#PLIB2019 Erreur 404 – Agnès Marot

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Erreur 404
est un one-shot de science-fiction écrit par l’autrice française Agnès Marot. Publié chez Gulf Stream dans la collection Électrogène, vous trouverez ce livre dans toutes les librairies au prix de 18 euros.
Ce roman a été sélectionné pour le PLIB2019. #ISBN9782354885472.

Vous le savez, Agnès Marot est une auteure dont j’apprécie le talent, la sensibilité mais aussi la personnalité. Je vous ai parlé il y a quelques mois de son diptyque De l’autre côté du mur qui avait été un coup de cœur. Si Erreur 404 n’a pas gagné ce qualificatif, il n’en reste pas moins un roman d’une grande richesse.

Dans le même univers que celui du roman I.R.L. (que j’ai lu à sa sortie, donc avant d’avoir mon blog) nous suivons l’histoire de Moon et Orion, un couple qui désire participer au prochain tournoi du jeu Beastie organisé par la firme IRL. Le principe de Beastie est simple: dans un univers de réalité virtuelle, vous élevez une créature que vous contrôlez par la pensée en lui donnant des ordres pour la faire affronter des adversaires. Évidemment, ces créatures ne ressentent pas la douleur et il ne suffit pas d’être le plus puissant, il faut aussi faire preuve d’imagination, de ruse, de sens du spectacle.

L’intrigue tourne autour de plusieurs thématiques. Elle parle déjà de la place de la femme dans le milieu du jeu vidéo. Sachez que je suis moi-même une joueuse, surtout adepte du MMORPG. Contrairement à Moon, je n’ai aucune ambition de passer pro mais en lisant ses mésaventures, j’ai eu du mal à croire que ça se passait vraiment comme ça, dans la réalité. Alors même que j’ai souvent été témoin de sexisme dans des parties, ça parait paradoxal mais l’éclairage offert par Agnès Marot est vraiment révélateur. Pourtant, l’autrice a interrogé des gameuses professionnelles qu’elle cite dans les remerciements et ça m’a laissé sur le cul. Comme quoi, il reste encore beaucoup de chemin à parcourir sur le plan de l’évolution des mentalités.
Ce roman est sans conteste engagé dans la cause de l’égalité des sexes, sans pour autant tomber dans des extrêmes ou dans du moralisme. C’est bien traité, bien amené, chapeau.

L’autre grand thème d’Erreur 404, c’est la différence entre virtuel et réalité. Dans cet univers, les deux se mêlent étroitement et aucun doute qu’avec les avancées technologiques de notre société, nous finirons par arriver à une situation semblable. Le développement de l’intrigue et les choix de Moon poussent le lecteur à réfléchir et à remettre en question son propre rapport au virtuel. Et pour une fois, j’ai vraiment apprécié que l’autrice ne nous balance pas une morale du style « l’IRL prime sur tout le reste, gardez les pieds sur terre ». De nos jours, on ne peut plus vraiment se permettre un avis aussi tranché. En cela, ce roman est résolument très moderne, très ouvert d’esprit.

Erreur 404 est un roman hyper référencé. L’auteure est elle-même une geek et cela se ressent tant elle traite son sujet avec bienveillance. Les allusions et les clins d’œil se multiplient, qui ne manqueront pas de ravir les adeptes de pop culture. Il est tellement référencé qu’il est lui-même construit comme la progression d’un jeu-vidéo, que ce soit à travers le découpage des chapitres, leurs titres ou encore par cette fin originale dont je vais taire les détails pour ne pas vous spoiler. Agnès Marot a pensé non seulement son histoire, mais aussi son objet-livre.

