Le Roi des ombres – Stéphanie Sylvain

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Le roi des ombres
est un roman d’uchronie fantastique écrit par l’auteure québecoise Stéphanie Sylvain. Édité chez Numériklivres (éditions NL) il est pour le moment disponible en numérique au prix de 8.99 dollars canadiens, ce qui fait plus ou moins 5.80 euros au taux de change actuel. Et oui, je convertis même les prix ! De rien, c’est gratuit. Vous pouvez retrouver toutes les informations concernant ce roman sur le blog les Filles de Joual où l’auteure est chroniqueuse.

C’est la première fois que je découvrais un roman du Québec. Je me suis souvent dite que je devrais m’y intéresser mais nous avons déjà tellement de littérature en France et en Belgique que je n’ai jamais passé le cap, d’autant que j’achète beaucoup en salon et qu’on y croise peu d’auteurs québecois. Voir pas du tout. J’ai donc sauté sur l’occasion lorsque l’auteure a pris contact avec moi via ma page facebook ! Le résumé de son livre m’intriguait et elle avait pris la peine de se renseigner sur mon genre de lecture avant de me solliciter, ce que j’ai apprécié. Je lui ai promis de lire son roman rapidement et il me paraissait bien rentrer dans le cadre du Printemps de l’Imaginaire Francophone.

Motivée, j’ai donc commencé ce récit qui flirte avec plusieurs genres littéraires. En premier lieu, je pensais découvrir un roman historique. Nous nous trouvons en terres hispaniques, aux environs du XIe siècle. Nous suivons le roi Sanche IV de Garcès qui est le personnage principal mais pas le narrateur. En effet, toute l’histoire nous est contée par Ombra, son ombre dotée d’une conscience mais toujours inextricablement liée à lui au début du récit. J’ai trouvé ce mode de narration intéressant même si j’aurai, je pense, préféré une alternance de point de vue entre ces deux personnages, du moins au moment où Ombra prend de plus en plus son indépendance, car j’ai eu du mal à m’attacher à Alcides (le roi, de son prénom) pour cette raison. Le narrateur extérieur empêche de vraiment saisir l’essence de ses buts, son cheminement de pensée, et j’ai mis un moment à comprendre sa folie. Je trouvais juste ses plans illogiques et vraiment idiots, je commençais même à douter du sérieux de ce roman qui tombait dans le grosbillisme. Pourtant, une fois qu’Ombra cesse de se voiler la face et dit clairement qu’Alcides a perdu pied, tout prend un sens nouveau. On comprend alors que ce texte raconte une descente aux Enfers, s’enrobe dans les extrémités de la folie et de la bassesse humaine.

Malgré quelques maladresses sur certaines tournures (en même temps c’est seulement le deuxième roman de l’auteure) et des coquilles qui tiennent davantage de la faute d’inattention qu’une lacune de correction, j’ai trouvé le style de Stéphanie Sylvain plutôt maîtrisé quoi que peut-être un peu trop scolaire. Mais le type de narration et le personnage d’Ombra n’aident pas à améliorer cette impression. Serviteur qui appelle Alcides « son maître » alors qu’il l’aide en se cachant de lui, il met du temps à acquérir sa propre personnalité et à devenir réellement intéressant. Ce qui, finalement, est bien retranscrit dans le texte et dans son évolution, jusqu’au final.

Autre point positif: les recherches historiques. J’ai vérifié pour m’ôter un doute (mes cours d’histoire du Moyen-Âge remontent quand même à ma première année d’université et je finis ici en septembre donc je vous laisse compter) mais tous les rois et nobles cités dans le Roi des Ombres ont existé. Évidemment, l’auteure joue avec l’Histoire (raison pour laquelle je parle d’uchronie) et se la réapproprie en romançant le tout avec une touche de fantastique, mais j’ai trouvé ça vraiment chouette. L’idée parlait bien à l’amateure d’Histoire en moi ! Pour ne rien gâcher, plusieurs dialogues sont en catalan et on apprend dans les remerciements que l’auteure s’est renseignée auprès d’universitaires espagnols pour s’assurer de la justesse de sa traduction. Son sérieux et sa maîtrise historique sont sans conteste un plus.

