#PIF2019 – mon bilan

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Salut tout le monde !
Depuis le 1er mars, si vous avez un peu suivi le blog, vous savez que je participais au Printemps de l’Imaginaire francophone. J’adore ce challenge ! En plus, cette année, on a eu droit à de nouveaux paliers, de nouveaux défis, ce fut très intense ♥ C’est donc l’heure du bilan et de constater si j’ai bien atteint mes objectifs. Pour rappel, voici l’article de présentation.

Mon palier: Bibliothécaire céleste.
Il s’agissait de lire 15 livres, défi relevé puisque j’en ai lu 27.

Mes options : Guerrière des mots et Bourre-Pif.
J’ai bien lu un livre par défi, par contre il m’en manque 3 pour parvenir à valider le Bourre-Pif. FRUSTRATION ! Je pensais moins mais j’ai sauté un chiffre dans mon compte, du coup en fait… Bref. Le pire, c’est que j’ai sauté de 4 à 6 donc je suis en décalage depuis belle lurette. Boulet quoi.

Mes défis:
Ceux en italique sont les défis que je n’ai pas pu réaliser. Les autres sont validés !
– Lire un auteur / une autrice européen(ne) francophone qui ne soit pas français(e)
– Lire un livre en rapport avec le printemps
– Lire un livre d’au moins 500 pages
– Ne lire que des romans
– Lire un auto-édité
– Lire un livre d’une petite maison d’édition
– Lire un livre dont le personnage principal est féminin
– Lire un livre écrit par une autrice
– Continuer ou terminer une série
– Lire une relique de ma PàL
Lire un roman découvert pendant le challenge
Lire un livre inspiré des légendes celtiques
– Partager un avis lecture ailleurs que sur le groupe facebook : je le fais systématiquement.
– Convaincre une personne de lire un livre d’imaginaire francophone alors qu’il ou elle n’en lit pas souvent

Mes 27 lectures :

Mon sentiment:
La raison d’être première du blog, c’est de mettre en avant la littérature SFFF francophone. C’est donc assez naturellement que je participe à ce défi même s’il ne change pas grand chose dans mes habitudes. Pour l’année prochaine, j’aimerai me contraindre à lire vraiment à 100% des auteurs francophones pendant ces trois mois. Ici, quelques anglophones se sont glissés, la faute aux services presses et je le regrette parce que ça m’aurait permis de valider mon second défi.
Autre petit regret, l’organisatrice ayant appris sa grossesse début mars et eu besoin de s’occuper d’elle (ce qui est totalement normal d’ailleurs ♥) le groupe facebook manquait d’animation. Du moins, à mon goût. Heureusement, il restait des personnes pour poster mais voilà, sur la fin… La communauté suivait moins.
Je souhaiterai aussi, pour 2020, mettre en avant davantage de plus petits éditeurs, donner leur chance à plus d’auto-édités et fouiller plus en profondeur les sites comme Simplement.Pro. Ici, j’en ai quand même lu plusieurs de structures plus grosses et c’est dommage car ça aurait été l’occasion de permettre aux autres participants de découvrir des maisons d’édition un peu moins sur le devant de la scène.
Par contre, sur un plan plus positif, j’ai découvert énormément de romans venus du Québec grâce à l’un des participants et j’ai eu des échanges intéressants avec plusieurs personnes sur divers titres. Je m’en suis noté quelques uns pour plus tard, d’ailleurs.

En bref, je me réjouis que ce défi recommence en 2020 et j’espère que de plus en plus de gens y participeront ♥ Il gagne à être connu !

Et vous, vous y avez participé? Ça vous tente? 🙂

Grand Siècle #3 la conquête de la Sphère – Johan Heliot

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La conquête de la Sphère est le troisième (et dernier) tome de la saga Grand Siècle écrite par l’auteur français Johan Heliot. Publié chez Mnémos, vous trouverez ce roman dans la collection Icare au prix de 19 euros.
Je remercie les éditions Mnémos et Nathalie pour ce service presse.
Ceci est ma 28e lecture (et dernière) pour le Printemps de l’Imaginaire francophone.

Honnêtement, je trouve toujours délicat de chroniquer un tome 3 sans, d’une part, se montrer redondant et de l’autre, spoiler des éléments entiers de l’intrigue. Je vais donc commencer par vous renvoyer à ma chronique du tome 1 et à celle du tome 2. Une partie de cette chronique sera surlignée de blanc, afin de dissimuler les éléments d’intrigue divulgués tout en fournissant à ceux qui le souhaite un retour complet doublé d’une certaine analyse. Pour les autres, ce sera un peu une chronique à trou et je m’en excuse.

La conquête de la Sphère, comme son nom l’indique, marque l’ultime mise en place du plan de l’Intelligence, arrivée sur Terre presque cinquante ans plus tôt. À l’instar des autres romans, celui-ci se déroule sur plusieurs années et continue de suivre les (més)aventures des enfants Caron, devenus adultes et même vieux pour certains. Pierre et Jeanne ont fuit Paris à la fin de l’envol du Soleil et se sont réfugiés en Bohème depuis quelques temps déjà quand le Pape pousse le Saint-Empire à lever une Sainte Coalition afin d’affronter le roi de France par l’entremise de son frère Philippe (quel personnage d’ailleurs !). Jeanne, Pierre et Stepan, qui va plus ou moins devenir leur fils adoptif, s’enrôlent donc pour ramasser les morts sur le champ de bataille. Du côté d’Estienne, après le meurtre de l’ancien amant de sa sœur (qui lui-même a tué Petit Pierre dans le tome précédent) il est enfermé dans une cellule par l’Intelligence qui a de grands projets pour lui. En effet, sa compatibilité d’esprit avec le Roi Louis fera d’Estienne un réceptacle efficace pour la copie du Roi qui souhaite accompagner l’Intelligence dans son exploration spatiale. Il retrouvera ainsi Martin, toujours officier sur le Soleil, malgré un momentané passage en soute pour le punir du meurtre d’un collègue. Estienne comme lui auront droit à des éclaircissements de la part de l’Intelligence sur les réels motifs de sa venue et de cet investissement envers l’espace. Enfin, Marie est contrainte de vendre sa fille (pour rappel, la bâtarde du Roi Louis) à une noble dame, ce qui offre à la petite Jeannette une vie plus belle, du moins jusqu’à ce que la guerre arrive aux portes de Paris. Marie, quant à elle, connaîtra un bien funeste destin.

