Le dernier apprenti sorcier #1 les rivières de Londres – Ben Aaronovitch

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Le dernier apprenti sorcier est une saga qui compte pour l’instant 6 tomes (j’ignore si elle est terminée) publiés en français chez J’ai Lu. L’auteur, Ben Aaronovitch, est un londonien pur souche et ça se sent ! Vous pouvez vous procurer le premier tome en format poche au prix de 7.60 euros.

Spontanément, cette saga se classe dans la veine urban fantasy typiquement britannique. Nous suivons Peter, un jeune policier qui va être rapidement confronté à des manifestations surnaturelles pendant une patrouille. En rencontrant l’inspecteur Nightingale, il va être intégré à une brigade de police un peu particulière et signer pour devenir l’apprenti sorcier. Le dernier, donc, comme nous l’indique le titre. Dans ce tome plus précisément, deux grandes affaires vont occuper notre héros: des meurtres particulièrement violents et inexplicables dans Londres et un conflit entre Mama Tamise et Père Tamise.

La mythologie construite par l’auteur m’a surprise. Elle est inspirée et ne ressemble à rien de ce que j’ai lu jusqu’ici. Elle contient, évidemment, des créatures connues (on évoque un couple de vampire à un moment du récit) mais elles n’ont rien de commun avec les codes habituels du genre. Dans ce tome, l’auteur se concentre sur les fantômes et sur les esprits des rivières, démontrant une grande originalité dans le traitement de son sujet. C’est, selon moi, le principal attrait de cette saga, en plus de son personnage principal, Peter. Il est très agréable, pour moi qui aime lire des romans teintés d’humour britannique, de retrouver cette touche « british » à chaque page. Les réflexions du héros sont souvent drôles, le flegme anglais est omniprésent. C’est dépaysant mais plaisant, rafraichissant !

D’ailleurs, si on doutait encore de la nationalité de l’auteur, impossible de ne pas comprendre qu’il est un londonien pur souche. La géographie, les rues, les quartiers, la société londonienne dans son ensemble, sont très détaillés et peut-être même un peu trop, par moment. J’ai trouvé que ça avait tendance à alourdir un peu le texte, bien que ça ne manque pas d’intérêt en soi. Je pense que c’est un point à l’appréciation de chacun. Autre petit détail gênant: la longueur des chapitres. Ils font parfois une cinquantaine de pages, ce qui est dérangeant quand on doit lire en plusieurs petits bouts…

Malgré ces détails « négatifs », j’ai passé un bon moment avec ce premier tome. Je lui trouve énormément de qualités et j’ai été bluffée par le traitement de la magie proposé par Ben Aaronovitch. L’auteur incorpore énormément de références, non seulement à la culture populaire mais également à la littérature scientifique. Le personnage de Peter permet d’aborder la magie sous un nouvel angle et on ressent tout le soin qu’a mis Ben Aaronovitch à créer son univers. Il nous propose, en prime, une intrigue prenante qui s’appuie sur la littérature anglaise plus classique tout en mélangeant des éléments très modernes.

Autre avantage: ce tome peut très bien se conclure sur lui-même. Certes, Peter commence tout juste sa formation mais l’intrigue se résout à la fin du livre. On dispose de tous les éléments de réponse et on peut passer à autre chose si on le souhaite. Pour une série qui compte déjà six tomes, c’est un atout non négligeable !

En bref, je vous recommande cette saga si vous appréciez l’humour britannique et si vous avez envie de découvrir un univers magique inspiré, original, qui sort du lot. J’ai trouvé la qualité de la traduction plutôt bonne et le personnage principal attachant. Le dernier apprenti magicien a un sacré potentiel et mérite qu’on lui laisse sa chance !

Fille d’Hécate (intégrale) – Cécile Guillot

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L’intégrale de Fille d’Hécate contient trois romans écrit par Cécile Guillot. C’est une saga assez ancienne publiée d’abord aux Éditions du Chat Noir, qui a reçu le V&S Award du meilleur ouvrage fantastique en 2012 et qui méritait donc largement une seconde jeunesse aux Éditions Lynks, dans la collection Re-Lynks consacrée aux rééditions. Vous pouvez vous le procurer partout en librairie ou sur les salons au prix de 14.90 euros.