Pourtant, sur un plan plus personnel, j’ai eu du mal à vraiment rentrer dans l’histoire, simplement parce que le type de narration ne me convenait pas. Je ne dis pas qu’il est mauvais, juste que ça ne colle pas avec mes goûts. J’aurai aimé que l’auteure force davantage sur la noirceur et la dualité psychologique de ses deux personnages. Finalement, ce sont les trente dernières pages et la phrase de conclusion qui m’ont fait revoir à la hausse mon jugement sur ce texte. C’est là qu’on entrevoit vraiment le potentiel de cette Ombre (qui reste le seul élément fantastique du texte) et qu’on comprend toute la portée de sa présence. Et qu’on réfléchit sur l’intérêt thématique du texte, sur la réflexion qu’il porte.

Pour résumer, le Roi des Ombres ne manque pas de qualités sur un plan formel et contextuel. L’auteure a de l’imagination et s’investit dans ses écrits à travers des recherches historiques poussées. Je pense qu’elle a encore besoin de mûrir un peu son écriture et d’oser aller au bout de ce qu’elle propose, ce qui n’enlève pas au Roi des Ombres sa qualité de bon divertissement qui saura vous surprendre. Je le recommande aux amateurs d’Histoire du Moyen-Âge et de fantastique léger.

Nordie #1 Guilendria – Cécile Ama Courtois

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Nordie est un roman médiéval en deux parties publié chez l’Ivre-Book et écrit par l’auteure française Cécile Ama Courtois. La partie 2 est prévue pour le 2 mai, la date approche ! Vous pouvez retrouver cet ouvrage en numérique (4.99euros) et en papier (13euros). Je remercie les éditions l’Ivre-Book pour ce service presse.

Vous le savez, je n’aime pas la romance. J’y trouve rarement mon compte, la plupart du temps, les protagonistes m’agacent… C’est la raison pour laquelle, malgré un résumé intriguant et la chronique de mon amie Cyrielle sur ce livre, j’ai mis du temps à passer le cap. Puis j’ai fait un salon en compagnie de l’auteure au début du mois et je me suis dit allez, tente le, si ça se trouve tu auras une bonne surprise.

Et de fait, c’en fut une.
Alors je vous arrête tout de suite: je ne parle pas de coup de cœur, de révélation ou quoi que ce soit dans le genre. Mais pour une romance médiévale, je lui trouve de nombreuses qualités à relever même si je ne suis pas du tout le public cible.

Déjà, je trouve le style de l’auteure maîtrisé et d’un certain niveau. Elle adapte son langage à la période médiévale, utilise des termes appropriés pour décrire la forteresse, les éléments de décors ou même la façon de parler de ses personnages. C’est accessible mais on sent cette touche de recherche, renforcée par les nombreuses notes en bas de page. Ce fut une belle surprise.

Ensuite, les personnages. Si j’appréciais d’abord davantage Deijan avec ses allures militaires, j’ai appris à passer outre l’agacement inspiré par Guilendria. Elle est trop douce à mon goût, trop naïve mais colle bien à ce qu’étaient les femmes à cette époque, à leurs aspirations. Si elle est trop différente de moi pour que je m’y attache, je la trouve crédible et son évolution reste intéressante. Enfin, le personnage d’Ifhoras m’intrigue beaucoup. C’est le genre de protagoniste que j’aime croiser dans les romans, à la fois cruel, violent, dérangé mais avec cette petite touche de mystère et d’humanité qui transparait quand on ne s’y attend pas. Je me demande ce que l’auteure en fera dans le prochain tome. Plus que la relation entre les deux héros, c’est lui qui me convainc et qui porte le livre.

Enfin, l’intrigue. Au départ, nous suivons Deijan dont la vie bascule à la mort de son frère. Le voilà héritier de son domaine alors qu’il ne le souhaitait pas, contraint de se marier à Guilendria à qui il est promis depuis l’enfance. En soi, il n’a rien contre elle mais ça le dégoûte d’être obligé de la visiter pour concevoir un héritier, c’est loin de sa vision habituelle du sexe. Je l’ai rapidement trouvé inutilement cruel avec elle et même les passages où il s’explique, plus tard après sa blessure, ne me convainquent pas du tout. Et ce qu’elle a pu m’agacer à accepter tout ça sans broncher ! Jusqu’à l’attaque des écumeurs qui nous offre une scène de défense militaire vraiment sympa qui prouve que l’auteure a réfléchi plus loin que le bout de son couple, ce que j’apprécie. Je ne vais pas en dire davantage mais ça arrive assez tôt dans le livre et donne une épaisseur au texte qui reste toutefois classique dans son déroulement narratif.