Dans sa trilogie qui s’étend sur une cinquantaine d’années, Johan Heliot réussit avec brio l’évolution des différents protagonistes et parvient à passionner son lecteur pour chacun d’eux. Du même coup, il réfléchit intelligemment à l’évolution de son monde. Je vous parlais des éclairages effluviques et de l’appareil de luxovision dans le second tome, ils se démocratisent de plus en plus partout dans Paris jusqu’à devenir de véritables outils de propagande. Johan Heliot en profite pour pousser le lecteur à réfléchir à la place des médias dans notre propre société et à la nécessité d’un esprit critique affuté sans toutefois tomber dans le moralisme à deux ronds.

Et c’est ce que j’apprécie tout particulièrement chez cet auteur. En plus d’être, selon moi, le maître de l’uchronie francophone, il parsème ses récits de réflexion philosophico-sociales au détour d’une remarque d’un personnage ou d’une situation inattendue. J’ai particulièrement apprécié la façon dont Jeanne en vient à remettre en question la force de la plume face à l’épée, en nuançant cet utopisme presque naïf qu’elle avait dans les deux tomes précédents. Cela donne au récit un petit côté désabusé assez triste mais terriblement actuel et pertinent.

Quant à la fin… Quelle ironie, finalement ! J’ai ressenti une forme d’amertume pour Pierre, laissé en arrière face à son destin mais aussi un vrai plaisir à l’idée de cette Angleterre qui ouvre ses portes aux enfants Caron, permettant à Jeannette de développer ses prédispositions scientifiques. La fatalité voudra que, peu importe les manipulations de l’Histoire, l’impérialisme anglais trouve toujours un chemin, même en dehors des frontières terriennes. Ce qui ne manque pas d’intérêt, c’est également la réflexion développée sur la partie concernant le voyage dans l’espace, le sacrifice des hommes pour le plus grand bien, l’égoïsme de certains et ce final en demi-teinte. Johan Heliot prend ainsi le contrepied des séries bien pensantes en proposant une réflexion à la fois réaliste et positive de l’Humanité, à travers le regard de l’Intelligence.

J’aurai aimé dire davantage mais je ne vois pas l’utilité de me répéter ou de reprendre des morceaux entiers de mes précédentes chroniques dont les liens sont rappelés plus haut dans ce billet. Grand Siècle se caractérise par la constance de l’auteur qui fournit chaque fois un tome égal au précédent en terme de qualité, fourmillant d’idées aussi osées que plaisantes, avec un vrai fond et une plume délicieusement maîtrisée. Je suis ravie qu’un auteur ait eu l’idée et le culot d’écrire un roman de science-fiction qui prend place à l’époque de Louis XIV. Je salue l’initiative et félicite les éditions Mnémos d’avoir publié ce chef-d’œuvre dont je recommande la lecture à tous ceux qui n’ont pas peur des nouvelles expériences. Ça vaut le coup, pour autant qu’on garde l’esprit ouvert !

La croisade éternelle #1 la prêtresse esclave – Victor Fleury

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La prêtresse esclave est le premier tome de la saga intitulée « la croisade éternelle » écrite par l’auteur français Victor Fleury. Publié chez Bragelonne, vous trouverez ce roman au prix de 22 euros.
Je remercie l’auteur et les éditions Bragelonne pour ce service presse !
Ceci est ma 27e lecture pour le Printemps de l’Imaginaire francophone.
Ceci est ma 7e lecture pour le mois de la fantasy et complète les défis suivants: un livre écrit par un auteur français, une nouveauté de ma PàL.

Nisaba est l’oblate de peau de l’héritier Akurgal, qu’elle doit servir malgré la haine qu’elle voue à la famille régnante et les abus que son maître commet sur elle de manière détournée. Pour prouver sa valeur à sa mère, Akurgal décide de partir en croisade, mater les infidèles qui résistent à l’expansion de leur empire. Obligée de le suivre à cause de leur lien, Nisaba doit abandonner son fils et pourrait ne jamais revenir à la capitale car quelqu’un semble décidé à attenter à la vie de l’infant. Voilà grosso modo le pitch de départ mais ne vous inquiétez pas, ce roman a davantage à offrir !

Commençons par évoquer l’univers d’une éclatante richesse développé par Victor Fleury. Le lecteur évolue au sein du Pays-des-Deux-Fleuves dont l’ambiance m’a d’abord évoqué la société inca. Après discussion avec l’auteur, il s’avère que son inspiration vient plutôt davantage du côté mésopotamien mais comme je connais mal cette civilisation en dehors de ce que j’ai pu en apprendre à l’école… L’un dans l’autre, Victor Fleury choisit non seulement de s’éloigner du traditionnel Moyen-Âge mais aussi des inspirations antiques habituelles tirées de l’empire romain, ce que je trouve très appréciable.

Dans cette société, la famille régnante est descendante des dieux, divinités d’ailleurs véritablement présentes dans le récit à certains moments, ce qui donne un aspect surnaturel à la croisade éternelle en plus de la maîtrise d’un type de magie nommée l’Irradiance qui s’oppose à celle du Tréfond. Parce qu’ils descendent des dieux, ils ont le droit de s’affilier des oblats, des esclaves qui leur permettent d’étendre leur pouvoir et leurs capacités. Pour prendre l’exemple d’Akurgal, il dispose d’un oblat de puissance qui lui évite de devoir s’entrainer, d’un oblat de mémoire qui rend inutile toute étude de sa part, d’une oblate de peau qui partage toutes ses sensations… Et va s’en trouver deux autres pendant le récit, je ne vous en dit pas plus pour ne pas gâcher la surprise. Le lien qui unit l’oblat à son maître est à sens unique et les prive de toute intimité. L’oblat de mémoire partage toutes les pensées immédiates de son maître, l’oblat de peau, toutes ses sensations… Ces liens sont complètement malsains et forcément, difficiles à vivre.

Surtout quand on connait la relation qui unissait jadis Akurgal et Nisaba, l’héroïne du roman et la fameuse prêtresse-esclave du titre. Leur passif se révèle petit à petit au lecteur par des séries de réminiscences qui viennent à Nisaba, souvent sous l’influence de drogue. Et oui, ce lien est tellement difficile à vivre que la pauvre n’a trouvé que ce moyen pour échapper à ces viols détournés, à cette pression psychologique que l’Infant lui impose en essayant (maladroitement) de la ramener à lui. Outre l’intrigue principale du roman qui tourne autour de la guerre, de la religion et des conflits de succession, on a aussi droit d’en apprendre davantage sur leur intimité, le tout avec un équilibre qui manque trop souvent dans ce genre de roman.

