Zothique (intégrale)- Clark Ashton Smith

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Zothique
est un recueil de nouvelles édité chez Mnémos au prix de 19 euros qui se place dans la veine dark fantasy.
Ce roman entre dans le cadre du challenge S4F3 organisé par Albédo.
Je remercie les éditions Mnémos pour ce service presse !

Zothique est le nom d’un continent mystérieux et ce recueil nous dévoile des histoires qui prennent place dans cet univers. Ces seize nouvelles (plus une sorte de courte pièce théâtrale) ne sont pas forcément liées entre elles même si certaines évocations reviennent d’une à l’autre, souvent via le nom d’un pays ou d’un personnage cité précédemment. Leur point commun: le lieu où elles se déroulent, probablement l’univers aussi et les clins d’œil liés à l’univers de Clark Ashton Smith mais comme ce sont les premiers textes que je lis de lui, je ne peux pas le jurer.

Si Zothique manque de repères temporels et chronologiques, chaque histoire se suffit à elle-même sans forcément nous gratifier d’une morale bien pensante. L’idée générale reste que toute action a des conséquences et qu’il faut payer pour ses actes, peu importes nos raisons. Par exemple, dans l’une d’elle, un nécromancien cherche à se venger d’un roi qui l’a jadis maltraité mais même s’il est l’allié d’un puissant démon, tout ne se passera pas comme prévu. Il n’y a pas vraiment de bonnes âmes ou de bons sentiments, dans Zothique, et c’est très agréable.

Chaque nouvelle évoque des créatures diverses comme des nécromanciens, des dieux dévoreurs de chair, des rois cruels, de vieilles malédictions, des crises de folie et même parfois simplement des amoureux qui vont au-delà de la mort. Les thèmes sombres et malsains se multiplient dans un style très vieille école, ce qui est normal vu que l’auteur est l’un des pionniers du genre. On ressent l’influence des poètes décadents sur Clark Ashton Smith qui possède une écriture à la fois macabre et onirique, très bien maîtrisée. La traduction réalisée par Mnémos me paraît de bonne qualité et j’aurai aimé pouvoir feuilleter l’exemplaire papier pour me rendre compte de la beauté du livre objet, vanté dans d’autres chroniques.

J’ai apprécié certaines nouvelles et d’autres un peu moins, c’est souvent ce que j’ai à reprocher à ce type de recueil. Non pas que ça soit mal écrit mais je trouve que certains textes sont redondants quand on lit le recueil en une seule fois, je vous conseille donc de morceler votre lecture ! De plus, il ne faut pas s’attendre à énormément de dialogues et si c’est quelque chose qui vous dérange (comme c’est mon cas) ce recueil n’est peut être pas fait pour vous. Idem pour la représentation de la femme, il faut se souvenir que l’auteur était un bon ami de Lovecraft et qu’il écrivait dans les années 1920. Ne vous attendez pas à des personnages féminins forts ou même très présents, sauf peut-être dans la nouvelle avec la princesse succube mais et encore…. C’est une fantasy masculine, ce qui n’est pas un reproche. Il en faut pour tout le monde et j’ai apprécié le voyage, je me sens juste obligée de le préciser parce que cela peut juste gêner certains lecteurs.

Malgré ces éléments qui paraissent à décharge et tiennent surtout de mes préférences personnelles, j’ai passé un bon moment avec Zothique qui m’a permis de découvrir un auteur pionnier dans un genre que j’apprécie tout particulièrement. Ce fut une expérience très riche culturellement parlant et je suis contente d’avoir assouvi ma curiosité. Je recommande Zothique à tous ceux qui aiment la fantasy old school, sombre et oppressante. Ce recueil vaut la peine d’être découvert !

Black Mambo – Sophie Dabbat, Morgane Caussarieu & Vanessa Terral

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Black Mambo est un recueil de trois romans courts autour du thème de l’Afrique, de sa culture et de ses mythes magiques. Il réunit les textes de trois romancières françaises: l’Ivresse du Djin de Vanessa Terral, la danse Éternelle des roseaux de Sophie Dabbat et les enfants de Samedi de Morgane Causarieu. Ce recueil est disponible aux Éditions du Chat Noir au prix de 19.90 euros.

