BML #24 – juin 2020

Bonjour à tous !
J’espère que vous allez bien et que votre mois de juin a été riche en lectures agréables. Nous nous retrouvons (déjà !) pour le bilan mensuel et vous allez le voir, il y a eu quelques abandons, quelques déceptions, mais pas que car même dans l’ombre, on garde le moral 😀

Côté romans :

Les brigades fantômes – John Scalzi (SP – l’Atalante)
Thunder #1 – David S. Khara (SP – ActuSF)
Les secrets du premier coffre – Fabien Cerutti (SP – Mnémos)
La guerre des trois rois – Jean-Laurent Del Socorro (ActuSF Graphic)
Yardam – Aurélie Wellenstein (Scrineo)
Les anges oubliés – Graham Masterton (Livr’S – lecture en cours)

J’ai terminé seulement six romans et j’en ai abandonné deux. D’abord Rocaille dont j’attendais beaucoup hélas le texte m’a rapidement lassée avec sa romance inutile et son protagoniste principal qui n’est pas vraiment celui qu’on croit -et que je n’ai pas apprécié. Ensuite j’ai tenté le Tour Décrou au Chat Noir (comme quoi vous voyez y’a aussi des Chat Noir auxquels je n’accroche pas :P) mais là c’est le style d’écriture et le choix narratif qui n’a pas su me convaincre, j’ai préféré le mettre de côté pour le reprendre à un moment plus propice. Le truc c’est que ces deux textes, surtout Rocaille, m’ont pris pas mal de temps parce que je repoussais sans arrêt le moment de les abandonner. Pour ne rien arranger, les autres romans lus (à l’exception des valeurs sûres : Fabien Cerutti et Jean-Laurent Del Socorro) ne m’ont pas plus emballée que ça. C’était sympa, divertissant, pas transcendant du coup j’ai eu un goût de trop peu sur mon mois. Même le Scalzi, je l’ai trouvé en-dessous des qualités habituelles de l’auteur donc je suis restée sur ma faim. Espérons que la tendance s’améliorera avec le mois de juillet !

Côté mangas :

Chobits #2 (Pika)
Otaku Otaku #4 -> #7 (Kana)
Noragami #12 -> #18 (Pika)
Beastars #6 (Ki-oon)
Assistant Assassin #1 (Omaké)
Anonyme ! #1 (Soleil)

Heureusement les mangas ont bien rattrapé les déceptions littéraires. J’ai continué avec plaisir la saga Noragami à laquelle je suis accro. Je vous en ai d’ailleurs parlé dans un article spécial d’À l’ombre du Japon, tout comme Otaku Otaku qui a eu droit à son focus. Enfin, j’ai testé une nouvelle formule thématique en chroniquant deux mangas qui usent du même archétype en donnant pourtant un résultat totalement différent. Il reste également Chobits que j’ai pris plaisir à découvrir (je dois écrire dessus d’ailleurs) ainsi que Beastars dont je continue la découverte, en papier cette fois ! Un article à ce sujet viendra bientôt une fois que j’aurais pu récupérer les tomes suivants.

Petit bonheur du mois :
Les petits bonheurs du mois est un rendez-vous initié par le blog Aux Petits Bonheurs qui consiste à mettre en avant les moments positifs de la vie. Ce mois-ci a été un peu compliqué, pas très heureux dans l’ensemble (rien de dramatique rassurez-vous 😉 ) mais en creusant j’ai réussi à trouver quelques éléments positifs. Déjà, j’ai pu retourner à l’éducation canine avec Loki ce qui nous fait beaucoup de bien à tous les deux. Ensuite, le challenge S4F3 a commencé et c’est probablement mon défi littéraire préféré de tous les temps ♥

Et voilà, ce bilan se termine déjà. J’espère que vous passerez de bonnes vacances d’été et un beau mois de juillet ! 😀

Les Secrets du Premier coffre – Fabien Cerutti

10
Le secret du premier coffre
est un recueil de nouvelles issues de l’univers du Bâtard de Kosigan, une saga écrite par l’auteur français Fabien Cerutti. Publié chez Mnémos, vous trouverez ce beau-livre au prix de 23 euros partout en librairie.
Je remercie Estelle, Nathalie et les éditions Mnémos pour ce service presse !

De quoi ça parle?
Dans l’ombre du pouvoir, premier tome des aventures du Bâtard de Kosigan, Kergaël (le descendant du Bâtard) trouve une bibliothèque secrète pleine de textes anciens surprenants. Hélas, un incendie criminel réduit tout en cendres à l’exception de trois coffres qui contiennent des documents aussi divers que variés. Avec ce premier recueil, le lecteur en découvre six tous très différents les uns des autres qui sont entrecoupés par de courts commentaires rédigés par Élisabeth Hardy, des commentaires internes à la diégèse donc, qui ont pour objectif de présenter chaque texte.

Légende du premier monde
Ce texte est tiré de l’anthologie des Imaginales de 2018 dont le thème était Créatures. Un personnage de la saga principale raconte l’histoire de son grand-père Dwerkin, un orphelin au caractère peu agréable qui fâchera les mauvaises personnes. Exilé, son don avec la nature attirera l’attention de l’ancien Grand Maître des créatures impériales qui va le prendre à son service pour travailler sur son projet. Il souhaite créer une iëlfelanin, femme végétale dont la durée de vie ne dépasse pas quelques semaines. Dwerkin va devoir identifier le problème et le régler.

J’ai été déboussolée par cette nouvelle pour deux raisons. Déjà, le choix narratif. Dans ce texte, tout est relaté, expliqué, il y a peu de dialogues et c’est quelque chose qui me rebute sur un plan personnel. Paradoxalement, j’en ai pris plein les yeux puisque même si je n’ai pas adhéré à la narration, l’atmosphère dépeinte par l’auteur fonctionne à merveille. On ne sait plus où regarder, ça brille de partout, on a des créatures extraordinaires qui sont fabriquées par des savants afin de plaire aux puissants et d’intégrer une sorte d’écurie impériale, ça a un côté terrible et poétique à la fois vu la manière dont ça se termine. Selon moi, la matière de cette nouvelle aurait largement pu donner un roman de grande qualité donc je suis un peu restée sur ma faim.

Ineffabilis amor
Cette nouvelle assez longue qui tient du roman court raconte comment le pape Innocent III a lancé les inquisitions noires dont on parle dans le Bâtard et qui a mené à une diminution drastique de la population magique, voir à l’extinction de certaines races. Nous le rencontrons quand il n’est encore que Lotario, jeune moine de 19 ans à peine fasciné par une faune qu’il rencontre par hasard. Cette attirance va le pousser à se porter volontaire pour assainir les relations entre son monastère et cette race, puis vers un dessein de pacification bien plus grand.

