Le chant des Épines #3 Le Royaume Brisé – Adrien Tomas

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Le Royaume Brisé
est le troisième (et dernier) tome de la saga le Chant des Épines écrit par l’auteur français Adrien Tomas. Publié chez Mnémos, vous trouverez cet ouvrage au prix de 20 euros.
Je remercie chaleureusement Nathalie et les Éditions Mnémos pour ce service presse.
Il s’agit de ma seconde lecture pour le S4F3s5 organisé par le Lutin !

Chroniquer une suite est toujours délicat, entre les spoilers et les réflexions qui ne prennent sens qu’à la lecture de la saga entière. Cette chronique contiendra donc des parties blanches qu’il vous suffira de surligner pour dévoiler le texte qu’il cache et qui contient des informations sensibles pour ne pas vous gâcher l’intrigue. Je vous encourage du même coup à découvrir mes chroniques pour le tome 1 et le tome 2

Nous avions quitté Ithaen et les Épines après une cuisante défaite au pied des remparts de Kal’Tirin. La reine tente de trouver de nouveaux alliés auprès de la Fille, représentante de la Sylve et les personnages survivants organisent la résistance. Merisia, maîtresse espionne, a créé le Ver avec d’autres survivants afin de mener une guérilla contre les envahisseurs Seï. Vermine a passé un accord avec les Sœurs afin de pouvoir apporter un soutien magique à Ithaen quand le moment sera venu. Quant à nos immortels, ils continuent d’intriguer, fidèles à eux-mêmes et toujours aussi attachants. Enfin, à mon goût. Ce volume se concentre donc sur la reconquête du Nord et la concrétisation de ce Royaume Rêvé dont Ithaen parle depuis le premier tome. Et ce, quel qu’en soit le prix.

On retrouve tous les ingrédients qui firent le succès des tomes précédents : une écriture efficace et maîtrisée, une diégèse crédible et des personnages pour lesquels on se passionne. L’univers se développe encore davantage grâce à de nouvelles créatures qui sortent des standards habituels. Le bestiaire exploité par Adrien Tomas continue de s’enrichir, accordant encore plus de crédibilité au monde des Six Royaumes. Quant à l’intrigue, elle s’accélère et prend un tournant beaucoup plus sombre par rapport au premier volume ! En réalité, le cheminement et les choix de certains personnages m’ont plus d’une fois surprise, horrifiée, fascinée, parfois les trois à la fois. Un tour de force. L’ambiance, évidemment, est sombre, désenchantée, comme de juste puisque la guerre fait rage. Et surtout, elle esquive le manichéisme puisque l’auteur, en multipliant les points de vue, permet de comprendre la philosophie et les convictions de chacun. Il n’y a aucun parti pris, juste la peinture infâme des extrémités auxquelles peut pousser l’humanité ou les bons sentiments. On dit que l’enfer est pavé de bonnes intentions… Ç’aurait pu être le sous-titre de la saga.

Au final, cette suite au Royaume Rêvé se révèle donc très contrastée dans son idéologie. Le personnage d’Ithaen effectue ses choix en pensant au plus grand bien, quitte à sacrifier ses amis et ses alliés. Elle m’a glacé le sang plus d’une fois, quand on pense qu’elle n’a que quinze ans au moment du troisième tome… Adrien Tomas m’a fait passer par toutes les couleurs en parvenant à rendre son univers suffisamment vivant pour que je m’y plonge, que je me laisse happer comme si j’en étais moi-même un personnage.

Outre tous ces élément très positifs, il y en a un autre que je souhaite relever. Dans un roman de fantasy, il est courant d’assister à des guerres ou au moins des affrontements, quel que soit leur ampleur. Un exercice pas forcément évident… Dans lequel excelle Adrien Tomas ! On sent qu’il s’y connait en stratégie et qu’il maîtrise le sujet à fond sans pour autant devenir incompréhensible aux yeux du profane car on n’a aucun mal à visualiser les scènes qu’il décrit. Un pur plaisir.

Quand je constate l’enthousiasme autour d’une saga comme le Trône de Fer, je m’étonne et déplore que le public (surtout français mais à quand une traduction anglaise? 😉 ) ne se tourne pas vers les Six Royaumes, composé de différents textes dont le Chant des Épines mais aussi la Geste du Sixième Royaume et la Maison des Mages. Je ne peux que recommander chaudement la lecture du Chant des Épines car même si le premier tome parait naïf et tout public (peut-être même, Ô sacrilège, young-adult parfois), ce roman à l’origine écrit pour être un one-shot (et scindé en trois pour des besoins éditoriaux) ne manque ni de complexité, ni de maturité, ni de richesse. Il séduira son public en lui procurant des émotions intenses et en proposant des personnages aussi soignés qu’attachants. Une excellente découverte donc, qui confirme l’auteur au rang des maîtres en fantasy francophone.

