#PLIB2020 Les Lames Vives #1 Obédience – Ariel Holzl

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Obédience
est le premier tome du diptyque des Lames Vives écrit par l’auteur français Ariel Holzl. Publié chez Mnémos sous le label Naos, vous trouverez ce roman au prix de 18 euros.
Je remercie Estelle et les éditions Mnémos pour ce service presse !

Les Lames Vives raconte l’histoire de six personnages différents dont les destins vont se croiser dans une fantasy orientale clairement dystopique, qui tourne autour de la thématique des luttes (au sens large du terme). Le lecteur découvre donc Gryff, Minah, Ellinore, Nazeem, Saabr et ???. Non, je n’ai pas oublié le dernier prénom, il n’a juste pas d’identité pendant la plus grande partie du livre.

Avant de vous évoquer plus en détail les personnages, je me dois d’esquisser l’univers où Ariel Holzl nous invite à évoluer. Dans un passé pas trop lointain, une révolte a eu lieu qui a permis aux anciens esclaves Muedins de devenir les maîtres. C’est ainsi que nait la république d’Obédience où les Haa’thi n’ont même pas le droit d’être des citoyens. Au passage, Obédience n’a de république que le nom… Je ne connais pas très bien l’histoire orientale mais ça m’a surtout évoquée la traite des Noirs, dans la manière dont on refusait à ce peuple les droits les plus élémentaires tout en les utilisant comme ouvriers ou domestiques. Les Haa’thi sont fondamentalement nécessaires à la société mais totalement écrasés par le joug des Muedins, en guise de revanche pour leur propre condition d’esclave par le passé. Concrètement, tout un peuple paie donc la folie tyrannique de quelques uns. Je m’explique: auparavant, certains Haa’thi possédaient un don d’Empathie. Ce don permet de contrôler les émotions et de lier à soi des personnes sous la contrainte. Vous sentez venir les abus? Bah vous n’avez encore rien vu.

Au sein de cette république, le gouvernement effectue des expériences et améliore certaines personnes pour créer une élite soldatesque. Il y a les Lames, considérées comme des chiens obéissants, des marionnettes mortelles et il y a les Magnites qui appartiennent à l’élite de la société. Les lames sont infectées au vif-argent et ont une espérance de vie d’une dizaine d’années, pour celles qui survivent à l’entrainement. Pour les Magnites, c’est un peu différent : ils possèdent des nanites en grande quantité qu’ils contrôlent à leur guise. Ici donc, pas de magie stricto sensu mais bien une forme de technologie avancée et plutôt bien inspirée. Comme le dit très bien l’auteur dans une interview donnée à ActuSF: la magie, c’est simplement la science qu’on n’a pas encore expliqué. Je paraphrase.

Dans ce tome, Ariel Holzl se concentre plus particulièrement sur les Lames. Via les personnages de Gryff et Saabr, on en apprend beaucoup sur leurs mœurs, leur entrainement, leur réputation monstrueuse… Tout ce qui touche aux Lames et à Obédience de manière générale m’a laissée avec un sentiment assez sordide. Cet univers est terrible et plus on le découvre, plus on se rend compte que l’auteur a encore des horreurs en réserve. Globalement, je l’ai trouvé plutôt dur et ça m’a plu. Si vous vous attendez à retrouver quelque chose de semblable aux Sœurs Carmines, abandonnez tout de suite vos prétentions. Ariel Holzl nous montre avec brio qu’il peut se distinguer dans plus d’un genre littéraire.

Au début du roman, Gryff « meurt » lors du sac d’un village ordonné par la République. Il demande une faveur à Saabr : celle de ne pas le laisser dans l’incinérateur et de plutôt jeter son corps dans l’océan. Celle-ci accepte et Gryff est retrouvé, agonisant, par Minah et Nazeem. Ces derniers sont des Haa’thi renégats qui vivent sur une cité flottante, dérivant elle-même sur ce fameux océan noir et pollué. Même si ce n’est pas clairement dit, on sent qu’il y a eu une catastrophe écologique à un moment donné et ça permet d’esquisser un futur possible pour notre propre monde. Ces gens, qui vivent dans la cité flottante nommée Pha’Rodia, sont considérés comme des hors-la-loi par la république et ils détestent les Lames. Ils auraient dû achever Gryff sauf que… Minah recherche désespérément sa sœur jumelle depuis des années. Cette dernier, prénommée Norah, a été enlevée par la République lors du sac de leur village et Minah refuse de croire à sa mort. Elle affirme qu’elle la sent en vie et cela justifie toute une expédition pour la capitale, afin de la retrouver. Je ne vous gâche rien, c’est vraiment le début du roman.

