Nos vies en l’air – Manon Fargetton

16
Nos vies en l’air est un one-shot à destination d’un public adolescent écrit par l’autrice française Manon Fargetton. Publié chez Rageot, vous trouverez ce roman au prix de 17.5 euros dans toutes les librairies.

Mina et Océan ne se connaissent pas. Pourtant, le hasard veut qu’ils choisissent le même toit pour sauter dans l’optique de se suicider. Ils ont chacun leurs raisons et au dernier moment, le doute s’installe. Ils vont donc se laisser une nuit, une nuit ensemble, pour essayer de répondre à cette simple question: veulent-ils vivre ou mourir?

Nos vies en l’air est un roman d’une grande intensité émotionnelle qui traite de sujets sociaux forts. En général, je ne suis pas trop attirée par des textes de ce genre mais ici, je n’ai pas hésité à faire une exception d’abord pour l’autrice mais aussi pour la façon dont se présentait l’histoire. Mina et Océan sont deux adolescents paumés pour des raisons différentes. Mina subit un harcèlement scolaire très violent qui m’a beaucoup choquée. Je ne pensais pas qu’on pouvait aller aussi loin mais après réflexion… Ça me parait malheureusement trop crédible. Elle se sent seule, abandonnée, ça la pousse à commettre des erreurs au point de sombrer dans une spirale infernale dont elle ne réussit pas à sortir. Dépassée, elle compte se suicider et quand elle le laisse entendre sur les réseaux sociaux, elle n’en récolte que plus de haine. D’un point de vue extérieur, le lecteur pourrait tomber dans la facilité et la juger mais personnellement, j’ai ressenti beaucoup d’empathie pour elle.

Océan, lui, a vécu le suicide de sa mère et une pression familiale rude avec un père absent, tourné vers la politique et une famille proche aristocrate élitiste. Il souffre, il s’ennuie, il n’a pas l’impression que sa vie revêt la moindre importance ou même un sens. Ils vont se retrouver en haut de ce toit et passer une nuit ensemble à se lancer des défis pour définir s’ils veulent vivre ou non. Des défis qui iront toujours plus loin, parfois peut-être un peu trop pour être toujours crédible mais comme ils le disent eux-mêmes, c’est une nuit hors du temps. Puis pour le public ciblé, je pense que tout ce qui se déroule dans Nos vies en l’air aura du sens.

Ce sont les thématiques qui, en premier lieu, m’ont intéressé. Je trouve que Manon Fargetton les traite avec sensibilité et beaucoup de subtilité. J’ai apprécié qu’à la fin du roman, elle liste une série d’associations et de lignes d’écoute pour les gens en détresse. Je trouve l’initiative louable et je suis certaine que ça sauvera des vies. J’espère que ce roman va se retrouver dans toutes les écoles car il peut vraiment pousser à la prise de conscience. Non seulement de nos actes en tant qu’individu mais aussi face à la communauté. Dans Nos vies en l’air, finalement, on croise beaucoup d’ados assez cons et des adultes qui ne valent pas toujours mieux. Comme dans la vie de tous les jours. C’est un texte vrai, sincère, crédible, le genre de texte dont cette société a besoin.

J’ai lu ce livre sur une journée. Comme toujours avec cette autrice, nous sommes face à un page turner efficace. J’ai adoré ce roman qui m’a touchée et m’a fait ressentir pas mal d’émotions. Je le recommande à tous mais j’attire surtout l’attention des professeurs et des parents d’adolescents. C’est le genre de livre que j’aurai aimé lire à quatorze, quinze ou seize ans. Offrez-le à votre enfant, proposez-le à vos élèves, s’il vous plait.

Pour résumer, Nos vies en l’air est un page-turner maîtrisé avec des sujets de société sensibles mais bien traités par une autrice dont le talent n’est plus à prouver. Selon moi, il s’agit d’un roman à mettre dans le plus grand nombre de mains possibles, surtout chez les adolescents. Parents, profs, vous êtes prévenus ! Une belle réussite.

