À l’ombre du Japon #52 : { Retour sur le trop sous-estimé « Reine d’Égypte » }

En avril 2022, Ki-oon a mis un point final à la publication de la série Reine d’Égypte scénarisée et dessinée par Chie Inudoh. Ce fut l’occasion pour moi de relire les huit tomes avant de me lancer à la découverte du neuvième. Il faut dire que je lis la série depuis la sortie du premier en mars 2017. Je me rappelle très bien mon premier contact avec cette couverture que je trouvais peu attirante lors de Livre Paris. Je m’y trouvais en tant qu’autrice et Chie Inudoh avait été invitée par Ki-oon. J’ai fait la file pendant plus de deux heures avec des amis pour récupérer une signature à offrir à Kazabulles. Du coup, pour passer le temps, on a lu le premier tome dans la file et je suis tombée sous le charme.

Un charme qui est resté intact tout au long de la série.

Comme je vais évoquer l’ensemble, il est évident que ce billet comportera des éléments d’intrigue. Vous êtes prévenu·es ! Je précise également que les extraits du manga photographiés dans cet article appartiennent à Chie Inudoh et à Ki-oon, ils ne sont utilisés que pour appuyer mon propos sur le manga. 

De quoi ça parle ?
Hatchepsout se marie avec son frère Séthi qui devient le pharaon Thoutmosis II. Une nouvelle ère se dessine pour l’Égypte… Mais pas comme on l’imagine ! En effet, Hatchepsout rêve de devenir pharaon afin de suivre les pas de son père. Elle a de grands projets que personne n’écoute car elle est une femme… Elle va donc devoir se battre pour parvenir à ses fins.

Une œuvre profondément féministe.
S’il y a un questionnement qui traverse Reine d’Égypte, c’est bien celui qui concerne l’égalité entre les hommes et les femmes. Hatchepsout ne comprend pas en quoi son sexe biologique l’empêche d’être un aussi bon pharaon que son frère, qu’elle bat d’ailleurs à la lutte et au tir à l’arc. Elle refuse d’être réduite au rang d’épouse ou de mère, elle aspire à davantage et se débat dans sa réalité sociale pour parvenir à changer les mentalités.

Les neuf tomes sont traversés par un questionnement sur le genre. Une fois devenue pharaon, Hatchepsout va s’habiller comme un homme et clamer que son âme est celle d’un homme, enfermé dans un corps de femme. Pourtant, plus on avance et plus la questions se pose : pourquoi ne pas simplement rester femme et se battre pour avoir le droit d’être et puissante et de sexe féminin ? L’évolution de sa réflexion est intéressante et nuancée. On la voit sans cesse tiraillée entre l’image de pharaon et sa féminité qui s’exprime dans l’amour qu’elle porte à sa fille unique, conçue malgré elle, et à l’architecte Senmout, le seul homme qu’elle aimera jamais. Il faudra attendre d’arriver à la toute fin pour qu’une jeune fille, rencontrée au crépuscule de sa vie, s’étonne d’apprendre que le pharaon est une femme et lui adresse cette remarque pleine de bon sens :

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C’est finalement la société qui l’empêche d’être à la fois femme et dirigeante. L’autrice met très bien en scène la puissance dévastatrice du regard des autres, au point que Hatchepsout sacrifie son bonheur personnel à son ambition de paix et de prospérité.

Une œuvre qui s’inscrit dans le temps.
Le premier tome nous fait découvrir Hatchepsout enfant et on la retrouve dans le dernier au seuil de la mort. Plusieurs années passent parfois entre deux chapitres, ce qui permet de brosser un portrait de sa vie qui soit dynamique et évolutif. Tout prend forcément plus de temps dans l’Égypte ancienne, que ce soit les constructions, les échanges diplomatiques et commerciaux, le gain en âge des enfants… On suit ainsi les personnages tout au long de leur existence et on voit de quelle manière le règne d’Hatchepsout change les choses puisqu’au contraire de ses prédécesseurs, elle pense que la grandeur de l’Égypte n’a pas à se bâtir sur la guerre mais bien sur le commerce. Dans cet ordre d’idées, elle va tendre la main aux pays voisins, développer des routes commerciales sur la terre comme sur la mer, ce qui va permettre à l’Égypte de gagner en puissance et en prestige. Du moins, sur le papier car son genre posera toujours problème. Pour gagner les siens à sa cause, elle ira jusqu’à se rendre sur le champs de bataille et tuer de ses mains sans hésitation.

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La notion de temps est d’ailleurs importante dans le récit et elle revient souvent. Les pharaons rivalisent d’ambition et d’imagination afin de laisser une trace de leur passage sur terre. Hatchepsout se demande souvent comment les générations futures vont la considérer, ce qu’on va retenir de son règne, comment est-ce qu’on va la représenter. La fin n’en est que plus tragique puisque, comme nous le montre le chapitre final, toute trace de son existence va être effacée par ses petits enfants qui refusent qu’on se rappelle d’une femme pharaon, pour diverses raisons que je vous laisse découvrir. J’ai ressenti un pincement au coeur et énormément d’empathie envers Hatchepsout même si je n’ai pas toujours été en accord avec ses choix. J’ai vraiment été passionnée par elle, sa vie et les problématiques qu’elle soulevait.

Un manga historique ?
L’autrice explique que l’existence d’Hatchepsout n’a été découverte qu’assez tard, tout comme sa momie. Il s’agit donc bien d’un manga qui se veut historique mais largement romancé puisque les informations de l’époque ne sont pas nombreuses. On sent toutefois que Chie Inudoh a effectué beaucoup de recherche sur l’Égypte, ses croyances, ses rituels, ses divinités. Tout le manga est parsemé de clins d’œil à divers éléments culturels, d’explications sur les systèmes politiques et d’échanges, ce qui fait qu’on en apprend beaucoup tout en suivant une intrigue intéressante. Un gros plus !

Un plus qui explique peut-être le manque de rayonnement de ce manga, un peu comme Im chez le même éditeur, d’ailleurs. J’en parlais déjà dans un précédent billet où je m’interrogeais sur l’intérêt que les japonais peuvent prêter à la culture égyptienne quand eux-mêmes disposent d’une mythologie très riche. Est ce que l’Égypte fascine davantage l’Occident ? Je n’ai pas la réponse mais comme aucun animé Reine d’Égypte ne semble prévu et qu’on entend assez peu parler de ce manga sur les réseaux, je suppose qu’il va suivre le même triste chemin qu’Im. Pour ce que ça vaut, l’un comme l’autre auront toujours une place spéciale dans mon coeur et je continuerais de les défendre becs et ongles !

La conclusion de l’ombre :
Reine d’Égypte est un manga de qualité qui raconte l’histoire d’une reine égyptienne oubliée, certes de manière romancée mais tout à fait crédible que ce soit au niveau de l’intrigue ou celle de l’historicité. Pour ne rien gâcher, le dessin de Chie Inudoh est superbe que ce soit sur les décors ou les personnages. Malheureusement, on ne parle que trop peu de ce titre, soit à cause de son thème (l’Égypte antique ne fait-elle plus rêver ?) soit parce qu’il est perdu dans la masse. J’espère donc que ce billet vous donnera envie de suivre les traces d’Hatchepsout…

Informations éditoriales :
Reine d’Égypte, écrit et dessiné par Chie Inudoh. Traduction : Fédoua Lamodière. Éditeur : Ki-oon dans sa collection Kizuna. Prix d’un tome : 7.90 euros. Série terminée en 9 volumes.

À l’ombre du Japon #51 : { Kaguya-sama : Love is war ou « Il faut vraiment que j’arrête d’essayer de lire de la romance… » }

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L’Apprenti Otaku
parle (coucou, ceci est un euphémisme) de cette série depuis plusieurs mois et, à force, j’ai fini par me laisser convaincre de l’essayer. Pourtant, la romance et moi… Vous le savez… Au mieux ça me laisse de marbre et au pire, ça m’énerve très fort. Je ne sais pas trop ce qui m’est passé par la tête au moment où j’ai embarqué ce manga à la librairie, mais bon. Disons que ça fait une expérience !