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Grand Siècle #3 la conquête de la Sphère – Johan Heliot

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La conquête de la Sphère est le troisième (et dernier) tome de la saga Grand Siècle écrite par l’auteur français Johan Heliot. Publié chez Mnémos, vous trouverez ce roman dans la collection Icare au prix de 19 euros.
Je remercie les éditions Mnémos et Nathalie pour ce service presse.
Ceci est ma 28e lecture (et dernière) pour le Printemps de l’Imaginaire francophone.

Honnêtement, je trouve toujours délicat de chroniquer un tome 3 sans, d’une part, se montrer redondant et de l’autre, spoiler des éléments entiers de l’intrigue. Je vais donc commencer par vous renvoyer à ma chronique du tome 1 et à celle du tome 2. Une partie de cette chronique sera surlignée de blanc, afin de dissimuler les éléments d’intrigue divulgués tout en fournissant à ceux qui le souhaite un retour complet doublé d’une certaine analyse. Pour les autres, ce sera un peu une chronique à trou et je m’en excuse.

La conquête de la Sphère, comme son nom l’indique, marque l’ultime mise en place du plan de l’Intelligence, arrivée sur Terre presque cinquante ans plus tôt. À l’instar des autres romans, celui-ci se déroule sur plusieurs années et continue de suivre les (més)aventures des enfants Caron, devenus adultes et même vieux pour certains. Pierre et Jeanne ont fuit Paris à la fin de l’envol du Soleil et se sont réfugiés en Bohème depuis quelques temps déjà quand le Pape pousse le Saint-Empire à lever une Sainte Coalition afin d’affronter le roi de France par l’entremise de son frère Philippe (quel personnage d’ailleurs !). Jeanne, Pierre et Stepan, qui va plus ou moins devenir leur fils adoptif, s’enrôlent donc pour ramasser les morts sur le champ de bataille. Du côté d’Estienne, après le meurtre de l’ancien amant de sa sœur (qui lui-même a tué Petit Pierre dans le tome précédent) il est enfermé dans une cellule par l’Intelligence qui a de grands projets pour lui. En effet, sa compatibilité d’esprit avec le Roi Louis fera d’Estienne un réceptacle efficace pour la copie du Roi qui souhaite accompagner l’Intelligence dans son exploration spatiale. Il retrouvera ainsi Martin, toujours officier sur le Soleil, malgré un momentané passage en soute pour le punir du meurtre d’un collègue. Estienne comme lui auront droit à des éclaircissements de la part de l’Intelligence sur les réels motifs de sa venue et de cet investissement envers l’espace. Enfin, Marie est contrainte de vendre sa fille (pour rappel, la bâtarde du Roi Louis) à une noble dame, ce qui offre à la petite Jeannette une vie plus belle, du moins jusqu’à ce que la guerre arrive aux portes de Paris. Marie, quant à elle, connaîtra un bien funeste destin.

Dans sa trilogie qui s’étend sur une cinquantaine d’années, Johan Heliot réussit avec brio l’évolution des différents protagonistes et parvient à passionner son lecteur pour chacun d’eux. Du même coup, il réfléchit intelligemment à l’évolution de son monde. Je vous parlais des éclairages effluviques et de l’appareil de luxovision dans le second tome, ils se démocratisent de plus en plus partout dans Paris jusqu’à devenir de véritables outils de propagande. Johan Heliot en profite pour pousser le lecteur à réfléchir à la place des médias dans notre propre société et à la nécessité d’un esprit critique affuté sans toutefois tomber dans le moralisme à deux ronds.

Et c’est ce que j’apprécie tout particulièrement chez cet auteur. En plus d’être, selon moi, le maître de l’uchronie francophone, il parsème ses récits de réflexion philosophico-sociales au détour d’une remarque d’un personnage ou d’une situation inattendue. J’ai particulièrement apprécié la façon dont Jeanne en vient à remettre en question la force de la plume face à l’épée, en nuançant cet utopisme presque naïf qu’elle avait dans les deux tomes précédents. Cela donne au récit un petit côté désabusé assez triste mais terriblement actuel et pertinent.

Quant à la fin… Quelle ironie, finalement ! J’ai ressenti une forme d’amertume pour Pierre, laissé en arrière face à son destin mais aussi un vrai plaisir à l’idée de cette Angleterre qui ouvre ses portes aux enfants Caron, permettant à Jeannette de développer ses prédispositions scientifiques. La fatalité voudra que, peu importe les manipulations de l’Histoire, l’impérialisme anglais trouve toujours un chemin, même en dehors des frontières terriennes. Ce qui ne manque pas d’intérêt, c’est également la réflexion développée sur la partie concernant le voyage dans l’espace, le sacrifice des hommes pour le plus grand bien, l’égoïsme de certains et ce final en demi-teinte. Johan Heliot prend ainsi le contrepied des séries bien pensantes en proposant une réflexion à la fois réaliste et positive de l’Humanité, à travers le regard de l’Intelligence.

