. Moi, j’ai apprécié mais je ne suis pas sûre que ça soit le cas de tout le monde.

L’univers crée par J. Robin est plutôt sympa et n’aurait pas dénoté dans une série américaine pour adolescents. La mort est organisée comme une entreprise avec la grande faucheuse, les petites faucheuses, les fossoyeuses et les scribes. C’est une affaire qui roule où chaque petite faucheuse a sa spécialité. Elles doivent remplir une sorte de puits d’âme dont le score s’affiche sur un panneau et tous les 150 ans, une cérémonie dite « Mitclan » s’organise pour désigner la meilleure. En gagner 3 permet de devenir grande faucheuse. L’autrice a développé tout un folklore intéressant en empruntant à différentes cultures et qui réserve encore des surprises.

J’ai lu ce roman en ebook mais j’ai pu feuilleter la version papier qui est un très beau livre-objet. Non contente d’écrire, l’autrice illustre et elle le fait merveilleusement bien !

Malheureusement malgré ces points positifs, ce n’est pas un roman qui m’a séduite dans l’ensemble tout simplement parce que je n’appartiens plus à son public cible. Ce texte m’aurait éclatée quand j’étais ado mais aujourd’hui je trouvais l’intrigue assez prévisible et les personnages secondaires plutôt caricaturaux. De plus, j’ai rencontré un souci avec la narration sur deux niveaux. Le premier, c’est le ton avec lequel s’exprime Amélia dans le premier chapitre en 1850. Comme elle parle à la première personne, je n’ai pas trouvé son vocabulaire très crédible pour l’époque ni pour sa condition, mais bon, c’est un détail. Par contre, je n’ai pas compris pourquoi l’autrice avait choisi d’écrire les chapitres de Heaven à la troisième personne. Heaven est une semeuse qui arrive un peu après la moitié du roman et qui est ennemie d’Amélia, grosso modo. Se trouver de son point de vue permet d’apprendre quelques éléments sur le pourquoi d’un évènement (je ne vous divulgâche pas lequel) sauf que l’autrice la remet en contact avec Amélia par la suite. Elle aurait donc très bien pu introduire tout ça à ce moment-là au lieu de rajouter une troisième protagoniste. Et si elle y tenait, pourquoi ne pas conserver l’homogénéité de la narration à la première personne? En soi, ce n’est ni une erreur d’écriture ni une erreur éditoriale mais, sur un plan personnel, je n’ai pas trop apprécié ce choix qui m’a sortie de ma lecture.

Pour résumer, ces quelques points négatifs ne m’empêchent pas d’avoir passé un bon moment avec l’Apprentie Faucheuse, premier tome d’un diptyque (urban?) fantasy dont la suite arrive en mars de l’année prochaine. J. Robin livre un premier roman sympathique où elle se réapproprie le folklore de la mort de manière intéressante. Si son héroïne est détestable (à dessein, je pense) et que l’intrigue manque de surprise, ce roman se lit tout seul grâce au personnage de Gabriel / Rain, à la relation qu’il entretient avec Red Death et à un rythme narratif soutenu. On peut sans hésiter le qualifier de bon divertissement et parfois, on n’a pas besoin de plus.

#PLIB2020 Les Lames Vives #1 Obédience – Ariel Holzl

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Obédience
est le premier tome du diptyque des Lames Vives écrit par l’auteur français Ariel Holzl. Publié chez Mnémos sous le label Naos, vous trouverez ce roman au prix de 18 euros.
Je remercie Estelle et les éditions Mnémos pour ce service presse !

Les Lames Vives raconte l’histoire de six personnages différents dont les destins vont se croiser dans une fantasy orientale clairement dystopique, qui tourne autour de la thématique des luttes (au sens large du terme). Le lecteur découvre donc Gryff, Minah, Ellinore, Nazeem, Saabr et ???. Non, je n’ai pas oublié le dernier prénom, il n’a juste pas d’identité pendant la plus grande partie du livre.