Par contre, je me permet une petite réflexion… Je ne comprends pas trop pourquoi on parle de fantasy dans le cadre de ce livre. Il ne contient aucun élément surnaturel ou mythologique, ce qui est quand même la base de ce genre littéraire. Du moins, pas dans la première partie. Certes, le monde médiéval où les protagonistes évoluent n’existe pas (mais il pourrait, franchement) toutefois je ne trouve pas que ça soit suffisant pour qualifier ce livre de fantasy. L’éditeur envoie un faux message aux lecteurs. Je m’attendais à trouver autre chose et même si j’ai eu une bonne surprise à la lecture, je reste un brin déçue. Heureusement, il est classé en romance mais le résumé mentionne tout de même de la fantasy donc voilà, c’est en demi-teinte à ce niveau et ça me paraissait important de le relever.

En bref, la première partie de Nordie est un bon divertissement que je recommande à ceux qui apprécient la romance et les univers médiévaux. La plume de Cécile Ama Courtois est maîtrisée et son intrigue, certes classique, nous emporte pourtant avec facilité dans une lecture plutôt rapide.

De l’autre côté du mur (intégrale) – Agnès Marot

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Ce volume comprend deux romans écrits par l’auteure française Agnès Marot: De l’autre côté du mur et Notes pour un monde meilleur, publiés aux éditions du chat noir et réédités fin de l’année dernière chez Lynks Éditions dans un seul volume, au prix de 14.90 euros.

Ma chronique va donc se diviser en deux parties, une pour chaque livre. Avant de m’attarder sur chaque histoire de manière plus précise, je vais relever quelques points de l’univers: nous évoluons dans un monde futuriste où les filles vivent séparées des garçons. Elles maîtrisent l’Art, une forme de magie liée à la nature, là où les garçons maîtrisent la Science, qui est aussi une forme de magie mais qui s’exprime d’une manière différente. J’ai trouvé l’exploitation des pouvoirs (et leur portée métaphorique) vraiment brillante.

En avançant dans l’intrigue et dans chacun des tomes qui compose cette intégrale, on en apprend davantage sur cet univers d’une grande richesse et très référencé. D’ailleurs, l’auteure a ajouté une appendice à la fin du roman où elle nous explique ses différentes inspirations littéraires, artistiques et l’origine des citations qu’elle utilise pour ses débuts de chapitre. J’ai trouvé cela très intéressant parce que même si j’en ai relevé certaines, je suis passée à côté de beaucoup de références et ça m’a donné envie de découvrir tout ce qu’elle a cité. Au passage, moi aussi j’ai pensé que le prénom Aslan venait du monde de Narnia… Oups?

Cette intégrale m’a vraiment marquée et je ne m’y attendais pas. Elle est restée dans ma PAL depuis début octobre, j’attendais le déclic et comme à chaque fois que ça m’arrive, je me suis retrouvée à lire un petit bijou littéraire d’une auteure pleine de sensibilité, d’intelligence et de culture.

Voilà ce que j’avais à dire sur l’intégrale d’une manière globale. J’ajouterai que l’objet livre est vraiment joli, la nouvelle couverture s’inspire des plus anciennes en se les réappropriant pour coller à l’image de la collection Re:Lynks. La mise en page est agréable et le prix plus qu’abordable, ce qui ne gâche rien.