J’aurai aimé dire davantage mais je ne vois pas l’utilité de me répéter ou de reprendre des morceaux entiers de mes précédentes chroniques dont les liens sont rappelés plus haut dans ce billet. Grand Siècle se caractérise par la constance de l’auteur qui fournit chaque fois un tome égal au précédent en terme de qualité, fourmillant d’idées aussi osées que plaisantes, avec un vrai fond et une plume délicieusement maîtrisée. Je suis ravie qu’un auteur ait eu l’idée et le culot d’écrire un roman de science-fiction qui prend place à l’époque de Louis XIV. Je salue l’initiative et félicite les éditions Mnémos d’avoir publié ce chef-d’œuvre dont je recommande la lecture à tous ceux qui n’ont pas peur des nouvelles expériences. Ça vaut le coup, pour autant qu’on garde l’esprit ouvert !

Le Chant des Épines #2 le Royaume Éveillé – Adrien Tomas

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Le Royaume Éveillé est le second tome de la trilogie du Chant des Épines écrit par l’auteur français Adrien Tomas. Publié chez Mnémos en 2017, vous trouverez ce roman au prix de 19 euros.
Je remercie très chaleureusement Nathalie et les Éditions Mnémos pour ce service presse.
Ceci est ma 22e lecture dans le cadre du Printemps de l’Imaginaire francophone.
Ceci est ma 2e lecture pour le Mois Fantasy qui peut valider les catégories suivantes: un livre écrit par un auteur francophone, un livre à la couverture bleue (glace hein mais ça passe ! (Oui y’a de la mauvaise foi.)), une nouveauté de ma PàL, une suite de saga.

Rappelez-vous, je vous ai récemment présenté le premier tome de cette trilogie. Pour ceux qui ont la flemme de lire la chronique complète, je lui trouvais certaines qualités malgré une impression de trop classique et de personnages pas suffisamment complexes. Je m’attendais à davantage venant de l’auteur de la Geste du Sixième Royaume, un one-shot dont je gardais un souvenir prégnant pour sa complexité et sa maturité (même si je l’ai lu il y a environ une éternité, avant que le blog n’existe, ce qui explique l’absence de chronique mais un jour, promis, je m’y ré-attaque !). Toutefois, avec les derniers chapitres, j’ai eu le sentiment que l’auteur réservait encore quelques surprises à son lectorat et j’ai décidé de suivre mon instinct en me lançant dans la lecture de la suite. Bien m’en a pris !

Nous retrouvons nos héros un an après les évènements du Royaume Rêvé. Ithaen continue d’unifier le Nord afin de se préparer à contrer l’attaque de l’Empire Seï qui ne manquera plus de se produire. Elle doit affronter de nombreuses difficultés : certains clans résistent encore, d’autres peuples ont envie de profiter de l’occasion pour avoir leur part du gâteau, les Sœurs Grises piquent une petite crise parce qu’elles ont été roulées « par une gamine de treize ans » ce qui la prive d’un soutien magique extérieur à Vermine et aux nécromanciens (après, vous me direz, c’est déjà pas mal)… Bref, c’est pas la joie. Je ne vous en révèle pas davantage pour éviter les spoilers.

Comme je le soupçonnais, l’auteur a plus d’un tour dans son sac. En gardant le principe de roman chorale, Adrien Tomas nous replonge dans l’esprit des protagonistes que l’on appréciait (ou non, coucou Ysemir) dans le premier volume tout en ajoutant de nouvelles têtes. Ainsi, on fait connaissance avec les Elfes, ce qui nous permet aussi de voir ce qui se passe du côté de l’Empire. J’ai beaucoup aimé le personnage de Zaere et le fait que les protagonistes ne restent pas figés dans leurs rôles. Face aux évènements, ils sont amenés à se poser des questions, à réfléchir sur leurs certitudes et même à revoir fondamentalement leurs positions. Ils évoluent avec le temps et les épreuves, ce qui les rend vivants et crédibles.

