Bilan – le printemps de l’imaginaire francophone 2018

Bonjour à tous !
Aujourd’hui je vous écris (enfin, mais non j’ai pas 6 jours de retard) mon bilan sur le printemps de l’imaginaire francophone, organisé par le blog Monde Fantasy. Le principe est simple: du 1er mars au 1er juin, lire un maximum d’auteurs de SFFF en remplissant quelques défis et en choisissant le palier à atteindre. Pour plus de détails, je vous renvoie au blog organisateur (il suffit de cliquer sur son pti nom !)

Cette année, j’avais essayé de me constituer une PAL préliminaire mais elle a énormément bougé au fil du challenge. Entre les lectures ajoutées et celles abandonnées… Je vais donc vous lister ce que j’ai lu et chroniqué. Notez que je ne compte que les romans terminés, pas ceux abandonnés en cours de route parce que je n’accrochais pas ou que je leur trouvais peu de qualités, pas assez pour en écrire une chronique constructive. Les titres suivis par un ♥ sont mes coups de cœur pour ce challenge. Voici les couvertures, dans l’ordre de lecture !

1) L’Armée des veilleurs #1 – Jérôme Nédelec
2) Les chercheurs du temps – Emmanuelle Nuncq
3) Pandémonium – Aurélie Mendonça
4) Project Viper #2 Faceless – Ellen Raven Martin
5) Le Lys Noir #1 – François Larzem
6) La Légendes des Quatre #1 – Cassandra O’Donnell
7) Les Seigneurs de Bohen – Estelle Faye ♥
8) Rouge Toxic – Morgane Caussarieu ♥
9) #SeulAuMonde – Céline Saint-Charle ♥
10) Celle qui n’avait pas peur de Cthullu – Karim Berrouka
11) La Magie de Paris #2 – Olivier Gay
12) Les illusions de Sav-Loar – Manon Fargetton ♥
13 – 14) De l’autre côté du mur (intégrale – 2 romans) – Agnès Marot ♥
15) Nordie #1 – Cécile Ama Courtois
16) Le Roi des Ombres – Stéphanie Sylvain
17) Kayla Marchal #2 – Estelle Vagner
18) Grand Siècle #1 – Johan Heliot ♥
19) Le noir est ma couleur #1 – Olivier Gay
20) Paradoxes #3 – L. A. Braun (roman à paraître en août 2018)
21) Je suis ton ombre – Morgane Caussarieu ♥
22) Confessions d’un automate mangeur d’opium – Mathieu Gaborit & Fabrice Colin
23) Grand Siècle #2 – Johan Heliot

On peut ajouter à ce compte 6 titres: deux que j’ai lu en entier sans les chroniquer parce que je ne trouvais pas suffisamment de positif à dire dessus et quatre que j’ai abandonné en cours de route. Si on se veut précis, j’ai donc lu 25 romans en entier pendant ce challenge. J’avais opté pour le palier le plus haut soit bibliothécaire céleste, à 15 romans: objectif atteint !

J’ai également complété les 10 défis suivants:
– Lire un-e auteur/-trice belge francophone (L-A Braun)
– Lire un-e auteur/-trice candien-ne francophone (Stéphanie Sylvain)
– Lire un livre en rapport avec le vent ou l’air (dans le titre ou le contenu) (La Magie de Paris 2 dont le sous titre est « le calme et la tempête »)
– Lire un livre d’au moins 500 pages (Les illusions de Sav-Loar)
– Ne lire que des romans et des nouvelles
– Lire un livre auto-édité (Project Viper)
– Lire un livre d’une petite maison d’édition (presque tous)
– Lire un récit avec une héroïne (Kayla Marchal)
– Lire une suite de série (Grand Siècle #2)
– Lire une relique de votre PAL (De l’autre côté du mur, dans ma PAL depuis octobre 2017)

J’ai vraiment pris beaucoup de plaisir à participer à ce challenge et à partager avec les autres lecteurs dans le groupe facebook dédié à l’évènement. Cela m’a permis de découvrir de nouveaux titres mais aussi d’échanger sur la littérature SFFF francophone avec des passionnés ou de nouveaux lecteurs. J’ai trouvé le groupe assez dynamique tout au long du challenge, une belle réussite sur tous les plans et une fantastique expérience que je compte bien réitérer l’an prochain ! Merci Zahardonia pour ton initiative ♥

Et vous, vous participiez au PIF2018? Lisez-vous souvent de la littérature SFFF francophone?

Grand Siècle #2 l’envol du soleil – Johan Heliot

C1-Grand-Siècle-moderne-T2-OK-721x1024
L’envol du soleil
est le second tome de la trilogie Grand Siècle écrite par l’auteur français Johan Heliot. Disponible depuis mai 2018 au prix de 19 euros en papier (et 8.99 en numérique) il s’agit d’une uchronie de science-fiction se déroulant au XVIIe siècle.
Pour rappel, j’ai déjà chroniqué le premier tome.
Je tiens à remercier chaleureusement les éditions Mnémos pour ce service presse !

Dans ce second tome, nous retrouvons la fratrie Caron qui prend de plus en plus de place dans le récit, chacun des frères et sœurs continuant leur bout de chemin. Les deux jeunes, Marie et Martin, évoluent en personnages bien présents et la nouvelle génération Caron n’est pas en reste. Le roi Louis reste un protagoniste du roman, quoi qu’un peu plus en retrait que sur le tome 1 et le Pape Rouge continue ses intrigues depuis le Vatican. Je meurs d’envie de vous détailler tous les moments de l’intrigue et je me retiens à grand peine en vertu de ma politique anti-spoil. Sachez toutefois que j’ai lu ce roman en deux jours (commencé mardi matin et terminé mercredi midi) tant il m’a passionnée.

