À l’ombre du (101e) Bifrost : Le Serveur et la dragonne de Hannu Rajaniemi & La Barbe et les cheveux, deux morsures de Dan Simmons

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Il y a deux jours, je vous présentais les deux premières nouvelles contenues dans le 101e numéro du Bifrost. Je m’attaque cette fois-ci aux deux autres… et non des moindres, sachez-le puisque dans le tas, il y en a une traduite par le Grand Serpent en personne ainsi qu’une autre écrite par Dan Simmons.

Le Serveur et la dragonne – Hannu Rajaniemi (lecture le 16/02/2021)
Cette nouvelle est écrite du point de vue du Serveur, une entité type I.A. et c’est plus ou moins tout ce que j’ai compris de l’aspect technologie du texte. Nous sommes clairement ici dans de la hard-sf. Toutefois, il n’est pas nécessaire de posséder des notions scientifiques poussées pour ressentir des émotions en lisant les mots de Hannu Rajaniemi.

L’auteur propose une histoire assez émouvante et peut-être même une allégorie bien que je ne puisse le jurer, n’ayant pas tous les éléments en main pour. Le Serveur va rencontrer une dragonne, qui vit au sein de sa simulation et tente de dépasser les limites du ciel. Les deux vont se lier d’amitié et même un peu plus, ce qui tire le Serveur de sa solitude.

Je n’ai pas vu arriver le retournement final, du coup le choc a très bien fonctionné sur moi. Je suis restée transie par la surprise et un peu l’horreur, triste aussi devant cette trahison, soufflée enfin puisque l’auteur parvient tout de même à me secouer alors que je n’ai pas tout saisi aux subtilités scientifiques de son texte. J’apprécie beaucoup l’aspect poétique de son écriture qui fonctionne vraiment bien sur moi et je me réjouis de découvrir d’autres écrits sous sa plume.

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La barbe et les cheveux : deux morsures – Dan Simmons (lecture le 17/02/2021)
L’histoire se divise en deux temporalités : le passé et le présent. Dans le passé, Tommy et Kevin sont deux enfants d’une dizaine d’années qui soupçonnent deux barbiers d’être en réalité des vampires. Kevin développe sa théorie autour de cette certitude en apportant des éléments historiques qui paraissent, de prime abord, solides. Du coup, les enfants vont enquêter pour essayer de découvrir le secret des deux hommes. Dans le présent, Tommy se rend tout simplement chez un barbier, le même a priori que celui soupçonné, et demande à se faire raser, comme tous les jours.

Dan Simmons joue habilement avec son lecteur puisqu’en représentant Tommy, adulte, qui se rend chez le même barbier que celui dont il soupçonnait le vampirisme durant son enfance, on pense naïvement qu’il n’en est rien et que c’est, au pire, une histoire amusante de deux gamins qui se montent la tête. Pourtant, on s’interroge légitimement sur l’intérêt d’une telle histoire…

Si j’étais bien emballée au début de ma lecture, l’enthousiasme est retombé à la fin puisque, d’une part, je n’ai pas bien cerné le twist mit en place et, d’autre part, je l’ai trouvé un brin convenu finalement. Je ne dis pas que la nouvelle est mauvaise, juste qu’après coup, elle manque de surprise et de saveur. Du moins à mon goût ! Puis ça a été l’occasion de me souvenir que j’avais en réalité déjà lu cet auteur il y a des années (je devais avoir quatorze ou quinze ans) avec l’échiquier du mal et que je n’avais pas accroché à l’époque (ce qui risque de me valoir des huées, hélas). Cela ne m’a pas empêché de découvrir avec intérêt la suite du dossier qui lui était consacré dans le Bifrost !

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(avancée du challenge : 8 nouvelles lues)

À l’ombre du (101e) Bifrost : La fièvre de Steve de Greg Egan & Je vous ai donné toute l’herbe de Christian Léourier

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J’ai (enfin) lu le numéro 101 de la revue Bifrost à laquelle je me suis abonnée récemment (pour le 100e numéro). Comme la dernière fois, la revue comptait quatre nouvelles : une de Greg Egan, une de Christian Léourier, une de Hannu Rajaniemi et une de Dan Simmons, comme de juste, puisque ce numéro lui est consacré. Au sein de ce billet, je vais m’attarder sur les deux premières nouvelles et j’en rédigerai un autre sur les deux suivantes, afin que la lecture ne soit pas trop indigeste pour vous.

Attention, ce billet peut contenir des éléments d’intrigue, histoire d’avoir quelque chose de solide et intéressant à raconter…

La Fièvre de Steve – Greg Egan (lecture le 13/02/2021)
L’histoire se déroule aux États-Unis, dans un contexte aux allures dystopiques. Lincoln vient d’avoir 14 ans et imagine des choses dans sa tête : un moyen de s’échapper de chez lui pour rejoindre Atlanta. Chaque nuit, il rejoue le scénario de son évasion en modifiant les paramètres pour prendre en compte tous les imprévus imaginables. Mais pour quelle raison ? Après tout, Lincoln n’est pas malheureux ni battu ni rien de ce genre…

Le lecteur découvre alors l’existence des Stevelets, des nanorobots entrés en circulation une trentaine d’années auparavant et qui ont provoqué le Crash. Le Crash, c’est comme une espèce d’apocalypse où tout le monde a pété un câble, justement à cause des Stevelets et de leurs actions. Pas qu’ils soient de nature mauvaise, malheureusement il manque de subtilité et de nuance. Normal, me direz-vous, puisque ce sont des machines. Mais comment ont-ils été créé ? Tout simplement par l’entremise d’un savant prénommé Steve qui, se découvrant atteint d’une maladie, a cherché un remède grâce à cette technologie en l’injectant dans des rats. Mais elle a plus ou moins échappé à son contrôle à cause d’une programmation un peu maladroite. Si bien que quand Steve meurt bêtement dans un accident de voiture, les Stevelets tentent toujours d’accomplir la tâche pour laquelle ils ont été conçus, sans succès.

Et Lincoln, dans tout ça ? Il est appelé dans un motel d’Atlanta pour jouer un rôle et permettre aux machines d’apprendre, de reproduire les schémas de pensées de Steve pour, en quelque sorte, réussir à le ressusciter.

J’ai lu cette nouvelle de Hard-SF (mais accessible je vous rassure) en ne ressentant rien au fil des lignes, du moins sur le moment. Mais une fois terminée, elle est restée dans un coin de ma tête et a tourné, tourné, tourné, jusqu’à ce que je prenne conscience de toutes ses implications, de toute sa richesse. J’en ressors finalement assez impressionnée, suffisamment pour comprendre pour quelle raison on a menacé le pauvre traducteur avec une arme pour qu’il se mette au travail ! (ceci est une private joke pour ceux qui ont lu le 101e Bifrost).

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Je vous ai donné toute herbe – Christian Léourier (lecture le 14/02/2021)
Dan est un rêveur qui habite dans la Zone, un endroit où les humains sont capables de survivre, au contraire de l’Extérieur. Le lecteur le rencontre au début de la nouvelle alors qu’il observe ce fameux Extérieur avec fascination. C’est que Liv, la petite amie de Dan, va bientôt accoucher et la perspective l’effraie.

