Bilan – le printemps de l’imaginaire francophone 2018

Bonjour à tous !
Aujourd’hui je vous écris (enfin, mais non j’ai pas 6 jours de retard) mon bilan sur le printemps de l’imaginaire francophone, organisé par le blog Monde Fantasy. Le principe est simple: du 1er mars au 1er juin, lire un maximum d’auteurs de SFFF en remplissant quelques défis et en choisissant le palier à atteindre. Pour plus de détails, je vous renvoie au blog organisateur (il suffit de cliquer sur son pti nom !)

Cette année, j’avais essayé de me constituer une PAL préliminaire mais elle a énormément bougé au fil du challenge. Entre les lectures ajoutées et celles abandonnées… Je vais donc vous lister ce que j’ai lu et chroniqué. Notez que je ne compte que les romans terminés, pas ceux abandonnés en cours de route parce que je n’accrochais pas ou que je leur trouvais peu de qualités, pas assez pour en écrire une chronique constructive. Les titres suivis par un ♥ sont mes coups de cœur pour ce challenge. Voici les couvertures, dans l’ordre de lecture !

1) L’Armée des veilleurs #1 – Jérôme Nédelec
2) Les chercheurs du temps – Emmanuelle Nuncq
3) Pandémonium – Aurélie Mendonça
4) Project Viper #2 Faceless – Ellen Raven Martin
5) Le Lys Noir #1 – François Larzem
6) La Légendes des Quatre #1 – Cassandra O’Donnell
7) Les Seigneurs de Bohen – Estelle Faye ♥
8) Rouge Toxic – Morgane Caussarieu ♥
9) #SeulAuMonde – Céline Saint-Charle ♥
10) Celle qui n’avait pas peur de Cthullu – Karim Berrouka
11) La Magie de Paris #2 – Olivier Gay
12) Les illusions de Sav-Loar – Manon Fargetton ♥
13 – 14) De l’autre côté du mur (intégrale – 2 romans) – Agnès Marot ♥
15) Nordie #1 – Cécile Ama Courtois
16) Le Roi des Ombres – Stéphanie Sylvain
17) Kayla Marchal #2 – Estelle Vagner
18) Grand Siècle #1 – Johan Heliot ♥
19) Le noir est ma couleur #1 – Olivier Gay
20) Paradoxes #3 – L. A. Braun (roman à paraître en août 2018)
21) Je suis ton ombre – Morgane Caussarieu ♥
22) Confessions d’un automate mangeur d’opium – Mathieu Gaborit & Fabrice Colin
23) Grand Siècle #2 – Johan Heliot

On peut ajouter à ce compte 6 titres: deux que j’ai lu en entier sans les chroniquer parce que je ne trouvais pas suffisamment de positif à dire dessus et quatre que j’ai abandonné en cours de route. Si on se veut précis, j’ai donc lu 25 romans en entier pendant ce challenge. J’avais opté pour le palier le plus haut soit bibliothécaire céleste, à 15 romans: objectif atteint !

J’ai également complété les 10 défis suivants:
– Lire un-e auteur/-trice belge francophone (L-A Braun)
– Lire un-e auteur/-trice candien-ne francophone (Stéphanie Sylvain)
– Lire un livre en rapport avec le vent ou l’air (dans le titre ou le contenu) (La Magie de Paris 2 dont le sous titre est « le calme et la tempête »)
– Lire un livre d’au moins 500 pages (Les illusions de Sav-Loar)
– Ne lire que des romans et des nouvelles
– Lire un livre auto-édité (Project Viper)
– Lire un livre d’une petite maison d’édition (presque tous)
– Lire un récit avec une héroïne (Kayla Marchal)
– Lire une suite de série (Grand Siècle #2)
– Lire une relique de votre PAL (De l’autre côté du mur, dans ma PAL depuis octobre 2017)

J’ai vraiment pris beaucoup de plaisir à participer à ce challenge et à partager avec les autres lecteurs dans le groupe facebook dédié à l’évènement. Cela m’a permis de découvrir de nouveaux titres mais aussi d’échanger sur la littérature SFFF francophone avec des passionnés ou de nouveaux lecteurs. J’ai trouvé le groupe assez dynamique tout au long du challenge, une belle réussite sur tous les plans et une fantastique expérience que je compte bien réitérer l’an prochain ! Merci Zahardonia pour ton initiative ♥

Et vous, vous participiez au PIF2018? Lisez-vous souvent de la littérature SFFF francophone?

Grand Siècle #2 l’envol du soleil – Johan Heliot

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L’envol du soleil
est le second tome de la trilogie Grand Siècle écrite par l’auteur français Johan Heliot. Disponible depuis mai 2018 au prix de 19 euros en papier (et 8.99 en numérique) il s’agit d’une uchronie de science-fiction se déroulant au XVIIe siècle.
Pour rappel, j’ai déjà chroniqué le premier tome.
Je tiens à remercier chaleureusement les éditions Mnémos pour ce service presse !

Dans ce second tome, nous retrouvons la fratrie Caron qui prend de plus en plus de place dans le récit, chacun des frères et sœurs continuant leur bout de chemin. Les deux jeunes, Marie et Martin, évoluent en personnages bien présents et la nouvelle génération Caron n’est pas en reste. Le roi Louis reste un protagoniste du roman, quoi qu’un peu plus en retrait que sur le tome 1 et le Pape Rouge continue ses intrigues depuis le Vatican. Je meurs d’envie de vous détailler tous les moments de l’intrigue et je me retiens à grand peine en vertu de ma politique anti-spoil. Sachez toutefois que j’ai lu ce roman en deux jours (commencé mardi matin et terminé mercredi midi) tant il m’a passionnée.