Je ne vous brosse ici qu’une rapide esquisse de l’univers qui confirme le talent de Victor Fleury à proposer des romans qui sortent du lot et rafraichissent les genres dans lesquels ils s’inscrivent (rappelez-vous de ma chronique sur l’Homme Électrique). Pourtant, ce n’est pas sa seule réussite. La galerie de personnages qu’il propose séduira le lecteur avide de protagonistes en nuances de gris. Mes sentiments n’arrêtaient pas de changer au fil du récit, allant de la pitié à la compassion puis au dégoût, pour finalement revenir à la pitié… Victor Fleury joue avec nos émotions pile comme j’aime et ce, sans sacrifier le rythme de l’intrigue.

Parce qu’il se passe toujours quelque chose, dans la croisade éternelle. L’auteur parvient à conserver une action régulière sans nous perdre dans son univers dense, en distillant juste quand le besoin s’en fait sentir les informations nécessaires pour appréhender les contours de son monde. Il m’a embarquée dans son histoire dont je ressors difficilement, surtout à la lecture de la toute dernière ligne. Il a eu de la chance que je le termine après les Imaginales, sans quoi j’aurai été l’étrangler ! Ou je l’aurai enlevé pour l’obliger à écrire plus vite la suite. Vous l’avez compris, c’est un roman à côté duquel il vaut mieux éviter de passer.

Pour résumer, le premier tome de la croisade éternelle est un coup de cœur. Victor Fleury propose un monde inspiré de la cruelle Mésopotamie et réinventé à sa sauce dans lequel il plonge le lecteur avec tact, sans l’assommer d’informations inutiles. Sa galerie de personnage brille par sa diversité ainsi que par son absence de manichéisme et ne manquera pas de provoquer des sentiments aussi nombreux que violents chez le lecteur. Ce dernier aura d’ailleurs bien du mal à reposer ce tome. On ne peut qu’espérer une suite rapide publiée par Bragelonne !

Olangar, bans et barricades #1 – Clément Bouhélier

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Olangar
est un diptyque de fantasy écrit par l’auteur français Clément Bouhélier. Publié chez Critic, vous trouverez ce premier tome au prix de 22 euros.
Ceci est ma 26e lecture dans le cadre du Printemps de l’Imaginaire francophone.
Ceci est ma 6e lecture pour le Mois de la Fantasy et complète les défis suivants : un livre écrit par un auteur français, une relique de ma PàL.

Les élections approchent à Olangar et trois partis se disputent le pouvoir. Chacun y va de son programme, de sa promesse, pendant que les ouvriers meurent sur des chantiers navals. Baldek Istömin travaille pour la Confrérie des nains. Il protège les siens et quand il flaire une affaire louche, il compte en profiter pour se battre, allant jusqu’à la grève générale.
Parallèlement à cela, Evyna arrive à Olangar pour chercher des réponses au sujet du meurtre de son frère. Son père lui a conseillé de s’adresser à l’un de ses vieux amis et camarade militaire, l’elfe Torgend, qui croupit en prison pour agression. L’elfe banni s’allie alors à la jeune femme pour découvrir la vérité. Et il se pourrait que toutes ces affaires soient liées…

Je n’étais pas spécialement attirée par le roman à l’origine, jusqu’à découvrir la critique du Troll qui m’a mis l’eau à la bouche. Ni une ni deux, j’ai foncé chez mon librairie puis… J’ai attendu. Quoi, exactement? Je ne le sais toujours pas aujourd’hui. Mais à l’approche des Imaginales, prise d’une soudaine impulsion, j’ai décidé de lire ce premier tome afin de, potentiellement, me procurer le second. Si tant est que j’accroche à l’histoire…

Honnêtement, j’achète la suite dès jeudi en arrivant.

L’univers proposé par Clément Bouhélier est original et constitue la grande force du roman. Certes, il utilise des créatures assez communes du bestiaire fantasy. Bonjour les orcs, les nains et les elfes. Pourtant, il ne se contente pas d’une énième redite à la sauce médiévale, que nenni ! L’auteur préfère placer ses personnages dans un contexte post révolution industrielle où la population se crève dans les mines et sur les chantiers, pour produire toujours plus. Par ce biais, Clément Bouhélier propose un panorama social d’une grande justesse ainsi que son lot de critiques sur les différents acteurs du milieu. Je n’ai pas ressenti ce roman particulièrement engagé dans l’une ou l’autre idéologie, ce que je valide. Il apporte son lot de cynisme et tout le monde en prend pour son grade. À travers les réflexions des personnages ainsi que leurs actions, le lecteur en vient à remettre en question son propre quotidien et je trouve ça assez cocasse, finalement, d’achever ce roman à quelques jours des élections.

Si le contexte et le fond du roman constituent sa grande force, ils ne forment pas son unique attrait. Dans une narration à la troisième personne, l’écriture précise et maîtrisée de Clément Bouhélier nous entraine à la découverte de plusieurs personnages, certains plus importants que d’autres mais qui apportent tous leur pierre à l’édifice du récit. Un récit sur deux axes principaux qui parfois, se rejoignent.

Ainsi, le lecteur découvre d’abord Torgend, cet elfe banni par les siens pour une raison assez nébuleuse qu’on ne découvre que partiellement dans ses cauchemars. Cette entrée en matière est prétexte à découvrir les détails de la bataille d’Oqananga, ce qui servira probablement davantage dans les révélations attendues au sein du second tome. C’est ensuite au tour d’Evyna, une jeune noble qui ne manque pas de courage ni de détermination, sans pour autant être tête brûlée. Un personnage féminin qui sonne juste, qui sait se défendre sans devenir pour autant une guerrière invincible et qui ne recule devant rien. D’ailleurs, les femmes ont un rôle égal à celui des hommes dans ce roman et pour une fois, je trouve qu’elles sont bien représentées en sortant des stéréotypes habituels de maîtresse / gamine / insérez-le-cliché-suivant. Clément Bouhélier leur donne une véritable personnalité et, plus important, en les détachant totalement de leur apparence physique ! Ça peut paraître bête énoncé ainsi mais essayez de vous rappeler la dernière fois que ça vous est arrivé. Evyna, Tomine, Alnarea, Silja, toutes jouent un rôle décisif à un moment ou à un autre et restent dans les mémoires pour leur personnalité.

Par la suite, le lecteur rencontre Baldek et d’autres nains qui gravitent autour de lui, ce qui permet de plonger tête la première au sein d’une sorte de syndicat nanesque (ou nanique? 😉 #rda)  qui s’apparente parfois à une organisation criminelle organisée plus ou moins légale. Baldek est un nain intelligent qui n’hésite pas à se salir les mains pour la bonne cause et qui défend toujours l’intérêt des siens. Il intrigue pour ne jamais laisser une injustice ou une malversation impunie, ce qui va l’amener à rencontrer Evyna. C’est l’affaire concernant son frère qui lui met la puce à l’oreille et qui va lui permettre de découvrir le début d’une très sombre affaire.

