Le gnome qui voulut être fée – Audrey Alwett

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Le gnome qui voulut être fée est une nouvelle fantasy écrite par l’autrice française Audrey Alwett. Éditée par ActuSF, vous la trouverez gratuitement sur toutes les plateformes numériques !
Ceci est une lecture dans le cadre du Projet Maki.

De quoi ça parle ?
Mignard est un gnome, orphelin et souffre-douleur de son clan. Un jour, alors qu’il passe à proximité d’un étang, il sauve une fée qui venait d’être mangée par un crapaud. Hélas pour lui, son peuple et celui des follets se vouent une haine sans merci. Il n’a pas fini de regretter son geste de bonté…

Un univers connu.
Le gnome qui voulut être fée se déroule dans l’univers des Poisons de Katharz, un roman coup de cœur dont je vous ai déjà parlé à maintes reprises. On y évoque subtilement la cité des assassins ainsi que certains personnages qu’on a pu croiser dans l’autre texte. Toutefois, les deux peuvent se lire de manière indépendante et l’ebook propose d’ailleurs de découvrir le premier chapitre des Poisons pour vous donner un avant-goût.

Cette nouvelle exploite donc un monde déjà dessiné par l’autrice dans une œuvre plus longue. Elle est référencée et parle d’endroits qui n’évoqueront rien pour le novice qui n’a pas encore eu l’occasion de dévorer le roman. Ce qui ne l’empêche pas de développer sa propre originalité ni d’être abordable puisque l’autrice s’attarde sur un bestiaire inédit. Le lecteur apprend ainsi à découvrir le peuple des gnomes dont la hauteur sociale se définit par la taille et la couleur de leur chapeau. Il découvre aussi la superficialité et la cruauté des fées via le personnage de Mélissa et ses considérations pour son sauveur. En vingt pages, l’autrice réussit le tour de force de poser une intrigue qui tient la route et des protagonistes avec un vrai fond.

Mignard, le gnome qui voulut être fée.
En vingt pages, on peut s’étonner de ressentir autant de compassion pour un personnage. Il faut dire qu’il a de quoi inspirer la pitié… Mignard ne ressemble pas trait pour trait aux gnomes avec qui il vit. Il a moins de pustules, la peau plus saine, son caractère diffère des normes. Il ne se sent pas chez lui et s’il supportait relativement bien les brimades, les humiliations et l’exclusion jusqu’ici, sa rencontre avec les fées va tout changer. Audrey Alwett joue sur la notion d’identité pour construire ce qui s’apparente à une fable cruelle digne du monde dans lequel elle le place. J’ai particulièrement apprécié ce personnage et j’ai aimé l’alternance de points de vue avec Mélissa qui a droit à quelques parties dans son esprit. Cela permet de bien comprendre le gouffre qui existe entre les deux peuples et apporte une richesse supplémentaire. Détestable, la richesse. Mais quand même !

Un style reconnaissable.
Impossible de ne pas reconnaître la manière d’écrire si particulière d’Audrey Alwett, avec ses jeux de mots bien pensés et ses tournures de phrase qui dénotent une forte personnalité littéraire inspirée par Terry Pratchett sans pour autant s’y conformer tout à fait. Pour ceux qui ont déjà lu les Poisons de Katharz, le Gnome qui voulut être fée s’apparentera à un rappel bienvenu. Pour les autres, il permettra de tester cette autrice si particulière et de juger sur pièce si elle vaut la peine qu’on s’y intéresse. Spoiler alert, la réponse est oui.

La conclusion de l’ombre :
Le gnome qui voulut être fée est une nouvelle sympathique, simple mais efficace qui se place dans l’univers des Poisons de Katharz. Audrey Alwett reste fidèle à elle-même et à son talent pour proposer un texte solide aux personnages travaillés, à l’intrigue bien présente et à l’efficacité redoutable, le tout en seulement une vingtaine de pages. À lire sans l’ombre d’une hésitation, d’autant que la nouvelle est gratuite !