De quoi ça parle ?
Kaguya Shinomina est vice-présidente des élèves au sein de la prestigieuse académie Shûchiin et également l’héritière d’une famille extrêmement riche. Miyuki Shirogane, lui, n’a pas le même prestige dans son patrimoine mais ça ne l’empêche pas d’être le président des élèves. Tous les deux passent énormément de temps ensemble, si bien que les rumeurs vont bon train. Ils se plaisent, en effet… Hélas ! Leurs egos respectifs les empêchent de se déclarer. Du coup, au bout de six mois, ils en sont toujours au même point…

Un enchainement d’histoires courtes.
Ce premier tome est construit comme une série de situations / sketch qui s’enchainent, un peu comme Otaku Otaku mais au format chapitre un peu plus long. En général je n’ai rien contre mais ici, c’est rapidement redondant. Le postulat de départ affirme que celui qui se déclarera en premier aura perdu et sera un peu le ou la soumis·e du couple, sous-entendant que les sentiments sont finalement une faiblesse. Je ne savais pas trop quoi en penser et je ne le sais toujours pas à l’heure actuelle… Je crois que le principe même me pose déjà un problème et comme je n’ai aucun intérêt pour les choses de l’amour ou du couple, ça n’a rien arrangé.

Pourtant, le dessin est beau et maîtrisé, le fan-service n’est pas obscène et les deux protagonistes sont amusants dans l’enchainement des qui pro quo. Malheureusement, une fois qu’on a saisi le principe, il n’y a plus de surprise et ça ramène ce titre au rang de simple divertissement. Cela n’a rien de mal en soi ! Mais je crois que j’espérais autre chose. La suite devient peut-être meilleure, je l’ignore car je ne compte pas la lire. Je ne suis pas le public cible mais si vous souhaitez d’autres avis je vous recommande de lire celui de l’Apprenti Otaku ou de la Pomme qui rougit.

Une dernière anecdote sur ce titre…
J’ai proposé à une amie de lui offrir le manga car ça correspond davantage à ses goûts qu’aux miens et elle a d’abord été rebutée par cette couverture qui donne le sentiment, selon elle, que le manga est sanglant, malsain, violent. Et du coup, j’ai compris pourquoi moi, j’avais été attirée par le titre au départ, avant de lire le résumé… C’est probablement une façon d’illustrer l’aspect « bataille » entre eux mais c’est vrai que ce n’est pas vraiment l’illustration qu’on attend pour une comédie romantique au lycée !

La conclusion de l’ombre :
Il faut vraiment que j’arrête d’essayer de lire de la romance car hormis pour Otaku Otaku (et encore) ce n’est pas du tout un genre qui m’attire. Je n’apprécie ni ses codes, ni ses intrigues, et même si régulièrement le dessin est très beau, ça ne suffit définitivement pas / plus à justifier un achat. Je dois être intransigeante à l’avenir et accepter que ce genre pourtant si populaire n’est tout simplement pas pour moi.

Informations éditoriales :
Kaguya-sama : Love is War par Aka Akasaka. Éditeur : Pika. Traduction : Marylou Leclerc. Prix par tome : 7,20 euros. Série en cours.

À l’ombre du Japon #50 { Premier contact avec… Bakemonogatari }

Un peu d’histoire…
Le premier tome de cette série date de mai 2019 et j’ai tout de suite été attirée par la couverture. Il faut dire que le dessin de Oh ! Great à qui on doit également la série Air Gear (dont je garde un vague mais bon souvenir) est d’une qualité exceptionnelle. Pourquoi avoir attendu presque trois ans, dans ce cas ? Et bien tout simplement parce que le résumé parlait d’un lycée mordu par un vampire…

Et franchement, j’en ai ma claque des vampires.

J’en suis à un stade de rejet pathologique alors même que j’adorais cette créature et que j’ai du lire presque tout ce qu’on a écrit sur le sujet entre le début de la parution d’Anita Blake et 2017 / 2018. Bon, j’exagère, mais pas loin… Du coup, j’ai reposé le manga et j’ai acheté autre chose.

Puis récemment, j’ai vu la couverture du tome 13 et mon petit cœur a fondu alors même que C’EST CLICHÉ BORDEL. Tout dans la composition de cette couverture l’est mais je ne sais pas, ça a réveillé quelque chose en moi. Ne cherchez pas. Je me suis donc dit que j’avais peut-être jugé un peu vite, que parfois les histoires de vampires, c’est bien… Et en plus j’avais rien à acheter d’autre là tout de suite… Et c’est bien de découvrir de nouvelles choses…

Bref j’ai acheté le tome 1, puis j’ai lu le tome 1, puis… Puis j’ai acheté les tomes 2 et 3. Et j’envisage d’acheter le 4. Pourquoi seulement « envisage » ? On va y revenir.

De quoi ça parle ?
Koyomi Araragi est un lycée qui a été récemment mordu par une vieille vampire sauf que le premier tome ne tourne pas du tout autour de lui et les deux suivants non plus, pas que. Sa sensibilité aux choses surnaturelles lui permet de découvrir le problème d’une camarade de classe, la glaciale Hitagi, dont le poids a été volé par un kami…

Hitagi est un personnage étrange, atypique, froide et violente, qui s’exprime d’une drôle de façon et m’a tout de suite intriguée. Je ne sais pas encore comment me positionner à son sujet toutefois j’ai envie d’en savoir plus. Quant à Koyomi, il m’a un peu rappelé Ichigo en moins sanguin -il a même deux petites sœurs… Il semble disposer d’un cerveau en état de marche, il a des poses stylées et dégage une aura qui me plait bien. Mais…

Ce foutu fan-service.
Il y a du fan-service modèle géant sur les personnages féminins. Dans le premier tome, ça tourne autour d’une adolescente de dix-sept ans (ce qui est habituel dans les mangas quoi que problématique aussi on ne va pas se mentir) mais dans le suivant, on montre la culotte d’une collégienne à plusieurs reprises et on voit Koyomi renifler l’intérieur de sa chaussure, pour une raison qui m’échappe.

D’un côté, il y a une logique à ce fan service puisque Koyomi est un adolescent et que je me rappelle avoir aussi été obsédée par le sexe et les attributs sexuels des personnes autour de moi à cette époque. J’étais intriguée parce qu’il y avait ce tabou autour du sujet, donc forcément… Ça fait partie de l’adolescence et ce serait plutôt malhonnête de ma part que d’affirmer le contraire. Je pense d’ailleurs que c’est le cas de beaucoup de gens et même si je ne suis plus comme ça aujourd’hui, je ne dois pas pour autant me poser en donneuse de leçons.

Bref, les hormones travaillent donc Koyomi, pourtant il ne se comporte pas comme un gros lourd obsessionnel et la narration montre qu’il est davantage intéressé par la personnalité des femmes que leur corps -même si leur corps l’intéresse aussi. Du coup, je n’arrive pas à me positionner vraiment sur la présence de ce fan-service, justement parce qu’il ne définit par le manga. De plus, quand la culotte de la collégienne est dessinée, Koyomi répète à plusieurs reprises qu’il n’est pas un pédophile et ne fantasme pas sur les filles plus jeunes que lui. Le problème c’est de définir pourquoi les auteurs se sentent obligés de sexualiser les femmes, surtout les mineures (en même temps on n’a pas encore croisé de femme adulte dans le manga hormis la vampire qui a mordu Koyomi mais on en sait trop peu sur elle), tout en tenant à côté un discours qui laisse penser qu’ils ne veulent pas les ramener qu’à leur corps…

Cette ambiguïté me perturbe et ça m’agace. J’ai envie de lire le quatrième tome pour voir comment l’histoire évolue et d’un autre côté, je n’ai pas envie de fermer les yeux sur cet aspect fan service, peu importe à quel point le dessin est magnifique et maîtrisé. D’un autre côté, si je veux être parfaitement honnête, les hommes sont aussi exposés d’une manière semblable. L’exorciste est torse nu la plupart du temps et on voit ses abdos bien dessinés, il est clairement sexy à sa manière, un peu style Urahara (décidément les parallèles avec Bleach…). C’est moins le cas pour Koyomi mais il n’en reste pas moins agréable à regarder dans le genre beau gosse ténébreux. Du coup j’ai un peu l’impression que tout le monde est sexualisé, finalement, et que c’est un parti-pris des auteurs. Un parti-pris qui se justifie aussi sur le fait que régulièrement, les histoires de vampire impliquent implicitement une érotisation. Ça pourrait être un argument qui expliquerait peut-être que ça me dérange moins (hormis pour la collégienne).

