L’enceinte 9 – Ophélie Bruneau

13
L’enceinte 9
est une dystopie young adult écrite par l’autrice française Ophélie Bruneau. Publié chez Éditions Lynks, vous trouverez ce roman au prix de 18.90 euros partout en librairie.
Je remercie Bleuenn et les éditions Lynks pour ce service presse.

L’humanité a du affronter un virus dangereux et s’est repliée dans différentes enceintes, chacune sous le contrôle d’un programme de Gestion des ressources. L’action du roman se déroule dans l’Enceinte 9, un siècle après le Repli. C’est là que vit Ysa, une jeune fille surnuméraire (née sans autorisation de naissance et abandonnée par ses parents dont elle ignore tout) qui entre dans les forces de l’ordre à l’âge de dix-huit ans. Le système, elle, elle y croit… Jusqu’à ce que la réalité la rattrape. Les gens ont faim, certains groupes extrémistes ont des idées bien arrêtées sur l’avenir de l’humanité et des évènements bizarres s’enchaînent, comme cette série de suicides à laquelle la jeune enquêtrice assiste malgré elle. Ysa va donc enquêter et découvrir le monde de l’ombre.

Ce qui est assez remarquable dans ce roman et que je vais relever en premier, c’est l’univers. Ophélie Bruneau imagine une situation crédible et l’exploite d’une manière intelligente. Je n’ai aucun problème à imaginer que des Enceintes viennent à exister un jour ni que l’humanité soit confrontée à des soucis similaires avec la gestion des ressources. Au fond, on s’en rapproche. Subtilement, l’autrice propose une critique politico-sociale avec des solutions envisageables. Le roman est d’ailleurs très orienté là-dessus: comment changer, comment le faire correctement, comment se rebeller contre un système immobiliste qui n’est plus en accord avec la réalité du monde. Ce sont des questions qui me parlent beaucoup, surtout dans le climat actuel de l’Europe. Et l’autrice les traite sans transformer son roman en manifeste, chapeau.
Je n’ai eu aucun problème à croire que la vie dans l’Enceinte 9 soit possible. Contrairement à plusieurs titres populaires dans cette veine littéraire que j’ai pu lire, Ophélie Bruneau prend le temps d’expliquer comment s’organise les gestions de ressource, de matériel, etc. Parfois directement dans le texte en y confrontant ses personnages et parfois par des articles de presse, extraits de journaux anciens, etc. qui se glissent entre chaque chapitre. Ça parasite un peu le rythme du roman mais ça reste suffisamment intéressant pour ne pas devenir agaçant.

On sent bien que l’autrice a beaucoup réfléchi sur son sujet et l’a travaillé soigneusement. Je ne suis pas une adepte de la dystopie, encore moins young adult, mais celle-ci était bien menée sans tourner au manichéen. Un très bon point.

Chaque chapitre débute par une indication chronologique. Il se passe souvent plusieurs jours si pas plusieurs semaines entre deux d’entre eux et j’ai parfois éprouvé une sensation de rapidité, de résumé, ce que j’ai trouvé dommage. Je conçois parfaitement que le roman était déjà gros (500 pages avec une mise en page aérée, ça fait une belle brique) mais j’aurai aimé avoir davantage l’occasion de m’attacher aux personnages. Peut-être en se focalisant sur un unique point de vue? Ysa est présentée comme l’héroïne sur la quatrième de couverture et il est vrai que le lecteur la suit majoritairement, mais d’autres personnages parlent et par moment, j’ai éprouvé un sentiment de redondance dans les propos, dans les explications. Je ne ressentais pas la personnalité de chacun, la narration était à la fois trop ciblée sur des pensées spécifiques et pas suffisamment différente en fonction du point de vue du personnage. Je le précise, c’est mon propre goût et je suis certaine que c’est une façon de raconter qui conviendra à d’autres gens. Finalement, je me suis assez peu attachée aux protagonistes et le seul qui m’a plu, qui m’a un peu touchée, ironiquement, c’est Zéro… Soit l’I.A. présente dans l’œil d’Ysa.

J’ai conscience de ne pas être le public cible de ce texte, pourtant Ophélie Bruneau a réussi l’exploit de me faire tourner les pages sans que je m’en rende compte et ce malgré les quelques longueurs et redondances soulignées plus haut. Sa plume est efficace, maîtrisée, on ne sent pas passer le temps. Lynks propose donc à nouveau un page-turner de bonne qualité.

Pour résumer, l’Enceinte 9 est une dystopie young adult plutôt réussie. Ophélie Bruneau propose un univers cohérent et crédible avec des questionnements d’actualité. Si j’ai été un peu moins convaincue par les personnages que par l’univers, j’ai apprécié l’absence de romance pour se consacrer sur les thèmes centraux du roman qui sont eux, vraiment bien exploités. Je pense que ce texte séduira les adeptes du genre ainsi que ceux qui, comme moi, aimeraient pouvoir s’y retrouver sans jamais y parvenir vraiment. Un chouette texte engagé, comme on en trouve toujours chez Lynks, avec une fin ouverte porteuse d’espoir pour l’humanité.

Publicités