Rouge Venom – Morgane Caussarieu

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Rouge Venom
est la suite du roman Rouge Toxic écrit par l’autrice française Morgane Caussarieu. Publié chez ActuSF dans la collection Naos, vous trouverez ce titre au prix de 16.90 euros.
Je remercie Jérôme et les Éditions ActuSF pour ce service presse ! Rendez-vous en mai 2019 pour la sortie de ce roman.
Ceci est ma 18e lecture dans le cadre du Printemps de l’Imaginaire francophone.

Attention, cette chronique a été écrite environ cinq minutes (d’accord, dix) après la fin de ma lecture. Elle déborde donc d’un enthousiasme totalement immodéré mais elle me plaisait bien comme ça. Je trouvais qu’elle rendait bien hommage au grain de folie de l’autrice et qu’elle collait au texte. Du coup, pardonnez moi d’avance ! Allez, on va stopper tout de suite le suspens: J’ai adoré du début à la fin. Quel kiff, disons le clairement, de retrouver ces personnages que je côtoie maintenant depuis juillet 2017. Morgane Caussarieu m’a rendue aussi accro que JF aux bains de sang ! Mais reprenons depuis le début…

Rouge Venom est la suite directe de Rouge Toxic et se place dans le même univers que Dans les veines et Je suis ton ombre. On y retrouve d’ailleurs certains personnages, notamment mes deux chouchous, JF et Gabriel. La Red saga (marque déposée, non je déconne 😉 ) peut se lire indépendamment des deux textes édités chez Mnemos mais ce serait une grave erreur de les bouder. Même si l’autrice place des rappels et des références, je pense qu’on ne peut profiter pleinement de Rouge Venom qu’à condition de connaître les histoires racontées dans dans les précédents romans, ce qui était moins le cas avec Rouge Toxic. Du coup, je ressens Rouge Venom comme un tome de transition, un retour aux sources pour Morgane Caussarieu qui se laisse une porte ouverte pour une suite. Et je prie pour qu’elle l’écrive !

Dans Rouge Venom, nous retrouvons Barbie qui a découvert la nature de l’expérience que son père a pratiqué sur elle ainsi que Faruk, toujours amoureux de cette fille littéralement programmée pour le tuer. Tous les deux sont paumés et cherchent leur chemin. Les chapitres à la première personne s’enchaînent alors mais pas seulement de leur point de vue comme c’était le cas dans Rouge Toxic. On suit désormais aussi Emma, la scientifique devenue vampire qui a synthétisé le sérum de sevrage ainsi que JF, le vampire trash punk qui ne connait pas le sens du mot limite. Sans compter Gabriel et d’autres petites surprises dont je ne vous parle pas pour ne pas vous spoiler. Chaque personnage s’exprime différemment mais tous ont globalement des tons assez familiers voire argotiques à certains moments, ce qui peut déplaire à certains lecteurs mais moi, j’ai trouvé ce choix super immersif. Ça dynamise le texte qui se lit très vite.

Très et presque trop. Je l’ai dévoré en un peu plus de deux heures de lecture. Allez, trois, je l’ai achevé le lendemain matin parce que je suis rentrée de salon trop épuisée et mes yeux se fermaient tout seul. L’action s’enchaine sans temps mort et certains ressentiront probablement un manque à ce niveau. Parfois, tout va trop vite et si j’arrive à suivre sans problème parce que je pense être dans le même ordre d’idées que l’autrice, je sais d’avance que certains lecteurs ne vont pas toujours s’y retrouver. L’intrigue reste assez standard au fond mais la forme nous permet de l’oublier sans problème. Parce qu’on s’intéresse aux personnages et à leur devenir avant tout le reste.

Le classement young adult du récit empêche l’autrice de s’attarder sur des scènes qui auraient été davantage développées dans ses premiers textes. Non pas que je suis affamée de gore et de malsain (si si, je vous jure) mais quand on aime JF et Gabriel… Après, j’admets, c’est sans doute mon fangirlisme qui parle un peu. Beaucoup. Désolée. On reste donc dans un état d’esprit young adult pour ce qui est du sexe. Par contre, il y a pas mal de violence et ça reste globalement un récit plutôt malsain. Ça me pousse à dire que Rouge Venom se positionne plutôt à la frontière de plusieurs genres et de plusieurs types de lectorat. Je ne sais pas si je l’aurai édité en Naos, personnellement, mais j’ai toujours un peu de mal à juger où se situe la limite.

J’ai conscience de ne plus parvenir à parler de Morgane Caussarieu avec impartialité. J’aime son univers, son style et surtout, ses personnages. Je manque de recul, je vous le dis honnêtement. Alors, me demanderez vous, pouvez-vous croire un seul mot de ces lignes ? Et bien elle est quand même parvenue à me rendre accro… Ce qui n’est pas rien. Cette autrice est pour moi ce que le sang et le meurtre est à JF (c’était l’instant poésie). Je prends énormément de plaisir à la lire et j’espère qu’elle écrira encore pendant longtemps.