Mais il n’y a pas que de la politique, dans Olangar. Il y a aussi des combats, beaucoup de combats. J’adore ! Clément Bouhélier s’en sort très bien dans la description des scènes. Il a pensé à tout, il connait son sujet sur un plan technique et stratégique, ce qui donne un texte crédible. Le soin qu’il a apporté à son roman est vraiment remarquable.

En bref et si ce n’était pas clair, j’ai adoré ce roman qui frôle le coup de cœur (à voir après la lecture du 2 !). Olangar propose une réécriture de fantasy classique en transposant des orcs, des nains et des elfes dans un univers post révolution industrielle où chacun doit se battre pour ses acquis sociaux. Sur fond de lutte politico-sociale, Olangar est non seulement un roman prenant avec une intrigue addictive et rythmée mais aussi un texte intelligent qui invite son lecteur à réfléchir sur des sujets d’actualité encore brûlants. Clément Bouhélier signe ici le premier tome d’un diptyque savoureux qui frôle l’excellence et lorsqu’on ferme ce roman, on n’a qu’une envie: foncer en librairie pour acheter la suite.

#PLIB2020 Les héritiers d’Higashi #1 Okami-Hime – Clémence Godefroy

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Okami-Hime est le premier tome de la saga des héritiers d’Higashi écrite par l’autrice française Clémence Godefroy. Publié aux Éditions du Chat Noir dans la collection Neko, vous trouverez ce titre au prix de 14.90 euros.
Ceci est ma 25e lecture pour le Printemps de l’Imaginaire francophone.
Ceci est ma 5e lecture pour le Mois de la Fantasy, il valide les catégories suivantes: un livre écrit par une femme, un livre écrit par un auteur francophone, une nouveauté de ma PàL et un livre avec une couverture bleue.

À Higashi, il existe plusieurs espèces de bakemonos qui prennent soin de vivre cachées depuis la fin de la grande guerre qui les opposa au clan Odai. Ces derniers règnent sans partage sur l’archipel depuis plus d’un siècle et c’est dans ce contexte que nous suivons l’histoire d’une série de personnages féminins. Ayané est une discipline de la Main Pure qui brûle de se voir confier une mission d’importance. Cela arrive quand on lui demande de protéger / surveiller une princesse otage de guerre, Numié Dayut. Une femme pas comme les autres, héritière d’un clan du Nord qui tient encore tête aux Odai.
Si l’intrigue principale se concentre sur Ayané et Numié, une intrigue parallèle se développe avec le personnage de Yoriko, une nekomata accro au jeu. Pour fuir ses dettes, elle va s’engager au palais et grimper les échelons jusqu’à devenir dame de compagnie. Cela permet au lecteur d’avoir un œil sur ce qui se passe là-bas et de comprendre davantage les tenants et aboutissants de l’univers sur un plan politique mais aussi social.

Un univers d’une grande richesse, donc. Clémence Godefroy exploite la mythologie japonaise avec brio et dépeint avec justesse cette ambiance toute nippone qui se ressent à chaque page du roman. Si elle n’a pas incorporé de lexique, cela ne se révèle pas gênant pour autant puisqu’elle prend la peine d’expliquer (et sans longueurs s’il vous plait) les différents termes en langue étrangère. Notez toutefois que je suis une habituée de ce type de littérature et que je consomme énormément de mangas, donc je manque peut-être un peu de recul là-dessus.

C’est toutefois justement la raison qui m’a fait dévorer ce roman: j’avais le sentiment de lire un manga. L’écriture maîtrisée de Clémence Godefroy permet d’aisément visualiser les différentes scènes, ce qui donne à son texte une dimension graphique dont je suis friande. Notez que ce qui est une qualité pour moi peut se transformer en défaut pour d’autres. Comme dans les mangas, les personnages paraissent parfois trop empreints d’émotions brutes, tout ce qui touche à la sphère sentimentale sera peut-être jugé comme trop passionné si pas illogique par certains mais là où ça me gêne dans les romans traditionnels, je n’ai eu aucun souci ici. Peut-être justement parce que je lisais Okami-Hime comme un manga plus que comme un roman.

Je le précise parce que, on ne va pas se mentir, il y a une romance assez présente dans le texte. Mais si elle a une certaine importance, elle n’éclipse pas non plus la totalité de l’univers pour s’épanouir. Au contraire ! Dans cette diégèse, ça colle. Et j’ai apprécié la justesse de l’autrice qui a su jongler avec les différents éléments de son roman pour trouver un bon équilibre. Outre le folklore et les évolutions de chaque protagoniste, Clémence Godefroy nous propose aussi de découvrir un morceau de société japonaise médiévale, principalement grâce à Yoriko, ce qui n’est pas dénué d’intérêt.

Quoi qu’il en soit, j’ai adoré ce texte dévoré presque d’une traite. J’ai du m’arrêter pour aller bosser mais je continuais sur mes pauses, avide de me replonger dans cet univers dont on s’imprègne si facilement. La passion de l’autrice pour le Japon se ressent au fil des pages et se transmet. Elle s’approprie cet univers si particulier à nos yeux occidentaux pour lui donner une identité propre et l’ensemble rend très bien.

Pour résumer, le premier tome des héritiers d’Higashi est une réussite. L’autrice emporte son lecteur dans un Japon médiéval et alternatif sur les traces des bakemonos. Dans un univers typé merveilleux et poétique comme un Ghibli avec une touche de peps et de modernité, Clémence Godefroy propose une intrigue tout public qui plaira aux aficionados de la culture nippone comme à ceux qui débutent car le texte reste, selon moi, très accessible. Je recommande chaudement ce roman et j’attends avec impatience de pouvoir lire la suite !

La Fée, la Pie et le Printemps – Elisabeth Ebory

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La Fée, la Pie et le Printemps est un one-shot de fantasy écrit par l’autrice française Elisabeth Ebory. Publié chez ActuSF dans la collection Bad Wolves, vous trouverez ce roman réédité en poche au prix de 8.90 euros.
Je remercie Jérôme et les Éditions ActuSF pour l’envoi de ce service presse.
Ceci est ma 24e lecture pour le Printemps de l’Imaginaire francophone.
Ceci est ma 4e lecture pour le Mois de la Fantasy, il valide les catégories suivantes: un livre écrit par une femme, un livre écrit par un auteur francophone.