Maki

Kabu kabu – Nnedi Okorafor

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Kabu Kabu
est un recueil de nouvelles écrit par l’autrice américaine d’origine nigériane Nnedi Okorafor. Réédité par ActuSF, vous trouverez cet ouvrage dans la collection Perles d’épice au prix de 18.9 euros.
Je remercie Jérôme, Gaëlle et les Éditions ActuSF pour ce service presse.
Je valide avec ce recueil 4 nouvelles lues sur deux semaines pour le Projet Maki !

Kabu Kabu est un recueil composé de 21 nouvelles, chacune unique à sa manière. Certaines s’inscrivent dans le genre dystopie, d’autres dans ce qui parait être notre réalité, plusieurs comportent du fantastique qui tire vers l’horreur… Il est très difficile de cantonner cette lecture à un seul genre et c’est le premier point positif à mes yeux. J’ai voyagé. J’ai voyagé à travers les pays (entre l’Afrique et les États-unis) mais aussi dans la culture africaine de manière générale. J’ai découvert un nombre conséquent de légendes qui se mélangeaient avec le propre imaginaire de l’autrice et je me suis sentie dépaysée à chaque ligne. C’est, en soi, déjà un tour de force.

Il serait peut-être plus facile pour moi de vous présenter chaque nouvelle une par une mais l’amie Elhyandra a déjà fait ça très bien dans son article. Je ne vois aucun intérêt à poster la même chose, ni pour vous, ni pour moi, ni pour l’éditeur. Du coup, je vous propose plutôt de me concentrer uniquement sur les nouvelles grâce auxquelles j’ai vibré et ce dans l’ordre de lecture plutôt que dans celui de la préférence. En tout, il y en a quatre. Et là, vous vous dites, ouais quatre sur vingt-et-un c’est pas terrible comme score… Alors je vais éclaircir tout de suite la situation : j’ai aimé chaque nouvelle hormis peut-être une ou deux (je pense par exemple à celle sur les babouins, mais j’aime vraiment pas les singes…). Certaines moins que d’autres mais elles sont toutes de bonne qualité et chacune a le mérite d’être unique bien que quelques unes se répondent, notamment en ce qui concerne les coureuses de vent. Je vous encourage à aller lire l’article d’Elhyandra pour avoir un aperçu plus neutre du contenu de ce recueil.

4 février 2020 : Le nègre magique
Lance est un chevalier tout ce qu’il y a de plus chevaleresque à ceci près qu’il va mourir bientôt. En effet, on le trouve au bord d’une falaise, acculé par des ombres terrifiantes. Puis soudain arrive un sorcier africain qui lui sauve la mise. Mon premier sentiment à la lecture a été de me dire que c’était beaucoup trop classique et cliché, qu’il y avait forcément anguille sous roche. Et de fait, j’avais raison ! Le retournement m’a totalement surprise et j’ai failli m’étouffer avec mes céréales (on sous-estime les dangers de la lecture au petit-déjeuner) tellement ça m’a fait rire. J’étais déjà conquise et séduite par la plume ainsi que le choix narratif de l’autrice. Clairement, cette nouvelle plante le décor et nous donne le ton pour la suite. Pas tant pour l’humour que sur la manière dont on va considérer les personnages africains. J’ai adoré.

6 février 2020 : Tumaki
Tumaki est une nouvelle qui se déroule dans le futur et dont le narrateur est un méta-humain. Il doit dissimuler ses pouvoirs pour éviter de se faire tuer (vive les superstitions). On le rencontre au moment où il doit faire réparer un appareil électronique dans une boutique tenue par une femme portant une burqa, un vêtement qu’il déteste pour ce qu’il représente. Pourtant, et là se trouve l’intelligence de cette nouvelle, la burqa est en réalité un instrument de liberté car en se cachant, Tumaki peut se promener comme elle le souhaite en compagnie de Dikéogu (le narrateur) et leur relation peut se développer. J’ai trouvé ce parti-pris intelligent et ça m’a poussé à réfléchir sur ma propre conception de cet habit. De plus, dans cette nouvelle, l’autrice parle aussi des crimes motivés par le racisme (envers les autres humains mais aussi envers d’autres espèces car le narrateur entend le discours d’un prêcheur qui parle d’une race extra-terrestre, si j’ai bien compris). On ressent très bien la tension et l’angoisse, l’atmosphère est maîtrisée par l’autrice. J’ai trouvé ce texte d’une grande richesse, surtout sur le fond.