L’univers reste une grande force dans la fantasy d’Adrien Tomas. Le Chant des Épines se classe sans discussion possible en fantasy, ce qui ne l’empêche pas d’inclure de l’ingénierie naine (magique certes mais quand même) à travers le personnage d’Aewar, qui prend une plus grande place dans le texte. Ses analyses de pure logique le rendent particulièrement attachant et plaisant à suivre. Ses échanges avec les différents protagonistes du récit ne manquent pas de fraicheur et je l’ai vraiment beaucoup aimé. Il faut dire que je suis sensible aux personnages de ce type…

Dans l’ensemble, l’ambiance de ce tome s’assombrit de plus en plus au fil des pages. Comme les héros grandissent, les thèmes suivent le même chemin et l’auteur en traite plein en même temps sans donner une impression de trop plein : le droit des femmes à user de leur corps sans recevoir de jugement, le droit à la liberté, les principes fondateurs de la démocratie, le racisme, la force des sentiments mais aussi des traumatismes, pour n’en citer que quelques uns. Il place un petit dialogue, une petite réflexion, au détour d’une discussion et ça m’a plus d’une fois interpellée dans ma lecture.

Plus on avance et plus je commence à soupçonner certains personnages de cacher des choses. Ce qui n’a pas empêché le dernier acte de ce tome de complètement me surprendre ! J’étais tellement plongée dedans que je me suis retrouvée à fixer la page avec une bouche de poisson, style: c’est-pas-possible-j’hallucine ! J’ai d’abord eu l’impression que ça sortait de nulle part puis en y réfléchissant un peu, je me rends compte du tour de force réalisé par Adrien Tomas pour qu’on soit aussi choqués que les Épines. Il réussit à nous émouvoir, à nous impliquer dans l’histoire qu’il raconte, n’est-ce pas la marque des auteurs talentueux? Au passage, évitez de trop vous attacher aux personnages, parce qu’il n’épargne personne et franchement, je sens que le troisième tome va se révéler contenir son lot d’effusions de sang.

Et du coup, oui, cette suite est sans conteste beaucoup plus immersive que le premier tome. J’ai lu deux cent pages quasiment d’une traite, sans m’en rendre compte, passionnée par ce que je découvrais alors que mon sentiment sur le Royaume Rêvé, si vous vous souvenez, était plus tiède. Elle contient aussi davantage d’action et des scènes de batailles bien plus détaillées, plus abouties et graphiques. On n’a aucun mal à se représenter le chaos de la mêlée mais aussi les attaques colorées des magiciens, qui n’en restent pas moins mortelles. Au moins, ça fait un joli spectacle quand on brûle sur place ! J’adore ce type de magie, ça me donne un délicieux sentiment jeu-vidéo / manga.

Pour résumer, le second tome du Chant des Épines est une réussite qui surpasse le premier. Je suis vraiment heureuse d’avoir donné sa chance à cette suite ! L’auteur gomme, ou en tout cas atténue, certains des défauts d’un premier tome un peu trop introductif pour entrer dans le vif du sujet avec un ton globalement plus sombre. Il développe brillamment la psychologie de ses personnages, ce qui immerge davantage le lecteur. Quant aux rouages de son intrigue, il en joue d’une main de maître, ce qui laisse son lecteur sans voix tout en entretenant de grands espoirs concernant l’ultime opus. Opus que je vais me procurer aux Imaginales, si vous aviez encore un doute. Son développement m’encourage presque à la conseiller également aux amateurs aguerris de fantasy mais j’attends la découverte du troisième tome pour me décider franchement là-dessus.

Le Chant des Épines #1 le Royaume Rêvé – Adrien Tomas

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Le Royaume Rêvé est le premier tome de la saga le Chant des Épines écrit par l’auteur français Adrien Tomas. Publié chez Mnémos, vous trouverez ce roman au prix de 19 euros.
Ce roman est ma seizième lecture dans le cadre du Printemps de l’Imaginaire francophone.

Voilà bien deux ans que cet epub traine dans ma PàL numérique. Acheté pendant une promotion estivale peu de temps après avoir lu la Geste du Sixième Royaume, il est finalement tombé dans l’oubli pour ressortir à l’occasion du PIF parce que bah… J’aime pas ne pas lire ce que j’achète. Quand même.

Le texte s’ouvre sur une présentation des différents clans dont on va parler dans le texte. Leur blason, leur histoire, l’identité de leur héritier. Ainsi, le lecteur se familiarise directement avec l’univers et il n’y a aucun doute quant à l’endroit où on se trouve ! Rien qu’à la sonorité des noms, on ressent le froid piquant du Nord. L’initiative ne m’a pas vraiment servie car je trouve que l’auteur place très bien ses personnages au fil de ses chapitre mais cela permet au moins de se rafraîchir la mémoire si, à un moment donné, on se perd ou on arrête la lecture pour x raison. Puis ça reste ludique. Bon point !