Vous me direz, Gryff est une Lame, c’est l’ennemi, il ne va jamais accepter de leur filer un coup de main. De fait… Mais Minah est une Empathe, une des dernières, et elle va le lier à lui, corrompant ses sentiments et son libre arbitre. Elle ne comptait pas aller aussi loin mais elle déclenche chez lui un simulacre de passion amoureuse, qui fait qu’il lui obéit en tout et avec plaisir. Oui c’est malsain. Et comme Minah n’a rien d’une garce, elle s’en veut – quoi qu’un peu tard. Pour rajouter du piment à tout ça, Nazeem est évidemment jaloux de Gryff et de sa relation avec Minah. Lui-même s’apprêtait à la demander en mariage quand ils l’ont trouvé dans l’eau et Minah n’a aucune idée des sentiments de celui qu’elle considère comme son meilleur ami. Vous sentez venir les problèmes ? Vous n’imaginez même pas encore à quel point.

Parallèlement à ce plan très foireux, le lecteur évolue aussi dans la capitale via Saabr qui va être affectée à la protection d’Ellinore pour le festival solaire. Les chapitres du point de vue de Saabr dépeignent un personnage sociopathe, brutal, que je trouve vraiment très réussi et qui m’a plu du début à la fin. Ma préférée, largement. Grâce à Ellinore, on en apprend davantage sur les Magnites et sur la façon dont les Haa’this sont considérés. Cela permet également de donner une autre dimension à l’intrigue puisqu’il y aurait un traitre parmi les Magnites, qui aiderait les Haa’this à échapper à la République (je ne vous dévoile pas en quoi, là ce serait du spoil). Ellinore et trois autres Magnites sont chargés d’enquêter là-dessus.

On ne va pas se mentir, l’intrigue est assez classique dans l’ensemble. Si elle ne révolutionne pas le genre, elle se suit avec plaisir. D’autant plus avec sa narration type chorale plutôt bien maîtrisée par l’auteur. Sans parler du monde imaginé par Ariel Holzl, complexe, référencé et original. Je ne suis pas du tout adepte de la dystopie, pourtant j’ai aimé l’ambiance dépeinte par l’auteur. Il ne se contente pas de présenter des monstres et des victimes. Tout le monde a sa part d’ombre et sa part de lumière. J’apprécie particulièrement l’absence de manichéisme dans un roman estampillé young-adult tout comme l’absence de romance-en-cinq-secondes-chrono (à base de oh tu es si belle / beau, j’ai envie de toi et je vais abandonner tous mes principes… Si vous voyez ce que je veux dire). Les relations entre les personnages sont très ambiguës et pas toujours (rarement… ok, jamais) saines, comme c’est souvent le cas dans la réalité. Ce roman se distingue par un fort aspect crédible qui m’a vraiment séduite… Hormis pour tout ce qui touche à Minah. Je n’ai vraiment pas accroché à ce personnage mais c’est un goût tout personnel. Elle représente typiquement la fille pénible qui fait tout de travers et ne réfléchit pas plus loin que le bout de son nez. Héroïne standard quoi. Nazeem la talonne de près dans le genre casse-pied pitoyable. On a envie de les secouer tous les deux (quand je dis secouer, j’ai plutôt envie d’envoyer Monsieur Nyx en fait) mais s’ils prenaient les bonnes décisions… Disons que le roman deviendrai un peu plat.

J’ai beau ne pas avoir aimé certains des personnages, Ariel Holzl m’a fait ressentir des émotions et je me suis investie dans ma lecture, ce qui ne m’arrive plus si souvent (hélas). Je prenais parti, j’avais envie de connaître la suite, de découvrir où il nous emmenait. Si certains éléments paraissent évidents au lecteur (depuis le départ je la sentais pas, cette Aubéline !), il n’en tourne pas moins les pages avec avidité pour arriver au cliffhanger final et au lot habituel des malédictions envers l’auteur à base de : « elle est où la suite ?! » (et donc, elle est où la suite?)