Enfin, concernant les personnages, nous en retrouvons certains issus du roman I.R.L. mais rassurez-vous, il n’y a pas forcément besoin de l’avoir lu pour se plonger dans Erreur 404. Il y fait référence, se passe dans la continuité des évènements, mais ceux-ci sont rappelés dans le récit. Évidemment, lire les deux offre un plus grand impact au propos mais ça n’a rien d’obligatoire.
L’héroïne s’appelle Moon ou plutôt, a choisi Moon comme pseudo. C’est une jeune femme qui rêve de devenir pro-gameuse mais qui se heurte aux difficultés du milieu. Elle a souvent échoué dans sa vie et elle le vit très mal. J’ai trouvé ce personnage assez profond et complexe. Elle a son caractère, ses faiblesses mais même si elle m’a parfois agacée, je l’ai comprise et j’ai été touchée par ses dilemmes. Orion, son compagnon, est toujours présent et important dans sa vie. Leur histoire existe dès le début du roman et a son importance dans l’intrigue, sans pour autant devenir trop invasive ou transformer Moon en midinette de romance. Cela peut paraître bête de le préciser mais ça arrive malheureusement trop souvent et je suis contente que l’autrice ne soit pas tombée dans cet écueil. Enfin, on peut sans contester citer Loop, le Beastie, comme troisième personnage principal même s’il est assez compliqué de parler de lui sans révéler des éléments importants de ce roman. Je dirai simplement qu’il est central et représente un axe de réflexion à lui tout seul.

Pour résumer, Erreur 404 est un roman dynamique et divertissant qui aborde avec intelligence des problématiques importantes comme la place de la femme dans certains milieux ou notre rapport au virtuel. Agnès Marot signe ici une nouvelle histoire percutante qui ne vous laissera pas indifférent. Je recommande !

#PLIB2019 Shâhra #1 les masques d’Azr’Khila – Charlotte Bousquet

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Les masques d’Azr’Khila est le premier tome d’un diptyque écrit par l’auteure française Charlotte Bousquet. Édité chez Mnémos, vous trouverez ce roman de fantasy orientale au prix de 20 euros le tome.
Je remercie les éditions Mnémos pour ce service presse !
Cette lecture rentre dans le cadre du challenge #S4F3 organisé par Albédo.
Ce roman a été sélectionné pour le #PLIB2019. #ISBN9782354086510.

Shâhra est avant tout une histoire de femmes. Celle d’Aye Sin, une augure accro à une drogue locale. Celle de Djiane, héritière d’une technique de combat secrète, mariée de force à un tyran. Celle de Tiyyi, une jeune esclave de quinze ans, seule rescapée de l’attaque d’un ver des sables. Celle d’Arkhane, une apprentie chamane androgyne qui se retrouvera amputée d’une partie d’elle-même. C’est aussi celle de Malik, ce sorcier noir aux desseins maléfiques. Tous ces personnages sont destinés à se croiser pour justement s’allier contre Malik, du moins c’est ce que nous laisse penser le roman. Et rassurez-vous, ce n’est pas un spoil !

Si ce livre avait tout pour me plaire, c’est pourtant une lecture en demi-teinte. Je lui trouve certaines qualités, mais il ne me convient pas vraiment à moi en tant que lectrice. Je m’explique !

Déjà, au niveau du style. On sent que Charlotte Bousquet n’est pas une auteure débutante, ses choix narratifs ont un but mais j’ai été par exemple gênée par le fait que les chapitres d’Aye Sin soient au présent, au contraire du reste du roman. Je comprends pour quelle raison (du moins j’entrevois la portée esthétique du choix), mais ça me dérange au niveau de la cohérence des temps et au début, ça m’a vraiment perturbée.
Le récit est divisé en trois parties et chacune de ces parties contient des poèmes, des chansons et des légendes qui permettent d’expliquer l’univers, son passé. On les découvre à travers diverses situations, ils sont tous bien imbriqués dans le récit. J’ai trouvé ça très inspiré, on sent toute la réflexion de l’auteure à ce sujet, mais le problème, c’est justement qu’on apprend trop de choses trop vite et ça devient brouillon. J’ai eu énormément de mal à rentrer dans le roman pour cette raison: l’univers est trop touffu, on ignore à quoi accorder de l’attention. Au final, les légendes m’intéressaient plus que l’histoire principale. Ce monde est riche, très travaillé, mais Charlotte Bousquet nous embrouille. Les personnages principaux sont déjà nombreux, alors si les anecdotes sur d’anciens royaumes et d’anciens peuples sont ludiques, elles perdent le lecteur en cours de route. Pour s’accrocher, il lui faudra une attention de tous les instants, ce n’est pas une simple lecture détente, qu’on se le dise.

Toujours concernant l’univers, il déborde de créatures légendaires, de mythologie orientale et c’est un des gros points positifs du livre. Il sortira le lecteur de ses habitudes et permettra de découvrir un autre type d’ambiance. C’est, personnellement, ce qui m’a le plus intéressée finalement: le bestiaire et les anciennes légendes, dont certaines sont issues d’autres textes / nouvelles de l’auteure, publiés dans des anthologies renseignées en bas de page.