Avant de vous évoquer plus en détail les personnages, je me dois d’esquisser l’univers où Ariel Holzl nous invite à évoluer. Dans un passé pas trop lointain, une révolte a eu lieu qui a permis aux anciens esclaves Muedins de devenir les maîtres. C’est ainsi que nait la république d’Obédience où les Haa’thi n’ont même pas le droit d’être des citoyens. Au passage, Obédience n’a de république que le nom… Je ne connais pas très bien l’histoire orientale mais ça m’a surtout évoquée la traite des Noirs, dans la manière dont on refusait à ce peuple les droits les plus élémentaires tout en les utilisant comme ouvriers ou domestiques. Les Haa’thi sont fondamentalement nécessaires à la société mais totalement écrasés par le joug des Muedins, en guise de revanche pour leur propre condition d’esclave par le passé. Concrètement, tout un peuple paie donc la folie tyrannique de quelques uns. Je m’explique: auparavant, certains Haa’thi possédaient un don d’Empathie. Ce don permet de contrôler les émotions et de lier à soi des personnes sous la contrainte. Vous sentez venir les abus? Bah vous n’avez encore rien vu.

Au sein de cette république, le gouvernement effectue des expériences et améliore certaines personnes pour créer une élite soldatesque. Il y a les Lames, considérées comme des chiens obéissants, des marionnettes mortelles et il y a les Magnites qui appartiennent à l’élite de la société. Les lames sont infectées au vif-argent et ont une espérance de vie d’une dizaine d’années, pour celles qui survivent à l’entrainement. Pour les Magnites, c’est un peu différent : ils possèdent des nanites en grande quantité qu’ils contrôlent à leur guise. Ici donc, pas de magie stricto sensu mais bien une forme de technologie avancée et plutôt bien inspirée. Comme le dit très bien l’auteur dans une interview donnée à ActuSF: la magie, c’est simplement la science qu’on n’a pas encore expliqué. Je paraphrase.

Dans ce tome, Ariel Holzl se concentre plus particulièrement sur les Lames. Via les personnages de Gryff et Saabr, on en apprend beaucoup sur leurs mœurs, leur entrainement, leur réputation monstrueuse… Tout ce qui touche aux Lames et à Obédience de manière générale m’a laissée avec un sentiment assez sordide. Cet univers est terrible et plus on le découvre, plus on se rend compte que l’auteur a encore des horreurs en réserve. Globalement, je l’ai trouvé plutôt dur et ça m’a plu. Si vous vous attendez à retrouver quelque chose de semblable aux Sœurs Carmines, abandonnez tout de suite vos prétentions. Ariel Holzl nous montre avec brio qu’il peut se distinguer dans plus d’un genre littéraire.

Au début du roman, Gryff « meurt » lors du sac d’un village ordonné par la République. Il demande une faveur à Saabr : celle de ne pas le laisser dans l’incinérateur et de plutôt jeter son corps dans l’océan. Celle-ci accepte et Gryff est retrouvé, agonisant, par Minah et Nazeem. Ces derniers sont des Haa’thi renégats qui vivent sur une cité flottante, dérivant elle-même sur ce fameux océan noir et pollué. Même si ce n’est pas clairement dit, on sent qu’il y a eu une catastrophe écologique à un moment donné et ça permet d’esquisser un futur possible pour notre propre monde. Ces gens, qui vivent dans la cité flottante nommée Pha’Rodia, sont considérés comme des hors-la-loi par la république et ils détestent les Lames. Ils auraient dû achever Gryff sauf que… Minah recherche désespérément sa sœur jumelle depuis des années. Cette dernier, prénommée Norah, a été enlevée par la République lors du sac de leur village et Minah refuse de croire à sa mort. Elle affirme qu’elle la sent en vie et cela justifie toute une expédition pour la capitale, afin de la retrouver. Je ne vous gâche rien, c’est vraiment le début du roman.

