Les illusions de Sav-Loar – Manon Fargetton

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Les illusions de Sav-Loar
est un one-shot de fantasy écrit par l’auteure française Manon Fargetton. Publié chez Bragelonne en collection poche (sous l’ancien label Milady), il est disponible au prix de 8.20 euros.

Quand je parle d’un one-shot, je me dois d’emblée de tempérer. Même si ce roman peut se lire de manière indépendante, il en existe un autre dans le même univers qui complète celui-ci: l’Héritage des Rois-Passeurs. On y retrouve certains personnages communs, l’intrigue s’y rejoint à un moment (dans le second tiers) et se poursuit jusqu’à sa conclusion de ce qui est seulement esquissé dans l’Héritage des Rois-Passeurs. Les deux se répondent sans que je parvienne à me décider lequel des deux il vaut mieux lire en premier.
Objectivement, lisez les deux, ce sont des perles !

Les illusions de Sav-Loar, c’est avant tout l’histoire de plusieurs femmes. Celle de Bleue, enfant esclave qui se révèlera puissante magicienne. Celle de Fèl, une jeune adulte déjà bien éprouvée par la vie qui refuse d’arrêter de se battre. Celle des magiciennes de Sav-Loar, à travers les siècles jusqu’à nos jours. Celle des femmes traquées, traumatisées, malmenées.
Mais c’est aussi l’histoire de certains hommes, comme Guilhem, Oreb, Luernos, Til’Enarion, Ashkar, Cendre. Des guerriers, des guérisseurs, des prêtres, des mages, des enfants. Et de certains dieux.
Ce roman propose une grande fresque aux personnages multiples. Certains diront trop nombreux… Je l’ai pensé, à un moment. Pourtant, par je ne sais quel procédé extraordinaire, Manon Fargetton parvient à créer de l’empathie pour chacun d’eux. Aucun ne nous laisse réellement indifférent, que ce soit positif ou négatif. Je trouve que cela s’apparente à un tour de force digne d’être souligné.

Nous évoluons dans le royaume d’Ombre mais également dans l’Empire. Sur un seul tome de plus de 850 pages, nous voyageons énormément, j’en ai le tournis quand je regarde derrière moi et que je me rends compte de tout ce chemin parcouru depuis la citadelle du Sker jusqu’à cette bataille finale. Il y a tellement à dire sur ce roman que ça me semble impossible de tout évoquer en une seule chronique, pas sans qu’elle devienne beaucoup trop longue pour que vous ayez envie de la lire. Pas sans spoiler énormément de retournements de situation inattendus. Pas sans gâcher le plaisir d’une découverte sans savoir dans quoi vous vous embarquerez.

J’ai déjà parlé des personnages, j’ai envie de m’attarder sur chacun d’eux avec une préférence pour Bleue et pour Til’Enarion, alors que je ne les appréciais pas spécialement au début du récit. Pourtant, il me parait plus pertinent de pointer du doigt les messages que l’auteure fait passer à travers son texte. Au premier abord, j’ai pensé que les illusions de Sav-Loar était un roman de femmes, qui mettrait l’accent sur leur supériorité par rapport aux hommes, sur les douleurs qu’elles subissaient au quotidien jusqu’à se révolter, qu’il s’engagerait de manière agressive pour prouver leur valeur. Il faut dire qu’il s’ouvre quand même sur deux personnages principaux qui subissent l’esclavage et le viol d’un seigneur sadique et on ne nous épargne pas vraiment les détails même si les descriptions restent subtiles. C’est fascinant comme cette auteure parvient à décrire des situations horribles sans pour autant choquer, elle choisit avec soin son vocabulaire. Chapeau !

Au départ, donc, c’est ce que je m’attendais à trouver et je craignais de grincer un peu des dents parce que je pense, d’un point de vue personnel, que la valeur d’un individu n’est pas liée à son sexe et qu’on doit se battre pour prouver ce qu’on vaut en tant que personne. J’ai rapidement compris que l’auteure offrait un message d’égalité, qu’elle partageait, d’une certaine façon, mon point de vue (sans m’avancer à affirmer connaître ses convictions mais ce qu’elle dit dans ce livre, ce que dit Bleue, me parle totalement). Tout le roman tend vers ça, vers le désir qu’ont les magiciennes d’être non pas supérieures aux mages du Clos mais égales. Et celles qui, parmi elles, les haïssent au point de souhaiter les dominer, en viennent à changer d’avis ou à le regretter d’une façon ou d’une autre. Le message nous parvient d’autant plus fort que nous vivons l’évolution de Bleue qui, de haine et dégoût, en arrive à tempérer ce qu’elle ressent au fil des années. C’est puissant et le fait que l’intrigue s’étale sur une si longue période est un vrai plus, à mon sens.

L’auteure évoque aussi la manipulation de l’Histoire, l’importance de l’esprit critique et du libre-arbitre. Ces thèmes se distillent tout au long du récit et habillent un univers d’une grande richesse. Que ce soit par ses mythes fondateurs ou par la manière dont fonctionne la magie, je trouve que Manon Fargetton parvient à rester classique tout en innovant. Cela vous paraît paradoxal? Lisez les illusions de Sav-Loar, et vous comprendrez.

J’ai dévoré ce pavé en l’espace de trois jours et ç’aurait été plus rapide si je n’avais pas dû m’arrêter pour étudier. L’écriture fluide, enchanteresse, nous happe dans le récit et on passe les pages sans s’en rendre compte. J’ai adoré découvrir chaque ligne de ce récit d’une grande intelligence et lire un roman de fantasy à la fois divertissant et engagé. Je l’ai déjà dit mais à mes yeux, Manon Fargetton est une des meilleures auteures françaises en fantasy de notre époque et les illusions de Sav-Loar confirme mon impression. Je vous recommande très chaudement ce roman qui fut un coup de cœur. À n’en pas douter, il laissera longtemps sa marque sur moi et il appartient à la catégorie des livres que je relirai dans ma vie.

La Magie de Paris #2 le calme et la tempête – Olivier Gay

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La Magie de Paris
est une saga à destination d’un public adolescent écrite par l’auteur français Olivier Gay. Rappelez-vous, je vous ai déjà parlé du premier tome ! Elle est éditée chez Castlemore au prix de 15 euros par tome.