On y retrouve tous les éléments appréciés dans le premier tome. L’univers est fascinant et continue de se développer en allant plus loin dans le détail mais aussi dans la noirceur. Tout de même, au risque de radoter: il fallait oser implanter de la science-fiction sous le règne de Louis XIV ! J’en ai un peu discuté avec l’auteur aux Imaginales et je me suis rendue compte qu’il avait raison en affirmant que cette période est assez boudée. Hormis les Lames du Cardinal, un ouvrage SFFF vous vient-il dans le 16e ou 17e siècle français? Si oui, n’hésitez pas à me donner les titres dans les commentaires, parce que ça m’intéresse.
La technologie basée sur les flux éthériques prend de plus en plus de place, au point qu’elle devient un écho presque semblable à la société que nous connaissons au 20e siècle. Johan Heliot en vient à traiter des thématiques actuelles de manière plutôt ingénieuse, comme le comportement des foules face à la télévision (renommée luxovision pour l’occasion) et surtout, les sacrifices consentis à l’évolution technologique. On ne peut que trouver un écho affreusement actuel, contemporain, dans la peinture offerte par Johan Heliot de cette société alternative. Je trouve sa démarche vraiment brillante.

Le style de l’auteur est toujours aussi bon. Il maîtrise son action et le roman ne souffre, à mon sens, d’aucune longueur. Je le trouve même plus dynamique que le premier ! Petit reproche, par contre: il se déroule sur plusieurs années, entre dix et quinze ans si mes calculs sont justes et on s’y perd parfois un peu sur les bonds temporels effectués. Si on devine la date approximative et le passage du temps, j’aurai préféré que chaque chapitre soit daté plus précisément et de manière systématique. C’est un détail mais j’ai dû m’arrêter une fois ou deux pour chercher les indices temporels et les rappeler à ma mémoire. Cela ne m’a pas gâché ma lecture mais c’est parce que je l’ai lu presque d’une traite. Pour celui qui le découvrira autrement, ce détail pourrait gêner. Oui, on sent que j’ai un peu lutté pour trouver quelque chose de négatif à dire?

J’ai particulièrement apprécié l’évolution des personnages. Johan Heliot parvient à non seulement offrir une intrigue prenante, accessible tout en restant complexe, mais ne néglige jamais la psychologie de ses protagonistes. Ainsi, Louis reste fascinant à découvrir et Estienne tout autant. D’ailleurs, la fin… Je ne m’y attendais absolument pas ! Un vrai coup d’éclat. J’ai aussi appris à apprécier Martin et Pierre qui ne se lasse jamais de m’étonner. Les personnages féminins ne sont pas en reste et je suis très curieuse de voir si Jeannette aura un rôle aussi central que celui de sa tante dans le troisième tome. Petite mention aux figures historiques qui continuent de parsemer le récit et deviennent des protagonistes secondaires amusants à suivre, surtout quand on les compare à ce qu’ils ont vraiment été (ou ce que l’Histoire nous a rapporté à son sujet). Transformer La Fontaine en présentateur… Franchement ! Épique.

Pour résumer, l’Envol du Soleil n’a pas à rougir en comparaison de son tome 1. L’auteur reste constant dans la qualité qu’il nous propose, que ça soit au niveau de l’intrigue, de l’univers ou des personnages. Son écriture, dynamique avec quelques touches d’un style plus ancien (notamment à travers l’utilisation de certains verbes), nous offre une immersion complète dans cette uchronie fascinante que je recommande très chaudement. J’ai adoré !

Je suis ton ombre – Morgane Caussarieu

51701
Je suis ton ombre
est le second roman de Morgane Caussarieu, une suite à Dans les Veines… Mais pas vraiment. Disons que ce sont chaque fois des one-shot mais l’univers reste lié et des personnages reviennent. En attendant, si vous souhaitez retrouver ce bijou de littérature (et je pèse mes mots quand je dis « bijou ») il est disponible en poche chez Hélios (Mnémos) au prix de 10.90 euros.

Vous le savez, j’adore la plume de Morgane Caussarieu. Que ce soit pour le fantastique (Dans les Veines, Black Mambo, Rouge Toxic) ou pour son contemporain (Chéloïdes) je me prends chaque fois une claque et Je suis ton ombre ne fait pas exception. Faut dire qu’il traine dans ma liseuse depuis près d’un an et vous connaissez désormais mes mauvaises habitudes: plus on me dit de lire absolument un roman et plus je mets du temps, puis je le regrette au final parce que c’était une tuerie. On ne va pas démentir ça aujourd’hui. Hier donc, je commence ma lecture…

Et waw.

Je sais, ça manque d’argumentation et j’écris ma chronique à chaud, en plus. Reprenons: Village perdu du Sud Ouest de la France. Nous suivons Poil de Carotte, un gamin de douze ans plutôt pauvre qui vit avec son père handicapé dans une vieille ferme qui tombe en ruine. Un jour, il se rend dans une maison calcinée réputée hantée et trouve un vieux carnet qui raconte l’histoire de deux enfants, Jean et Jacques, en Louisiane au 17e siècle. Terrifié dès les premières lignes, hanté par des cauchemars qui prennent de plus en plus d’ampleur, il continue pourtant à lire…

Je me suis immédiatement retrouvée dans le jeune héros. En quelques lignes, Morgane Caussarieu nous plonge dans son quotidien, dans sa psyché, en utilisant un style littéraire adapté au phrasé d’un gamin du Sud Ouest profond et j’ai trouvé ça délicieux. Les passages du journal, pourtant écris aussi par un enfant, ont peut être un style un brin trop poussé (mais on peut le justifier de différentes manières) mais ça ne gâche pas notre sentiment d’horreur en parcourant ce qui y est raconté. Le personnage principal n’a pourtant rien du petit garçon aimable et tout mignon. Il dispose d’une psychologie complexe, déjà affecté par ce que l’humanité a de plus laid. Il commet des actes vraiment crades en se rendant vaguement compte qu’il ne devrait pas. Sa conscience le rattrape par moment mais les pulsions restent fortes. Ce jeu de tension psychologique est parfaitement maîtrisé et nous entraine au fil des pages, qu’on tourne sans s’en rendre compte. Jusqu’à arriver à la fin, avec effarement. On en voudrait davantage mais comment l’obtenir sans gâcher tout l’effet, tout l’équilibre savamment installé par l’auteure?

Horreur, dégoût, fascination, j’ai adoré la façon dont Morgane Caussarieu m’a malmenée au fil des pages en poussant toujours plus loin le vice humain avec des descriptions tantôt crues, tantôt poétiques, malsaines. Impossible de reposer ma liseuse, j’ai dévoré ce roman en négligeant tout le reste, complètement happée par la magie Caussarieu.