Et le scénario qui balaie les scrupules…
J’essaie de prendre du recul sur cette question complexe et de vous partager mes réflexions. Vous avez tout à fait le droit de décider que je me trouve des excuses ! Je n’ai aucune réponse à apporter. Toutefois, je tente de poser un regard critique sur cette question, motivée sans doute par la maîtrise scénaristique de NisiOisiN qui n’est probablement pas pour rien dans mon dilemme. Je l’ai dit plus haut, Bakemonogatari ne se réduit pas aux culottes, aux seins et aux abdos bien dessinés. L’histoire qui est racontée dans les trois premiers tomes me parait solide quoi qu’encore à ses débuts, sombre aussi comme j’aime et la psychologie des personnages, qu’ils soient féminins ou masculins, vraiment bien maîtrisées. Il y a une justesse dans le traitement des émotions négatives et dans la noirceur ambiante qui me fait me demander si, finalement, les instants culottes ne sont pas là pour offrir un peu de respiration au lectorat et ne pas le noyer dans les ténèbres.

Est-ce pour autant la meilleure technique ? Non. Pas à mes yeux. Mais je sais que je vais quand même lire au moins le tome 4 pour voir et que si l’histoire continue de m’ensorceler, je vais poursuivre. Sauf si les auteurs tombent dans les considérations pédophiles. J’ose espérer que ça aurait créé un scandale et que j’en aurais entendu parler, si c’était le cas.

Est-ce que je recommande cette série ? Après tout, vous êtes un peu là pour ça je suppose… Et bien oui, si le fan-service n’est pas un problème pour vous. Je réserve évidemment mon jugement final pour plus tard car je débute à peine mais à la lecture des trois premiers tomes, j’ai vraiment envie de voir au-delà.

Petite information ludique pour clôturer ce billet : chaque tome propose une jaquette réversible ! Il y a donc à chaque fois deux illustrations, dont une cachée, et un crayonné sur la couverture en elle-même. J’aime beaucoup.

D’autres avis : pas que je sache mais manifestez-vous !

Informations éditoriales :
Bakemonogatari scénarisé par NisiOisiN, dessiné par Oh ! Great. Éditeur : Pika. Traduction : Yohan Leclerc. Prix par volume : 7,20 euros. Série en cours de publication.

À l’ombre du Japon #49 { Look Back, un manga sur le manga… mais pas que. }

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Je ne sais pas vraiment pourquoi j’ai décidé d’acheter ce manga. Est-ce la chronique de l’Apprenti Otaku ? Est-ce ma libraire qui m’a dit que ouais, c’était bien (notez la puissance de son argumentation :D) ? Est-ce tout simplement le résumé qui a provoqué un écho en moi ? Un peu de tout ça ? Quoi qu’il en soit, j’ai décidé de passer outre ma mauvaise expérience avec Fire Punch pour laisser une chance au mangaka et j’ai bien fait.

Petite remarque personnelle avant d’aller plus loin : je ne comprends pas trop l’intérêt de l’autocollant rond et moche qui clame « par l’auteur de Chainsaw Man » car sauf erreur de ma part, Look Back n’a rien en commun que ce soit au niveau thématique ou de style avec le titre précité. Du coup, cela pourrait induire les acheteurs en erreur (ils s’attendraient à quelque chose de semblable et seraient déçus) ou au contraire, les repousser (ils s’attendraient à un titre d’un tel type alors que pas du tout et passeraient donc à côté). Honnêtement, si je n’avais rien lu sur le manga avant, je ne l’aurais pas acheté rien qu’à cause de ça. Les gens vraiment fans de l’auteur n’auront pas besoin de cette précision pour savoir que c’est la même personne… Le but est peut-être de vendre un maximum en profitant du succès commercial de la série précitée vu qu’il s’agit d’un one-shot toutefois je ne suis pas certaine que ce soit la meilleure démarche pour promouvoir ce titre car il risque d’y avoir une avalanche de retours négatifs de la part des personnes dont ce n’est tout simplement pas le style de manga. Enfin, c’est mon avis.

De quoi ça parle ?
Look Back
c’est tout simplement l’histoire de deux adolescentes qui vont nouer une amitié autour de leur passion pour le dessin. D’un côté, il y a Fujino, une jeune fille qui écrit des mangas en quatre cases dans le journal de son école primaire et que tout le monde dit talentueuse, autant en dessin qu’en sport ou à l’école. De l’autre, il y a Kyômoto, qui suit une scolarité à domicile car elle serait malade. Elle aussi aime dessiner et va aussi publier dans le journal de l’école. Sauf que Kyômoto a un talent fou pour les décors et qu’à côté de ses dessins, ceux de Fujino paraissent tout juste moyens…

Fujino va alors passer par différentes phases : elle va vouloir battre Kyômoto en se donnant à fond pour progresser, puis abandonner quand elle n’y parviendra pas. Si son professeur n’avait pas insisté pour qu’elle aille déposer son diplôme à Kyômoto, l’histoire se serait arrêtée là…

Une amitié artistique.
Ce manga est donc le récit d’une amitié entre deux adolescentes qui vont travailler pour réaliser leur rêve. Et puis… du drame ordinaire qui va tout remettre en perspective.

C’est une histoire qui résonne particulièrement en moi car moi aussi, avant, j’avais une amitié un peu comme celle-là qui s’est terminée (mais pas de façon aussi définitive ni sanglante que la leur, heureusement) et qui m’a beaucoup marqué au point que je ne sois plus capable de me remettre à créer sans elle. Pour cette raison, ce titre a su directement me toucher et il est donc possible que mon avis soit totalement biaisé. D’un autre côté, tout avis est forcément subjectif…

Un manga qui parle de manga.
Look Back travaille finement les émotions des protagonistes et joue avec son support de manga qui parle de manga. Après qu’un malade à la hache ait tué son amie, Fujino réécrit dans son esprit la scène du moment où Kyômoto se fait assassiner par hasard en venant la sauver et en modifiant l’histoire de leur amitié car elle se sent responsable de sa mort. Elle considère en effet que si elles n’étaient pas devenues amies, Kyômoto ne serait pas sortie de chez elle, dans ce monde si dangereux… De plus, au début du manga, l’auteur adapte son style pour dessiner d’un côté comme Fujino, de l’autre comme Kyômoto, en plus de sa propre patte graphique. C’est un peu comme un auteur qui écrit sur un personnage écrivain qui a lui-même un texte dans la diégèse du roman. J’ai beaucoup apprécié le procédé.

D’autant qu’il est maîtrisé et que même si je ne suis pas sensible au type de dessin de Tatsuki Fujimoto, on ne peut pas lui retirer sa maîtrise sur la représentation des émotions. On sent le poids de la douleur, de la culpabilité illogique et pourtant bien réelle. On sent la perte. Pourtant, le dessin reste sobre et c’est là tout le talent de Tatsuki Fujimoto qui parvient à exprimer tellement d’émotions sans tomber dans l’excès sur l’expressivité de ses personnages. C’est presque pudique, à l’image de la façon qu’ont les japonais d’exprimer leur souffrance. Bizarrement, alors que je suis totalement passée à côté de My Broken Mariko que je trouvais terriblement superficiel -je compare car le sujet s’en rapproche un peu avec l’aspect manga en moins, j’ai été très touchée par cette histoire plus que les mots ne me permettent de le dire.

La conclusion de l’ombre :
Je ne peux décemment pas qualifier Look Back de coup de cœur, je vais plutôt parler de coup au cœur en partie à cause de mon histoire personnelle mais également des qualités du mangaka, des qualités que je n’avais pas perçues lors de mon expérience avec Fire Punch. Je suis ravie d’avoir découvert ce titre qui a en plus le bon goût d’être un one-shot !

D’autres avis : L’Apprenti OtakuSonge d’une nuit d’étéLa pomme qui rougit – vous ?

À l’ombre du Japon #41 { Je (re)lis Tokyo Ghoul (arc du prologue + le drame des Fueguchi) }

Ohayô minasan !