On y retrouve tous les éléments appréciés dans le premier tome. L’univers est fascinant et continue de se développer en allant plus loin dans le détail mais aussi dans la noirceur. Tout de même, au risque de radoter: il fallait oser implanter de la science-fiction sous le règne de Louis XIV ! J’en ai un peu discuté avec l’auteur aux Imaginales et je me suis rendue compte qu’il avait raison en affirmant que cette période est assez boudée. Hormis les Lames du Cardinal, un ouvrage SFFF vous vient-il dans le 16e ou 17e siècle français? Si oui, n’hésitez pas à me donner les titres dans les commentaires, parce que ça m’intéresse.
La technologie basée sur les flux éthériques prend de plus en plus de place, au point qu’elle devient un écho presque semblable à la société que nous connaissons au 20e siècle. Johan Heliot en vient à traiter des thématiques actuelles de manière plutôt ingénieuse, comme le comportement des foules face à la télévision (renommée luxovision pour l’occasion) et surtout, les sacrifices consentis à l’évolution technologique. On ne peut que trouver un écho affreusement actuel, contemporain, dans la peinture offerte par Johan Heliot de cette société alternative. Je trouve sa démarche vraiment brillante.

Le style de l’auteur est toujours aussi bon. Il maîtrise son action et le roman ne souffre, à mon sens, d’aucune longueur. Je le trouve même plus dynamique que le premier ! Petit reproche, par contre: il se déroule sur plusieurs années, entre dix et quinze ans si mes calculs sont justes et on s’y perd parfois un peu sur les bonds temporels effectués. Si on devine la date approximative et le passage du temps, j’aurai préféré que chaque chapitre soit daté plus précisément et de manière systématique. C’est un détail mais j’ai dû m’arrêter une fois ou deux pour chercher les indices temporels et les rappeler à ma mémoire. Cela ne m’a pas gâché ma lecture mais c’est parce que je l’ai lu presque d’une traite. Pour celui qui le découvrira autrement, ce détail pourrait gêner. Oui, on sent que j’ai un peu lutté pour trouver quelque chose de négatif à dire?

J’ai particulièrement apprécié l’évolution des personnages. Johan Heliot parvient à non seulement offrir une intrigue prenante, accessible tout en restant complexe, mais ne néglige jamais la psychologie de ses protagonistes. Ainsi, Louis reste fascinant à découvrir et Estienne tout autant. D’ailleurs, la fin… Je ne m’y attendais absolument pas ! Un vrai coup d’éclat. J’ai aussi appris à apprécier Martin et Pierre qui ne se lasse jamais de m’étonner. Les personnages féminins ne sont pas en reste et je suis très curieuse de voir si Jeannette aura un rôle aussi central que celui de sa tante dans le troisième tome. Petite mention aux figures historiques qui continuent de parsemer le récit et deviennent des protagonistes secondaires amusants à suivre, surtout quand on les compare à ce qu’ils ont vraiment été (ou ce que l’Histoire nous a rapporté à son sujet). Transformer La Fontaine en présentateur… Franchement ! Épique.

Pour résumer, l’Envol du Soleil n’a pas à rougir en comparaison de son tome 1. L’auteur reste constant dans la qualité qu’il nous propose, que ça soit au niveau de l’intrigue, de l’univers ou des personnages. Son écriture, dynamique avec quelques touches d’un style plus ancien (notamment à travers l’utilisation de certains verbes), nous offre une immersion complète dans cette uchronie fascinante que je recommande très chaudement. J’ai adoré !

Confessions d’un automate mangeur d’opium – Mathieu Gaborit & Fabrice Colin

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Confession d’un automate mangeur d’opium
est un one-shot steampunk écrit par Mathieu Gaborit et Fabrice Colin. Publié chez Bragelonne dans le cadre du mois du cuivre, il est disponible en poche au prix de 9.90 euros.

J’entends beaucoup parler de Mathieu Gaborit depuis quelques semaines, via notamment la sortie de nouveaux romans signés par lui chez Mnémos. Mon libraire ne tarissait pas d’éloges à son sujet, du coup j’ai eu envie de le découvrir. C’est principalement pour ça que j’ai tiré du fin fond de ma liseuse cet epub acheté pendant la #GrosseOP de Bragelonne. Quant à Fabrice Colin, je ne le connais que de nom, ça me donnait donc l’occasion de faire d’une pierre deux coups !

Mon avis sur ce roman est un peu mitigé, je ne vais pas vous le cacher. Je n’ai pas détesté mais je trouve qu’il lui manquait trop de choses, que les auteurs ne sont pas allés au bout de leurs idées.C’est dommage, quand on voit le soin porté à l’objet livre en tant que tel… Il aurait mérité un peu plus d’investissement.

Nous évoluons dans un univers steampunk situé à Paris en 1889, pendant l’Exposition Universelle. Margo est une actrice qui devient célèbre et va commencer à enquêter sur la mort mystérieuse de sa meilleure amie, aidée par son frère Théo qui est aliéniste. Cet improbable duo va se confronter à de nombreux dangers à la recherche de la vérité.

Pour être honnête, c’est davantage le titre qui a attiré mon attention, pour l’écho qu’il faisait dans mon esprit avec le Confession d’un elfe fumeur de lotus de Raphaël Albert. Je m’attendais à quelque chose dans la même veine et je crois que ça m’a un peu gâché le plaisir. L’intrigue est, somme toute, celle d’une banale enquête policière et on devine très vite comment cela va se terminer, qui est qui, qui fait quoi. Pourtant, je ne me suis pas ennuyée en le lisant: l’univers créé par les auteurs est plutôt riche et intéressant. Je regrette qu’il passe un peu en second plan même si j’ai apprécié les clins d’œil dissimulés tout du long (comme celui à Métropolis de Fritz Lang). L’écriture des auteurs est rythmée, maîtrisée, on sent qu’ils n’en sont pas à leur coup d’essai en matière littéraire. Ils utilisent les mots justes et évitent habilement les longueurs pour offrir une histoire divertissante qui se lit toute seule.