Olivier Gay est un auteur que je n’ai plus besoin de présenter. J’en parle souvent sur mon blog puisque j’ai lu plusieurs de ses romans et que j’en ai encore deux qui attendent dans ma liseuse. J’apprécie beaucoup sa plume, son humour, ses univers et ses personnages. Je trouve qu’il a énormément de talent et qu’il fait partie des auteurs marquants de cette génération. Non, il ne m’a pas payé pour que je dise ça :3 (même si j’attends mon chèque aux Imaginales) Mais bref, venons en au sujet qui nous préoccupe à savoir, ce fameux tome 2! Et ce même si c’est difficile de parler d’une suite sans trop spoiler le contenu. Je vais tâcher de m’y atteler.

J’avais déjà adoré le premier, pour plusieurs raisons. Déjà, l’héroïne, Chloé, dont je me sens très proche parce que nous partageons beaucoup de points communs. Ensuite, les personnages secondaires qui vivent autant que le personnage principal. Thomas est génial avec son amour, David m’intrigue, Nour est l’amie que j’aurai aimé avoir, Clélia m’agace, Cassandre provoque en moi des pulsions de meurtre et je ne vais pas parler de Mickael… Tous nous font ressentir quelque chose, ce qui s’apparente à un tour de force. Ce sont majoritairement des adolescents et à mes yeux, ils sont plutôt réussis. Je me retrouve à l’école, quand je le lis. Le même genre de feintes un peu pourries, de dynamiques sociales, c’est dingue ! On a l’impression que l’auteur a quitté le Lycée hier et c’est rare un traitement aussi juste et aussi peu condescendant de l’adolescent par quelqu’un d’adulte, de nos jours. Chapeau.

Ah et au passage, après la scène dans la pièce secrète, je suis définitivement Team Thomas. Enfin un personnage dans ce genre de littérature qui a de la fierté et du respect de lui-même ! J’en dis pas plus, mais vous comprendrez.

L’univers est toujours aussi bien construit et exploité. La façon dont on use de magie me plait vraiment (et me donne envie de chanter des comptines débiles). C’est original, bien pensé. L’intrigue ne ralentit pas et ne souffre d’aucune longueur. Un nouvel antagoniste apparaît, lié à celui du premier tome, ce qui permet de relancer l’intrigue sur les chapeaux de roue en plus du fameux « problème » de Chloé (pas de spoil j’ai dit). Tous les compliments adressés au premier tome sont valables également pour cette suite, qui est à la hauteur du ton donné par Olivier Gay à sa saga. J’essaie, je cherche, mais je ne trouve pas un seul bémol à mes yeux. Je me suis totalement éclatée en lisant ce tome et je l’ai fait presque d’une traite. On peut parler de coup de cœur ! La Magie de Paris reprend tout ce que j’aime généralement dans une saga de ce genre, passe à côté des clichés, propose des personnages travaillés avec une écriture soignée, que demander de plus?

Si la Magie de Paris est destiné à un public adolescent, aucun doute que les adultes y trouveront aussi leur compte. Les références pop cultures glissées habilement au long du texte l’enrichissent et provoquent parfois (ok, souvent) de francs éclats de rire. La personnalité que l’auteur laisse transparaître en salon se retrouve fortement à chaque page et c’est une réussite.

En bref, je vous recommande très fortement non seulement cette saga mais aussi Olivier Gay de manière plus générale, qui a d’autres œuvres plus adultes à son catalogue. Je vous renvoie à ma chronique sur les Épées de Glace (tome 1tome 2) et sur la série Fitz pour vous donner une idée. Bien vite les Imaginales pour la sortie du tome 3 de cette super aventure ♥

Celle qui n’avait pas peur de Cthulhu – Karim Berrouka

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Celle qui n’avait pas peur de Cthulhu
est le dernier roman en date de l’auteur français Karim Berrouka, publié chez ActuSF au prix de 18 euros au format papier. J’ai, pour ma part, remporté le numérique lors d’un concours sur le blog Un Papillon dans la Lune, ce qui m’a permis de découvrir ce roman insolite. Encore merci à elle !

Celle qui n’avait pas peur de Cthulhu raconte l’histoire d’Ingrid, une fille sans histoire qui se retrouve mêlée à une intrigue abracadabrante. Divers personnages surgissent dans sa vie en affirmant qu’elle est le « centre du pentacle » (sans lui dire ce que ça signifie) et elle se laisse embarquer dans leur délire qui mènera (ou non) au retour de Cthulhu dans notre réalité. Ce qui ne sera évidemment pas sans conséquence pour l’humanité.

Ma plus grande crainte en commençant ce roman, c’était de tomber sur un texte hyper référencé à côté duquel j’allais passer parce que je n’ai jamais lu une ligne de Lovecraft. Je sais, shame, tout ça, mais je n’y peux rien, il ne m’attire pas trop. Pour cette raison, ma critique manquera probablement un peu de profondeur et m’empêchera de relever des éléments pertinents liés à l’auteur originel et à la réécriture de son univers. Je vous renvoie donc à la chronique de Au Pays de la Cave des Trolls pour avoir l’avis d’une personne qui s’y connait mieux. Une chance pour moi, l’héroïne me ressemble et l’auteur a eu l’intelligence de proposer une double lecture en offrant pas mal de clins d’œil à ceux qui connaissent l’univers tout en permettant aux novices de suivre l’intrigue grâce à Ingrid qui n’y comprend pas grand chose de plus que nous.

Exploitant et explicitant à merveille le bestiaire lovecraftien (celui qu’on connait même sans l’avoir lu et celui un peu plus poussé qu’on découvre), Karim Berrouka réinterprète les mythes en offrant un roman interpellant. Il manque un peu de l’humour que je m’attendais à y trouver mais il offre, en contrepartie, une réflexion sur l’humanité, la société et le concept même de réalité qui n’est pas sans me plaire. Je pense qu’il s’agit du genre d’ouvrage qu’il faut relire plusieurs fois pour bien en saisir tous les tenants et aboutissants. Un texte brillant que tout le monde ne comprendra pas mais qui vaut la peine d’être lu si on réfléchit quelques instants dessus une fois achevé.