Publicités

#PLIB2019 Dix jours avant la fin du monde – Manon Fargetton

14
Dix jours avant la fin du monde
est un one-shot pré-apocalyptique écrit par l’autrice française Manon Fargetton. Édité chez Gallimard Jeunesse (conseillé à partir de 13 ans) vous le trouverez au prix de 19 euros.

Vous le savez, j’adore Manon Fargetton et c’est pour cette raison que j’ai acheté ce roman. Pourtant, je n’aime pas vraiment les ambiances apocalyptiques et j’avais conscience de ne pas être le public cible. Mais quitte à sortir de sa zone de confort, autant que ce soit en compagnie d’une autrice talentueuse. Pari plutôt heureux je dois dire. Petit mot également sur le genre du texte: je préfère parler de pré-apocalyptique parce que ça se passe avant une apocalypse et je trouve que ce n’est pas vraiment de la science-fiction. Disons que ça laisse à interprétation. Du coup, voilà, je zut Gallimard et je fais mon classement à moi (rébellioooooon.) !

Nous suivons plusieurs protagonistes dans une alternance de point de vue au sein de chapitres courts : Lili-Ann, Valentin, Brahim, Gwen, Sara et Béatrice. Chacun d’eux est différent, a sa personnalité et son vécu. Leurs vies vont se croiser alors que la fin du monde approche. Ils ont encore dix jours à vivre, dix jours avant que les lignes d’explosion n’atteignent la France. Et vous, que feriez-vous dans la même situation? Chercheriez-vous à retrouver votre famille, comme Lili-Ann? À finir votre roman, comme Gwen? À aider votre prochain, comme Brahim? À respecter votre devoir jusqu’au bout, comme Béatrice? À rejoindre vos amis avec l’homme de votre vie, comme Sara? À vivre enfin, tout simplement, comme Valentin?

Manon Fargetton propose un texte davantage axé sur l’humain et sur la réflexion que sur l’action. Un peu comme Céline Saint Charle dans #SeulAuMonde, elle propose des portraits d’individus qui réagissent tous à leur manière face à ce drame à venir. Elle passe des messages forts quoi qu’un peu utopistes à mon goût mais ça reste un roman à destination d’un public plus jeune à qui il est important de véhiculer ce genre de valeurs.

Addictif, Dix jours avant la fin du monde l’est incontestablement. Malgré ses 464 pages, il se lit très rapidement et ne manque pas de rythme. On se sent proches des protagonistes et on tourne chaque page avec un décompte haletant dans notre tête. Plus on se rapproche de la fin et plus l’angoisse monte. Un pari réussi ! Ce succès tient aussi à la plume maîtrisée de l’autrice, qui ne perd rien de sa qualité au fil de ses parutions.

Si vous aimez les romans où on vous donne toutes les réponses, ce livre n’est pas pour vous. Manon Fargetton laisse une grande place à l’interprétation. Qu’est-ce qui déclenche les explosions? On l’ignore. Que se passe-t-il pour l’humanité, après ça? Pareil. Et finalement, le roman de Gwen… ? À vous de décider. On ne peut que deviner. De toute façon, ce roman n’est pas là pour parler d’une catastrophe ou d’une équipe qui sauvera / repeuplera le monde. Non. Il s’axe sur l’humain. Il en montre le beau comme le mauvais côté, laisse coexister des types de réactions, des visions de la vie, sans forcément apporter un jugement. C’est le genre de texte qui fait réfléchir.

En bref, Manon Fargetton signe un one-shot pré-apocalyptique humain, addictif et positif. Elle choisit d’axer son récit sur la psychologie de ses personnages et leurs états d’âme en proposant des protagonistes très diversifiés. Si le texte manque de réponses aux questions qu’il induit chez le lecteur, il lui laisse par contre une grande place pour l’interprétation et l’imagination. Une chouette lecture qui plaira aux amoureux du genre et que je vous recommande, comme toute la bibliographie de l’autrice.