De l’autre côté du mur:
Ce roman nous raconte l’histoire de Sibel, une jeune danseuse qui vit avec les autres Filles et Mères en cultivant son Art. Tout va bien dans le meilleur des mondes jusqu’à ce qu’une de ses condisciples brise son équilibre en la touchant, la transformant en paria. Et oui, dans cette société, se toucher est interdit ! La vie de Sibel va alors prendre un autre tournant…

Je ne savais pas à quoi m’attendre en commençant ce livre et je dois avouer qu’il m’a totalement séduite par sa poésie et sa portée réflexive. Je n’apprécie pas le genre de la dystopie en temps normal mais l’écriture chantante d’Agnès Marot m’a immédiatement emmenée dans ce monde que nous découvrons à travers et en même temps que Sibel. Au dos du roman, on retrouve ce commentaire du site Escroc-griffe.com: une œuvre qui interpelle sur l’Humanité. Difficile de mieux résumer De l’autre côté du mur. Une véritable ode à la liberté, au savoir et au libre arbitre, un plaidoyer pour les Arts et la Science, pour l’Humain, tout simplement. Un avertissement aussi. J’ai du mal à imaginer qu’il s’agit du premier roman de cette auteure, dont je connaissais déjà le talent grâce à ma lecture d’I.R.L. en 2016.

L’héroïne m’a immédiatement touchée dans sa relation d’amitié avec Aylin et dans son rapport à autrui. Son évolution plutôt crédible et son caractère m’ont même permis d’apprécier la romance qui prend place dans le récit sans pour autant éclipser son propos premier. J’ai même trouvé cet amour extrêmement puissant, j’ai ressenti quelque chose pour la première fois depuis longtemps face à un « couple » littéraire. Pas une fois je n’ai levé les yeux, tant Agnès Marot maîtrise à merveille les ingrédients de son livre. Sibel reste fidèle à elle-même, à son cœur, à ses convictions et ce même si Aslan prend de plus en plus d’importance pour elle. J’ai trouvé ce choix rafraîchissant, Agnès Marot parvient à équilibrer les différents genres littéraires qu’elle exploite pour offrir une œuvre d’une rare intelligence dont les thèmes (cités plus haut) me parlent. J’ai littéralement dévoré ce tome sur deux jours à peine !

Notes pour un monde meilleur:
Rien qu’à écrire le titre, je tremble ! Ceux qui ont lu comprendront pour quelle raison… Notes pour un monde meilleur est la préquelle de De l’autre côté du mur, dévorée sur cet après-midi. On y découvre de quelle manière tout a commencé et on peut résumer ce roman court en une phrase: l’Enfer est pavé de bonnes intentions. J’ai trouvé cette histoire terriblement bouleversante et plus dure psychologiquement que De l’autre côté du mur (qui pourtant en tient une couche à ce niveau). Suivre Isaac dans ses rêves et dans la dégringolade qui suit m’a prise aux tripes. Je ne m’attendais pas du tout à lire un tel texte. Je me suis immédiatement attachée à lui, malgré ses erreurs et ses faiblesses. Et sa relation avec son épouse, Azra… Les premiers chapitres me donnaient déjà des frissons. Je n’avais plus ressenti autant d’émotions à la lecture d’un livre depuis longtemps. Je vivais avec Isaac, ensorcelée par les mots d’Agnès Marot. Quel bonheur ! Quel plaisir !

Je me dois de relever, à nouveau, sa profondeur philosophique et le message d’espoir qu’il transmet. Ce texte est profondément humain: à la fois très beau et hideux, il offre le pire comme le meilleur.
Quelle CLAQUE !

Contre toute attente, cette intégrale se révèle un vrai coup de cœur alors que ce n’est pas du tout mon genre littéraire à la base. Pour sa richesse, son humanité, sa poésie et ses messages, je vous le recommande très chaudement. ♥

Les illusions de Sav-Loar – Manon Fargetton

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Les illusions de Sav-Loar
est un one-shot de fantasy écrit par l’auteure française Manon Fargetton. Publié chez Bragelonne en collection poche (sous l’ancien label Milady), il est disponible au prix de 8.20 euros.

Quand je parle d’un one-shot, je me dois d’emblée de tempérer. Même si ce roman peut se lire de manière indépendante, il en existe un autre dans le même univers qui complète celui-ci: l’Héritage des Rois-Passeurs. On y retrouve certains personnages communs, l’intrigue s’y rejoint à un moment (dans le second tiers) et se poursuit jusqu’à sa conclusion de ce qui est seulement esquissé dans l’Héritage des Rois-Passeurs. Les deux se répondent sans que je parvienne à me décider lequel des deux il vaut mieux lire en premier.
Objectivement, lisez les deux, ce sont des perles !

