Nos vies en l’air – Manon Fargetton

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Nos vies en l’air est un one-shot à destination d’un public adolescent écrit par l’autrice française Manon Fargetton. Publié chez Rageot, vous trouverez ce roman au prix de 17.5 euros dans toutes les librairies.

Mina et Océan ne se connaissent pas. Pourtant, le hasard veut qu’ils choisissent le même toit pour sauter dans l’optique de se suicider. Ils ont chacun leurs raisons et au dernier moment, le doute s’installe. Ils vont donc se laisser une nuit, une nuit ensemble, pour essayer de répondre à cette simple question: veulent-ils vivre ou mourir?

Nos vies en l’air est un roman d’une grande intensité émotionnelle qui traite de sujets sociaux forts. En général, je ne suis pas trop attirée par des textes de ce genre mais ici, je n’ai pas hésité à faire une exception d’abord pour l’autrice mais aussi pour la façon dont se présentait l’histoire. Mina et Océan sont deux adolescents paumés pour des raisons différentes. Mina subit un harcèlement scolaire très violent qui m’a beaucoup choquée. Je ne pensais pas qu’on pouvait aller aussi loin mais après réflexion… Ça me parait malheureusement trop crédible. Elle se sent seule, abandonnée, ça la pousse à commettre des erreurs au point de sombrer dans une spirale infernale dont elle ne réussit pas à sortir. Dépassée, elle compte se suicider et quand elle le laisse entendre sur les réseaux sociaux, elle n’en récolte que plus de haine. D’un point de vue extérieur, le lecteur pourrait tomber dans la facilité et la juger mais personnellement, j’ai ressenti beaucoup d’empathie pour elle.

Océan, lui, a vécu le suicide de sa mère et une pression familiale rude avec un père absent, tourné vers la politique et une famille proche aristocrate élitiste. Il souffre, il s’ennuie, il n’a pas l’impression que sa vie revêt la moindre importance ou même un sens. Ils vont se retrouver en haut de ce toit et passer une nuit ensemble à se lancer des défis pour définir s’ils veulent vivre ou non. Des défis qui iront toujours plus loin, parfois peut-être un peu trop pour être toujours crédible mais comme ils le disent eux-mêmes, c’est une nuit hors du temps. Puis pour le public ciblé, je pense que tout ce qui se déroule dans Nos vies en l’air aura du sens.

Ce sont les thématiques qui, en premier lieu, m’ont intéressé. Je trouve que Manon Fargetton les traite avec sensibilité et beaucoup de subtilité. J’ai apprécié qu’à la fin du roman, elle liste une série d’associations et de lignes d’écoute pour les gens en détresse. Je trouve l’initiative louable et je suis certaine que ça sauvera des vies. J’espère que ce roman va se retrouver dans toutes les écoles car il peut vraiment pousser à la prise de conscience. Non seulement de nos actes en tant qu’individu mais aussi face à la communauté. Dans Nos vies en l’air, finalement, on croise beaucoup d’ados assez cons et des adultes qui ne valent pas toujours mieux. Comme dans la vie de tous les jours. C’est un texte vrai, sincère, crédible, le genre de texte dont cette société a besoin.

J’ai lu ce livre sur une journée. Comme toujours avec cette autrice, nous sommes face à un page turner efficace. J’ai adoré ce roman qui m’a touchée et m’a fait ressentir pas mal d’émotions. Je le recommande à tous mais j’attire surtout l’attention des professeurs et des parents d’adolescents. C’est le genre de livre que j’aurai aimé lire à quatorze, quinze ou seize ans. Offrez-le à votre enfant, proposez-le à vos élèves, s’il vous plait.

Pour résumer, Nos vies en l’air est un page-turner maîtrisé avec des sujets de société sensibles mais bien traités par une autrice dont le talent n’est plus à prouver. Selon moi, il s’agit d’un roman à mettre dans le plus grand nombre de mains possibles, surtout chez les adolescents. Parents, profs, vous êtes prévenus ! Une belle réussite.

#PLIB2019 Dix jours avant la fin du monde – Manon Fargetton

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Dix jours avant la fin du monde
est un one-shot pré-apocalyptique écrit par l’autrice française Manon Fargetton. Édité chez Gallimard Jeunesse (conseillé à partir de 13 ans) vous le trouverez au prix de 19 euros.