Dans ce roman, on suit deux personnages principaux ou plutôt, deux opposées. D’un côté, Philomène est une fée voleuse habituée à détrousser ses semblables. Elle rencontre sur son chemin un drôle de groupe composé de Clem (un beau gosse un peu trop accueillant), Vik (une garce hautaine), Od (un cuisinier bizarre qui tente de vous empoisonner à chaque repas) et S (un ado qui a passé sa vie à se perdre) auquel elle va se joindre afin de regagner Londres. Pourquoi Londres? Et bien parce qu’elle traque une fée, apparue le matin même, et qui doit forcément posséder des objets de valeur. De l’autre, Rêvage, la proie de Philomène, est venue sur les terres fermes pour une bonne raison. Son but ultime : détruire la prison des fées pour que les monstres et légendes retrouvent leurs pouvoirs sur l’humanité.

Je vous annonce tout de suite être passée à côté de ce titre. Je remarque bien ses qualités mais il n’a pas su me séduire sur un plan personnel. Développons…

L’autrice narre son histoire à plusieurs voix. Certains chapitres sont rédigés du point de vue de Philomène, à la première personne. D’autres alternent principalement avec Rêvage puis les autres membres du groupe comme S, Vik ou Clem et même Od, mais à la troisième personne. Je n’ai pas compris les raisons de ce choix si ce n’est que les chapitres de Philomène ont parfois quelques accointances avec les règles du théâtre mais ce n’est même pas régulier et ça me donne une sensation d’inachevé, comme si l’autrice n’avait pas osé aller au bout de son délire.

Parce que ce roman est un peu délirant. En fait, il me rappelle un peu les textes de Karim Berrouka avec ce ton à mi chemin entre la parodie et l’aspect léger tout en traitant d’éléments plus sombres quoi que classiques. Du coup, si le style avait suivi, ç’aurait pu donner quelque chose d’assez chouette et original là où, finalement, le roman ne parvient pas à se démarquer. Ni son déroulement, ni sa conclusion ne revêtent  de vraie surprise ou de rebondissements inattendus, ce que j’ai trouvé assez dommage parce qu’il y avait le matériel pour sortir des sentiers battus. Hélas, dès le début, on devine assez aisément ce qui va se passer et si ça rend la lecture divertissante, j’ai eu du mal à la trouver passionnante.

Après, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. La Fée, la Pie et le Printemps n’est pas un mauvais roman. On sent que l’autrice ne manque pas de culture en matière de mythologie et de contes. Des petits clins d’œil se glissent tout au long du récit et on s’amuse à chercher les références. Cela rend son univers sympathique et agréable à découvrir, tout en restant accessible à tous les types de lecteur.

Pour résumer, la Fée, la Pie et le Printemps tient davantage de bon divertissement qu’autre chose. L’autrice exploite une intrigue assez classique dans un univers marqué par la féérie et les contes, rendant ainsi son texte accessible à tous. Je le recommande plutôt aux débutants en fantasy et à ceux qui cherchent une lecture légère.

Entends la nuit – Catherine Dufour

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Entends la nuit est un one-shot fantastique écrit par l’autrice française Catherine Dufour. Publié chez l’Atalante dans sa collection La Dentelle du Cygne, vous trouverez ce roman au prix de 21.90 euros.
Ce roman est ma 23e lecture dans le cadre du Printemps de l’Imaginaire francophone.
Ce roman est ma 3e lecture pour le mois de la fantasy qui peut valider les catégories suivantes: un livre écrit par une femme, un roman écrit par un auteur francophone, une relique de ma PàL.

Entends la nuit met en scène le personnage de Myriame. Vingt-cinq ans, master en communication en poche (non c’est pas moi, j’vous jure) elle retourne sur Paris pour obtenir un job ingrat et sous payé dans une grande compagnie, la Z. Il faut bien vivre et assumer l’âge adulte ! Ç’aurait pu s’arrêter là si, en arrivant, elle ne découvrait pas un bureau limite insalubre, une responsable vraiment pénible, des caméras sur les ordinateurs qui fliquent les employés… Pas le choix d’accepter pour espérer décrocher un CDI. CDI qu’elle va obtenir grâce à Duncan Vane, l’un de ses patrons qui se met à lui parler sur le réseau social de l’entreprise, pour ne plus la lâcher.

Ça vous dit quelque chose? Ouais, à moi aussi. D’ailleurs en lisant le résumé pour la première fois, j’ai roulé des yeux en me disant: pitié, non. Puis j’ai découvert quelques chroniques sur la blogo qui ont su m’intriguer. Ainsi, Entends la nuit n’est pas ce qu’il parait? Après ma lecture, je peux affirmer haut et fort que oui, ce texte est complètement atypique.

Mais pas dès le départ. Pendant le premier tiers du roman, on suit Myriame dans sa petite vie foireuse où je me retrouvais plutôt bien. Immédiatement, la critique sociale proposée par l’autrice m’a touchée et je tournais les pages en me demandant où elle voulait en venir et en jurant de brûler le livre si un milliardaire sexy pervers narcissique venait subitement la tirer de là pour ses beaux yeux. J’ai failli. Vraiment. Mais au final, la quatrième de couverture ne ment pas, on est bien devant un anti-twilight et même un anti-50shades.

Pourquoi ce parallèle avec Twilight? Pour interpeller le grand public, sans doute, car les créatures du roman ne sont pas à proprement parler des vampires. Elles ne sont qu’une facette de ce mythe et j’ai trouvé l’exploitation de ce folklore vraiment très intéressant. Je n’en avais jamais réellement entendu parler et avoir un personnage dont l’esprit habite normalement la pierre, qui parvient à s’incarner en dévorant la chair… Ouais, ça me bottait plutôt bien. Le tout évoluant au sein d’une société parisienne totalement réaliste, dans un équilibre bien maîtrisé. D’ailleurs, une grande partie du roman traite de ce rapport qu’a l’humain avec la pierre, avec la construction et par extension, avec le progrès. Une belle métaphore.

Mais… Parce qu’il y a un mais… Franchement, difficile de s’attacher aux personnages. Autant j’aimais bien Myriame au départ, autant son évolution au fil des pages et des évènements m’a donné envie de lui coller trois paires de claque par trente pages. En tout cas, jusqu’à la toute fin et le dernier chapitre. Globalement, la plupart des protagonistes sont assez détestables parce que bassement humains, égoïstes et froids. Surtout les lémures ! Vane est un connard modèle géant qui se justifie par son état, qui joue à je te veux ouais moi non plus, puis qui manque clairement de discernement. Il a deux neurones qui fonctionnent et il les a sûrement oublié dans une brique… Les collègues de Myriame ne valent pas beaucoup mieux et sa mère… SA MÈRE ! J’ai halluciné quand elle lui dit « Je ne suis pas sûre d’aimer ton petit ami, tu reviens pleine de gnons depuis que tu sors avec lui mais bon, qu’est-ce qu’il est beau. » Euh… Ouais. Tout va bien.

