Récits du monde mécanique #3 Realm of Broken Faces – Marianne Stern

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Realm of Broken Faces
est le troisième (et dernier, nooooooon !) tome des récits du monde mécanique par l’auteure française Marianne Stern. Il s’agit d’un roman steampunk très sombre publié aux Éditions du Chat Noir au prix de 19.90 euros. Mention spéciale pour la magnifique couverture réalisée par Miesis qui a su parfaitement rendre l’ambiance et le ton du roman en une seule image, chapeau ! Non seulement elle attire immédiatement mas quand on la regarde après la lecture, elle prend vraiment tout son sens. Bravo pour ce travail et son investissement !

Vous le savez, Marianne Stern est une auteure que j’apprécie beaucoup que ça soit humainement ou dans son écriture. Je la trouve vraiment talentueuse, elle aborde des thématiques qui me parlent, créée des personnages auxquels je m’attache rapidement et a un style qui lui est propre. Je l’ai découverte pour la première fois avec Smog of Germania (le premier tome des récits du monde mécanique) et j’avais été rapidement séduite. Depuis, j’ai lu plusieurs de ses romans (tous en fait, Ô rage Ô désespoir me voilà à jour) et je ne peux que constater l’évolution de son écriture et de sa qualité littéraire.

Pour en revenir au sujet qui nous intéresse, je parle de troisième tome mais en réalité, on pourrait choisir de lire chaque roman composant les récits des mondes mécaniques de manière indépendante. On y perdrait peut-être un brin en intensité narrative mais ils constituent chacun un tout sur eux-mêmes. Une information intéressante pour ceux qui n’aiment pas les séries !

Ce troisième tome est de loin mon préféré et sans surprise, ce fut un vrai coup de cœur. Il se passe dans l’Est français, plus précisément dans une sorte de village informel dirigé par le mystérieux (et excentrique) Monsieur. L’endroit rassemble quantité de criminels mais aussi d’anciens combattants trop dérangés dans leur tête ou leur corps pour retourner à la vie civile. Une bonne brochette de tarés comme on les aime dans une ambiance qui suinte le sang, la crasse et la boue. On a cette impression poisseuse qui nous colle perpétuellement à la peau au fil des lignes, ce qui dénote une vraie maîtrise narrative.

Le roman est divisé en quatre parties. Dans la première, nous suivons le Quenottier, un personnage très attachant par sa mentalité particulière et son phrasé propre. Il faut dire que même si la narration est à la troisième personne, l’auteure s’adapte à la mentalité de son personnage, ce qui offre dans ce cas-ci des chapitres rédigés sur un ton familier, presque argotique. Délicieux à découvrir ! Dans la seconde, nous retournons à Germania pour voir comment s’en sort le Kaiser Joachim… Pas terrible, on ne va pas se mentir. Si, au début, il me faisait de la peine et que je ressentais une certaine empathie pour lui, j’ai rapidement eu envie de lui coller une bonne paire de claque. On alterne ainsi jusqu’à la dernière partie où tous les protagonistes se rejoignent pour un final explosif. Plus on avance et plus l’auteure nous offre des micro chapitres du point de vue de certains personnages présentés précédemment, ce qui sert le récit. Cela ne m’a pas gênée, parce que la personnalité de chacun ressort vraiment bien et ça reste utile à l’intrigue.

Je meurs littéralement de frustration, parce que j’ai envie de détailler chaque élément de l’intrigue mais ça vous gâcherait le plaisir. Du coup je vais plutôt évoquer les points forts du roman, à commencer par l’écriture de l’auteure. Comme signalé plus haut, elle s’adapte à chaque fois au personnage sur qui se centre la narration et est particulièrement immersive. Le milieu particulier du livre offre une utilisation riche (et maîtrisée !) du champ sémantique rattaché à la guerre mais aussi au monde militaire, ce que j’ai adoré puisque je suis particulièrement sensible à ce type de milieu.

Les personnages ne sont pas en reste ! Je ne vais pas évoquer les anciens qui sont présents pour ne pas risquer de spoiler les lecteurs qui ne sont pas à jour (ou les futurs lecteurs !) et plutôt me concentrer sur les nouveaux. En règle générale, je trouve que Marianne Stern ne créé pas de bons personnages féminins et ça m’avait particulièrement frappée dans Scents of Orient (le tome 2 des récits des mondes mécaniques). La seule exception: sa pilote Anya dans 1993. Pourtant, ici, j’ai noté une très nette amélioration. Certes, la capitaine Meike ressemble à Anya mais elle n’en reste pas moins un personnage féminin travaillé et intéressant. La gamine prénommée Murmure est vraiment surprenante elle aussi et plutôt drôle, surtout dans ses interactions avec les autres. Deux vraies réussites et un sacré bond en avant à ce niveau ! Quant au Quenottier, on découvre un homme à la fois simple et complexe. Un gars comme les autres, traumatisé par la guerre à sa manière mais qui reste les deux pieds sur terre et continue de vivre alors que beaucoup, à sa place, auraient baissé les bras. Ses réflexions, ses choix, bref tout ce qui le concerne m’a vraiment intéressée, je le trouve très bien géré et hyper attachant. Mention spéciale à Monsieur quand même (je le devais !), mais je n’en dit pas plus ♥