Quand vient la vague – Manon Fargetton et Jean-Christophe Tixier

Couverture Quand vient la vague
Quand vient la vague
est un one-shot contemporain destiné à un public adolescent. Écrit en collaboration par Manon Fargetton et Jean-Christophe Tixier, vous le trouverez édité chez Rageot au prix de 15.90 euros.
Cette lecture entre dans le cadre du challenge S4F3 proposé par Albédo.

Un roman adolescent sur fond de drame familial, ce n’est pas vraiment ma tasse de thé ni même un genre que j’affectionne de manière générale. Deux raisons me poussèrent à sa lecture. Tout d’abord, le fait qu’il ait été écrit en partie par Manon Fargetton, une auteure que j’apprécie tout particulièrement (pour rappel, voici mes chroniques sur l’Héritage des Rois Passeurs, les Illusions de Sav-Loar et Aussi libres qu’un rêve). Ensuite, le fait qu’il m’ait été chaudement recommandé par L-A Braun (pour lire sa chronique, c’est ici !), qui me l’a gentiment prêté. Depuis mars, il traine dans ma PAL et j’ai enfin décidé de l’en sortir.

Et bien croyez le ou non, j’ai vraiment beaucoup aimé ce livre !

Nous suivons l’histoire de Nina et Clément, un frère et une sœur. Au début du livre, Nina quitte sa maison sans qu’on sache vraiment pour quelle raison. Un an plus tard, son frère, Clément, a continué à vivre sa vie mais un électrochoc va lui faire prendre conscience qu’il n’a pas géré cette affaire comme il aurait dû. Bientôt, Nina aura dix-huit ans et la police devra arrêter les recherches… Poussé par son ami Noah, Clément décide de reprendre l’enquête.

Quand vient la vague alterne deux points de vue. Celui de Nina, à la première personne et au présent, qui nous montre des fragments du passé de l’adolescente pour nous aider à comprendre les raisons de son départ et celui de Clément, dans le présent, qui entame des recherches sérieuses en partant d’une lettre que sa sœur lui a laissé avant de partir. L’un comme l’autre sont profondément touchants. Nina est une jeune fille sensible qui manque de confiance en elle,qui se prend beaucoup trop la tête sur tout un tas de sujets. Je me suis immédiatement reconnue en elle, en ses questionnements, en ses décisions. J’ai trouvé les choix des auteurs vraiment mûrs et intelligents. Quant à Clément, c’est un adolescent passionné par le surf qui rêve de devenir sportif professionnel. Il n’est pas plus bête qu’un autre mais peut-être un peu lâche, un peu passif, un peu égoïste, comme on peut tous l’être. Quand son ami Noah lui fait remarquer qu’à sa place, lui n’aurait jamais arrêté de chercher sa sœur, Clément se rend compte qu’il n’a pas du tout assuré et qu’il y a un grand vide dans sa vie, dans son cœur. Avec ses maigres moyens, il va donc chercher à percer le mystère qui entoure sa disparition, chercher à comprendre. Il a une évolution très intéressante et je pense que la force de ce roman, c’est justement qu’on pourrait tous en être les protagonistes principaux, qu’on s’y identifie très facilement.

Pour fournir une chronique vraiment complète et une analyse approfondie, je devrai vous révéler des points clés du roman et je refuse de vous spoiler quoi que ce soit. Pardonnez-moi donc de ne pas m’appesantir sur les thèmes traités dans ce livre. Si on devine assez vite ce qui a poussé Nina à s’enfuir, c’est surtout la façon dont c’est amené et dont elle va le gérer qui est intéressant, idem dans le cas de Clément. On ne peut pas s’empêcher de se demander comment nous, nous aurions réagi à leur place, de prendre un parti, de se sentir concerné, parce que cette histoire pourrait presque être celle de n’importe qui. Quand vient la vague n’a rien d’un thriller haletant ou d’un roman bourré d’action, il est axé sur le psychologique et réussit bien son coup. J’ignore comment ont travaillé les auteurs mais j’espère qu’ils continueront de collaborer ensemble. Chaque personnage est touchant à sa manière et on se prend d’intérêt pour ce drame familial, intimiste. Les pages défilent sans qu’on les ressente et finalement, Quand vient la vague peut se lit en trois ou quatre heures à peine.