Par contre, même si je manque de recul, j’anticipe déjà les critiques qu’on fera au texte. Les nouveaux lecteurs auront l’impression d’être des témoins extérieurs qui n’ont pas toutes les cartes en main pour comprendre les références (raison pour laquelle je vous recommande ses autres livres AVANT et dans l’ordre chronologique s’il vous plait). Barbie est vraiment spectatrice de sa propre vie (de toute façon, je ne l’ai jamais aimée) et se réveille deux chapitres avant la fin (quand même, quelle scène !). Il y a trop de personnages pas forcément utiles (coucou Emma) et le traitement réservé aux femmes n’est pas politiquement correct (j’en connais qui vont grincer des dents, sans mauvais jeu de mots), surtout dans les chapitres du point de vue JF (en même temps, le gars nous vient des années soixante et est un vrai connard (cœur cœur)). Pourtant, dans l’univers Caussarieu, tout fonctionne bien, rien de tout cela ne me dérange et j’ai l’impression de retrouver un peu de ses premiers textes, de ceux qui m’ont totalement séduite il y a deux ans.

Alors oui, je vous recommande chaudement Rouge Venom. Et toute la bibliographie de l’autrice, comme d’habitude. Sauf si pour vous, les gentils vampires existent, qu’un personnage féminin fort et indépendant est obligatoire pour que l’histoire soit bonne ou que vous avez un souci avec le style littéraire familier. Si ce n’est pas le cas, jetez-vous sur ces textes de toute urgence !

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Techno Freaks – Morgane Caussarieu

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Techno Freaks est un one-shot contemporain qui prend place dans l’underground berlinois. Écrit par l’autrice française (mais expatriée à Berlin) Morgane Caussarieu, vous trouverez ce roman chez l’éditeur le Serpent à Plumes au prix de 17 euros.
Cette lecture entre dans le cadre du challenge S4F3 organisé par Albédo.
Cette lecture entre dans le Pumpkin Autumn Challenge menu « Automne ensorcelant » catégorie « Cristaux, tarot et encens » pour le qualificatif de freaks qui lui va si bien !

Je ne vous présente plus Morgane Caussarieu dont j’ai lu tous les romans (Dans les veinesJe suis ton ombreRouge ToxicChéloïdes). Si vous suivez un peu le blog, vous savez que j’aime beaucoup la plume et la mentalité de cette autrice qui sort des sentiers battus en proposant des textes inattendus avec plusieurs niveaux de lecture. Techno Freaks ne fait pas exception.

Morgane Caussarieu entraine son lecteur à Berlin pendant trois jours qui divisent l’ouvrage en 3 parties : samedi, dimanche et lundi. Chaque chapitre correspond à une heure de la soirée ou de la journée, en fonction. Nous suivons toute une bande de fêtards qui sont plus ou moins reliés entre eux et qui évoluent dans les clubs de nuit techno. Mais pas la techno mainstream, évidemment. En cela, ce roman est une tranche de vie. La vie de Goldie, de BG, d’Opale, de Dorian mais aussi de Nichts. Ils viennent d’un peu partout en Europe, sont francophones et ont des personnalités différentes qui ne séduiront pas forcément tous les lecteurs.

Mais le but de Techno Freaks, ce n’est pas de vous présenter des personnages auxquels vous pourrez vous identifier. Jamais entièrement, a priori. C’est de vous initier à un monde, un autre univers qui côtoie pourtant le nôtre de près. Celui de la K, de la techno, de la fête qu’on voudrait sans fin mais qui doit quand même s’arrêter lundi matin pour aller bosser. Celui de Berlin, une ville à part, un personnage dans ce roman, pourtant rattrapée par la mondialisation. En fait, j’ai eu le sentiment de lire une sorte de requiem pour cette ville en train de changer. À moins que ça ne soit les personnages, qui évoluent, qui ne trouvent plus leur compte dans ce style de vie? Une prise de conscience? Le roman n’apporte pas une réponse claire mais bien une myriade de sensations plus ou moins fugaces, plus ou moins perceptibles pour le lecteur en fonction de sa propre sensibilité, de sa propre expérience, de ses propres convictions.

Les lecteurs de Chéloïdes retrouveront certains personnages en toile de fond, comme des clins d’œil, des rappels. Les deux sont à la fois liés et différents, ils symbolisent les étapes d’une vie, d’une évolution, d’une mentalité et je me demande quelle sera la suivante, finalement. Techno Freaks, c’est vraiment le passage d’une époque à une autre, le choc de deux mondes, comme l’illustre si bien la scène du métro avec Opale et BG.