J’essaie, mais je ne trouve pas de réel point négatif à Je suis ton ombre, hormis les thèmes abordés qui peuvent ne pas plaire. Âmes sensibles s’abstenir pour ce livre ! Moi, c’est carrément ma came mais je suis certaine qu’il en a choqué plus d’un. Fidèle à son habitude, Morgane Caussarieu n’a peur de rien. Et quand je dis rien… C’est rien. Je ne précise pas pour éviter de gâcher la surprise des futurs lecteurs mais si vous pensez qu’elle ne fera pas ça ou que non, elle ne va quand même pas oser… Vous vous gourez et sévère, comme dirait notre protagoniste. Et c’est ça qu’on veut quand on lit un de ses romans, en même temps.

Rythmé, cruel, d’une noirceur exquise, Je suis ton ombre oscille entre une ambiance bayou et celle du sud-ouest perdu de la France pour rendre un roman affreusement humain, poisseux, crasseux et oppressant. On y retrouve d’ailleurs Gabriel avec un réel plaisir. Mention pour ceux qui ont lu Dans les veines: on apprend tout du passé de ce personnage que j’avais adoré et franchement, je ne l’en aime que plus. J’en suis toujours à me demander pourquoi mais c’est aussi ça, la marque des grands auteurs: créer des personnages horribles auxquels on s’attache. Puis cette fin… Dingue. Juste dingue.

Je pense que je vais faire une petite pause dans mes lectures de roman parce que tout me paraîtra fade après Je suis ton ombre et ça ne serait pas très juste pour les autres auteurs. Coup de cœur absolu ♥ Je vous le recommande très chaudement, mais je le répète, il n’est pas à mettre entre toutes les mains.

Grand Siècle #1 l’Académie de l’Éther – Johan Heliot

C1-grand-siècle_Page_1-733x1024
Le premier tome de la saga Grand Siècle s’intitule l’Académie de l’Éther et a été écrit par l’auteur français Johan Heliot. Publié chez Mnémos dans la collection Icare au prix de 19 euros, vous pouvez également vous le procurer en numérique au prix de 8.99 euros. Il s’agit d’un mélange surprenant d’uchronie et de science-fiction.

C’est qu’il fallait l’oser, quand même, celle-là ! Je m’attendais à découvrir un roman steampunk dans une uchronie prenant place dans l’une de mes époques historiques favorites et je tombe sur un roman qui mêle Histoire et science-fiction. Autant vous dire que ça m’a séduite et j’en suis la première surprise vu que j’ai toujours peur de ce type de mélange. Jusqu’ici, je ne connaissais l’auteur que de nom et je m’y suis intéressée davantage uniquement à cause de ce roman-ci, vu son contexte. Après quelques recherches, il s’avère que Johan Heliot est un habitué de l’uchronie et assez unanimement applaudi dans ce domaine avec des titres qui m’intriguent énormément. Au passage, notez qu’il sera présent aux Imaginales ! Et que je vais revenir avec au moins un de ses livres. Je ne sais pas encore lequel donc si par hasard vous avez des suggestions, n’hésitez pas! Bref, revenons en à ce qui nous intéresse vraiment.

Le roman s’ouvre sur un groupe d’enfants dont le père se suicide pour les pousser à le quitter et se rendre à la capitale, chez leur oncle Plantin. Ils espèrent ainsi échapper à la famine qui règne en province. Nous suivons donc ces cinq enfants (Pierre, Jeanne, Estienne, Marie et Martin) dans leur périple jusqu’à leur destination, puis nous partons faire la connaissance du lieutenant de frégate Baptiste Rochet, auteur d’une découverte surprenante. En mer, ils ont repêché une sphère qu’il présente au jeune roi Louis XIV, immédiatement séduit par ses propriétés. Mais cette sphère n’est pas uniquement ce qu’elle paraît être et son arrivée à la Cour va déclencher toute une série d’évènements inattendus, jusqu’à ce que le destin des enfants croise celui des plus grands hommes de l’Histoire de France. J’essaie de vous synthétiser tout ça sans non plus vous révéler des pans importants de l’intrigue que j’ai personnellement pris beaucoup de plaisir à découvrir. Ce n’est pas simple !

Je vais d’abord m’attarder sur l’univers, que j’ai trouvé plutôt brillant et bien maîtrisé. L’auteur nous gratifie de nombreuses références historiques, d’abord à travers les personnages. Rapidement, nous suivons Blaise Pascal ou encore le Roi Louis qui sont des protagonistes centraux du Grand Siècle. Nous croisons aussi le cardinal Mazarin, la reine Anne, le prince Condé et dans un registre plus populaire, Cyrano de Bergerac ou encore, d’Artagnan. Johan Heliot se réapproprie des faits historiques tels que la guerre contre l’Espagne, la fronde ou les mazarinades pour servir son intrigue et utiliser les évènements à son avantage. Cela dénote une grande connaissance de son sujet et beaucoup de recherche. J’ai également apprécié son utilisation de l’imprimerie. L’étudiante en histoire littéraire (avec la base d’Histoire-tout-court que ça implique) en moi ne peut qu’applaudir la façon dont il imbrique tous ces éléments pour nous offrir un contexte d’une incroyable richesse. C’est, sans conteste, une uchronie de qualité.

Je me dois également d’évoquer la plume de Johan Heliot qui sert merveilleusement son récit puisqu’elle donne l’impression de vivre à l’époque grâce à son vocabulaire et ses tournures de phrase. Évidemment, ça reste accessible à tous mais ses qualités immersives ne sont pas à dédaigner.

Immersif est un bon mot pour qualifier ce premier tome. Assez rapidement, le destin des cinq enfants nous importe et j’ai beaucoup aimé la façon dont ils évoluent, chacun à leur façon, même si j’ai frissonné quelques fois. L’auteur n’a aucune pitié pour ses protagonistes et j’adore ça ! J’ai aussi trouvé fascinant de voir évoluer Louis XIV dans sa jeunesse puis au début de l’âge adulte. Ses rapports avec l’Unité d’Exploration Conscientisée (UEC pour les intimes) et les chapitres du point de vue de ce super ordinateur échoué par accident sur notre planète donnent une profondeur au récit et certaines réflexions pertinentes sur l’humanité. Nous évoluons aussi dans la cour des Miracles, à la cour de France, sur les champs de bataille, dans les ateliers de monsieur Pascal. Les décors se multiplient pour offrir une fresque prenante et apporter tous les éléments essentiels à un roman qui, non seulement, contient beaucoup de savoir dans bien des domaines (dont la science) mais réussit tout autant à nous divertir efficacement. Preuve, s’il en fallait, que l’un se marie très bien avec l’autre.