Si le roman s’essouffle un peu au milieu pour regagner en force à la fin avec un final « à la Berrouka » (les lecteurs du club des punks verront ce que je veux dire par là) il n’empêche qu’on tourne les pages avec facilité et qu’on se laisse plaisamment embarquer dans la tête d’Ingrid et ses réflexions parsemées de sarcasme et d’ironie. C’est qu’elle est très cartésienne, notre héroïne, et qu’elle n’hésite pas à poser un regard mordant sur tous ces hurluberlus qui viennent lui pourrir la vie, jusqu’à, l’air de rien, en venir à accepter son rôle imposé dans toute cette histoire. Je l’ai trouvée attachante et crédible, un personnage féminin comme je les aime, avec un vrai caractère, une vraie profondeur et qui ne se définit pas en fonction d’un homme. Ça ne devrait pas être si rare…

En bref, Celle qui n’avait pas peur de Cthulhu est un roman surprenant, comme toujours avec Karim Berrouka, qui est à la portée des adeptes de Lovecraft comme des novices. Il offre différents niveaux de lecture et une héroïne de caractère. Je le recommande à ceux qui ont envie de sortir des sentiers battus et de découvrir un pan de l’univers Lovecraft, revisité.

#SeulAuMonde – Céline Saint Charle

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#SeulAuMonde
est un roman post apocalyptique écrit par l’auteure française Céline Saint Charle et publié chez Livr’s Éditions dans la collection Post-Apo. Vous pouvez vous le procurer partout ou le commander sur le site de la maison d’édition, au prix de 18 euros ! Je remercie Livr’s pour ce service presse.

#SeulAuMonde raconte l’histoire d’un groupe de personne qui se réveille un beau matin à différents endroits du monde et constate que tout le reste de la population a tout simplement disparu sans laisser de traces. Toute la technologie fonctionne, mais comment se retrouver? S’assurer qu’ils ne sont pas seuls? Les réseaux sociaux sont peut-être la solution.

Je dois avouer que si je n’avais pas du lire ce roman pour mon stage, je ne me serais pas laissée attirer. La couverture, bien que jolie, donne une fausse impression de roman jeunesse et comme vous le savez, je ne suis pas du tout friande d’ambiance post apocalyptique. Pourtant, force m’est d’avouer que ce livre est très bon, très intelligent et plutôt bien écrit. Et que la couverture correspond, en réalité, super bien au contenu. Ce qui paraît très paradoxal mais vous comprendrez si vous le lisez un jour.

L’auteure commence par présenter les différents personnages dans leur quotidien. Virginie, une prof de musique française déprimée. Maggie, une vendeuse de chaussures anglaise un peu naïve. Markus, un suédois employé à la Mairie. Massimo, un restaurateur italien de vitraux. Peter, un laveur de voiture américain qui adore la cuisine. Kenjo, un ouvrier belge d’origine camerounaise qui travaille en entrepôt. Et Mei, une traductrice allemande d’origine chinoise. En quelques pages seulement, ils prennent vie sous nos yeux et brillent par leur banalité. Ces personnes pourraient être n’importe qui dans la rue. Ils n’ont rien de particulier, ce sont des gens ordinaires avec chacun leur caractère qui se retrouvent confrontés à une situation terrifiante. Heureusement, l’un d’eux a l’idée de se servir des réseaux sociaux et cela lui permet d’entrer en contact avec les autres. Vive les publications sponsorisées de facebook !

La force de #SeulAuMonde, c’est d’offrir une histoire qui se lit très vite (à peine 24h pour ma part) et pose des questions intelligentes. Comment réagirions-nous, dans cette situation? Que ferions-nous pour le présent? Pour l’avenir? Essaierions-nous de sauver l’espèce humaine? Que mettrions-nous en place? Comment nous organiser? L’auteure réfléchit sur le sujet et s’interroge sur des choses qui ne me seraient pas venues à l’esprit du tout. Je reste persuadée qu’en cas d’apocalypse, ce roman pourrait inspirer les survivants !

J’ai lu plusieurs critiques qui n’appréciaient pas la fin. D’une certaine manière, je comprends. Il n’y a pas de véritable dénouement pour expliquer la disparition de la population mondiale et quand on lit les dernières pages on peut ressentir une certaine frustration. Chacun y va de sa théorie et je trouve justement ça intéressant, de laisser au lecteur une marge d’imagination. Quant à l’épilogue, je le trouve à la fois dérangeant et poétique, assez coup de poing dans son genre.

Comme le disait très justement Laure-Anne dans sa chronique: ne vous attendez pas à une apocalypse zombie, une guerre nucléaire ou un roman bourré d’action. #SeulAuMonde est une tranche de vie philosophique et angoissante. Il nous oblige à nous poser les questions qui dérangent, à entrevoir un avenir qui pourrait peut-être devenir le nôtre.

Je recommande ce roman à ceux qui ont envie de sortir des sentiers battus, de réfléchir un peu sur la condition humaine, la vie en communauté, la manière dont on survit sans forcément une menace pour nous unir tous sous une bannière commune. J’ai passé un bon moment avec #SeulAuMonde qui me sort de mes habitudes. Je pense m’intéresser de plus près aux œuvres de cette auteure qui, pour ne rien gâcher, est vraiment hyper gentille. Croyez-moi, j’ai passé toute la foire du livre de Bruxelles à ses côtés :3 Bref, un livre à lire !

Rouge Toxic – Morgane Caussarieu

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Rouge Toxic est le dernier roman en date d’une de mes auteures favorites, Morgane Caussarieu. Il est publié chez Naos au prix de 14.90 euros. Il s’agit d’un excellent roman vampirique dans la veine Young Adult.

Rouge Toxic, c’est l’histoire de Barbie et Faruk. Barbie (diminutif de Barbara) est une lycéenne américaine qui a perdu son père, attaqué par un chien enragé (hin hin), et qui surmonte le deuil dans un nouveau lycée à San Francisco, sous la garde attentive de son parrain, Abe. Faruk est un vampire, un vryk, transformé il y a plusieurs siècles par un personnage qui ne sera pas inconnu à ceux qui ont déjà lu Dans les Veines, et qui vit sa petite vie dans le Tenderloin (bas quartier de San Francisco), jusqu’au jour où on lui propose un drôle de marché: veiller sur Barbie et la protéger.

