#PLIB2019 : mon vote, mon bilan

Bonsoir à tous !

Aujourd’hui se clôturait le vote pour la session 2019 du PLIB, un prix dont je vous ai déjà parlé à plusieurs reprises puisque j’avais la chance de compter parmi les membres du jury. J’avais envie d’en profiter pour vous proposer un bilan de cette aventure.

Petite info en passant : la remise des prix aura lieu le 12 octobre à Paris en présence des auteurs qui ont été invités par l’organisation. Je ne pourrai malheureusement pas y assister en personne mais je me réjouis qu’une retransmission en directe soit prévue ! J’ai vraiment hâte de connaître le résultat final.

Commençons par nous remémorer qui sont les 5 finalistes :
plib2019-finalistes
Le dieu oiseau – Aurélie Wellestein
Terre de brume #1 – Cindy Van Wilder
Rouille – Floriane Soulas
La fille qui tressait les nuages – Céline Chevet
Comment le dire à la nuit – Vincent Tassy

J’étais en demi teinte sur cette sélection des finalistes. Pour moi, d’autres romans dans les présélectionnés auraient largement mérité d’arriver à ce stade et j’ai été déçue qu’ils ne soient pas retenus. C’est peut-être l’un des seuls bémols que je mets au PLIB, c’est que les jurés ne sont pas obligés de lire les romans présélectionnés pour voter. Seule la lecture des finalistes est obligatoire (et très bien encadrée au passage, pas question de voter sans avoir lu ! Les cheffes veillent au grain), du coup les premiers votes se font à la couverture, au résumé, peut-être au copinage / popularité et c’est dommage. Mais bon, les organisateurs se démènent déjà tellement ! Je ne vois pas comment ils pourraient s’en sortir autrement pour contrôler tout le monde. Et c’est le jeu, au fond, car beaucoup de romans sont achetés chaque jour en se basant uniquement sur un nom, une couverture ou un résumé.

J’étais déjà très heureuse de voir figurer deux romans du Chat Noir dans les finalistes. J’adore la plume de Vincent Tassy et je suis tombée amoureuse du roman de Céline Chevet (et de l’autrice aussi qui est tellement adorable ♥). J’étais aussi contente de voir Aurélie Wellenstein en final car c’est une autrice dont j’apprécie le travail et qui est super sympa sur un plan humain. J’avais aussi apprécié la lecture du Dieu Oiseau (hormis la fin !) donc ça partait quand même bien.

J’étais un peu plus mitigée sur les deux autres titres. J’aime beaucoup Cindy Van Wilder en tant que personne mais j’étais restée un peu sur ma faim en lisant Mémorex et en plus, Terre de Brume était référencé comme roman jeunesse. Double aoutch. Finalement, ça a été une bonne surprise ! Je suis donc contente d’avoir été « forcée » de le lire parce qu’il est clair que je serai passée à côté sans ce prix.

Quant à Rouille, je ne savais pas trop quoi en penser. Je ne l’aurai pas acheté pour moi en temps normal, c’est certain. Je sais que je ne suis pas le public cible et le résumé ne me tentait pas. En matière de steampunk, je suis de plus en plus exigeante (faut dire que j’ai l’habitude d’autrices très pointilleuses dans le domaine) Si sa lecture n’a pas été la catastrophe à laquelle je m’attendais (vous avez les détails dans ma chronique, je ne vais pas revenir dessus !) j’ai quand même trouvé que les personnages manquaient de crédibilité et j’avais deviné les rouages de l’intrigue. Du coup, c’est probablement la lecture que je regrette le plus d’autant que j’ai acheté le livre, mais pas au point de l’avoir abandonné en cours de route, ce qui est déjà pas mal car j’ai vu beaucoup de jurés qui n’ont pas su lire au-delà des 10% minimum. Et pas seulement pour celui-là. Ça permet de se rendre compte que tous les goûts sont vraiment dans la nature !

Du coup, pour qui ai-je voté?
Ça a été très difficile de choisir entre les deux romans du Chat Noir mais voilà… La fin de Comment le dire à la nuit m’a laissée perplexe et déçue. Deux chapitres en moins et j’aurai probablement voté pour Vincent. Ou peut-être pas. Parce que la fille qui tressait les nuages est un chef-d’œuvre et je prie pour qu’elle remporte le trophée haut la main !