Au sein d’un roman chorale, Adrien Tomas nous propose de découvrir le destin des héritiers de clans nordiques qui ont pour projet de créer le fameux Royaume Rêvé du titre : un Nord unifié sans distinction de clan ou de caste afin de s’opposer à la menace qui plane sur eux. Enfin aux. Mais la voie empruntée est semée d’embuches. Le Nord est affaibli par des querelles entre les Quatre Citadelles. Sans parler des mandragores, vestiges de la civilisation elfique, qui apparaissent soudain et répandent la terreur dans les environs en massacrant à tour de bras. Puis n’oublions pas que ces héritiers sont des otages avant toute chose ! Ainsi, la princesse Ithaen tente de s’attacher leur loyauté en créant les Épines, une sorte de cercle d’élite composé entre autre d’Ysémir (le personnage le plus gonflant du monde), Merisia (l’apprentie de l’apothicaire) Solheim (le prince nécromant mais gentil hein, oubliez les tarés maléfiques habituels) et Vermine qui n’est princesse de rien du tout, juste une mystérieuse enfant sauvage liée à une prophétie dont on parle seulement au début du roman. En plus de ces héritiers, le lecteur suivra aussi des protagonistes mystérieux qui, a priori, n’ont rien avoir avec toute cette histoire. A priori seulement je suppose même si à la fin de ce premier tome, le lien reste obscur et titille la curiosité du lecteur.

Situé chronologiquement avant la Geste du Sixième Royaume, Adrien Tomas continue d’exploiter son vaste univers à la mythologie aussi riche qu’aboutie. À mes yeux, voilà le gros point fort du roman. Il transforme les races classiques pour leur donner un nouveau souffle, ce qui est très appréciable. Pour exemple, jusqu’au siècle dernier, les Elfes gouvernaient les humains, réduis en esclavage. Suite à une révolte, ils se sont réfugiés dans la forêt en laissant derrière eux un peu de leur sombre magie, notamment les mandragores mais pas que. Et forcément, quelqu’un a décidé de l’exploiter à des fins plus ou moins nobles. À vous de juger.

Je pense que ce roman est présenté comment destiné à un public adulte mais je l’ai trouvé plutôt parfait pour des ados ou des gens qui veulent s’initier à la fantasy. Vous me direz, c‘est normal, les princes en question SONT des ados en pleine recherche d’eux-même mais ce premier tome manquait parfois de nuance dans la psychologie des protagonistes et de surprises dans son action. Si certains éléments de l’intrigue ne manquent pas d’originalité, on devine trop facilement l’identité de ceux qui évoluent dans l’ombre (et dont on ne cite pas les noms pour entretenir le mystère), ce qui contribue à installer un faux suspens. En fait, seulement deux personnages collent vraiment à mes goûts et mes attentes: Ténèbres et la Locuste (cœur sur lui !) dont les manigances parviennent à entretenir mon intérêt. Il a l’air de manquer un sacré grain à ce type en plus. Donc forcément…

Si l’intrigue reste classique dans ce tome introductif, la fin laisse présager un développement plus complexe et sans doute plus sombre, il suffit de voir les titres des deux autres tomes pour s’en convaincre (ou pour l’espérer). Je gardais un autre souvenir de la fantasy d’Adrien Tomas (plus sombre, subtile, dérangeante) et en attendais autre chose. Du coup ce tome m’a déboussolée mais je lui reconnais volontiers des qualités prometteuses. Si ses personnages sont encore assez bruts et qu’à une ou deux exceptions, on a quand même droit à une bonne dose de manichéisme, les indices dissimulés dans le texte laissent à penser que ça ne durera pas. De plus, l’écriture fluide et maîtrisée de l’auteur en font un page-turner efficace dont on se surprend à vouloir connaître la suite.

Pour résumer, si je m’attendais à autre chose et que tout n’est pas parvenu à m’enchanter, j’ai tout de même passé un agréable moment lecture avec le Royaume Rêvé qui pose des bases prometteuses pour la suite de la trilogie. L’aspect roman chorale permet au lecteur de découvrir énormément de protagonistes et il s’en trouvera toujours au moins un pour vous plaire. De plus, l’auteur est un habitué de fantasy doublé d’un passionné et ça se sent quand on le lit. Finalement, ce livre a le problème de tous les tomes introductifs tout en réussissant à accrocher suffisamment pour donner envie de lire le second volet. Une réussite, si on résume. Personnellement, je vais laisser sa chance à la suite.

La Crécerelle – Patrick Moran

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La Crécerelle est un one-shot fantasy écrit par l’auteur français Patrick Moran. Publié chez Mnémos, vous trouverez ce roman au prix de 19 euros.
Je remercie Nathalie et les éditions Mnémos pour ce service presse.
Ce roman est ma septième lecture dans le cadre du Printemps de l’Imaginaire francophone.