La nouvelle est narrée par Mam, une intelligence artificielle incarnée ici dans un robot qui a élevé ces enfants après la disparition de leurs Parents (je passe sous silence les détails sur cet élément pour ne pas tout divulgâcher). Cela permet d’avoir un point de vue assez analytique sur la situation et quelques réflexions sur l’humanité qui ont toujours le don de me faire sourire. C’est aussi l’occasion de découvrir la vérité sur la Zone qui est le résultat d’une colonisation spatiale. Mam est, en réalité, une IA envoyée pour un voyage de 300 ans dans le but de terraformer une planète mais qui, une fois son objectif accompli, n’a jamais reçu de réponse ou de réaction de la Terre. Elle a donc décidé de continuer sa mission en créant des humains via sa base de données génétiques, histoire de ne pas avoir fait tout ça pour rien. Par « tout ça » j’entends détruire tout un écosystème afin d’en imposer un nouveau, capable d’accueillir l’humanité.

Bien entendu, Mam n’a rien révélé de tout ça aux enfants, persuadée que ces informations les perturberaient et causeraient des problèmes. Malheureusement, ses précautions n’auront pas réussi à les préserver…

L’occasion de la naissance du bébé de Dan et Liv, conçu naturellement et arrivé au monde par voie naturelle quoi que de manière prématurée, permet de réfléchir sur l’humanité, sur notre avenir, sur ce qui fait de nous un être humain et sur ce que nous devrions faire de cette existence. Des quatre nouvelles présentes dans le Bifrost, c’est celle qui m’a le plus chamboulée, avec laquelle j’ai éprouvé le plus d’émotions fortes. C’était ma première lecture de l’auteur et certainement pas la dernière…

D’autres avis : Dragon GalactiqueAu pays des cave TrollsLorkhan – vous ?

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#ProjetOmbre : présentation du challenge & inscriptions

Salutations à toutes et tous !

Dans mon bilan 2020, je vous ai évoqué la création de ce challenge qui est en réalité la « saison 2 » du projet lancé par Les Lectures du Maki en 2020 à savoir le #ProjetMaki qui visait à mettre en avant le format court. Je vous renvoie à son article de présentation pour avoir les bases. Comme plusieurs autres blogpotes, j’attendais avec impatience la venue de l’édition 2021 mais Maki préférait passer la main. Je me suis donc proposée pour le reprendre, même si j’avoue n’avoir aucune expérience dans la gestion d’un challenge littéraire. C’est une première pour moi et je compte sur votre indulgence ! L’idée a été lancée que le projet soit hébergé chaque année par un blog différent donc si ça vous tente, n’hésitez pas à déjà y réfléchir pour l’édition 2022.

#ProjetOmbre, le concept :
Le Maki s’inspirait du Projet Bradbury où l’auteur s’engageait à écrire une nouvelle par semaine. N’étant pas auteur, lui souhaitait lire une nouvelle par semaine et ce qui a commencé comme un défi personnel est devenu un challenge littéraire sous l’influence de certains blogpotes. L’idée de départ est donc de promouvoir ce format court si souvent délaissé. Ce challenge a eu une grosse influence sur moi et mes habitudes de lecture, comme je vous l’expliquais dans mon article dédié de la semaine dernière. Il me tient très à cœur dans son idéologie que je compte reprendre tout en l’adaptant à ma sauce. Je vais donc vous proposer plusieurs paliers ainsi que des missions mensuelles à réaliser, pour votre plaisir.

Le challenge durera du 3 Janvier 2021 au 3 Janvier 2022.
Régulièrement (tous les mois dans l’idéal, tous les trois mois au pire) je publierai un récapitulatif du challenge et de vos lectures avec des liens vers vos chroniques.
Les textes lus ne doivent pas obligatoirement être de la SFFF, pourquoi se limiter ?
Les textes acceptés sont les nouvelles, les novelettes et les novellas au format papier ou numérique. Le BDs, mangas, comics et autres ouvrages graphiques ne conviennent pas à ce challenge SAUF s’il s’agit de nouvelles illustrées bien entendu.
Que votre nouvelle soit tirée ou non d’une anthologie ou d’un recueil, vous pouvez la compter à l’unité pour votre bilan. Exemple, si vous lisez une anthologie avec dix textes, cela fait dix nouvelles pour vous ! Mais vous ne devez pas forcément les chroniquer à l’unité, un article sur l’anthologie complète suffit avec un petit mot sur chaque texte quand même. Notez que vous pouvez également opter pour un bilan mensuel de vos lectures et ne pas forcément produire un article par nouvelle lue, c’est à vous de voir comment vous gérez ça 🙂
ATTENTION le maître mot de ce challenge est la régularité. En fonction de la formule choisie, vous devrez lire tous les mois au moins un texte court donc faites durer vos anthologies / recueils si vous comptez lire des textes qui en viennent.

Petit point de terminologie : moins de 7500 mots = nouvelle, 7500 – 17499 mots = novelette, 17500 – 39999 mots = novella, plus de 40 000 mots = roman. Comme on peut difficilement compter le nombre de mots (surtout sur un format papier), disons que tout ce qui est présenté par la maison d’édition et / ou l’auteur/ice comme étant une nouvelle, une novelette ou une novella peut-être validé pour le challenge. D’ici quelques jours, je vous proposerai un article regroupant différents éditeurs qui ont des collections qui collent au #ProjetOmbre afin de vous aider à constituer vos PàL, si vous en éprouvez le besoin.

Les formules :
Pour ce challenge, je vous propose quatre formules distinctes. Vous pouvez choisir de vous inscrire pour une et changer d’avis pendant l’année pour en prendre finalement une autre. Attention, si le premier palier est accessible toute l’année, les inscriptions pour les trois autres s’arrêteront au 31 Janvier à minuit histoire de garder une cohérence puisqu’il faut lire chaque mois pour ceux-là.
Il est par contre possible de changer de palier ( à partir d’ombre à la douzaine ) en cours d’année pour un palier supérieur si vous vous sentez de le faire !

L’ombre du palmier : vous participez au challenge à la cool, sans vous fixer d’objectifs précis hormis celui de lire au moins un texte au format court en 2021. Peut-être que vous allez faire mieux mais vous n’avez pas trop envie de vous avancer.
L’ombre à la douzaine : vous participez au challenge en vous engageant à lire au moins une nouvelle tous les mois, pour un total de douze sur l’année. Peut-être que vous allez faire mieux mais vous êtes un peu frileux/se donc vous commencez léger.
Le doublé de l’ombre : vous participez au challenge en vous engageant à lire au moins deux nouvelles tous les mois, pour un total de vingt-quatre sur l’année. Peut-être que vous en lirez davantage mais au cas où…
L’ombre acharnée : vous participez au challenge dans sa version d’origine en vous engageant à lire au moins une nouvelle par semaine pour un total de minimum 52 nouvelles sur l’année 2021.

Les missions :
Pour pimenter un peu le challenge, je vous propose de chaque mois remplir une mission. Ces missions sont facultatives et si vous en remplissez une, vous ne devrez pas forcément les remplir toutes. C’est vraiment comme vous le sentez là-dessus. Sachez que chaque mission rapporte un point bonus qui augmentera votre score pour le tirage final des cadeaux (j’y viens plus bas) et qu’il est possible de compléter plusieurs fois la même mission sur le mois. Par exemple, si vous lisez plusieurs nouvelles de SF en Janvier, vous obtiendrez un point par nouvelle. Notez également que vous pouvez librement interpréter le contenu de la mission, n’hésitez pas à sortir votre mauvaise foi pour faire rire tout le monde. Le but, c’est de s’amuser !