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Au final, quel est mon sentiment sur le PLIB?
C’est un concours extra et respectueux des auteurs (ça paraît bête mais organiser un Ulule pour pouvoir les rémunérer en plus d’organiser une vraie cérémonie, je trouve ça génial quand on pense que certains salons ne prennent même pas la peine de payer les auteurs qu’ils invitent !). Les organisateurs sont disponibles, investis et très présents sur les réseaux sociaux. Non seulement pour répondre aux questions mais aussi pour organiser des concours, des lectures communes, différents évènements et rencontres comme aux Imaginales. J’ai découvert une équipe très humaine et passionnée à qui j’ai envie de tirer bien bas mon chapeau.

Le groupe facebook permet d’échanger des avis constructifs avec d’autres blogueurs et ça aussi, c’est vraiment positif. Par contre, mon côté un peu vieille chieuse casanier m’a empêché de participer aux évènements sur discord, aux lecteurs communes et aux différents concours puisque j’avais déjà la majorité des titres. De plus, j’avais déjà lu une bonne partie des romans sélectionnés vu que je suis déjà à fond dans la promotion de la SFFF francophone. Je n’ai donc rien découvert de transcendant mais je ressens beaucoup de fierté à avoir pu apporter ma petite pierre à ce grand édifice.

Est-ce que je vais participer au PLIB2020? Évidemment !
Et vous? 😉

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Terre de Brume #2 le choix des élues – Cindy Van Wilder

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Le choix des élues est le second (et dernier) volet de la saga Terre de Brume écrite par l’autrice belge Cindy Van Wilder. Publié chez Rageot, vous trouverez ce volume au prix de 16.90 euros dans toutes les librairies.
Ceci est ma quinzième lecture dans le cadre du challenge S4F3s5 organisé par l’ami Lutin !

Souvenez-vous, je vous avais parlé du premier tome lu dans le cadre du PLIB2019.
Je vous rappelle en quelques mots le principe car je ne compte pas vous spoiler le contenu de l’histoire. Au sein d’un univers typé fantasy, l’utilisation de la magie génère une Brume qui finit par provoquer le Bouleversement. La Brume prend une trop grande ampleur et devient corrosive, ce qui est néfaste pour le monde au point de détruire beaucoup d’éléments de l’ancien monde, dont la nature. Les humains survivent dans des bastions, sous la protection de praticiens d’une magie élémentaire (eau, feu, air ou terre). On apprend aussi que certaines formes de magie semblent disparues et on en ignore pour l’instant la cause. Le roman se centre sur Héra, une prêtresse de l’eau et Intissar, une Sœur de Feu qui vont s’unir pour affronter les vagues de monstres dans la Brume et chercher une solution définitive à ce problème.

En tant que tome 2, le choix des élues s’inscrit assez bien dans la continuité de ce que proposait l’autrice : métaphore écologique, héroïnes résilientes, pour les points positifs et facilités scénaristiques en plein deus ex machina pour les points négatifs. Ma chronique va se présenter un peu différemment de d’habitude car j’ai envie de relever plusieurs points qui me paraissent importants.

Déjà, sur la construction narrative. Chaque début de chapitre propose un extrait d’une autre histoire, racontée par un conteur qui s’adresse directement au lecteur en lui expliquant ce qui est arrivé au dieu Aïstos. On comprend rapidement que c’est lié à l’intrigue en cours. Toutefois, ça nuit cruellement au rythme narratif en cassant la fluidité des changements de chapitre. Je pense que cette histoire aurait gagné à figurer en prologue ou alors à la toute fin du roman car nous en découvrons des éléments importants via Héra et Intissar au moment où elles rencontrent les Semeurs. Sauf que quand les héroïnes apprennent la vérité, quel intérêt de la répéter dans ces en-têtes ? Hormis à insister trop lourdement sur le fait que Aïstos est vraiment trop gentil vu toutes les saloperies qu’il a pu subir.