J’ai récemment entamé une nouvelle relecture, cette fois consacrée au manga Tokyo Ghoul qui m’avait fait forte impression il y a quelques années lorsque j’ai lu d’une traite les quatorze tomes de la série principale. Je n’hésite d’ailleurs jamais à le citer comme l’un de mes mangas favoris… Mais est-ce toujours le cas à l’heure actuelle ? Comment est-ce que je considère l’œuvre en 2021 ? Et de quoi ça parle, au fait, Tokyo Ghoul ? Autant de questions auxquelles je vais tenter de répondre dans cette nouvelle série d’articles, sur le même format que ma relecture de Black Butler, en évoquant les différents arcs narratifs qui parsèment le manga.

Attention, cet article concerne les tomes 1 à 3 du manga publié chez Glénat. Les extraits visuels appartiennent à Sui Ishida et à Glénat.

De quoi ça parle ?
Ken Kaneki est mortellement blessé un soir et ne doit la vie qu’à la greffe de l’organe d’une goule effectuée par un médecin peu scrupuleux. Dans ce Tokyo alternatif, les goules vivent en parallèle des humains et leur existence est connue. Elles se nourrissent de chair humaine et sont traquées par le CCG. Avec un pied dans les deux mondes, Ken Kaneki va devoir mettre de côté ses préjugés pour apprendre à survivre…

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Premier arc : prologue.
Le prologue couvre les neuf premiers chapitres du manga qui servent à poser les bases de l’univers et des réflexions philosophico-morales qui vont le parcourir. En quelques mots, voici ce qu’il faut savoir : l’histoire se déroule à Tokyo, une capitale nippone divisée en une vingtaine de secteurs dans lesquels les goules se mêlent aux humains. Les goules existent depuis très longtemps, peut-être même depuis toujours ou du moins, c’est ce qu’il semble à première vue mais on dispose de peu d’informations à ce sujet, du moins à ce stade. Dans ce monde moderne, elles sont traquées par les inspecteurs du CCG (Centre de Contrôle des Goules) puisque certaines d’entre elles attaquent des humains pour s’en nourrir.

Une goule ressemble physiquement à un humain hormis sur les points suivants : en théorie, on nait goule, on ne le devient pas. Il s’agit donc d’une espèce à part avec ses propres règles et valeurs. Une goule ne se nourrit que de chair humaine, toute nourriture « normale » a un goût immonde, elle doit donc apprendre à le cacher pour se fondre dans la masse. Une goule est plus forte qu’un humain et plus résistante aussi, si bien qu’elle ne peut être blessée que par une autre goule. Une goule a des yeux rouges qui se manifestent notamment quand elle a faim. Et enfin, une goule possède un kagune, qui prend différentes formes en fonction du type de goule (ailé, blindé, écailleux et à queue). Ce kagune est une arme qui permet à la goule de se battre et de conquérir, par exemple, un territoire. Ou de se défendre.

Là, vous vous demandez peut-être comment s’y prennent les inspecteurs du CCG pour les tuer si on ne peut blesser une goule qu’avec une autre goule ? Et bien en s’emparant du kagune des goules pour le transformer en quinque, ce qui leur permet donc de les affronter et même de les battre. Et ainsi de récupérer de nouveaux kagunes…

Tous ces éléments sont découverts petit à petit par Ken qui, jusqu’ici, était un humain tout à fait normal qui pensait que les goules étaient toutes des prédatrices et donc que les éliminer relevait du bon sens. Recevoir l’un des organes de Lize (une goule qui a essayé de le manger, d’ailleurs) va changer la donne puisqu’il va développer un appétit pour la chair humaine ainsi qu’un kagune, tout en conservant ses valeurs morales. Il refusera pendant longtemps de se nourrir de chair humaine, ce qui apportera évidemment son lot de problème. Ses convictions et certitudes vont être mises à mal par sa rencontre avec des goules qui ne collent pas au stéréotype véhiculé dans les médias. Petit à petit, Ken va se rendre compte que les goules sont comme les humains. Certaines sont « gentilles » et d’autres sont de vraies sociopathes. Ainsi, le manga paraitra manichéen au départ mais les nuances arriveront petit à petit.

Deuxième arc : le drame des Fueguchi
Très tôt dans le manga, Ken va rencontrer Hinami et sa mère, qui sont des goules incapables de chasser. Elles se fournissent donc en viande au café l’Antique qui est un sanctuaire pour goules. De prime abord, Hinami et sa mère paraissent inoffensives et se cachent d’ailleurs des inspecteurs du CCG qui ont tué leur mari / père récemment. Impossible de ne pas compatir à leur histoire. Comme cette révélation intervient très tôt, on comprend vite qu’il existe différents styles de vie chez les goules et que peu importe celui qu’elles adoptent, elles seront quand même tuées à vue sans que les inspecteurs ne cherchent plus loin. Il faut dire qu’ils semblent victimes d’un gros bourrage de crâne…

Cette enquête va permettre au lecteur de changer de point de vue pour pénétrer au sein même du CCG afin d’y rencontrer les inspecteurs Amon et Mado. Le premier vient de sortir de l’Académie et est en binôme avec le second qui le forme sur le terrain. Mado est un personnage assez dérangeant et malsain qui est passionné par les quinques et n’a aucune considération pour la vie des goules. Il suffit de voir comment se déroule son affrontement avec Mme Fueguchi pour s’en convaincre… Amon est comme lui et ne remet rien en question, jusqu’à sa rencontre avec Ken qui va le pousser à s’interroger. La manière dont il se remet en question, lentement, par petites touches, apporte une crédibilité au personnage et un grand intérêt car on sent qu’au contraire de Mado, il y a une place pour une évolution chez Amon que je vois un peu comme le pendant « humain » de Ken Kaneki.

Cet arc se déroule du chapitre 10 au chapitre 29 (plus ou moins) et apporte de premières pistes réflexives sur la nature des goules, sur une cohabitation possible avec les humains (les goules de l’Antique se nourrissent par exemple des corps des personnes suicidées, ce qui ne fait pas de mal) mais aussi sur la notion de vengeance, une décision à laquelle Hinami se retrouvera confrontée. Ce sont des évènements denses et intenses qui s’enchaînent à un rythme maîtrisé, offrant ainsi un page-turner efficace. Notez d’ailleurs que tout ce dont je vous ai parlé jusqu’ici se passe sur seulement trois tomes ! Au quatrième, on change déjà d’arc narratif. Un article complet y sera consacré car il marque, je trouve, un gros tournant au sein du manga.

Ken Kaneki, un protagoniste principal enthousiasmant.
Outre le chara-design sublime et l’écriture soignée en terme non seulement d’intrigue mais aussi de réflexion, un des gros points forts du manga est Ken Kaneki, son protagoniste principal. On le rencontre alors qu’il est étudiant à l’université et se rend au café l’Antique (sans savoir qu’il s’agit d’un repaire de goules…) avec son ami Hide. Là-bas, il craque sur une fille, Lize, parce qu’elle lit un roman de son auteur préféré : Sen Takatsuki. Il s’agit d’un auteur fictif inventé dans la diégèse du manga (et qui aura son importance plus loin dans l’intrigue) mais Ken est, dans l’ensemble, un littéraire dans l’âme si bien que le texte est parsemé de citations et de références diverses à la littérature ou à la philosophie. Je pense que c’est un des points qui m’a le plus enthousiasmé au départ en tant que littéraire. D’autant que lors de ma première découverte du manga, j’étudiais moi-même cette matière…

Ken est un garçon avec des principes mais qui accepte de se remettre en question. Il est même curieux de comprendre, d’évoluer, il cherche donc à échanger avec des personnes dont le point de vue diverge du sien afin de l’intégrer dans sa réflexion. Le monde brutal des goules est à des années lumières de sa personnalité et il n’y aurait probablement pas survécu sans l’aide de Toka ou du patron de l’Antique, mais on reviendra là-dessus car évidemment, l’arc suivant amorce déjà un changement assez radical avec l’arrivée du Gourmet… On en reparlera dans un prochain article.

Et voilà, on arrive au bout de cette première mise en bouche sur le manga Tokyo Ghoul et ma relecture de celui-ci qui est, pour le moment, aussi enthousiasmante que ma première découverte ! N’hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé, on se retrouve bientôt pour un billet sur les arcs suivants.

Mata itsu ka, ja ogenki de !
( À bientôt et prenez soin de vous !)

À l’ombre du Japon #38 { Beast complex, le format court version manga ! }

Ohayo mina !