Au sujet des personnages, les héroïnes se retrouvent dans des situations difficiles et convenues. En soi, ce n’est pas gênant parce que Charlotte Bousquet rend bien leurs états d’âme et leur évolution même si certaines restent plus intéressantes que d’autres. J’ai apprécié ce qui touchait à Djiane mais beaucoup moins Arkhane, d’autant que j’ai tiqué sur un détail: on la qualifie d’androgyne alors qu’elle est hermaphrodite, vu qu’elle dispose des attributs des deux sexes. En posant la question à l’auteure, j’ai compris que c’était une référence à Platon mais je pense que beaucoup de lecteurs risquent de tiquer là-dessus si pas de passer à côté, et c’est un peu dommage. On entre ici dans la confrontation d’un terme moderne avec une notion plus antique. Ça reste bénin, évidemment, mais je me devais de le signaler. J’ai aussi trouvé dommage que les efforts d’Aye Sin pour se sevrer ne soient pas davantage détaillés. Au final ce qui touche à ce personnage reste très superficiel, ce qui m’a frustrée. Quant à Malik, il manque cruellement de surprise pour le moment. C’est un archétype, même si j’ai apprécié de découvrir les lettres qu’il écrit à son père et qui donnent au récit une autre profondeur.

Ces héroïnes servent, à mon sens, surtout à porter des messages philosophiques et à représenter des situations hélas encore trop modernes de nos jours. Aucun doute, la fantasy de Charlotte Bousquet est profondément engagée. Djiane est la femme battue, abusée, qui a soif de liberté. Arkhane symbolise la difficulté de la quête identitaire. Aye Sin représente la volonté face à l’addiction et l’importance de se battre contre son oppresseur. Quant à Tiyyi, elle véhicule un message d’espoir d’une adolescente face à la pire des adversités. Je trouve ça positif de mettre en scène des femmes et de montrer leur valeur mais j’aurai aimé un peu plus de nuance et de profondeur. L’intention est très bonne mais je ne suis pas sûre que le contexte s’y prêtait si bien que ça.

Pour résumer, le premier tome de ce diptyque reste prometteur malgré des défauts propres à, justement, un premier tome. L’action n’avance pas énormément et le tout souffre de quelques longueurs. Pourtant, l’univers riche et les thèmes engagés abordés par Charlotte Bousquet en font un bon roman qui plaira aux lecteurs avides d’exotisme et d’univers à la fois riche et nuancé.

#PLIB2019 Le Dieu Oiseau – Aurélie Wellenstein

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Le Dieu Oiseau est le dernier roman en date d’Aurélie Wellenstein publié chez Scrinéo. Vous retrouverez ce livre au prix de 16,90 euros en format papier. Il s’agit d’un one-shot un peu compliqué à classer, dans la veine du récit initiatique.
Ce roman a été sélectionné pour le #PLIB2019. #ISBN9782367405827.

L’histoire se déroule sur une île que nous sommes bien en peine de situer géographiquement ou même temporellement (quelle époque? quel monde?). Tous les dix ans, une compétition détermine quel clan va dominer l’île, ils sont dix en tout. Après des épreuves de sélections, les dix finalistes doivent accomplir la Quête du dieu oiseau: trouver son île et ramener l’œuf d’or. Forcément, l’île en question n’est pas un lieu paisible sans aucun obstacle… Entre la mer déchainée, les bêtes féroces et les obstacles naturels, on se demande comment au moins l’un d’eux arrive à survivre à chaque coup. Le vainqueur assure la domination de son clan et fait subir aux vaincus la tradition du « Banquet », une journée orgiaque où tout est permis, même (et surtout) le pire. Lors du dernier banquet, Faolan a vu sa famille se faire massacrer et a été réduit en esclavage par Torok, le fils du chef victorieux. Quand la nouvelle compétition commence, il tient à y participer (c’est ouvert à chacun quelle que soit sa condition) mais son chemin sera semé d’embuches.

Sans vous faire languir davantage, j’ai passé un bon moment avec ce roman. Je le trouve bien écrit, rythmé et intéressant dans la mythologie mise en place. Sur 300 et quelques pages, Aurélie Wellenstein créée une société entière et nous la présente avec clarté, fluidité, sans jamais nous assommer avec trop d’informations.