Expliqué comme ça, je sais, le roman ressemble à un pitch de romance à deux balles qui surfe sur la vague vampire. C’est là que le talent de Morgane Caussarieu intervient: non seulement elle reste fidèle à sa mythologie (créée dans ses autres écrits) mais en prime, elle propose un livre hyper référencé qui plaira forcément à tous les fans du genre. Si elle abandonne le côté dépravation sexuelle qu’on retrouvait (avec délices) dans ses romans pour adultes, elle ne laisse pas pour autant la violence et offre une histoire dure, glauque, qui se dévore en quelques heures.

Pour autant, ce livre aurait juste été une agréable lecture sans la présence de personnages exploités dans ses autres titres et de cet univers que j’apprécie tout particulièrement. Quel bonheur de retrouver mon petit chouchou J-F (Dans les veines), de croiser le Baron Samedi (Black Mambo), d’avoir, en quelque sorte, une suite informelle à Dans les Veines. Non pas que les protagonistes soient ratés, simplement je ne me suis pas vraiment attachée à Barbie (je crois que j’ai définitivement un problème avec les filles) et si Faruk me plaisait vachement, il m’a un peu déçue sur la fin. Vous comprendrez pourquoi en lisant l’épilogue. Pourtant, j’y ai cru à un moment (ceux qui ont lu verront lequel, sûrement une de mes scènes favorites)… Bref, ma politique anti-spoil m’empêche d’aller plus loin dans ma frustration de lectrice.

Rouge Toxic s’inscrit merveilleusement dans l’œuvre de Morgane Caussarieu. Il peut se lire indépendamment de ses autres titres mais vous manquerez certaines références et clins d’œil habilement dissimulés au fil des pages. On ressent la patte de l’auteure, même s’il y manquait un petit quelque chose (à mon goût, j’insiste là-dessus, mais c’est parce que j’aime justement ce côté trash et sans limite chez l’auteure), justifié par les personnages adolescents. Elle réussit tout de même à proposer un roman young adult de qualité qui se dévore et exploite le mythe du vampire avec brio sans tomber dans la romance bas de gamme. Qu’est-ce que ça fait du bien ! Pourtant, un vampire au lycée, c’est vu et revu et re-revu… Mais la manière dont elle présente son sujet est telle qu’on n’a pas ce sentiment d’une énième redite. Sa force se situe, je pense, dans l’alternance des points de vue et dans le soin apporté à chacune de ses phrases. Le roman est écrit à la première personne avec des chapitres courts, dynamiques, dans la tête de Barbie puis de Faruk. Par ce biais, elle peut non seulement nous donner le point de vue de l’humaine mais aussi celui du vampire, ses problèmes quotidiens, on sent qu’elle a réfléchi à tous les aspects de son histoire.

Comme toujours, l’auteure maîtrise son sujet, que ce soit pour le vampire ou pour le vaudou, comme elle nous l’a déjà prouvé dans Black Mambo. Avec Rouge Toxic, Morgane Caussarieu réaffirme et défend sa place de reine du vrai roman vampirique en France. À mes yeux, ses livres sont des must-reads qui ne vous laisseront pas indifférent. Si vous ne connaissez pas, FONCEZ !

Je terminerai en disant que j’espère très fort que son prochain livre se concentre sur J-F. ♥ Mes espoirs sont-ils vains? En attendant, il me reste encore Je suis ton ombre mais j’ai peur de le lire parce qu’il ne me restera plus rien de l’auteure après x.x Ne cherchez pas la logique, je suis accro.

Les Seigneurs de Bohen – Estelle Faye

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Les Seigneurs de Bohen
est un one-shot écrit par l’auteure française Estelle Faye et publié aux éditions Critic au prix de 25 euros. Pavé de quasi 600 pages (591 si on se veut précis), il se classe dans le genre dark fantasy.

J’ai beaucoup à dire sur cette lecture et je pense que ma chronique paraîtra décousue puisque je vais la commencer en répondant à certains commentaires que j’ai pu lire. Par avance, je m’en excuse.

Je ne savais pas quoi penser de ce livre. Au départ, il me tentait énormément mais j’ai lu des critiques assez mauvaises qui m’ont fait hésiter à dépenser 25 euros pour l’acquérir. Sans compter que ça allait à l’encontre de mes bonnes résolutions en la matière. Laure-Anne l’a acheté à Livre Paris l’année dernière et me l’a prêtée après sa lecture, totalement séduite. Il est resté dans ma PAL un petit moment et j’ai profité du Printemps de l’Imaginaire Francophone pour l’en sortir. Comme souvent quand ça m’arrive d’hésiter sur un roman, de repousser sa découverte, j’ai eu une excellente surprise et je tombe des nues en relisant aujourd’hui les critiques négatives sur Babelio.

Estelle Faye propose un roman qui sort des sentiers battus et je pense que le premier problème (enfin la première qualité à mes yeux) se situe ici pour ses détracteurs. Quand je parle de sentiers battus, je songe à la forme narrative (peu crédible vu le nombre de détails racontés par Ioulia, certes, toutefois ça reste le jeu) mais aussi à la manière dont elle s’investit dans ses personnages, dans les relations qu’ils entretiennent entre eux. Beaucoup de lecteurs ont l’air de penser que la fantasy signifie forcément des combats épiques, du sang et des tripes, surtout pas trop de relations personnelles. Soit, chacun son point de vue, mais je trouve justement l’équilibre trouvé par l’auteure plutôt intéressant.

Si le début paraît lent, le temps de poser l’intrigue et les personnages, le lecteur s’attache rapidement aux protagonistes du récit qui sont des gens de rien pour la plupart. Bâtard, mercenaire, morguenne, sorcier, innocent injustement condamné… Des figures qui prennent vie sous nos yeux et nous emportent dans un récit haletant. L’auteure nous envoûte et nous nous attachons à chacun d’eux, qui s’éloignent des clichés du chevalier en armure ou du grand vilain sorcier. Le manichéisme est banni de ce récit et Estelle Faye nous torture avec un suspens maîtrisé. Si on s’attend à certains évènements, au final, ils n’arrivent jamais comme on le croit ni quand on l’anticipe. Ce n’est pas comparable à du Glen Cook ou du Joe Abercrombie (aaaaah, les maladresses éditoriales), certes, mais il n’empêche que les Seigneurs de Bohen se classe parmi la fine fleur de la fantasy française.