Nous voici de retour avec un petit article manga qui va un peu traverser les formats puisqu’il commencera par une réflexion inspirée par ma récente expérience du #ProjetOmbre mais aussi par l’édito de la semaine chez l’Apprenti Otaku tout en vous parlant du très bon Beast Complex de l’inégalable Paru Itagaki.

Une question de terminologie…
Pour vous résumer grossièrement en deux mots, l’Apprenti Otaku expliquait que consommer du manga implique souvent un rapport de fidélité de longue durée car beaucoup de séries ont tendance à s’étaler sur au moins une dizaine de tomes. Alors que côté roman, c’est plutôt l’inverse. Il est assez rare (même si ça existe) de trouver des séries aussi étendues. Les raisons sont multiples mais viennent surtout, je pense, du modèle économique classique de notre édition. Du coup, j’ai eu envie de vous inviter à une petite réflexion à ce sujet, comme ça en passant.

Le format court est quelque chose qu’on connait bien en littérature : nouvelles, novelettes, novellas, autant de mots pour désigner des textes de moins de 40 000 mots, en fonction de leur longueur réelle. Le genre connait des hauts et des bas, des éditeurs comme Le Bélial lancent des collections dédiées, pour notre plus grand bonheur… Et de là, la question se pose : est-ce qu’il existe des mangas au format court ? Des mangas « nouvelles » ? Est-il pertinent d’accoler ces deux termes ?

C’est une réflexion un brin étrange, j’en conviens. On peut déjà se demander s’il est pertinent de chercher à appliquer des termes littéraires à un format axé sur le visuel. De plus, si vous lisez du manga, vous savez qu’il existe ce qu’on appelle des one-shot, des titres terminés en un seul tome. Est-ce qu’on peut considérer ces titres comme des nouvelles / novellas ? Ou est-ce qu’ils répondent à d’autres codes qui font que ces termes ne peuvent se transférer d’un format à l’autre ? Je vous le dis tout de suite, je n’ai pas la réponse à ces questions mais n’hésitez pas à me donner votre avis parce que l’échange autour de ce sujet m’intéresse sincèrement.

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Et Beast Complex, dans tout ça ?
Toujours est-il qu’avec Beast Complex, Paru Itagaki s’approche, à mes yeux, du format nouvelle tel qu’on le trouve classiquement en littérature (oui, tout ce blabla pour en arriver là !). La série comptera en tout trois volumes, chacun possédant plusieurs chapitres mais chaque chapitre racontant une histoire achevée sur elle-même, un peu à la manière d’un recueil, finalement. Peut-on dire qu’un chapitre = une nouvelle si ce chapitre raconte une histoire close au format court ? Et pourquoi pas, après tout… Car j’ai vraiment eu, lors de ma lecture, le même sentiment que quand je découvre un recueil au sens classique du terme. Sans parler des nombreuses qualités inhérentes à cette mangaka, dont j’ai déjà pu longuement vous parler dans d’autres articles sur Beastars.

Je sais que le manga divise, que son trait ne plait pas toujours, mais selon moi, cette femme est brillante, fine psychologue, curieuse de tout et a réussi l’exploit de me faire adorer une histoire avec des animaux anthropomorphisés, ce que j’ai en général en horreur. Je me suis longtemps demandée ce qui faisait la différence et elle y a répondu un peu par hasard dans la postface de ce premier volume en expliquant que, petite, elle aimait déjà dessiner les animaux et qu’elle se posait plein de questions concrètes sur les relations qui peuvent les unir en fonction des espèces. Du coup, ses réponses à ces interrogations me paraissent très crédibles et il y a une certaine logique dans la façon dont toutes ces espèces agissent entre elles.

C’est ce qui est raconté dans ce premier volume qui se compose de six chapitres -donc de six histoires closes sur elles-mêmes. La première est intitulée : le lion et la chauve-souris, elle met en scène des adolescents au lycée. Le lion Raul, chef de classe, est envoyé par son professeur pour apporter des notes de cours à un étudiant absent de longue durée, une chauve-souris prénommée Azumo. Sa mission est simple : convaincre l’élève de revenir en cours pour passer son équivalent BAC. Mais vu le drame qui a frappé Azumo, Raul n’est peut-être pas la personne la mieux placée pour réussir !
On découvre ensuite l’histoire du tigre et du castor qui raconte la touchante amitié de deux enfants d’une dizaine d’année qui n’appartiennent donc pas à la même espèce et approchent de l’âge fatidique où les carni’ développent leur envie de manger de la viande. Pourtant, ils sont amis depuis toujours et n’imaginent pas devoir se séparer…
Arrive alors le dromadaire et la louve, où on est cette fois confronté à des adultes. Elle dévoile comment Galom, journaliste sur le point de raccrocher, rencontre Abby, une mystérieuse louve avec qui il passera la nuit, nuit qui changera son destin… On part ensuite dans une ambiance plutôt désenchantée avec le kangourou et la panthère noire qui parle d’un gérant d’hôtel qui accueille une cliente bizarre porteuse d’une valise dont elle refuse de se séparer… Paru Itagaki revient ensuite sur un registre un peu plus léger tout en traitant le cœur de son concept avec le crocodile et la gazelle. Luna travaille depuis cinq ans dans l’émission de cuisine Happy Happy Cooking où elle est commis. Le chef herbi prend sa retraite et est remplacé… Par un crocodile ! De quoi effrayer la pauvre gazelle, surtout que son nouveau binôme enchaîne les remarques tendancieuses au sujet de la viande. Toutefois, il se peut que la personnalité du crocodile lui réserve des surprises… Enfin, ce premier tome se conclut sur la renarde et le caméléon, une belle histoire d’amitié dans un lycée qui évoque le thème du harcèlement et l’importance d’aider ses amis.

Une fois de plus, la mangaka parvient à aborder énormément de sujets en peu de pages et ce, avec efficacité. Dire que c’est sa première série ! Je n’en reviens toujours pas. Parce que oui, j’ai oublié de le préciser mais elle a commencé sa carrière avec Beast Complex qui, séduisant son éditeur, a donné ensuite naissance à Beastars

La conclusion de l’ombre :
Avec Beast Complex, Paru Itagaki propose un titre indispensable pour tous les fans de Beastars mais également parfait pour entrer dans son univers et la découvrir puisque ces histoires courtes n’influent pas du tout sur la trame principale que l’on connait, avec Legoshi, Louis, Haru et compagnie. Fidèle à ses qualités que l’on connait (un trait personnel et plein de caractère, une fine psychologie, une efficacité narrative prouvée), la mangaka aborde de nombreuses thématiques à travers six histoires courtes qui marqueront le/a lecteur/ice. J’ai adoré cette découverte et je me réjouis que la suite paraisse chez nous.

À l’ombre du Japon #37 { Pourquoi Im – Great Priest Imhotep est-il mon shônen préféré ? }

Bonjour à toutes et à tous !

En mai 2019, je publiais sur le blog un article qui présentait les deux premiers volumes de la série Im afin de vous partager mon enthousiasme. Je m’étais dit que j’allais écrire un article plus dense une fois que j’aurais lu les 11 tomes mais je ne l’ai jamais fait… Du coup, comme j’ai décidé qu’en 2021, j’allais me poser pour relire plusieurs sagas phares dans mon cœur, je fais d’une pierre deux coups !

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Im
est la première (et pour le moment la seule, en tout cas à ma connaissance et traduite en français) série de la mangaka Morishita Makoto qui s’est fait remarquée en arrivant deuxième à un concours manga organisé par Square Enix. Elle a travaillé sur Im entre 2015 et 2018 même si elle explique dans la postface du dernier tome qu’elle a dessiné plusieurs premiers jets sur lui à partir de 2013. C’est en visitant une exposition sur l’Égypte Antique qu’elle a eu envie de raconter une histoire sur ce prêtre légendaire et on peut dire qu’elle a été bien inspiré.

Mais de quoi ça parle ?
Hinome est issue d’une famille un peu bizarre qui a mauvaise réputation. Du coup, tout le monde l’évite et la dit maudite. À raison puisque qu’à chaque fois qu’elle tente de prononcer un mot, du feu sort de sa bouche ! Alors qu’elle rentre du lycée, elle tombe sur un drôle de gusse en cavale dans les rues qui s’invite chez elle en déclarant qu’il est le grand prêtre Imhotep, celui de l’Égypte antique, maintenu en sommeil pendant 3 000 ans par les dieux à cause d’un crime terrible qu’il aurait commis… Il a été réveillé pour combattre les magaïs, ces démons issus des Enfers, et il va commencer avec celui qui possède la pauvre Hinome !