Vous me direz, Gryff est une Lame, c’est l’ennemi, il ne va jamais accepter de leur filer un coup de main. De fait… Mais Minah est une Empathe, une des dernières, et elle va le lier à lui, corrompant ses sentiments et son libre arbitre. Elle ne comptait pas aller aussi loin mais elle déclenche chez lui un simulacre de passion amoureuse, qui fait qu’il lui obéit en tout et avec plaisir. Oui c’est malsain. Et comme Minah n’a rien d’une garce, elle s’en veut – quoi qu’un peu tard. Pour rajouter du piment à tout ça, Nazeem est évidemment jaloux de Gryff et de sa relation avec Minah. Lui-même s’apprêtait à la demander en mariage quand ils l’ont trouvé dans l’eau et Minah n’a aucune idée des sentiments de celui qu’elle considère comme son meilleur ami. Vous sentez venir les problèmes ? Vous n’imaginez même pas encore à quel point.

Parallèlement à ce plan très foireux, le lecteur évolue aussi dans la capitale via Saabr qui va être affectée à la protection d’Ellinore pour le festival solaire. Les chapitres du point de vue de Saabr dépeignent un personnage sociopathe, brutal, que je trouve vraiment très réussi et qui m’a plu du début à la fin. Ma préférée, largement. Grâce à Ellinore, on en apprend davantage sur les Magnites et sur la façon dont les Haa’this sont considérés. Cela permet également de donner une autre dimension à l’intrigue puisqu’il y aurait un traitre parmi les Magnites, qui aiderait les Haa’this à échapper à la République (je ne vous dévoile pas en quoi, là ce serait du spoil). Ellinore et trois autres Magnites sont chargés d’enquêter là-dessus.

On ne va pas se mentir, l’intrigue est assez classique dans l’ensemble. Si elle ne révolutionne pas le genre, elle se suit avec plaisir. D’autant plus avec sa narration type chorale plutôt bien maîtrisée par l’auteur. Sans parler du monde imaginé par Ariel Holzl, complexe, référencé et original. Je ne suis pas du tout adepte de la dystopie, pourtant j’ai aimé l’ambiance dépeinte par l’auteur. Il ne se contente pas de présenter des monstres et des victimes. Tout le monde a sa part d’ombre et sa part de lumière. J’apprécie particulièrement l’absence de manichéisme dans un roman estampillé young-adult tout comme l’absence de romance-en-cinq-secondes-chrono (à base de oh tu es si belle / beau, j’ai envie de toi et je vais abandonner tous mes principes… Si vous voyez ce que je veux dire). Les relations entre les personnages sont très ambiguës et pas toujours (rarement… ok, jamais) saines, comme c’est souvent le cas dans la réalité. Ce roman se distingue par un fort aspect crédible qui m’a vraiment séduite… Hormis pour tout ce qui touche à Minah. Je n’ai vraiment pas accroché à ce personnage mais c’est un goût tout personnel. Elle représente typiquement la fille pénible qui fait tout de travers et ne réfléchit pas plus loin que le bout de son nez. Héroïne standard quoi. Nazeem la talonne de près dans le genre casse-pied pitoyable. On a envie de les secouer tous les deux (quand je dis secouer, j’ai plutôt envie d’envoyer Monsieur Nyx en fait) mais s’ils prenaient les bonnes décisions… Disons que le roman deviendrai un peu plat.

J’ai beau ne pas avoir aimé certains des personnages, Ariel Holzl m’a fait ressentir des émotions et je me suis investie dans ma lecture, ce qui ne m’arrive plus si souvent (hélas). Je prenais parti, j’avais envie de connaître la suite, de découvrir où il nous emmenait. Si certains éléments paraissent évidents au lecteur (depuis le départ je la sentais pas, cette Aubéline !), il n’en tourne pas moins les pages avec avidité pour arriver au cliffhanger final et au lot habituel des malédictions envers l’auteur à base de : « elle est où la suite ?! » (et donc, elle est où la suite?)