Pour résumer, ce premier tome des Lames Vives est pour moi une réussite. S’il n’a rien en commun avec les Sœurs Carmines sur un plan de l’univers, on retrouve tout de même le talent d’Ariel Holzl, sa plume mordante et ses personnages riches, des qualités parfaitement reconnaissables entre toutes. Obédience pose les bases d’un univers de fantasy orientale inspiré et on n’a qu’une envie : lire la suite. À découvrir sans une hésitation !

Rouge Venom – Morgane Caussarieu

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Rouge Venom
est la suite du roman Rouge Toxic écrit par l’autrice française Morgane Caussarieu. Publié chez ActuSF dans la collection Naos, vous trouverez ce titre au prix de 16.90 euros.
Je remercie Jérôme et les Éditions ActuSF pour ce service presse ! Rendez-vous en mai 2019 pour la sortie de ce roman.
Ceci est ma 18e lecture dans le cadre du Printemps de l’Imaginaire francophone.

Attention, cette chronique a été écrite environ cinq minutes (d’accord, dix) après la fin de ma lecture. Elle déborde donc d’un enthousiasme totalement immodéré mais elle me plaisait bien comme ça. Je trouvais qu’elle rendait bien hommage au grain de folie de l’autrice et qu’elle collait au texte. Du coup, pardonnez moi d’avance ! Allez, on va stopper tout de suite le suspens: J’ai adoré du début à la fin. Quel kiff, disons le clairement, de retrouver ces personnages que je côtoie maintenant depuis juillet 2017. Morgane Caussarieu m’a rendue aussi accro que JF aux bains de sang ! Mais reprenons depuis le début…

Rouge Venom est la suite directe de Rouge Toxic et se place dans le même univers que Dans les veines et Je suis ton ombre. On y retrouve d’ailleurs certains personnages, notamment mes deux chouchous, JF et Gabriel. La Red saga (marque déposée, non je déconne 😉 ) peut se lire indépendamment des deux textes édités chez Mnemos mais ce serait une grave erreur de les bouder. Même si l’autrice place des rappels et des références, je pense qu’on ne peut profiter pleinement de Rouge Venom qu’à condition de connaître les histoires racontées dans dans les précédents romans, ce qui était moins le cas avec Rouge Toxic. Du coup, je ressens Rouge Venom comme un tome de transition, un retour aux sources pour Morgane Caussarieu qui se laisse une porte ouverte pour une suite. Et je prie pour qu’elle l’écrive !

Dans Rouge Venom, nous retrouvons Barbie qui a découvert la nature de l’expérience que son père a pratiqué sur elle ainsi que Faruk, toujours amoureux de cette fille littéralement programmée pour le tuer. Tous les deux sont paumés et cherchent leur chemin. Les chapitres à la première personne s’enchaînent alors mais pas seulement de leur point de vue comme c’était le cas dans Rouge Toxic. On suit désormais aussi Emma, la scientifique devenue vampire qui a synthétisé le sérum de sevrage ainsi que JF, le vampire trash punk qui ne connait pas le sens du mot limite. Sans compter Gabriel et d’autres petites surprises dont je ne vous parle pas pour ne pas vous spoiler. Chaque personnage s’exprime différemment mais tous ont globalement des tons assez familiers voire argotiques à certains moments, ce qui peut déplaire à certains lecteurs mais moi, j’ai trouvé ce choix super immersif. Ça dynamise le texte qui se lit très vite.

Très et presque trop. Je l’ai dévoré en un peu plus de deux heures de lecture. Allez, trois, je l’ai achevé le lendemain matin parce que je suis rentrée de salon trop épuisée et mes yeux se fermaient tout seul. L’action s’enchaine sans temps mort et certains ressentiront probablement un manque à ce niveau. Parfois, tout va trop vite et si j’arrive à suivre sans problème parce que je pense être dans le même ordre d’idées que l’autrice, je sais d’avance que certains lecteurs ne vont pas toujours s’y retrouver. L’intrigue reste assez standard au fond mais la forme nous permet de l’oublier sans problème. Parce qu’on s’intéresse aux personnages et à leur devenir avant tout le reste.