Les personnages principaux sortent aussi un peu du lot. S’ils ont tous un rôle très archétypal, Margo est une comédienne au fort caractère, plutôt agaçante la majeure partie du temps mais qui a au moins le mérite de proposer un personnage féminin différent de celles qu’on croise habituellement dans ce type de littérature. Théo, de son côté, est le stéréotype du scientifique obsédé par son objet d’étude et qui néglige tout le reste. Je l’ai beaucoup apprécié, même s’il manquait de surprise. Quant aux autres, ils servent leur fonction, à l’exception du fameux « automate mangeur d’opium » (je ne vous révèle évidemment pas son identité) qui avait vraiment une histoire intéressante et prenante. Je pense que j’aurai mieux apprécié le livre s’il avait été rédigé de son point de vue. Mais ç’aurait donné un ouvrage totalement différent !

Comme dans tout roman steampunk, Confession d’un automate mangeur d’opium propose une réflexion sur la société, sur les dérives technologiques et sur la notion d’humanité. Il ne révolutionne pas le genre et sera certainement vite oublié par beaucoup de lecteurs. Assez ironique quand on pense qu’il a posé justement les bases du genre en question puisque sa première parution remonte avant 2000 ! En le replaçant dans son contexte, il prend son sens mais dans le prisme du courant steampunk actuel, il perd énormément de son charme, selon mon point de vue. Pourtant, il remplit efficacement son rôle de divertissement et reste intéressant à découvrir. Je le conseille plutôt à ceux qui désirent s’essayer au genre ou qui aiment les romans mettant en scène une enquête.

Je suis ton ombre – Morgane Caussarieu

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Je suis ton ombre
est le second roman de Morgane Caussarieu, une suite à Dans les Veines… Mais pas vraiment. Disons que ce sont chaque fois des one-shot mais l’univers reste lié et des personnages reviennent. En attendant, si vous souhaitez retrouver ce bijou de littérature (et je pèse mes mots quand je dis « bijou ») il est disponible en poche chez Hélios (Mnémos) au prix de 10.90 euros.

Vous le savez, j’adore la plume de Morgane Caussarieu. Que ce soit pour le fantastique (Dans les Veines, Black Mambo, Rouge Toxic) ou pour son contemporain (Chéloïdes) je me prends chaque fois une claque et Je suis ton ombre ne fait pas exception. Faut dire qu’il traine dans ma liseuse depuis près d’un an et vous connaissez désormais mes mauvaises habitudes: plus on me dit de lire absolument un roman et plus je mets du temps, puis je le regrette au final parce que c’était une tuerie. On ne va pas démentir ça aujourd’hui. Hier donc, je commence ma lecture…

Et waw.

Je sais, ça manque d’argumentation et j’écris ma chronique à chaud, en plus. Reprenons: Village perdu du Sud Ouest de la France. Nous suivons Poil de Carotte, un gamin de douze ans plutôt pauvre qui vit avec son père handicapé dans une vieille ferme qui tombe en ruine. Un jour, il se rend dans une maison calcinée réputée hantée et trouve un vieux carnet qui raconte l’histoire de deux enfants, Jean et Jacques, en Louisiane au 17e siècle. Terrifié dès les premières lignes, hanté par des cauchemars qui prennent de plus en plus d’ampleur, il continue pourtant à lire…

Je me suis immédiatement retrouvée dans le jeune héros. En quelques lignes, Morgane Caussarieu nous plonge dans son quotidien, dans sa psyché, en utilisant un style littéraire adapté au phrasé d’un gamin du Sud Ouest profond et j’ai trouvé ça délicieux. Les passages du journal, pourtant écris aussi par un enfant, ont peut être un style un brin trop poussé (mais on peut le justifier de différentes manières) mais ça ne gâche pas notre sentiment d’horreur en parcourant ce qui y est raconté. Le personnage principal n’a pourtant rien du petit garçon aimable et tout mignon. Il dispose d’une psychologie complexe, déjà affecté par ce que l’humanité a de plus laid. Il commet des actes vraiment crades en se rendant vaguement compte qu’il ne devrait pas. Sa conscience le rattrape par moment mais les pulsions restent fortes. Ce jeu de tension psychologique est parfaitement maîtrisé et nous entraine au fil des pages, qu’on tourne sans s’en rendre compte. Jusqu’à arriver à la fin, avec effarement. On en voudrait davantage mais comment l’obtenir sans gâcher tout l’effet, tout l’équilibre savamment installé par l’auteure?

Horreur, dégoût, fascination, j’ai adoré la façon dont Morgane Caussarieu m’a malmenée au fil des pages en poussant toujours plus loin le vice humain avec des descriptions tantôt crues, tantôt poétiques, malsaines. Impossible de reposer ma liseuse, j’ai dévoré ce roman en négligeant tout le reste, complètement happée par la magie Caussarieu.

J’essaie, mais je ne trouve pas de réel point négatif à Je suis ton ombre, hormis les thèmes abordés qui peuvent ne pas plaire. Âmes sensibles s’abstenir pour ce livre ! Moi, c’est carrément ma came mais je suis certaine qu’il en a choqué plus d’un. Fidèle à son habitude, Morgane Caussarieu n’a peur de rien. Et quand je dis rien… C’est rien. Je ne précise pas pour éviter de gâcher la surprise des futurs lecteurs mais si vous pensez qu’elle ne fera pas ça ou que non, elle ne va quand même pas oser… Vous vous gourez et sévère, comme dirait notre protagoniste. Et c’est ça qu’on veut quand on lit un de ses romans, en même temps.

Rythmé, cruel, d’une noirceur exquise, Je suis ton ombre oscille entre une ambiance bayou et celle du sud-ouest perdu de la France pour rendre un roman affreusement humain, poisseux, crasseux et oppressant. On y retrouve d’ailleurs Gabriel avec un réel plaisir. Mention pour ceux qui ont lu Dans les veines: on apprend tout du passé de ce personnage que j’avais adoré et franchement, je ne l’en aime que plus. J’en suis toujours à me demander pourquoi mais c’est aussi ça, la marque des grands auteurs: créer des personnages horribles auxquels on s’attache. Puis cette fin… Dingue. Juste dingue.

