Une histoire de genres : guide pour comprendre et défendre les transidentités – Lexie

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Une histoire de genres est un livre écrit par l’autrice Lexie qui possède également un compte Instagram (Agressively_trans) sur lequel elle évoque avec pédagogie les problématiques autour des transidentités. Ce livre est édité par Marabout et vous le trouverez partout en librairie au prix de 19.90 euros.

J’ai découvert ce livre sur le blog Ma Lecturothèque (que je remercie chaleureusement au passage ! ) et je l’ai aussitôt acheté car c’est un sujet qui m’intéresse beaucoup. Je me considère comme une alliée mais je me suis rendue compte qu’on ne trouvait pas si facilement des informations claires et justes sur le sujet complexe qu’est la transidentité (ou que sont LES transidentités). Il me semblait donc légitime de me référer à un livre écrit par une personne trans, qui sait donc de quoi elle parle, et qui a effectué un vrai travail de recherche et de synthèse sur le sujet, ne se limitant donc pas à une autobiographie ou un témoignage. Je souhaitais apprendre, découvrir et surtout, réfléchir sur mes constructions socio-culturelles.

Ce livre est parfait pour cela ! Il se divise en sept chapitres qui se répartissent ainsi :

Le premier explique ce qu’est « être trans » en insistant sur le fait que le genre n’est pas quelque chose de biologique. C’est culturel et social, à la différence du sexe. Ce sont des principes souvent mélangés et j’avoue que je les mélangeais moi-même avant. C’est aussi là que l’autrice explique qu’il n’y a pas une transidentité mais DES transidentités, et qu’on ne doit pas se focaliser sur la binarité masculin / féminin pour les comprendre. Cela paraît évident mais je me suis rendue compte que je m’y référais souvent malgré tout et quand je discute avec des personnes qui ne comprennent pas le fait d’être genderfluid, par exemple, c’est souvent ce qui coince puisque nous sommes élevé.es.x dans une société qui nous inculque de base la binarité.

Le second chapitre s’axe sur l’importance du vocabulaire et des mots. En tant qu’enseignante en français et communication, je suis sincèrement persuadée du pouvoir des mots et du fait qu’on nie une réalité en refusant de la qualifier, de la reconnaître avec un vocabulaire adéquat et surtout, choisi par les personnes concernées par cette réalité ! Parce que oui, s’il y a bien une chose qui transparait dans ce livre, c’est qu’on demande rarement (si pas jamais) l’avis des personnes trans pour décider de leur vie. C’est encore plus développé dans le chapitre suivant…

Le troisième chapitre parle du coming-out et des transitions, autant sur un plan social, biologique que juridique en expliquant comment cela se passe en France de manière très concrète et en démontant des idées reçues selon lesquelles transitionner passe forcément par une opération chirurgicale. Je dois avouer que, dans mon esprit, c’était le cas et ça m’a surprise d’apprendre le contraire. De plus, l’autrice explique aussi que quand des politiques votent des lois qui concernent les personnes trans ou se mettent d’accord sur les procédures à imposer pour réussir à changer de prénom, de genre sur leur carte d’identité, etc. c’est toujours décidé par des personnes cis qui sont rarement spécialistes du sujet, et ça passe donc par toute une série d’étapes humiliantes et déshumanisantes.

Le quatrième chapitre parle de transphobie, de son aspect volontaire ou pas, de la manière d’aider dans ces cas là, il sert aussi à définir le rôle des allié.es.x dans ces situations. J’y ai appris énormément et je me suis rendue compte que, parfois, malgré moi, j’avais des pensées qui sont en réalité transphobes alors que je ne le suis pas du tout. J’ai du faire une petite pause après la lecture de ce chapitre pour prendre le temps d’y réfléchir et je fais attention depuis à me corriger consciemment si ça se produit.

Le cinquième chapitre évoque la transidentité à travers le monde. L’autrice prend divers exemples sur tous les continents et montre non seulement que la transidentité est quelque chose d’ancien (on retrouve des traces d’autres genres que les binaires masculin / féminin à travers l’histoire, jusqu’en 4000 ACN) mais aussi de culturel, qui a finalement chez nous été influencé par le principe dominant de la binarité. C’était très intéressant, j’étais loin de me douter que ce principe remontait à si loin et avait été si répandu dans d’autres sociétés. Comme j’aime beaucoup l’Histoire, forcément, ce chapitre m’a parlé.