Les illusions de Sav-Loar, c’est avant tout l’histoire de plusieurs femmes. Celle de Bleue, enfant esclave qui se révèlera puissante magicienne. Celle de Fèl, une jeune adulte déjà bien éprouvée par la vie qui refuse d’arrêter de se battre. Celle des magiciennes de Sav-Loar, à travers les siècles jusqu’à nos jours. Celle des femmes traquées, traumatisées, malmenées.
Mais c’est aussi l’histoire de certains hommes, comme Guilhem, Oreb, Luernos, Til’Enarion, Ashkar, Cendre. Des guerriers, des guérisseurs, des prêtres, des mages, des enfants. Et de certains dieux.
Ce roman propose une grande fresque aux personnages multiples. Certains diront trop nombreux… Je l’ai pensé, à un moment. Pourtant, par je ne sais quel procédé extraordinaire, Manon Fargetton parvient à créer de l’empathie pour chacun d’eux. Aucun ne nous laisse réellement indifférent, que ce soit positif ou négatif. Je trouve que cela s’apparente à un tour de force digne d’être souligné.

Nous évoluons dans le royaume d’Ombre mais également dans l’Empire. Sur un seul tome de plus de 850 pages, nous voyageons énormément, j’en ai le tournis quand je regarde derrière moi et que je me rends compte de tout ce chemin parcouru depuis la citadelle du Sker jusqu’à cette bataille finale. Il y a tellement à dire sur ce roman que ça me semble impossible de tout évoquer en une seule chronique, pas sans qu’elle devienne beaucoup trop longue pour que vous ayez envie de la lire. Pas sans spoiler énormément de retournements de situation inattendus. Pas sans gâcher le plaisir d’une découverte sans savoir dans quoi vous vous embarquerez.

J’ai déjà parlé des personnages, j’ai envie de m’attarder sur chacun d’eux avec une préférence pour Bleue et pour Til’Enarion, alors que je ne les appréciais pas spécialement au début du récit. Pourtant, il me parait plus pertinent de pointer du doigt les messages que l’auteure fait passer à travers son texte. Au premier abord, j’ai pensé que les illusions de Sav-Loar était un roman de femmes, qui mettrait l’accent sur leur supériorité par rapport aux hommes, sur les douleurs qu’elles subissaient au quotidien jusqu’à se révolter, qu’il s’engagerait de manière agressive pour prouver leur valeur. Il faut dire qu’il s’ouvre quand même sur deux personnages principaux qui subissent l’esclavage et le viol d’un seigneur sadique et on ne nous épargne pas vraiment les détails même si les descriptions restent subtiles. C’est fascinant comme cette auteure parvient à décrire des situations horribles sans pour autant choquer, elle choisit avec soin son vocabulaire. Chapeau !

Au départ, donc, c’est ce que je m’attendais à trouver et je craignais de grincer un peu des dents parce que je pense, d’un point de vue personnel, que la valeur d’un individu n’est pas liée à son sexe et qu’on doit se battre pour prouver ce qu’on vaut en tant que personne. J’ai rapidement compris que l’auteure offrait un message d’égalité, qu’elle partageait, d’une certaine façon, mon point de vue (sans m’avancer à affirmer connaître ses convictions mais ce qu’elle dit dans ce livre, ce que dit Bleue, me parle totalement). Tout le roman tend vers ça, vers le désir qu’ont les magiciennes d’être non pas supérieures aux mages du Clos mais égales. Et celles qui, parmi elles, les haïssent au point de souhaiter les dominer, en viennent à changer d’avis ou à le regretter d’une façon ou d’une autre. Le message nous parvient d’autant plus fort que nous vivons l’évolution de Bleue qui, de haine et dégoût, en arrive à tempérer ce qu’elle ressent au fil des années. C’est puissant et le fait que l’intrigue s’étale sur une si longue période est un vrai plus, à mon sens.

L’auteure évoque aussi la manipulation de l’Histoire, l’importance de l’esprit critique et du libre-arbitre. Ces thèmes se distillent tout au long du récit et habillent un univers d’une grande richesse. Que ce soit par ses mythes fondateurs ou par la manière dont fonctionne la magie, je trouve que Manon Fargetton parvient à rester classique tout en innovant. Cela vous paraît paradoxal? Lisez les illusions de Sav-Loar, et vous comprendrez.