De plus, une grande partie du roman est écrite à la première personne, toujours pour Héra et Intissar, mais des chapitres sont rédigés à la troisième, pour la Brume et Saraï, ce que je n’ai pas compris et qui me pose un problème en terme d’homogénéité narrative. Qu’on propose un prologue ou un épilogue d’un point de vue différent, d’accord, mais qu’on jongle pendant tout le livre? C’est vraiment dommage et ça sort de l’intrigue. D’autant que les chapitres sur la Brume n’apportent pas grand chose hormis montrer que cet antagoniste manque de peps et d’enjeu, surtout comparé à celui du premier tome qui inspirait quand même une certaine peur, un intérêt, une angoisse. La Brume est beaucoup trop manichéenne à mon goût, j’aurai apprécié plus de nuances.

Je trouve ça d’autant plus dommage que les idées de l’autrice sont bonnes. J’ai lu plusieurs chroniques qui déploraient les facilités scénaristiques et j’ai relevé plusieurs deus ex machina -comme je l’ai signalé plus haut. Toutefois… Pendant tout le roman, on nous parle de « Maktoub » soit un concept de destin auxquels même les dieux sont soumis. À partir du moment où l’existence de ce concept est admis clairement par l’autrice et les protagonistes, je n’ai plus de problèmes avec ce qui aurait pu passer pour des facilités car ça devient un parti-pris narratif. Si un destin existe, c’est qu’une intelligence quelconque a tissé une trame et donc qu’elle a prévu de bousiller un coup le libre arbitre de tout le monde, de parfois forcer la chance, comme ça lui convient à elle. Peut-être que c’est une métaphore tordue du métier d’autrice et globalement, ce n’est pas ce que j’apprécie mais c’est un choix justifié par Cindy Van Wilder au sein de son univers. Il est assumé, clairement admis donc je ne me sens pas en droit de critiquer ce point hormis par pure préférence personnelle.

Je sais que jusqu’ici, vous êtes en train de vous dire : mais bon sang elle démonte le roman, pourquoi elle en parle? C’est pas dans sa ligne éditoriale. Et bien… Tout simplement parce que j’ai passé un agréable moment avec ce second tome qui clôture correctement la saga. J’ai été surprise par certains choix (notamment Intissar, c’était osé ! ) au sein de l’intrigue et j’ai tourné les pages sans m’en rendre compte. Je pars du principe que quand on lit un roman et qu’on arrive à la fin en se disant « quoi? déjà? » c’est que l’autrice gère un minimum. Son écriture dynamique et sans fioritures inutiles permet de fournir un vrai page-turner et un bon divertissement. Parfois, on n’a pas besoin de plus. Et en ce moment, je termine mon blocus pour ma seconde session donc c’était parfaitement ce qu’il me fallait pour m’accompagner.

Mais ce que j’ai apprécié aussi, c’est le traitement d’une question d’identité genrée. Dans le roman, on rencontre un personnage d’abord présenté comme un garçon (je ne vous dis pas qui) et qui révèle qu’à l’intérieur, il se sent fille et subit une discrimination assez violente de la part de son peuple. Je trouve ça important de traiter ce type de sujet polémique au sein d’un roman à destination d’un public plus jeune. Ça a du sens et ça peut mener à une plus grande ouverture d’esprit. Ou au moins à se questionner sur son identité et à comprendre à quoi peut mener le rejet ou le harcèlement. Dommage que ça intervienne tard et presque au détour d’un chapitre, toutefois ça me tenait à cœur de le souligner.

En bref, le second tome de Terre de Brume est à la hauteur du premier. Cindy Van Wilder propose un bon divertissement sous forme d’un page-turner efficace en traitant de manière métaphorique de thématiques fortes comme l’écologie, la résilience ou l’identité de genre. Ce roman est à recommander à des lecteurs plus jeunes ou inexpérimentés qui s’y retrouveront là où les lecteurs confirmés et tatillons lui attribueront un certain nombre de défauts. Personnellement, j’ai passé un agréable moment de lecture et parfois, c’est tout ce qui compte.

#PLIB2019 Rouille – Floriane Soulas

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Rouille
est le premier roman de l’autrice française Floriane Soulas. Publié chez Scrinéo, vous trouverez ce one-shot au prix de 16.90 euros partout en librairie.
Cette lecture a été réalisée dans le cadre du PLIB 2019 !