Pour résumer, ce premier tome des Lames Vives est pour moi une réussite. S’il n’a rien en commun avec les Sœurs Carmines sur un plan de l’univers, on retrouve tout de même le talent d’Ariel Holzl, sa plume mordante et ses personnages riches, des qualités parfaitement reconnaissables entre toutes. Obédience pose les bases d’un univers de fantasy orientale inspiré et on n’a qu’une envie : lire la suite. À découvrir sans une hésitation !

#PLIB2020 : les 20 sélectionnés – débriefing

Coucou tout le monde !

Samedi soir, nous avons eu le plaisir de découvrir quels romans étaient sélectionnés pour le PLIB. Pour rappel, je vous avais écrit un billet concernant ma propre sélection et j’ai eu envie de débriefer un peu avec vous sur les résultats finaux (même si je l’ai déjà fait en salon ce week end, faut que j’en parle pluuuuuuuus voilà parce que je vis le truc à fond). Alors attention, avant d’aller plus loin, je rappelle que mon avis ne concerne que moi et est purement subjectif ! Je partage avec vous mon ressenti, je ne me permettrais pas d’émettre un quelconque jugement de valeur ou de déprécier le choix de la majorité. Qu’on se le dise et que ce soit bien noté. Parce que le PLIB, c’est aussi et surtout découvrir de nouveaux auteurs dans de nouvelles structures 🙂

Sans plus attendre, voici les résultats:

Soit 7 romans de ma sélection initiale : Mers Mortes, les Héritiers d’Higashi, Magic Charly, Thorngrove, l’Apprentie Faucheuse, Je suis fille de rage et les Lames Vives. Je vous ai déjà donné une explication concernant mon vote donc je ne vais pas me répéter. Je suis évidemment ravie que ces titres soient dans les 20 sélectionnés et j’espère qu’ils iront plus loin bien qu’il n’y ait que 5 places pour la finale… Vous sentez déjà venir les dilemmes colossaux pour la suite ? ._.

Concernant mes déceptions générales :
– Il n’y a qu’un seul roman des Éditions du Chat Noir qui est parvenu à passer alors qu’il y en avait d’excellents dans la sélection. Je pense notamment au dernier Vincent Tassy et au roman de Marie-Lucie Bougon qui valent le détour. Ceci dit, je suis très contente concernant les Héritiers d’Higashi qui est un texte de qualité (japooooooon !!).
– Si je suis ravie que Thorngrove passe chez Lynks, j’aurai préféré voir le Garçon et la Ville qui ne souriait plus à la place des Nocturnes car si ce sont tous les deux de bons romans, je trouve que le Garçon et la Ville est porteur de messages plus forts et a un contexte plus intéressant, qui colle mieux à mes propres goûts. Toutefois je suis ravie que la maison d’édition soit si bien représentée !
– Aucun roman de Victor Fleury alors que ce sont des perles ! Injustice.

Concernant mes déceptions spécifiques :
– J’ai été surprise de voir les Noces de la Renarde dans les 20 sélectionnés puisque, de mémoire, beaucoup de jurés n’avaient pas apprécié Rouille plus que ça. C’était mon cas et j’ai très peur de lire ce roman même si a priori, il a tout pour me plaire ! Parce que c’était le cas de Rouille aussi… À voir donc. Je compte bien tenir ma parole et lire ce roman de Floriane Soulas qui, au demeurant, est une personne très sympa quand on la croise en salon. Je n’ai juste pas d’affinité avec son univers littéraire (et croyez moi, ça me frustre.)
Cendres ne me tente vraiment pas du tout si je me fie à son résumé qui parait déjà brouillon. J’ai très peur de le commencer mais là aussi, à voir !
– Je redoute de lire les Brumes de Cendrelune car mes précédentes expériences avec les romans de l’autrice n’ont pas été concluantes. Georgia Caldera écrit très bien, elle a de bonnes idées mais la romance passe toujours au premier plan et ce en dépit de l’univers, ce qui est frustrant. Lors de ma découverte de Victorian Fantasy, ça m’avait vraiment déçue vu la richesse que laissait entrevoir le monde esquissé. À voir donc. Peut-être que ce texte va me réconcilier avec l’autrice ?
– Je n’ai pas plus envie que ça de lire le Serment de l’Orage de Gabriel Katz. Pourtant, je n’ai eu que de bonnes expériences avec cet auteur mais les chroniques sur ce roman m’ont tellement refroidie… Je n’ai pas envie d’être déçue par lui ! Argh.