Ce roman ne laisse pas indifférent. En partie grâce à la plume maîtrisée de Morgane Caussarieu, toujours aussi travaillée sur la musicalité de son texte. Ici, on ressent presque le beat de la techno perpétuellement en fond. Elle choisit toujours le bon mot pour exprimer son idée, évoque ses thématiques avec justesse, sans en faire trop. Et c’est rare, quand ça concerne des milieux hardcores comme ceux de la drogue ou de l’underground. On sent que c’est son univers à elle, qu’elle y a participé, c’est presque un témoignage. Presque. Parce qu’on est probablement plus dans l’auto-fiction. Ce qui est certain, c’est que l’autrice donne dans le roman social en décrivant un univers sur le déclin qui paraitra surréaliste aux générations futures, presque autant qu’il a pu me le paraitre à moi.

Parce qu’il existe une frontière. Une frontière entre ce qu’on sait intellectuellement et ce qu’on lit dans les pages de Techno Freaks. Je sais que l’underground berlinois existe mais j’ai eu l’impression de pénétrer dans un autre univers, si différent du mien au point qu’il en devient fantastique, imaginaire, surnaturel. Pourtant, il est douloureusement ancré dans la réalité quand les personnages pensent à leur travail en call-center, comme un rappel de la vraie vie qu’ils font en sorte d’oublier. Ça donne un sentiment étrange.

Techno Freaks, c’est tout cela et bien plus encore. Au fil de ma lecture, je ne me suis pas sentie happée comme ça a pu être le cas avec Chéloïdes, probablement parce que le roman n’est pas écrit à la première personne. Mais en refermant le bouquin sur la dernière page je me suis dit… Waw. D’accord. C’est dingue. Il est à côté de moi pendant que j’écris cette chronique et je le regarde comme une bête curieuse, une ouverture vers un ailleurs fascinant et malsain. Tentant et repoussant.

Est-ce que je conseille ce roman? Bien entendu. Il dispose des qualités propres aux livres de Morgane Caussarieu et s’inscrit très bien dans sa bibliographie. Est-ce que je vous conseille de le lire en premier ouvrage? Non, certainement pas, parce que vous risquez de passer à côté de quelque chose. Vous l’aimerez probablement, mais il vous manquera un niveau de lecture supplémentaire, une sensibilité, certaines clés. Est-ce qu’il est à mettre entre toutes les mains? Non, mais ça concerne tous les romans de l’autrice, à l’exception peut-être de Rouge Toxic. Pour public averti, ouvert d’esprit, qui a envie de se dépayser et de fréquenter des personnages explosés sans les juger. Est-ce que j’ai aimé? Oui. Oui, parce que j’adore qu’on me malmène, qu’on me présente des protagonistes que la vie n’a pas épargné, des anti-héros, des gens normaux, finalement. Dans leur propre normalité. Des cassés. Des brisés. Ça me parle et c’est ça que je recherche. Mais ce livre ne peut pas se résumer à un « j’ai aimé » ou pas. Il appartient sans conteste à ces romans pour qui on répond toujours: c’est plus que ça.

Bref, lisez Techno Freaks. Et lisez Morgane Caussarieu.

Je suis ton ombre – Morgane Caussarieu

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Je suis ton ombre
est le second roman de Morgane Caussarieu, une suite à Dans les Veines… Mais pas vraiment. Disons que ce sont chaque fois des one-shot mais l’univers reste lié et des personnages reviennent. En attendant, si vous souhaitez retrouver ce bijou de littérature (et je pèse mes mots quand je dis « bijou ») il est disponible en poche chez Hélios (Mnémos) au prix de 10.90 euros.

Vous le savez, j’adore la plume de Morgane Caussarieu. Que ce soit pour le fantastique (Dans les Veines, Black Mambo, Rouge Toxic) ou pour son contemporain (Chéloïdes) je me prends chaque fois une claque et Je suis ton ombre ne fait pas exception. Faut dire qu’il traine dans ma liseuse depuis près d’un an et vous connaissez désormais mes mauvaises habitudes: plus on me dit de lire absolument un roman et plus je mets du temps, puis je le regrette au final parce que c’était une tuerie. On ne va pas démentir ça aujourd’hui. Hier donc, je commence ma lecture…

Et waw.