Comme je vous ai déjà présenté le manga (voir ici) je ne vais pas revenir sur les concepts de base ou les personnages mais plutôt l’aborder par ses thématiques et surtout la plus importante d’entre elle : l’amitié.

Le shônen & la notion d’amitié.
Dans le genre du shônen, l’amitié est une valeur mise en avant et au centre de tout. Il suffit de regarder les titres les plus vendus dans cette catégorie éditoriale pour s’en assurer. Une amitié profonde lie les membres de Fairy Tail comme l’équipage Mugiwara. C’est son amitié pour Rukia qui pousse Ichigo à se rendre au Seireitei pour la sauver de son exécution tout comme c’est l’amitié que Naruto porte à Sasuke qui est un des grands moteurs de l’intrigue du manga du même nom. Les exemples sont légions et je trouve qu’Im matérialise cela encore mieux puisque c’est l’amitié qui se retrouve au centre de toutes les relations et de toute l’intrigue du manga, du début à la fin. C’est elle qui a poussé Im à devenir un criminel il y a 3 000 ans, c’est elle aussi qui donne à Hinome la force de défendre le grand prêtre quand il le faut, elle encore qui permet aux enfants du corbeau d’avancer et de surpasser leurs traumatismes. L’amitié est mise en scène sous toutes ses formes et l’autrice montre toute la puissance qui peut en émaner tout comme les extrémités auxquelles elle peut pousser.

Deux extraits marquants :
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Dans le premier tome, Hinome explique qu’elle rejette tout le monde pour éviter qu’iels soient blessé.es à cause de ses pouvoirs incontrôlables, ce qui ne l’empêche pas de souffrir d’une profonde solitude. Son rêve est d’ailleurs d’avoir dans sa vie une personne avec qui partager son déjeuner. C’est touchant et on comprend qu’Im se retrouve en elle puisqu’il y a 3 000 ans, le prince Djéser l’a lui aussi sorti de la profonde solitude inhérente à sa fonction de grand juge des enfers.

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C’est ce que montre l’extrait ci-dessus dans l’un des flashbacks qui détaille le fameux crime dont Imhotep est accusé. Cette scène se déroule après qu’Im ait sauvé la vie d’un enfant alors même que les prêtres et la famille royale sont en conflit, si bien que les premiers ne veulent pas aider le peuple dont la famille royale est responsable, afin de rappeler à tous et toutes leur importance. Ouais, c’est pas joli… Toujours est-il que Djéser est un prince un peu particulier, qui trouve que ces petites gué-guerres ne mènent à rien et qui aimeraient changer les choses. Un idéaliste quoi. Quand Im décide de sauver ce garçon, Djéser voit quelque chose en lui qui le pousse à vouloir devenir son ami, avec les conséquences que vous découvrirez en lisant ce manga.

Je suis personnellement bien plus sensible aux questions d’amitié que d’amour. Pour moi, l’amitié est fondamental dans la vie et j’aspire à des relations peut-être trop idéalisée, justement influencée par tous ces shônens avec lesquels j’ai grandi. Je n’ai aucun regret par rapport à cela mais ça explique que ce manga résonne autant en moi et que j’ai toujours les larmes aux yeux en lisant les dernières planches qui comptent parmi les plus belles conclusions d’histoire que j’ai pu lire dans ma vie.

Ma seule grande interrogation c’est : pourquoi Morishita Makoto n’a-t-elle plus publié depuis ? Dans la postface, elle explique qu’elle est reconnaissante d’avoir pu aller au bout de son œuvre même si elle n’a jamais pu faire la couverture du magazine où elle la publiait et qu’elle n’a pas eu le succès escompté. D’ailleurs, elle espérait une adaptation en animé qui, sauf erreur de ma part, n’a jamais eu lieu et c’est un très grand mystère pour moi quand je vois ce qu’on peut adapter… À mes yeux, Im est clairement un manga qui mériterait un plus grand rayonnement et qui fait partie de ces œuvres injustement délaissées alors que tout y est très bon, du chara-design au découpage de l’action, avec un rythme d’intrigue constant et bien mené, une galerie de personnages plutôt variée et tous.tes doté.es d’une vraie personnalité… Qu’est-ce qu’il vous faut de plus ?

Brève réflexion sur l’interculturalité entre l’Égypte et le Japon
Je me souviens de m’être dit que j’avais vu beaucoup de mangas sur le thème de l’Égypte antique et ça m’avait intrigué. Je l’ai même écrit il n’y a pas si longtemps dans une autre chronique manga. Pourtant, en effectuant quelques recherches, les seuls mangas vraiment basés sur cette période sont Reine d’Égypte et Im, tous les deux chez Ki-oon et tous les deux excellents dans leur genre. On notera aussi Cléopâtre chez Nobi-Nobi mais je ne l’ai pas lu donc je ne me permets pas d’en parler. Je pense que mon erreur vient du fait que les deux titres sont arrivés sur le marché du manga plus ou moins en même temps et que je les ai connu à quelques mois d’intervalle mais aussi que, d’une manière plus générale, j’ai grandi en étant baignée dans la mythologie égyptienne avec des œuvres comme Papyrus ou encore les films de la Momie. À l’instar du Japon, la mythologie égyptienne est polythéiste et très riche, elle déborde de mythes, de légendes, de dieux avec des figures semblables (y’a des serpents partout ! #Apophisme4ever) et c’est peut-être la raison pour laquelle il n’y a pas davantage de mangas inspirés par cette culture ? Les japonais ne la trouve probablement pas aussi originale et inspirante que nous, européen.nes ? Si vous avez des idées ou des théories à ce sujet, n’hésitez pas à les partager.

(Édit 20/06/2021: On me rappelle dans les commentaires qu’il y a également le manga Yu Gi Oh qui est très inspiré de l’Égypte antique, comment ai-je pu l’oublier ?! J’ai énormément regardé l’animé et lu les deux ou trois premiers tomes du manga. Le fameux « c’est l’heure du dudududu-el restera à jamais dans les mémoires… Merci Nana Coubo pour avoir réparé cet oubli.)

Quoi qu’il en soit, j’espère que ma petite présentation vous aura donné envie de jeter un œil à ce manga si cher à mon cœur et surtout, que ce sera pour vous une belle découverte ! 

À l’ombre du Japon #36 { Je me réconcilie avec Urasawa grâce à Pluto ! }

Bonjour tout le monde !

Voici un titre un peu racoleur et surtout, un peu interpelant si on n’a pas la référence… Non, je ne vais pas parler ici de Disney et son célèbre chien mais bien du manga Pluto dessiné et scénarisé par Naoki Urasawa, aidé au scénario par Nagasaki Takashi. Naoki Urasawa est un mangaka qu’on ne présente plus tant il possède une bibliographie impressionnante qui a marqué l’histoire du manga. Il est très aimé et encensé, notamment par l’ami Apprenti Otaku qui désespérait de lire que je ne parvenais pas à accrocher à ses œuvres. En effet, pour rappel, j’avais commencé Billy Bat et si j’avais d’abord été très impressionnée par le concept, j’ai décroché au bout d’une dizaine de tomes à cause d’un gros souci de rythme, trop lent pour moi. Et pourtant, j’enchainais les tomes puisqu’on me les prêtait et qu’en plus, la série est terminée depuis plusieurs années…

Je m’étais donc détournée de l’œuvre du mangaka, pas plus attirée que ça par ses autres titres, jusqu’à lire un article très enthousiaste de l’Apprenti Otaku (encore lui !) au sujet de Pluto. Comme c’est lui qui m’a fait sauter le pas de l’achat, il me semble juste de vous inviter à lire son billet. Ainsi, par sa faute, j’ai acheté les 8 tomes parus chez Kana et je les ai lu sur le mois de mai. On peut donc dire qu’il s’agit d’une réussite ! 

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De quoi ça parle ?