Rouille se déroule en 1897, dans un Paris aux allures steampunk. À l’extérieur du Dôme, la population pauvre de la capitale survit comme elle le peut. Le lecteur suit principalement Violante, une prostituée officiant sous le pseudonyme de Duchesse au sein des Jardins Mécaniques, un établissement appartenant à Léon, son souteneur. Violante est amnésique depuis un accident survenu trois ans auparavant et est en quête de son identité, aidée par son amie Satine. Cette dernière disparait soudain sans laisser de traces et Violante décide de braver les interdits pour enquêter.

Avant d’aller plus loin dans cette chronique, je tiens à préciser que je ne suis pas du tout le public cible de ce roman. Je pense que c’est pour cette raison que je suis passée à côté. Et pour continuer dans l’honnêteté, si je n’y étais pas tenue par le PLIB, je n’aurais pas acheté / lu ce roman (et par extension, que je ne l’aurai pas chroniqué).

Pourtant, Rouille a certaines qualités. Déjà, la plume de l’autrice qui est simple, accessible et maîtrisée surtout pour un premier roman. Floriane Soulas ne se perd pas en fioritures inutiles, elle va droit au but et dépeint bien l’univers qu’elle a imaginé. D’ailleurs, cet univers est plutôt intéressant même s’il reste globalement classique. On ignore comment mais l’humanité est parvenue à voyager jusqu’à la Lune, ce qui a permis l’arrivée de nouveaux matériaux et un développement de la technologie des automates ou des hybrides. L’extérieur du Dôme est divisé en plusieurs quartiers, sous l’influence de différentes bandes et l’intérieur déborde de faste, de richesse, c’est presque un monde à part. J’ai apprécié l’ambiance générale dégagée par le texte pourtant vous voyez déjà se dessiner les contours de ce qui a bloqué, à mon goût.

C’est classique. Trop classique et convenu, limite manichéen par moment. On s’attend à tout ce qui se passe et on voit venir la fin de loin. Les personnages sont malheureusement des archétypes sans surprises et l’intrigue n’a pas de réel rebondissement. Dès le début, l’autrice alterne les points de vue ce qui permet au lecteur d’être par moment dans la tête de celui qui enlève les filles et les enfants de Paris. Le problème, c’est que ça bousille le suspens car les indices donnés sont trop gros pour qu’on passe à côté. Et pourtant, je suis une lectrice naïve assez facile à balader, à ce niveau. On ne se demande pas longtemps quel est le but de cette personne, les pièces se mettent en place bien trop aisément et on attend juste que les protagonistes s’en rendent compte pour que tout se débloque. J’ai senti venir la fin au premier tiers du bouquin (grosso modo, il y a quand même eu un ou deux petits éléments inattendus) du coup je ne suis pas parvenue à m’intéresser à l’histoire.

Pas plus qu’aux personnages d’ailleurs puisqu’ils correspondent tous à des archétypes. Ils manquent même parfois de crédibilité. Je pense à Léon parce qu’il est celui chez qui ça m’a paru le plus évident. Dans le genre chef de bande proxénète trop gentil on fait difficilement pire… La scène finale m’a achevée à ce niveau. Après, j’ai conscience qu’on reste dans un roman young adult et qu’il y a beaucoup de lecteurs moins tatillons que moi qui y trouveront leur compte. Ce texte a d’ailleurs un beau petit succès et je suis contente pour son autrice, d’autant qu’il s’agit d’un premier roman ! C’est très encourageant pour un début de carrière.

Alors quand on remet ça en perspective… Oui, Rouille est un texte trop classique à mon goût et sans réelle surprise dans son déroulement. Mais pour un premier roman et à destination du grand public, il remplit efficacement son rôle de bon divertissement. Parfois, c’est tout ce dont un lecteur a besoin.

Pour résumer, Rouille ne révolutionne pas le genre dans lequel il se place (uchronie / dérivé steampunk) et propose des personnages trop archétypaux à mon goût. L’intrigue manque de surprise car l’autrice révèle trop facilement des éléments clés, ce qui empêche d’entretenir le suspens de manière efficace. Pourtant, ce roman se lit tout seul, on ne sent pas les pages se tourner. Il ravira les lecteurs qui cherchent un divertissement sans prise de tête dans un Paris steampunk du 19e siècle.