Et parce que je ne vais pas faire que râler :
– Comme je l’ai dit, je suis super heureuse de voir passer 7 romans de ma sélection ! Dedans, il y a même plusieurs coups de cœur que je vais défendre du mieux que je peux.
– Plusieurs titres m’intriguent sur base des résumés alors que je ne les aurai probablement jamais découvert sans le PLIB. Une bonne occasion à saisir et je l’espère, de bonnes surprises en perspective.
– La majorité des titres sélectionnés font l’objet d’un service presse de la part des maisons d’édition, ce que je trouve vraiment génial de leur part. Ça va me permettre de tenir mon engagement de lire les vingt romans et le tout, sans me ruiner avec des textes qui risquent de ne pas trop me plaire. Merci MILLE FOIS de jouer le jeu ♥

Je termine ce billet par une réflexion un peu plus personnelle en réaction à certaines discussions ou articles que j’ai pu lire.
Quand on s’engage en tant que juré(e) dans le PLIB, on s’attend forcément à ne pas voir que des titres qu’on connait déjà ou uniquement des maisons d’édition qu’on soutient. Sur le moment, j’ai ressenti de la déception mais avec du recul… Je suis plutôt heureuse. Heureuse que cette aventure existe et chanceuse d’y participer comme jurée. Il y a plusieurs maisons d’édition qui ont des romans sélectionnés dont je n’ai jamais lu un seul titre, comme SNAG par exemple ! C’est l’occasion de laisser mes préjugés et mes a-priori derrière moi. Évidemment, c’est plus facile à dire qu’à faire mais je suis sure que ça va m’enrichir sur un plan personnel et intellectuel. C’est ce que j’aime particulièrement dans cette aventure, d’ailleurs 🙂

J’en profite également pour remercier toute la super équipe du PLIB qui gère à 2000% et qui m’impressionne un peu plus chaque jour ♥

Et vous, que pensez-vous de cette sélection? 🙂

#PLIB2020 – ma sélection des 20

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Bonjour tout le monde !

Si vous me suivez sur les réseaux sociaux, vous savez que j’ai eu le plaisir d’être reprise dans le jury du PLIB2020. Arrive déjà le temps des premiers votes et la compétition est rude ! Il y avait en tout 124 romans sélectionnés. Le 16 novembre, il n’en restera plus que 20. Imaginez la pression sur nous, pauvres petits blogueurs…

L’avantage d’être à jour (ou presque) sur l’actualité littéraire francophone, c’est que j’avais déjà lu, disons, au moins la moitié des 124 titres sélectionnés. J’ai tout de même pris la peine de lire chaque résumé pour me faire une idée et de juger sur la qualité de la couverture, la façon dont l’éditeur le présente, tous ces petits détails qui sont centraux en librairie. Alors oui, peut-être que des perles se cachent derrière un résumé bancal et une couverture pas très soignée, j’en ai conscience, mais c’est le jeu. Je précise aussi avoir voté selon mes propres goûts. Après tout, c’est le but. Cela ne signifie pas que les autres romans sont nuls ou dénués d’intérêt 😉

Vous remarquerez aussi que certains auteurs se retrouvent deux fois. Les fautifs, à savoir Messieurs Fleury et Holzl, n’ont qu’à écrire de moins bons romans, voilà. Ils volent deux places potentielles mais j’ai beaucoup trop aimé les deux romans de Victor Fleury et totalement confiance en Ariel Holzl pour sa dernière sortie (que je reçois bientôt). Du coup, à mon sens, ils méritent de passer.