Le classement young adult du récit empêche l’autrice de s’attarder sur des scènes qui auraient été davantage développées dans ses premiers textes. Non pas que je suis affamée de gore et de malsain (si si, je vous jure) mais quand on aime JF et Gabriel… Après, j’admets, c’est sans doute mon fangirlisme qui parle un peu. Beaucoup. Désolée. On reste donc dans un état d’esprit young adult pour ce qui est du sexe. Par contre, il y a pas mal de violence et ça reste globalement un récit plutôt malsain. Ça me pousse à dire que Rouge Venom se positionne plutôt à la frontière de plusieurs genres et de plusieurs types de lectorat. Je ne sais pas si je l’aurai édité en Naos, personnellement, mais j’ai toujours un peu de mal à juger où se situe la limite.

J’ai conscience de ne plus parvenir à parler de Morgane Caussarieu avec impartialité. J’aime son univers, son style et surtout, ses personnages. Je manque de recul, je vous le dis honnêtement. Alors, me demanderez vous, pouvez-vous croire un seul mot de ces lignes ? Et bien elle est quand même parvenue à me rendre accro… Ce qui n’est pas rien. Cette autrice est pour moi ce que le sang et le meurtre est à JF (c’était l’instant poésie). Je prends énormément de plaisir à la lire et j’espère qu’elle écrira encore pendant longtemps.

Par contre, même si je manque de recul, j’anticipe déjà les critiques qu’on fera au texte. Les nouveaux lecteurs auront l’impression d’être des témoins extérieurs qui n’ont pas toutes les cartes en main pour comprendre les références (raison pour laquelle je vous recommande ses autres livres AVANT et dans l’ordre chronologique s’il vous plait). Barbie est vraiment spectatrice de sa propre vie (de toute façon, je ne l’ai jamais aimée) et se réveille deux chapitres avant la fin (quand même, quelle scène !). Il y a trop de personnages pas forcément utiles (coucou Emma) et le traitement réservé aux femmes n’est pas politiquement correct (j’en connais qui vont grincer des dents, sans mauvais jeu de mots), surtout dans les chapitres du point de vue JF (en même temps, le gars nous vient des années soixante et est un vrai connard (cœur cœur)). Pourtant, dans l’univers Caussarieu, tout fonctionne bien, rien de tout cela ne me dérange et j’ai l’impression de retrouver un peu de ses premiers textes, de ceux qui m’ont totalement séduite il y a deux ans.

Alors oui, je vous recommande chaudement Rouge Venom. Et toute la bibliographie de l’autrice, comme d’habitude. Sauf si pour vous, les gentils vampires existent, qu’un personnage féminin fort et indépendant est obligatoire pour que l’histoire soit bonne ou que vous avez un souci avec le style littéraire familier. Si ce n’est pas le cas, jetez-vous sur ces textes de toute urgence !

Les ombres d’Esver – Katia Lanero Zamora

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Les ombres d’Esver est le nouveau roman de l’autrice belge Kata Lanero Zamora. Publié chez ActuSF sous le label Naos, ce livre sera disponible à partir du 22 novembre au prix de 14.90 euros.
Je remercie Jérôme et ActuSF pour ce service presse.

Au départ, je ne savais pas quoi penser de ce roman. J’ai été surtout intriguée par son résumé car sa couverture ne me parlait pas plus que ça au premier abord. C’est un style qui ne m’attire plus autant qu’avant, je l’admets volontiers. Pourtant, après ma lecture, je n’en imagine pas une autre.
Je commençais ce titre sans rien en attendre et j’ai été agréablement surprise par son contenu.