#PLIB2019 Terre de Brume #1 le sanctuaire des dieux – Cindy Van Wilder

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Le sanctuaire des dieux
est le premier tome de la saga Terre de Brume proposée par l’autrice belge Cindy Van Wilder. Publié chez Rageot, vous trouverez ce roman au prix de 16.90 euros.
Je remercie les Éditions Rageot pour l’envoi du fichier numérique de ce roman dans le cadre du PLIB.
Ceci est ma dix-septième lecture dans le cadre du Printemps de l’Imaginaire francophone.

Terre de Brume prend place dans un univers imaginaire qui a connu un Bouleversement. La Brume, sorte de résidu toxique émit lors de l’utilisation de la magie, s’est exfiltrée des réservoirs où on la conservait, s’est répandue sur le monde et a tué une grande partie de tout ce qui vit (faune et flore incluse, d’ailleurs il n’y a plus de vent !). Seuls quelques Survivants parviennent à exister dans des sanctuaires, sous la houlette ou la protection de certains pratiquants de la magie. Hélas, une vague de Brume dévastatrice, peuplée par des monstres, arrive droit sur le temple des prêtres de l’eau où étudie Héra pour devenir une guerrière. La nouvelle, apportée par la Sœur de Feu Intissar, déclenche la panique mais trop tard. Les deux jeunes filles vont devoir s’unir pour affronter cette menace et sauver ce qui peut l’être.

Je vais être honnête, j’étais très peu emballée à l’idée de lire ce roman. Pourtant, j’aime beaucoup l’autrice en tant que personne. En salon, elle est toujours souriante, lumineuse, elle déborde de joie de vivre. C’est super agréable de lui parler ! Mais j’avais lu son roman, Memorex et si j’avais apprécié, je n’en ai pas été transcendée. Je sais très bien que je n’appartiens pas à son public cible, peu importe à quel point ça me frustre. Le pitch ne m’inspirait pas plus que ça et le fait qu’il soit destiné à un public jeune, à la limite adolescent, me faisait m’attendre au pire. Pour ne rien arranger, le pdf offert par l’éditeur affichait une mention « Éditions Rageot 2018 » à travers toutes les pages ce qui, on ne va pas se mentir, était assez rebutant. Pourtant, j’ai commencé ce roman et l’ai lu d’une traite en un peu plus de deux heures ! Temps qu’il a fallu au train pour effectuer le trajet Liège / Mons et m’emmener à Trolls et Légendes. Ce fut donc une très bonne surprise ! J’étais tellement passionnée que, finalement, je ne prenais même plus garde à la mention en travers du texte.

Dès le départ, Cindy Van Wilder nous dépeint un univers intriguant. Le prologue nous place du point de vue de Pylos, un passeur qui se remémore du monde d’avant la Brume et qui conduit un groupe de prêtres jusqu’au pied du mont Olympus. La suite du roman se déroule 17 ans plus tard, du point de vue alterné d’Hera et d’Intissar dans des narrations à la première personne. Si ces deux héroïnes paraissent d’abord assez stéréotypées et se retrouvent vite animées par de (trop) bons sentiments, je n’ai jamais eu la sensation d’un manque de crédibilité. Même si les évènements s’enchaînent à toute vitesse, l’autrice prend le temps de développer les émotions de ses personnages sans en faire trop ou sans que ça ne devienne lourd. Certes, les héroïnes sont des adolescentes mais elles s’éloignent des habituelles gourdes ou pire, mary-sue, qu’on rencontre trop souvent dans la littérature dédiée à un public plus jeune. Si j’ai eu quelques fois envie de gifler Héra, ça m’est vite passé face aux épreuves qu’elle doit affronter. Elle a su m’impressionner par sa résilience !