Le sixième chapitre parle des luttes que la communauté trans doit mener et pour quelle raison elle y est contrainte. Ce chapitre évoque également le fait que, régulièrement, la défense des droits des personnes trans rejoint, par exemple, celle pour les droits des femmes car une femme transgenre est confrontée à une double discrimination… Idem pour une personne racisée. Cela paraît évident quand on en parle mais je dois avouer qu’en tant que femme blanche, je n’y avais pas vraiment pensé de manière concrète. Cela m’a chamboulé mais dans le bon sens du terme !

Et enfin, le septième chapitre parle de la manière dont les personnes trans sont représentées dans les médias et dans la fiction. Lexie met en avant le fait que, régulièrement, les articles de presse sont écrits par des personnes cisgenres qui n’ont pas l’ouverture d’esprit nécessaire pour traiter correctement les faits liés à la communauté ni même le vocabulaire adéquat. Elle donne pour cela divers exemples, celui qui m’a le plus marqué étant le suicide d’une personne transgenre qui a été qualifié dans certains médias comme « un homme en robe »…. Sans déconner.
Idem pour la fiction, les films mettant en scène des personnes transgenres (déjà peu courants) ne sont quasiment jamais réalisés par des personnes trans et les personnages trans ne sont pas joués par des acteur/ices/x trans à UNE SEULE exception… C’est interpellant et cela s’applique aussi pour d’autres communautés. Je vis probablement dans le monde merveilleux des bisounours mais ça me semblerait pourtant logique de laisser la main aux personnes concernées pour parler de leur vie, de leur quotidien, au lieu d’extrapoler ce qu’on ne connait pas. On rejoint ici un peu les débats qu’il y a parfois autour du concept de sensitivity readers, que je trouve pourtant très pertinent de mon côté.

Ce que je retire de ce livre :
Et bien, énormément de choses ! J’en ai cité quelques unes à travers ma présentation mais c’est loin d’être complet tant cette lecture a été très riche. Je compte d’ailleurs relire l’ouvrage plusieurs fois à l’avenir, afin de m’en imprégner, de surligner des passages qui me semblent importants et d’effectuer un travail plus poussé sur moi et mes conceptions. Je ressors vraiment enthousiasmée de cette lecture parce qu’elle m’a humainement enrichie.

De plus, j’y ai appris l’existence d’une terminaison neutre. Depuis quelques temps, j’utilise l’écriture inclusive mais je restais sur l’expression du masculin et du féminin. La particule x désigne le genre neutre, pour les personnes non-binaires, et j’ai décidé de l’utiliser également même si la transition risque de prendre un peu de temps.

J’ai aussi conscientisé et accepté que, même en me pensant ouverte d’esprit et tolérante, je véhiculais des stéréotypes ou des modèles de pensée problématiques, comme par exemple le fait que je me demande toujours quel était le sexe biologique de départ de la personne trans, alors que ça n’a aucun intérêt de le savoir. Il faut se concentrer sur le genre dans lequel la personne s’identifie, point final. Le reste ne me regarde pas. Ce sont des exemples parmi d’autres mais c’est ainsi qu’on avance, petit pas par petit pas.

Je pourrais continuer longtemps à parler de ce que ce livre m’a apporté et appris mais je pense vous en avoir donné un aperçu suffisamment fidèle et enthousiasmé pour que vous ayez envie de sauter le pas de sa découverte par vous-même. C’est d’autant plus important que la transphobie est partout : les médias, les réseaux sociaux, parfois même dans la littérature… L’idée de ce livre, c’est de pouvoir s’éduquer, s’éveiller et comprendre. Ce livre se veut accessible à tous.te : les personnes trans, les allié.es.x, les simples curieux.ses.x, n’hésitez pas !

À l’ombre du Japon #46 : { Je m’instruis sur l’histoire du manga moderne ! }

Ohayô minasan !

En discutant avec mes étudiants qui souhaitaient un cours dédié au manga pour apprendre à connaître ce genre (ce sont des adultes, parents pour la plupart, pas forcément des consommateurs de mangas à l’exception de deux élèves, iels sont donc curieux.ses de comprendre), je me suis rendue compte que je ne possédais pas énormément de connaissances sur l’histoire de ce format que j’adore pourtant. Je me suis donc rendue chez Kazabulles et j’ai demandé conseil d’un ouvrage de référence. C’est ainsi que j’en suis venue à lire Histoire(s) du manga moderne (1952 – 2020) de Matthieu Pinon et Laurent Lefebvre chez Ynnis Editions.

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J’ai trouvé leur travail passionnant et bien documenté, raison pour laquelle j’ai eu envie de lui consacrer un article sur le blog.