Janvier : Lire une nouvelle de science-fiction (oui c’est un clin d’œil à la sortie d’Émissaires des morts 😉 )
Février : Lire une nouvelle qui parle du carnaval ou du cirque.
Mars : Lire une nouvelle d’un auteur ou d’une autrice francophone (et qui peut donc compter pour le Printemps de l’Imaginaire Francophone 🙂 ).
Avril : Lire une nouvelle humoristique (ou avec au moins une blague dedans et oui ça peut être une blague nulle tant que ça fait sourire).
Mai : Lire une nouvelle dont l’auteur a la même initiale que vous sur son nom de famille. Si vous faites nom + prénom, ça compte x2 !
Juin : Lire un texte au choix qui compte double : et pour le #ProjetOmbre et pour le #S4F3. Donc obligatoirement un texte court de SFFF.
Juillet : Lire une nouvelle qui se passe sous le soleil (climat désertique, plage, etc.)
Août : Lire une anthologie complète / un recueil complet sur le mois.
Septembre : Lire une nouvelle qui parle d’une école ou se passe dans une école.
Octobre : Lire une nouvelle qui (vous) fait peur.
Novembre : Lire une nouvelle dont la langue d’origine n’est ni l’anglais, ni le français.
Décembre : Lire une nouvelle où on offre un cadeau (et oui ça peut être un cadeau empoisonné, soyez originaux :D).

Les récompenses :
Après un sondage sur Twitter, une large majorité (70% tout rond) trouvait l’idée des récompenses intéressantes. Pour couper la poire en deux avec ceux qui craignaient que ça ne favorise les gros lecteurs, voici comment j’ai décidé de répartir les cadeaux. Trois participant(e)s seront récompensé(e)s :
-La personne qui lira / chroniquera le plus de textes au format court.
-La personne qui gagnera le plus de points avec les missions.
-Une personne tirée au sort parmi tous les participants, même chez ceux / celles qui n’ont lu qu’une nouvelle.

Si une même personne s’avère gagner deux ou trois récompenses, elle laissera sa place au / à la deuxième sur la liste 😉 S’il y a des ex-aequos, iels seront récompensés également. Vous pourrez choisir parmi plusieurs cadeaux gentiment offerts par différents éditeurs ou auteur/ices autoédités.
Pour le moment, voici les cadeaux offerts :
– Une anthologie et / ou une novella au format papier ou numérique chez Livr’S Éditions
– Une anthologie au format numérique chez Nutty Sheep.
– L’anthologie Ellipses au format papier ou numérique d’Audrey Pleynet.
– L’anthologie NOIR et / ou Folie d’absinthe au format papier chez Noir d’Absinthe.

D’autres peuvent se rajouter ! Vous êtes éditeur/trice ou auteur/trice et avez envie d’offrir quelque chose ? N’hésitez pas à me contacter par Facebook ou Twitter 🙂 Merci à celles et ceux qui l’ont déjà fait ♥

Les inscrits :
-L’ombre du palmier
Nevertwhere
Outrelivres
Touchez mon blog, Monseigneur
Les lectures du Maki
FeyGirl
Lisbhei
Le post-it SFFF – Gepe
De fil en histoire
Chut Maman Lit !
Le dragon galactique
Mousson (via Babelio)
Lecture 451
Systia (Livraddict)
Lorkhan et les mauvais genres
Eless Boms
Bulle de Livre
Ecla-temps
EdwigeFLE (via Instagram @edwige.onlinealsace)
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-L’ombre à la douzaine
Zoé prend la plume
Edorielle – Rose Noire
Diaspora Galactique
Sometimes a book
Livraisons Littéraires
Le Terrier de Lily
Les tribulations de Miss Chatterton
Les livres de Rose
Pativore
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-Le doublé de l’ombre
OmbreBones
La bibliothèque d’Aelinel
Light & Smell
Au pays des cave trolls
Lectures du Panda
Albédo
Caladhiel
Le troll, l’ombre et le robot
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-L’ombre acharnée
Un papillon dans la Lune
Vanille – la bibliothèque derrière le fauteuil
Fil de Diane
Fourbis & Têtologie
Céline (Nuttysheep)
Littlewolf
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Pour vous inscrire, postez simplement un commentaire sous cet article avec votre pseudo et la formule que vous prenez.
Pour renseigner vos chroniques, merci d’utiliser le GoogleForm prévu à cet effet que vous trouverez au bout de ce lien.
Notez que j’accepte les retours postés, par exemple, sur un site comme Babelio si jamais vous voulez participer et que vous n’avez pas de blog, il suffira de me mettre le lien vers votre message sur le site en question.

Le logo :
Logo ProjetOmbre
C’est l’adorable Anne-Laure du blog Chut Maman lit ! qui a bien évidemment, comme le veut la désormais tradition de notre blogosphère, réalisé le magnifique logo du challenge que vous pouvez mettre dans vos chroniques si vous le désirez et / ou allègrement partager autour de vous. Un tout grand merci à elle ♥

Je remercie également l’ami Maki pour sa confiance et toutes celles / tous ceux qui ont montré leur enthousiasme sur Twitter à l’annonce de ma reprise du projet, ça m’a vraiment beaucoup touchée.

À vos marques ?
Prêt(e)s ?
Bouquinez !

RÉFLEXION : l’évolution de mon rapport au format court dans la littérature

Salutations à vous, lecteurs et lectrices fidèles ! Nous sommes déjà le 24 décembre et le Père Noël des ombres a décidé de vous offrir un petit article réflexif qui lui est venu après avoir lu l’excellent hors-série 2020 de la collection Une Heure Lumière du Bélial. Commençons donc par replacer quelques éléments dans leur contexte, afin de comprendre comment j’en suis arrivée à l’écriture de cet article. 

Ce troisième hors-série tiré de cette très fameuse collection dont je parle régulièrement sur le blog s’ouvre sur un focus autour des traducteurs et des traductrices de la maison d’édition, celles et ceux qui travaillent notamment à traduire les novellas de la collection UHL. Il leur était demandé d’aborder leur rapport à ce genre et d’expliciter les difficultés qu’iels pouvaient rencontrer dans l’exercice de la traduction par rapport à celle, par exemple, d’un roman.

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Jusqu’à encore récemment, je ne lisais quasiment jamais de format court, que ce soit la novella ou la nouvelle, car je nourrissais à leur encontre un certain nombre d’apriori. Selon moi, il n’était pas possible de développer une bonne histoire en si peu de pages. Forcément, des éléments allaient passer à la trappe et cela donnerait un texte pas suffisamment abouti. Une certitude héritée de je ne sais pas trop où, d’ailleurs… Peut-être un traumatisme scolaire ? Honnêtement, impossible de me rappeler. Du coup, par principe ou plutôt par habitude ancrée, j’évitais régulièrement de lire des recueils de nouvelles, des anthologies ou même des novellas au sens strict du terme. Je ne vais d’ailleurs pas revenir sur la terminologie et allègrement mélanger nouvelle et novella. Je sais qu’il existe une différence entre les deux notamment au niveau de la longueur mais il a fallu attendre que cet article soit publié pour que je sache précisément laquelle. Merci Apophis, à nouveau ! Voici donc, pour votre culture personnelle (et la mienne), les terminologies à utiliser : moins de 7500 = nouvelle, 7500 – 17499 = novelette, 17500 – 39999 = novella, plus de 40 000 = roman.

Bref, je cesse de digresser.