L’autre personnage intéressant, du moins pour moi, c’est l’antagoniste. On ne sait pas grand chose du mystérieux Dédale au début du roman et les liens ne sautent pas tout de suite aux yeux. Pourtant, dès l’instant où il apparait, je l’ai immédiatement apprécié (ne me jugez pas ->). Il renforce l’aspect métaphorique (je vous en parle juste après) et critique sociale par la façon dont il réussit à convertir les gens à ses idéaux et par la justification qu’il donne à ses actes. Sa présence apporte une dimension supplémentaire à Terre de Brume qui n’est pas pour me déplaire.

Sur fond de métaphore environnementale (je n’ai pas pu m’empêcher de faire des rapprochements entre la brume et l’énergie nucléaire mais je me trompe peut-être), Cindy van Wilder tire la sonnette d’alarme et pousse son lecteur à réfléchir à ces problématiques tout en proposant une intrigue prenante. Certes, cette dernière n’est pas sans défaut et certaines avancées manquent de crédibilité. Comme par hasard, une des héroïnes entend une importante conversation la nuit juste avant que les deux protagonistes concernés se fassent assassiner, ce qui lui permet de quand même continuer leur quête et surtout de savoir dans quelle direction chercher. J’ai trouvé ça un peu dommage mais ce sont des ressors narratifs convenus qu’on retrouve malheureusement souvent. C’est un des points qui m’a un peu agacée toutefois je pense qu’on est moins tatillon là-dessus en littérature jeunesse / ado. Je n’en ai pas suffisamment lu pour pouvoir l’affirmer.

Autre point intéressant, le texte emprunte beaucoup à la mythologie grecque: les lieux, les décors, les noms, les conceptions, ce qui ravira les aficionados auxquels j’appartiens. L’autrice se réapproprie tous ces éléments pour créer un monde bien à elle mais référencé, dans lequel le lecteur ne se perd jamais.

Pour résumer, j’ai passé un bon moment avec ce texte et je compte même acheter la suite aux Imaginales ! Cindy Van Wilder a su me convaincre avec ses héroïnes et son surprenant antagoniste, aussi bien qu’elle a su m’immerger dans son univers aux contours prometteurs. Je recommande ce titre à ceux qui désirent s’initier à la fantasy et aux lecteurs adeptes de textes young adult, Terre de Brume leur est très clairement destiné mais il n’est pas pour autant dénué d’intérêt pour les autres. Les plus exigeants y trouveront un bon divertissement léger qui permet de souffler entre deux lectures !

#PLIB2019 – mes votes pour élire les finalistes !

Salut tout le monde !
Comme vous le savez peut-être, je suis jurée pour le PLIB 2019 ou Prix Littéraire de l’Imaginaire Booktubers App dans sa version longue. Si vous voulez en savoir plus, je vous renvoie à la présentation concise présente sur le site officiel. Paraphraser, après tout, ça n’a jamais été mon délire.

Dans un premier temps, nous devions chacun proposer plusieurs romans puis voter pour une présélection de 20 titres. Enfin, 20 en théorie parce qu’il y a eu un ex-aequo donc on se retrouve avec 21 romans en tout. Il s’agissait ensuite d’en choisir cinq parmi ceux-là, qui seront finalistes du prix. Certains se décident sur base du résumé et de la couverture mais pour ma part, j’avais envie d’en lire un maximum pour sélectionner en mon âme et conscience. Du coup, ouais, j’ai pris de l’avance sur la finale… Enfin, j’espère 😛 Je n’ai évidemment pas pu lire les 21 titres mais j’ai lu ceux qui m’intéressaient et cela m’a permis de faire un choix.

Ça n’a vraiment pas été facile du tout ! Trois romans se sont imposés et je n’ai pas trop hésité pour le quatrième. Par contre, trois autres livres se disputaient ma dernière place libre et j’ai du relire mes chroniques pour me décider. Sans plus attendre, voici ma sélection !

 

1. Les nuages de Magellan – Estelle Faye (Scrineo)
2. La fille qui tressait les nuages – Céline Chevet (Chat Noir)
3. Le Passageur – Andoryss (Lynks)
4. Comment le dire à la nuit? – Vincent Tassy (Chat Noir)
5. Le Dieu-Oiseau – Aurélie Wellenstein (Scrineo)

Pour les curieux, voici la liste des 21 sélectionnés.
Du coup, quelle serait votre sélection, si vous deviez choisir ? 🙂

Rendez-vous en mars pour l’annonce des finalistes !