Le ton général du roman, comme je l’ai signalé, est assez sombre et on en ressort avec l’impression que la boue, la sueur et la crasse nous collent à la peau, ce que je trouve délicieux. L’auteure développe un univers uchronique intéressant et très travaillé, surtout au niveau des prouesses technologiques liées à l’art de l’orfèvrerie. Son univers est réaliste, en dehors de ça, mais ce simple petit pouvoir possédé par quelques rares élus rythme finalement toute la saga pour offrir une uchronie renversante parsemée de scènes fortes parfaitement détaillées. J’en ai une gravée dans la rétine, qui arrive vers la fin, que je vais identifier par « celle avec les éclairs et les mines » (vous comprendrez) juste… Parfaite ♥ Puis celle dans l’araignée puis… D’accord, je m’arrête là.

Fidèle à son habitude, Marianne Stern laisse une grande place à l’univers militaire et plus particulièrement celui de l’aviation. On ressent sa passion et ses connaissances qui nous entrainent facilement dans ces sphères où, personnellement, j’adore me perdre !

Je me rends compte que la chronique commence à tirer en longueur et je vais donc m’arrêter ici. Ce troisième tome aura été un véritable coup de cœur auquel j’ai du mal à trouver des défauts. Il contient tout ce que j’aime chez cette auteure et tout ce que je recherche dans un livre: un univers sombre, des personnages travaillés et torturés qui sortent du lot, une identité littéraire dans l’écriture et une mentalité particulière qu’on ne retrouve que trop rarement dans la littérature SFFF francophone à l’exception de quelques auteurs dont je parle assez souvent sur le blog. Je ne peux que vous conseiller la lecture de ses ouvrages, particulièrement si vous aimez les ambiances militaires, les univers uchroniques et les protagonistes inoubliables. J’ai tourné les dernières pages avec émotion en disant adieu à ce monde et à cette saga qui a donné naissance à l’un de mes personnages littéraires préférés (c’est vous dire !). Merci Marianne pour cet extraordinaire voyage dans les mondes mécaniques ♥

1999, derrière les lignes ennemies – Marianne Stern

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1999, derrière les lignes ennemies est la suite du roman 1993, l’échappée rouge, écrit par Marianne Stern et publié aux éditions Voy’el. Les deux tomes coûtent chacun 18 euros et sont classés en uchronie, à raison puisqu’il s’agit d’un roman historico-uchronique doublé d’un thriller militaire se déroulant pendant la guerre froide. (Spoiler alert: les dates exactes sont dans le titre !) Je remercie chaleureusement l’auteure pour m’avoir offert ce livre que j’ai adoré découvrir, même si j’ai mis un peu de temps pour me lancer dans sa lecture. Pas par manque d’envie, mais parce que je voulais le savourer au moment le plus opportun.

Dans ce second tome, nous retrouvons Anya Ackerman alias Juliette, pilote de chasse pour l’OTAN, ainsi que son mari, pilote également, Markus Petersen, alias Ehrgeiz. Installés depuis 1993 à la base finlandaise de Kauhava, ils se sont mariés, ont eu des jumelles et font face à de nouveaux ennuis. Au début du printemps, une patrouille des forces aériennes finlandaises (des forces neutres, précisons) disparaît des écrans après avoir dévié de leur trajectoire. Deux pilotes et deux wizzo (les navigateurs) sont présumés morts, la Russie accuse l’occident d’espionnage et la guerre froide risque fort de prendre un tour sensiblement plus brûlant. Surtout quand l’OTAN apprend qu’il y a deux survivants, qu’un russe haut-gradé bossant parfois pour eux est prêt à échanger contre son extradition vers les États-Unis, se sentant sur le point d’être découvert. Ce qu’Anya et Markus ont avoir là-dedans? Vous comprendrez en lisant le roman. Parallèlement à ces problèmes politiques, dans l’ancienne Berlin-Ouest abandonnée par les alliés, la révolte gronde et Lisa, cheffe d’un groupe révolutionnaire, se radicalise de plus en plus au point de perdre les pédales…