Qui est la Crécerelle? Une femme, une magicienne, une tueuse. Mais qui est-elle vraiment? C’est ce que ce roman nous propose de découvrir à travers le récit au présent d’un narrateur externe qui affirme raconter une histoire inédite au sujet de cette figure détestée au sein de cette diégèse. La Crécerelle voyage et sème la mort sur son passage, contrainte par une entité maléfique avec qui elle a passé un pacte. En tentant de s’en débarrasser, la Crécerelle déclenche une série d’évènements qui risquent d’entrainer la fin du monde.

Le premier élément remarquable de ce roman est sans conteste son style littéraire. Patrick Moran utilise un vocabulaire soutenu à travers une narration à la troisième personne qui reste braquée sur le point de vue de la Crécerelle. Le récit est découpé en cinq spires et un épilogue, chacun précédé d’un tirage de tarot très mystérieux tout comme chaque en-tête de chapitre s’accompagne d’une réflexion philosophique parfois assez poussée. Si j’ai adoré cet aspect, il ne conviendra clairement pas à tout le monde et explique probablement l’avalanche de critiques mitigées sur ce titre. Notez qu’il n’y a pas que le vocabulaire qui puisse paraître difficilement accessible, il y a également l’univers. Patrick Moran a créé un lore d’une grande richesse dont il distille les détails à travers des scènes contemplatives qui pourraient tenir, par moment, de la digression. Et on va se l’avouer, tous les détails donnés par l’auteur ne servent pas forcément le récit, pas directement. Pourtant, ces passages sont prétextes à des développements métaphysiques qui, personnellement, m’ont ravie ! J’ai rarement été confrontée, en littérature fantasy, à un auteur qui réfléchit aussi loin dans le détail.

Si la Crécerelle se révèle un titre particulier, c’est également à cause de son anti-héroïne. Uniquement nommée par son surnom, elle tue pour servir l’entité dans une optique de moindre mal. De son point de vue, sa vie vaut davantage que celle des autres. Son cynisme et sa franchise m’ont tout de suite séduite. Enfin une héroïne féminine qui assume son humanité, sa dose d’égoïsme, qui sonne tellement vrai ! Elle n’a besoin de personne et prend son destin en main même si elle enchaîne les mauvais choix. C’est d’ailleurs l’un des seuls personnages de ce roman qui porte son nom. On retrouvera également l’entité maléfique présentée le plus souvent sous forme d’un œil ainsi qu’une femme, la Tétragyne, qui subira le contrecoup d’une erreur de la Crécerelle et se décidera à l’accompagner dans son voyage. La relation qui unit la Crécerelle à ces deux protagonistes est assez malsaine et le plus surprenant, c’est que la pire n’est même pas celle avec son bourreau. J’ai trouvé le développement psychologique proposé par Patrick Moran vraiment intéressant et immersif, assez fin dans ses choix.

À cause de son ton globalement pessimiste et de la grande violence de son univers, notamment à travers le côté monstrueux de certaines créatures et les descriptions assez crues des moments horrifiques, la Crécerelle se classe sans difficulté en dark fantasy et même en dark fantasy de qualité, ce qui n’est pas forcément facile à obtenir surtout dans le paysage francophone. Patrick Moran réalise donc un coup de génie qui ravira principalement un public de connaisseur mais qui vaut franchement le détour.

Pour résumer, la Crécelle est un texte fort et soigné qui pousse loin les réflexions philosophiques autant que métaphysiques. Son anti-héroïne bouscule les habitudes du lecteur qui aura peut-être du mal à rentrer dans ce roman différent mais d’une grande qualité littéraire. Son niveau en terme de langage et de contenu rebutera probablement les lecteurs à la recherche de la seule détente mais il séduira sans difficultés ceux avides d’un peu plus que cela. Je recommande très chaudement ce texte que j’ai adoré !

Chevauche-Brumes – Thibaud Latil-Nicolas

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Chevauche-Brumes est le premier roman de l’auteur français Thibaud Latil-Nicolas. Pépite de l’imaginaire 2019 publiée chez Mnémos, vous pourrez vous procurer ce roman au prix de 19 euros.
Je remercie chaleureusement Nathalie de chez Mnémos pour ce service presse !
Ceci est ma première lecture dans le cadre du Printemps de l’Imaginaire francophone 2019.

Chevauche-Brumes nous raconte l’histoire de la neuvième compagnie du Roy officiant dans le Bleu-Royaume. À peine revenue d’une mission difficile, on l’envoie à Crevet, une cité menacée par les créatures sorties de la brume (autrement nommées mélampyges). Ils ne partent pas seuls, heureusement pour eux ! Épaulés par une compagnie de cavalières (les doryactes) et deux mages (enfin un mage confirmé et son apprenti) ils ont pour mission de pénétrer dans la brume pour parvenir à un édifice qui pourrait détenir la clé de leur problème.