Je fuyais donc ce genre… Puis il y a eu la blogo. Ces blogpotes qui parlaient de la collection Une Heure Lumière (je ne cite personne pour ne vexer personne mais les concerné/es se reconnaitront 😉 ) du Bélial, qui écrivaient des retours sur leur lecture du Bifrost… J’ai fini par craquer en me lançant dans l’excellent Les Meurtres de Molly Southbourne (lecture en septembre 2019 seulement… Imaginez !) qui a eu le mérite de démolir toutes mes certitudes à propos de ce format. Poussée par la curiosité, j’ai donc consacré une partie de l’année 2020 à me prouver que j’avais eu tort en lisant des anthologies, des nouvelles isolées et des novellas. En cela, j’ai été aidée par le Projet Maki qui consistait à lire de manière régulière des textes au format court. J’insiste sur l’aspect régularité du challenge, qui m’a aidé à modifier mes habitudes de lectrice. Au point que j’ai fini par m’abonner moi-même au Bifrost ! Comme quoi…

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Bien entendu, toutes ces expériences ne se sont pas soldées par une grande réussite. Certaines anthologies ne m’ont pas plu, certains textes collaient aux craintes que j’avais concernant les nouvelles (le sentiment de ne pas avoir toutes les réponses ou pire, de lire le début d’un roman). Mais je me suis aussi rendue compte que, quand un/e auteurice maitrise les codes du format court, cela donne naissance à des textes incroyablement percutants avec lesquels j’ai vécu certains de mes plus beaux moments littéraires de 2020. Impossible, par exemple, d’oublier l’excellentissime l’homme qui mit fin à l’histoire de Ken Liu ou encore la très qualitative anthologie steampunk Montres Enchantées au Chat Noir (partie 1partie 2) ou même les nouvelles de Jean-Laurent Del Socorro, incluent dans la version collector de Royaume de Vent et de Colères. Ce ne sont que trois exemples parmi d’autres qui, selon moi, méritent d’être soulignés.

Ce que j’aime précisément dans la novella ? C’est simple ! Le format court me permet de m’immerger totalement dans un texte et d’y rester du début à la fin d’une seule traite, sans en sortir au milieu, car je peux y consacrer le temps adéquat pour cela sans peser trop lourd sur ma journée et sur mon temps de travail. Du coup, en tant que lectrice, je m’imprègne bien mieux du concept, de l’idée, de l’univers, des personnages. Les auteurices doivent montrer toute leur habilité à agripper l’attention du lecteur, ils n’ont pas le droit de trop prendre leur temps, ce que je reproche parfois à des romans et qui m’empêche d’avoir envie d’en continuer la lecture. L’équilibre doit être parfait entre l’attachement aux personnages, les informations sur l’univers, le thème abordé et l’intrigue. Plus ça va et plus je me complais vraiment dans ce type de lecture qui, en prime, a l’avantage de mieux s’adapter à mon style de vie pour le moment. Je ne suis pas en train de renier le roman, rassurez-vous ! Simplement, c’est agréable de se plonger par moment dans des aventures plus courtes, surtout quand elles ont autant de qualités.

De plus, en tant qu’autrice, c’est un genre que j’ai vraiment envie d’apprendre à maîtriser car je pense qu’il convient bien mieux que le roman à mon style d’écriture et surtout, à mon style narratif. J’en ai pris conscience seulement cette année et ça marque un gros tournant dans mon monde littéraire.

Finalement, je tiens donc à remercier le Maki pour son défi qui m’a poussée à dépasser mes aprioris et au Bélial pour s’être lancé dans l’aventure Une Heure Lumière dont tous les textes ou presque ont été de véritables enchantements à lire, contribuant ainsi à faire évoluer positivement mon opinion sur le format court. Je sais que beaucoup de gens nourrissent encore, à l’heure actuelle, le même genre d’aprioris que moi il y a un an / un an et demi sur ce format et j’espère que ce petit billet contribuera à amorcer un changement dans leur mentalité ou, en tout cas, à leur donner envie de laisser sa chance à des nouvelles et des novellas de qualité.

Et vous, vous aimez le format court ou justement pas ? Pour quelle raison ?

« L’Homme Chocolat » & « L’Arbre d’Imagination » – Aurélie Mendonça

Bonjour tout le monde !

Petit article dédié à la fois à une autrice et au Projet Maki. puisque je vais réunir ici deux nouvelles écrites par Aurélie Mendonça et publiées par les éditions 1115. Je vous ai déjà évoqué le travail de cette autrice à travers son roman Pandémonium publié aux éditions du Chat Noir. Il est désormais temps de voir comment elle se débrouille sur le format court.

Attention, comme il s’agit d’un format (très) court, cette chronique contiendra des éléments clés de ces textes pour pouvoir en parler d’une façon pertinente et intéressante. Vous êtes prévenu(e)s !

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L’Homme Chocolat
(lecture au 11/12/2020)
1115 éditions – 2 euros – 32 pages.
L’Homme Chocolat est une très courte nouvelle d’à peine 12 pages sur ma liseuse et en enlevant les mentions légales, on en arrive facilement à 9. On y rencontre un personnage féminin qui est obsédé par un personnage masculin. Ces personnages n’ont pas de noms et la narration est à la première personne, du point de vue de la (jeune ?) femme. Il faut savoir que cette nouvelle a été publiée à l’occasion de la Saint Valentin, ce que j’ai appris seulement après ma lecture.

Au départ, je me pensais dans une histoire classique quoi que notre héroïne (appelons la ainsi) soit un brin obsédée et entreprenante ce qui s’éloigne des standards du genre. Puis je me suis demandée s’il ne s’agissait pas plutôt d’une histoire de zombies… Avant que la toute fin ne m’oriente vers une interprétation plus littérale du titre avec une femme obsédée par le chocolat. À l’heure actuelle, j’ignore encore pour quelle interprétation opter et je pense qu’en cela réside justement la force de ce texte puisqu’Aurélie Mendonça propose une nouvelle aux multiples lectures ce qui est une vraie expérience en soi. Je ne peux pas la réduire à « j’ai aimé » ou « je n’ai pas aimé », par contre l’expérience de lecture m’a beaucoup plu !

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L’Arbre d’Imagination (lecture au 16/12/2020)
1115 éditions – 4 euros – 64 pages
Keryan est élève au CE1 dans une petite école de village. Du haut de ses sept ans, il est très excité à l’idée des sorties à la bibliothèque, organisées par l’école, qui reprennent justement cette année grâce à l’arrivée d’une nouvelle bibliothécaire. Celle-ci apparait tout de suite un peu magique aux élèves avec ses cheveux bleus… Sans compter qu’elle essaie de mordre l’un d’eux ! La faute à celui qui lui a volé (littéralement) son cœur. Keryan va donc devoir plonger dans l’Arbre d’Imagination pour la sauver et récupérer l’organe dérobé.

Ce court texte jeunesse déborde de douceur et de magie enfantine. Impossible de ne pas retomber en enfance avec cette fantastique aventure et cette véritable ode au pouvoir de l’imagination au sein d’un monde de plus en plus rationnel. À nouveau, en peu de pages, Aurélie Mendonça réussit l’exploit de nous toucher en plein cœur (si aucun sorcier maléfique ne vous l’a volé !). Je trouve d’ailleurs que son concept pose les bases pour éventuellement un roman jeunesse qui s’annoncerait bien sympathique à découvrir. Je précise toutefois que l’histoire est bien close sur elle-même, l’autrice maitrise les codes de la nouvelle. C’est simplement moi qui extrapole. Quoi qu’il en soit, j’ai beaucoup aimé cette nouvelle et son message. 

D’autres avis : je n’en ai pas trouvé ! N’hésitez pas à me communiquer le lien vers votre chronique 🙂

Maki

 

L’Homme qui peignit le dragon Griaule – Lucius Shepard

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L’Homme qui peignit le dragon Griaule
est la première nouvelle du recueil le Dragon Griaule écrit par l’auteur américain Lucius Shepard. Publié par le Bélial dans une très belle édition illustrée par Nicolas Fructus, vous trouverez ce texte au prix de 25 euros. Sachez qu’il existe également au format poche chez J’ai Lu au prix de 9.90 euros et que la nouvelle dont il est question ici est disponible à l’unité en numérique.