Je sais, ça manque d’argumentation et j’écris ma chronique à chaud, en plus. Reprenons: Village perdu du Sud Ouest de la France. Nous suivons Poil de Carotte, un gamin de douze ans plutôt pauvre qui vit avec son père handicapé dans une vieille ferme qui tombe en ruine. Un jour, il se rend dans une maison calcinée réputée hantée et trouve un vieux carnet qui raconte l’histoire de deux enfants, Jean et Jacques, en Louisiane au 17e siècle. Terrifié dès les premières lignes, hanté par des cauchemars qui prennent de plus en plus d’ampleur, il continue pourtant à lire…

Je me suis immédiatement retrouvée dans le jeune héros. En quelques lignes, Morgane Caussarieu nous plonge dans son quotidien, dans sa psyché, en utilisant un style littéraire adapté au phrasé d’un gamin du Sud Ouest profond et j’ai trouvé ça délicieux. Les passages du journal, pourtant écris aussi par un enfant, ont peut être un style un brin trop poussé (mais on peut le justifier de différentes manières) mais ça ne gâche pas notre sentiment d’horreur en parcourant ce qui y est raconté. Le personnage principal n’a pourtant rien du petit garçon aimable et tout mignon. Il dispose d’une psychologie complexe, déjà affecté par ce que l’humanité a de plus laid. Il commet des actes vraiment crades en se rendant vaguement compte qu’il ne devrait pas. Sa conscience le rattrape par moment mais les pulsions restent fortes. Ce jeu de tension psychologique est parfaitement maîtrisé et nous entraine au fil des pages, qu’on tourne sans s’en rendre compte. Jusqu’à arriver à la fin, avec effarement. On en voudrait davantage mais comment l’obtenir sans gâcher tout l’effet, tout l’équilibre savamment installé par l’auteure?

Horreur, dégoût, fascination, j’ai adoré la façon dont Morgane Caussarieu m’a malmenée au fil des pages en poussant toujours plus loin le vice humain avec des descriptions tantôt crues, tantôt poétiques, malsaines. Impossible de reposer ma liseuse, j’ai dévoré ce roman en négligeant tout le reste, complètement happée par la magie Caussarieu.

J’essaie, mais je ne trouve pas de réel point négatif à Je suis ton ombre, hormis les thèmes abordés qui peuvent ne pas plaire. Âmes sensibles s’abstenir pour ce livre ! Moi, c’est carrément ma came mais je suis certaine qu’il en a choqué plus d’un. Fidèle à son habitude, Morgane Caussarieu n’a peur de rien. Et quand je dis rien… C’est rien. Je ne précise pas pour éviter de gâcher la surprise des futurs lecteurs mais si vous pensez qu’elle ne fera pas ça ou que non, elle ne va quand même pas oser… Vous vous gourez et sévère, comme dirait notre protagoniste. Et c’est ça qu’on veut quand on lit un de ses romans, en même temps.

Rythmé, cruel, d’une noirceur exquise, Je suis ton ombre oscille entre une ambiance bayou et celle du sud-ouest perdu de la France pour rendre un roman affreusement humain, poisseux, crasseux et oppressant. On y retrouve d’ailleurs Gabriel avec un réel plaisir. Mention pour ceux qui ont lu Dans les veines: on apprend tout du passé de ce personnage que j’avais adoré et franchement, je ne l’en aime que plus. J’en suis toujours à me demander pourquoi mais c’est aussi ça, la marque des grands auteurs: créer des personnages horribles auxquels on s’attache. Puis cette fin… Dingue. Juste dingue.

Je pense que je vais faire une petite pause dans mes lectures de roman parce que tout me paraîtra fade après Je suis ton ombre et ça ne serait pas très juste pour les autres auteurs. Coup de cœur absolu ♥ Je vous le recommande très chaudement, mais je le répète, il n’est pas à mettre entre toutes les mains.

Rouge Toxic – Morgane Caussarieu

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Rouge Toxic est le dernier roman en date d’une de mes auteures favorites, Morgane Caussarieu. Il est publié chez Naos au prix de 14.90 euros. Il s’agit d’un excellent roman vampirique dans la veine Young Adult.

Rouge Toxic, c’est l’histoire de Barbie et Faruk. Barbie (diminutif de Barbara) est une lycéenne américaine qui a perdu son père, attaqué par un chien enragé (hin hin), et qui surmonte le deuil dans un nouveau lycée à San Francisco, sous la garde attentive de son parrain, Abe. Faruk est un vampire, un vryk, transformé il y a plusieurs siècles par un personnage qui ne sera pas inconnu à ceux qui ont déjà lu Dans les Veines, et qui vit sa petite vie dans le Tenderloin (bas quartier de San Francisco), jusqu’au jour où on lui propose un drôle de marché: veiller sur Barbie et la protéger.

Expliqué comme ça, je sais, le roman ressemble à un pitch de romance à deux balles qui surfe sur la vague vampire. C’est là que le talent de Morgane Caussarieu intervient: non seulement elle reste fidèle à sa mythologie (créée dans ses autres écrits) mais en prime, elle propose un livre hyper référencé qui plaira forcément à tous les fans du genre. Si elle abandonne le côté dépravation sexuelle qu’on retrouvait (avec délices) dans ses romans pour adultes, elle ne laisse pas pour autant la violence et offre une histoire dure, glauque, qui se dévore en quelques heures.