Vous le savez, j’adore Manon Fargetton et c’est pour cette raison que j’ai acheté ce roman. Pourtant, je n’aime pas vraiment les ambiances apocalyptiques et j’avais conscience de ne pas être le public cible. Mais quitte à sortir de sa zone de confort, autant que ce soit en compagnie d’une autrice talentueuse. Pari plutôt heureux je dois dire. Petit mot également sur le genre du texte: je préfère parler de pré-apocalyptique parce que ça se passe avant une apocalypse et je trouve que ce n’est pas vraiment de la science-fiction. Disons que ça laisse à interprétation. Du coup, voilà, je zut Gallimard et je fais mon classement à moi (rébellioooooon.) !

Nous suivons plusieurs protagonistes dans une alternance de point de vue au sein de chapitres courts : Lili-Ann, Valentin, Brahim, Gwen, Sara et Béatrice. Chacun d’eux est différent, a sa personnalité et son vécu. Leurs vies vont se croiser alors que la fin du monde approche. Ils ont encore dix jours à vivre, dix jours avant que les lignes d’explosion n’atteignent la France. Et vous, que feriez-vous dans la même situation? Chercheriez-vous à retrouver votre famille, comme Lili-Ann? À finir votre roman, comme Gwen? À aider votre prochain, comme Brahim? À respecter votre devoir jusqu’au bout, comme Béatrice? À rejoindre vos amis avec l’homme de votre vie, comme Sara? À vivre enfin, tout simplement, comme Valentin?

Manon Fargetton propose un texte davantage axé sur l’humain et sur la réflexion que sur l’action. Un peu comme Céline Saint Charle dans #SeulAuMonde, elle propose des portraits d’individus qui réagissent tous à leur manière face à ce drame à venir. Elle passe des messages forts quoi qu’un peu utopistes à mon goût mais ça reste un roman à destination d’un public plus jeune à qui il est important de véhiculer ce genre de valeurs.

Addictif, Dix jours avant la fin du monde l’est incontestablement. Malgré ses 464 pages, il se lit très rapidement et ne manque pas de rythme. On se sent proches des protagonistes et on tourne chaque page avec un décompte haletant dans notre tête. Plus on se rapproche de la fin et plus l’angoisse monte. Un pari réussi ! Ce succès tient aussi à la plume maîtrisée de l’autrice, qui ne perd rien de sa qualité au fil de ses parutions.

Si vous aimez les romans où on vous donne toutes les réponses, ce livre n’est pas pour vous. Manon Fargetton laisse une grande place à l’interprétation. Qu’est-ce qui déclenche les explosions? On l’ignore. Que se passe-t-il pour l’humanité, après ça? Pareil. Et finalement, le roman de Gwen… ? À vous de décider. On ne peut que deviner. De toute façon, ce roman n’est pas là pour parler d’une catastrophe ou d’une équipe qui sauvera / repeuplera le monde. Non. Il s’axe sur l’humain. Il en montre le beau comme le mauvais côté, laisse coexister des types de réactions, des visions de la vie, sans forcément apporter un jugement. C’est le genre de texte qui fait réfléchir.

En bref, Manon Fargetton signe un one-shot pré-apocalyptique humain, addictif et positif. Elle choisit d’axer son récit sur la psychologie de ses personnages et leurs états d’âme en proposant des protagonistes très diversifiés. Si le texte manque de réponses aux questions qu’il induit chez le lecteur, il lui laisse par contre une grande place pour l’interprétation et l’imagination. Une chouette lecture qui plaira aux amoureux du genre et que je vous recommande, comme toute la bibliographie de l’autrice.

Quand vient la vague – Manon Fargetton et Jean-Christophe Tixier

Couverture Quand vient la vague
Quand vient la vague
est un one-shot contemporain destiné à un public adolescent. Écrit en collaboration par Manon Fargetton et Jean-Christophe Tixier, vous le trouverez édité chez Rageot au prix de 15.90 euros.
Cette lecture entre dans le cadre du challenge S4F3 proposé par Albédo.