L’ouvrage contient plusieurs parties. La première est une introduction à l’histoire du Japon, de sa politique, des grands moments historiques avant le 20e siècle afin de poser le contexte. On arrive ensuite dans le vif du sujet où 69 pages doubles sont consacrées à la présentation de mangakas, chacun illustrant une année, ce qui est prétexte à l’ajout d’un contexte historique, social, politique et culturel plus poussé sur la page de droite alors que celle de gauche se consacre à l’œuvre du ou de la mangaka en question. C’est donc un ouvrage historique plutôt bien documenté qui m’a fait découvrir des auteur.ices que je ne connaissais pas ou que de nom mais qui m’a aussi donné une nouvelle perspective pour celles et ceux que je connaissais déjà.

À ce stade, j’ai une petite remarque. Je sais qu’il n’était pas possible d’inclure tous les mangakas et je trouve les choix réalisés plutôt excellents dans l’ensemble. Toutefois, j’ai été surprise de ne pas trouver de page dédiée à Kishimoto (Naruto), Kubo (Bleach) ou même Mashima (Fairy Tail) vu l’influence qu’ont eu ces auteurs sur la scène manga, du moins j’en avais le sentiment. Je me serais contentée d’une page double, comme ça a été le cas pour Yana Toboso qui partage sa page avec Natsumi Aida (un scan-dale, Yana Toboso mérite une pleine page voyons ! Mais au moins est-elle là, j’en ai été ravie).

Autre remarque, certaines personnes pourraient regretter qu’il y ait plus de mangakas masculins plutôt que féminins qui sont représentés mais j’ai trouvé que les auteurs équilibraient bien les choses en parlant des figurines féminines importantes dans l’histoire de ce format. Ce n’est pas de leur faute s’il s’agit d’un milieu très masculin, au départ…

Une fois ce premier tour d’horizon effectué, une première conclusion précède des pages thématiques qui rassemblent les mangas non plus par auteur.ice mais par contenu : les mangas qui parlent de mangaka, de sport, d’humour, de robot, d’otaku, de boy’s love, vie de quartier, cuisine, esprit de combat, fin du Japon… J’ai bien aimé cette idée d’autant qu’ils précisent si les mangas sont ou non en arrêt de commercialisation sur le marché français. C’est très chouette d’alterner les formes de présentation comme ça.

L’ouvrage continue en interrogeant des éditeurs et des libraires sur le marché du manga en France. C’est la partie que j’ai trouvé la plus riche car elle nous en apprend beaucoup sur la manière dont une série se négocie mais aussi comment la relation entre les éditeurs français et japonais a évolué au fil du temps ou encore le rapport qu’ont les mangakas avec leur traduction chez nous.

Du côté des libraires, le livre évoque la question de la scantrad (les bénévoles qui traduisent les chapitres qui sortent au Japon et permettent leur lecture gratuitement par le plus grand nombre) et du fait que l’expansion d’Internet a complètement réécrit les règles du marché du manga, si bien que les éditeurs (japonais comme français) doivent s’adapter pour survivre et réfléchir à un nouveau modèle économique. Modèle qu’ils n’ont pas encore trouvé, d’ailleurs, car le point sur la situation actuelle des magazines de prépublication est affolant, surtout quand on compare à leur âge d’or…

Le débat est lancé ! L’un des libraires dit clairement que les gens qui veulent uniquement du contenu gratuit ne se rendent pas compte des conséquences de leurs actes puisque c’est retirer le pain de la bouche des créateur.ices. La problématique existe d’ailleurs également en roman et dans le milieu de l’édition de manière générale. C’est important d’y réfléchir et de questionner nos habitudes de lecture pour permettre aux artistes de continuer à exercer leur métier, de préférence dans de bonnes conditions. Plus d’une fois, l’ouvrage témoigne en effet des conditions de vie des mangakas et plusieurs d’entre eux sont décédés de surmenage… C’est glaçant.

Bref, Histoire(s) du manga moderne ne se contente pas de compiler des portraits de mangaka fameux.ses, les deux auteurs ont réalisé un travail de recherche impressionnant qui fait de cet ouvrage un texte de référence pour toute personne passionnée par le manga, par l’histoire du Japon et par les questions éditoriales modernes. Je n’ai rien trouvé de vraiment négatif, pas même le prix de 29.90 euros qui pourrait freiner certain.es mais vu la qualité du papier, le contenu couleur et l’épaisseur du volume, je trouve qu’Ynnis s’efforce de rester accessible à toutes les bourses.

Bref, si ces thèmes vous intéressent, n’attendez plus pour acquérir cet ouvrage.