Pour autant, ce livre aurait juste été une agréable lecture sans la présence de personnages exploités dans ses autres titres et de cet univers que j’apprécie tout particulièrement. Quel bonheur de retrouver mon petit chouchou J-F (Dans les veines), de croiser le Baron Samedi (Black Mambo), d’avoir, en quelque sorte, une suite informelle à Dans les Veines. Non pas que les protagonistes soient ratés, simplement je ne me suis pas vraiment attachée à Barbie (je crois que j’ai définitivement un problème avec les filles) et si Faruk me plaisait vachement, il m’a un peu déçue sur la fin. Vous comprendrez pourquoi en lisant l’épilogue. Pourtant, j’y ai cru à un moment (ceux qui ont lu verront lequel, sûrement une de mes scènes favorites)… Bref, ma politique anti-spoil m’empêche d’aller plus loin dans ma frustration de lectrice.

Rouge Toxic s’inscrit merveilleusement dans l’œuvre de Morgane Caussarieu. Il peut se lire indépendamment de ses autres titres mais vous manquerez certaines références et clins d’œil habilement dissimulés au fil des pages. On ressent la patte de l’auteure, même s’il y manquait un petit quelque chose (à mon goût, j’insiste là-dessus, mais c’est parce que j’aime justement ce côté trash et sans limite chez l’auteure), justifié par les personnages adolescents. Elle réussit tout de même à proposer un roman young adult de qualité qui se dévore et exploite le mythe du vampire avec brio sans tomber dans la romance bas de gamme. Qu’est-ce que ça fait du bien ! Pourtant, un vampire au lycée, c’est vu et revu et re-revu… Mais la manière dont elle présente son sujet est telle qu’on n’a pas ce sentiment d’une énième redite. Sa force se situe, je pense, dans l’alternance des points de vue et dans le soin apporté à chacune de ses phrases. Le roman est écrit à la première personne avec des chapitres courts, dynamiques, dans la tête de Barbie puis de Faruk. Par ce biais, elle peut non seulement nous donner le point de vue de l’humaine mais aussi celui du vampire, ses problèmes quotidiens, on sent qu’elle a réfléchi à tous les aspects de son histoire.

Comme toujours, l’auteure maîtrise son sujet, que ce soit pour le vampire ou pour le vaudou, comme elle nous l’a déjà prouvé dans Black Mambo. Avec Rouge Toxic, Morgane Caussarieu réaffirme et défend sa place de reine du vrai roman vampirique en France. À mes yeux, ses livres sont des must-reads qui ne vous laisseront pas indifférent. Si vous ne connaissez pas, FONCEZ !

Je terminerai en disant que j’espère très fort que son prochain livre se concentre sur J-F. ♥ Mes espoirs sont-ils vains? En attendant, il me reste encore Je suis ton ombre mais j’ai peur de le lire parce qu’il ne me restera plus rien de l’auteure après x.x Ne cherchez pas la logique, je suis accro.

Premières lignes #2

Bien le bonjour à tous !

Qui dit dimanche, dit « Premières lignes » le rendez-vous hebdomadaire créé par Ma Lecturothèque.

Aujourd’hui, j’ai choisi Dans les veines de Morgane Caussarieu, une auteure française incontournable quand on parle de romans subversifs et d’écrits gores. On m’a longtemps poussée à la lire (genre, plusieurs années hein) mais comme je suis contrariante, j’ai attendu l’été dernier pour cela et ce fut une grosse claque. Ce roman revient à l’essence même de la créature vampire: ce sont des monstres obsédés par le sang, dotés d’une moralité qui les éloigne drastiquement de l’humanité, ce qui donne lieu à des déviances. L’auteure n’a pas peur de se salir les mains et elle écrit avec beaucoup de soin, d’une manière juste et efficace. Depuis ma lecture de Dans les veines, Morgane Caussarieu est devenue une auteure dont j’adore dévorer les écrits et je me suis gardée Je suis ton ombre pour le PIF2018 ( pour rappel, voici les chroniques qui la concernent: dans les veineschéloïdesblack mambo ). Si vous n’avez pas un petit cœur ni une âme sensible, lisez-la. Vraiment.