En bref, j’ai vraiment adoré le premier tome du Grand Siècle et je compte bien lire la suite rapidement. Johan Heliot est un auteur qui donne envie d’être découvert et qui possède déjà, à ce jour, une bibliographie très riche. Je recommande le Grand Siècle aux amoureux de l’uchronie et du Paris du 17e, à ceux qui ont envie d’être surpris et emportés dans un univers brillant par sa construction avec des personnages attachants. Un coup de cœur et une réussite ♥

Kayla Marchal #2 l’Ascension – Estelle Vagner

kayla-preview
Le tome 2 de Kayla Marchal intitulé l’Ascension est écrit par l’auteure française Estelle Vagner et publié aux Éditions du Chat Noir dans la collection Cheshire. Vous pouvez le retrouver au format papier à 19.90 euros et au format numérique sur toutes les plateformes à 5.99 euros. Notez que le troisième (et dernier tome) sera disponible en avant première aux Imaginales d’Épinal !

Comme pour le premier tome, j’ai profité d’une promotion sur l’ebook pour me procurer la suite de cette saga que j’avais pourtant adoré en Juillet dernier. Pour rappel, je vous renvoie à ma chronique. J’ai mis très longtemps à le lire parce que je craignais une déconvenue. En général, quand j’accroche à ce point à une série d’urban fantasy, je tombe sur une suite qui me plait moins et j’avais envie de garder un bon souvenir de Kayla. Pourtant, à l’approche des Imaginales et de la sortie du troisième tome, je devais me mettre à jour…

Et donc j’espère que l’auteure me pardonnera mon manque de foi en elle, j’ai tout autant adoré ce roman que le premier !

Nous retrouvons Kayla là où nous l’avons laissée à la fin du premier volume. Jade et elle sont prises en charge par les Protecteurs et on se rend assez vite compte que quelque chose ne tourne pas rond. Je ne vous en dis pas plus pour éviter de spoiler mais c’est un roman qui va à 200 à l’heure. On ne s’ennuie jamais grâce à l’action omniprésente et aux chapitres courts, dynamiques.

Le personnage de Kayla me plait toujours autant, je trouve qu’elle a le sens des priorités. On en apprend plus sur elle et sur ses précédentes incarnations grâce à une série de flashbacks bien maîtrisés distillés tout au long du roman, qui permettent d’entretenir le suspens jusqu’à la fin. J’ai également beaucoup aimé les personnages « secondaires » qui gravitent autour. Si, définitivement, Max me gonfle (mais genre, énormément), je trouve Jade et Jérémiah bien plus à mon goût. La relation entre Jade et Kayla est d’ailleurs vraiment bien posée et importante dans le roman, ce que j’ai apprécié. Tout ne tourne pas autour des hommes ! Alors oui, ils restent absolument « trop sexy » tout ça, tout ça, mais ils ont aussi une personnalité. Estelle Vagner réussit vraiment à leur donner vie, même à ceux qui ne font que passer. Elle va chercher un peu plus loin que la majorité des auteures dans ce genre littéraire et c’est appréciable.

Et pas l’ombre d’une scène de sexe à l’horizon ! Comme nous sommes dans du young adult, si ça arrive, l’auteure éclipse au lieu de se perdre dans des descriptions qui frisent parfois le ridicule chez certains autres auteurs (pas tous hein mais ces derniers temps j’ai un peu eu ma dose à ce niveau… Je me sens obligée de relever), ce que je trouve agréable parce que ça n’enlève absolument rien au roman. Au contraire, ça lui rajoute un cachet.

L’auteure continue également de développer sa mythologie et nous donne davantage d’informations sur la naissance des (poly)morphes. Elle a créé un univers riche plutôt bien pensé et qui, personnellement, me sort de mes habitudes. Elle ne se sent pas obligée d’utiliser toutes les créatures habituelles dans ce genre de roman (si vous cherchez un vampire, oubliez le !) et se réapproprie le concept du garou d’une manière originale. Sans compter que tout le livre se déroule en France ! Et ça peut paraître bête, mais j’apprécie qu’une auteure d’urban fantasy place son action dans son pays, surtout qu’elle nous permet de découvrir les paysages de cette partie du pays.

Son style d’écriture reste simple, dynamique et personnel. Grâce au choix de la première personne et du présent comme temps narratif, l’auteure nous permet de plonger tête la première dans l’esprit de Kayla en la rendant vraiment vivante. Embarquée dans son aventure, j’ai ressenti pas mal d’émotions variées (souvent à base de : mais quel pauvre naze ce mec (ceux qui ont lu comprendront)) ce qui est la marque d’un bon livre, finalement. Si on se prend au jeu, l’auteure a réussi son pari ! Et ici, c’est le cas.

En résumé, Kayla Marchal confirme (selon mon point de vue) sa place dans les meilleurs romans d’urban fantasy à la française. Avec une héroïne pleine de punch et un univers travaillé, Estelle Vagner nous embarque dans une histoire addictive dont on tourne les pages sans s’en rendre compte. Je recommande chaudement cette saga à tous les fans du genre !

De l’autre côté du mur (intégrale) – Agnès Marot

mur_1ere
Ce volume comprend deux romans écrits par l’auteure française Agnès Marot: De l’autre côté du mur et Notes pour un monde meilleur, publiés aux éditions du chat noir et réédités fin de l’année dernière chez Lynks Éditions dans un seul volume, au prix de 14.90 euros.

Ma chronique va donc se diviser en deux parties, une pour chaque livre. Avant de m’attarder sur chaque histoire de manière plus précise, je vais relever quelques points de l’univers: nous évoluons dans un monde futuriste où les filles vivent séparées des garçons. Elles maîtrisent l’Art, une forme de magie liée à la nature, là où les garçons maîtrisent la Science, qui est aussi une forme de magie mais qui s’exprime d’une manière différente. J’ai trouvé l’exploitation des pouvoirs (et leur portée métaphorique) vraiment brillante.