À nouveau, Fabien Cerutti opte pour une narration externe. On a le sentiment qu’un conteur nous narre cette histoire avec quelques biais narratifs qui permettent au texte de gagner en richesse. Je le lisais avec une espèce de fascination en me demandant où tout ceci allait mener et en même temps je ressentais un agacement croissant sur la manière dont le personnage féminin, faune et créature donc, se retrouvait mise en scène. Je n’aurais pas du douter de l’auteur qui offre une conclusion intelligente et nuancée à cette histoire tragique. C’est à partir de la dernière page de cette nouvelle que j’ai commencé à vraiment m’enthousiasmer pour le contenu de ce recueil.

Le crépuscule et l’aube
Encore une nouvelle tirée et retouchée d’une anthologie des Imaginales mais cette fois-ci celle de 2016, Fées et automates. L’action se déroule en 1263 en Bourgogne. Au début de la nouvelle, le peuple fay est acculé pendant les croisades noires. Leur espoir de survie repose sur les épaules d’une des leurs (Nelisse) et d’un inventeur humain (Falco Matteoti). Leur collaboration permettra peut-être d’empêcher l’extinction des fays… Hélas, pour créer son automate, Falco a contracté des dettes si bien que la pègre se retrouve mêlée à tout cela ainsi qu’un dangereux utilisateur de la Source.

Cette nouvelle est écrite sur base de points de vue multiple, chaque protagoniste donne sa voix au texte pour permettre une pluralité bienvenue. On comprend aisément les enjeux et j’ai personnellement été enthousiasmée par l’aspect poétique, doux et mélancolique qui se dégage de ce texte. Je me suis sentie immédiatement concernée par l’histoire, emportée, bref un coup de maître pour cet auteur aux multiples talents !

Fille-de-joute
Cette fois on retrouve le Bâtard (enfin !) au début de sa vie de mercenaire. Le narrateur est Kerth, un membre de la compagnie qui utilise un langage, disons, très fleuri mais aussi extrêmement immersif. Dans ces conditions, l’aspect transmissif ne me gêne pas puisqu’on se retrouve du point de vue d’un observateur extérieur au Bâtard, certes, mais au cœur de l’action tout de même. Après avoir survécu un peu par hasard à une bataille sanglante, Kosigan et ses deux compagnons découvrent le cadavre d’un chevalier italien mort probablement d’une crise cardiaque. Ils volent son armure et son identité pour participer à des tournois mineurs afin de se refaire une fortune mais surtout de traverser les lignes ennemies sans être inquiétés. Bien entendu, tout ne va pas se passer comme prévu, encore moins quand leur route va croiser celle du poète Dante… Oui, ce Dante là.

Dans cette nouvelle, j’ai retrouvé tout ce que j’adore dans les romans de Fabien Cerutti : des bons mots, de l’action, du suspens, des rebondissements et une ambiance un peu gouaille. C’est la nouvelle que j’ai préféré lire et qui m’a le moins déboussolée dans son style puisqu’elle ressemble, au fond, à ce que j’ai pu découvrir dans les romans. L’aspect agréable du connu.

Le livre des merveilles du monde
Un texte extraordinaire par son ambition qui raconte comment Jehan de Mandeville a initié un voyage de plusieurs années sous demande de la princesse elfe Cathern an Aëlenwil. Cette dernière lui confie un message à porter à ses cousins d’Orient, message dont on apprend très tardivement le contenu et qui apporte une grosse claque dans son mélange des genres.

Avec cette nouvelle issue de l’anthologie Destinations des Imaginales (parue en 2017), Fabien Cerutti use de tout son talent pour nous en mettre plein les yeux. Ce récit de voyage assez descriptif est entrecoupé par des passages tirés des mémoires de Jehan ce qui permet d’avoir par moment une narration à la première personne très immersive. Avec ce texte, j’ai vraiment voyagé avec le sentiment d’y être, sans m’ennuyer une seconde. Sur une grosse soixantaine de pages, les rebondissements s’enchaînent sans sacrifier à l’ambiance. Un coup de maître !

Les jeux de la cour et du hasard
Peut-être le savez-vous mais je suis passionnée par le théâtre et j’en ai longtemps pratiqué (sans trop savoir pourquoi j’ai mis ce loisir sur pause d’ailleurs). Du coup, quand j’ai appris qu’une pièce se trouvait dans ce recueil, je ne tenais plus en place. Celle-ci est construite en trois actes et rappelle le vaudeville par son ambiance et son rythme. On y retrouve le Bâtard de Kosigan à la cour d’Angleterre. La Baronne Penwortham l’engage pour essayer de récupérer l’homme qui allait l’épouser et qui a été ensorcelé par nulle autre que la princesse Myrgraine ! Magie, intrigues politiques, coups retors, Kosigan dans toute sa splendeur. Certains s’étonneront peut-être de l’absence des prénoms des personnages devant chaque réplique. Les protagonistes sont signalés au début de chaque scène et très honnêtement, tout est compréhensible, je n’ai pas été perdue une seule seconde. J’espère que l’auteur s’adonnera à nouveau à cet exercice parce qu’il le maîtrise très bien et ça a été un vrai régal à découvrir.

La conclusion de l’ombre :
Sans grande surprise, les Secrets du Premier coffre est une nouvelle réussite à ajouter au palmarès de Fabien Cerutti. Les cinq nouvelles et la pièce de théâtre forment un bel ensemble qui permet non seulement au lecteur novice de toucher du doigt l’univers du Bâtard mais également aux fans de s’y replonger avec plaisir. L’auteur mélange les genres, les thèmes et les styles narratifs avec le talent qu’on lui connait pour offrir un recueil magistral à découvrir de toute urgence.

D’autres avis : CélinedanaeDionysosLe monde d’ElhyandraLa Bibliothèque d’AelinelBoudicca – vous ?

Maki

Les découvertes de l’ombre #15

Bonjour à tous !
Déjà deux mois depuis le dernier épisode des découvertes de l’ombre ! Deviendrais-je plus difficile à tenter ? Heureusement, certains blogpotes ne perdent pas la main… Découvrons tout de suite la sélection de cette fois-ci avec les résultats en fin d’article.

En quelques mots, je vous rappelle le concept: Au quotidien, je suis beaucoup de chroniqueurs (vive l’application WordPress !) qui me font découvrir des livres intéressants. Ces livres, je me les note toujours sur le bloc-note de mon téléphone (merci à toi qui remplace le post-it que je perdais tout le temps). Puis je me suis dit… Bon sang que tu es égoïste ! Fais donc partager tes découvertes au monde entier, mets en danger les comptes en banque et les PàL qui menacent déjà de s’écrouler !

1
Blog : Les tribulations de Miss Chatterton
Johan Heliot est un auteur dont j’apprécie souvent le travail. Pourtant, je ne m’étais pas penchée sur cette saga, rebutée par son qualificatif jeunesse -ce qui est un peu bête je le conçois vu qu’il m’arrive d’en lire et même de passer un bon moment. Miss Chatterton s’est empressée de me démontrer à quel point j’avais tort dans sa chronique ! J’ai été attirée par l’aspect conte de fées non-genré et par la thématique du passage à l’âge adulte ainsi que l’absence de violence. Utiliser la tête au lieu des muscles? Ça change !