Dans ce roman écrit à la troisième personne, nous suivons Amaryllis qui vit avec sa mère, Gersande, dans le vaste domaine d’Esver. La grande maison tombe en ruine, elle est envahie par les plantes et les champignons. Toute une partie est même condamnée, une autre est restée telle quelle depuis dix ans, sinistre anniversaire d’un évènement dont on ne sait rien.
Gersande est botaniste et apprend sa discipline à sa fille dans l’espoir qu’elle entre dans un prestigieux institut parisien. Amaryllis n’a pas forcément de passion pour la botanique. Sans détester cette matière qu’elle maîtrise, elle est juste relativement indifférente et préfère rêver d’aventures. Elle comprend toutefois vite qu’elle ne va pas avoir le choix puisque si elle ne réussit pas à obtenir une bourse, elle sera mariée de force par son père qui la vend en même temps que le domaine familial. Sa vie déjà pas si stable est ainsi totalement bousculée. Pour ne rien arranger, Amaryllis souffre de cauchemars depuis des années. Dès que la nuit tombe et qu’elle s’endort, elle doit absolument prendre un médicament pour ne pas se laisser emporter. Médicament préparé par sa mère qui est une femme très stricte, bipolaire, un peu folle aussi depuis le certain évènement.

De nombreux mystères planent sur le domaine et l’atmosphère en huit clôt est bien maîtrisée par l’autrice. Les informations arrivent au compte goutte, bien dosées. Katia Lanero Zamora met juste ce qu’il faut de description pour immerger le lecteur sans alourdir son texte et développe de manière intéressante la psychologie de ses deux héroïnes. La plupart des chapitre sont du point de vue d’Amaryllis mais certains le sont aussi de celui de Gersande, ce qui est un plus non négligeable à mon sens. Certaines remarques désabusées de cette mère abandonnée m’ont touchées et je me sentais mieux dans son esprit que dans celui d’Amaryllis. Encore plus quand on apprend la vérité sur le certain évènement.

L’aspect onirique laisse toujours planer le doute quant à la présence de fantastique. Ce doute subsiste jusque dans les dernières pages et même après ma lecture, je continue à me poser certaines questions. Pour moi, les ombres d’Esver est une brillante métaphore sur l’imagination et la place qu’elle peut prendre dans une existence. C’est une ode contrastée et poétique qui ne manquera pas de toucher les lecteurs.

Publié dans la collection « jeunesse » des indés, je trouve que ce roman peut convenir à un très large public mais qu’il ne sera pas forcément bien appréhendé par les plus jeunes. Si certaines scènes, surtout celles dans l’autre monde, sont résolument classiques, presque enfantines, les révélations de ce qu’elles représentent donnent un ton beaucoup plus mâture aux ombres d’Esren. Je le recommande aux amateurs d’ambiance gothique qui ont envie de se plonger dans un roman court (264 pages au format papier !), rythmé et poétique. Je ressors très satisfaite de ma lecture.

Rouge Toxic – Morgane Caussarieu

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Rouge Toxic est le dernier roman en date d’une de mes auteures favorites, Morgane Caussarieu. Il est publié chez Naos au prix de 14.90 euros. Il s’agit d’un excellent roman vampirique dans la veine Young Adult.

Rouge Toxic, c’est l’histoire de Barbie et Faruk. Barbie (diminutif de Barbara) est une lycéenne américaine qui a perdu son père, attaqué par un chien enragé (hin hin), et qui surmonte le deuil dans un nouveau lycée à San Francisco, sous la garde attentive de son parrain, Abe. Faruk est un vampire, un vryk, transformé il y a plusieurs siècles par un personnage qui ne sera pas inconnu à ceux qui ont déjà lu Dans les Veines, et qui vit sa petite vie dans le Tenderloin (bas quartier de San Francisco), jusqu’au jour où on lui propose un drôle de marché: veiller sur Barbie et la protéger.

Expliqué comme ça, je sais, le roman ressemble à un pitch de romance à deux balles qui surfe sur la vague vampire. C’est là que le talent de Morgane Caussarieu intervient: non seulement elle reste fidèle à sa mythologie (créée dans ses autres écrits) mais en prime, elle propose un livre hyper référencé qui plaira forcément à tous les fans du genre. Si elle abandonne le côté dépravation sexuelle qu’on retrouvait (avec délices) dans ses romans pour adultes, elle ne laisse pas pour autant la violence et offre une histoire dure, glauque, qui se dévore en quelques heures.