J’ai dévoré ce pavé en l’espace de trois jours et ç’aurait été plus rapide si je n’avais pas dû m’arrêter pour étudier. L’écriture fluide, enchanteresse, nous happe dans le récit et on passe les pages sans s’en rendre compte. J’ai adoré découvrir chaque ligne de ce récit d’une grande intelligence et lire un roman de fantasy à la fois divertissant et engagé. Je l’ai déjà dit mais à mes yeux, Manon Fargetton est une des meilleures auteures françaises en fantasy de notre époque et les illusions de Sav-Loar confirme mon impression. Je vous recommande très chaudement ce roman qui fut un coup de cœur. À n’en pas douter, il laissera longtemps sa marque sur moi et il appartient à la catégorie des livres que je relirai dans ma vie.

La Magie de Paris #2 le calme et la tempête – Olivier Gay

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La Magie de Paris
est une saga à destination d’un public adolescent écrite par l’auteur français Olivier Gay. Rappelez-vous, je vous ai déjà parlé du premier tome ! Elle est éditée chez Castlemore au prix de 15 euros par tome.

Olivier Gay est un auteur que je n’ai plus besoin de présenter. J’en parle souvent sur mon blog puisque j’ai lu plusieurs de ses romans et que j’en ai encore deux qui attendent dans ma liseuse. J’apprécie beaucoup sa plume, son humour, ses univers et ses personnages. Je trouve qu’il a énormément de talent et qu’il fait partie des auteurs marquants de cette génération. Non, il ne m’a pas payé pour que je dise ça :3 (même si j’attends mon chèque aux Imaginales) Mais bref, venons en au sujet qui nous préoccupe à savoir, ce fameux tome 2! Et ce même si c’est difficile de parler d’une suite sans trop spoiler le contenu. Je vais tâcher de m’y atteler.

J’avais déjà adoré le premier, pour plusieurs raisons. Déjà, l’héroïne, Chloé, dont je me sens très proche parce que nous partageons beaucoup de points communs. Ensuite, les personnages secondaires qui vivent autant que le personnage principal. Thomas est génial avec son amour, David m’intrigue, Nour est l’amie que j’aurai aimé avoir, Clélia m’agace, Cassandre provoque en moi des pulsions de meurtre et je ne vais pas parler de Mickael… Tous nous font ressentir quelque chose, ce qui s’apparente à un tour de force. Ce sont majoritairement des adolescents et à mes yeux, ils sont plutôt réussis. Je me retrouve à l’école, quand je le lis. Le même genre de feintes un peu pourries, de dynamiques sociales, c’est dingue ! On a l’impression que l’auteur a quitté le Lycée hier et c’est rare un traitement aussi juste et aussi peu condescendant de l’adolescent par quelqu’un d’adulte, de nos jours. Chapeau.

Ah et au passage, après la scène dans la pièce secrète, je suis définitivement Team Thomas. Enfin un personnage dans ce genre de littérature qui a de la fierté et du respect de lui-même ! J’en dis pas plus, mais vous comprendrez.

L’univers est toujours aussi bien construit et exploité. La façon dont on use de magie me plait vraiment (et me donne envie de chanter des comptines débiles). C’est original, bien pensé. L’intrigue ne ralentit pas et ne souffre d’aucune longueur. Un nouvel antagoniste apparaît, lié à celui du premier tome, ce qui permet de relancer l’intrigue sur les chapeaux de roue en plus du fameux « problème » de Chloé (pas de spoil j’ai dit). Tous les compliments adressés au premier tome sont valables également pour cette suite, qui est à la hauteur du ton donné par Olivier Gay à sa saga. J’essaie, je cherche, mais je ne trouve pas un seul bémol à mes yeux. Je me suis totalement éclatée en lisant ce tome et je l’ai fait presque d’une traite. On peut parler de coup de cœur ! La Magie de Paris reprend tout ce que j’aime généralement dans une saga de ce genre, passe à côté des clichés, propose des personnages travaillés avec une écriture soignée, que demander de plus?

Si la Magie de Paris est destiné à un public adolescent, aucun doute que les adultes y trouveront aussi leur compte. Les références pop cultures glissées habilement au long du texte l’enrichissent et provoquent parfois (ok, souvent) de francs éclats de rire. La personnalité que l’auteur laisse transparaître en salon se retrouve fortement à chaque page et c’est une réussite.