#PLIB2019 Dix jours avant la fin du monde – Manon Fargetton

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Dix jours avant la fin du monde
est un one-shot pré-apocalyptique écrit par l’autrice française Manon Fargetton. Édité chez Gallimard Jeunesse (conseillé à partir de 13 ans) vous le trouverez au prix de 19 euros.

Vous le savez, j’adore Manon Fargetton et c’est pour cette raison que j’ai acheté ce roman. Pourtant, je n’aime pas vraiment les ambiances apocalyptiques et j’avais conscience de ne pas être le public cible. Mais quitte à sortir de sa zone de confort, autant que ce soit en compagnie d’une autrice talentueuse. Pari plutôt heureux je dois dire. Petit mot également sur le genre du texte: je préfère parler de pré-apocalyptique parce que ça se passe avant une apocalypse et je trouve que ce n’est pas vraiment de la science-fiction. Disons que ça laisse à interprétation. Du coup, voilà, je zut Gallimard et je fais mon classement à moi (rébellioooooon.) !

Nous suivons plusieurs protagonistes dans une alternance de point de vue au sein de chapitres courts : Lili-Ann, Valentin, Brahim, Gwen, Sara et Béatrice. Chacun d’eux est différent, a sa personnalité et son vécu. Leurs vies vont se croiser alors que la fin du monde approche. Ils ont encore dix jours à vivre, dix jours avant que les lignes d’explosion n’atteignent la France. Et vous, que feriez-vous dans la même situation? Chercheriez-vous à retrouver votre famille, comme Lili-Ann? À finir votre roman, comme Gwen? À aider votre prochain, comme Brahim? À respecter votre devoir jusqu’au bout, comme Béatrice? À rejoindre vos amis avec l’homme de votre vie, comme Sara? À vivre enfin, tout simplement, comme Valentin?

Manon Fargetton propose un texte davantage axé sur l’humain et sur la réflexion que sur l’action. Un peu comme Céline Saint Charle dans #SeulAuMonde, elle propose des portraits d’individus qui réagissent tous à leur manière face à ce drame à venir. Elle passe des messages forts quoi qu’un peu utopistes à mon goût mais ça reste un roman à destination d’un public plus jeune à qui il est important de véhiculer ce genre de valeurs.

Addictif, Dix jours avant la fin du monde l’est incontestablement. Malgré ses 464 pages, il se lit très rapidement et ne manque pas de rythme. On se sent proches des protagonistes et on tourne chaque page avec un décompte haletant dans notre tête. Plus on se rapproche de la fin et plus l’angoisse monte. Un pari réussi ! Ce succès tient aussi à la plume maîtrisée de l’autrice, qui ne perd rien de sa qualité au fil de ses parutions.

Si vous aimez les romans où on vous donne toutes les réponses, ce livre n’est pas pour vous. Manon Fargetton laisse une grande place à l’interprétation. Qu’est-ce qui déclenche les explosions? On l’ignore. Que se passe-t-il pour l’humanité, après ça? Pareil. Et finalement, le roman de Gwen… ? À vous de décider. On ne peut que deviner. De toute façon, ce roman n’est pas là pour parler d’une catastrophe ou d’une équipe qui sauvera / repeuplera le monde. Non. Il s’axe sur l’humain. Il en montre le beau comme le mauvais côté, laisse coexister des types de réactions, des visions de la vie, sans forcément apporter un jugement. C’est le genre de texte qui fait réfléchir.

En bref, Manon Fargetton signe un one-shot pré-apocalyptique humain, addictif et positif. Elle choisit d’axer son récit sur la psychologie de ses personnages et leurs états d’âme en proposant des protagonistes très diversifiés. Si le texte manque de réponses aux questions qu’il induit chez le lecteur, il lui laisse par contre une grande place pour l’interprétation et l’imagination. Une chouette lecture qui plaira aux amoureux du genre et que je vous recommande, comme toute la bibliographie de l’autrice.

#PLIB2019 La fille qui tressait les nuages – Céline Chevet

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La fille qui tressait les nuages est un thriller psychologique / tranche de vie surréaliste écrit par l’autrice française Céline Chevet. Publié aux Éditions du Chat Noir dans la collection Neko, vous trouverez ce roman au prix de 19.90 euros.
Ce roman fait partie des 21 sélectionnés pour le #PLIB2019.