J’ai déjà lu deux novellas de l’auteur (Les attracteurs de Rose Street & Abimagique) chez le même éditeur dans la collection Une Heure Lumière, deux réussites quoi que déconcertantes. Le résumé de Griaule avait tout pour me séduire, pourtant une petite voix me soufflait que ça allait coincer… Du coup, j’ai opté pour la version poche et j’ai été bien inspirée.

J’insiste tout de suite, nous sommes face à un combo mauvaise période de lecture + style d’écriture qui ne m’a pas emballée, raison pour laquelle je parle quand même du premier texte lu (j’ai arrêté à la moitié du second). Et j’avoue, un peu pour valider une lecture Maki 🙂

De quoi ça parle ?
Le dragon Griaule est une entité maléfique gigantesque (deux kilomètres si ma mémoire est bonne) figée par un sortilège mais toujours vivant, qui étend petit à petit sa mauvaise influence sur les villages alentours. Dans cette nouvelle, un homme se propose de peindre Griaule et de l’empoisonner du même coup par ce biais, réalisant à la fois une œuvre d’art et un assassinat très lent.

Mon sentiment
Ce texte sert clairement d’introduction à l’univers. D’abord sur un plan visuel puisque le peintre va arpenter Griaule un bon moment pour prendre conscience de ses dimensions, découvrir la faune et la flore qui vit autour de lui, imaginer les infrastructures à mettre en place pour mener son projet à bien. Les descriptions foisonnent ici et vous le savez, ce n’est pas ce que je préfère. J’ai eu un peu de mal à rentrer dedans toutefois face à l’enthousiasme général de la blogo, j’ai persévéré.

Ensuite, le temps passe au sein de la diégèse. Le grand ouvrage dure très -très- longtemps et le chantier connaît son lot de drames. Petit à petit, une atmosphère sombre s’installe, un début de folie, de désespoir humain que les protagonistes justifient par l’influence de Griaule mais… est-ce vraiment le cas ? Selon moi Lucius Shepard joue subtilement avec l’idée que tout acte néfaste est justifié par la présence du dragon alors que ça pourrait aussi bien venir d’une pulsion bassement humaine. Ce concept se ressent au long de cette petite soixantaine de pages (au format poche) et est bien dosé par l’auteur.

Pourtant… Voilà, une fois arrivée à la fin, j’ai eu l’impression d’avoir fait le tour. C’était sympa mais pas ce que j’attendais, en plus d’avoir ressenti quelques longueurs hyper pénibles. Je n’ai pas spécialement eu envie de continuer ma découverte du recueil toutefois je suis l’une des seules (avec Xapur si je ne me trompe) à ne pas avoir été plus enchantée que ça par ma découverte. Je vous recommande donc de croiser mon sentiment avec celui des blogpotes renseignés ci-dessous et de décider par vous-même si Griaule étendra sa néfaste influence sur vous !

D’autres avis : Au pays des cave trollsBaroonaLe dragon galactiqueRSF BlogLorkhanLe chien critiqueNevertwhere Xapur – vous ?

Maki

Nouvelles Ères (anthologie – 1/2)

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Nouvelles Ères
est l’anthologie annuelle de 2020 des éditions Livr’S qui a pour thème, comme son titre le sous-entendu, le futur et son renouveau. L’anthologie appartient donc clairement au genre de la science-fiction et plus précisément du post-apocalyptique pour certains textes.

Douze auteurs sont au programme et Nouvelles Ères est parrainé par Victor Fleury, un auteur qu’on ne présente plus et qui est particulièrement apprécié sur le blog (L’Homme Électriquela prêtresse esclave).

Comme j’ai beaucoup aimé ma lecture, j’ai décidé de couper ma chronique en deux parties afin de pouvoir vous évoquer chaque texte correctement sans vous obliger à lire un retour trop long. Aussi, ce billet concernera les six premiers textes du recueil.

Enfin, notez que vous pouvez trouver ce titre au prix de 19 euros au format papier et de 2.99 au format numérique, il est commandable en librairie mais si vous voulez soutenir la maison d’édition, faites le par leur site. Cette anthologie fait partie des titres qui souffrent de la crise COVID. Sa sortie était initialement prévue pour les Imaginales.

389 – Catherine Barcelone (20/07/2020)
Le docteur Pattern créé un robot et en est à son 389e essai – qui se révèlera être le bon ! Cet androïde est parfait, bien trop pour paraître humain. Sam Pattern comprend que pour copier les émotions, l’imperfection est nécessaire. Il va alors profondément changer 389 aka Adam…

Ce court texte met en scène un scientifique désireux de créer un androïde parfait, un poncif assez classique de la science-fiction. Pourtant, en optant pour une narration alternée à la première personne entre Adam et Sam, Catherine Barcelone réussit, en peu de pages, à passionner le lecteur car elle trouve un bon équilibre entre technologie et émotion. Ce texte plaçait la barre très haut en terme d’attente pour moi et a vraiment tout pour plaire. Ma lecture commençait donc sur les chapeaux de roue !

SOFIA – Meggy Gosselin (21/07/2020)
Dehors, le monde s’effondre. Enfermé dans un bunker, le professeur Kamura termine le Projet témoin qui a pour but de conserver une trace du passage de l’humanité sur Terre. Il meurt dés les premières pages en confiant ses recherches à Sofia, son I.A. qui a pour mission de le ramener à la vie – si elle y arrive. Des siècles plus tard, le professeur Kamura reprend conscience dans un corps humanoïde modifié en profondeur pour s’adapter aux nouvelles rigueurs de la Terre. Il apprend que quelque chose est arrivé de l’espace, quelque chose qui a recréé l’écosystème…

Cette nouvelle m’a interpelée par sa taille. Il s’y passe énormément de choses et elle souffre de quelques longueurs -à mon goût- sur les passages très descriptifs où Kamura découvre le monde dans lequel il vit désormais. De plus, SOFIA m’a laissé le goût d’un long prologue à un roman puisque la façon dont elle se termine pourrait tout à fait marquer le début d’un texte tout autre. Pourtant, j’ai beaucoup aimé les idées de l’autrice et sa façon de les mettre en scène. Le personnage de Sofia ne manque pas d’intérêt et la profonde humanité (au sens faible du terme) de Kamura rend ses choix ainsi que ses actions passionnantes à suivre. J’espère que l’autrice développera davantage cet univers !

Entre les mains de dieux étranges – Victor Fleury (22/07/2020)
Mopsos et ses compagnons poursuivent des voleurs de trésor, mandatés par Alexandre le Grand pour retrouver des parures royales dérobées. Le hasard des combats fait que seul Mopsos survit, il doit continuer sa mission… Sauf que le corps de son ami s’anime sous ses yeux par la faute d’un démon, pense-t-il. Ce dernier lui explique la nécessité de l’accompagner dans sa poursuite afin de découvrir l’emplacement du trésor convoité par les Grecs. En tant que lecteur extérieur, on comprend alors que Mopsos est une I.A. dans un programme archéologique censé réaliser des simulations d’un niveau poussé afin de découvrir la localisation de trésors perdus sur base de connaissances historiques fragmentaires. Quant au hacker qui a volé le corps de son ami, difficile de savoir dans quel camp il se place…

J’ai trouvé le concept de base absolument brillant ce qui n’a rien de surprenant venant de Victor Fleury. Il y a tout dans cette nouvelle : une solide base historique, un twist inattendu, une intrigue solide en quelques pages à peine, une émotion palpable, bref du grand Victor Fleury. Pour le moment c’est vraiment ma nouvelle favorite du recueil parce qu’elle a su totalement me surprendre.