2
Blog : Les Chroniques du Chroniqueur
Je n’ai lu qu’un roman de Catherine Dufour jusqu’ici et j’en suis ressortie sans trop savoir si j’aimais ou non. J’en entends énormément de bien sur la blogosphère via les chroniques sur ses nouvelles et sur la Danse des lutins chez l’Atalante (il faudrait que je le lise aussi d’ailleurs !). C’est donc naturellement que j’ai jeté un œil sur celle du Goût de l’immortalité. Bien m’en a pris ! J’apprécie grandement l’originalité d’une narration sous forme de lettre écrite dans le futur et par une immortelle qui plus est. Les thématiques brassées semblent nombreuses et actuelles (épidémies, destruction des écosystèmes, fracture sociale, etc.) je me réjouis donc de lire cela par moi-même.

3
Blog : My Dear Ema
Le young adult et moi entretenons une relation compliquée, vous le savez si vous suivez régulièrement le blog. Je suis sévère, je lui passe peu de choses mais quand une blogueuse aussi exigeante qu’Ema qualifie ce livre de pépite en allant jusqu’à comparer son world-building à Harry Potter (et elle est aussi potterhead que moi !) well… Je me demande pourquoi ce roman n’est pas déjà dans ma PàL.

4
Blog : l’ours inculte
C’est en lisant sa chronique du tome 3 que j’ai ajouté ce roman à ma liste sans tarder. Depuis plusieurs années je reste frileuse face aux parutions de Bragelonne malgré quelques bonnes surprises (coucou Wyld, Victor). Toutefois, l’ours parle ici d’un univers grimdark, d’une ambiance sombre, de désespoir (de désespoooooaaaaar même) et j’a-dore. Du coup, hop, c’est dans la liste.

5
Blog : Chut, maman lit !
J’aime le Japon, ce pays me fascine surtout pour son Histoire et sa culture. Pourtant, j’ai du mal à trouver des romans contemporains qui me bottent vraiment et ici, même s’il s’agit de SF, le titre s’ancre tout de même dans la société japonaise (enfin si Anne-Laure ne ment pas :D). De plus, le principe est intriguant : un bazar qui offre une réponse à tous les soucis qu’on lui présente ! Pour ne rien gâcher, il s’agit d’un coup de cœur pour notre maman liseuse. Il était donc obligatoire que ce titre rejoigne ma PàL.

Et voilà c’est déjà terminé pour cette fois ! Nous sommes donc à une tentation pour miss Chatterton et Chut maman lit ainsi que Célinedanae, FungiLumini, les livres de roses, l’Apprenti Otaku, Lutin et songes d’une walkyrie. Nous arrivons à deux tentations pour Ma Lecturothèque, l’ours inculte, ainsi que les Chroniques du Chroniqueur et My Dear Ema. Le Grand Serpent maintient son avance avec quatre tentations, qui osera lui disputer son titre ?

Et vous, vous avez découvert quelque chose d’intéressant récemment? 🙂

Les Flots sombres – Thibaud Latil-Nicolas

C1-Les-Flots-sombres-OK-734x1024
Les Flots sombres
est un roman de fantasy à poudre écrit par l’auteur français Thibaud Latil-Nicolas. Publié par Mnémos, vous trouverez ce roman au prix de 21 euros.
Je remercie Nathalie, Estelle et les éditions Mnémos pour ce service presse !

Souvenez-vous, je vous ai déjà évoqué cet auteur et cet univers avec son premier roman, Chevauche-Brumes, pépite de l’imaginaire 2019 qui méritait bien son titre.

De quoi ça parle ?
Les créatures maléfiques retenues par la Brume ont été libérées et sèment la panique dans les villages du Bleu-Royaume. La Neuvième Compagnie du Roy, que le lecteur suivait dans le premier volume et qui se fait appeler Chevauche-Brumes, ont juré de les combattre jusqu’à la mort. Pendant ce temps, les tensions entre pouvoir et culte d’Enoch s’exacerbent à la capitale et pour ne rien arranger, un terrible monstre fout la pagaille sur les voies maritimes entre le continent et les Îles Jumelles. En bref, c’est le bordel.

Un faux one-shot ?
Chevauche-Brumes a été présenté au public comme un one-shot mais les Flots sombres se déroule dans le même univers avec une partie de personnages en mettant en scène les conséquences directes des évènements relatés auparavant. Mensonge ! Manipulation ! Scandale ! Je vous entends déjà hurler mais calmez vos ardeurs car non, l’éditeur n’a pas menti. Thibaud Latil-Nicholas propose une aventure à part qui certes découle des évènements de Chevauche-Brumes mais peut se lire de manière indépendante en grande partie grâce au résumé présent au début du tome ! En voilà une idée qu’elle est bonne et dont je vous parlais dans une réflexion de l’ombre. Je suis ravie de cette initiative qui non seulement permet au roman de toucher un public plus large mais aussi aux blogueurs distraits de se rafraichir la mémoire. Ces courtes pages ont été plus que bénéfiques pour moi en me permettant de me replonger directement dans l’univers créé par ce jeune auteur talentueux.

Vous pensez qu’il s’arrête là? Que nenni ! En plus du résumé, le lecteur a aussi droit à un lexique des personnages à la fin du roman, des fois qu’il s’embrouille. C’est vrai qu’il y a tout un petit monde qui grouille entre les pages et ce n’est pas plus mal d’éclaircir un peu tout ça.

Une narration plurielle et riche.
J’ai retrouvé dans les Flots sombres tout ce que j’ai aimé dans Chevauche-Brumes et même davantage car le texte gagne en profondeur avec le développement de son univers sur un plan plus politique. Les chapitres s’articulent autour de quatre grands axes que je m’en vais développer.

Le premier est celui du jeune roi Téobane, un enfant qui a du mal à gérer son rôle. Il est chapeauté par Poltrick de l’Escois, le Régent, qui fait de son mieux pour jongler avec toutes ses obligations.
Le second est celui de Juxs, membre haut placé de l’église d’Enoch qu’il juge trop laxiste face au pouvoir en place. Il va intriguer pour se rapprocher du jeune roi en espérant éclairer son esprit.
Le troisième est celui d’Ophélie, une jeune femme qui survit à l’attaque du monstre marin dont il est question dans le résumé, au contraire du reste de son équipage. Elle est sauvée par Léandres, un modeste pêcheur somme toute sympathique qui va se retrouvé embarquer malgré lui dans des intrigues qui le(s) dépassent largement. Ophélie va tenter de prévenir les Îles Jumelles de la présence de ce monstre et se verra confier par le pouvoir en place un navire afin d’enquêter à ce sujet. Si, au départ, on y croit moyen, elle va prendre de plus en plus d’importance et son axe narratif va rejoindre celui des Chevauche-Brumes.
La compagnie (enfin, ceux qui ont choisi d’embrasser la cause des Chevauche-Brumes) constitue donc bien le quatrième groupe d’importance même s’ils se trouvent moins au centre de l’intrigue que dans le premier roman. On replonge avec eux dans l’ambiance camp militaire, familiale et fraternelle. On y retrouve les doryactes qui n’ont pas cessé de les accompagner et vont prendre une place qui gagne en importance. On pourrait croire (et espérer) qu’ils soient reçus en héros pour leur bravoure mais le pouvoir militaire les considère plutôt comme des déserteurs (ingratitude bonjour !), ce qui leur complique la tâche mais ne les empêche pas de soutenir Ophélie dans son combat contre le monstre marin.