Et pourquoi? Simplement parce qu’Estelle Faye OSE. Elle ose ne pas se contenter d’une simple histoire de révolution d’un peuple contre un Empire décadent, schéma standard et Ô combien usé. Elle nous emmène dans le quotidien de différents personnages, n’hésite pas à se jouer de ce que certains considèrent comme de la déviance. J’ai lu un commentaire dans ce sens et je pose la question: pourquoi, en fantasy comme en dark fantasy, on ne pourrait pas retrouver un couple gay et vivre leur romance (enfin, romance, nuançons un peu parce que ça paraît cul-cul dit comme ça) qui n’entache pas du tout la bonne marche de l’intrigue? Et c’est une anti romance qui vous le dit… Pourquoi relever leur homosexualité comme un reproche alors que si ç’avait été juste un homme et une femme, personne n’aurait rien dit? La position d’Estelle Faye sur la sexualité de ses personnages et la manière dont elle la traite est justement, à mes yeux, l’une des forces de ce roman. L’un de ses points forts et positifs.

Certes, l’auteure prend son temps pour tracer une fresque complexe dont la trame se dénoue finalement. Certains reprochent la facilité scénaristique et oui, peut-être que certains détails interpellent… Si on essaie d’analyser ce récit avec des valeurs du 21e siècle, des codes purement occidentaux (parce que non, dans un univers moyenâgeux, les gens ne pensent pas comme nous. Incroyable pas vrai?) et une bonne dose de culturocentrisme. Ma politique anti-spoiler m’empêche, hélas, de développer davantage ce sujet mais quand on se donne la peine de rester dans la diégèse des Seigneurs de Bohen pour analyser le contenu du livre, je n’y trouve rien d’absurde. Hormis, évidemment, l’absurdité humaine en elle-même. Et ça aussi, j’ai adoré.

Si j’ai, au départ, eu du mal à me lancer dans ce roman, force est de constater que j’ai dévoré les deux tiers en l’espace d’un week-end, totalement embarquée dans l’intrigue, passionnée par Sorenz et Sainte-Étoile (♥), par Wens et Janosh, par Maëve aussi (surtout vers la fin). J’ai parfois ressenti de la frustration quand l’auteure changeait de point de vue, de manière très éphémère, pour nous montrer ce qui se passait à un endroit ou à un autre de l’Empire, quand elle multipliait parfois les personnages qui me parlaient moins, mais après coup, je me rends compte que ç’avait systématiquement une utilité. Et là où certains voient des facilités scénaristiques, je constate simplement un souci de réalisme. Un plan ourdit depuis dix ans peut s’écrouler en un claquement de doigt, au détour d’une mauvaise rencontre. On peut changer ses décisions de vie sous la simple impulsion de la passion. C’est ce qui rend ce récit si intense, finalement. Si humain.

L’intrigue, les personnages, j’en oublie presque l’écriture. Le style de l’auteur est marquant. Il sonne juste, chaque phrase paraît travaillée. Les descriptions sont bien dosées, sans réelle longueur. Estelle Faye possède ce que j’appelle la magie des mots, cette capacité à captiver au-delà du raisonnable et à dépeindre son univers captivant, riche, sombre et macabre.

Le tout, finalement, avec un message de liberté, d’espoir, l’importance de rester fidèle à soi-même, qui transparait malgré le côté sombre du récit. Doublé par une tendance un brin fataliste, aussi, mais diablement intelligente et cultivée. L’historienne en moi a apprécié les références à l’imprimerie, l’ode au pouvoir des livres, ainsi que l’exploitation de la mythologie slave à travers un bestiaire complet et des mythes passionnants.

Je pourrai parler des heures des Seigneurs de Bohen, je crois que cela se ressent et que ma chronique commence à être un peu longue. Ce roman fut un véritable coup de cœur, un coup de poing même, qui réussit à me guérir de ma panne de lecture et de la lassitude littéraire que je traine depuis un mois. Je tiens à remercier Estelle Faye pour cet incroyable voyage, merci pour les larmes versées au début de l’épilogue (♥), merci, vraiment ! J’attends avec impatience de la rencontrer aux Imaginales et de la découvrir sur un nouveau titre car je compte bien continuer à explorer sa bibliographie.
Oh et si ce n’était pas clair… LISEZ LES SEIGNEURS DE BOHEN ! ♥

#PLIB2019 La Légende des Quatre #1 le clan des loups – Cassandra O’Donnell

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Le clan des loups
est le premier tome de la saga la Légendes des Quatre, une nouveauté jeunesse écrite par l’auteure française Cassandra O’Donnell (qu’on ne présente plus) publiée chez Flammarion Jeunesse. Vous pouvez vous procurer ce roman absolument partout pour le prix de 15 euros.
Ce roman a été sélectionné pour le #PLIB2019. #ISBN9782081394254.

J’étais au salon de Bondues ce week-end et j’ignorais que Cassandra s’y trouvait également. Après l’avoir découvert en parcourant le planning dans un moment d’ennui (bah oui y’a pas toujours des gens, sur les salons !) j’ai été discuter avec elle et j’en ai profité pour acheter ce roman à destination d’un public 12 – 14 ans. Je sais, vous vous dites: non mais à quoi tu pensais? C’est pas du tout ton genre de lecture ! Un moment de folie, ça arrive, surtout quand ça concerne les écrits de Cassandra. Comme vous le savez, j’adore sa saga Rebecca Kean, donc pourquoi ne pas tenter celle-ci, que l’auteure qualifie elle-même de « Rebecca Kean mais sans sexe » ?