Je l’ai terminée avec un tel enthousiasme que j’ai eu peur d’enchaîner avec le texte suivant, qui se révèlerait forcément en-dessous. Et bien pas du tout !

La dernière ville sur terre – L. A. Braun (22/07/2020)
Sio vit à New Dublin, une société gérée par la Machine qui donne des conseils aux habitants sur la façon de se nourrir, de s’habiller, de mener sa vie, pour atteindre une forme de bonheur. Sauf que Sio commence à étouffer dans cette vie…

La dernière ville sur terre se déroule dans l’univers étendu de Paradoxes, la première trilogie de l’autrice. Rassurez-vous, aucun besoin de l’avoir lue pour comprendre et apprécier le contenu de cette nouvelle. En quelques pages, L-A Braun parvient à construire toute une société crédible en analysant finement la psychologie humaine. Je n’ai eu aucun mal à me projeter dans le personnage de Sio, dans ses questionnements, dans ses choix. Non seulement la nouvelle brille d’intelligence mais en prime elle ne manque pas d’action ni d’enjeux. Une très belle réussite !

Au temps pour moi – Margot Turbil (22/07/2020)
Un personnage de sexe féminin sans nom (pour le lecteur) arrive à la cinquantaine après avoir plus ou moins tout raté dans sa vie. Un soir, elle rencontre un jeune homme qui lui confie une sorte de télécommande qui lui permettra de revivre son existence depuis le moment qu’elle souhaite et donc d’en modifier ce qui ne lui a pas plu. Cette actrice ratée va pouvoir cette fois prendre les bonnes décisions pour sa carrière et briller, briller… Avant la chute.

J’ai été décontenancée dans un premier temps par cette nouvelle si différente des quatre premières. Ici, pas de futur, pas de technologie avancée, juste une drôle de boîte qui permet de remonter le temps. C’est ainsi qu’une femme mûre se retrouve dans le corps d’une petite fille de onze ans, avec toutes ses connaissances, toute sa culture, et passera donc pour une surdouée. Cette fois, elle parviendra à réaliser ses rêves -en volant des œuvres pas encore écrites au passage pour s’en approprier la maternité- mais l’âge la rattrape, la tentation d’utiliser encore la boîte revient malgré sa promesse de la léguer à quelqu’un d’autre de malheureux. Dans ce texte, tout fonctionne : le ton de la narratrice, le choix de la première personne, le twist final, c’est une de mes nouvelles favorites pour le moment.

Static – Geoffrey Claustriaux (22/07/2020)
Un jour, en 2020, tout se fige comme si le temps avait cessé de tourner. Quelques uns en réchappent, ceux qui se trouvaient dans leur cave, dans un abri antiatomique ou qui visitaient des ruines en sous-sol. Gabriel et Gaëlle sont de ceux là et vont entreprendre un voyage à travers la France pour comprendre ce qui est arrivé et, qui sait, trouver une solution ?

Ce texte est présenté comme le journal de Gabriel, qui rédige le tout à la première personne dans un style très transcriptif. Un élément bénin m’a gênée ici : Gabriel dit dés les premières pages qu’il n’est pas auteur donc qu’il faudra l’excuser pour les tournures malheureuses. D’une, c’est quand même un choix narratif plus que douteux pour un auteur de la trempe de Geoffrey Claustriaux et de deux ça ne fonctionne pas du tout vu le niveau littéraire du texte. Pour le moment c’est le texte qui m’a le moins enthousiasmé même s’il reste intéressant avec son petit côté Doomsday assumé et sa conclusion.

La conclusion de l’ombre :
Les six premières nouvelles du recueil Nouvelles Ères promettent pour la suite si tout est à la hauteur de ces textes. Sous le parrainage de Victor Fleury, des auteurices belges et français(e)s s’en sont donné(e)s à coeur joie pour imaginer le futur et son renouveau en empruntant tantôt à la science-fiction, tantôt au post-apocalyptique, parfois au fantastique puisqu’on n’a pas forcément des explications scientifiques claires / solides à chaque fois. Le niveau d’écriture est au rendez-vous tout comme la maîtrise du format nouvelle, à l’exception d’un texte qui me parait plus tenir du début de roman.
À ce jour et à ce stade de ma lecture je recommande donc de manière enthousiaste le contenu de ce recueil dont je vais m’empresser de dévorer la suite. Pour moi, c’est clairement le meilleur recueil proposé par la maison d’édition jusqu’ici.

Pour les blogueurs intéressés qui souhaitent mettre en avant une petite structure belge, il est possible de demander ce recueil en service presse numérique sous simple envoi de mail à service-presse[a]livrs-editions.com.

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Maki

La Guerre des Trois Rois – Jean-Laurent Del Socorro

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La Guerre des Trois Rois est une novella graphique écrite par l’auteur français Jean-Laurent Del Socorro. Publié par ActuSF dans sa collection Graphic, vous trouverez ce texte illustré par Marc Simonetti au prix de 19 euros partout en librairie.

De quoi ça parle ?
Situé dans l’univers de Royaume de vent et de colères, la Guerre des Trois Rois se passe à Paris en 1588 (soit 8 ans avant le roman). Les guerres de Religion font rage entre Henri III, le Duc de Guise et Henri de Navarre. Au milieu de tout ça, on retrouve la Compagnie du Chariot sous la direction d’Axelle. Ils ont été engagé par Henri III qui est en fâcheuse posture, assez pour se tourner vers la magie en demandant l’aide d’une praticienne de l’Artbon. Quant à savoir si c’était vraiment une bonne idée…

Journal d’un conflit…
À l’instar de la nouvelle Le vert est éternel dont je vous ai déjà parlé sur le blog, N’a-qu’un-oeil est le narrateur de ce roman court à travers ce qu’il écrit dans le journal de la compagnie mais aussi via une narration plus traditionnelle à la première personne. Tout comme dans sa nouvelle précédemment citée, Jean-Laurent Del Socorro démontre sa maîtrise de ce type de narration qui se veut immersive pour le lecteur. Les pages s’enchaînent sans qu’on les sente passer et on arrive à la fin avec la frustration collée au ventre. Non pas parce que le texte manque de profondeur, d’enjeux ou d’intérêt, justement parce qu’il est tellement bon qu’on en voudrait encore plus.

… illustré !
Le journal de la compagnie sert donc de prétexte à l’aspect illustré du texte grâce au personnage de Tremble-voix, l’artiste bègue de la compagnie passionné par le dessin qui croque tout ce qu’il voit. Je ne connaissais pas encore le travail de Marc Simonetti -du moins pas que je sache- mais j’ai été charmée par son trait et par l’ambiance qu’il réussit à traduire via ses dessins. Le duo fonctionne à merveille et on ne peut qu’espérer une nouvelle collaboration.

Le respect de l’Histoire.
Fidèle à ses habitudes, Jean-Laurent Del Socorro réécrit l’Histoire sans vraiment y toucher. Les éléments historiques présents dans le récit sont réels : l’assassinat du Duc de Guise, celui d’Henri III (spoiler alert pour ceux qui dormaient en cours ->) jusqu’à se montrer précis dans les dates. L’auteur parvient pourtant à inclure un élément surnaturel grâce à l’Artbon qu’il met au service de l’Histoire ainsi que de son histoire pour expliquer certains complots et conflits. Je l’ai déjà dit à plusieurs reprises dans mes chroniques au sujet de cet auteur mais c’est réellement sa qualité la plus remarquable. À cela s’ajoute un talent certain pour imaginer des personnages humains, crédibles, auxquels on s’attaque sans même s’en rendre compte.