En bref, je vous recommande très fortement non seulement cette saga mais aussi Olivier Gay de manière plus générale, qui a d’autres œuvres plus adultes à son catalogue. Je vous renvoie à ma chronique sur les Épées de Glace (tome 1tome 2) et sur la série Fitz pour vous donner une idée. Bien vite les Imaginales pour la sortie du tome 3 de cette super aventure ♥

Celle qui n’avait pas peur de Cthulhu – Karim Berrouka

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Celle qui n’avait pas peur de Cthulhu
est le dernier roman en date de l’auteur français Karim Berrouka, publié chez ActuSF au prix de 18 euros au format papier. J’ai, pour ma part, remporté le numérique lors d’un concours sur le blog Un Papillon dans la Lune, ce qui m’a permis de découvrir ce roman insolite. Encore merci à elle !

Celle qui n’avait pas peur de Cthulhu raconte l’histoire d’Ingrid, une fille sans histoire qui se retrouve mêlée à une intrigue abracadabrante. Divers personnages surgissent dans sa vie en affirmant qu’elle est le « centre du pentacle » (sans lui dire ce que ça signifie) et elle se laisse embarquer dans leur délire qui mènera (ou non) au retour de Cthulhu dans notre réalité. Ce qui ne sera évidemment pas sans conséquence pour l’humanité.

Ma plus grande crainte en commençant ce roman, c’était de tomber sur un texte hyper référencé à côté duquel j’allais passer parce que je n’ai jamais lu une ligne de Lovecraft. Je sais, shame, tout ça, mais je n’y peux rien, il ne m’attire pas trop. Pour cette raison, ma critique manquera probablement un peu de profondeur et m’empêchera de relever des éléments pertinents liés à l’auteur originel et à la réécriture de son univers. Je vous renvoie donc à la chronique de Au Pays de la Cave des Trolls pour avoir l’avis d’une personne qui s’y connait mieux. Une chance pour moi, l’héroïne me ressemble et l’auteur a eu l’intelligence de proposer une double lecture en offrant pas mal de clins d’œil à ceux qui connaissent l’univers tout en permettant aux novices de suivre l’intrigue grâce à Ingrid qui n’y comprend pas grand chose de plus que nous.

Exploitant et explicitant à merveille le bestiaire lovecraftien (celui qu’on connait même sans l’avoir lu et celui un peu plus poussé qu’on découvre), Karim Berrouka réinterprète les mythes en offrant un roman interpellant. Il manque un peu de l’humour que je m’attendais à y trouver mais il offre, en contrepartie, une réflexion sur l’humanité, la société et le concept même de réalité qui n’est pas sans me plaire. Je pense qu’il s’agit du genre d’ouvrage qu’il faut relire plusieurs fois pour bien en saisir tous les tenants et aboutissants. Un texte brillant que tout le monde ne comprendra pas mais qui vaut la peine d’être lu si on réfléchit quelques instants dessus une fois achevé.

Si le roman s’essouffle un peu au milieu pour regagner en force à la fin avec un final « à la Berrouka » (les lecteurs du club des punks verront ce que je veux dire par là) il n’empêche qu’on tourne les pages avec facilité et qu’on se laisse plaisamment embarquer dans la tête d’Ingrid et ses réflexions parsemées de sarcasme et d’ironie. C’est qu’elle est très cartésienne, notre héroïne, et qu’elle n’hésite pas à poser un regard mordant sur tous ces hurluberlus qui viennent lui pourrir la vie, jusqu’à, l’air de rien, en venir à accepter son rôle imposé dans toute cette histoire. Je l’ai trouvée attachante et crédible, un personnage féminin comme je les aime, avec un vrai caractère, une vraie profondeur et qui ne se définit pas en fonction d’un homme. Ça ne devrait pas être si rare…

En bref, Celle qui n’avait pas peur de Cthulhu est un roman surprenant, comme toujours avec Karim Berrouka, qui est à la portée des adeptes de Lovecraft comme des novices. Il offre différents niveaux de lecture et une héroïne de caractère. Je le recommande à ceux qui ont envie de sortir des sentiers battus et de découvrir un pan de l’univers Lovecraft, revisité.