Ce n’est pas un coup de cœur car, sur un plan personnel, j’ai un peu du mal avec les quêtes initiatiques et les ambiances « survival » mais c’est propre à moi. Cela ne m’empêche pas de trouver beaucoup de qualités à ce livre, notamment via le développement psychologique de Faolan.

Il était jeune quand il a vu ses parents, sa sœur et les membres de son clan subir un massacre difficilement supportable. Dix ans après, il en cauchemarde encore, traumatisé en plus de subir les fantaisies perverses (pour reprendre le terme de la quatrième de couverture) de Torok. L’auteure rend bien compte de ces éléments pour offrir un personnage plutôt crédible qui oscille entre désir de vengeance, traumatisme et syndrome de Stockholm. Torok, de son côté, aurait pu être l’archétype du sadique mais son comportement pousse Faolan (et le lecteur) à se poser beaucoup de questions à son sujet. Je trouve chaque personnage et la dynamique qui existe entre eux vraiment très réussie. C’est ce qui m’a le plus plu dans ce livre. J’aimerai en dire plus mais ça irait contre ma politique anti-spoil !

Ce roman est effectivement sombre et brutal comme annoncé sur la présentation du livre, mais j’ai trouvé le Roi des Fauves (de la même auteure, je vous remets le lien de ma chronique) beaucoup plus sale et violent que le Dieu Oiseau (qui l’est aussi notez). Je m’attendais à quelque chose d’encore plus difficile, qui me remuerait davantage les tripes que le Roi des Fauves mais ça n’a pas été le cas et je ressens peut-être une pointe de déception à cause de cela. Et de la fin aussi. Mais ça, bon, c’est moi.

Pourtant, je le répète, le Dieu Oiseau est un bon livre. Il plaira à un très large public (comme c’est déjà le cas si j’en juge les réseaux sociaux) surtout aux adeptes de survival qui apprécient les récits psychologiques sans censure sur la violence, et sans surexposition non plus. Un équilibre délicat trouvé avec brio par Aurélie Wellenstein. Je vous le recommande !

#PLIB2019 La Légende des Quatre #1 le clan des loups – Cassandra O’Donnell

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Le clan des loups
est le premier tome de la saga la Légendes des Quatre, une nouveauté jeunesse écrite par l’auteure française Cassandra O’Donnell (qu’on ne présente plus) publiée chez Flammarion Jeunesse. Vous pouvez vous procurer ce roman absolument partout pour le prix de 15 euros.
Ce roman a été sélectionné pour le #PLIB2019. #ISBN9782081394254.

J’étais au salon de Bondues ce week-end et j’ignorais que Cassandra s’y trouvait également. Après l’avoir découvert en parcourant le planning dans un moment d’ennui (bah oui y’a pas toujours des gens, sur les salons !) j’ai été discuter avec elle et j’en ai profité pour acheter ce roman à destination d’un public 12 – 14 ans. Je sais, vous vous dites: non mais à quoi tu pensais? C’est pas du tout ton genre de lecture ! Un moment de folie, ça arrive, surtout quand ça concerne les écrits de Cassandra. Comme vous le savez, j’adore sa saga Rebecca Kean, donc pourquoi ne pas tenter celle-ci, que l’auteure qualifie elle-même de « Rebecca Kean mais sans sexe » ?

C’est vrai qu’il y a un peu de ça, mais pas que.
En commençant le roman, au bout du premier chapitre, j’ai refermé le livre et j’ai du changer le mode de mon cerveau. Je crois que c’est le plus difficile quand on se plonge dans un genre qui ne nous est pas familier / qu’on ne lit pas en temps normal. À partir du moment où mes neurones avaient intégré que c’est un livre à destination d’un public qui a dix ans de moins que moi, tout a commencé à aller bien mieux.

Parce ce qu’on ne s’exprime pas de la même manière à destination des enfants que des adultes. On n’utilise pas le même vocabulaire, les mêmes tournures de phrase, la même ponctuation. Non, on ne les prend pas pour des cons, mais il est vital de s’adapter à leur psychologie et à leur niveau de lecture, de langage, surtout pour cet âge, puisque c’est là qu’on construit ses goûts littéraires. Alors oui, l’abondance de verbe « être » agacera les puristes et très certainement, l’utilisation abusive des points d’exclamation rendra fou certains d’entre vous. Forcément, j’ai tiqué sur ces détails… Et ça ne m’a pas empêché de passer un très bon moment !