Je me rends compte que cette chronique pourrait tenir en une ligne : du grand Jean-Laurent Del Socorro. Voilà un auteur qui n’a plus rien à prouver et dont j’achète les parutions les yeux fermés tant j’ai confiance en ses qualités. Si j’ai un conseil à vous donner, c’est de faire comme moi sans plus attendre !

La conclusion de l’ombre :
Avec La Guerre des Trois Rois, Jean-Laurent Del Socorro signe une novella illustrée par Marc Simonetti de grande qualité autant graphique que littéraire dans l’univers du Royaume de vent et de colères. Il y évoque les guerres de Religion et le conflit qui opposa Henri III, le Duc de Guise et Henri de Navarre sur les années 1588 – 1589. L’auteur y apporte une touche de magie non pas pour tordre l’Histoire mais pour la préciser, s’inscrivant non seulement comme un grand romancier historique mais aussi comme un maître du mélange des genres. À l’instar de toute la bibliographie de l’auteur, ce texte est à lire absolument.

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Les Secrets du Premier coffre – Fabien Cerutti

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Le secret du premier coffre
est un recueil de nouvelles issues de l’univers du Bâtard de Kosigan, une saga écrite par l’auteur français Fabien Cerutti. Publié chez Mnémos, vous trouverez ce beau-livre au prix de 23 euros partout en librairie.
Je remercie Estelle, Nathalie et les éditions Mnémos pour ce service presse !

De quoi ça parle?
Dans l’ombre du pouvoir, premier tome des aventures du Bâtard de Kosigan, Kergaël (le descendant du Bâtard) trouve une bibliothèque secrète pleine de textes anciens surprenants. Hélas, un incendie criminel réduit tout en cendres à l’exception de trois coffres qui contiennent des documents aussi divers que variés. Avec ce premier recueil, le lecteur en découvre six tous très différents les uns des autres qui sont entrecoupés par de courts commentaires rédigés par Élisabeth Hardy, des commentaires internes à la diégèse donc, qui ont pour objectif de présenter chaque texte.

Légende du premier monde
Ce texte est tiré de l’anthologie des Imaginales de 2018 dont le thème était Créatures. Un personnage de la saga principale raconte l’histoire de son grand-père Dwerkin, un orphelin au caractère peu agréable qui fâchera les mauvaises personnes. Exilé, son don avec la nature attirera l’attention de l’ancien Grand Maître des créatures impériales qui va le prendre à son service pour travailler sur son projet. Il souhaite créer une iëlfelanin, femme végétale dont la durée de vie ne dépasse pas quelques semaines. Dwerkin va devoir identifier le problème et le régler.

J’ai été déboussolée par cette nouvelle pour deux raisons. Déjà, le choix narratif. Dans ce texte, tout est relaté, expliqué, il y a peu de dialogues et c’est quelque chose qui me rebute sur un plan personnel. Paradoxalement, j’en ai pris plein les yeux puisque même si je n’ai pas adhéré à la narration, l’atmosphère dépeinte par l’auteur fonctionne à merveille. On ne sait plus où regarder, ça brille de partout, on a des créatures extraordinaires qui sont fabriquées par des savants afin de plaire aux puissants et d’intégrer une sorte d’écurie impériale, ça a un côté terrible et poétique à la fois vu la manière dont ça se termine. Selon moi, la matière de cette nouvelle aurait largement pu donner un roman de grande qualité donc je suis un peu restée sur ma faim.

Ineffabilis amor
Cette nouvelle assez longue qui tient du roman court raconte comment le pape Innocent III a lancé les inquisitions noires dont on parle dans le Bâtard et qui a mené à une diminution drastique de la population magique, voir à l’extinction de certaines races. Nous le rencontrons quand il n’est encore que Lotario, jeune moine de 19 ans à peine fasciné par une faune qu’il rencontre par hasard. Cette attirance va le pousser à se porter volontaire pour assainir les relations entre son monastère et cette race, puis vers un dessein de pacification bien plus grand.

À nouveau, Fabien Cerutti opte pour une narration externe. On a le sentiment qu’un conteur nous narre cette histoire avec quelques biais narratifs qui permettent au texte de gagner en richesse. Je le lisais avec une espèce de fascination en me demandant où tout ceci allait mener et en même temps je ressentais un agacement croissant sur la manière dont le personnage féminin, faune et créature donc, se retrouvait mise en scène. Je n’aurais pas du douter de l’auteur qui offre une conclusion intelligente et nuancée à cette histoire tragique. C’est à partir de la dernière page de cette nouvelle que j’ai commencé à vraiment m’enthousiasmer pour le contenu de ce recueil.

Le crépuscule et l’aube
Encore une nouvelle tirée et retouchée d’une anthologie des Imaginales mais cette fois-ci celle de 2016, Fées et automates. L’action se déroule en 1263 en Bourgogne. Au début de la nouvelle, le peuple fay est acculé pendant les croisades noires. Leur espoir de survie repose sur les épaules d’une des leurs (Nelisse) et d’un inventeur humain (Falco Matteoti). Leur collaboration permettra peut-être d’empêcher l’extinction des fays… Hélas, pour créer son automate, Falco a contracté des dettes si bien que la pègre se retrouve mêlée à tout cela ainsi qu’un dangereux utilisateur de la Source.

Cette nouvelle est écrite sur base de points de vue multiple, chaque protagoniste donne sa voix au texte pour permettre une pluralité bienvenue. On comprend aisément les enjeux et j’ai personnellement été enthousiasmée par l’aspect poétique, doux et mélancolique qui se dégage de ce texte. Je me suis sentie immédiatement concernée par l’histoire, emportée, bref un coup de maître pour cet auteur aux multiples talents !

Fille-de-joute
Cette fois on retrouve le Bâtard (enfin !) au début de sa vie de mercenaire. Le narrateur est Kerth, un membre de la compagnie qui utilise un langage, disons, très fleuri mais aussi extrêmement immersif. Dans ces conditions, l’aspect transmissif ne me gêne pas puisqu’on se retrouve du point de vue d’un observateur extérieur au Bâtard, certes, mais au cœur de l’action tout de même. Après avoir survécu un peu par hasard à une bataille sanglante, Kosigan et ses deux compagnons découvrent le cadavre d’un chevalier italien mort probablement d’une crise cardiaque. Ils volent son armure et son identité pour participer à des tournois mineurs afin de se refaire une fortune mais surtout de traverser les lignes ennemies sans être inquiétés. Bien entendu, tout ne va pas se passer comme prévu, encore moins quand leur route va croiser celle du poète Dante… Oui, ce Dante là.

Dans cette nouvelle, j’ai retrouvé tout ce que j’adore dans les romans de Fabien Cerutti : des bons mots, de l’action, du suspens, des rebondissements et une ambiance un peu gouaille. C’est la nouvelle que j’ai préféré lire et qui m’a le moins déboussolée dans son style puisqu’elle ressemble, au fond, à ce que j’ai pu découvrir dans les romans. L’aspect agréable du connu.

Le livre des merveilles du monde
Un texte extraordinaire par son ambition qui raconte comment Jehan de Mandeville a initié un voyage de plusieurs années sous demande de la princesse elfe Cathern an Aëlenwil. Cette dernière lui confie un message à porter à ses cousins d’Orient, message dont on apprend très tardivement le contenu et qui apporte une grosse claque dans son mélange des genres.