En avançant dans l’intrigue et dans chacun des tomes qui compose cette intégrale, on en apprend davantage sur cet univers d’une grande richesse et très référencé. D’ailleurs, l’auteure a ajouté une appendice à la fin du roman où elle nous explique ses différentes inspirations littéraires, artistiques et l’origine des citations qu’elle utilise pour ses débuts de chapitre. J’ai trouvé cela très intéressant parce que même si j’en ai relevé certaines, je suis passée à côté de beaucoup de références et ça m’a donné envie de découvrir tout ce qu’elle a cité. Au passage, moi aussi j’ai pensé que le prénom Aslan venait du monde de Narnia… Oups?

Cette intégrale m’a vraiment marquée et je ne m’y attendais pas. Elle est restée dans ma PAL depuis début octobre, j’attendais le déclic et comme à chaque fois que ça m’arrive, je me suis retrouvée à lire un petit bijou littéraire d’une auteure pleine de sensibilité, d’intelligence et de culture.

Voilà ce que j’avais à dire sur l’intégrale d’une manière globale. J’ajouterai que l’objet livre est vraiment joli, la nouvelle couverture s’inspire des plus anciennes en se les réappropriant pour coller à l’image de la collection Re:Lynks. La mise en page est agréable et le prix plus qu’abordable, ce qui ne gâche rien.

De l’autre côté du mur:
Ce roman nous raconte l’histoire de Sibel, une jeune danseuse qui vit avec les autres Filles et Mères en cultivant son Art. Tout va bien dans le meilleur des mondes jusqu’à ce qu’une de ses condisciples brise son équilibre en la touchant, la transformant en paria. Et oui, dans cette société, se toucher est interdit ! La vie de Sibel va alors prendre un autre tournant…

Je ne savais pas à quoi m’attendre en commençant ce livre et je dois avouer qu’il m’a totalement séduite par sa poésie et sa portée réflexive. Je n’apprécie pas le genre de la dystopie en temps normal mais l’écriture chantante d’Agnès Marot m’a immédiatement emmenée dans ce monde que nous découvrons à travers et en même temps que Sibel. Au dos du roman, on retrouve ce commentaire du site Escroc-griffe.com: une œuvre qui interpelle sur l’Humanité. Difficile de mieux résumer De l’autre côté du mur. Une véritable ode à la liberté, au savoir et au libre arbitre, un plaidoyer pour les Arts et la Science, pour l’Humain, tout simplement. Un avertissement aussi. J’ai du mal à imaginer qu’il s’agit du premier roman de cette auteure, dont je connaissais déjà le talent grâce à ma lecture d’I.R.L. en 2016.

L’héroïne m’a immédiatement touchée dans sa relation d’amitié avec Aylin et dans son rapport à autrui. Son évolution plutôt crédible et son caractère m’ont même permis d’apprécier la romance qui prend place dans le récit sans pour autant éclipser son propos premier. J’ai même trouvé cet amour extrêmement puissant, j’ai ressenti quelque chose pour la première fois depuis longtemps face à un « couple » littéraire. Pas une fois je n’ai levé les yeux, tant Agnès Marot maîtrise à merveille les ingrédients de son livre. Sibel reste fidèle à elle-même, à son cœur, à ses convictions et ce même si Aslan prend de plus en plus d’importance pour elle. J’ai trouvé ce choix rafraîchissant, Agnès Marot parvient à équilibrer les différents genres littéraires qu’elle exploite pour offrir une œuvre d’une rare intelligence dont les thèmes (cités plus haut) me parlent. J’ai littéralement dévoré ce tome sur deux jours à peine !

Notes pour un monde meilleur:
Rien qu’à écrire le titre, je tremble ! Ceux qui ont lu comprendront pour quelle raison… Notes pour un monde meilleur est la préquelle de De l’autre côté du mur, dévorée sur cet après-midi. On y découvre de quelle manière tout a commencé et on peut résumer ce roman court en une phrase: l’Enfer est pavé de bonnes intentions. J’ai trouvé cette histoire terriblement bouleversante et plus dure psychologiquement que De l’autre côté du mur (qui pourtant en tient une couche à ce niveau). Suivre Isaac dans ses rêves et dans la dégringolade qui suit m’a prise aux tripes. Je ne m’attendais pas du tout à lire un tel texte. Je me suis immédiatement attachée à lui, malgré ses erreurs et ses faiblesses. Et sa relation avec son épouse, Azra… Les premiers chapitres me donnaient déjà des frissons. Je n’avais plus ressenti autant d’émotions à la lecture d’un livre depuis longtemps. Je vivais avec Isaac, ensorcelée par les mots d’Agnès Marot. Quel bonheur ! Quel plaisir !

Je me dois de relever, à nouveau, sa profondeur philosophique et le message d’espoir qu’il transmet. Ce texte est profondément humain: à la fois très beau et hideux, il offre le pire comme le meilleur.
Quelle CLAQUE !

Contre toute attente, cette intégrale se révèle un vrai coup de cœur alors que ce n’est pas du tout mon genre littéraire à la base. Pour sa richesse, son humanité, sa poésie et ses messages, je vous le recommande très chaudement. ♥

Celle qui n’avait pas peur de Cthulhu – Karim Berrouka

64722
Celle qui n’avait pas peur de Cthulhu
est le dernier roman en date de l’auteur français Karim Berrouka, publié chez ActuSF au prix de 18 euros au format papier. J’ai, pour ma part, remporté le numérique lors d’un concours sur le blog Un Papillon dans la Lune, ce qui m’a permis de découvrir ce roman insolite. Encore merci à elle !

Celle qui n’avait pas peur de Cthulhu raconte l’histoire d’Ingrid, une fille sans histoire qui se retrouve mêlée à une intrigue abracadabrante. Divers personnages surgissent dans sa vie en affirmant qu’elle est le « centre du pentacle » (sans lui dire ce que ça signifie) et elle se laisse embarquer dans leur délire qui mènera (ou non) au retour de Cthulhu dans notre réalité. Ce qui ne sera évidemment pas sans conséquence pour l’humanité.