J’ai vraiment passé un très bon moment avec cette lecture toute en sensibilité. Quand vient la vague est un page-turner profondément humain aux thèmes modernes, qui convient aux adolescents comme aux adultes, impossible de rester indifférent face à cette histoire que je recommande très chaudement que ça soit ou non votre tasse de thé. Il y a des histoires, comme celles-là, qui méritent d’être lues et qui toucheront forcément au but. Je recommande !

Les illusions de Sav-Loar – Manon Fargetton

CVT_Les-Illusions-de-Sav-Loar_7139
Les illusions de Sav-Loar
est un one-shot de fantasy écrit par l’auteure française Manon Fargetton. Publié chez Bragelonne en collection poche (sous l’ancien label Milady), il est disponible au prix de 8.20 euros.

Quand je parle d’un one-shot, je me dois d’emblée de tempérer. Même si ce roman peut se lire de manière indépendante, il en existe un autre dans le même univers qui complète celui-ci: l’Héritage des Rois-Passeurs. On y retrouve certains personnages communs, l’intrigue s’y rejoint à un moment (dans le second tiers) et se poursuit jusqu’à sa conclusion de ce qui est seulement esquissé dans l’Héritage des Rois-Passeurs. Les deux se répondent sans que je parvienne à me décider lequel des deux il vaut mieux lire en premier.
Objectivement, lisez les deux, ce sont des perles !

Les illusions de Sav-Loar, c’est avant tout l’histoire de plusieurs femmes. Celle de Bleue, enfant esclave qui se révèlera puissante magicienne. Celle de Fèl, une jeune adulte déjà bien éprouvée par la vie qui refuse d’arrêter de se battre. Celle des magiciennes de Sav-Loar, à travers les siècles jusqu’à nos jours. Celle des femmes traquées, traumatisées, malmenées.
Mais c’est aussi l’histoire de certains hommes, comme Guilhem, Oreb, Luernos, Til’Enarion, Ashkar, Cendre. Des guerriers, des guérisseurs, des prêtres, des mages, des enfants. Et de certains dieux.
Ce roman propose une grande fresque aux personnages multiples. Certains diront trop nombreux… Je l’ai pensé, à un moment. Pourtant, par je ne sais quel procédé extraordinaire, Manon Fargetton parvient à créer de l’empathie pour chacun d’eux. Aucun ne nous laisse réellement indifférent, que ce soit positif ou négatif. Je trouve que cela s’apparente à un tour de force digne d’être souligné.

Nous évoluons dans le royaume d’Ombre mais également dans l’Empire. Sur un seul tome de plus de 850 pages, nous voyageons énormément, j’en ai le tournis quand je regarde derrière moi et que je me rends compte de tout ce chemin parcouru depuis la citadelle du Sker jusqu’à cette bataille finale. Il y a tellement à dire sur ce roman que ça me semble impossible de tout évoquer en une seule chronique, pas sans qu’elle devienne beaucoup trop longue pour que vous ayez envie de la lire. Pas sans spoiler énormément de retournements de situation inattendus. Pas sans gâcher le plaisir d’une découverte sans savoir dans quoi vous vous embarquerez.