Un roman adolescent sur fond de drame familial, ce n’est pas vraiment ma tasse de thé ni même un genre que j’affectionne de manière générale. Deux raisons me poussèrent à sa lecture. Tout d’abord, le fait qu’il ait été écrit en partie par Manon Fargetton, une auteure que j’apprécie tout particulièrement (pour rappel, voici mes chroniques sur l’Héritage des Rois Passeurs, les Illusions de Sav-Loar et Aussi libres qu’un rêve). Ensuite, le fait qu’il m’ait été chaudement recommandé par L-A Braun (pour lire sa chronique, c’est ici !), qui me l’a gentiment prêté. Depuis mars, il traine dans ma PAL et j’ai enfin décidé de l’en sortir.

Et bien croyez le ou non, j’ai vraiment beaucoup aimé ce livre !

Nous suivons l’histoire de Nina et Clément, un frère et une sœur. Au début du livre, Nina quitte sa maison sans qu’on sache vraiment pour quelle raison. Un an plus tard, son frère, Clément, a continué à vivre sa vie mais un électrochoc va lui faire prendre conscience qu’il n’a pas géré cette affaire comme il aurait dû. Bientôt, Nina aura dix-huit ans et la police devra arrêter les recherches… Poussé par son ami Noah, Clément décide de reprendre l’enquête.

Quand vient la vague alterne deux points de vue. Celui de Nina, à la première personne et au présent, qui nous montre des fragments du passé de l’adolescente pour nous aider à comprendre les raisons de son départ et celui de Clément, dans le présent, qui entame des recherches sérieuses en partant d’une lettre que sa sœur lui a laissé avant de partir. L’un comme l’autre sont profondément touchants. Nina est une jeune fille sensible qui manque de confiance en elle,qui se prend beaucoup trop la tête sur tout un tas de sujets. Je me suis immédiatement reconnue en elle, en ses questionnements, en ses décisions. J’ai trouvé les choix des auteurs vraiment mûrs et intelligents. Quant à Clément, c’est un adolescent passionné par le surf qui rêve de devenir sportif professionnel. Il n’est pas plus bête qu’un autre mais peut-être un peu lâche, un peu passif, un peu égoïste, comme on peut tous l’être. Quand son ami Noah lui fait remarquer qu’à sa place, lui n’aurait jamais arrêté de chercher sa sœur, Clément se rend compte qu’il n’a pas du tout assuré et qu’il y a un grand vide dans sa vie, dans son cœur. Avec ses maigres moyens, il va donc chercher à percer le mystère qui entoure sa disparition, chercher à comprendre. Il a une évolution très intéressante et je pense que la force de ce roman, c’est justement qu’on pourrait tous en être les protagonistes principaux, qu’on s’y identifie très facilement.

Pour fournir une chronique vraiment complète et une analyse approfondie, je devrai vous révéler des points clés du roman et je refuse de vous spoiler quoi que ce soit. Pardonnez-moi donc de ne pas m’appesantir sur les thèmes traités dans ce livre. Si on devine assez vite ce qui a poussé Nina à s’enfuir, c’est surtout la façon dont c’est amené et dont elle va le gérer qui est intéressant, idem dans le cas de Clément. On ne peut pas s’empêcher de se demander comment nous, nous aurions réagi à leur place, de prendre un parti, de se sentir concerné, parce que cette histoire pourrait presque être celle de n’importe qui. Quand vient la vague n’a rien d’un thriller haletant ou d’un roman bourré d’action, il est axé sur le psychologique et réussit bien son coup. J’ignore comment ont travaillé les auteurs mais j’espère qu’ils continueront de collaborer ensemble. Chaque personnage est touchant à sa manière et on se prend d’intérêt pour ce drame familial, intimiste. Les pages défilent sans qu’on les ressente et finalement, Quand vient la vague peut se lit en trois ou quatre heures à peine.

J’ai vraiment passé un très bon moment avec cette lecture toute en sensibilité. Quand vient la vague est un page-turner profondément humain aux thèmes modernes, qui convient aux adolescents comme aux adultes, impossible de rester indifférent face à cette histoire que je recommande très chaudement que ça soit ou non votre tasse de thé. Il y a des histoires, comme celles-là, qui méritent d’être lues et qui toucheront forcément au but. Je recommande !