Je pense que je vais faire une petite pause dans mes lectures de roman parce que tout me paraîtra fade après Je suis ton ombre et ça ne serait pas très juste pour les autres auteurs. Coup de cœur absolu ♥ Je vous le recommande très chaudement, mais je le répète, il n’est pas à mettre entre toutes les mains.

Le noir est ma couleur #1 le pari – Olivier Gay

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Le noir est ma couleur est une série en actuellement cinq tomes écrite par l’auteur français Olivier Gay et publiée chez Rageot. Primée à plusieurs reprises depuis 2015, une réédition est en cours chez l’éditeur avec de nouvelles couvertures (si on me demande mon avis, les nouvelles m’attirent beaucoup plus que les anciennes qui faisaient trop « jeunesse » à mon goût pour un roman qui ne l’est pas tant que ça). C’est grâce à cela que j’ai entendu parler du roman pour la première fois ! Vous les trouverez désormais au prix de 14.90 euros, partout en librairie. Pour info, il s’agit d’une série d’urban fantasy à lire dès 14 ans.
Je tiens à remercier NetGalley (et Rageot) pour ce service presse, que je lis dans le cadre du #NetGalleyChallengeFR.

Vous le savez, ce n’est plus un secret, j’aime beaucoup les romans d’Olivier Gay. Que ce soit sa fantasy médiévale ou urbaine, je prends toujours un grand plaisir à dévorer ses livres et celui-ci ne fait pas exception.

Le noir est ma couleur raconte l’histoire de Manon et Alexandre. Elle est une adolescente de 15 ans, première de la classe et pas très sociable, qui doit cacher ses pouvoirs magiques. Lui est un garçon normal, un redoublant de seize ans qui aime la boxe et s’enfonce dans une mauvaise voie. Ils n’ont rien en commun mais quand Manon refuse de laisser Alexandre copier ses réponses au contrôle de math, il se décide à lui donner une leçon. Une leçon qu’il va regretter…

J’étais au départ mitigée au sujet d’Alexandre. Il me donnait envie de lui coller une paire de claque, avec ses réflexions débiles et sa manière de considérer les autres. Puis je me suis rendue compte qu’en fait, les garçons de seize ans sont comme Alexandre. Beaucoup, en tout cas. Et que même si c’est un con, il n’entre pas non plus dans la catégorie « cas désespéré ». Je l’ai trouvé de plus en plus nuancé au fil des pages, de plus en plus crédible aussi. Finalement, je me suis plus attachée à lui qu’à Manon qui, même si elle est touchante, m’intéressait un peu moins finalement (le comble !).

Comme toujours, les personnages d’Olivier Gay sont assez remarquables et attachants. Ici, on retient surtout ses héros mais je suis sûre que d’autres protagonistes vont apparaître dans les tomes suivants, ou avoir droit à un développement plus profond.

Quelques mots sur l’univers: nous évoluons en Île-de-France, dans le quotidien d’adolescents qui fréquentent le lycée. C’est cette ambiance qui domine, même si la magie est présente à travers Manon, qui doit subir les attentions désagréables d’Ombres envoyées par un Mage Noir pour l’enlever. À ce propos, j’ai trouvé le système de magie moins original que dans la Magie de Paris, mais il reste sympa. Simple, compréhensible et dynamique.

Je me rends compte que je n’ai pas grand chose à dire sur ce livre que je n’ai pas déjà dit sur d’autres chroniques concernant l’auteur. Il reste fidèle à lui-même donc si vous appréciez son style, vous ne pourrez qu’aimer ce roman qui n’offre pas une révolution dans sa bibliographie mais reste dans la lignée de ses page-turners addictifs au possible. Pour preuve, j’ai lu Le noir est ma couleur en 24h… L’auteur nous propos des personnages adolescents crédibles dans une aventure prenante, avec un univers bien pensé, soigné, hyper référencé côté pop culture, le tout sous une plume toujours aussi addictive. Comme chaque fois avec cet auteur, ce roman est une réussite et je me réjouis de le voir aux Imaginales pour me procurer la suite !

Grand Siècle #1 l’Académie de l’Éther – Johan Heliot

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Le premier tome de la saga Grand Siècle s’intitule l’Académie de l’Éther et a été écrit par l’auteur français Johan Heliot. Publié chez Mnémos dans la collection Icare au prix de 19 euros, vous pouvez également vous le procurer en numérique au prix de 8.99 euros. Il s’agit d’un mélange surprenant d’uchronie et de science-fiction.

C’est qu’il fallait l’oser, quand même, celle-là ! Je m’attendais à découvrir un roman steampunk dans une uchronie prenant place dans l’une de mes époques historiques favorites et je tombe sur un roman qui mêle Histoire et science-fiction. Autant vous dire que ça m’a séduite et j’en suis la première surprise vu que j’ai toujours peur de ce type de mélange. Jusqu’ici, je ne connaissais l’auteur que de nom et je m’y suis intéressée davantage uniquement à cause de ce roman-ci, vu son contexte. Après quelques recherches, il s’avère que Johan Heliot est un habitué de l’uchronie et assez unanimement applaudi dans ce domaine avec des titres qui m’intriguent énormément. Au passage, notez qu’il sera présent aux Imaginales ! Et que je vais revenir avec au moins un de ses livres. Je ne sais pas encore lequel donc si par hasard vous avez des suggestions, n’hésitez pas! Bref, revenons en à ce qui nous intéresse vraiment.

Le roman s’ouvre sur un groupe d’enfants dont le père se suicide pour les pousser à le quitter et se rendre à la capitale, chez leur oncle Plantin. Ils espèrent ainsi échapper à la famine qui règne en province. Nous suivons donc ces cinq enfants (Pierre, Jeanne, Estienne, Marie et Martin) dans leur périple jusqu’à leur destination, puis nous partons faire la connaissance du lieutenant de frégate Baptiste Rochet, auteur d’une découverte surprenante. En mer, ils ont repêché une sphère qu’il présente au jeune roi Louis XIV, immédiatement séduit par ses propriétés. Mais cette sphère n’est pas uniquement ce qu’elle paraît être et son arrivée à la Cour va déclencher toute une série d’évènements inattendus, jusqu’à ce que le destin des enfants croise celui des plus grands hommes de l’Histoire de France. J’essaie de vous synthétiser tout ça sans non plus vous révéler des pans importants de l’intrigue que j’ai personnellement pris beaucoup de plaisir à découvrir. Ce n’est pas simple !