J’ai déjà parlé des personnages, j’ai envie de m’attarder sur chacun d’eux avec une préférence pour Bleue et pour Til’Enarion, alors que je ne les appréciais pas spécialement au début du récit. Pourtant, il me parait plus pertinent de pointer du doigt les messages que l’auteure fait passer à travers son texte. Au premier abord, j’ai pensé que les illusions de Sav-Loar était un roman de femmes, qui mettrait l’accent sur leur supériorité par rapport aux hommes, sur les douleurs qu’elles subissaient au quotidien jusqu’à se révolter, qu’il s’engagerait de manière agressive pour prouver leur valeur. Il faut dire qu’il s’ouvre quand même sur deux personnages principaux qui subissent l’esclavage et le viol d’un seigneur sadique et on ne nous épargne pas vraiment les détails même si les descriptions restent subtiles. C’est fascinant comme cette auteure parvient à décrire des situations horribles sans pour autant choquer, elle choisit avec soin son vocabulaire. Chapeau !

Au départ, donc, c’est ce que je m’attendais à trouver et je craignais de grincer un peu des dents parce que je pense, d’un point de vue personnel, que la valeur d’un individu n’est pas liée à son sexe et qu’on doit se battre pour prouver ce qu’on vaut en tant que personne. J’ai rapidement compris que l’auteure offrait un message d’égalité, qu’elle partageait, d’une certaine façon, mon point de vue (sans m’avancer à affirmer connaître ses convictions mais ce qu’elle dit dans ce livre, ce que dit Bleue, me parle totalement). Tout le roman tend vers ça, vers le désir qu’ont les magiciennes d’être non pas supérieures aux mages du Clos mais égales. Et celles qui, parmi elles, les haïssent au point de souhaiter les dominer, en viennent à changer d’avis ou à le regretter d’une façon ou d’une autre. Le message nous parvient d’autant plus fort que nous vivons l’évolution de Bleue qui, de haine et dégoût, en arrive à tempérer ce qu’elle ressent au fil des années. C’est puissant et le fait que l’intrigue s’étale sur une si longue période est un vrai plus, à mon sens.

L’auteure évoque aussi la manipulation de l’Histoire, l’importance de l’esprit critique et du libre-arbitre. Ces thèmes se distillent tout au long du récit et habillent un univers d’une grande richesse. Que ce soit par ses mythes fondateurs ou par la manière dont fonctionne la magie, je trouve que Manon Fargetton parvient à rester classique tout en innovant. Cela vous paraît paradoxal? Lisez les illusions de Sav-Loar, et vous comprendrez.

J’ai dévoré ce pavé en l’espace de trois jours et ç’aurait été plus rapide si je n’avais pas dû m’arrêter pour étudier. L’écriture fluide, enchanteresse, nous happe dans le récit et on passe les pages sans s’en rendre compte. J’ai adoré découvrir chaque ligne de ce récit d’une grande intelligence et lire un roman de fantasy à la fois divertissant et engagé. Je l’ai déjà dit mais à mes yeux, Manon Fargetton est une des meilleures auteures françaises en fantasy de notre époque et les illusions de Sav-Loar confirme mon impression. Je vous recommande très chaudement ce roman qui fut un coup de cœur. À n’en pas douter, il laissera longtemps sa marque sur moi et il appartient à la catégorie des livres que je relirai dans ma vie.

Premières lignes #7

Bonjour à tous !
En ce beau dimanche ensoleillé, je suis en train de lire les illusions de Sav-Loar de Manon Fargetton, une auteure que j’apprécie énormément et qui a de vraies qualités littéraires. Du coup, pour ce « Premières Lignes » (un rendez-vous créé par Ma Lecturothèque. pour lequel je ne suis pas toujours très assidue mais je me soigne :p) j’ai envie de vous parler de son autre roman dans le même univers que les illusions de Sav-Loar: l’Héritage des Rois-Passeurs ! Je l’avais chroniqué sur le blog et adoré.