Pour vous évoquer le concept en quelques mots, nous évoluons dans un univers fantasy post-apocalyptique. En gros, les humains ont déconné et la technologie a disparu après une guerre contre les yokaïs. Retour au Moyen-Âge, où les tensions entre les clans et les races sont exacerbées. Il existe quatre types de yokaï: les loups, les tigres, les serpents et les aigles. Nous suivons principalement l’héritière des loups et l’héritier des tigres, dans ce tome, même si nous rencontrons également les serpents et les aigles. D’ailleurs, tant qu’on ne les avait pas croisé, je trouvais le tout sympa mais sans plus. Puis arrivent Wan (♥) et Nell… Et là, BOUM ! Je comprends ce que Cassandra voulait dire en parlant de « Rebecca Kean sans sexe » (même si en vrai ça aurait été super avec Wan, on peut imaginer un spin-off pour adulte s’teuplaiiiiit?). Ces deux personnages sont absolument géniaux, j’ai hâte de les retrouver dans les tomes suivants ! J’ai un peu moins accroché avec les deux héros principaux, mais c’est tout moi, ça: craquer sur les personnages secondaires.

Outre ça, l’univers est plutôt bien pensé et les messages passés par l’auteure sont intelligents. Il y a non seulement une mise en garde sur l’écologie et l’épuisement des ressources, mais également une mise en avant de la notion de tolérance, qui est très importante à rappeler (autant aux enfants qu’aux adultes). La Légende des Quatre n’est donc pas qu’un simple divertissement, c’est aussi un livre qui pousse à la réflexion. D’une pierre deux coups !

Pour conclure, je trouve que ce roman est une réussite qui conviendra aux petits comme aux grands. Cassandra O’Donnell invente un univers crédible et riche qu’elle exploite à travers un panel de personnages colorés. Elle n’infantilise pas son public et n’hésite pas à inclure de la violence (beaucoup de violence) et des réflexions intelligentes, tout en évitant l’anthropocentrisme chez les yokaïs, ce qui est un plus non négligeable à mes yeux. Le clan des loups se lit très vite et vous permettra de passer un bon moment au sein d’une littérature plus légère que d’habitude. À lire !

#PLIB2019 Pandémonium – Aurélie Mendonça

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Pandémonium est un one-shot fantastique écrit par l’auteure française Aurélie Mendonça. Publié aux éditions du Chat Noir dans la collection Féline, ce roman coûte 19.90 euros.
Ce roman a été sélectionné pour le #PLIB2019. #ISBN9782375680643.

Parmi les nouveautés du Chat Noir pour le début d’année, Pandémonium est certainement celle que j’attendais avec le plus d’impatience. Déjà, la couverture magnifique (signée Émilie Garcin) a attiré mon regard. Oui, j’ai des petites pulsions superficielles comme ça… Ensuite, son sous-titre: requiem pour un croque-mort. Je me voyais déjà suivre un personnage dont la mort est le métier et là-dessus, je n’ai pas été déçue en découvrant la quatrième de couverture ! Tous ces éléments, en plus de proposer un bel objet livre, m’ont convaincue d’acheter ce roman à la foire du Livre de Bruxelles. Et ma bookjar a été assez aimable pour me le sortir assez tôt dans le cadre du Printemps de l’Imaginaire Francophone.

Cette histoire est donc celle d’Elena, une thanatopractrice. Pour sauver l’âme de sa grand-mère des Enfers, elle passe un pacte avec la déesse Hela et devient sa Passeuse. Sa mission, c’est de faire en sorte que chaque âme destinée à Nilfheim arrive à destination et cela, sous couvert de son entreprise de pompe-funèbre, Pandémonium. Hélas pour elle… Les choses vont commencer à se gâter. Forcément.

Si le pitch paraît assez banal au premier abord, ce roman est néanmoins remarquable sur plusieurs points.