Pourtant, ce n’est pas un défaut. Pas ici. Non, ne hurlez pas ! L’autrice décide de traiter et de mettre en scène des relations toxiques, autant avec les parents de Myriame que sur sa vie privée. Et elle le fait de manière parodique, en forçant tellement le trait sur les situations que ça en devient évident. Ces relations s’épanouissent sous l’œil de plus en plus choqué du lecteur. D’autant que Catherine Dufour écrit à la première personne. Du coup, on vit vraiment l’histoire depuis la tête de Myriame qui s’exprime dans un registre familier assez haché pour marquer stylistiquement les hésitations et les pensées de l’héroïne. Sauf qu’ici, contrairement à beaucoup de roman, l’autrice n’essaie pas de faire passer ça pour la norme. Elle tente de provoquer une prise de conscience et elle réussit plutôt bien. Ça prend en réalité tout son sens dans le dernier quart du roman, parce qu’on doute quand même jusque là. Mais son choix… Ah, jouissif ! Vraiment.

Pour résumer, Entends la nuit est un texte atypique comme on en trouve souvent chez l’Atalante. Il bouscule les codes de la romance paranormale et les parodie d’une manière intelligente pour déranger son lecteur dans le but de mettre en évidence des aberrations sociales trop bien établies. Ce n’est pas le genre de roman qu’on peut juste aimer ou pas, parce qu’il est cru dans sa réalité, original dans son surnaturel tout en dépeignant la descente aux enfers moderne d’une anti-héroïne actuelle, paumée et dépendante affective. Ce texte me parait tellement particulier qu’il ne plaira pas à tous les types de lecteur et m’a, honnêtement, plus d’une fois agacé. Pourtant, je ne regrette pas ma lecture ni la réflexion qui suivit. À lire donc et surtout, sans s’arrêter à l’impression donnée par les premiers chapitres.

Le Chant des Épines #2 le Royaume Éveillé – Adrien Tomas

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Le Royaume Éveillé est le second tome de la trilogie du Chant des Épines écrit par l’auteur français Adrien Tomas. Publié chez Mnémos en 2017, vous trouverez ce roman au prix de 19 euros.
Je remercie très chaleureusement Nathalie et les Éditions Mnémos pour ce service presse.
Ceci est ma 22e lecture dans le cadre du Printemps de l’Imaginaire francophone.
Ceci est ma 2e lecture pour le Mois Fantasy qui peut valider les catégories suivantes: un livre écrit par un auteur francophone, un livre à la couverture bleue (glace hein mais ça passe ! (Oui y’a de la mauvaise foi.)), une nouveauté de ma PàL, une suite de saga.

Rappelez-vous, je vous ai récemment présenté le premier tome de cette trilogie. Pour ceux qui ont la flemme de lire la chronique complète, je lui trouvais certaines qualités malgré une impression de trop classique et de personnages pas suffisamment complexes. Je m’attendais à davantage venant de l’auteur de la Geste du Sixième Royaume, un one-shot dont je gardais un souvenir prégnant pour sa complexité et sa maturité (même si je l’ai lu il y a environ une éternité, avant que le blog n’existe, ce qui explique l’absence de chronique mais un jour, promis, je m’y ré-attaque !). Toutefois, avec les derniers chapitres, j’ai eu le sentiment que l’auteur réservait encore quelques surprises à son lectorat et j’ai décidé de suivre mon instinct en me lançant dans la lecture de la suite. Bien m’en a pris !

Nous retrouvons nos héros un an après les évènements du Royaume Rêvé. Ithaen continue d’unifier le Nord afin de se préparer à contrer l’attaque de l’Empire Seï qui ne manquera plus de se produire. Elle doit affronter de nombreuses difficultés : certains clans résistent encore, d’autres peuples ont envie de profiter de l’occasion pour avoir leur part du gâteau, les Sœurs Grises piquent une petite crise parce qu’elles ont été roulées « par une gamine de treize ans » ce qui la prive d’un soutien magique extérieur à Vermine et aux nécromanciens (après, vous me direz, c’est déjà pas mal)… Bref, c’est pas la joie. Je ne vous en révèle pas davantage pour éviter les spoilers.

Comme je le soupçonnais, l’auteur a plus d’un tour dans son sac. En gardant le principe de roman chorale, Adrien Tomas nous replonge dans l’esprit des protagonistes que l’on appréciait (ou non, coucou Ysemir) dans le premier volume tout en ajoutant de nouvelles têtes. Ainsi, on fait connaissance avec les Elfes, ce qui nous permet aussi de voir ce qui se passe du côté de l’Empire. J’ai beaucoup aimé le personnage de Zaere et le fait que les protagonistes ne restent pas figés dans leurs rôles. Face aux évènements, ils sont amenés à se poser des questions, à réfléchir sur leurs certitudes et même à revoir fondamentalement leurs positions. Ils évoluent avec le temps et les épreuves, ce qui les rend vivants et crédibles.

L’univers reste une grande force dans la fantasy d’Adrien Tomas. Le Chant des Épines se classe sans discussion possible en fantasy, ce qui ne l’empêche pas d’inclure de l’ingénierie naine (magique certes mais quand même) à travers le personnage d’Aewar, qui prend une plus grande place dans le texte. Ses analyses de pure logique le rendent particulièrement attachant et plaisant à suivre. Ses échanges avec les différents protagonistes du récit ne manquent pas de fraicheur et je l’ai vraiment beaucoup aimé. Il faut dire que je suis sensible aux personnages de ce type…

Dans l’ensemble, l’ambiance de ce tome s’assombrit de plus en plus au fil des pages. Comme les héros grandissent, les thèmes suivent le même chemin et l’auteur en traite plein en même temps sans donner une impression de trop plein : le droit des femmes à user de leur corps sans recevoir de jugement, le droit à la liberté, les principes fondateurs de la démocratie, le racisme, la force des sentiments mais aussi des traumatismes, pour n’en citer que quelques uns. Il place un petit dialogue, une petite réflexion, au détour d’une discussion et ça m’a plus d’une fois interpellée dans ma lecture.

Plus on avance et plus je commence à soupçonner certains personnages de cacher des choses. Ce qui n’a pas empêché le dernier acte de ce tome de complètement me surprendre ! J’étais tellement plongée dedans que je me suis retrouvée à fixer la page avec une bouche de poisson, style: c’est-pas-possible-j’hallucine ! J’ai d’abord eu l’impression que ça sortait de nulle part puis en y réfléchissant un peu, je me rends compte du tour de force réalisé par Adrien Tomas pour qu’on soit aussi choqués que les Épines. Il réussit à nous émouvoir, à nous impliquer dans l’histoire qu’il raconte, n’est-ce pas la marque des auteurs talentueux? Au passage, évitez de trop vous attacher aux personnages, parce qu’il n’épargne personne et franchement, je sens que le troisième tome va se révéler contenir son lot d’effusions de sang.