Voici la 4e de couverture:
« Ombre, univers peuplé de magie, et Rive, le monde tel qu’on le connaît, sont les deux reflets déformés d’une même réalité.
Enora est unique : elle peut traverser d’un monde à l’autre.
Lorsque sa famille est décimée par des assassins masqués, elle se réfugie au seul endroit où ses poursuivants ne peuvent l’atteindre. Au royaume d’Ombre, sur la terre de ses ancêtres.
Là-bas, Ravenn, une princesse rebelle, fait son retour après neuf ans d’exil passés à chasser les dragons du grand sud. Sa mère, la reine, est mourante. Ravenn veut s’emparer de ce qui lui revient de droit : le trône d’Ombre. Et elle n’est pas la bienvenue.
Deux mondes imbriqués. Deux femmes fortes éprouvées par la vie. Deux destins liés qui bouleverseront la tortueuse histoire du royaume d’Ombre. »

-l-heritage-des-rois-passeurs-607526
Et voici les premières lignes:
« Ravenn frissonna.
Le dragon se dressait devant la Meute, à l’orée d’une grotte. C’était une femelle aux naseaux fumants, haute comme cinq guerriers, couverte d’écailles brunes et de piques acérées. D’un signe de la main, Ravenn lança ses chasseurs à l’assaut. Les hommes chargèrent sans hésitation, javelot en avant, muscles bandés. La bête se figea, étonnée par l’audace d’êtres à l’apparence si fragile. Mais la surprise ne dura pas. Le dragon avait un nid à défendre. Sa tête recula, s’inclina sur le côté, et son cou qui ployait selon un angle étrange se gonfla soudain.
— En arrière, hurla Pelekaï, colosse aux mille tresses sombres et second de Ravenn.
Son avertissement n’était pas nécessaire, les hommes s’étaient déjà jetés sur le côté, évitant de justesse le ruban de feu qui jaillit de la gueule du dragon. Du coude, Ravenn protégea ses yeux de la vague de chaleur. Elle rouvrit les paupières un instant plus tard et frémit en découvrant la scène qui s’offrait à elle : au bout du chemin de terre roussie, à une quinzaine de mètres de la bête, se tenait un très jeune garçon pétrifié de terreur. Ravenn jura. Pour la centième fois, elle se maudit d’avoir accepté de prendre le fils cadet du chef à l’essai dans la Meute. Le gamin n’avait pas l’étoffe d’un guerrier. Il ne l’aurait jamais. Et, s’il ne s’écartait pas immédiatement du chemin de ce dragon, il allait perdre pour toujours l’occasion de prouver qu’il pouvait être bon à autre chose.
— Pelekaï ! Sors Lïam de là !
Le guerrier se précipitait déjà vers le garçon. La bête repéra son mouvement et le suivit d’un œil menaçant. Ravenn inspira, fit jouer sa mâchoire, décolla de son crâne les courtes mèches rousses imprégnées de boue. Elle était le Croc de cette Meute, son chef. Aujourd’hui, pas un seul de ses hommes n’aurait pensé à défier son autorité, car ils avaient en elle une confiance absolue. Ils n’auraient pas dû. Ravenn les avait tous mis en danger en acceptant la présence du gamin. C’était à elle de réparer cette erreur, et pour cela, elle allait devoir se montrer digne de sa légende. »

Connaissez-vous cette auteure? Avez-vous déjà lu ses romans? Qu’en pensez-vous? Ces premières lignes vous donnent-elles envie? 🙂

 

Aussi libres qu’un rêve – Manon Fargetton

1704Aussilibresquunreve_org

Aussi libres qu’un rêve est un roman écrit par l’auteure française Manon Fargetton et publié pour la première fois en 2006 (soit il y a douze ans !). Réédité en poche chez Castlemore au tout petit prix de 5.90 euros, il s’agit d’une dystopie destinée à un public adolescent.