Voilà pour le pitch global.

Mais Chevauche-Brumes, c’est plus que ça.
Dans une fantasy à la frontière du Moyen-Âge et de la Renaissance (notamment pour son utilisation d’armes à poudre), Thibaud Latil-Nicolas nous dépeint une compagnie militaire sous tous les angles. Il prend le temps de parler de l’aspect intendance, des différentes fonctions, des combats, de l’ambiance mais aussi de développer les personnages qui la composent. Il nous permet donc de rencontrer, outre Saléon dans son rôle de chefs, d’autres figures intéressantes comme Belon le soigneur des bêtes, Quintaine le vétéran, Franc-Caquet le maître de discipline… Mais aussi Malandie, l’aspidacte des cavalières (leur cheffe quoi), la mage Isore, l’apprenti Jerod, le chef-par-intérim-qui-aimerait-mieux-pas-être-là Varago, et j’en passe. Ces personnages nombreux prennent tous vie sous la plume de l’auteur qui parvient à poser une ambiance intimiste sans sacrifier à l’action. On ressent l’esprit de camaraderie, les tensions, l’ambiance un peu soudard mais très soldatesque. C’est quelque chose qui me plait énormément en fantasy et que j’ai adoré retrouver dans ce roman. Un excellent point !

D’ailleurs, tant qu’on évoque les personnages, j’ai particulièrement apprécié la place des femmes dans ce roman. Elles ne sont pas oubliées et l’équilibre trouvé avec les protagonistes masculins est convainquant. Il ne s’agit pas de les placer sur le devant de la scène mais bien de les intégrer d’une manière cohérente. Elles sont guerrières ou mages, humaines avant tout et même si certains tiquent sur leur présence, elles parviennent à se faire leur place en tant qu’individu et plus seulement représentante d’un sexe. Parfois (ok, souvent), cela manque en fantasy ou alors on remarque une seule femme, pas plusieurs. Elles ne font pas figure de norme et dans son interview à ActuSF (dont je vous recommande la lecture) Thibaud Latil-Nicolas s’en étonne. En cela, Chevauche-Brumes s’inscrit dans ce que j’appelle la nouvelle vague française de fantasy aux côtés d’autrices comme Estelle Faye ou Manon Fargetton pour ne citer qu’elles.

Nous sommes donc dans une fantasy très militaire (vous savez à quel point j’adore ça ♥). Le roman contient beaucoup de scènes armées bien rythmées et maîtrisées. L’auteur connaît le vocabulaire adéquat et la stratégie, ce qui lui permet de proposer non seulement des personnages crédibles mais aussi des scènes d’action prenantes. La tension monte petit à petit face à ces créatures cauchemardesques sorties de la brume qui m’ont donné le sentiment d’une influence un peu manga (mais c’est peut-être moi qui transpose). Le style littéraire de l’auteur est très visuel, on n’a aucun mal à se représenter l’apparence de ces monstres et les ravages qu’ils causent.

L’auteur ne sacrifie pour autant pas le côté magique. Dans cet univers, elle est présente mais ne domine pas. Les mages sont des soigneurs, des bâtisseurs, mais il n’existe aucune unité de combat même si certains essaient de mettre ça en place. Les mages puisent dans la source pour parvenir à façonner des actions qui sont liées à leur personnalité. Ozgar vous l’expliquera bien mieux que moi dans le livre ! Je trouve l’idée originale, surtout vu la manière dont l’auteur l’exploite.

Au final, Chevauche-Brumes peut être un one-shot mais on espère vivement qu’il y ait une suite aux aventures de ces personnages car Thibaud Latil-Nicolas pose ici les bases d’un univers riche et prometteur. J’ai du mal à croire que je viens de lire un premier roman tant il apparait soigné, subtil et maîtrisé. Son style littéraire déjà affirmé laisse présager à cet auteur une longue et belle carrière parmi la nouvelle vague de fantasy francophone. Pour ne rien gâcher, le soin qu’il apporte à ses protagonistes ne manquera pas d’attacher favorablement les lecteurs aux péripéties de ces hommes et femmes du Bleu-Royaume. C’est une très belle perle dénichée par Mnémos (une de plus !) dont je recommande très chaudement la lecture aux adeptes de fantasy militaire. Un coup de cœur pour moi !

La Voie Verne – Jacques Martel

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La Voie Verne est un one-shot d’anticipation / science-fiction proposé par l’auteur français Jacques Martel. Nouveauté de chez Mnémos pour Janvier 2019, vous le trouverez en grand format au prix de 20 euros.
Je remercie Nathalie et les éditions Mnémos pour ce service presse !