Un monde qui gagne en profondeur.
Si le premier volume prenant place dans cet univers se concentrait surtout sur la Compagnie, celui-ci, comme je l’ai montré dans le paragraphe précédent, développe plusieurs pans en y amenant des intrigues religieuses et politiques qui ne sont pas sans rappeler certains évènements historiques. À ce niveau, on ne peut pas dire que Thibaud Latil-Nicolas réinvente le genre mais d’un autre côté, ce n’est pas ce qu’on lui demande. Il place ses pions sans être (trop) prévisible. Si on voit venir certains dénouements, on reste sur le cul face à d’autres au point de se demander s’il ne nous a pas jeté un peu de poudres aux yeux pour détourner notre attention. Bref, on sent que l’auteur gagne en maîtrise et en expérience au fil de ses textes, comme je le pressentais à la lecture de son premier roman.

Baston !
Thibaud Latil-Nicolas écrit de la fantasy militaire. On peut chipoter pour se demander dans quel genre la classer spécifiquement (à poudre ? à voile ? (bah oui, y’a l’aspect océan)) mais ces deux qualificatifs restent pertinents entre tous. L’auteur s’améliore d’ailleurs au fil des romans. Si je trouvais ses combats au sol plutôt bien maîtrisés dans Chevauche-Brumes, je n’avais encore aucune idée de son talent pour les combats en mer ! Immergée (sans mauvais jeu de mots) dans le récit, je n’ai eu aucun mal à me représenter les affrontements habilement décrit par l’auteur. C’est, à mon sens, l’un des grands points fort du roman et ce que je recherche avant tout quand je le lis.

Encore une chose… Aidez à remettre ce roman à flot !
Promis j’arrête avec les jeux de mots pourris. Vous le savez peut-être mais comme je l’ai déjà expliqué dans un autre article, les éditeurs indépendants ont souffert de cette crise COVID-19 à l’instar d’autres milieux. Thibaud Latil Nicolas, tout comme son collègue Raphaël Bardas (auteur du très bon les Chevaliers du Tintamarre) ont eu la malchance d’atterrir sur le planning éditorial au tout début de cette crise si bien que leurs romans n’ont pas eu le rayonnement mérité. Je vous encourage donc à les soutenir si le cœur vous en dit, il y a pour cela plusieurs options : achetez directement leurs textes sur le site de Mnémos, parlez en autour de vous, repartagez vos chroniques, photographiez les si vous les croisez en librairie, même si vous ne l’achetez pas. Bref, mettez les en avant pour que ces deux pépites puissent jouir d’une longue et belle vie littéraire.

La conclusion de l’ombre :
Avec les Flots sombres, Thibaud Latil-Nicolas continue sur une lancée prometteuse en proposant une fantasy militaire de qualité. L’intrigue se complexifie, les personnages se multiplient et jouissent d’une psychologie bien exploitée. Si les tropes du genre restent classiques (conflit religieux, héros injustement rejetés, révolution pour un changement de régime) l’auteur les rend intéressant dans ce page-turner de qualité. Je ne peux que vous en recommander d’urgence la découverte !

Les Chevaliers du Tintamarre – Raphaël Bardas

7
Les Chevaliers du Tintamarre
est un one-shot de fantasy cape et épée (enfin, hachoir et poing ->) écrit par l’auteur français Raphaël Bradas. Pépite de l’imaginaire 2020, vous retrouverez ce roman chez Mnémos au prix de 19 euros.
Je remercie les éditions Mnémos, Nathalie et Estelle pour ce service presse.

Des orphelines disparaissent à Morguepierre et des marie-morganes s’échouent sur la plage. Alors que certains enquêtent déjà, d’autres se font adouber chevalier pour dénouer ce mystère. C’est ainsi que Silas, Rossignol et la Morue deviennent les Chevaliers du Tintamarre et se retrouvent embarqués dans une mésaventure où les coups de poing pleuvent. Baston !

Raphaël Bardas propose ici trois anti-héros, représentants parfaits des bas-fonds de Morguepierre. Silas est charcutier mais a des rêves de grandeur et de noblesse. Rossignol est un musicien en mal de reconnaissance qui aime étaler son maigre savoir. Quant à la Morue, il est poissonnier et a l’odeur qui va avec. Il se bat aussi pour de l’argent et a reçu pas mal de coups sur la tête. On ne comprend pas toujours bien ce qu’il dit quand il le dit mais ça participe à son charme. Quand Silas, occupé à faire sa petite affaire avec une vieille dame, assiste à l’enlèvement d’une jeune fille, impossible de détourner le regard et de laisser faire. Il a vu les coupables ! Il embarque alors ses deux copains dans cette sombre affaire… L’auteur ne s’arrête pas à ces drôles de personnage puisqu’il propose aussi un capitaine grande gueule avec des pierres au rein, un cadet imbu de sa personne, un spadassinge redoutable et un vieux noble mystérieux. Sa galerie de personnage est aussi riche que sa plume et si certains passent à première vue pour des archétypes, on comprend vite notre erreur. Grâce à une narration aux points de vue multiples, l’auteur nous permet de suivre l’intrigue sur différents niveaux et d’essayer tant bien que mal de créer des liens. Parce que ça part dans tous les sens ! Et j’ai pas vu venir grand chose.

J’ai évoqué plus haut la plume de Raphaël Bardas, il y a beaucoup à en dire ! Je l’ai trouvé hyper immersive et maîtrisée pour un auteur débutant. Il utilise un vocabulaire adéquat pour le style d’époque où il place les Chevaliers avec un rythme maîtrisé et des mots assez fleuris. Si fréquenter des personnages à la grande gueule et aux tendances vulgaires vous rebute, alors passez votre chemin. Moi, j’ai adoré et j’ai souvent eu un sourire devant leurs répliques bien senties. Ce roman aurait sans problème pu s’intituler les trois mousquetaires des bas-fonds tant j’ai eu plaisir à retrouver des caractéristiques de la plume, si pas de Dumas, au moins de ces grands auteurs du 19e qui donnent dans le roman de cape et d’épée. En quelque sorte, c’est le genre auquel appartient les Chevaliers du Tintamarre avec des éléments fantasy en plus.