C’est vrai qu’il y a un peu de ça, mais pas que.
En commençant le roman, au bout du premier chapitre, j’ai refermé le livre et j’ai du changer le mode de mon cerveau. Je crois que c’est le plus difficile quand on se plonge dans un genre qui ne nous est pas familier / qu’on ne lit pas en temps normal. À partir du moment où mes neurones avaient intégré que c’est un livre à destination d’un public qui a dix ans de moins que moi, tout a commencé à aller bien mieux.

Parce ce qu’on ne s’exprime pas de la même manière à destination des enfants que des adultes. On n’utilise pas le même vocabulaire, les mêmes tournures de phrase, la même ponctuation. Non, on ne les prend pas pour des cons, mais il est vital de s’adapter à leur psychologie et à leur niveau de lecture, de langage, surtout pour cet âge, puisque c’est là qu’on construit ses goûts littéraires. Alors oui, l’abondance de verbe « être » agacera les puristes et très certainement, l’utilisation abusive des points d’exclamation rendra fou certains d’entre vous. Forcément, j’ai tiqué sur ces détails… Et ça ne m’a pas empêché de passer un très bon moment !

Pour vous évoquer le concept en quelques mots, nous évoluons dans un univers fantasy post-apocalyptique. En gros, les humains ont déconné et la technologie a disparu après une guerre contre les yokaïs. Retour au Moyen-Âge, où les tensions entre les clans et les races sont exacerbées. Il existe quatre types de yokaï: les loups, les tigres, les serpents et les aigles. Nous suivons principalement l’héritière des loups et l’héritier des tigres, dans ce tome, même si nous rencontrons également les serpents et les aigles. D’ailleurs, tant qu’on ne les avait pas croisé, je trouvais le tout sympa mais sans plus. Puis arrivent Wan (♥) et Nell… Et là, BOUM ! Je comprends ce que Cassandra voulait dire en parlant de « Rebecca Kean sans sexe » (même si en vrai ça aurait été super avec Wan, on peut imaginer un spin-off pour adulte s’teuplaiiiiit?). Ces deux personnages sont absolument géniaux, j’ai hâte de les retrouver dans les tomes suivants ! J’ai un peu moins accroché avec les deux héros principaux, mais c’est tout moi, ça: craquer sur les personnages secondaires.

Outre ça, l’univers est plutôt bien pensé et les messages passés par l’auteure sont intelligents. Il y a non seulement une mise en garde sur l’écologie et l’épuisement des ressources, mais également une mise en avant de la notion de tolérance, qui est très importante à rappeler (autant aux enfants qu’aux adultes). La Légende des Quatre n’est donc pas qu’un simple divertissement, c’est aussi un livre qui pousse à la réflexion. D’une pierre deux coups !

Pour conclure, je trouve que ce roman est une réussite qui conviendra aux petits comme aux grands. Cassandra O’Donnell invente un univers crédible et riche qu’elle exploite à travers un panel de personnages colorés. Elle n’infantilise pas son public et n’hésite pas à inclure de la violence (beaucoup de violence) et des réflexions intelligentes, tout en évitant l’anthropocentrisme chez les yokaïs, ce qui est un plus non négligeable à mes yeux. Le clan des loups se lit très vite et vous permettra de passer un bon moment au sein d’une littérature plus légère que d’habitude. À lire !

Le Lys Noir #1 Faustine – François Larzem

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Le Lys Noir est une saga qui compte actuellement deux tomes. Écrite par l’auteur français François Larzem, elle est publiée chez les Moutons Électriques dans la collection Naos. Chaque tome coûte 17 euros. Notez que c’est le tout premier roman que je lis de cette maison d’édition !

Je ne savais pas exactement à quoi m’attendre en ouvrant ce roman. J’ai d’abord été attirée par sa magnifique couverture, à la Foire du Livre de Bruxelles. Sobre, élégante, intrigante, tout ce que j’aime. En lisant le résumé, j’ai compris qu’il s’agissait d’un roman de cape et d’épée… Un genre que j’affectionne tout particulièrement mais que je ne lis plus suffisamment à mon goût. Il faut dire que, dans les nouveautés, il n’y en a pas tant que ça ! Je n’ai donc pas hésité longtemps pour l’emprunter à mon amie Laure-Anne, qui l’avait justement dans sa bibliothèque. Oui, le hasard fait bien les choses.

Je pensais lire un jeunesse mais je le trouve assez sombre, cruel et violent pour un roman à destination de ce public. Bon, après, je crois que je dois revoir ma définition de « jeune public ». Du moins, il me semble que la collection « Naos » est celle qui regroupe les ouvrages pour adolescents à partir de 13 ans, chez les indés de l’imaginaire. Je me trompe peut-être? Si vous savez m’éclairer, n’hésitez pas, parce que je n’ai pas trouvé l’information 🙂 Bref, ce fut, en soi, une bonne surprise ! L’auteur ne prend pas de gant pour nous emmener à Bayence, sur les traces du mystérieux justicier masqué, le Lys Noir. Au cœur des intrigues politiques du Marquis de Monzag, Faustine de Castillac a fort à faire pour sauver la vie du Dauphin et empêcher Bayence de sombrer dans le chaos. En très gros, voici l’intrigue principale.

Et quand je parle de chaos… C’est littéralement. Je ne m’y attendais pas, mais la magie (surtout noire) est très présente dans ce livre. D’ailleurs, le personnage de Melgoth (ce démon invoqué dans le corps d’une petite fille) est de loin mon préféré. Oui, surprenant, je sais… Par contre, en dehors de ces manifestations infernales, la magie n’est quasiment pas présente. On lui préfère une technologie qui rappelle un peu l’univers steampunk, via les inventions de l’alchimiste Ézéchiel. D’ailleurs, plusieurs pages du roman sont illustrées avec le schéma de ses inventions ou de ses décoctions, ce que j’ai apprécié.

L’univers du Lys Noir est très riche… Peut-être un peu trop? L’auteur donne énormément d’informations sur tout un tas de sujets et j’ai parfois eu l’impression qu’il se perdait lui-même dans ce qu’il racontait. Qu’il cherchait à tout nous dire, de peur qu’on loupe quelque chose, sauf que… L’équilibre n’était pas toujours au rendez-vous. Et c’est regrettable, parce que le background est bien travaillé, pensé, approfondi.