Voici la 4e de couverture:
« La canicule enflamme les nuits bordelaises. Une bande de junkies dévaste un supermarché, des filles perdues poussent leurs derniers soupirs sur des airs de New Wave tandis qu’on repêche des cadavres exsangues dans la Garonne. Il semblerait qu’un groupe de tueurs dégénérés avides de sexe, de drogue, de rock’n’roll et de sang ait élu domicile dans la charmante cité. Des vampires, le mot absurde et terrible est sur toutes les lèvres sans que personne n’ose le prononcer. L’enquête du lieutenant Baron piétine alors même qu’une vidéo incrimine J.F., une ancienne star de la scène alternative punk et sa bande de marginaux. De son côté, Lily, la fille unique de Baron, rencontre un séduisant jeune homme à la peau trop pâle, au visage d’ange et à la maigreur maladive. Elle trouve dans cette passion toxique et mortifère un remède à son mal-être. »

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Voici les premières lignes:
« Sur l’horloge digitale de la station de tramway, les chiffres rouges indiquaient vingt-trois heures quarante-quatre. La prochaine navette n’allait pas tarder à arriver. Martine Renzi était seule à l’attendre. Elle s’était assise le plus confortablement possible sur le banc de l’abri en plexiglas, les jambes étendues devant elle et le dos tordu pour épouser le dossier. Bercée par le bourdonnement du lampadaire, elle somnolait.
Des bruits de pas indécis. Elle leva les yeux. Une silhouette élancée portant une forme noire dans ses bras s’assit à ses côtés. Le bois du banc craqua légèrement. C’était une jeune femme, typée Asiatique, avec son bébé. Le visage de l’enfant était tourné tout contre le sein de la mère. Celle-ci chantonnait, caressant de la main les joues rondouillettes. Martine Renzi réprima un sourire de tendresse. Elle avait trente-quatre ans et bientôt, son corps serait trop vieux pour donner la vie.
Le bébé, profondément endormi, ne s’éveilla pas quand la mère déposa un baiser dans son petit cou.
Martine Renzi détourna le regard. Elle ne voulait pas être surprise à contempler ce moment d’intimité qu’elle ne pouvait s’empêcher de jalouser. Elle avait avorté quatre ans auparavant, parce que ce n’était pas le bon moment, parce qu’elle ne se sentait pas prête, parce que le bébé n’aurait pas eu de papa. Eliott aurait maintenant trois ans et demi si tu ne l’avais pas fait disparaître avant même que ses petites mains ne soient formées. Aurait-il eu les yeux bleus ? Noisette, comme les tiens ? Aurait-il été aussi beau que celui que cette jeune femme tient au creux de ses bras ?
Le bébé poussa un vagissement plaintif. La mère se pencha sur lui davantage et ses longs cheveux d’ébène formèrent un voile autour de l’enfant. Il cessa de sangloter alors qu’elle massait ses pieds aux chaussons de poupée…
Une sonnerie retentit. Les roues crissèrent sur les rails et les portes automatiques du tramway s’ouvrirent devant Martine, l’invitant à entrer. Elle quitta le banc, laissant la mère et sa progéniture enlacées.
La navette était presque vide. Elle s’assit en face d’un jeune branché au tee-shirt à paillettes. Derrière la vitre, la jeune femme avait toujours la tête blottie contre son enfant. Sur la banquette d’à côté, un joli garçon aux incroyables yeux violets lui souriait tristement. Le tramway redémarra et elle rendit son sourire à son voisin.

Entre les doigts de la femme asiatique, la peau du bébé avait viré au bleu pâle. Elle le souleva en le tenant par une cheville. Sa grosse tête disproportionnée pendouillait au bout de son corps frêle. Elle le laissa tomber dans la poubelle de l’arrêt, juste assez grande pour contenir le minuscule cadavre. »

Poésie macabre, ambiance gothique et destructrice, le tout accompagné par une plume incisive et maîtrisée. Avez-vous déjà lu Morgane Caussarieu? Qu’en pensez-vous? Aimez-vous les romans gores? Dites-moi tout 😉

Black Mambo – Sophie Dabbat, Morgane Caussarieu & Vanessa Terral

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Black Mambo est un recueil de trois romans courts autour du thème de l’Afrique, de sa culture et de ses mythes magiques. Il réunit les textes de trois romancières françaises: l’Ivresse du Djin de Vanessa Terral, la danse Éternelle des roseaux de Sophie Dabbat et les enfants de Samedi de Morgane Causarieu. Ce recueil est disponible aux Éditions du Chat Noir au prix de 19.90 euros.

Comme il s’agit de trois histoires distinctes, je me propose d’évoquer chacune d’elle plus précisément avant de parler du recueil de manière générale.

L’ivresse du Djinn de Vanessa Terral prend place dans un pays arabe et nous raconte l’histoire de Leila, possédée par un djinn, exorcisée pour mieux plonger ensuite dans les pires tourments qu’on puisse imaginer pour une femme. Contrairement aux deux autres histoires, je l’ai trouvée assez poétique. Elle nous offre une réflexion intéressante sur le concept de culture et d’anthropocentrisme, ce que j’ai particulièrement apprécié. La présentation de la culture arabe dont elle s’inspire est très intéressante mais j’ai surtout préféré la partie dans le désert. C’est la nouvelle la moins gore des trois mais elle est assez dure tout de même sur un plan psychologique, quoi que sa conclusion soit surprenante.