Et oui, l’univers dispose de sa propre magie et de ses créatures remarquables, avec son bestiaire inspiré des légendes bretonnes. Le roman sent la mer mais également la poussière des grottes et des villes étouffantes. L’ambiance retranscrite par Raphaël Bardas fonctionne très bien et je n’ai eu aucun mal à m’immerger dans son univers. J’ai apprécié la manière dont il a marié les éléments surnaturels au reste de son monde original, par exemple via l’utilisation de drogues assez odieuses (qui a envie de chiquer des bouts de créatures magiques, sérieusement ?!) ou sur les récits des origines qui sont exploités ici.

J’ai également su apprécier son souci du réalisme. Si vous cherchez des personnages frais et propres sur eux, passez votre chemin. Dans cette époque inspirée du début de la Renaissance, on ne connait pas le dentiste, vaguement les médecins et on se débrouille comme on peut. En soi, ça ne fait pas rêver mais ça participe à la crédibilité du texte. C’est le genre de détails auxquels je suis sensible.

Si j’ai quelque chose à reprocher à ce roman, c’est peut-être son rythme trop rapide sur la fin. C’est un choix de l’auteur, je ne le critique pas en tant que tel mais mon moi lectrice a eu un goût de trop peu bien que j’ai particulièrement apprécié l’épilogue et le choix du message véhiculé. Ça change de manière agréable ! Après, voilà, je chicane parce que dans l’ensemble et d’autant plus pour un premier roman, c’est une belle réussite.

Pour résumer, les Chevaliers du Tintamarre est une pépite de l’imaginaire qui mérite bien son titre. Armé d’une plume redoutable, Raphaël Bardas nous raconte l’histoire de cet improbable trio embarqué dans une histoire qui fleure bon le sel (et l’alcool). En posant les bases de son univers original, l’auteur propose une intrigue qui paraît simple -retrouver des jeunes filles disparues- et qui va se compliquer à mesure qu’on avance dans le récit. Si, à mon goût, la fin était trop rapide, je suis sidérée par la qualité de ce premier roman de l’auteur dont je recommande très chaudement la lecture.

Les sorties de l’ombre #3 – mars 2020

Bonjour à tous !
Avec la foire du livre de Bruxelles, cet article a pris un peu de retard. Un jour, il sortira en temps et en heure… Y’a du très bon que j’ai envie de vous présenter et chez plusieurs éditeurs distincts, tous francophones en plus histoire de fêter dignement le début du Printemps de l’Imaginaire (francophone, justement). C’est parti !

Tu es belle Apolline est un roman de la collection chat blanc vers lequel je ne me serais pas vraiment tourné s’il n’avait pas été écrit par une autrice que j’apprécie beaucoup, à savoir Marianne Stern. Il parle notamment d’anorexie et c’est vrai que le sujet ne me branche pas plus que ça. J’ai hâte de le commencer même si ça devra attendre la fin du Printemps de l’Imaginaire francophone o/
Dans un autre registre, c’est aussi la sortie de The Dead House, un énorme coup de cœur pour le premier roman de Dawn Kurtagich aux éditions du Chat Noir. Je vous remets le lien de ma chronique pour en savoir plus.
Enfin, troisième sortie pour les plus jeunes avec le tome 3 de Nixi Turner où figure un extrait de ma chronique du premier volume ♥ Une attention qui m’a vraiment touchée de la part du Chat Noir d’autant que c’est la toute première fois que ça m’arrive d’être au dos d’un roman 🙂 Enfin en tant que blogueuse. Bref, vous avez de quoi faire.

C1-Les-Flots-sombres-OK-734x1024
Vous avez forcément déjà entendu parler de Thibauld Latil-Nicolas, qui était la pépite de l’imaginaire 2019 avec son très bon Chevauche-Brumes. Il revient avec un autre one-shot dans le même univers donc bien entendu, je ne pouvais pas passer à côté. Un auteur français talentueux qui mérite qu’on le découvre. Si vous n’avez pas encore craqué… Bah c’est le moment 😛

Deux nouvelles sorties et non des moindres dans cette maison d’édition belge puisqu’il s’agit de deux textes découverts à l’origine en comité de lecture durant mon stage en 2018. Deux textes que j’avais totalement adoré alors imaginez maintenant avec le travail éditorial en prime… Je suis certaine qu’ils sont devenus des bijoux. Raison pour laquelle j’ai craqué et qu’ils ont déjà rejoint ma PàL :3 La divine proportion (et non comédie xD #privatejoke) est un thriller dystopique qui prend aux tripes porté par une héroïne atypique. That’s a long way to hell est également une dystopie dans l’univers musical, au sein d’une Allemagne alternative avec un personnage principal que j’ai adoré détester. On en reparle dans le détail bientôt 🙂

COUV-POCHE-Alcool-PL1SITE
Dans un autre registre, le Diable Vauvert vient d’annoncer l’arrivée d’une collection poche nommée « Petits Diables » dans laquelle vous trouverez, entre autre, Alcool de Poppy Z. Brite. J’adore l’univers et la plume de cette autrice donc je vais me jeter sur la réédition poche et en profiter pour découvrir les autres titres qui composeront ce nouveau format !

Et voilà, c’est déjà pas mal ! Je ne parle pas des sorties du mois Lovecraft puisque, comme vous le savez, c’est vraiment un auteur avec qui je n’ai aucune affinité du coup…

Alors, y’a des lectures qui vous tentent? 🙂

Les sorties de l’ombre #2 – février 2020

Bonjour à tous !
Il faudrait vraiment que j’arrête de sortir les articles pour les nouveautés littéraires à la moitié du mois concerné… Heureusement pour mars, ça va être différent puisque je vais le programmer pour le premier jour de la Foire du Livre de Bruxelles histoire que vous sachiez sur quoi craquer :3 Et le meilleur c’est que ça vaut aussi pour ceux qui iront à Paris deux semaines après. Breeeeeef avant ces grands évènements, concentrons-nous sur février qui réserve son lot de surprises sympathiques.

C1-Chevaliers-du-tintamarre-748x1024
Mnémos ouvre le bal avec sa pépite de l’imaginaire 2020 intitulée les Chevaliers du Tintamarre. Celle de l’année dernière (coucou Chevauche-Brumes) avait été un franc succès et vu le pitch de celle-ci, je n’ai aucun doute qu’elle suite le même chemin. Je me consume littéralement d’impatience à la perspective de découvrir les aventures de ces trois soudards. J’adore les anti-héros ! Espérons que ceux-ci seront à la hauteur.

test-Couv-Piste-cendres
On continue nos découvertes de février avec Critic qui propose le nouveau roman d’Emmanuel Chastellière. Mais si, vous le connaissez… L’Empire du Léopard? Célestopol? Un auteur aux multiples talents dont j’aime beaucoup les écrits. La piste des cendres est présenté comme une sorte de western, dans le même univers que l’Empire du Léopard auquel j’avais totalement adhéré. J’ai hâte de me lancer.