Et du coup, oui, cette suite est sans conteste beaucoup plus immersive que le premier tome. J’ai lu deux cent pages quasiment d’une traite, sans m’en rendre compte, passionnée par ce que je découvrais alors que mon sentiment sur le Royaume Rêvé, si vous vous souvenez, était plus tiède. Elle contient aussi davantage d’action et des scènes de batailles bien plus détaillées, plus abouties et graphiques. On n’a aucun mal à se représenter le chaos de la mêlée mais aussi les attaques colorées des magiciens, qui n’en restent pas moins mortelles. Au moins, ça fait un joli spectacle quand on brûle sur place ! J’adore ce type de magie, ça me donne un délicieux sentiment jeu-vidéo / manga.

Pour résumer, le second tome du Chant des Épines est une réussite qui surpasse le premier. Je suis vraiment heureuse d’avoir donné sa chance à cette suite ! L’auteur gomme, ou en tout cas atténue, certains des défauts d’un premier tome un peu trop introductif pour entrer dans le vif du sujet avec un ton globalement plus sombre. Il développe brillamment la psychologie de ses personnages, ce qui immerge davantage le lecteur. Quant aux rouages de son intrigue, il en joue d’une main de maître, ce qui laisse son lecteur sans voix tout en entretenant de grands espoirs concernant l’ultime opus. Opus que je vais me procurer aux Imaginales, si vous aviez encore un doute. Son développement m’encourage presque à la conseiller également aux amateurs aguerris de fantasy mais j’attends la découverte du troisième tome pour me décider franchement là-dessus.

Le Tyran des songes – Oren Miller

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Le Tyran des songes est un one-shot d’urban fantasy écrit par l’autrice française Oren Miller. Réédité chez Lynks dans sa collection RE:Lynks, vous trouverez ce pavé de 533 pages au prix de 14.90 euros.
Je remercie Bleuenn et les éditions Lynks pour ce service presse !
Ceci est ma première lecture pour le Mois Fantasy qui valide les catégories suivantes : un roman qui met en scène des animaux fantastiques, un livre écrit par une femme, un livre d’un auteur francophone, un livre de plus de 500 pages, un livre à la couverture bleue, une nouveauté de ma PàL.
Ceci est ma 21e lecture pour le Printemps de l’Imaginaire Francophone.

Le Tyran des songes raconte l’histoire d’Emma, une étudiante sans histoire qui mène sa petite vie tranquille avec ses amis Saki et Yoann. Sauf qu’Emma est spéciale, elle est le Porteur unique (pas celui de l’anneau, je précise) ! Protégée depuis sa naissance par le Chasseur et la Mort, elle ignore que la moitié d’un monde magique dont elle n’a même pas conscience lui court après. Mais ça, c’était avant de se faire enlever par le Marchand de Sable…

Au bout de quelques pages seulement, je savais déjà que j’allais passer un excellent moment avec le Tyran des songes grâce à la plume d’Oren Miller toute en humour noir et en cynisme. Ses mots débordent d’originalité et de personnalité, voilà une vraie autrice de talent. Les répliques de ses personnages valent de l’or au moins une fois par chapitre ! Elle parvient à nous ensorceler si bien qu’on lit sans prendre conscience des pages qui se tournent puis on arrive à la dernière, désemparés, en se demandant qui a été assez cruel pour écrire une fin à ce roman.

Cette plume magique met en scène des personnages hauts en couleur et attachants. Si Emma reste une héroïne d’urban fantasy assez classique, le côté ultra cruche en moins, j’ai immédiatement craquée pour Jack Maubrey alias la Mort. Il est très présent dans tous le récit et exerce une intense fascination sur le lecteur non seulement pour lui-même mais aussi pour ses relations avec autrui. Quant à Hypnos, le Marchand de Sable (aka le Tyran des Songes du titre), il n’est pas en reste. Le traitement qu’en fait Oren Miller s’éloigne de la tendance anthropocentrée actuelle et bon sang ce que ça me botte ! C’est subtil, crédible, atypique, bref ça déboîte.

J’ai, au départ, vraiment craint de me retrouver dans une romance paranormale à deux sous entre Emma et le Chasseur d’autant que le roman était, à l’origine, publié chez EDB. Mais l’autrice m’a vite rassurée avec les rebondissements de son intrigue. En fait, je trouve même qu’elle tourne en dérision ces codes agaçants de la romance fantastique via justement le personnage de Jack et ses remarques à l’encontre de la situation, puis le comportement du Chasseur à l’encontre d’Emma. L’amour est bien au premier plan de ce récit mais plutôt l’amour au sens familial du terme et sous plusieurs formes, ce qui a achevé de me séduire car on ne l’exploite pas suffisamment souvent.

Pour ne rien gâcher, l’autrice a créé un monde accessible, compréhensible par tous sans sacrifier à l’originalité. Cet univers est d’ailleurs très référencé sur la mythologie grecque. Tritons, chiens des enfers, érinyes, allégories, sorcières et tant d’autres se donnent rendez-vous dans un Londres moderne pour une intrigue traitant de multiples thématiques dont la vengeance n’est qu’une facette. Oren Miller permet ainsi à son lecteur de réfléchir sur les systèmes politiques et ses valeurs personnelles tout en offrant une aventure pleine de peps et de rebondissements où on ne s’ennuie pas une seconde.

Pour résumer, j’ai adoré le Tyran des songes et je compte bien lire les autres romans de cette autrice. Oren Miller a su me séduire avec sa plume affirmée et originale ainsi que ses personnages aussi charismatiques qu’attachants. Pour ne rien gâcher, elle propose une intrigue énergique pleine de rebondissements. Je vous recommande très chaudement ce texte si vous cherchez de l’urban fantasy originale et maîtrisée. Une vraie réussite !

L’ensorceleur des choses menues – Régis Goddyn

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L’ensorceleur des choses menues
est un one-shot de fantasy écrit par l’auteur français Régis Goddyn. Publié chez l’Atalante dans sa collection la Dentelle du Cygne, vous trouverez ce roman de 480 pages au prix de 23.90 euros.
Je remercie Emma et les Éditions l’Atalante pour ce service presse.
Ceci est ma 20e lecture dans le cadre du Printemps de l’Imaginaire francophone.