Je vais d’abord m’attarder sur l’univers, que j’ai trouvé plutôt brillant et bien maîtrisé. L’auteur nous gratifie de nombreuses références historiques, d’abord à travers les personnages. Rapidement, nous suivons Blaise Pascal ou encore le Roi Louis qui sont des protagonistes centraux du Grand Siècle. Nous croisons aussi le cardinal Mazarin, la reine Anne, le prince Condé et dans un registre plus populaire, Cyrano de Bergerac ou encore, d’Artagnan. Johan Heliot se réapproprie des faits historiques tels que la guerre contre l’Espagne, la fronde ou les mazarinades pour servir son intrigue et utiliser les évènements à son avantage. Cela dénote une grande connaissance de son sujet et beaucoup de recherche. J’ai également apprécié son utilisation de l’imprimerie. L’étudiante en histoire littéraire (avec la base d’Histoire-tout-court que ça implique) en moi ne peut qu’applaudir la façon dont il imbrique tous ces éléments pour nous offrir un contexte d’une incroyable richesse. C’est, sans conteste, une uchronie de qualité.

Je me dois également d’évoquer la plume de Johan Heliot qui sert merveilleusement son récit puisqu’elle donne l’impression de vivre à l’époque grâce à son vocabulaire et ses tournures de phrase. Évidemment, ça reste accessible à tous mais ses qualités immersives ne sont pas à dédaigner.

Immersif est un bon mot pour qualifier ce premier tome. Assez rapidement, le destin des cinq enfants nous importe et j’ai beaucoup aimé la façon dont ils évoluent, chacun à leur façon, même si j’ai frissonné quelques fois. L’auteur n’a aucune pitié pour ses protagonistes et j’adore ça ! J’ai aussi trouvé fascinant de voir évoluer Louis XIV dans sa jeunesse puis au début de l’âge adulte. Ses rapports avec l’Unité d’Exploration Conscientisée (UEC pour les intimes) et les chapitres du point de vue de ce super ordinateur échoué par accident sur notre planète donnent une profondeur au récit et certaines réflexions pertinentes sur l’humanité. Nous évoluons aussi dans la cour des Miracles, à la cour de France, sur les champs de bataille, dans les ateliers de monsieur Pascal. Les décors se multiplient pour offrir une fresque prenante et apporter tous les éléments essentiels à un roman qui, non seulement, contient beaucoup de savoir dans bien des domaines (dont la science) mais réussit tout autant à nous divertir efficacement. Preuve, s’il en fallait, que l’un se marie très bien avec l’autre.

En bref, j’ai vraiment adoré le premier tome du Grand Siècle et je compte bien lire la suite rapidement. Johan Heliot est un auteur qui donne envie d’être découvert et qui possède déjà, à ce jour, une bibliographie très riche. Je recommande le Grand Siècle aux amoureux de l’uchronie et du Paris du 17e, à ceux qui ont envie d’être surpris et emportés dans un univers brillant par sa construction avec des personnages attachants. Un coup de cœur et une réussite ♥

Kayla Marchal #2 l’Ascension – Estelle Vagner

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Le tome 2 de Kayla Marchal intitulé l’Ascension est écrit par l’auteure française Estelle Vagner et publié aux Éditions du Chat Noir dans la collection Cheshire. Vous pouvez le retrouver au format papier à 19.90 euros et au format numérique sur toutes les plateformes à 5.99 euros. Notez que le troisième (et dernier tome) sera disponible en avant première aux Imaginales d’Épinal !

Comme pour le premier tome, j’ai profité d’une promotion sur l’ebook pour me procurer la suite de cette saga que j’avais pourtant adoré en Juillet dernier. Pour rappel, je vous renvoie à ma chronique. J’ai mis très longtemps à le lire parce que je craignais une déconvenue. En général, quand j’accroche à ce point à une série d’urban fantasy, je tombe sur une suite qui me plait moins et j’avais envie de garder un bon souvenir de Kayla. Pourtant, à l’approche des Imaginales et de la sortie du troisième tome, je devais me mettre à jour…

Et donc j’espère que l’auteure me pardonnera mon manque de foi en elle, j’ai tout autant adoré ce roman que le premier !

Nous retrouvons Kayla là où nous l’avons laissée à la fin du premier volume. Jade et elle sont prises en charge par les Protecteurs et on se rend assez vite compte que quelque chose ne tourne pas rond. Je ne vous en dis pas plus pour éviter de spoiler mais c’est un roman qui va à 200 à l’heure. On ne s’ennuie jamais grâce à l’action omniprésente et aux chapitres courts, dynamiques.

Le personnage de Kayla me plait toujours autant, je trouve qu’elle a le sens des priorités. On en apprend plus sur elle et sur ses précédentes incarnations grâce à une série de flashbacks bien maîtrisés distillés tout au long du roman, qui permettent d’entretenir le suspens jusqu’à la fin. J’ai également beaucoup aimé les personnages « secondaires » qui gravitent autour. Si, définitivement, Max me gonfle (mais genre, énormément), je trouve Jade et Jérémiah bien plus à mon goût. La relation entre Jade et Kayla est d’ailleurs vraiment bien posée et importante dans le roman, ce que j’ai apprécié. Tout ne tourne pas autour des hommes ! Alors oui, ils restent absolument « trop sexy » tout ça, tout ça, mais ils ont aussi une personnalité. Estelle Vagner réussit vraiment à leur donner vie, même à ceux qui ne font que passer. Elle va chercher un peu plus loin que la majorité des auteures dans ce genre littéraire et c’est appréciable.