9 février – Popular Mechanic
J’ai beaucoup aimé cette nouvelle parce que pendant ma lecture je n’arrêtais pas de me demander si le Nigéria était vraiment un grand producteur de pétrole et si les États-unis agissaient vraiment de cette manière sur place. Apparemment il y a bien un fond de vérité et c’est glaçant. Je sais qu’il n’y a pas de technologie aussi développée (on évoque quand même un bras cybernétique, quoi que remarquez… J’en sais rien en fait) mais j’ai été heurtée dans mes certitudes d’occidentale quand j’ai constaté à quel point on prive ces gens des ressources qui viennent pourtant de chez eux et à quelles extrémités cela peut pousser. C’est le genre de choses qu’on sait mais dont on n’a pourtant jamais vraiment conscience. C’est une nouvelle clairement dans le genre de la science-fiction (encore que ça reste léger) mais ça me paraît surtout une nouvelle d’actualité écrite pour pousser le lecteur à se rendre compte de la réalité. Autant dire que j’ai adoré.

10 février – L’artiste araignée
Probablement la nouvelle avec laquelle j’ai ressenti le plus d’émotion. La narratrice (dont on ignore le nom il me semble) est battue par son mari et va souvent se réfugier près des pipelines pour jouer de la guitare. Elle y rencontre un petit robot chargé de la surveillance des pipelines en question et dont l’espèce a une terrifiante réputation. Ce petit robot aime l’écouter jouer et une relation va se développer entre eux. J’ai trouvé ce texte plein de douceur, d’émotions avec un fond de réflexion sur le concept d’intelligence artificielle (bien que le petit robot ne parle pas). J’ai vraiment été emballée et j’aurai aimé en lire encore plus bien que l’histoire se suffit à elle-même.

Voici donc mes quatre nouvelles coups de cœur concernant le recueil Kabu Kabu de l’autrice Nnedi Okorafor. Une lecture qui m’a vraiment bousculée dans mes habitudes autant que dans mes certitudes.

J’en profite pour noter quelques remarques faites durant ma lecture et exceptionnellement, j’utilise le format liste :
– À plus d’une reprise, on retrouve une même famille (des prénoms reviennent) et dans la dernière nouvelle, il y a même un personnage qui s’appelle Nnedi. Pour moi, très clairement, il y a des passages autobiographiques dans ces nouvelles qui sont probablement fantasmés (sauf pour la toute dernière) mais qui permettent de donner une profondeur supplémentaire à Kabu Kabu.
– Plusieurs nouvelles évoquent ou développent l’univers du roman Qui a peur de la mort ? ce qui peut interpeller le lecteur novice qui n’a pas encore lu ce texte (ce qui est mon cas). Ou plutôt, disons que ces nouvelles ont moins d’impact parce que j’ai eu l’impression de ne pas avoir toutes les clés en main pour les comprendre.
– On est peut-être dans un recueil de l’imaginaire mais les thématiques (comme le racisme, le pétrole, le poids des traditions, les écarts culturels, les superstitions, etc.) sont d’actualité et ça m’a souvent perturbée (dans le bon sens).

Pour résumer, j’ai adoré mon expérience avec les vingt-et-une nouvelles contenues dans Kabu Kabu. Ce recueil ne manque pas d’intérêt pour tout qui apprécie le dépaysement. Il dépeint une culture nigériane très riche, pleine de légendes, de mythes, de superstitions qui se heurte souvent avec la modernité et la technologie. Les nouvelles sont toutes différentes et les genres se mélangent, si bien qu’il y en aura pour tous les goûts. J’ai passé un excellent moment et je recommande chaudement la lecture de Kabu Kabu.

Maki

#Challenge – Le projet Maki

Salut à tous !
Vous qui me suivez depuis longtemps, vous savez que je participe à assez peu de challenges littéraires. Deux exceptions notables : le Printemps de l’Imaginaire francophone et le S4F3 de l’amie Lutin. Pour le premier, parce que le but de ce challenge est l’essence de mon blog (promouvoir la littérature francophone) et pour le second, parce que c’est toujours sympa de vider sa PàL entre amis.