L’ensorceleur des choses menues, c’est avant toute chose l’histoire de Barnabéüs, un homme simple qui vit dans les faubourgs où il s’occupe d’inverser le sens des sources ou de réparer les cataphons. Un jour, une jeune femme nommée Prune frappe à sa porte pour lui proposer un voyage vers Agraam-Dilith, la cité des mages. Personne n’en connait la localisation s’il n’est pas mage lui-même car c’est un lieu de pèlerinage tenu secret. Prune ne compte pas se démonter pour si peu, elle a une bonne raison de partir: elle cherche son fiancé qui n’est jamais revenu de son initiation. Barnabéüs refuse tout net. Voyager, quelle improbable idée ! Les ensorceleurs ne voyagent pas, jamais. c’est même théoriquement interdit. Mais sa résolution vacillera un matin où il apprend l’agression de Prune par des soldats. Il décide alors de l’aider, sous le coup d’une impulsion qu’il va rapidement regretter.

Une fantasy sans épée ni chevaux, voilà la promesse faite par l’auteur pour ce titre. Une épée remplacée par le bâton et les chevaux par les pieds pour Barnabéüs et Prune. Ainsi se forme un improbable duo. D’un côté, Barnabéüs est vieux, un peu gras, il a passé toute sa vie dans les faubourgs à vivre chichement mais pas dans le besoin. Il est un pur produit de la société dans laquelle il vit. Naïf, il respecte les règles et l’autorité. S’il est ensorceleur et non mage comme son frère, c’est qu’il y a une raison, point final. Il semble se résigner entièrement à son sort et avance avec fatalisme dans son existence. Au fil de son voyage, son opinion évolue lentement quand il comprend que la société dans laquelle il vit n’est qu’un mensonge doublé d’un vaste complot. Et qu’on leur ment, à tous, depuis des siècles.

Prune est une jeune femme au caractère bien trempé et débordante de la fougue de la jeunesse. Imbue de sa personne, elle aspire à un autre destin que celui d’ensorceleuse et tient absolument à retrouver son fiancé pour cette raison. Atteinte du haut mal, personne d’autre ne voudra l’épouser et on la jettera dans les faubourgs. Prune ne veut pas de ce genre de vie pauvre et préfère périr sur le chemin d’Agraam-Dilith. Spontanément, je la trouvais assez agaçante mais je me suis rendue compte que si elle me dérangeait tellement, c’était surtout parce qu’on a tous un jour considéré l’existence comme elle. C’est facile, de dire qu’elle est imbue de sa personne mais au fond, on désire tous davantage que ce qu’on a. Et on pense tous le mériter. Cette sincérité et cette franchise, finalement, la transforment en un personnage intéressant.

Ce roman de dark fantasy (j’y reviendrai plus bas) est un récit initiatique à travers le voyage. Jamais Barnabéüs n’a eu l’idée ou l’envie de quitter sa petite ville. Il découvre alors l’extérieur, un climat différent, des paysages inédits. On lui a toujours dit qu’ailleurs, c’était comme chez lui mais il se rend rapidement compte que c’est totalement faux. Il affronte des difficultés et tombe des nues en comprenant que les soldats qui les suivent tentent de les tuer. Poussé par la nécessité, il devient meurtrier lui-même, puis voleur, et petit à petit son esprit s’éveille. Les deux tiers du roman sont ainsi assez long, avec un rythme très lent. Les rares scènes d’action sont entrecoupées de moments moralement difficiles où le découragement a de plus en plus prise sur les protagonistes. Et sur le lecteur, du coup, qui se laisse contaminer.

Ce découragement apporte son lot d’amertume et de regrets. Barnabéüs comprend qu’il se voile la face depuis des années sur sa condition et qu’il refoule des sentiments pas très glorieux mais somme toute, humains. En fait, le roman aurait pu s’arrêter à la scène de la falaise, quand ils arrivent au bout de leur quête première (à savoir retrouver le fiancé de Prune ou au moins savoir ce qui a pu lui arriver) mais l’auteur choisit d’aller plus loin. En exploitant des indices dissimulés depuis le début du texte (parfois un peu trop bien) Régis Goddyn prend une direction complètement différente de ce à quoi on s’attend en lisant le résumé et la phrase d’accroche proposée par l’éditeur. Au moment où Barnabéüs perce les secrets d’Agraam-Dilith, on tombe dans une fantasy beaucoup plus marquée par la magie mais aussi par l’horreur. L’horreur des manipulations, l’horreur de ce que cache une tradition ancestrale, apportant du même coup un flou moral qui recouvre le roman d’un voile trouble.

Et sous ce voile, on découvre finalement une fantasy des gens de rien, une fantasy sur fond de révolte sociale avec des conséquences tantôt terribles, tantôt mitigées. Ou que se passe-t-il quand un homme du commun s’improvise chef de guerre. L’auteur opte pour le réalisme et la cohérence, proposant finalement un roman en demi teinte pendant tout le long qui, une fois qu’on le referme, nous laisse avec un vague sourire pour l’ultime mauvais tour joué mais aussi un profond malaise. Parce qu’on se le demande, finalement: le changement a-t-il toujours du bon? Réfléchit-on suffisamment avant d’entamer des grands bouleversements?

L’ensorceleur des choses menues n’a donc rien d’épique. C’est davantage une fantasy psychologique et sociale qui force le lecteur à réfléchir sur des valeurs fondamentales de notre propre système culturel. Et à se poser une question simple: jusqu’où irions-nous par égoïsme ? Est-ce que projeter nos propres désirs sur la multitude en partant du principe que tout le monde partage forcément notre avis fait de nous quelqu’un de bien? Plus on tourne les pages et plus le malaise s’installe, à ne plus savoir où mettre la frontière de ce qui est bien, de ce qui l’est moins, de ce qui ne l’est pas du tout.

Pour résumer en quelques mots, l’ensorceleur des choses menues est un texte atypique au rythme lent qui ne conviendra malheureusement pas à tout le monde. J’ai moi-même trouvé des passages assez longs. C’est avec le recul et après avoir tourné la dernière page que je comprends leur intérêt mais sur le moment, ça n’a pas toujours été facile et j’ai d’ailleurs mis cinq jours à le terminer. Même s’il fait presque cinq cent pages, je lis rarement aussi lentement. Pourtant, je suis contente d’avoir découvert ce roman qui a beaucoup à offrir pourvu qu’on prenne la peine de lui laisser sa chance. Je reste toujours surprise de l’engagement social qui traverse le texte, un engagement qui n’a rien d’utopique (ce qui change agréablement). Régis Goddyn est un auteur plein de subtilité et d’intelligence qui, à travers une plume maîtrisée, donne vie à des personnages d’une rare humanité, avec ce qu’elle a de plus honteux. Sans conteste, ce texte vaut la peine qu’on lui consacre du temps mais il faut s’y pencher avec le bon état d’esprit.