Et pas l’ombre d’une scène de sexe à l’horizon ! Comme nous sommes dans du young adult, si ça arrive, l’auteure éclipse au lieu de se perdre dans des descriptions qui frisent parfois le ridicule chez certains autres auteurs (pas tous hein mais ces derniers temps j’ai un peu eu ma dose à ce niveau… Je me sens obligée de relever), ce que je trouve agréable parce que ça n’enlève absolument rien au roman. Au contraire, ça lui rajoute un cachet.

L’auteure continue également de développer sa mythologie et nous donne davantage d’informations sur la naissance des (poly)morphes. Elle a créé un univers riche plutôt bien pensé et qui, personnellement, me sort de mes habitudes. Elle ne se sent pas obligée d’utiliser toutes les créatures habituelles dans ce genre de roman (si vous cherchez un vampire, oubliez le !) et se réapproprie le concept du garou d’une manière originale. Sans compter que tout le livre se déroule en France ! Et ça peut paraître bête, mais j’apprécie qu’une auteure d’urban fantasy place son action dans son pays, surtout qu’elle nous permet de découvrir les paysages de cette partie du pays.

Son style d’écriture reste simple, dynamique et personnel. Grâce au choix de la première personne et du présent comme temps narratif, l’auteure nous permet de plonger tête la première dans l’esprit de Kayla en la rendant vraiment vivante. Embarquée dans son aventure, j’ai ressenti pas mal d’émotions variées (souvent à base de : mais quel pauvre naze ce mec (ceux qui ont lu comprendront)) ce qui est la marque d’un bon livre, finalement. Si on se prend au jeu, l’auteure a réussi son pari ! Et ici, c’est le cas.

En résumé, Kayla Marchal confirme (selon mon point de vue) sa place dans les meilleurs romans d’urban fantasy à la française. Avec une héroïne pleine de punch et un univers travaillé, Estelle Vagner nous embarque dans une histoire addictive dont on tourne les pages sans s’en rendre compte. Je recommande chaudement cette saga à tous les fans du genre !

Le Roi des ombres – Stéphanie Sylvain

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Le roi des ombres
est un roman d’uchronie fantastique écrit par l’auteure québecoise Stéphanie Sylvain. Édité chez Numériklivres (éditions NL) il est pour le moment disponible en numérique au prix de 8.99 dollars canadiens, ce qui fait plus ou moins 5.80 euros au taux de change actuel. Et oui, je convertis même les prix ! De rien, c’est gratuit. Vous pouvez retrouver toutes les informations concernant ce roman sur le blog les Filles de Joual où l’auteure est chroniqueuse.

C’est la première fois que je découvrais un roman du Québec. Je me suis souvent dite que je devrais m’y intéresser mais nous avons déjà tellement de littérature en France et en Belgique que je n’ai jamais passé le cap, d’autant que j’achète beaucoup en salon et qu’on y croise peu d’auteurs québecois. Voir pas du tout. J’ai donc sauté sur l’occasion lorsque l’auteure a pris contact avec moi via ma page facebook ! Le résumé de son livre m’intriguait et elle avait pris la peine de se renseigner sur mon genre de lecture avant de me solliciter, ce que j’ai apprécié. Je lui ai promis de lire son roman rapidement et il me paraissait bien rentrer dans le cadre du Printemps de l’Imaginaire Francophone.

Motivée, j’ai donc commencé ce récit qui flirte avec plusieurs genres littéraires. En premier lieu, je pensais découvrir un roman historique. Nous nous trouvons en terres hispaniques, aux environs du XIe siècle. Nous suivons le roi Sanche IV de Garcès qui est le personnage principal mais pas le narrateur. En effet, toute l’histoire nous est contée par Ombra, son ombre dotée d’une conscience mais toujours inextricablement liée à lui au début du récit. J’ai trouvé ce mode de narration intéressant même si j’aurai, je pense, préféré une alternance de point de vue entre ces deux personnages, du moins au moment où Ombra prend de plus en plus son indépendance, car j’ai eu du mal à m’attacher à Alcides (le roi, de son prénom) pour cette raison. Le narrateur extérieur empêche de vraiment saisir l’essence de ses buts, son cheminement de pensée, et j’ai mis un moment à comprendre sa folie. Je trouvais juste ses plans illogiques et vraiment idiots, je commençais même à douter du sérieux de ce roman qui tombait dans le grosbillisme. Pourtant, une fois qu’Ombra cesse de se voiler la face et dit clairement qu’Alcides a perdu pied, tout prend un sens nouveau. On comprend alors que ce texte raconte une descente aux Enfers, s’enrobe dans les extrémités de la folie et de la bassesse humaine.

Malgré quelques maladresses sur certaines tournures (en même temps c’est seulement le deuxième roman de l’auteure) et des coquilles qui tiennent davantage de la faute d’inattention qu’une lacune de correction, j’ai trouvé le style de Stéphanie Sylvain plutôt maîtrisé quoi que peut-être un peu trop scolaire. Mais le type de narration et le personnage d’Ombra n’aident pas à améliorer cette impression. Serviteur qui appelle Alcides « son maître » alors qu’il l’aide en se cachant de lui, il met du temps à acquérir sa propre personnalité et à devenir réellement intéressant. Ce qui, finalement, est bien retranscrit dans le texte et dans son évolution, jusqu’au final.

Autre point positif: les recherches historiques. J’ai vérifié pour m’ôter un doute (mes cours d’histoire du Moyen-Âge remontent quand même à ma première année d’université et je finis ici en septembre donc je vous laisse compter) mais tous les rois et nobles cités dans le Roi des Ombres ont existé. Évidemment, l’auteure joue avec l’Histoire (raison pour laquelle je parle d’uchronie) et se la réapproprie en romançant le tout avec une touche de fantastique, mais j’ai trouvé ça vraiment chouette. L’idée parlait bien à l’amateure d’Histoire en moi ! Pour ne rien gâcher, plusieurs dialogues sont en catalan et on apprend dans les remerciements que l’auteure s’est renseignée auprès d’universitaires espagnols pour s’assurer de la justesse de sa traduction. Son sérieux et sa maîtrise historique sont sans conteste un plus.