L’auteure nous entraine, comme pour le premier tome, dans une aventure aux points de vue multiple qui permettent de brasser énormément de sujets et de prendre l’ampleur réelle de ce qu’est la guerre. Nous avons Anya et Markus pour le côté militaire, avec tout ce que cela implique: le style de vie, la mentalité, l’importance supérieure de la mission sur tout le reste, la discipline de fer, l’entraînement des recrues, les dangers inhérents à la condition de pilote, entre autres. Nous avons Lisa, pour le côté citoyen révolutionnaire qui se laisse prendre à son propre jeu, qui sombre dans le radicalisme et qui nous rappelle que ce n’est pas réservé à certains types de population. Vous n’imaginiez pas qu’une fille sans histoire, fleuriste dans son petit quartier de Berlin-Ouest, puisse poser des bombes? Et bien si, pour faire sauter des russes et essayer de renvoyer ces envahisseurs chez eux. Si j’ai aimé retrouver Anya et Markus, qui restent fidèles à eux-mêmes malgré leur relation de couple, j’ai aussi adoré découvrir Lisa. C’est un personnage féminin vraiment abouti à qui il manque une sacrée case, qui fait froid dans le dos mais qui sonne aussi très vrai. Que ferions-nous, dans des situations extrêmes, Saurions-nous cacher nos failles? Prendrions-nous les bonnes décisions? Nous battrons-nous, ou attendrons-nous que d’autres le fassent à notre place? 1999, à l’instar de 1993, est un roman profondément humain qui traite de la réalité de la guerre. Oui, il s’agit d’une uchronie, n’empêche… C’est extrêmement réaliste et immersif.

Et ce n’est pas réaliste uniquement dans le traitement des thèmes et des personnages. Ça l’est aussi sur le fond: on sent que l’auteure est passionnée par l’aviation mais également par l’armée. Quand Anya vole, j’ai l’impression de voler avec elle. Quand Markus se retrouve au milieu d’une opération des SEALs, j’ai l’impression d’y être moi aussi. Les armes, la hiérarchie, les protocoles de mission, c’est encore mieux qu’un film, parce qu’on le vit aux côtés des personnages. C’est presque magique ! L’Histoire est maîtrisée à la perfection, si bien que les écarts et le prolongement de cette Guerre Froide sonnent comme si c’était vraiment arrivé, comme si l’auteure nous racontait les déboires de personnes réelles, comme vous et moi. C’est à la fois perturbant et magistralement mené.

Si, contrairement à moi, vous n’êtes pas fasciné par l’armée ou même un peu familier du vocabulaire militaire, ce roman vous perturbera peut-être et vous paraîtra difficile à comprendre, même si tous les mots et abréviations sont notées en bas de page. Toutefois, ce n’est qu’un détail car si vous appréciez ce type d’ambiance, vous allez être servis. Ce thriller militaro-uchronique est une vraie réussite sur tous les plans et je me demande s’il y aura une suite car je me suis beaucoup attachée à ces personnages.

En bref, je vous recommande chaudement ce roman (ainsi que toute la bibliographie de Marianne Stern que vous pourrez découvrir dans le focus sur l’auteure) si vous aimez les thrillers militaires ou que vous avez envie d’en découvrir un, écrit par une française qui sait de quoi elle parle.

Focus – Marianne Stern

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Dans le cadre du Mois de l’Imaginaire, j’ai envie de vous présenter des auteurs francophones parfois trop peu connus, qui appartiennent à de petites maisons d’édition et qui valent, selon moi, vraiment la peine d’être lus. Trollée impitoyablement par facebook et persuadée que nous étions le jour de l’anniversaire de Marianne Stern, je me proposais de commencer par elle en guise de surprise… Il s’avère donc que je suis victime d’une odieuse manipulation mais ce n’est pas très grave, ça permet à l’auteure de rester fidèle à elle-même. Vous allez comprendrez en lisant… (Je précise, je le dis avec tout mon amour !)

Commençons par quelques éléments biographiques, tirés du site internet de son éditeur: Physicienne de formation, Marianne a changé de voie en cours de route pour rejoindre ses véritables passions, l’aviation et les machins volants. Lorsqu’elle a du temps à disposition, elle écrit, fait fumer ses guitares, ou écoute du heavy metal. Avide de lecture depuis toujours, elle collectionne chaque livre qu’elle dévore au point de ne plus savoir ou les entreposer. Sa prédilection va au fantastique, à la science-fiction, ainsi qu’à quelques thrillers militaires peu recommandables. Fascinée par les nuages, c’est bien souvent dans le ciel qu’elle puise son inspiration ; elle pilote d’ailleurs son propre vaisseau pour mieux s’en rapprocher.