Ce tome est intitulé « Faustine » mais finalement, ce n’est pas vraiment elle l’héroïne principale. Du moins, je l’ai ressenti comme ça. Morgan, le Marquis, même Giuseppe, ont tous un rôle aussi important que le sien, si pas davantage. Je l’ai un peu regretté parce que finalement, le personnage de justicier masqué est le moins intéressant de tous. Faustine est un peu trop jeune pour être crédible, pas vraiment touchante, passe le livre à être blessée et sauvée par des hommes ou à faire des bourdes qui manquent de la tuer, pas terrible pour celle qu’on qualifie de la plus fine lame du royaume. Je sais qu’elle a hérité le costume de son père, que l’auteur joue probablement là-dessus aussi, mais du coup, on repassera pour l’image de femme forte et débrouillarde que je m’attendais à trouver. L’auteur a, selon moi, bien mieux réussi ses personnages masculins même s’il ne passe pas à côté des clichés du genre. En soi, ce n’est pas très gênant mais ça rend certains passages du roman un peu trop gros pour être crédibles.

Malgré quelques longueurs et quelques éléments brouillons (mais qui trouveront probablement un intérêt dans la suite), le Lys Noir est une agréable découverte qui ramène un peu sur le devant de la scène ce genre trop négligé qu’est le roman de cape et d’épée. Si ce premier tome manque de combat (de vrai duel je veux dire, pas de massacre sanglant parce que ça, on en a à la pelle) à mon goût, il trouve d’intéressants échos historiques si on réfléchit à certaines des scènes et certaines actions des personnages. Le fond est soigné, les détails des décors et des habits, même le style littéraire finalement qui se marie bien avec le contexte historique. Le narrateur omniscient permet de voyager dans tout Bayence et de rencontrer certains personnages juste le temps de les regarder périr. Il nous offre une vue d’ensemble pas forcément nécessaire mais c’est un choix narratif qui conviendra à d’autres lecteurs que moi.

En bref, j’ai passé un agréable moment avec ce premier tome du Lys Noir qui est un bon divertissement à lire à partir du lycée (secondaire supérieur pour les belges). Ce n’est pas un roman « jeunesse » comme je le pensais. En fait, il est entre deux: il contient son lot de sang, de souffrance et de scènes macabres -ce qui est à mon goût mais pas à celui de tous- mais ses personnages semblent issus du registre du roman pour adolescents. Ce qui se comprend quand on connaît un peu le passif de l’auteur. Mention spéciale pour Melgoth dont j’ai beaucoup apprécié la présence et qui me donne envie d’en apprendre plus ! Je trouve que le Lys Noir est plutôt une réussite et je le recommande si vous aimez ce genre d’univers. Il a d’intéressantes qualités qui amoindrissent les quelques défauts relevés dans cette chronique.

C’est lundi, que lisez-vous? #7

Bonjour à tous et bonne semaine livresque ! ♥
C’est lundi, que lisez-vous? 🙂
De mon côté, j’ai pas mal carburé la semaine dernière sur mes lectures ! Au programme, ya du manga mais aussi des romans puisque j’ai enfin pu commencer le Printemps de l’Imaginaire Francophone.

Ce que j’ai lu la semaine dernière:

Niveau manga, j’ai continué la série Nozokiana avec les tomes 5 et 6. J’aime toujours bien mais y’a une petite baisse de régime. J’attends de lire le tome 7 pour voir si je continue ou pas! J’ai également découvert deux nouvelles séries: Chronos Ruler et Lyla & la bête qui voulait mourir. Des histoires de qualité pour des séries que je ne vais, pourtant, probablement pas continuer. La première est un shonen et on le ressent beaucoup trop. Ce n’est pas ce que je recherche pour le moment! La seconde a un dessin vraiment brouillon et peu soigné quand il ne s’agit pas des personnages principaux, ce que je n’ai pas apprécié malgré une histoire d’une très grande qualité.

Niveau roman, j’ai commencé le Printemps de l’Imaginaire Francophone avec trois lectures vraiment chouettes ! Les Frontières Liquides de Jérôme Nédélec (du fantastique historique qui prend place dans notre Moyen-Âge du 9e siècle), les Chercheurs du Temps d’Emmanuelle Nuncq (à la frontière entre Doctor Who et retour vers le futur, un one-shot hyper référencé et bien mené sur les voyages temporels) et enfin, Pandémonium d’Aurélie Mendonça (de l’urban fantasy inspirée avec une héroïne qui en jette et ne pense pas avec ses hormones). Je vous ai chaque fois renseigné le lien vers mes chroniques si vous souhaitez en apprendre davantage sur ces différents titres.

J’ai également commencé à lire un ouvrage pour le comité de lecture, dans le cadre de mon stage. C’est toute une expérience, de lire un texte avant son travail éditorial puisqu’il faut réussir à se projeter dans l’avenir, se dire « avec ça ou ça, il peut être publié ». Un exercice dans lequel je débute mais qui a son charme.

Ce que je suis en train de lire:
Project Viper Faceless – Ellen Raven Martin
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Souvenez-vous, je vous avais déjà parlé du premier tome. La suite va sortir dans quelques jours et l’auteure m’a proposé spontanément le service presse. Comme j’avais passé un bon moment, j’ai accepté de le lire. J’en suis à 40% du roman et c’est assez sympa, construit comme un jeu vidéo (ce qui n’a rien d’étonnant quand on connait un peu l’auteure). Le seul reproche pour le moment, c’est que je m’y perds un peu. Un petit lexique au début n’aurait pas été de trop pour rafraîchir ma mémoire !

Ce que je vais lire ensuite:
SOS Geek – Tiffany Schneuwly
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Un des services presses pour mon stage. Je me suis dit que c’était thématique avec la Made In Asia à laquelle je participe du 16 au 18 mars. Si vous comptez y passer, n’hésitez pas à venir me saluer ^_^
Je vous avoue que j’a peur de lire cet ouvrage qui est de la romance fantastique avec une héroïne geek… Parce que l’étant moi-même, je crains les clichés. Toutefois, comme j’avais apprécié le premier tome de Dévore-moi ! de la même auteure, j’ai décidé de me lancer. Nous verrons si j’ai eu raison !