Pourtant, sur un plan plus personnel, j’ai eu du mal à vraiment rentrer dans l’histoire, simplement parce que le type de narration ne me convenait pas. Je ne dis pas qu’il est mauvais, juste que ça ne colle pas avec mes goûts. J’aurai aimé que l’auteure force davantage sur la noirceur et la dualité psychologique de ses deux personnages. Finalement, ce sont les trente dernières pages et la phrase de conclusion qui m’ont fait revoir à la hausse mon jugement sur ce texte. C’est là qu’on entrevoit vraiment le potentiel de cette Ombre (qui reste le seul élément fantastique du texte) et qu’on comprend toute la portée de sa présence. Et qu’on réfléchit sur l’intérêt thématique du texte, sur la réflexion qu’il porte.

Pour résumer, le Roi des Ombres ne manque pas de qualités sur un plan formel et contextuel. L’auteure a de l’imagination et s’investit dans ses écrits à travers des recherches historiques poussées. Je pense qu’elle a encore besoin de mûrir un peu son écriture et d’oser aller au bout de ce qu’elle propose, ce qui n’enlève pas au Roi des Ombres sa qualité de bon divertissement qui saura vous surprendre. Je le recommande aux amateurs d’Histoire du Moyen-Âge et de fantastique léger.

Nordie #1 Guilendria – Cécile Ama Courtois

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Nordie est un roman médiéval en deux parties publié chez l’Ivre-Book et écrit par l’auteure française Cécile Ama Courtois. La partie 2 est prévue pour le 2 mai, la date approche ! Vous pouvez retrouver cet ouvrage en numérique (4.99euros) et en papier (13euros). Je remercie les éditions l’Ivre-Book pour ce service presse.

Vous le savez, je n’aime pas la romance. J’y trouve rarement mon compte, la plupart du temps, les protagonistes m’agacent… C’est la raison pour laquelle, malgré un résumé intriguant et la chronique de mon amie Cyrielle sur ce livre, j’ai mis du temps à passer le cap. Puis j’ai fait un salon en compagnie de l’auteure au début du mois et je me suis dit allez, tente le, si ça se trouve tu auras une bonne surprise.

Et de fait, c’en fut une.
Alors je vous arrête tout de suite: je ne parle pas de coup de cœur, de révélation ou quoi que ce soit dans le genre. Mais pour une romance médiévale, je lui trouve de nombreuses qualités à relever même si je ne suis pas du tout le public cible.

Déjà, je trouve le style de l’auteure maîtrisé et d’un certain niveau. Elle adapte son langage à la période médiévale, utilise des termes appropriés pour décrire la forteresse, les éléments de décors ou même la façon de parler de ses personnages. C’est accessible mais on sent cette touche de recherche, renforcée par les nombreuses notes en bas de page. Ce fut une belle surprise.

Ensuite, les personnages. Si j’appréciais d’abord davantage Deijan avec ses allures militaires, j’ai appris à passer outre l’agacement inspiré par Guilendria. Elle est trop douce à mon goût, trop naïve mais colle bien à ce qu’étaient les femmes à cette époque, à leurs aspirations. Si elle est trop différente de moi pour que je m’y attache, je la trouve crédible et son évolution reste intéressante. Enfin, le personnage d’Ifhoras m’intrigue beaucoup. C’est le genre de protagoniste que j’aime croiser dans les romans, à la fois cruel, violent, dérangé mais avec cette petite touche de mystère et d’humanité qui transparait quand on ne s’y attend pas. Je me demande ce que l’auteure en fera dans le prochain tome. Plus que la relation entre les deux héros, c’est lui qui me convainc et qui porte le livre.

Enfin, l’intrigue. Au départ, nous suivons Deijan dont la vie bascule à la mort de son frère. Le voilà héritier de son domaine alors qu’il ne le souhaitait pas, contraint de se marier à Guilendria à qui il est promis depuis l’enfance. En soi, il n’a rien contre elle mais ça le dégoûte d’être obligé de la visiter pour concevoir un héritier, c’est loin de sa vision habituelle du sexe. Je l’ai rapidement trouvé inutilement cruel avec elle et même les passages où il s’explique, plus tard après sa blessure, ne me convainquent pas du tout. Et ce qu’elle a pu m’agacer à accepter tout ça sans broncher ! Jusqu’à l’attaque des écumeurs qui nous offre une scène de défense militaire vraiment sympa qui prouve que l’auteure a réfléchi plus loin que le bout de son couple, ce que j’apprécie. Je ne vais pas en dire davantage mais ça arrive assez tôt dans le livre et donne une épaisseur au texte qui reste toutefois classique dans son déroulement narratif.

Par contre, je me permet une petite réflexion… Je ne comprends pas trop pourquoi on parle de fantasy dans le cadre de ce livre. Il ne contient aucun élément surnaturel ou mythologique, ce qui est quand même la base de ce genre littéraire. Du moins, pas dans la première partie. Certes, le monde médiéval où les protagonistes évoluent n’existe pas (mais il pourrait, franchement) toutefois je ne trouve pas que ça soit suffisant pour qualifier ce livre de fantasy. L’éditeur envoie un faux message aux lecteurs. Je m’attendais à trouver autre chose et même si j’ai eu une bonne surprise à la lecture, je reste un brin déçue. Heureusement, il est classé en romance mais le résumé mentionne tout de même de la fantasy donc voilà, c’est en demi-teinte à ce niveau et ça me paraissait important de le relever.

En bref, la première partie de Nordie est un bon divertissement que je recommande à ceux qui apprécient la romance et les univers médiévaux. La plume de Cécile Ama Courtois est maîtrisée et son intrigue, certes classique, nous emporte pourtant avec facilité dans une lecture plutôt rapide.