Marianne est une passionnée de l’aviation et de l’armée, cela se ressent dans ses écrits. Outre le diptyque 1993 et 1999 (qu’on lira en « belge » parce que j’aime bien tendre le bâton pour me faire battre (private joke avec son impitoyable éditeur)) publié aux éditions Voy’el, une uchronie rondement menée sur la fin de la guerre froide où cela se ressent dès la 4e de couverture, on le remarque également assez vite dans sa saga des Mondes Mécaniques, avec laquelle j’ai pu la découvrir ! Mais faisons les choses dans l’ordre…

J’ai acheté Smog of Germania au Dormantastique de Juillet 2015, à la base pour l’offrir à mon compagnon. Enfin, je lui ai bien offert, il trône fièrement en me narguant dans sa bibliothèque (Ô supplice) mais j’en ai profité pour le lire au passage et j’ai été bluffée par ma lecture. Une divine noirceur au bout d’une plume, un univers steampunk étouffant qui prend aux tripes, des personnages sales qui s’animent dans une grotesque mascarade, ce fut mon coup de cœur de l’année 2015, aux côtés de la Geste des Exilés de Bettina Nordet (mais on y reviendra dans un autre focus). Frustration de devoir attendre mars 2017 pour lire la suite, à savoir Scents of Orient ! Quand je parle de suite, je m’avance peut-être un peu… L’avantage avec l’univers des Mondes Mécaniques, c’est que chaque tome peut se lire de manière plus ou moins indépendante. On comprend mieux certains détails en ayant lu Smog mais ce n’est pas non plus fondamentalement obligatoire. Donc, Scents, disais-je, partait mal… Il se déroule en Inde (pas mon pays préféré) et le personnage pour qui j’avais eu un coup de cœur monumental dans l’opus d’avant risquait de ne pas être présent. Heureusement, j’ai su apprécier la chaleur moite des Indes presque autant que le smog de Germania. J’y ai retrouvé tous les éléments qui me plaisaient dans le premier tome, avec une intrigue rondement menée, de l’action bien dosée, et des personnages tous attachants à leur manière. Et Maxwell, mon petit amour.

Marianne a également écrit les chroniques d’Oakwood, sorte de roman court à mi chemin avec le recueil de nouvelles. C’est une œuvre difficile à classer mais que j’ai adoré par son ambiance résolument gothique et fantastique. J’y ai retrouvé ce que j’aimais chez Marianne, à savoir son côté sadique et la manière dont elle met si bien en scène la noirceur humaine. Je lui ai découvert un côté poésie macabre bien plus marqué que dans Smog, ce qui a su me séduire et me convaincre que j’étais face à une auteure talentueuse qui sait s’illustrer dans plus d’un genre.

Par contre, si Marianne est très douée pour mettre en scène les hommes, elle l’est moins avec les femmes. En fait, la seule fille que j’apprécie vraiment chez elle, c’est Anya, la pilote qu’on retrouve dans l’Échappée Rouge (le fameux 1993). Ce n’est pas un défaut en soi, d’autant que la majorité des héroïnes de roman me tapent sur le système de toute façon. Mais ça vaut la peine d’être précisé, surtout si, comme moi, vous n’y voyez pas vraiment un point négatif. A chacun nos forces et nos faiblesses ! Et des forces, Marianne en a beaucoup. Outre son imagination retorse et cruelle (mais si, c’est une force !) elle dispose d’une plume personnelle, incisive et immersive. Elle nous atteint, nous touche, nous blesse en gravant au cœur sa marque indélébile. J’espère qu’elle laissera la même sur l’histoire littéraire de notre époque, car elle le mérite.

Notez aussi que, depuis mars de cette année, Marianne est également disponible en poche chez Hélios (Mnémos) avec Smog of Germania. Une manière de découvrir son univers, à petit prix ! Elle a également participé à deux anthologies que vous pouvez retrouver aux Éditions du Chat Noir et que je compte me procurer bientôt: Montres Enchantées et Bal Masqué, où elle côtoie d’autres auteurs talentueux.

En bref et si ce n’était pas encore assez clair, Marianne Stern compte parmi mes auteures favorites, je l’ai d’ailleurs déjà dit dans une interview, il y a quelques semaines (et comme j’ai tendance à le radoter souvent…). C’est quelqu’un que j’estime, elle est talentueuse et modeste, parce qu’elle n’a pas, je crois, conscience d’à quel point elle est douée. Si vous aimez le steampunk, les ambiances sombres, les complots aux intrigues tordues et les personnages masculins marquants, cette auteure est faite pour vous. Découvrez ses romans de toute urgence !

Je vous encourage à profiter de sa présence ce 7 octobre 2017 aux Halliénales pour aller à sa rencontre et plonger dans son univers, sur le stand des Éditions du Chat Noir !