Mais voilà, en ce début 2020, j’ai entendu parler d’un nouveau challenge : le projet Maki. IMG_20191223_114201
Vous trouverez tous les détails au bout de ce lien, sur le blog du concerné. En quelques mots, il s’agit de mettre en avant le genre court : les nouvelles, les novellas, tout ce qui a moins de 40 000 mots (je me suis renseignée !). Je trouve l’initiative très intéressante car le format court est souvent boudé et mal aimé en francophonie alors qu’il a plein d’avantages. Le principal étant de permettre à des personnes qui manquent de temps de pouvoir lire sans ressentir une forme de frustration.

Pourtant, c’est un genre difficile et je l’ai moi-même longtemps boudé. Mais que ce soit en tant qu’autrice ou lectrice, mon sentiment change de plus en plus à son sujet et c’est ainsi que j’ai ressenti l’envie de participer. Je commence petit avec le palier Hapalémur Doré qui consiste en la lecture de 13 nouvelles sur l’année. Si je vais au-delà, tant mieux ! Nous ferons un bilan le moment venu.

Alors vous allez me demander, comment trouver des nouvelles de qualité ? Plusieurs possibilités (je vous mets chaque fois le lien direct) :
– Ce mois-ci, le Chat Noir propose des réductions sur leurs précédents recueils tels que Montres enchantées (steampunk) ou Bal masqué (gothique) que je me suis empressée de commander. Depuis le temps ! L’excellent Black Mambo est aussi en réduction, je vous le précise comme ça en passant (foncez.)
ActuSF propose chaque année des nouvelles gratuites tirées des univers phares de leurs auteurs. Elles sont en numérique, vous les trouverez sans difficulté sur leur boutique.
Livr’S édite chaque année un recueil de nouvelles sur un thème différent. L’année dernière, il s’agissait de Nouvelles-Orléans par exemple et cette année, le thème sera Nouvelles-Ères dont davantage autour de la science-fiction (sortie prévue pour le milieu 2020 +-)
Le Bélial propose depuis deux ans maintenant la collection Une Heure Lumière dédiée au format court. Je vous ai déjà parlé de plusieurs titres (dont le magistral les meurtres de Molly Southbourne) et les sorties de cette année promettent du lourd. C’est le moment de découvrir l’éditeur à petit prix !

Évidemment, il y en a d’autres mais ce sont celles que je connais le mieux et que je vais exploiter pour ma part.

Connaissez-vous le challenge ?
Que pensez-vous du format court? Ça vous plait ?
Allez-vous participer ? 🙂

Célestopol – Emmanuel Chastellière

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Célestopol
est un recueil de nouvelles écrit par l’auteur français Emmanuel Chastellière. Publié à l’origine aux Éditions de l’Instant, vous pouvez trouver ce texte chez Libretto au format poche pour 10.70 euros.
Je remercie chaleureusement l’auteur et les éditions Libretto pour ce service presse !
Ceci est ma première lecture pour le challenge S4F3s5 organisé par le Lutin.

Célestopol contient en tout 15 nouvelles qui brossent le paysage de la cité lunaire construite par l’Empire russe et dirigé par le Duc Nikolaï. Chacune possède un thème propre et traite d’une facette de la ville. Plusieurs années séparent parfois deux textes mais l’auteur indique la chronologie au début quand c’est nécessaire.
Voici le sommaire exact:
– Face cachée
– La chambre d’ambre
– Dans la brume
– Les lumières de la ville.
– Les jardins de la Lune
– Oderint dum metuant
– Une note d’espoir
– Le boudoir des âmes
– La douceur du foyer
– La danse des libellules
– Convoi
– Le chant de la Lune
– Fly me to the moon
– Tempus fugit
– Le roi des mendiants.