Pluto est une œuvre de commande réalisée pour l’anniversaire d’Astro qui, dans le manga éponyme, a été créé en 2003. Pluto se présente comme une réécriture mais n’ayant pas lu Astro, je ne peux pas l’affirmer. Par contre, il est tout à fait possible de lire Pluto sans rien connaître à Astro. Mon libraire le recommande même car dans le cas contraire, il paraît qu’on devine rapidement les tenants et aboutissants de l’intrigue. 
Pluto se déroule dans un futur proche du nôtre quoi que dans un monde à la géographie redessinée, où les robots ont une apparence humaine et des droits civils. Quelqu’un commence à assassiner les robots les plus perfectionnés de la Terre ainsi que des personnes pro-robots, ce qui mène à une enquête dirigée par Gesicht, un inspecteur robot d’Europol. Par le biais de cette enquête et de l’intrigue, le lecteur va rencontrer les robots les plus perfectionnés de ce monde qui sont des cibles, va voyager au sein de plusieurs pays et va découvrir que toute l’affaire est peut-être lié à la 39e Guerre d’Asie à laquelle les sept robots en question ont plus ou moins participé d’une façon ou d’une autre…

Un thriller de science-fiction efficace aux thèmes multiples.
Pluto est, comme je l’ai dit, un thriller de science-fiction. Thriller parce que Gesicht doit contrecarrer les plans du mystérieux criminel qui élimine les robots et leurs alliés les uns après les autres. Le suspens est rondement mené grâce à un découpage efficace et très cinématographique. Science-fiction parce qu’on évolue dans un univers où les robots sont tellement perfectionnés qu’ils ressemblent aux humains sur un plan physique… et même mental, à quelques détails près. Ce qui permet d’aborder des grands thèmes propres à ce genre littéraire comme le développement de l’intelligence artificielle et la notion de conscience. En effet, les robots existent, possèdent une IA, copient les humains jusqu’à feindre de boire et de manger. À force de copier, ils imitent également les émotions au point d’arriver à les ressentir spontanément quand la situation s’y prête. Cela pose énormément de questions sur ce qui compose la vie comme la conscience. Certaines références y sont d’ailleurs très littéraires, on y retrouve les lois d’Asimov bien qu’elles ne soient pas citées comme telles. Il est par exemple impossible pour un robot de faire du mal à un humain… Quoi que ? Toujours est-il que, les robots appartenant totalement à notre société, ils doivent parfois affronter du racisme de la part d’autres humains et même si des lois les protègent, certains groupes extrémistes existent et veulent les réduire au statut d’esclave. C’était d’ailleurs une partie des motivations de la fameuse 39e Guerre d’Asie…

Le traitement des émotions est véritablement au cœur du récit. Malheureusement, je ne peux pas en parler dans le détail au risque de vous gâcher des éléments d’intrigue mais je peux par contre vous dire que j’ai trouvé l’approche intelligente, réussie et subtile. Je vous ai sélectionné deux extraits plutôt parlant, l’un du premier tome et l’un du troisième. Aucun ne divulgâche l’intrigue, rassurez-vous ! Comme on m’a fait remarquer que les éditeurs mangas aimaient bien qu’on mette des extraits visuels, je teste une première fois pour voir si ça vous intéresse. Évidemment, les droits de ces images appartiennent à Kana et sont utilisés ici dans le but d’agrémenter mes explications au sujet de l’œuvre. 

Le premier est une scène où Gesicht rend visite à l’épouse d’un policier robot décédé en service afin de lui apporter sa puce mémoire. Tout, dans l’attitude de Gesicht (lui-même robot !) à celle de son épouse rappelle finalement un échange qui pourrait très bien se dérouler dans une série policière contemporaine. Dans sa posture, on sent la peine ressentie par l’épouse et dans celle de Gesicht, le respect qu’il voue à une vie, même robotique.

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Le second est une discussion entre Astro et sa petite sœur qui est capable de ressentir les émotions des humains et qui les comprend très bien. La manière dont ils en parlent montre que les robots ne sont pas insensibles, loin de là ! Ils abordent juste les émotions d’une autre façon.

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Je l’ai signalé plus haut, l’intrigue de Pluto se déroule dans plusieurs endroits du monde. C’est la seconde œuvre d’Urasawa que je lis qui a un encrage très européen et, par extension, un trait réaliste qui représente bien les morphologies occidentales. Si je le précise, c’est parce que cela peut dépayser les lecteurices qui cherchent du manga typé japonais dans le trait et l’univers. Il n’y a rien de tout cela ici, hormis pour ce qui est lié directement à Astro vu que le petit robot vit au Japon et a été créé par un japonais.
Je dis une œuvre très européenne mais je devrais également parler d’une œuvre très américaine. Les causes de la 39e Guerre d’Asie rappelleront de manière très troublante notre histoire récente tout comme un certain ours en peluche semble être une métaphore d’un certain président. Les clins d’œil et les références sont nombreux et raviront les amateurices d’Histoire ! J’ai été impressionnée par cet aspect et ça m’a poussé à m’interroger.

Réflexion personnelle : l’interculturalité Europe – Japon.
Je n’ai pas pour ambition d’écrire un essai sur le sujet mais le hasard veut qu’un de mes étudiants prépare actuellement un TFE sur l’interculturalité entre l’Europe et le Japon, ce qui l’a poussé à s’intéresser à pas mal d’œuvres et moi à réfléchir également sur le sujet pour l’aider. Comme Pluto s’y prête, j’en profite pour partager ça avec vous.

J’ai l’impression qu’à l’instar de l’Égypte antique et de l’Angleterre victorienne (on en reparlera dans le détail ultérieurement), l’Europe moderne exerce une fascination sur plusieurs mangakas japonais au point d’en faire leur marque de fabrique, ce qui se remarque tout particulièrement chez Urasawa. Si vous avez d’autres exemples, d’ailleurs, n’hésitez pas à me les renseigner ! C’est interpellant car on a souvent l’impression que l’inspiration ne va que dans un sens : ici, en Europe (je parle surtout pour la France et la Belgique, je ne connais pas tous les milieux littéraires européens) je remarque une fascination de plus en plus présente pour le Japon qu’on retrouve beaucoup représenté dans les romans (il suffit de voir la collection Neko du Chat Noir, par exemple) mais aussi dans la bande-dessinée avec l’apparition du « manga français » (dessins typés nippons et format) ou, plus subtil, un trait « manga » dans un format BD européen classique. Preuve en est avec Pluto que cet intérêt va dans les deux sens et qu’on est vraiment dans un échange interculturel. Ça m’intéresserait de savoir à quel point les japonais/es sont fascinés (ou non) par notre culture ! Si vous avez des ouvrages qui en parlent, n’hésitez pas à me les renseigner aussi. 

Évidemment, je n’ai pas de chiffres précis à présenter et je n’ai pas lus tous les mangas qui existent (loin s’en faut !) donc ce paragraphe n’a aucune valeur scientifique. C’est simplement une réflexion personnelle qui vise à échanger sur le sujet si vous en ressentez l’envie. 

La conclusion de l’ombre :
Pluto est un thriller de science-fiction réalisé par Naoki Urasawa et Nagasaki Takashi, inspiré par l’histoire d’Astro Boy d’Ozamu Tezuka. Gesicht, un inspecteur robot, cherche à résoudre une série de crimes qui semble viser les robots les plus perfectionnés du monde et les personnes qui sont favorables à cette science robotique. L’enquête est presque un prétexte pour aborder des questions fondamentales qu’on retrouve régulièrement en science-fiction : l’intelligence artificielle, son développement, la frontière du vivant / conscience et l’importance des émotions. Le découpage précis, quasiment cinématographique, permet une gestion du suspens admirable. Cette œuvre riche de multiples références et clins d’œil à notre propre Histoire récente mérite vraiment le détour !

À l’ombre du Japon #34 { Comme sur un nuage #2 ; Nos temps contraires #3 }

Ohayô minasan !