70665
Premier UHL de l’année chez le Bélial, forcément… Je ne suis pourtant pas une adepte des voyages temporels et affiliés (quand je lis le résumé j’ai le sentiment que ça va en parler mais je me trompe peut-être ?) ou même de la romance, sans parler de la seconde guerre mondiale… Du coup, pourquoi j’ai envie de le lire? Déjà, l’attrait de la collection. La confiance que je place en l’éditeur. Mais aussi le pitch de base qui m’évoque surtout une forme de poésie et la thématique qui semble aborder la littérature sous sa forme épistolaire. Nous verrons si j’ai été bien inspirée ou pas !

70766
Il s’agit d’une réédition en version poche chez ActuSF d’un roman édité en 2018. J’en ai lu plusieurs critiques assez élogieuses à l’époque (au point de m’en rappeler deux ans plus tard, imaginez…) et j’aime bien l’idée d’un personnage non-humain désabusé et vieux. J’ai hâte de le découvrir !

lesflammesdelempire
Peut-on dire qu’on garde le meilleur pour la fin ? La réputation de Scalzi n’est plus à faire et mon amour pour ses romans ne doit plus vous surprendre si vous êtes des habitués du blog. J’avais lu ce titre à sa sortie l’année dernière chez l’Atalante et j’attendais la suite (que voici) avec impatience. Ouf, attente terminée ! Pour rappel, ma chronique du premier tome se trouve ici.

De manière exceptionnelle, je vous propose un petit bonus…
couva5site
En effet, la campagne de financement du Projet Sillex pour le roman Rocaille de Pauline Sidre touchera à sa fin le 22 février. Il vous reste donc encore un peu de temps pour participer et découvrir ce titre ultra prometteur. Perso, j’ai déjà craqué ! J’espère que vous m’imiterez pour que ce roman puisse voir le jour 🙂 Le pitch est démentiel et les premières critiques vraiment prometteuses.

Et voilà, nous sommes déjà au bout des sorties qui m’intéressent et que je compte ajouter à ma PàL de manière certaine. Le temps passe vite quand on s’amuse ! On se retrouve bientôt (le 5 mars très précisément, allez peut-être le 4, suspens) pour un nouvel épisode des sorties de l’ombre, numéro spécial FLB.

Et vous, sur quoi allez vous craquer en février ?

Les Six Cauchemars – Patrick Moran

Les-Six-Cauchemars-moran
Les Six Cauchemars est un roman de dark fantasy écrit par l’auteur français (au moins d’adoption si j’ai tout suivi à sa biographie) Patrick Moran. Publié chez Mnémos en ce début d’année 2020, vous trouverez ce texte au prix de 18 euros.
Je remercie Estelle, Nathalie et les Éditions Mnémos pour ce service presse.

Avant d’aller plus loin, sachez que l’auteur a écrit un premier roman dans le même univers et qui fait intervenir la même héroïne : la Crécerelle. Toutefois, il est très possible de lire les Six Cauchemars de manière indépendante, comme l’affirme l’éditeur, et je félicite l’auteur pour ce tour de force parce que j’étais un peu dubitative quant à la possibilité d’y arriver.

La Crécerelle est un assassin dont la réputation n’est plus à faire. C’est probablement pour cette raison que Mémoire, son ancienne amie et la représentante des Cités-États, choisit de l’envoyer sur la trace des Six Cauchemars. Il s’agit d’un groupe auquel la Crécerelle a jadis appartenu, composé de ses anciens camarades de classe (si on peut dire). La Crécerelle n’a pas vraiment le choix d’accepter, ça lui sauvera la vie après tout puisque la mort des cinq autres évitera son exécution. Si les évènements s’enchainent comme prévu, elle sera donc le dernier cauchemar restant. Mais replonger dans le passé n’est jamais sans conséquence… Et si Mémoire n’était pas tout à fait honnête avec elle ?

Si ce tome peut se lire de manière indépendante, c’est parce qu’il s’axe justement sur le passé de l’héroïne et donne au lecteur les quelques informations importantes du premier tome, notamment en ce qui concerne la créature. Patrick Moran construit son intrigue en la détachant de son premier roman avec un rythme constant en enchainant les moments de traque, d’affrontements et les chapitres intitulés « reliquats » qui montrent des scènes du passé en remontant de la plus récente à la plus ancienne. De plus, chaque chapitre annonçant la rencontre avec l’un des Cauchemars est doté d’une en-tête présentant le Cauchemar en question, sous forme d’une note du Conseil adressée à la Crécerelle. Ce choix narratif permet à l’auteur de donner les informations importantes sans alourdir son texte avec une longue scène d’exposition. En cela, je trouve que Patrick Moran a évolué par rapport à son roman la Crécerelle qui souffrait de quelques longueurs. Je n’ai, à aucun moment, eu ce sentiment pendant ma lecture des Six Cauchemars.

Toutefois, je dois avouer que l’intrigue reste assez classique. Il s’agit d’une traque, l’héroïne sait plus ou moins où trouver chaque cible grâce à des informations servies sur un plateau et parfois en trouvant des indices d’une manière un peu forcée. Sur le déroulement global, le lecteur ne restera pas cloué sur sa chaise de surprise. Toutefois je pense que Patrick Moran voulait surtout se concentrer sur l’évolution psychologique de son héroïne et mettait plutôt les évènements au service de ce but-là, très honorable en soi. L’aspect classique de son intrigue (du moins jusqu’au dernier tiers) ne m’a d’ailleurs pas empêché de tourner les pages sans réussir à m’arrêter.

L’auteur a aussi rendu son texte plus accessible. Si la Crécerelle se démarquait par un vocabulaire soutenu et très recherché, avec des concepts métaphysiques parfois complexes à appréhender pour le lecteur novice, c’est beaucoup moins le cas ici. Comprenons-nous : je ne dis pas que l’écriture s’est appauvrie ou même que l’univers a perdu de son charme. Simplement, j’ai eu le sentiment que Patrick Moran avait trouvé le juste équilibre et ouvrait davantage la porte de son monde aux gens qui ne vivent pas dans sa tête. Cette fois-ci, il esquisse son univers sans s’appesantir inutilement sur les détails, nous laisse entrevoir sa richesse sans nous écraser sous son poids. Peut-être les adeptes d’un world-building poussé et détaillé crieront-ils au désespoir mais, personnellement, je n’ai eu aucun mal à me projeter et j’ai largement préféré cette façon de construire les Six Cauchemars. Cette remarque vaut aussi pour son système de magie et tout ce qui touche à la thaumaturgie. On comprend beaucoup mieux comment tout cela fonctionne, c’est assez plaisant.