La danse Éternelle des roseaux de Sophie Dabbat prend place dans un pays d’Afrique du Sud, sous dictature, où se déroulent des meurtres rituels d’une rare violence qui trouvent un écho en France. L’inspectrice Hlengiwe Dilaniti, originaire de ce fameux pays, enquête et est forcée de revivre son passé pour trouver les clés de ce mystère. J’ai trouvé cette nouvelle particulièrement malsaine mais j’ai été très frustrée. Je trouve qu’il y avait matière à un roman complet, un one-shot évidemment mais beaucoup plus longs. Pour moi, tous les éléments de cette histoire auraient pu être développés bien plus en profondeur pour offrir un texte plus percutant, plus sombre, moins brouillon. Par moment, l’alternance entre les flashbacks et la réalité coupe le récit et ce format ne s’y prête pas très bien. C’est dommage, parce que j’ai beaucoup aimé les idées de Sophie Dabbat, les thèmes qu’elle parvient à aborder (comme par exemple la présence du SIDA) et sa conclusion. Surtout sa conclusion, je n’avais pas vraiment vu venir une fin pareille !

Les enfants de Samedi de Morgane Caussarieu prend place à la Nouvelle-Orléans. On y rencontre Mika, jeune français tout juste arrivé aux États-Unis pour profiter du carnaval, après avoir reçu un billet d’avion de la part d’une mystérieuse vieille tante. Billet d’avion qui tombait à pic, vu qu’il avait justement besoin de se faire oublier sur Paris. Mika est un personnage-type qu’on retrouve dans l’écriture de Morgane Caussarieu, un mec un punk un peu paumé qui aime la fête, les prods, qui n’est pas forcément le plus malin ni le plus fort, loin de là, et qui se retrouve embarqué dans des histoires de dingues. Je l’ai beaucoup aimé, ainsi que Ghilane ! Cette nouvelle nous propose une plongée dans la culture vaudou, magnifiquement maîtrisée par l’auteure. J’ai adoré cette nouvelle, où j’ai retrouvé le style si particulier de Morgane Caussarieu, qui ne se lasse pas de me plaire. Cette histoire est la plus longue mais aussi, je trouve, la plus extrême et fournie en termes de détails gores. La scène du cimetière, vers la fin, sérieusement… SÉRIEUSEMENT !! C’était énorme (sans mauvais jeu de mots).

Ce recueil va crescendo. Chaque histoire est plus sombre et violente que la précédente. Il nous offre un panorama des cultures africaines, autant du nord que du sud, et parvient à aborder des thèmes importants tout en nous régalant de sa décadence assumée. J’ai passé un excellent moment à lire Black Mambo, que je recommande à tous ceux qui sont avides de textes gores qui sortent du lot, préparés pour vous par des auteures françaises talentueuses. J’ai désormais très envie de découvrir Sophie Dabbat et surtout, de lire un autre roman de Morgane Caussarieu (heureusement, il m’en reste un dans ma liseuse !). Vanessa Terral semble plus mesurée et poétique, mais elles ont toutes les trois un indéniable talent.

En bref, c’est un gros coup de cœur qui fera un excellent cadeau sous le sapin !

Dans les veines – Morgane Caussarieu

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Dans les veines de Morgane Caussarieu est un roman subversif fantastique disponible en poche chez Mnémos au prix de 10.90 euros. Il date de 2012 et est publié dans la collection Dédale. Je tiens à souligner le travail de l’artiste sur la couverture, que je trouve absolument magnifique, magnétique et totalement adaptée au roman. Chapeau !

Depuis que j’ai fait mes premiers pas dans le milieu littéraire, j’ai souvent entendu « ah tu fais du dark? Tu dois absolument lire Morgane Caussarieu, c’est une référence. » sauf que j’ai toujours tendance à faire exactement l’inverse de ce qu’on me conseille, je crois que c’est encore un coup de mon esprit de contradiction bien pourrave. N’empêche, quand ce roman s’est retrouvé en promotion numérique pour une vente flash le week-end dernier chez les Indés de l’Imaginaire… J’y ai vu un signe et j’ai choisi de sauter enfin le pas pour plonger dans cet univers différent et inconnu.