De l’autre côté du mur (intégrale) – Agnès Marot

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Ce volume comprend deux romans écrits par l’auteure française Agnès Marot: De l’autre côté du mur et Notes pour un monde meilleur, publiés aux éditions du chat noir et réédités fin de l’année dernière chez Lynks Éditions dans un seul volume, au prix de 14.90 euros.

Ma chronique va donc se diviser en deux parties, une pour chaque livre. Avant de m’attarder sur chaque histoire de manière plus précise, je vais relever quelques points de l’univers: nous évoluons dans un monde futuriste où les filles vivent séparées des garçons. Elles maîtrisent l’Art, une forme de magie liée à la nature, là où les garçons maîtrisent la Science, qui est aussi une forme de magie mais qui s’exprime d’une manière différente. J’ai trouvé l’exploitation des pouvoirs (et leur portée métaphorique) vraiment brillante.

En avançant dans l’intrigue et dans chacun des tomes qui compose cette intégrale, on en apprend davantage sur cet univers d’une grande richesse et très référencé. D’ailleurs, l’auteure a ajouté une appendice à la fin du roman où elle nous explique ses différentes inspirations littéraires, artistiques et l’origine des citations qu’elle utilise pour ses débuts de chapitre. J’ai trouvé cela très intéressant parce que même si j’en ai relevé certaines, je suis passée à côté de beaucoup de références et ça m’a donné envie de découvrir tout ce qu’elle a cité. Au passage, moi aussi j’ai pensé que le prénom Aslan venait du monde de Narnia… Oups?

Cette intégrale m’a vraiment marquée et je ne m’y attendais pas. Elle est restée dans ma PAL depuis début octobre, j’attendais le déclic et comme à chaque fois que ça m’arrive, je me suis retrouvée à lire un petit bijou littéraire d’une auteure pleine de sensibilité, d’intelligence et de culture.

Voilà ce que j’avais à dire sur l’intégrale d’une manière globale. J’ajouterai que l’objet livre est vraiment joli, la nouvelle couverture s’inspire des plus anciennes en se les réappropriant pour coller à l’image de la collection Re:Lynks. La mise en page est agréable et le prix plus qu’abordable, ce qui ne gâche rien.

De l’autre côté du mur:
Ce roman nous raconte l’histoire de Sibel, une jeune danseuse qui vit avec les autres Filles et Mères en cultivant son Art. Tout va bien dans le meilleur des mondes jusqu’à ce qu’une de ses condisciples brise son équilibre en la touchant, la transformant en paria. Et oui, dans cette société, se toucher est interdit ! La vie de Sibel va alors prendre un autre tournant…

Je ne savais pas à quoi m’attendre en commençant ce livre et je dois avouer qu’il m’a totalement séduite par sa poésie et sa portée réflexive. Je n’apprécie pas le genre de la dystopie en temps normal mais l’écriture chantante d’Agnès Marot m’a immédiatement emmenée dans ce monde que nous découvrons à travers et en même temps que Sibel. Au dos du roman, on retrouve ce commentaire du site Escroc-griffe.com: une œuvre qui interpelle sur l’Humanité. Difficile de mieux résumer De l’autre côté du mur. Une véritable ode à la liberté, au savoir et au libre arbitre, un plaidoyer pour les Arts et la Science, pour l’Humain, tout simplement. Un avertissement aussi. J’ai du mal à imaginer qu’il s’agit du premier roman de cette auteure, dont je connaissais déjà le talent grâce à ma lecture d’I.R.L. en 2016.

L’héroïne m’a immédiatement touchée dans sa relation d’amitié avec Aylin et dans son rapport à autrui. Son évolution plutôt crédible et son caractère m’ont même permis d’apprécier la romance qui prend place dans le récit sans pour autant éclipser son propos premier. J’ai même trouvé cet amour extrêmement puissant, j’ai ressenti quelque chose pour la première fois depuis longtemps face à un « couple » littéraire. Pas une fois je n’ai levé les yeux, tant Agnès Marot maîtrise à merveille les ingrédients de son livre. Sibel reste fidèle à elle-même, à son cœur, à ses convictions et ce même si Aslan prend de plus en plus d’importance pour elle. J’ai trouvé ce choix rafraîchissant, Agnès Marot parvient à équilibrer les différents genres littéraires qu’elle exploite pour offrir une œuvre d’une rare intelligence dont les thèmes (cités plus haut) me parlent. J’ai littéralement dévoré ce tome sur deux jours à peine !

Notes pour un monde meilleur:
Rien qu’à écrire le titre, je tremble ! Ceux qui ont lu comprendront pour quelle raison… Notes pour un monde meilleur est la préquelle de De l’autre côté du mur, dévorée sur cet après-midi. On y découvre de quelle manière tout a commencé et on peut résumer ce roman court en une phrase: l’Enfer est pavé de bonnes intentions. J’ai trouvé cette histoire terriblement bouleversante et plus dure psychologiquement que De l’autre côté du mur (qui pourtant en tient une couche à ce niveau). Suivre Isaac dans ses rêves et dans la dégringolade qui suit m’a prise aux tripes. Je ne m’attendais pas du tout à lire un tel texte. Je me suis immédiatement attachée à lui, malgré ses erreurs et ses faiblesses. Et sa relation avec son épouse, Azra… Les premiers chapitres me donnaient déjà des frissons. Je n’avais plus ressenti autant d’émotions à la lecture d’un livre depuis longtemps. Je vivais avec Isaac, ensorcelée par les mots d’Agnès Marot. Quel bonheur ! Quel plaisir !

Je me dois de relever, à nouveau, sa profondeur philosophique et le message d’espoir qu’il transmet. Ce texte est profondément humain: à la fois très beau et hideux, il offre le pire comme le meilleur.
Quelle CLAQUE !

Contre toute attente, cette intégrale se révèle un vrai coup de cœur alors que ce n’est pas du tout mon genre littéraire à la base. Pour sa richesse, son humanité, sa poésie et ses messages, je vous le recommande très chaudement. ♥