Ma plus grande crainte en commençant ce roman, c’était de tomber sur un texte hyper référencé à côté duquel j’allais passer parce que je n’ai jamais lu une ligne de Lovecraft. Je sais, shame, tout ça, mais je n’y peux rien, il ne m’attire pas trop. Pour cette raison, ma critique manquera probablement un peu de profondeur et m’empêchera de relever des éléments pertinents liés à l’auteur originel et à la réécriture de son univers. Je vous renvoie donc à la chronique de Au Pays de la Cave des Trolls pour avoir l’avis d’une personne qui s’y connait mieux. Une chance pour moi, l’héroïne me ressemble et l’auteur a eu l’intelligence de proposer une double lecture en offrant pas mal de clins d’œil à ceux qui connaissent l’univers tout en permettant aux novices de suivre l’intrigue grâce à Ingrid qui n’y comprend pas grand chose de plus que nous.

Exploitant et explicitant à merveille le bestiaire lovecraftien (celui qu’on connait même sans l’avoir lu et celui un peu plus poussé qu’on découvre), Karim Berrouka réinterprète les mythes en offrant un roman interpellant. Il manque un peu de l’humour que je m’attendais à y trouver mais il offre, en contrepartie, une réflexion sur l’humanité, la société et le concept même de réalité qui n’est pas sans me plaire. Je pense qu’il s’agit du genre d’ouvrage qu’il faut relire plusieurs fois pour bien en saisir tous les tenants et aboutissants. Un texte brillant que tout le monde ne comprendra pas mais qui vaut la peine d’être lu si on réfléchit quelques instants dessus une fois achevé.

Si le roman s’essouffle un peu au milieu pour regagner en force à la fin avec un final « à la Berrouka » (les lecteurs du club des punks verront ce que je veux dire par là) il n’empêche qu’on tourne les pages avec facilité et qu’on se laisse plaisamment embarquer dans la tête d’Ingrid et ses réflexions parsemées de sarcasme et d’ironie. C’est qu’elle est très cartésienne, notre héroïne, et qu’elle n’hésite pas à poser un regard mordant sur tous ces hurluberlus qui viennent lui pourrir la vie, jusqu’à, l’air de rien, en venir à accepter son rôle imposé dans toute cette histoire. Je l’ai trouvée attachante et crédible, un personnage féminin comme je les aime, avec un vrai caractère, une vraie profondeur et qui ne se définit pas en fonction d’un homme. Ça ne devrait pas être si rare…

En bref, Celle qui n’avait pas peur de Cthulhu est un roman surprenant, comme toujours avec Karim Berrouka, qui est à la portée des adeptes de Lovecraft comme des novices. Il offre différents niveaux de lecture et une héroïne de caractère. Je le recommande à ceux qui ont envie de sortir des sentiers battus et de découvrir un pan de l’univers Lovecraft, revisité.

#SeulAuMonde – Céline Saint Charle

9782930839752
#SeulAuMonde
est un roman post apocalyptique écrit par l’auteure française Céline Saint Charle et publié chez Livr’s Éditions dans la collection Post-Apo. Vous pouvez vous le procurer partout ou le commander sur le site de la maison d’édition, au prix de 18 euros ! Je remercie Livr’s pour ce service presse.

#SeulAuMonde raconte l’histoire d’un groupe de personne qui se réveille un beau matin à différents endroits du monde et constate que tout le reste de la population a tout simplement disparu sans laisser de traces. Toute la technologie fonctionne, mais comment se retrouver? S’assurer qu’ils ne sont pas seuls? Les réseaux sociaux sont peut-être la solution.

Je dois avouer que si je n’avais pas du lire ce roman pour mon stage, je ne me serais pas laissée attirer. La couverture, bien que jolie, donne une fausse impression de roman jeunesse et comme vous le savez, je ne suis pas du tout friande d’ambiance post apocalyptique. Pourtant, force m’est d’avouer que ce livre est très bon, très intelligent et plutôt bien écrit. Et que la couverture correspond, en réalité, super bien au contenu. Ce qui paraît très paradoxal mais vous comprendrez si vous le lisez un jour.

L’auteure commence par présenter les différents personnages dans leur quotidien. Virginie, une prof de musique française déprimée. Maggie, une vendeuse de chaussures anglaise un peu naïve. Markus, un suédois employé à la Mairie. Massimo, un restaurateur italien de vitraux. Peter, un laveur de voiture américain qui adore la cuisine. Kenjo, un ouvrier belge d’origine camerounaise qui travaille en entrepôt. Et Mei, une traductrice allemande d’origine chinoise. En quelques pages seulement, ils prennent vie sous nos yeux et brillent par leur banalité. Ces personnes pourraient être n’importe qui dans la rue. Ils n’ont rien de particulier, ce sont des gens ordinaires avec chacun leur caractère qui se retrouvent confrontés à une situation terrifiante. Heureusement, l’un d’eux a l’idée de se servir des réseaux sociaux et cela lui permet d’entrer en contact avec les autres. Vive les publications sponsorisées de facebook !

La force de #SeulAuMonde, c’est d’offrir une histoire qui se lit très vite (à peine 24h pour ma part) et pose des questions intelligentes. Comment réagirions-nous, dans cette situation? Que ferions-nous pour le présent? Pour l’avenir? Essaierions-nous de sauver l’espèce humaine? Que mettrions-nous en place? Comment nous organiser? L’auteure réfléchit sur le sujet et s’interroge sur des choses qui ne me seraient pas venues à l’esprit du tout. Je reste persuadée qu’en cas d’apocalypse, ce roman pourrait inspirer les survivants !

J’ai lu plusieurs critiques qui n’appréciaient pas la fin. D’une certaine manière, je comprends. Il n’y a pas de véritable dénouement pour expliquer la disparition de la population mondiale et quand on lit les dernières pages on peut ressentir une certaine frustration. Chacun y va de sa théorie et je trouve justement ça intéressant, de laisser au lecteur une marge d’imagination. Quant à l’épilogue, je le trouve à la fois dérangeant et poétique, assez coup de poing dans son genre.