Nouvel article manga consacré cette fois-ci à deux nouveautés chez l’éditeur Akata dont j’ai déjà eu l’occasion de vous parler sur le blog. J’aime beaucoup leur engagement à promouvoir la diversité et ces deux séries sont des réussites pour moi, si bien que j’attends toujours le tome suivant avec impatience. Allons un peu plus dans le détail…

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On retrouve deux grandes parties au sein de ce volume. La première concerne l’amitié qui lie Sanada et Ayumi depuis l’école primaire. Noshiro comprend que la jeune fille voue à Sanada des sentiments qui semblent amoureux et essaie de les rapprocher, alors même qu’il sait que Sanada préfère les hommes ! Cela donnera lieu à des questionnements sur la nature de l’amour, sur le fait d’aimer ses amis et la différence entre amour et amitié. Est-ce vraiment si éloigné ? On sent beaucoup de maladresse dans le personnage de Noshiro qui essaie de bien faire, se démenant pour que tout le monde soit heureux. Mais l’enfer est pavé de bonnes intentions…

La seconde partie est consacrée à l’arrivée d’un nouveau protagoniste qui m’a vraiment gonflé : Makoto Morinaga. Il est également au lycée mais semble plus jeune d’un an ou deux que Noshiro, Sanada et Ayumi. Il est tombé amoureux de Noshiro en trois secondes à tout péter après que ce dernier ait performé lors d’une course relais. Depuis, il ne l’a plus lâché. Suite à un qui pro quo, Makoto est persuadé que Noshiro est homosexuel et donc qu’il a toutes ses chances avec lui ! Le flou va durer longtemps et c’est finalement Sanada qui va devoir régler la situation en mettant un peu de plomb dans la tête de ces deux andouilles.

Si j’ai retrouvé la bienveillance et l’intelligence dans le traitement des thématiques autour de la sexualité, ce nouveau personnage ne m’a pas vraiment convaincue et même plutôt refroidie. Comme la série s’achève au prochain tome, je vais tout de même l’acheter pour découvrir le dénouement mais je me demande un peu ce que ça va donner, vu la direction prise à la fin…

D’autres avis : Les blablas de Tachan – vous ?

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Encore un tome bourré d’émotions et de retournements de situation ! Comme le laisse penser la couverture, ce volume va davantage parler de Caesar et de Louis, du couple qu’ils forment, de comment ils en sont arrivés là et des conséquences que ça a sur leurs vies. Les deux néotènes souffrent et ne se comprennent décidément pas, ce qui va mener à des situations très problématiques, autant pour eux que pour Tara et Arata, leurs amis d’enfance.

Mais outre ces éléments, Gin Toriko va cette fois-ci évoquer un nouveau thème en lien avec la maladie de Daphnée, à savoir la pédophilie. On met ici en scène une déviance où la victime est manipulée puis punie par le système au contraire de son agresseur, ce qui révolte Tara et souligne un peu plus les disparités présentes dans cette société qu’on pourrait presque croire idéale au premier abord. La présence plus forte du personnage de Louis permet de le rappeler puisque, cynique et désenchanté, il met le doigt sur l’aspect plus sombre de cette vie dont il est déjà fatigué.

J’ai ressenti beaucoup d’émotions lors de ma lecture et un criant sentiment d’injustice mêlé à une bonne dose de frustration. C’est, finalement, la marque d’un bon manga puisque je me suis impliquée émotionnellement avec les personnages. Je suis très curieuse de découvrir la suite !

D’autres avis : Les blablas de Tachan – vous ?

Et voilà, c’est déjà terminé pour aujourd’hui ! J’espère que je vous ai donné envie de découvrir / continuer ces deux séries ou, en tout cas, de vous pencher sur le catalogue de l’éditeur. On se retrouve très bientôt pour parler d’autres suites.

Mata itsu ka, ja ogenki de !
( À bientôt et prenez soin de vous !)

À l’ombre du Japon #33 { Beastars #15 ; Les carnets de l’apothicaire #2 ; le renard et le petit tanuki #2 }

Ohayô minasan !
On se retrouve pour un rendez-vous manga entièrement consacré à l’éditeur Ki-oon. Vous le savez, j’ai pour eux une affection particulière (même si tous leurs titres ne sont pas des coups de cœur ou ne me séduisent pas, coucou My Broken Mariko) car ils proposent régulièrement des séries originales, qui sortent du lot. C’est le cas avec les trois titres dont il est ici question et qui ont été d’énormes coup de cœur. Je n’ai qu’une hâte : arriver au mois de mai pour avoir les suites.

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Je ne présente plus cette série qui a été pour moi une vraie révélation. Je dévore chaque tome dés leur sortie et j’en ressors chaque fois avec des étoiles plein les yeux tant Paru Itagaki est douée pour mener son intrigue, doser son action, proposer sans arrêt de nouveaux éléments sans pour autant oublier les anciens, ce qui permet d’accrocher le lecteur de tome en tome. Je n’ai pas souvenir d’un seul moment plus faible, d’un seul tome « de remplissage » et ce quinzième volume ne fait pas exception à la règle…

Ce tome, donc, se focalise sur la question des relations interespèces. En effet, on a découvert dans le volume précédent l’existence d’un tueur qui est à la fois herbi et carni, issu de l’union d’une gazelle et d’un léopard. C’est l’occasion pour Legoshi de réfléchir à l’avenir de sa relation avec Haru, puisque, s’ils ont des enfants, ce seront également des hybrides… Tout comme sa propre mère l’a été puisque, pour rappel, le grand-père de Legoshi a eu un enfant avec une louve, alors que lui-même est un varan de komodo. Le lecteur va également découvrir une partie du passé de la mère de Legoshi et entrevoir les raisons possibles de son suicide. Louis, de son côté, va tomber nez à nez avec son ancienne bande, non loin du marché noir. À nouveau, les péripéties s’enchainent, des personnages qu’on pensait oubliés reviennent sur le devant de la scène et le suspens est à son comble quant à ce qui va arriver ensuite. J’adore !

Si vous n’avez pas encore donné sa chance à ce titre, n’hésitez plus… Surtout que la série va se terminer bientôt, donc vous savez où vous allez !

D’autres avis sur ce tome : pas encore, mais cela ne saurait tarder !

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Si j’ai été très convaincue par le premier tome des Carnets de l’Apothicaire, ce n’était rien à côté de celui-ci qui m’emballe plus que de raison, si bien que j’ai à présent des attentes extrêmement élevées concernant cette série. Ce second volume est l’occasion d’en apprendre plus sur le fonctionnement du système des concubines et des dames de compagnie ainsi que sur le métier de gouteuse, exercé malgré elle par Mao Mao.

Ce personnage prend aussi de l’ampleur car on en apprend davantage sur ses taches de rousseur (j’ai adoré cet aspect même s’il fait froid dans le dos) tout en la voyant en action dans son métier, implacable, capable de faire preuve d’un fort caractère assez terrifiant tout en se montrant préoccupée du bien être des autres. Cette héroïne est l’une des plus réussies que j’ai pu croiser récemment dans un manga !

Pour ne rien gâcher, l’esthétique superbe du titre se confirme. Chaque planche est soignée, millimétrée, rien n’est laissé au hasard, encore moins la caractérisation des personnages qui rend l’ensemble très aisé à suivre. Je me réjouis d’avoir le troisième tome entre les mains !

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Souvenez-vous, je vous avais déjà présenté le premier tome de cette série qui parait jeunesse mais ne l’est pas du tout. Le dessin m’avait conquise ainsi que l’aspect adorable du petit tanuki prénommé Manpachi, couplé au sale caractère de Senzo, le redoutable renard noir. Mais la série possède-t-elle ce qu’il faut pour durer ? Après la lecture de ce tome, ma réponse est oui !

Dans ce tome, le renard noir se lance à la poursuite du blaireau Momoji qui a menti à Manpachi pour l’attirer dans sa montagne d’origine, lui promettant de l’aider à retrouver ses parents. C’est l’occasion d’une très belle scène avec l’esprit protecteur de la montagne même si elle est précédée d’un moment crève-cœur sur la façon dont les autres esprits traitent Manpachi.

C’est toujours doux, drôle, mignon mais le titre possède aussi une part de noirceur qui fonctionne d’autant mieux au milieu des éléments précités. J’ai très envie de découvrir la suite et je suis assez curieuse de voir où tout cela va nous mener…

D’autres avis sur ce tome : La pomme qui rougitles voyages de LyLes blablas de Tachan – vous ?

Et voilà, c’est déjà terminé pour cette fois. J’espère que vous avez apprécié ce tour d’horizon des séries qui se confirment et semblent faites pour durer chez Ki-oon… Je vais conclure en disant : bien vite le mois de mai ! Mais rassurez-vous, on se retrouvera avant dans ce rendez-vous manga.

Mata itsu ka, ja ogenki de !
( À bientôt et prenez soin de vous !)