Je ne vois pas l’intérêt de vous détailler le contenu de chaque nouvelle, d’autant que certaines sont assez courtes et que je ne veux pas dévoiler le contenu des différentes intrigues qui s’imbriquent. Par contre, je vais vous parler un peu de l’univers. Dans cette uchronie qui se développe pendant le XXe siècle, l’Empire russe a colonisé la lune. La ville de Célestopol s’épanouit sous un dôme et subsiste économiquement grâce à l’exploitation du sélénium. Cette substance à forte teneur énergétique permet de palier à la diminution des ressources mais disons que c’est un peu mettre un pansement sur une hémorragie. Les voyages entre la Terre et la Lune sont monnaies courantes, plusieurs protagonistes arrivent tout juste (comme Anton, le journaliste de la première nouvelle) ce qui permet au lecteur de découvrir les merveilles de Célestopol mais aussi sa décadence dès qu’il est question des automates (mais pas qu’à cette occasion, rassurez-vous). Cette technologie est présente, non seulement pour palier aux faiblesses des ouvriers humains mais aussi, comme vous vous en doutez, pour des services plus tendancieux.  Leur présence permet le développement de nombreuses thématiques et interrogations philosophiques : où commence la vie ? Où commence la conscience? Une machine dispose-t-elle de droits semblables aux humains ? Une machine peut-elle aimer? Que se passerait-il si elles parvenaient à développer une conscience de manière autonome? Des thèmes assez récurrents en SF mais aussi en steampunk dès qu’il est question de cette technologie.

Côté protagonistes, il y a deux personnages qui traversent toute la narration. En premier lieu, le Duc Nikolaï présent dans chaque texte, soit cité, soit en personne, dont on découvre la personnalité complexe et les lourds secrets à mesure que la lecture avance. Il a une importance capitale dans tout ce qui arrive et finalement, chaque texte permet de placer un pan de l’histoire qui se dévoile entièrement sur les trois dernières nouvelles. En second lieu, la ville de Célestopol en elle-même, à la fois sublime et décadente, une cité aux multiples facettes qui pose un cadre aussi extraordinaire que mélancolique aux multiples intrigues qui s’imbriquent l’une dans l’autre pour offrir une vaste fresque romanesque. Célestopol ressemble à ces grandes villes européennes dont on vante les louages, enfermée dans un écrin au cœur d’une terre hostile. Comme un oiseau en cage.

Cet ouvrage s’inscrit à la fois dans la veine steampunk et romantique. Il mêle les deux avec brio et créé une réelle harmonie dans les codes. Pour l’exemple, le romantisme est plutôt tourné vers le passé là où le steampunk regarde l’avenir et la modernité, même si cette modernité est alternative. Emmanuel Chastellière parvient à les faire cohabiter dans Célestopol sans que ça ne paraisse artificiel, un vrai tour de force. Le monde qu’il créé et développe est d’une telle richesse que c’en est bluffant. Pour ne rien gâcher, sa plume poétique et maîtrisée n’a pas manqué de provoquer chez moi de nombreuses émotions, ce qui n’est pas si facile. Joli coup.

Sur un plan personnel, j’ai préféré certains textes à d’autres (logique, vous me direz…), le premier qui m’a vraiment touché c’est « les lumières de la lune » qui était incroyablement beau et empreint d’une magnifique mélancolie. Le second c’est « fly me to the moon » que j’ai adoré pour son aspect macabre et la folie du personnage de Gédéon (puis la fin…). D’ailleurs, plusieurs personnages ne manquent pas d’originalité et les clins d’œil à la littérature slave se multiplient. J’en ai relevé un ou deux mais je pense que les aficionados en trouveront bien davantage que moi qui manque de culture sur le sujet. Le plus présent, comme je le disais plus haut, reste le Duc Nikolaï qui a aussi des inspirations multiples (j’ai bien aimé le lien avec le portrait ou même le kochschei) dont on découvre une facette à chaque nouvelle jusqu’à ce final éblouissant qui prend aux tripes.

Pour résumer, Emmanuel Chastellière signe un magnifique ouvrage à la frontière des genres. Roman paysage et social dans une ville imaginaire au sein d’une uchronie steampunk maîtrisée par un auteur talentueux, Célestopol ne peut pas laisser le lecteur indifférent. Chaque nouvelle apporte sa pierre à l’édifice d’une intrigue magistrale teintée de romantisme slave, au sein de laquelle il vaut mieux ne pas avoir l’âme trop sensible. L’écriture d’Emmanuel Chastellière brille par sa poésie qui ne manquera pas de provoquer des émotions fortes chez son lecteur. Je recommande très chaudement cette lecture !