Comme le disait très justement Laure-Anne dans sa chronique: ne vous attendez pas à une apocalypse zombie, une guerre nucléaire ou un roman bourré d’action. #SeulAuMonde est une tranche de vie philosophique et angoissante. Il nous oblige à nous poser les questions qui dérangent, à entrevoir un avenir qui pourrait peut-être devenir le nôtre.

Je recommande ce roman à ceux qui ont envie de sortir des sentiers battus, de réfléchir un peu sur la condition humaine, la vie en communauté, la manière dont on survit sans forcément une menace pour nous unir tous sous une bannière commune. J’ai passé un bon moment avec #SeulAuMonde qui me sort de mes habitudes. Je pense m’intéresser de plus près aux œuvres de cette auteure qui, pour ne rien gâcher, est vraiment hyper gentille. Croyez-moi, j’ai passé toute la foire du livre de Bruxelles à ses côtés :3 Bref, un livre à lire !

Rouge Toxic – Morgane Caussarieu

119236103
Rouge Toxic est le dernier roman en date d’une de mes auteures favorites, Morgane Caussarieu. Il est publié chez Naos au prix de 14.90 euros. Il s’agit d’un excellent roman vampirique dans la veine Young Adult.

Rouge Toxic, c’est l’histoire de Barbie et Faruk. Barbie (diminutif de Barbara) est une lycéenne américaine qui a perdu son père, attaqué par un chien enragé (hin hin), et qui surmonte le deuil dans un nouveau lycée à San Francisco, sous la garde attentive de son parrain, Abe. Faruk est un vampire, un vryk, transformé il y a plusieurs siècles par un personnage qui ne sera pas inconnu à ceux qui ont déjà lu Dans les Veines, et qui vit sa petite vie dans le Tenderloin (bas quartier de San Francisco), jusqu’au jour où on lui propose un drôle de marché: veiller sur Barbie et la protéger.

Expliqué comme ça, je sais, le roman ressemble à un pitch de romance à deux balles qui surfe sur la vague vampire. C’est là que le talent de Morgane Caussarieu intervient: non seulement elle reste fidèle à sa mythologie (créée dans ses autres écrits) mais en prime, elle propose un livre hyper référencé qui plaira forcément à tous les fans du genre. Si elle abandonne le côté dépravation sexuelle qu’on retrouvait (avec délices) dans ses romans pour adultes, elle ne laisse pas pour autant la violence et offre une histoire dure, glauque, qui se dévore en quelques heures.

Pour autant, ce livre aurait juste été une agréable lecture sans la présence de personnages exploités dans ses autres titres et de cet univers que j’apprécie tout particulièrement. Quel bonheur de retrouver mon petit chouchou J-F (Dans les veines), de croiser le Baron Samedi (Black Mambo), d’avoir, en quelque sorte, une suite informelle à Dans les Veines. Non pas que les protagonistes soient ratés, simplement je ne me suis pas vraiment attachée à Barbie (je crois que j’ai définitivement un problème avec les filles) et si Faruk me plaisait vachement, il m’a un peu déçue sur la fin. Vous comprendrez pourquoi en lisant l’épilogue. Pourtant, j’y ai cru à un moment (ceux qui ont lu verront lequel, sûrement une de mes scènes favorites)… Bref, ma politique anti-spoil m’empêche d’aller plus loin dans ma frustration de lectrice.

Rouge Toxic s’inscrit merveilleusement dans l’œuvre de Morgane Caussarieu. Il peut se lire indépendamment de ses autres titres mais vous manquerez certaines références et clins d’œil habilement dissimulés au fil des pages. On ressent la patte de l’auteure, même s’il y manquait un petit quelque chose (à mon goût, j’insiste là-dessus, mais c’est parce que j’aime justement ce côté trash et sans limite chez l’auteure), justifié par les personnages adolescents. Elle réussit tout de même à proposer un roman young adult de qualité qui se dévore et exploite le mythe du vampire avec brio sans tomber dans la romance bas de gamme. Qu’est-ce que ça fait du bien ! Pourtant, un vampire au lycée, c’est vu et revu et re-revu… Mais la manière dont elle présente son sujet est telle qu’on n’a pas ce sentiment d’une énième redite. Sa force se situe, je pense, dans l’alternance des points de vue et dans le soin apporté à chacune de ses phrases. Le roman est écrit à la première personne avec des chapitres courts, dynamiques, dans la tête de Barbie puis de Faruk. Par ce biais, elle peut non seulement nous donner le point de vue de l’humaine mais aussi celui du vampire, ses problèmes quotidiens, on sent qu’elle a réfléchi à tous les aspects de son histoire.

Comme toujours, l’auteure maîtrise son sujet, que ce soit pour le vampire ou pour le vaudou, comme elle nous l’a déjà prouvé dans Black Mambo. Avec Rouge Toxic, Morgane Caussarieu réaffirme et défend sa place de reine du vrai roman vampirique en France. À mes yeux, ses livres sont des must-reads qui ne vous laisseront pas indifférent. Si vous ne connaissez pas, FONCEZ !

Je terminerai en disant que j’espère très fort que son prochain livre se concentre sur J-F. ♥ Mes espoirs sont-ils vains? En attendant, il me reste encore Je suis ton ombre mais j’ai peur de le lire parce qu’il ne me restera plus rien de l’auteure après x.x Ne cherchez pas la logique, je suis accro.

Les Seigneurs de Bohen – Estelle Faye

Couv_plat_pariZ_DEF
Les Seigneurs de Bohen
est un one-shot écrit par l’auteure française Estelle Faye et publié aux éditions Critic au prix de 25 euros. Pavé de quasi 600 pages (591 si on se veut précis), il se classe dans le genre dark fantasy.

J’ai beaucoup à dire sur cette lecture et je pense que ma chronique paraîtra décousue puisque je vais la commencer en répondant à certains commentaires que j’ai pu lire. Par avance, je m’en excuse.

Je ne savais pas quoi penser de ce livre. Au départ, il me tentait énormément mais j’ai lu des critiques assez mauvaises qui m’ont fait hésiter à dépenser 25 euros pour l’acquérir. Sans compter que ça allait à l’encontre de mes bonnes résolutions en la matière. Laure-Anne l’a acheté à Livre Paris l’année dernière et me l’a prêtée après sa lecture, totalement séduite. Il est resté dans ma PAL un petit moment et j’ai profité du Printemps de l’Imaginaire Francophone pour l’en sortir. Comme souvent quand ça m’arrive d’hésiter sur un roman, de repousser sa découverte, j’ai eu une excellente surprise et je tombe des nues en relisant aujourd’hui les critiques négatives sur Babelio.