Les Six Cauchemars est donc un roman plus accessible que la Crécerelle mais tout aussi noir, sombre et violent sans la moindre trace de manichéisme. L’auteur maîtrise son héroïne et les nuances de sa personnalité ressortent bien. Elle a des regrets, sans pour autant chercher à se racheter à tout prix. Elle est capable d’une forme de compassion, sans pour autant que sa main tremble quand la situation l’exige. J’ai été très sensible à cet aspect humain et à la maîtrise psychologique dont fait preuve Patrick Moran. C’est le cas pour la Crécerelle mais aussi pour les personnages qui gravitent autour. Si certains des Cauchemars peuvent paraître caricaturaux, l’auteur en dit juste suffisamment pour qu’on se rende compte qu’à l’instar de l’héroïne, ils représentent un échantillon très crédible d’humanité. Xanthorop est le magicien solitaire qui prend plaisir à pousser ses recherches toujours plus loin sans autre motivation que l’attrait de la découverte. Euphémie œuvre dans l’ombre pour tisser une toile qui lui survivra à travers les siècles et trouve son plaisir dans cette perspective plutôt que dans la satisfaction immédiate. Philoctimon est un noble livré avec l’ego qui a de grandes ambitions. C’est le personnage qui manque le plus de subtilité à mon sens. Contrairement à Altavair, son âme damnée, dont on découvre le fond quelques pages avant la fin et qui, personnellement, a su me remuer. Enfin, dernier et non des moindres, le terrifiant Dévoreur qui n’a pas grand chose d’humain et n’est attiré que par le sang, la violence, tout dévolu à ses pulsions, ce qui se ressent jusque dans son aspect physique monstrueux. C’est un personnage plutôt mystérieux qui parait brut et uniquement utile au remplissage, au premier abord seulement. Ce sont les scènes du passé qui permettent d’entrevoir un peu plus loin et de comprendre que non, il ne remplit pas seulement la case brute épaisse du cahier des charges. On peut également citer Mémoire, rencontrée dans le tome précédent. Une femme qui parvient à se reconstruire et à avancer malgré les terribles malheurs qu’elle a du encaisser (c.f. la Crécerelle pour plus de détails). C’est un beau personnage féminin avec ses forces et ses failles, une réussite.

Si les personnages ne manquent pas d’intérêt, il en est de même pour les relations qu’ils entretiennent. On pourrait penser qu’une sorte d’amitié liait les Six Cauchemars puisqu’ils ont passé plusieurs années ensemble en apprentissage thaumaturgique mais ce serait une grave erreur et ça rend ce roman encore plus intéressant à lire. Je ne vais pas plus loin pour ne divulgâcher aucune information. Toutefois, la relation la plus aboutie est, selon moi, celle qui existe entre la Crécerelle et Mémoire. L’auteur développe cette interaction toxique, malsaine, entamée dans son précédent roman en donnant tout de même les clés au lecteur qui débarque pour en comprendre l’intensité et les aboutissements. Je lui tire d’ailleurs mon chapeau pour son choix de fin, j’ai été conquise.

Pour résumer, les Six Cauchemars est un roman très réussi à la hauteur de la Crécerelle avec l’avantage d’être plus accessible quoi que plus classique dans son intrigue. Patrick Moran continue de développer son héroïne hors du commun dans un texte qui peut se lire de manière indépendante. Fidèle à ses habitudes, l’auteur soigne la psychologie de ses personnages et l’ambiance très sombre qu’il installe happera habilement le lecteur innocent qui se retrouvera prisonnier de cet abîme de noirceur, pour son plus grand plaisir (à condition d’aimer ça, ce qui est mon cas !). J’ai adoré les Six Cauchemars et je le recommande avec beaucoup d’enthousiasme.

La Trilogie de la Lune #3 La lune vous salue bien – Johan Heliot (3/3)

1
La lune vous salue bien
est le troisième tome de la Trilogie de la Lune écrit par l’auteur français Johan Heliot. Réédité chez Mnémos en intégrale prestige à la fin de l’année 2019, vous trouverez ce bel objet au prix de 30 euros partout en librairie.
Je remercie Nathalie, Estelle et les éditions Mnémos pour ce service presse.

Rappelez-vous, je vous ai déjà parlé des deux tomes précédents : la lune seule le sait et la lune n’est pas pour nous.

Ce volume se déroule dans les années 1950. Les américains ont débarqué en sauveurs pour aider l’Europe et ont ramené une forme de lumière après les Années Sombres, grâce à un système de miroirs. Boris Van, agent du secret français, va devoir mener une mission aux États-Unis après un passage par l’Afrique. Son but ? Comprendre ce qui se trame dans les hautes strates américaines et peut-être empêcher un désastre.

Contrairement aux volumes précédents, La lune vous salue bien est écrit à la première personne, du point de vue de Boris, à l’exception des débuts de chapitres qui sont toujours du point de vue d’un autre protagoniste, afin de comprendre davantage les enjeux de l’intrigue. Ce changement marque un certain dépaysement mais n’est pas dénué d’intérêt puisque ça aide à rendre le texte un peu plus immersif. Pas suffisamment pour moi, hélas (je vais y revenir) mais tout de même.

Dans cette uchronie, les États-Unis sont venus aider l’Europe après les évènements du volume 2, ce qui a permis une forme d’américanisation très présente pendant tout le roman. Comme Johan Heliot choisit d’écrire du point de vue de Boris, on prend conscience des nombreux mots anglais qui ont envahis le vocabulaire de tous les jours et qui sont écris phonétiquement dans le texte (nouillorque, bloudjine, etc.) Ce choix donne une saveur particulière à la narration, une couleur locale plutôt forte. Impossible de louper l’influence américaine sur la société européenne. L’écho est d’autant plus fort pour nous en tant que lecteur.

L’époque et le lieu permettent de développer les thématiques du patriotisme exacerbé, de la manipulation de masse par les médias télévisuels, de la force qu’a l’aura d’une star sur son public mais aussi des expériences secrètes aux conséquences terribles, rendues possibles par la mondialisation et l’interdépendance des pays. On retrouve là un sujet cher à l’auteur puisqu’il l’évoque de manière régulière dans ses œuvres. À mesure que l’intrigue avance, le lecteur prend conscience de quelle manière se construit une élection présidentielle, du poids des apparences, des enjeux du support privé, etc. Comme à chaque fois, Johan Heliot frappe fort avec ces thématiques malheureusement toujours actuelles.