Sans nouvelles – anthologie

9782930839721

Sans nouvelles est une anthologie publiée chez Livr’s Éditions qui sortira pour la Foire du Livre de Bruxelles (qui a lieu du 22 au 25 février, profitez en puisque l’entrée est gratuite !). Sous le parrainage de Graham Masterton, vous retrouverez Geoffrey Claustriaux, Christelle Colpaert-Soufflet, Hélène Duc, Alexys Méan et Marine Stengel qui vous proposeront des textes en lien avec la thématique de la disparition. Notez que l’anthologie sera disponible au prix de 18 euros dans la collection « Nouvelles ».

Je ne suis pas très portée sur les anthologies en règle générale, parce que j’ai du mal à me retrouver dans des textes aussi courts. Pourtant, globalement, j’ai passé un très bon moment avec Sans Nouvelles. Je me propose de vous parler un peu de chaque texte, pour vous mettre l’eau à la bouche !

Au cœur de l’horizonGeoffrey Claustriaux
Dans cette nouvelle, nous rencontrons deux enfants -un cousin et une cousine- qui disparaissent de leur domicile sans laisser de traces pour se réveiller sur un bateau habité uniquement par des personnes âgées. Le pitch de base est plutôt inédit, je n’avais encore jamais rien lu de semblable et ça m’a assez vite emballée. J’ai trouvé ce texte intéressant et inspiré ; il y a une certaine tension tout du long et le dénouement était complètement inattendu. Le talent de Geoffrey Claustriaux n’est plus à prouver et on le retrouve ici à chaque ligne. Ce n’est pas ma nouvelle favorite, mais elle reste remarquable, principalement pour sa conclusion (glauque !) et pour sa finesse dans le traitement du sujet.

De l’autre côtéChristelle Colpaert-Soufflet
Souvenez-vous, début du mois, je vous ai parlé du roman Mémoires Assassines, de cette même auteure. Avec cette nouvelle, Christelle affirme son penchant pour les maisons qui renferment plus d’un secret. Une malédiction familiale pousse l’héroïne à vendre cet héritage immobilier et sa fille aînée en disparaît soudainement sans laisser la moindre trace. Cette mère va donc chercher désespérément des réponses et les trouver là où elle s’y attend le moins. J’ai apprécié cette nouvelle pour son côté fantastique maîtrisé et inspiré et pour sa fin qui fait froid dans le dos. Comme pour Geoffrey, le malsain est au rendez-vous mais il est beaucoup plus prononcé et brut sous la plume de Christelle, ce qui n’est pas désagréable. C’est simplement un autre style !

Enquête en sang troubleHélène Duc
Sûrement la nouvelle que j’ai le moins apprécié mais je pense que mon passif en tant que lectrice et ma tendance à être trop exigeante y est pour quelque chose. Nous suivons un privé qui s’ennuie dans son travail, jusqu’à ce qu’on lui confie une enquête sur la disparition d’une jeune fille. Outre un pitch plutôt standard, ce texte comprend de nombreux clichés désagréables (par exemple « elle était gothique et donc n’avait pas beaucoup d’amies »…. Lol ? Merci. ) et manque, par conséquent, de crédibilité. Si ce détective existait dans la vraie vie, son incompétence l’aurait soit fait tuer, soit condamné au chômage. Je crois que le dénouement et les explications sur la disparition m’ont achevés… Il y a des thèmes qu’on ne peut pas traiter n’importe comment au risque d’enchaîner les clichés indigestes et ça a malheureusement été le cas ici. En fait, c’est trop « américanisé », ce qui n’est pas un mal en soi, ça convient à certaines personnes mais moi, j’attendais autre chose. Après réflexion, je me dis que c’est peut-être une volonté stylistique de l’auteure, qui prendrait le contrepied en grossissant les traits des clichés pour justement nous amuser ou nous pousser à réfléchir sur le genre de la nouvelle policière, mais sur un plan personnel, ça ne m’a pas convaincue. Je précise que ça n’engage que moi et que je ne crache pas sur le travail de l’auteure. Simplement ce texte aurait mérité qu’on réfléchisse un peu plus dessus ou qu’on marque mieux son parti pris esthétique.