Voici donc les titres sélectionnés par mes soins. J’espère en retrouver au moins la moitié dans la sélection finale, je croise les doigts ! Je vous mets chaque fois le lien vers ma chronique, s’il y en a une. Notez qu’ils ne sont pas du tout classés par ordre de préférence mais plutôt vaguement alphabétique… Si vous me suivez, vous savez lesquels sont mes coups de cœur.

Chevauche-brumes – Thibaud Latil-Nicolas (Mnémos)
Pépite de l’imaginaire francophone 2019 chez Mnémos, ce roman a su me séduire avec son intrigue militaire efficace et ses personnages vivants. Un auteur à découvrir et à suivre.
Fingus Mallister #1 – Ariel Holzl (Rageot)
Le talent d’Ariel Holzl n’est plus à prouver ! Coup de cœur pour sa saga des Sœurs Carmines, j’ai pris plaisir à le découvrir dans un roman jeunesse à plusieurs niveaux de lecture qui raconte l’histoire d’un Seigneur du Mal en devenir. Un texte qui vaut le détour pour son originalité.
La croisade éternelle #1 – Victor Fleury (Bragelonne)
Envie de fantasy qui s’inspire plutôt de la Mésopotamie? Victor Fleury le fait pour vous en développant une culture assez innovante dans le genre ainsi qu’un personnage principal fort. J’ai été très enthousiasmée par ma lecture, j’attends la suite avec une impatience désespérée.
Le club des érudits hallucinés – Marie-Lucie Bougon (Chat Noir)
Du steampunk à la française qui s’inspire de l’Eve du futur, le roman de Villiers de l’Isle Adam. À travers une intrigue passionnante qui se déroule dans un 19e siècle alternatif, l’autrice propose des questionnements sur la robotique et l’intelligence artificielle. Une belle surprise.
Le garçon et la ville qui ne souriait plus – David Bry (Lynks)
Un roman tout public fort, une ode à la différence dans un Paris alternatif où il est hors la loi de ne pas être comme tout le monde. Des personnages attachants et beaucoup d’émotion, un coup de cœur lors de sa lecture.
Les héritiers d’Higashi #1 – Clémence Godefroy (Chat Noir)
Japon médiéval, légendes nippones… J’ai besoin d’en dire plus? L’autrice propose un premier tome accrocheur plutôt à destination des gens qui s’y connaissent un peu mais c’est mon cas donc je n’ai eu aucun souci à me plonger dans ce roman ni à le savourer.
Les machines fantômes – Olivier Paquet (L’Atalante)
Un techno-thriller terrifiant sous forme de roman chorale qui met en scène cinq personnages dont le destin est relié par des I.A. Une critique sociale piquante et brillante.
Les révoltés de Bohen – Estelle Faye (Critic)
Estelle Faye. Bohen. Ou la cheffe de file en matière de nouvelle vague fantasy francophone. Mon gros coup de cœur sur cette saga, ses personnages, ses thématiques. L’autrice ose sortir des sentiers battus et elle le fait bien.
L’estrange malaventure de Mirella – Flore Vesco (L’école des loisirs)
J’ai lu plusieurs chroniques sur ce roman qui ont su me mettre l’eau à la bouche. J’apprécie particulièrement l’idée de réécriture d’un conte, du point de vue d’une jeune fille et avec du vocabulaire tiré du vieux français. Séduisant !
Loin de lui le soleil – Vincent Tassy (Chat Noir)
Roman gothique magistral signé Vincent Tassy, préquelle de l’excellent Apostasie mais qui peut se lire indépendamment. Un bijou de poésie, de lyrisme, bref tout ce que Vincent Tassy a à offrir de mieux sur un plan littéraire.