Ce roman se déroule dans un Japon à la fois contemporain et surréaliste (j’y reviens plus bas). Nous y rencontrons Julian, un métis (anglais / japonais) et lycéen ordinaire qui souffre toujours du deuil de la fille dont il était amoureux: la petite sœur de son meilleur ami Souichiro. Il ne parvient pas à tourner la page, d’autant que sa mémoire occulte une grande partie de ce qui est arrivé ce jour-là. Au fil de l’histoire, Julian ne va plus pouvoir se voiler la face et aidé par Akiko, il s’emploiera à dénouer les fils du mystère.

Le résumé que je viens de fournir ne rend pas justice au roman et peut paraître aussi pauvre que niais, si pas ennuyeux. Détrompez-vous ! Il est simplement assez difficile de parler d’un roman surréaliste sans vous gâcher le plaisir de la découverte. Quand je dis surréaliste, ce n’est pas tant dans le mode d’écriture (après, je ne sais pas comment l’autrice s’y est prise :p) que dans son expression littéraire au sein de cette diégèse. Pour les novices, le surréalisme selon André Breton est un « automatisme psychique pur, par lequel on se propose d’exprimer, soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée. » Dans ce Japon contemporain, la pensée se manifeste de manière physique. Céline Chevet propose ainsi un univers fort avec un absurde poétique tout nippon. Le plus beau, c’est que pour les personnages, tout cela est normal et personne n’essaie de l’expliquer. Ça existe, c’est tout. C’est comme ça. J’ai trouvé ce parti pris rafraichissant.

On peut considérer la fille qui tressait les nuages comme un thriller psychologique et onirique à la fois, sur fond de tourments adolescents. L’enjeu du roman, c’est de découvrir la vérité quant au décès de la petite sœur de Souichiro. Ainsi, l’autrice joue avec une alternance de point de vue et de temps. Julian, par exemple, le protagoniste principal, a des chapitres rédigés à la première personne du singulier. On a parfois l’impression qu’il raconte certains des autres chapitres comme un narrateur omniscient mais cette certitude se brouille à d’autres moments en proposant presque un jeu de piste narratif quand ce sont d’autres personnages, comme Souichiro ou Akiko, qui reprennent la main dans une narration, cette fois à la troisième personne. À un moment du récit, l’apparition d’un journal intime romancé (je n’en révèle pas plus pour ne pas spoiler) permet d’en apprendre davantage sur le passé de la famille et sur le mal dont souffrait la petite sœur (je tais volontairement son prénom depuis le début sinon je vous gâche tout 🙂 ). Ce journal contient une sacrée dose de macabre et les amoureux des chats en auront l’estomac retourné. Vous êtes prévenus !

On se rend rapidement compte que des histoires assez sombres et malsaines hantent le passé de la famille Sakai. Si j’ai deviné certains éléments de l’intrigue, d’autres ont réussi à me prendre totalement au dépourvu ! Une chose est sûre, ce titre est très addictif même s’il ne déborde pas d’une action haletante comme ce qu’on imagine souvent en parlant de thriller. Il prend aux tripes, donne envie de le scruter sous tous les angles et d’avancer jusqu’au grand final. D’ailleurs, je l’ai lu sur une journée, emportée par la plume sûre et poétique de Céline Chevet dont c’est, je pense, le premier roman bien qu’elle ait publié deux ou trois nouvelles dans des anthologies (dont celle du Bal Masqué au Chat Noir).

Pour résumer, la fille qui tressait les nuages est une vraie réussite et un premier roman excellent pour la nouvelle collection Neko des Éditions du Chat Noir. Céline Chevet nous emmène dans un Japon contemporain et surréaliste pour détisser la trame d’un drame familial. Avec des personnages à la personnalité marquée et des psychologies touchantes, elle embarque son lecteur qui aura du mal à poser son roman avant d’en avoir tourné la dernière page. Je recommande très chaudement ce titre qui fera sans hésitation partie de ma sélection pour les cinq finalistes du PLIB !