Estelle Faye propose un roman qui sort des sentiers battus et je pense que le premier problème (enfin la première qualité à mes yeux) se situe ici pour ses détracteurs. Quand je parle de sentiers battus, je songe à la forme narrative (peu crédible vu le nombre de détails racontés par Ioulia, certes, toutefois ça reste le jeu) mais aussi à la manière dont elle s’investit dans ses personnages, dans les relations qu’ils entretiennent entre eux. Beaucoup de lecteurs ont l’air de penser que la fantasy signifie forcément des combats épiques, du sang et des tripes, surtout pas trop de relations personnelles. Soit, chacun son point de vue, mais je trouve justement l’équilibre trouvé par l’auteure plutôt intéressant.

Si le début paraît lent, le temps de poser l’intrigue et les personnages, le lecteur s’attache rapidement aux protagonistes du récit qui sont des gens de rien pour la plupart. Bâtard, mercenaire, morguenne, sorcier, innocent injustement condamné… Des figures qui prennent vie sous nos yeux et nous emportent dans un récit haletant. L’auteure nous envoûte et nous nous attachons à chacun d’eux, qui s’éloignent des clichés du chevalier en armure ou du grand vilain sorcier. Le manichéisme est banni de ce récit et Estelle Faye nous torture avec un suspens maîtrisé. Si on s’attend à certains évènements, au final, ils n’arrivent jamais comme on le croit ni quand on l’anticipe. Ce n’est pas comparable à du Glen Cook ou du Joe Abercrombie (aaaaah, les maladresses éditoriales), certes, mais il n’empêche que les Seigneurs de Bohen se classe parmi la fine fleur de la fantasy française.

Et pourquoi? Simplement parce qu’Estelle Faye OSE. Elle ose ne pas se contenter d’une simple histoire de révolution d’un peuple contre un Empire décadent, schéma standard et Ô combien usé. Elle nous emmène dans le quotidien de différents personnages, n’hésite pas à se jouer de ce que certains considèrent comme de la déviance. J’ai lu un commentaire dans ce sens et je pose la question: pourquoi, en fantasy comme en dark fantasy, on ne pourrait pas retrouver un couple gay et vivre leur romance (enfin, romance, nuançons un peu parce que ça paraît cul-cul dit comme ça) qui n’entache pas du tout la bonne marche de l’intrigue? Et c’est une anti romance qui vous le dit… Pourquoi relever leur homosexualité comme un reproche alors que si ç’avait été juste un homme et une femme, personne n’aurait rien dit? La position d’Estelle Faye sur la sexualité de ses personnages et la manière dont elle la traite est justement, à mes yeux, l’une des forces de ce roman. L’un de ses points forts et positifs.

Certes, l’auteure prend son temps pour tracer une fresque complexe dont la trame se dénoue finalement. Certains reprochent la facilité scénaristique et oui, peut-être que certains détails interpellent… Si on essaie d’analyser ce récit avec des valeurs du 21e siècle, des codes purement occidentaux (parce que non, dans un univers moyenâgeux, les gens ne pensent pas comme nous. Incroyable pas vrai?) et une bonne dose de culturocentrisme. Ma politique anti-spoiler m’empêche, hélas, de développer davantage ce sujet mais quand on se donne la peine de rester dans la diégèse des Seigneurs de Bohen pour analyser le contenu du livre, je n’y trouve rien d’absurde. Hormis, évidemment, l’absurdité humaine en elle-même. Et ça aussi, j’ai adoré.

Si j’ai, au départ, eu du mal à me lancer dans ce roman, force est de constater que j’ai dévoré les deux tiers en l’espace d’un week-end, totalement embarquée dans l’intrigue, passionnée par Sorenz et Sainte-Étoile (♥), par Wens et Janosh, par Maëve aussi (surtout vers la fin). J’ai parfois ressenti de la frustration quand l’auteure changeait de point de vue, de manière très éphémère, pour nous montrer ce qui se passait à un endroit ou à un autre de l’Empire, quand elle multipliait parfois les personnages qui me parlaient moins, mais après coup, je me rends compte que ç’avait systématiquement une utilité. Et là où certains voient des facilités scénaristiques, je constate simplement un souci de réalisme. Un plan ourdit depuis dix ans peut s’écrouler en un claquement de doigt, au détour d’une mauvaise rencontre. On peut changer ses décisions de vie sous la simple impulsion de la passion. C’est ce qui rend ce récit si intense, finalement. Si humain.

L’intrigue, les personnages, j’en oublie presque l’écriture. Le style de l’auteur est marquant. Il sonne juste, chaque phrase paraît travaillée. Les descriptions sont bien dosées, sans réelle longueur. Estelle Faye possède ce que j’appelle la magie des mots, cette capacité à captiver au-delà du raisonnable et à dépeindre son univers captivant, riche, sombre et macabre.

Le tout, finalement, avec un message de liberté, d’espoir, l’importance de rester fidèle à soi-même, qui transparait malgré le côté sombre du récit. Doublé par une tendance un brin fataliste, aussi, mais diablement intelligente et cultivée. L’historienne en moi a apprécié les références à l’imprimerie, l’ode au pouvoir des livres, ainsi que l’exploitation de la mythologie slave à travers un bestiaire complet et des mythes passionnants.

Je pourrai parler des heures des Seigneurs de Bohen, je crois que cela se ressent et que ma chronique commence à être un peu longue. Ce roman fut un véritable coup de cœur, un coup de poing même, qui réussit à me guérir de ma panne de lecture et de la lassitude littéraire que je traine depuis un mois. Je tiens à remercier Estelle Faye pour cet incroyable voyage, merci pour les larmes versées au début de l’épilogue (♥), merci, vraiment ! J’attends avec impatience de la rencontrer aux Imaginales et de la découvrir sur un nouveau titre car je compte bien continuer à explorer sa bibliographie.
Oh et si ce n’était pas clair… LISEZ LES SEIGNEURS DE BOHEN ! ♥