Magic Charly #1 – Audrey Alwett (Gallimard)
Gros coup de coeur pour ce roman d’Audrey Alwett qui propose de suivre le jeune Charly dans un monde magique riche, crédible, excentrique avec la dose de noirceur nécessaire à tout bon texte.
Mers Mortes – Aurélie Wellenstein (Scrinéo)
Une belle surprise pour ce nouveau one-shot d’Aurélie Wellenstein qui nous embarque dans un monde post-apocalyptique auquel elle mélange des éléments surnaturels avec des exorcistes, les fantômes d’animaux marins morts et même des pirates ! Un texte très enthousiasmant.
Thorngrove – Cécile Guillot (Lynks)
Envie d’un roman gothique young adult sans la moindre trace de romance? Envie d’une histoire de sœur? Envie de moderniser un genre qui vous parait peut-être vieillot? Alors lisez absolument ce roman, je l’ai a-do-ré.
Cassylyna #1 – S.A. William (Livr’S)
Cassy est une anti-héroïne : une fille plutôt égoïste qui meurt bêtement et se retrouve à devoir aider les fantômes ! Pas de bol. J’apprécie le parti narratif de proposer un personnage loin des standards en terme féminin, que ce soit sur le physique ou la morale. J’ai envie de soutenir cette autrice dans sa démarche. Pour avoir lu les premiers chapitres, c’est prometteur !
Lames vives #1 – Ariel Holzl (Mnémos)
Alors je dois recevoir le roman sous peu mais le résumé me met déjà l’eau à la bouche. Sans compter que, jusqu’ici, je n’ai jamais été déçue par un roman d’Ariel Holzl donc je n’ai pas hésité une seconde à voter pour les lames vives.
Danse avec les lutins – Catherine Dufour (L’Atalante)
J’ai lu de nombreuses critiques sur ce roman qui, au premier abord, ne m’attirait pas. Mais l’aspect critique sociale et l’originalité du contexte me donne envie de lui laisser sa chance.
Je suis fille de rage – Jean Laurent Del Socorro (ActuSF)
Autre roman que je dois recevoir bientôt et dont j’ai déjà lu des critiques élogieuses. Je ne lis pas souvent de textes qui se déroulent aux États-Unis pendant la guerre de Sécession et je suis très curieuse de voir comment s’en sort un auteur français dans le traitement de cette thématique.
L’homme électrique – Victor Fleury (Bragelonne)
Premier roman découvert de l’auteur et premier coup de coeur pour ce texte de volta punk où l’électricité remplace la vapeur. Une originalité qu’on ne voyait plus trop chez cet éditeur et qui a été bienvenue.
Morts – Philippe Tessier (Léha)
Joseph vient de mourir… Et il rouvre les yeux dans une société pleine de squelettes qui veulent faire de lui leur ambassadeur auprès des humains car il a eu la chance d’être embaumé par le meilleur. Il ressemble donc encore à un vivant ! Pas de chance, entre temps, les humains se sont entretués… Un texte très drôle et très intelligent que j’ai adoré découvrir.
L’apprentie faucheuse – Justine Robin (Héron d’Argent)
Ce choix est purement superficiel, je l’avoue. J’ai eu le plaisir de feuilleter ce roman en salon et de constater le soin apporté à l’ouvrage par les éditrices ainsi que le talent de l’autrice pour le dessin. Si elle écrit moitié aussi bien, aucun doute : ce roman doit être une pépite !