Avec cette nouvelle issue de l’anthologie Destinations des Imaginales (parue en 2017), Fabien Cerutti use de tout son talent pour nous en mettre plein les yeux. Ce récit de voyage assez descriptif est entrecoupé par des passages tirés des mémoires de Jehan ce qui permet d’avoir par moment une narration à la première personne très immersive. Avec ce texte, j’ai vraiment voyagé avec le sentiment d’y être, sans m’ennuyer une seconde. Sur une grosse soixantaine de pages, les rebondissements s’enchaînent sans sacrifier à l’ambiance. Un coup de maître !

Les jeux de la cour et du hasard
Peut-être le savez-vous mais je suis passionnée par le théâtre et j’en ai longtemps pratiqué (sans trop savoir pourquoi j’ai mis ce loisir sur pause d’ailleurs). Du coup, quand j’ai appris qu’une pièce se trouvait dans ce recueil, je ne tenais plus en place. Celle-ci est construite en trois actes et rappelle le vaudeville par son ambiance et son rythme. On y retrouve le Bâtard de Kosigan à la cour d’Angleterre. La Baronne Penwortham l’engage pour essayer de récupérer l’homme qui allait l’épouser et qui a été ensorcelé par nulle autre que la princesse Myrgraine ! Magie, intrigues politiques, coups retors, Kosigan dans toute sa splendeur. Certains s’étonneront peut-être de l’absence des prénoms des personnages devant chaque réplique. Les protagonistes sont signalés au début de chaque scène et très honnêtement, tout est compréhensible, je n’ai pas été perdue une seule seconde. J’espère que l’auteur s’adonnera à nouveau à cet exercice parce qu’il le maîtrise très bien et ça a été un vrai régal à découvrir.

La conclusion de l’ombre :
Sans grande surprise, les Secrets du Premier coffre est une nouvelle réussite à ajouter au palmarès de Fabien Cerutti. Les cinq nouvelles et la pièce de théâtre forment un bel ensemble qui permet non seulement au lecteur novice de toucher du doigt l’univers du Bâtard mais également aux fans de s’y replonger avec plaisir. L’auteur mélange les genres, les thèmes et les styles narratifs avec le talent qu’on lui connait pour offrir un recueil magistral à découvrir de toute urgence.

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Maki

Gabin sans « aime » & Le vert est éternel – Jean-Laurent Del Socorro

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Gabin sans « aime »
et le vert est éternel sont deux nouvelles écrites par l’auteur français Jean-Laurent Del Socorro et présentes dans l’édition collector de son roman Royaume de Vent et de Colères dont je vous ai parlé il y a quelques jours. Édités par ActuSF, Le vert est éternel est même disponible gratuitement en numérique !
Lecture dans le cadre du Projet Maki.

De quoi ça parle ?
Ces deux nouvelles prennent place au sein de l’univers développé par l’auteur dans son premier roman, Royaume de Vent et de Colères. Gabin sans « aime » raconte l’histoire de Gabin, le commis de cuisine qui travaille à la Roue de la Fortune en compagnie d’Axelle. Personnage secondaire du roman, ce jeune garçon qui semble souffrir d’autisme se dévoile dans ce texte dont on prend toute l’ampleur après la lecture du roman. C’est sans doute la raison pour laquelle il n’est pas disponible à part, au contraire de Le vert est éternel.

Le vert est éternel se déroule après les évènements du roman, au sein de la compagnie du Chariot qui était auparavant dirigée par Axelle. N’a-qu’un-oeil a repris le flambeau et il participe au siège d’Amiens quand le roi lui envoie Fatima, sa chroniqueuse royale. Vous comprenez, ce n’est pas très bon de s’afficher avec une femme musulmane et espagnole alors qu’on assiège justement des espagnols à Amiens… Les deux vont se rapprocher et la nouvelle raconte leur histoire à tous les deux avec, en fond, les évènements du siège.

Des nouvelles bouleversantes.
Les deux textes ont chacun une dimension émotionnelle très forte et bien dosée par l’auteur. Dans Gabin sans « aime », le lecteur suit ce jeune garçon qui a perdu sa mère dans les premières années de sa vie et doit partager le toit d’un père violent qui n’accepte pas sa différence. Il souffre aussi de maltraitance de la part des autres enfants du quartier, ce qui n’enlève rien à sa pureté. Gabin aime son père même si l’homme le terrifie et qu’il cherche à s’en cacher pour ne pas devoir affronter la violence mal contenue en lui. C’est comme ça qu’il va grimper sur son toit, rencontrer Silas, puis s’enfuir pour ne plus quitter l’auberge d’Axelle. C’est dans cette situation que nous le rencontrons dans le roman, d’ailleurs.

La naïveté du personnage ne peut pas laisser de marbre. C’est touchant, c’est beau, ce texte écrit à la première personne déborde de sincérité au point que j’en ai eu les larmes aux yeux à la fin. Une vraie perfection.

Dans le vert est éternel, on rencontre cette fois N’a-qu’un-oeil, qu’on connait de nom grâce aux scènes du passé d’Axelle dans le roman. C’était le seul à savoir lire et la nouvelle s’ouvre sur un de ses hommes qui lui demande de déchiffrer le contenu d’un édit royal placardé partout. On comprend qu’il s’agit du fameux édit de Nantes qui prône la tolérance envers toutes les religions sur le territoire du royaume. Quand on vient de lire tout un roman à ce sujet et qu’on a pris conscience des tragédies induites par sa propre guerre, on a envie d’aller lui coller deux baffes à ce fichu roi. Mais c’est prétexte à un flashback de N’a-qu’un-oeil au sujet du siège d’Amiens, d’une tragédie qui a touché l’un de ses hommes et de sa rencontre avec Fatima.

Fatima est un personnage féminin fort. Femme simple, elle a refusé d’abjurer sa religion et a fuit l’Espagne. Elle est lettrée, c’est une astronome passionnée par les arts qui dégage une belle personnalité. On s’y attache immédiatement. Sa relation avec N’a-qu’un-oeil est plutôt touchante et le dénouement de la nouvelle ne peut que nous serrer le cœur. J’ai trouvé la mise en scène intelligente, rude mais harmonieuse avec le contexte historique.

Des personnages différents.
Que ce soit Gabin, Fatima ou N’a-qu’un-oeil, Jean-Laurent Del Socorro continue à mettre en scène des personnages du commun tout en versant subtilement dans la représentation de la diversité. Un enfant autiste, une femme maure de confession musulmane, un homme borgne, c’est très agréable et pertinent en plus d’être bien écrit.

Un style efficace.
Toutes les nouvelles sont rédigées à la première personne et au présent, ce qui permet une immersion totale. Maîtriser un tel type de narration n’est pas donné à n’importe quel auteur car l’exercice est plus compliqué qu’il n’y paraît. Ici, on ressent très bien la personnalité de chaque personnage à sa manière de s’exprimer, une réflexion que je m’étais déjà faite à la lecture du roman. L’exercice est plus que bien réussi pour l’auteur dont on n’a qu’une envie : lire de nouveaux textes.

La conclusion de l’ombre :
Gabin sans « aime » et Le vert est éternel sont deux nouvelles qui se placent dans l’univers du Royaume de vent et de colères. Écrites à la première personne dans un style maitrisé qui met en avant la personnalité de chaque personnage, Jean-Laurent Del Socorro nous propose d’en découvrir davantage au sujet de deux protagonistes secondaires du roman : Gabin et N’a-qu’un-oeil. Leurs histoires provoquent beaucoup d’émotions à la lecture et ces deux textes sont pour moi des coups de cœur. Je vous encourage plus que vivement à les découvrir !

Maki