NagovorAlexys Méan
Je n’avais encore jamais rien lu de cet auteur et ça a été une merveilleuse surprise. J’ai trouvé son texte original et sa plume parfaitement inspirée. Nous rencontrons le vieux monsieur Yudin, qui a reçu l’autorisation de consulter les archives du gouvernement russe concernant un accident qui a coûté la vie à l’équipe d’alpinistes dont il faisait partie, il y a presque soixante ans. Il ne doit sa survie qu’à une maladie, qui l’a empêchée de continuer au-delà d’un étrange village… Ou peut-être que c’est un peu plus compliqué que ça. Nagovor recèle de nombreux mystères qu’on ne voit pas venir avant qu’ils ne se présentent à nous. En exploitant la mythologie slave, l’auteur nous offre un texte original et dynamique. Alexys Méan a énormément de talents, on ressent très bien les émotions des personnages et on vibre avec eux. Sur un texte aussi court, c’est surprenant ! Les descriptions sont justes et efficaces, le choix de la narration est plutôt osé (pari gagné !) et il maîtrise très bien les codes de la nouvelle. C’est sans doute celle que j’ai préféré.

La boîteMarine Stengel
Difficile de parler de ce texte sans vous en spoiler le contenu, parce qu’il est court et… n’a aucun enjeu. Une femme est enfermée dans une boîte. Quand elle en sort, il y a des centaines de corps à ses pieds. Elle trouve une lettre, qui lui explique pourquoi elle est là… Et c’est plus ou moins tout. On n’a pas le temps de s’attacher à elle, tout arrive trop vite, on a juste l’impression d’assister au final d’un film ou justement, à l’introduction d’une histoire plus vaste. Ce texte n’est pas mauvais en soi, je le trouve juste déconcertant et pas à sa place au milieu des autres. Il ne correspond pas, selon moi, aux critères techniques de la nouvelle. Mais il ferait un bon pitch de roman, peut-être une affaire à creuser?

Sous les drapsGraham Masterton
C’est la première fois que je lis un texte de Graham Masterton, maître incontesté de l’horreur et du suspens, du moins selon sa réputation. J’étais curieuse d’en apprendre plus, surtout que je vais le rencontrer sur le stand de Livr’s à la foire du livre de Bruxelles. Je dois avouer que j’ai été très agréablement surprise par le contenu de Sous les draps. Le héros est un petit garçon qui, une fois la nuit tombée, joue à être un héros. Parfois, c’est un pompier, parfois, un secouriste et là, un spéléologue qui doit retrouver une personne coincée dans une grotte. Il va se laisser embarquer dans un univers onirique dont nous ne sommes pas certain de s’il existe ou non. Je ne vais pas trop en dire, parce que à l’exception du texte d’Alexys, c’est celui que j’ai trouvé le plus inspiré, le plus riche et le plus original. Sans la fin, il aurait été mon préféré et vous comprendrez pourquoi si vous le lisez également. Cette nouvelle m’a donnée envie d’en découvrir plus sur son univers ! Je pense que Sous les draps ravira les adeptes de l’auteur et convaincra ceux qui ne le sont pas encore de le devenir.

Pour résumer, je vous recommande l’anthologie Sans Nouvelles. Certes, il y a un texte que je n’ai vraiment pas aimé et un autre que je n’ai pas entièrement compris, mais il y a quatre nouvelles qui sont à lire absolument, surtout si vous avez envie de découvrir ces auteurs dotés d’un certain talent. Le thème de la disparition est traité d’une manière plurielle et systématiquement angoissante. Parfois avec du fantastique, parfois en rappelant simplement que l’horreur peut-être juste humaine. Une agréable lecture qui plaira aux adeptes du genre comme aux novices. N’hésitez pas à passer sur le stand Livr’s à la foire du livre de Bruxelles, pour en profiter !