Pour autant, ce livre aurait juste été une agréable lecture sans la présence de personnages exploités dans ses autres titres et de cet univers que j’apprécie tout particulièrement. Quel bonheur de retrouver mon petit chouchou J-F (Dans les veines), de croiser le Baron Samedi (Black Mambo), d’avoir, en quelque sorte, une suite informelle à Dans les Veines. Non pas que les protagonistes soient ratés, simplement je ne me suis pas vraiment attachée à Barbie (je crois que j’ai définitivement un problème avec les filles) et si Faruk me plaisait vachement, il m’a un peu déçue sur la fin. Vous comprendrez pourquoi en lisant l’épilogue. Pourtant, j’y ai cru à un moment (ceux qui ont lu verront lequel, sûrement une de mes scènes favorites)… Bref, ma politique anti-spoil m’empêche d’aller plus loin dans ma frustration de lectrice.

Rouge Toxic s’inscrit merveilleusement dans l’œuvre de Morgane Caussarieu. Il peut se lire indépendamment de ses autres titres mais vous manquerez certaines références et clins d’œil habilement dissimulés au fil des pages. On ressent la patte de l’auteure, même s’il y manquait un petit quelque chose (à mon goût, j’insiste là-dessus, mais c’est parce que j’aime justement ce côté trash et sans limite chez l’auteure), justifié par les personnages adolescents. Elle réussit tout de même à proposer un roman young adult de qualité qui se dévore et exploite le mythe du vampire avec brio sans tomber dans la romance bas de gamme. Qu’est-ce que ça fait du bien ! Pourtant, un vampire au lycée, c’est vu et revu et re-revu… Mais la manière dont elle présente son sujet est telle qu’on n’a pas ce sentiment d’une énième redite. Sa force se situe, je pense, dans l’alternance des points de vue et dans le soin apporté à chacune de ses phrases. Le roman est écrit à la première personne avec des chapitres courts, dynamiques, dans la tête de Barbie puis de Faruk. Par ce biais, elle peut non seulement nous donner le point de vue de l’humaine mais aussi celui du vampire, ses problèmes quotidiens, on sent qu’elle a réfléchi à tous les aspects de son histoire.

Comme toujours, l’auteure maîtrise son sujet, que ce soit pour le vampire ou pour le vaudou, comme elle nous l’a déjà prouvé dans Black Mambo. Avec Rouge Toxic, Morgane Caussarieu réaffirme et défend sa place de reine du vrai roman vampirique en France. À mes yeux, ses livres sont des must-reads qui ne vous laisseront pas indifférent. Si vous ne connaissez pas, FONCEZ !

Je terminerai en disant que j’espère très fort que son prochain livre se concentre sur J-F. ♥ Mes espoirs sont-ils vains? En attendant, il me reste encore Je suis ton ombre mais j’ai peur de le lire parce qu’il ne me restera plus rien de l’auteure après x.x Ne cherchez pas la logique, je suis accro.

Le Lys Noir #1 Faustine – François Larzem

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Le Lys Noir est une saga qui compte actuellement deux tomes. Écrite par l’auteur français François Larzem, elle est publiée chez les Moutons Électriques dans la collection Naos. Chaque tome coûte 17 euros. Notez que c’est le tout premier roman que je lis de cette maison d’édition !

Je ne savais pas exactement à quoi m’attendre en ouvrant ce roman. J’ai d’abord été attirée par sa magnifique couverture, à la Foire du Livre de Bruxelles. Sobre, élégante, intrigante, tout ce que j’aime. En lisant le résumé, j’ai compris qu’il s’agissait d’un roman de cape et d’épée… Un genre que j’affectionne tout particulièrement mais que je ne lis plus suffisamment à mon goût. Il faut dire que, dans les nouveautés, il n’y en a pas tant que ça ! Je n’ai donc pas hésité longtemps pour l’emprunter à mon amie Laure-Anne, qui l’avait justement dans sa bibliothèque. Oui, le hasard fait bien les choses.

Je pensais lire un jeunesse mais je le trouve assez sombre, cruel et violent pour un roman à destination de ce public. Bon, après, je crois que je dois revoir ma définition de « jeune public ». Du moins, il me semble que la collection « Naos » est celle qui regroupe les ouvrages pour adolescents à partir de 13 ans, chez les indés de l’imaginaire. Je me trompe peut-être? Si vous savez m’éclairer, n’hésitez pas, parce que je n’ai pas trouvé l’information 🙂 Bref, ce fut, en soi, une bonne surprise ! L’auteur ne prend pas de gant pour nous emmener à Bayence, sur les traces du mystérieux justicier masqué, le Lys Noir. Au cœur des intrigues politiques du Marquis de Monzag, Faustine de Castillac a fort à faire pour sauver la vie du Dauphin et empêcher Bayence de sombrer dans le chaos. En très gros, voici l’intrigue principale.