Avant d’aller plus loin je dois préciser que ce roman a été difficile à chroniquer sans spoil et qu’il manque plusieurs éléments que je choisis d’écarter pour vous permettre de découvrir le texte dans sa totalité. Qu’on veuille bien me le pardonner pour cela.

L’histoire de la Voie Verne est racontée à la première personne par le personnage de John, à travers ce qui ressemble à un journal vocal (et je lui fais ici le même reproche que dans Frankenstein Délivré, du coup). Au début du roman, John se présente à la demeure des Dumont-Lieber en espérant obtenir la place de majordome vacante depuis quelques temps. Agathe, la châtelaine, y vit avec deux domestiques et Gabriel, son petit fils autiste. Ce dernier passe toutes ses journées dans le Halo, une réalité virtuelle dans laquelle on entre à l’aide de lunettes spéciales. Gabriel est aussi passionné par les Voyages Extraordinaires de Jules Verne même si beaucoup de gens semblent l’avoir oublié.

Le point fort de ce texte est sans conteste son univers et l’engagement idéologique qui en découle. Nous sommes toujours au XXIe siècle où le progrès technologie a peu à peu effacé le papier, raison pour laquelle je parle d’anticipation. La numérisation paraissait être la bonne solution pour tout le monde, jusqu’à ce que le Big Worm, un virus informatique, efface une grande quantité de données. En fait, les données de Z à V dans leur totalité et quelques autres des lettres suivantes, avant d’être arrêté. Du coup, impossible pour John, spécialiste de Jules Verne (et peut-être davantage ), de consulter ses œuvres puisque lui-même avait tout stocké en ligne. Sur différents espaces de stockage mais ça ne change pas grand chose. Heureusement, si posséder du papier est presque un crime dans cette France d’anticipation, John soupçonne les Dumont-Lieber de disposer une bibliothèque secrète, vu la passion bien connue de la famille pour Jules Verne. Voilà comment il se retrouve à travailler pour la châtelaine.

Jacques Martel propose ici un roman à cheval sur plusieurs genres. J’ai évoqué l’anticipation qui tourne à la science-fiction sur certains points du récit (du moins par rapport à notre époque mais d’une, ça se discute et de deux, ne soyons pas scolaires dans la classification littéraire 🙂 ). On trouve également des concepts métaphysiques qui ne parleront peut-être pas à tout le monde. Il devise énormément sur la force du mythe dans l’immortalité du corps (et de l’esprit), sur l’égrégore, la métempsychose, qui sont des éléments centraux du roman justifiant le projet de John et surtout, le soutien qu’il cherchera auprès de Gabriel. Si toutefois il parvient à communiquer avec lui… Ces points font également entrer ce texte dans la veine fantastique.

Sur un plan signifiant, la Voie Verne est très fort et engagé. J’ai hélas trouvé que, parfois, le propos théorique alourdissait le texte, provoquait des longueurs et entravait la rythmique de l’intrigue. Puis j’ai définitivement un souci avec ce type de narration qui paraît trop factice pour me permettre d’entrer dans la diégèse du roman. Fidèle à son modèle, l’auteur a cherché à enseigner, dans ses textes. À transmettre. Et en ça, on peut dire qu’il réussit, même si je trouve que c’est au détriment de l’histoire racontée. Il faut savoir que de Jules Verne, je n’ai lu que Michel Strogoff et je n’en garde pas spécialement un agréable souvenir. Si j’appréciais la démarche éducationnelle, je lui trouvais souvent des digressions techniques / théoriques qui ne conviennent plus, je pense, aux lecteurs de ma génération. C’est principalement une question de goût mais c’est ce qui m’a empêché de rentrer dans ce roman.

Ce que je regrette car je lui trouve pas mal de bons côtés et je suis certaine qu’il touchera son public de destination, auquel je n’appartiens pas. La Voie Verne propose une réflexion très intéressante sur des thèmes contemporains forts en plus de mettre positivement en avant la différence, à travers le personnage de Gabriel. J’ai beaucoup aimé son discours sur l’autisme et les formes d’intelligence. On est sans conteste face à un auteur érudit qui a peut-être été maladroit en voulant traiter trop de sujets d’un coup. Toutefois, la Voie Verne a des qualités et vaut la peine rien que pour son propos théorique. Je pense qu’il vaut mieux d’ailleurs le prendre comme une tentative de croisement entre l’essai et le roman plutôt que comme un roman « normal » (si tant est qu’il soit pertinent d’affirmer qu’il existe une norme au sein du genre roman. Là aussi, on peut discuter…). La Voie Verne touchera les adeptes de Jules Verne mais aussi les curieux qui chercheront à découvrir ce petit ovni littéraire à cheval entre passé, présent et avenir. Un nouveau texte qui ose et sort des sentiers battus pour Mnémos !