Mais… Et c’est là que le bât blesse, c’est que ce tome supposé être un polar / roman d’espionnage se transforme justement un peu trop en pamphlet politique engagé à mon goût. Si j’ai aimé l’épilogue résolument cynique, j’ai ressenti plusieurs longueurs dans les échanges et explications entre les différents personnages. Je devais parfois résister à la tentation de passer des pages, la faute à des scènes d’exposition qui duraient trop longtemps pour se terminer presque chaque fois sur une explosion de violence avec un goût de « tout ça pour ça ». Pourtant, il y a de bonnes idées comme la manière dont le gouvernement américain a exploité les écrivains pour se développer (coucou, ça vous rappelle quelque chose les amis français ?), la tentation du contrôle de masse sur l’agressivité pour empêcher les guerres, la mince frontière entre sauveur et tyran… Franchement, oui, il y a un fond cohérent et riche. Sauf que la manière de présenter les idées manquait de rythme et de subtilité à mon goût.

Dans son souci de fidélité historique, Johan Heliot parle évidemment du racisme, à travers le personnage noir de Lothair qui, au final, n’a pas de réel poids et s’oublie assez vite. Quand je dis qu’il en parle… Disons qu’il le montre vaguement sans aller plus loin. Je sais que ce n’était pas le propos du livre mais quand même, il y a ici un manque de mise en contexte. Il montre aussi une image assez peu flatteuse des femmes. Cette fois-ci, elles sont complètement absentes à l’exception de Lolita (décrite comme une fille facile et montrée comme objet du désir lubrique d’un peu tout le monde) et… Et c’est tout en fait, je n’ai même pas envie de considérer Jayne comme un personnage représentatif. Nous sommes d’accord, c’est cohérent avec l’époque, je pense que c’est ce que l’auteur voulait montrer, mais ça en devient un peu lassant et c’est précisément pour toutes ces raisons que ce tome est celui qui m’a le moins séduit des trois. Mais je m’en doutais un peu quand j’ai découvert l’époque où il se déroulait. Ce n’est pas un contexte historique que j’apprécie et j’en ai un peu ma claque des histoires politiques. Du coup, la sauce n’a pas pris.

Sans compter que la Lune en elle-même, les Sélénites et les Ishkiss sont plutôt absents de ce roman. Le titre prend sens littéralement à la toute dernière ligne. On apprend que le peuple lunaire s’est mis en route dans l’espace à la recherche d’un nouvel endroit où vivre et qu’il a laissé derrière lui ceux qui n’avaient pas envie de les accompagner en les déposant au passage sur Mars. Ce sont ces gens, des jeunes pour la plupart, qui vont intervenir dans la politique américaine pour tenter de trouver une solution à leur déchéance programmée (ouais parce que c’est un peu la galère sur la planète rouge en terme de ressources). L’auteur raconte donc les conséquences de tout ce qui a pu arriver avant mais je pense sincèrement qu’il aurait pu s’arrêter au tome précédent sans que, sur un plan personnel, je ressente un manque quelconque.

Mais ce n’est pas parce que ça n’a pas fonctionné avec moi que le roman en devient mauvais pour la cause. Au contraire ! Johan Heliot continue de défendre sa place de maestro ès uchronie. On sent qu’il connait son sujet à fond et qu’il le traite avec la minutie de l’historien. Il réfléchit soigneusement sur la manière d’adapter ses thématiques au genre du roman et s’en sort plus qu’honorablement. Ses choix ne manquent pas de justesse ou d’intelligence et sur un plan formel, ce roman est bon. Il ne colle juste pas à mes goûts et à ce que j’attendais de cette trilogie.

Ma découverte de la Trilogie de la Lune s’achève donc sur une note mitigée mais je continue à recommander la lecture de cet ouvrage et des autres titres de l’auteur, en particulier Grand Siècle (au risque de radoter), que je considère comme une réussite totale.

Pour résumer, La lune vous salue bien n’a pas su me séduire tout simplement parce que le roman ne correspond pas à mes goûts. Il se déroule dans les années 1950 et s’appuie sur la thématique principale de la manipulation médiatique. Construit comme un polar et même comme un roman d’espionnage, il contient trop de scènes d’exposition pour vraiment me plaire en plus du racisme / sexisme typique de l’époque qui m’agace au plus haut point. Si ça n’a pas fonctionné avec moi, cela n’empêche pas La lune vous salue bien d’être un texte de qualité qui confirme Johan Heliot comme maître de l’uchronie.

Les sorties de l’ombre #1 – janvier 2020

Bonjour à tous !
J’inaugure cette année un nouveau rendez-vous destiné à vous présenter les sorties à venir chez les éditeurs que j’affectionne particulièrement. Tous les mois, je compte sélectionner cinq romans à paraître que j’attends avec impatience. J’opère la sélection sur base de mes goûts personnels : tous les éditeurs ne seront pas forcément présentés à chaque fois, toutes leurs nouveautés non plus car je n’ai pas pour ambition de faire un tour complet du panorama littéraire de l’imaginaire. J’ai simplement envie de partager avec vous mon enthousiasme face aux sorties à venir 🙂

On commence doucement en Janvier avec deux romans à paraître aux Éditions du Chat Noir et dont les précommandes sont ouvertes depuis le 15 de ce mois, raison pour laquelle je vous en parle déjà. Il s’agit d’un Chat Blanc : Tu es belle Apolline de Marianne Stern et d’une traduction : The Dead House de Dawn Kurtagich Très honnêtement, si le Chat Blanc n’avait pas été écrit par une autrice que j’apprécie beaucoup, je ne suis pas sûre que j’aurai eu envie de le lire. Mais ma curiosité est piquée donc nous verrons ce que cela donnera. Notez que je vais acheter ces romans début mars à la Foire du Livre de Bruxelles, donc on n’en parlera pas tout de suite.

wyld-tome-2-rose-de-sang-1266449
Mi-janvier, Bragelonne a eu la bonne idée de sortir la suite de Wyld de Nicholas Eames intitulée Rose de Sang. Elle n’a pas eu le temps de s’installer dans les rayons de ma librairie que je repartais déjà avec tant le premier tome avait été une vraie bouffée d’oxygène pour moi. J’ai hâte de dévorer celui-ci !

Les-Six-Cauchemars-moran
On continue en compagnie de Mnémos qui commence fort cette année avec les Six Cauchemars de Patrick Moran,  un roman indépendant qui met à nouveau la Crécerelle en scène. J’avais déjà lu le précédent et j’avais adoré. J’ai eu la chance de recevoir celui-ci en service presse (j’en profite pour remercier l’équipe éditoriale au taquet !) il devrait donc être lu ce mois-ci, début février au plus tard.

70568
Et enfin, on termine avec une nouveauté ActuSF à savoir Binti de Nnedi Okorafor. Je n’ai encore jamais lu cette autrice mais le pitch de ce roman me vend du rêve. Je suis impatiente de voir ce qu’il va donner. D’ailleurs, je l’ai reçu en service presse (merci Jérôme et Gaëlle !) et ce sera ma lecture de la semaine.

C’est déjà terminé pour le mois de Janvier ! Je vais essayer de préparer l’article de février un peu plus tôt dans le mois mais j’attendais les couvertures / annonces de tout le monde pour faire ça bien.

Allez-vous craquer pour certains de ces romans? 🙂