Déjà, tout l’aspect « industrie mortuaire » est très bien documenté. Ce n’est pas juste une façade « pour faire cool ». L’auteure a effectué des recherches sérieuses et nous explique, à travers le personnage d’Elena, comment on embaume un corps, comment on gère les familles en deuil, une entreprise comme la sienne, etc. Le récit est parcouru d’anecdotes vraiment réalistes, à tel point que j’en suis venue à me demander si l’auteure n’avait pas elle-même officié dans ce métier. Je ne m’y connais pas bien en la matière mais j’ai trouvé cela très crédible et intéressant. En plus de la technique, le roman offre également une réflexion profonde sur la mort et sur le processus de deuil. Deux thèmes importants et pourtant, souvent tabous dans notre société.

Ensuite, le personnage de Lilith. D’accord, c’est la grande méchante de l’histoire et franchement, elle est plutôt clichée par moment Mais elle a de bonnes réflexions, au point de provoquer l’admiration de l’héroïne elle-même. Lilith, au fond, c’est une femme qui a refusé de se satisfaire de son destin, qui a voulu se battre pour obtenir mieux et ça a quelque chose de remarquable. Puis, je n’ai pas la citation exacte, mais en gros, elle fait même remarquer à l’héroïne qu’elle n’a franchement pas besoin que Lucifer donne ses fesses pour elle et qu’il serait peut-être temps qu’elle se décide à se défendre toute seule. Surtout qu’elle en a les moyens. Et… Mon dieu MERCI POUR CA ! Le nombre d’héroïnes qui se cachent derrière leur beau gosse et se bougent les fesses pour des raisons stupides… C’est génial, d’en suivre une qui ne pense pas avec ses hormones.

Finalement, Pandémonium s’avère être un roman « de femmes ». Hela, Elena, Lilith, Morgane. Ce sont elles qui comptent et entre elles que va se régler toute l’intrigue. Pour autant, des personnages masculins sont présents mais pas écrasants et l’absence d’une intrigue amoureuse active aide beaucoup à ne pas considérer les protagonistes comme deux éléments d’un couple au lieu de deux êtres à part qui ont une existence propre en dehors de leur sexe. Pandémonium est, à ce niveau, très équilibré et ça m’a vraiment plu.

Enfin, toute la mythologie que l’auteure place dans son histoire est admirable. Le concept des Enfers (au pluriel !) est très intéressant, le mélange des mythologies également, le respect de toutes les religions, de toutes les confessions… Avec une histoire dynamique et prenante, Aurélie Mendonça nous pousse à réfléchir sur des sujets importants, attire notre attention sur des éléments qui paraissent anodins, mais ne le sont pas tant que ça.

À tout ceci s’ajoute des personnages attachants. L’héroïne, Elena, est géniale. Ce n’est pas une pauvre fille en manque tiraillée entre deux beaux gosses (merci mon dieu, le retour). Ce n’est pas une romance ou de l’urban fantasy bas de gamme. L’auteure traite des thèmes importants et offre un personnage en deuil auquel on s’identifie immédiatement. Je dois même avouer que sur le premier chapitre, j’ai eu les larmes aux yeux et ça chamboulera probablement toutes les personnes qui ont perdu leur grand-mère et qui en étaient proches. Parvenir à provoquer de tels sentiments après seulement quelques pages, je dis chapeau. D’autant que ça m’a aidée à m’identifier tout de suite à Elena.
Parmi les autres personnages, j’ai envie de tous les citer. Les Corbeaux, Morgane, la part belle laissée aux animaux: Ghost, Garm, Freyja. Les divinités infernales. Les fantômes aussi, mention spéciale à Mme Franquin qui est juste trop chouette.

En bref, j’ai vraiment passé un excellent moment dans l’univers de Pandémonium. C’est un roman punchy écrit à la première personne par une plume maîtrisée et immersive. J’ai du mal à lui trouver des défauts, en dehors de quelques coquilles encore présentes dans le livre. Le format one-shot propose une intrigue dynamique, la mythologie est inspirée, les personnages sont attachants… C’est un page-turner qu’on termine vite et sur lequel on devrait réfléchir quelques minutes à la fin de notre lecture, pour bien s’imprégner du contenu (pas tant de l’histoire en elle-même que les messages et les réflexions proposées par l’auteure). Aurélie Mendonça a travaillé deux ans sur ce titre et c’est une belle réussite. Un ouvrage soignée pour une auteure que j’ai été ravie de découvrir. Je vous en recommande très chaudement la lecture !