Si vous me suivez un peu, vous savez probablement que Manon Fargetton est une auteure que j’admire beaucoup (et ça n’a rien avoir avec le fait qu’on ait le même prénom, même si c’est assez cool quand même :3). Lors de la foire du livre de Bruxelles, nous avons eu une discussion absolument fantastique et j’ai été plus qu’heureuse de lui faire dédicacer ce roman, ayant laissé les illusions de Sav-Loar à la maison. Au départ, j’avais juste prévu de discuter avec elle mais la quatrième de couverture m’a intriguée et le prix extrêmement démocratique m’a convaincu de tenter l’aventure. Me voici donc avec un petit roman pour ados et une dystopie, deux éléments qui font que je ne suis pas du tout le public cible pour cette œuvre littéraire.

Jusqu’à la fin du roman, j’appréciais ma lecture mais sans plus. J’ai trouvé l’univers très original mais le texte un peu trop rapide. C’est peut-être une caractéristique du roman à destination d’un public plus jeune mais j’ai regretté qu’elle n’ait pas davantage développé certains aspects de son univers et de ses protagonistes. C’est, finalement, un texte très visuel, un enchaînement de scènes fortes et courtes, comme si on découpait un film. Les personnages sont intéressants mais hormis pour Minöa et Kléano, j’ai trouvé qu’ils manquaient parfois d’une certaine profondeur. Après, je replace le texte dans son contexte: c’est le premier roman de l’auteure et j’ai lu ceux qu’elle a écrit par la suite, pour un public plus âgé. Elle s’est beaucoup améliorée là-dessus.

Je passais donc un bon moment, jusqu’à ce qu’arrive la fin… Quelle claque ! Je n’ai rien vu venir. Et je ne vais pas vous mentir, j’ai eu les larmes aux yeux. J’étais tellement dans l’optique du « c’est un roman jeunesse » que je ne m’attendais pas à ça et finalement, cette audace a magnifié tout le texte. J’ai compris les prix littéraires accordés à ce roman, je me suis aussi rendue compte qu’il offrait de nombreux messages importants tout en respectant les codes de la dystopie. Je n’en ai pas lu beaucoup, mais assez pour me rendre compte qu’un schéma revient et si Manon Fargetton reste classique dans son traitement global, on retrouve des pointes d’originalité. Par exemple, ces adolescents s’opposent au régime en place mais à plusieurs reprises, ils se demandent si ça débouchera sur quelque chose de mieux, si les récits du grand-père sur la « liberté du passé » font qu’avant, c’était vraiment « mieux » ou juste différent. Ce n’est pas aussi manichéen que ça en a l’air. Finalement, l’utopie de ces jeunes, aidés par des adultes qui préparent une révolution depuis longtemps, prend un tour beaucoup plus réaliste (j’essaie de ne rien spoiler mais ça devient compliqué) et c’est appréciable. Autant pour les lecteurs comme moi que pour les plus jeunes, ça leur apprend les nuances de gris.

En bref, j’ai passé un bon moment avec Aussi libres qu’un rêve qui est un roman tout public à lire dès 12 ou 13 ans pour sa richesse littéraire et l’intelligence de son propos. Si les personnages paraissent parfois caricaturaux et l’histoire un peu trop rapide, c’est un texte qui a le mérite de pousser la réflexion et d’être dynamique. Mention spéciale pour ce final inattendu et très fort ! Pour un premier roman, je salue bien bas la performance de cette auteure française à suivre absolument.

L’héritage des Rois-Passeurs – Manon Fargetton

-l-heritage-des-rois-passeurs-607526

L’héritage des Rois-Passeurs est un roman de fantasy francophone publié d’abord chez Bragelonne en grand format puis chez Milady en poche au prix de 8.20 euros. Il a également été disponible en numérique pendant la #GrosseOp ! Il est écrit par Manon Fargetton, une auteure touche à tout qui a indubitablement un réel talent pour l’écriture. Je comprends très bien pourquoi elle a reçu le prix Imaginales en 2016.