#SeulAuMonde – Céline Saint Charle

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#SeulAuMonde
est un roman post apocalyptique écrit par l’auteure française Céline Saint Charle et publié chez Livr’s Éditions dans la collection Post-Apo. Vous pouvez vous le procurer partout ou le commander sur le site de la maison d’édition, au prix de 18 euros ! Je remercie Livr’s pour ce service presse.

#SeulAuMonde raconte l’histoire d’un groupe de personne qui se réveille un beau matin à différents endroits du monde et constate que tout le reste de la population a tout simplement disparu sans laisser de traces. Toute la technologie fonctionne, mais comment se retrouver? S’assurer qu’ils ne sont pas seuls? Les réseaux sociaux sont peut-être la solution.

Je dois avouer que si je n’avais pas du lire ce roman pour mon stage, je ne me serais pas laissée attirer. La couverture, bien que jolie, donne une fausse impression de roman jeunesse et comme vous le savez, je ne suis pas du tout friande d’ambiance post apocalyptique. Pourtant, force m’est d’avouer que ce livre est très bon, très intelligent et plutôt bien écrit. Et que la couverture correspond, en réalité, super bien au contenu. Ce qui paraît très paradoxal mais vous comprendrez si vous le lisez un jour.

L’auteure commence par présenter les différents personnages dans leur quotidien. Virginie, une prof de musique française déprimée. Maggie, une vendeuse de chaussures anglaise un peu naïve. Markus, un suédois employé à la Mairie. Massimo, un restaurateur italien de vitraux. Peter, un laveur de voiture américain qui adore la cuisine. Kenjo, un ouvrier belge d’origine camerounaise qui travaille en entrepôt. Et Mei, une traductrice allemande d’origine chinoise. En quelques pages seulement, ils prennent vie sous nos yeux et brillent par leur banalité. Ces personnes pourraient être n’importe qui dans la rue. Ils n’ont rien de particulier, ce sont des gens ordinaires avec chacun leur caractère qui se retrouvent confrontés à une situation terrifiante. Heureusement, l’un d’eux a l’idée de se servir des réseaux sociaux et cela lui permet d’entrer en contact avec les autres. Vive les publications sponsorisées de facebook !

La force de #SeulAuMonde, c’est d’offrir une histoire qui se lit très vite (à peine 24h pour ma part) et pose des questions intelligentes. Comment réagirions-nous, dans cette situation? Que ferions-nous pour le présent? Pour l’avenir? Essaierions-nous de sauver l’espèce humaine? Que mettrions-nous en place? Comment nous organiser? L’auteure réfléchit sur le sujet et s’interroge sur des choses qui ne me seraient pas venues à l’esprit du tout. Je reste persuadée qu’en cas d’apocalypse, ce roman pourrait inspirer les survivants !

J’ai lu plusieurs critiques qui n’appréciaient pas la fin. D’une certaine manière, je comprends. Il n’y a pas de véritable dénouement pour expliquer la disparition de la population mondiale et quand on lit les dernières pages on peut ressentir une certaine frustration. Chacun y va de sa théorie et je trouve justement ça intéressant, de laisser au lecteur une marge d’imagination. Quant à l’épilogue, je le trouve à la fois dérangeant et poétique, assez coup de poing dans son genre.

Comme le disait très justement Laure-Anne dans sa chronique: ne vous attendez pas à une apocalypse zombie, une guerre nucléaire ou un roman bourré d’action. #SeulAuMonde est une tranche de vie philosophique et angoissante. Il nous oblige à nous poser les questions qui dérangent, à entrevoir un avenir qui pourrait peut-être devenir le nôtre.

Je recommande ce roman à ceux qui ont envie de sortir des sentiers battus, de réfléchir un peu sur la condition humaine, la vie en communauté, la manière dont on survit sans forcément une menace pour nous unir tous sous une bannière commune. J’ai passé un bon moment avec #SeulAuMonde qui me sort de mes habitudes. Je pense m’intéresser de plus près aux œuvres de cette auteure qui, pour ne rien gâcher, est vraiment hyper gentille. Croyez-moi, j’ai passé toute la foire du livre de Bruxelles à ses côtés :3 Bref, un livre à lire !