Et quand je parle de chaos… C’est littéralement. Je ne m’y attendais pas, mais la magie (surtout noire) est très présente dans ce livre. D’ailleurs, le personnage de Melgoth (ce démon invoqué dans le corps d’une petite fille) est de loin mon préféré. Oui, surprenant, je sais… Par contre, en dehors de ces manifestations infernales, la magie n’est quasiment pas présente. On lui préfère une technologie qui rappelle un peu l’univers steampunk, via les inventions de l’alchimiste Ézéchiel. D’ailleurs, plusieurs pages du roman sont illustrées avec le schéma de ses inventions ou de ses décoctions, ce que j’ai apprécié.

L’univers du Lys Noir est très riche… Peut-être un peu trop? L’auteur donne énormément d’informations sur tout un tas de sujets et j’ai parfois eu l’impression qu’il se perdait lui-même dans ce qu’il racontait. Qu’il cherchait à tout nous dire, de peur qu’on loupe quelque chose, sauf que… L’équilibre n’était pas toujours au rendez-vous. Et c’est regrettable, parce que le background est bien travaillé, pensé, approfondi.

Ce tome est intitulé « Faustine » mais finalement, ce n’est pas vraiment elle l’héroïne principale. Du moins, je l’ai ressenti comme ça. Morgan, le Marquis, même Giuseppe, ont tous un rôle aussi important que le sien, si pas davantage. Je l’ai un peu regretté parce que finalement, le personnage de justicier masqué est le moins intéressant de tous. Faustine est un peu trop jeune pour être crédible, pas vraiment touchante, passe le livre à être blessée et sauvée par des hommes ou à faire des bourdes qui manquent de la tuer, pas terrible pour celle qu’on qualifie de la plus fine lame du royaume. Je sais qu’elle a hérité le costume de son père, que l’auteur joue probablement là-dessus aussi, mais du coup, on repassera pour l’image de femme forte et débrouillarde que je m’attendais à trouver. L’auteur a, selon moi, bien mieux réussi ses personnages masculins même s’il ne passe pas à côté des clichés du genre. En soi, ce n’est pas très gênant mais ça rend certains passages du roman un peu trop gros pour être crédibles.

Malgré quelques longueurs et quelques éléments brouillons (mais qui trouveront probablement un intérêt dans la suite), le Lys Noir est une agréable découverte qui ramène un peu sur le devant de la scène ce genre trop négligé qu’est le roman de cape et d’épée. Si ce premier tome manque de combat (de vrai duel je veux dire, pas de massacre sanglant parce que ça, on en a à la pelle) à mon goût, il trouve d’intéressants échos historiques si on réfléchit à certaines des scènes et certaines actions des personnages. Le fond est soigné, les détails des décors et des habits, même le style littéraire finalement qui se marie bien avec le contexte historique. Le narrateur omniscient permet de voyager dans tout Bayence et de rencontrer certains personnages juste le temps de les regarder périr. Il nous offre une vue d’ensemble pas forcément nécessaire mais c’est un choix narratif qui conviendra à d’autres lecteurs que moi.

En bref, j’ai passé un agréable moment avec ce premier tome du Lys Noir qui est un bon divertissement à lire à partir du lycée (secondaire supérieur pour les belges). Ce n’est pas un roman « jeunesse » comme je le pensais. En fait, il est entre deux: il contient son lot de sang, de souffrance et de scènes macabres -ce qui est à mon goût mais pas à celui de tous- mais ses personnages semblent issus du registre du roman pour adolescents. Ce qui se comprend quand on connaît un peu le passif de l’auteur. Mention spéciale pour Melgoth dont j’ai beaucoup apprécié la présence et qui me donne envie d’en apprendre plus ! Je trouve que le Lys Noir est plutôt une réussite et je le recommande si vous aimez ce genre d’univers. Il a d’intéressantes qualités qui amoindrissent les quelques défauts relevés dans cette chronique.