J’ignore pourquoi je n’ai pas lu ce roman plus tôt. Rien que le résumé est vraiment alléchant: deux femmes, une native de Rive (notre monde en fait) et l’autre native de l’Ombre (un monde un peu miroir avec une société type médiévale) dont le destin va se croiser. Toutes deux ont des forts caractères, on évoque de la magie, des intrigues politiques, bref, que d’éléments pour attirer mon regard et affaiblir mon petit cœur de lectrice en manque de fantasy, surtout en one-shot. Pourtant, j’ai mis du temps avant de me décider à le lire. Peut-être parce que j’ai le même prénom que l’auteure (quoi, comment ça, c’est pas du tout une raison?) ou peut-être parce que la quatrième de couverture avait justement l’air trop belle pour être vraie. J’allais forcément être déçue…

Et bien pas du tout ! Je vais même aller plus loin: l’héritage des Rois-Passeurs est un coup de cœur.

Tout est bon dans ce roman et je vais commencer par mettre l’accent sur les personnages. Ils disposent tous d’une personnalité unique, ils sont très travaillés, ils sonnent « réels » tous autant qu’ils sont. Leur psychologie est recherchée, crédible, ils ont une véritable âme qu’on ressent à travers des chapitres très hétéroclites où les points de vue se mélangent sans pour autant qu’on soit perdu. Je n’arrive pas à trouver un protagoniste que je n’ai pas apprécié, malgré le fait qu’ils soient tous très différents et, pour une fois, je n’ai pas eu de mal avec les deux héroïnes. Si je préfère Ravenn à Énora, j’ai trouvé cette dernière touchante dans son malheur et dans sa force de caractère pour l’affronter. Son dilemme et son désespoir, toutes les problématiques autour du deuil que l’auteure développe à travers la Passeuse, en font un personnage terriblement humain, à l’instar de ceux qui gravitent dans sa sphère. On s’attache même aux personnages secondaires comme Pelekaï, alors qu’il ne parle pas des masses malgré le fait qu’il soit présent dans l’ombre de Ravenn dans tout le bouquin.

Si les personnages sont une grande qualité de l’héritage des Rois-Passeurs, les thématiques le sont également. J’ai aimé suivre une héroïne attirée par les femmes tout comme j’ai aimé que l’auteure ne censure pas les scènes intimes, sans pour autant tomber dans la pornographie fan-service. Tout est, je trouve, très bien dosé entre les moments intimes, les scènes de combats, les discussions / réflexions politiques, la découverte de l’univers. Et que dire des multiples révélations, rythmée au millimètre pour que l’intérêt du lecteur ne baisse jamais !

L’univers de l’héritage des Rois-Passeurs est riche, très riche. On sent un réel investissement de la part de l’auteure dans sa création. Pourtant, malgré sa complexité, je n’ai jamais été perdue. Sans doute grâce aux petits extraits des chroniques du royaume ou du journal intime de la grand-mère d’Énora, qui nous aident à mieux comprendre ce dont parlent les personnages, les coutumes d’Ombre, les évènements, le pourquoi du comment certaines choses impossibles le deviennent. Ces extraits permettent d’apprendre beaucoup d’éléments sur l’univers sans que le texte ou l’action ne soient alourdi par des explications pourtant nécessaires. C’est une formule que j’ai beaucoup appréciée, le tout agrémenté d’une plume immersive et addictive.

Ce roman a été un coup de cœur et une claque à la fois. Il m’a montré tout le chemin qu’il me restait encore à parcourir en tant qu’auteure et il m’a donné envie de me défoncer pour m’améliorer et arriver un jour au niveau de Manon Fargetton. C’est une auteure que je vais suivre avec un très grand intérêt et je compte bien me procurer les illusions de Sav-Loar, un roman dans le même univers que celui-ci mais tout à fait indépendant de l’héritage des Rois-Passeurs. Je vous conseille vivement de découvrir et cette auteure, et cet ouvrage, vous ne serez pas déçus !