Comme il s’agit de trois histoires distinctes, je me propose d’évoquer chacune d’elle plus précisément avant de parler du recueil de manière générale.

L’ivresse du Djinn de Vanessa Terral prend place dans un pays arabe et nous raconte l’histoire de Leila, possédée par un djinn, exorcisée pour mieux plonger ensuite dans les pires tourments qu’on puisse imaginer pour une femme. Contrairement aux deux autres histoires, je l’ai trouvée assez poétique. Elle nous offre une réflexion intéressante sur le concept de culture et d’anthropocentrisme, ce que j’ai particulièrement apprécié. La présentation de la culture arabe dont elle s’inspire est très intéressante mais j’ai surtout préféré la partie dans le désert. C’est la nouvelle la moins gore des trois mais elle est assez dure tout de même sur un plan psychologique, quoi que sa conclusion soit surprenante.

La danse Éternelle des roseaux de Sophie Dabbat prend place dans un pays d’Afrique du Sud, sous dictature, où se déroulent des meurtres rituels d’une rare violence qui trouvent un écho en France. L’inspectrice Hlengiwe Dilaniti, originaire de ce fameux pays, enquête et est forcée de revivre son passé pour trouver les clés de ce mystère. J’ai trouvé cette nouvelle particulièrement malsaine mais j’ai été très frustrée. Je trouve qu’il y avait matière à un roman complet, un one-shot évidemment mais beaucoup plus longs. Pour moi, tous les éléments de cette histoire auraient pu être développés bien plus en profondeur pour offrir un texte plus percutant, plus sombre, moins brouillon. Par moment, l’alternance entre les flashbacks et la réalité coupe le récit et ce format ne s’y prête pas très bien. C’est dommage, parce que j’ai beaucoup aimé les idées de Sophie Dabbat, les thèmes qu’elle parvient à aborder (comme par exemple la présence du SIDA) et sa conclusion. Surtout sa conclusion, je n’avais pas vraiment vu venir une fin pareille !

Les enfants de Samedi de Morgane Caussarieu prend place à la Nouvelle-Orléans. On y rencontre Mika, jeune français tout juste arrivé aux États-Unis pour profiter du carnaval, après avoir reçu un billet d’avion de la part d’une mystérieuse vieille tante. Billet d’avion qui tombait à pic, vu qu’il avait justement besoin de se faire oublier sur Paris. Mika est un personnage-type qu’on retrouve dans l’écriture de Morgane Caussarieu, un mec un punk un peu paumé qui aime la fête, les prods, qui n’est pas forcément le plus malin ni le plus fort, loin de là, et qui se retrouve embarqué dans des histoires de dingues. Je l’ai beaucoup aimé, ainsi que Ghilane ! Cette nouvelle nous propose une plongée dans la culture vaudou, magnifiquement maîtrisée par l’auteure. J’ai adoré cette nouvelle, où j’ai retrouvé le style si particulier de Morgane Caussarieu, qui ne se lasse pas de me plaire. Cette histoire est la plus longue mais aussi, je trouve, la plus extrême et fournie en termes de détails gores. La scène du cimetière, vers la fin, sérieusement… SÉRIEUSEMENT !! C’était énorme (sans mauvais jeu de mots).

Ce recueil va crescendo. Chaque histoire est plus sombre et violente que la précédente. Il nous offre un panorama des cultures africaines, autant du nord que du sud, et parvient à aborder des thèmes importants tout en nous régalant de sa décadence assumée. J’ai passé un excellent moment à lire Black Mambo, que je recommande à tous ceux qui sont avides de textes gores qui sortent du lot, préparés pour vous par des auteures françaises talentueuses. J’ai désormais très envie de découvrir Sophie Dabbat et surtout, de lire un autre roman de Morgane Caussarieu (heureusement, il m’en reste un dans ma liseuse !). Vanessa Terral semble plus mesurée et poétique, mais elles ont toutes les trois un indéniable talent.

En bref, c’est un gros coup de cœur qui fera un excellent cadeau sous le sapin !