Enfin, pas si inconnu que ça… Ma première réflexion au bout d’une cinquantaine de pages a été de me dire que l’univers et le style d’écriture de Morgane Caussarieu ressemble fort à Poppy Z. Brite. Je dis bien ressemble, parce que ce n’est pas un bête copier / coller (comme j’ai pu le lire sur certaines critiques) et je sais de quoi je parle puisque Poppy est une de mes auteures favorites. On sent que Morgane est une fan, elle aussi, grâce aux références qu’elle glisse au long du roman et à sa vision très crade des vampires. C’est un élément que j’ai particulièrement apprécié dans ma lecture, ce côté outrageux, sale, dépravé, sans aucune limite. Une ode au macabre atrocement réaliste, jouée par des personnages affreux et attachants à la fois. Je ne sais pas qui je préfère entre J.F., Gabriel ou Fleur (avouons le, cette petite mamie dépote !) mais ils sont extraordinaires. Ils arrivent à me dégoûter tout en me fascinant, un tour de force assez impressionnant. Sérieusement, Gabriel… J’ai encore des frissons.

Replonger dans ce type d’univers m’a fait du bien, je n’avais pas conscience que ça me manquait jusqu’ici et ça m’a donné envie de relire le Corps Exquis et Âmes Perdues. D’ailleurs, je vous recommande chaudement la lecture de ces deux ouvrages.

Pour revenir à Dans les Veines, chaque élément de l’histoire provoque le malaise et la fascination malsaine qu’on s’attend à ressentir dans ce type de roman subversif. L’auteure choisit bien ses mots et son style s’adapte à merveille à chaque personnage qu’elle incarne, au point que ça devient une expérience profondément perturbante, de lire les chapitres du point de vue de Gabriel et de J.F. Ce sont surtout eux qui m’ont marqués mais ce ne sont évidemment pas les seuls, ça dépend des sensibilités. Ses personnages, d’ailleurs, n’ont rien de héros sexy et parfaits physiquement qui provoquent instantanément des fantasmes à vous faire mouiller votre petite culotte. Ils sont vicieux, dépravés, en réalité ils sont plus humains (dans le sens péjoratif du terme) que la majorité des figures littéraires modernes. Ironique, pour des vampires…

On plonge dans leur psyché sans philtre, sans fard, sans possibilité de faire demi-tour. Les thèmes abordés vont déranger et ce roman n’est clairement pas à destination d’un public trop sensible, ni à mettre entre toutes les mains. On a du viol, de l’ultra violence, de la torture physique et psychologique, de la drogue, une ambiance très nihiliste et punk dans l’underground bordelais. Musique alternative, fantasmes inassumés (et inassumable)… Même moi, j’ai été gênée par certaines scènes (et c’est ça qu’on veut), principalement l’inceste à la limite de la pédophilie entre Lily et son père. Ce qui me permet de souligner un élément qui m’a un peu fait rouler des yeux dans le roman, mais c’est surtout parce que ça rejoint une réflexion générale que je me suis faite à plusieurs reprises et ça me permet de la glisser ici:

Lily, l’un des personnages principaux du roman, est l’archétype de la fille qui a tous les malheurs du monde. Et ces malheurs me donnent l’impression d’exister uniquement pour justifier sa fascination pour la mort et son désir de fréquenter Damian, envers et contre tout, passant outre le fait que ce soit un tueur en série. Sauf que ce type de justification démystifie un peu l’univers et le message du roman, dans le sens où j’aurais préféré que l’auteure assume jusqu’au bout avec son personnage, sans chercher à rationaliser ses réactions ou ses désirs. Toutefois, je précise que le choix n’est pas incohérent dans la diégèse de l’histoire et ça apporte un peu d’humanité (assez paradoxalement vu le sujet) à ce récit d’une profonde noirceur. Sauf que personnellement, vous le savez, je suis adepte de la noirceur ordinaire, c’est-à-dire du mal qui ne se cherche aucune excuse. Je précise toutefois que cette réflexion vaut pour le personnage de Lily, mais que ceux de J.F., Seiko et Gabriel compensent largement. C’est juste que j’aurai préféré que l’humaine de l’histoire n’ait pas besoin de justifications dans ce genre pour normaliser sa fascination morbide. Mais bon, c’est un détail et ça ne gâche pas du tout le récit.

Pour résumer, Dans tes Veines est un roman que j’ai beaucoup aimé découvrir, porteur d’une forte inspiration de Poppy Z. Brite, une auteure que je vous conseille. Bon, soyons honnêtes, j’ai carrément pris mon pied à replonger dans ce genre d’univers. Morgane Caussarieu écrit dans la même veine avec un talent indéniable, des personnages bien à elle, revisitant le mythe du vampire pour le ramener à son essence première: celle du monstre. Je vous recommande Dans tes Veines mais attention, âmes sensibles s’abstenir, parce qu’il faut avoir le cœur bien accroché et l’esprit très ouvert pour prendre du plaisir à cette lecture !