Vous pouvez trouver ICI la liste des présélectionnés si ça vous intéresse 🙂

Et vous, vous avez / auriez choisi qui?

#PLIB2020 Thorngrove – Cécile Guillot

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Thorngrove est un one-shot gothique écrit par l’autrice française Cécile Guillot. Publié chez Lynks Éditions, vous trouverez ce roman au prix de 14.90 euros.

Madeline est en colère contre son père et il y a de quoi. Suite à son infidélité, ses parents se séparent et elle doit aller vivre à Oakgrove (un trou perdu) avec sa mère et sa petite sœur Meadow. Là-bas, elle entend parler de la légende de Thorngrove, un manoir abandonné depuis des années autour duquel plane une aura de mystère. En le visitant pour réaliser un devoir, Madeline déclenche des évènements désastreux…

Vous le savez probablement mais je lis les romans de Cécile Guillot envers et contre tout parce qu’elle parvient toujours à me plaire alors qu’elle n’écrit pas dans les genres que j’aime habituellement. Il y a chez elle un je ne sais quoi de magique qui fait mouche. Pour une fois, celui-ci semblait pile mon genre de roman et je dois avouer que les apparences n’ont pas été trompeuses du tout.

Il s’agit ici d’un roman qualifié de gothique. Vincent Tassy, dans son mot sur la couverture, parle d’une modernisation des codes et je rejoins son opinion. Je craignais l’aspect young-adult du texte mais les deux héroïnes adolescentes ne manquent ni de profondeur, ni d’intérêt. À ceux que la mention fait fuir en général, ne vous laissez pas rebuter ! Si vous aimez les romans gothiques qui se déroulent dans de petites villes américaines, si vous cherchez une histoire angoissante pour Halloween où il n’y a aucune romance, alors Thorngrove comblera vos attentes.

Le roman se divise en plusieurs chapitres et points de vue. On alterne principalement entre Madeline et Meadow même si les chapitres de cette dernière sont courts, moins d’une page. Parfois, on découvre des extraits de journaux de deux autres sœurs, Ophélie et Clémence, qui vécurent au début du XXe siècle dans le Manoir. Elles utilisent un code pour se laisser des messages, une astuce narrative intéressante qui rajoute au frisson. L’objet-livre joue également dans la tension qui s’installe car chaque inter-chapitre arbore le dessin d’une branche de ronce dont la quantité augmente à mesure que la fin approche. Une idée ingénieuse, j’ai adoré le soin apporté à l’ouvrage. Chapeau Lynks encore une fois !

Côté personnages, Madeline et Meadow sont sœurs et ont deux ans d’écart. Madeline subit de plein fouet sa crise d’adolescence et fait tout pour protéger sa sœur Meadow qui est, selon ses propres mots, un peu bizarre. Elle voit un psy, s’attache à des animaux morts, sort parfois des phrases qui mettent mal à l’aise. Dans son esprit, elle est encore une enfant qui aime les poupées. Leur relation est très forte, complexe comme ça l’est toujours entre deux sœurs et surtout, elle compose le cœur du récit. Pas la moindre romance en vue, ce qui a constitué une excellente surprise. Le récit, rédigé à la première personne pour toutes les parties (chaque en-tête de chapitre renseigne sur qui parle mais impossible de confondre les deux sœurs) n’en est que plus immersif. J’ai adoré suivre Madeline et ses préoccupations, sa nouvelle amitié avec Blaine, ses déconvenues au lycée. Je n’ai eu aucun problème à m’identifier à elle et à me sentir concernée par ses sentiments.

Thorngrove, c’est aussi l’histoire d’une malédiction qui traverse les âges et prend racine dans la mythologie amérindienne. Je la connais assez peu et j’ai apprécié ce dépaysement. Mais ça reste surtout une histoire d’amour familial, une histoire de sœurs dotée d’une angoisse bien dosée. Le final arrive crescendo et je ne m’attendais pas du tout à cette fin violente. J’en suis restée hébétée avec le livre en main et j’ai eu besoin d’une bonne minute avant de découvrir l’épilogue. Certains ont trouvé le final trop rapide mais pas moi, au contraire. La violence du choc n’en était que plus grande ! Un pari osé mais réussi.

Pour résumer, Thorngrove est un roman gothique moderne à l’intrigue haletante et bien menée. Cécile Guillot maîtrise ses héroïnes qu’elle dote d’une psychologie crédible qui lui permet de traiter avec brio d’une relation entre sœurs doublée d’une effroyable malédiction. L’autrice est passionnée par le style gothique et cela se ressent plus que dans tous ses autres romans car elle s’approprie et modernise judicieusement les codes. J’ai passé un excellent moment avec ce page-turner addictif que je recommande plus que chaudement !