Et vous, qu’allez-vous lire cette semaine? ^_^

#PLIB2019 Pandémonium – Aurélie Mendonça

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Pandémonium est un one-shot fantastique écrit par l’auteure française Aurélie Mendonça. Publié aux éditions du Chat Noir dans la collection Féline, ce roman coûte 19.90 euros.
Ce roman a été sélectionné pour le #PLIB2019. #ISBN9782375680643.

Parmi les nouveautés du Chat Noir pour le début d’année, Pandémonium est certainement celle que j’attendais avec le plus d’impatience. Déjà, la couverture magnifique (signée Émilie Garcin) a attiré mon regard. Oui, j’ai des petites pulsions superficielles comme ça… Ensuite, son sous-titre: requiem pour un croque-mort. Je me voyais déjà suivre un personnage dont la mort est le métier et là-dessus, je n’ai pas été déçue en découvrant la quatrième de couverture ! Tous ces éléments, en plus de proposer un bel objet livre, m’ont convaincue d’acheter ce roman à la foire du Livre de Bruxelles. Et ma bookjar a été assez aimable pour me le sortir assez tôt dans le cadre du Printemps de l’Imaginaire Francophone.

Cette histoire est donc celle d’Elena, une thanatopractrice. Pour sauver l’âme de sa grand-mère des Enfers, elle passe un pacte avec la déesse Hela et devient sa Passeuse. Sa mission, c’est de faire en sorte que chaque âme destinée à Nilfheim arrive à destination et cela, sous couvert de son entreprise de pompe-funèbre, Pandémonium. Hélas pour elle… Les choses vont commencer à se gâter. Forcément.

Si le pitch paraît assez banal au premier abord, ce roman est néanmoins remarquable sur plusieurs points.

Déjà, tout l’aspect « industrie mortuaire » est très bien documenté. Ce n’est pas juste une façade « pour faire cool ». L’auteure a effectué des recherches sérieuses et nous explique, à travers le personnage d’Elena, comment on embaume un corps, comment on gère les familles en deuil, une entreprise comme la sienne, etc. Le récit est parcouru d’anecdotes vraiment réalistes, à tel point que j’en suis venue à me demander si l’auteure n’avait pas elle-même officié dans ce métier. Je ne m’y connais pas bien en la matière mais j’ai trouvé cela très crédible et intéressant. En plus de la technique, le roman offre également une réflexion profonde sur la mort et sur le processus de deuil. Deux thèmes importants et pourtant, souvent tabous dans notre société.

Ensuite, le personnage de Lilith. D’accord, c’est la grande méchante de l’histoire et franchement, elle est plutôt clichée par moment Mais elle a de bonnes réflexions, au point de provoquer l’admiration de l’héroïne elle-même. Lilith, au fond, c’est une femme qui a refusé de se satisfaire de son destin, qui a voulu se battre pour obtenir mieux et ça a quelque chose de remarquable. Puis, je n’ai pas la citation exacte, mais en gros, elle fait même remarquer à l’héroïne qu’elle n’a franchement pas besoin que Lucifer donne ses fesses pour elle et qu’il serait peut-être temps qu’elle se décide à se défendre toute seule. Surtout qu’elle en a les moyens. Et… Mon dieu MERCI POUR CA ! Le nombre d’héroïnes qui se cachent derrière leur beau gosse et se bougent les fesses pour des raisons stupides… C’est génial, d’en suivre une qui ne pense pas avec ses hormones.

Finalement, Pandémonium s’avère être un roman « de femmes ». Hela, Elena, Lilith, Morgane. Ce sont elles qui comptent et entre elles que va se régler toute l’intrigue. Pour autant, des personnages masculins sont présents mais pas écrasants et l’absence d’une intrigue amoureuse active aide beaucoup à ne pas considérer les protagonistes comme deux éléments d’un couple au lieu de deux êtres à part qui ont une existence propre en dehors de leur sexe. Pandémonium est, à ce niveau, très équilibré et ça m’a vraiment plu.

Enfin, toute la mythologie que l’auteure place dans son histoire est admirable. Le concept des Enfers (au pluriel !) est très intéressant, le mélange des mythologies également, le respect de toutes les religions, de toutes les confessions… Avec une histoire dynamique et prenante, Aurélie Mendonça nous pousse à réfléchir sur des sujets importants, attire notre attention sur des éléments qui paraissent anodins, mais ne le sont pas tant que ça.

À tout ceci s’ajoute des personnages attachants. L’héroïne, Elena, est géniale. Ce n’est pas une pauvre fille en manque tiraillée entre deux beaux gosses (merci mon dieu, le retour). Ce n’est pas une romance ou de l’urban fantasy bas de gamme. L’auteure traite des thèmes importants et offre un personnage en deuil auquel on s’identifie immédiatement. Je dois même avouer que sur le premier chapitre, j’ai eu les larmes aux yeux et ça chamboulera probablement toutes les personnes qui ont perdu leur grand-mère et qui en étaient proches. Parvenir à provoquer de tels sentiments après seulement quelques pages, je dis chapeau. D’autant que ça m’a aidée à m’identifier tout de suite à Elena.
Parmi les autres personnages, j’ai envie de tous les citer. Les Corbeaux, Morgane, la part belle laissée aux animaux: Ghost, Garm, Freyja. Les divinités infernales. Les fantômes aussi, mention spéciale à Mme Franquin qui est juste trop chouette.

En bref, j’ai vraiment passé un excellent moment dans l’univers de Pandémonium. C’est un roman punchy écrit à la première personne par une plume maîtrisée et immersive. J’ai du mal à lui trouver des défauts, en dehors de quelques coquilles encore présentes dans le livre. Le format one-shot propose une intrigue dynamique, la mythologie est inspirée, les personnages sont attachants… C’est un page-turner qu’on termine vite et sur lequel on devrait réfléchir quelques minutes à la fin de notre lecture, pour bien s’imprégner du contenu (pas tant de l’histoire en elle-même que les messages et les réflexions proposées par l’auteure). Aurélie Mendonça a travaillé deux ans sur ce titre et c’est une belle réussite. Un ouvrage soignée pour une auteure que j’ai été ravie de découvrir. Je vous en recommande très chaudement la lecture !