Fille d’Hécate raconte l’histoire de Maëlys, une étudiante en année de mémoire en psychologie, qui se découvre un don de sorcière. On suit Maëlys tout au long de son apprentissage, à travers différentes aventures. Dans le tome 1, quelqu’un cherche à lui voler ses pouvoirs. Dans le tome 2, elle aide la police avec une enquête et dans le tome 3, elle se rend dans les Ardennes pour renouer avec ses origines et aider à rendre le pouvoir à sa lignée. J’ai conscience que ce résumé peut paraître un peu rapide, si pas surfait, mais je ne veux pas spoiler le contenu !

Ce que j’ai d’abord apprécié dans ces romans, c’est le personnage de Maëlys et j’en suis la première surprise. Ce n’est pas le genre d’héroïne à qui je m’attache habituellement, mais je la trouve reposante, humaine, vraie, sans excès, même dans sa magie. C’est une fille normale, qui a des envies normales, qui a peur comme n’importe qui, qui a des réflexions logiques, qui se comporte parfois un peu bizarrement mais… Comme tout le monde, en réalité. Elle me fait assez penser à son auteure, par certains points de caractère, notamment la timidité et la douceur. C’est peut-être pour ça que j’ai accroché avec elle, allez savoir ! En tout cas, c’est une héroïne vraiment agréable à suivre.

Autour de Maëlys gravitent ses soeurcières, comme elles s’appellent dans le tome 3. Elles sont chacune particulières et intéressantes à leur manière. Dorine est la mère de famille pleine de bonne humeur qui se donne à fond pour les autres, Jihane est la jeune gothique tourmentée dotée d’un grand sens artistique et capable de parler avec les morts, et Patricia est la femme mûre qui a traversée de dures épreuves. Ensemble, elles parviennent à trouver un équilibre, à se connaître elles-mêmes et à se reconstruire. Les relations entre ces différentes protagonistes mettent vraiment l’accent sur l’importance et la force de l’amitié, un beau message.

Fille d’Hécate est un roman sur la magie et sur l’amitié, mais il a aussi droit à sa petite romance. J’ai apprécié le fait qu’elle ne prenne pas toute la place dans le récit. Elle est mesurée, c’est juste ce qu’il faut là où il faut. Et que dire sur Alexandre… Je ne pense pas que je l’apprécie beaucoup. En fait, il me laisse assez froide, peut-être parce qu’on n’en sait pas assez à son sujet. Ou plutôt, on a les informations en main mais ça manque de profondeur, de mise en situation. Je pensais qu’au moins un des romans allait se centrer sur ses histoires familiales et j’ai été un peu déçue par ça, même si ça n’enlève rien à la qualité de la trilogie, c’est un ressenti personnel ! J’aurai aimé que l’auteure approfondisse certains sujets, comme l’antagoniste du tome 2 (je ne précise pas trop pour éviter le spoil mais ceux qui ont lu comprendront), ou qu’elle permette à Alex de s’imposer un peu plus via sa propre histoire.

Comme son titre l’indique, cette trilogie parle de magie et elle en parle très bien. J’ai été enchantée d’en apprendre autant sur la culture wiccane, que je connaissais finalement très mal à travers d’autres séries qui en donnaient une interprétation plutôt biaisée. Non seulement l’auteure parvient à bien intégrer les différents éléments au récit mais, en prime, elle nous offre une petite liste en fin d’ouvrage pour qu’on puisse consulter ses sources. Inutile de préciser que j’ai déjà noté certains titres…

Petit point noir, mais ce n’est pas sur le récit en lui-même: dans le tome 2 et 3 du roman, à plusieurs endroits, il manque des tirets quadratins. En soi, ça ne gêne pas la compréhension puisque les temps utilisés dans les dialogues ne sont pas les mêmes que dans la narration, ça nous permet de les repérer facilement mais je trouve ça dommage que, dans une réédition, on n’ait pas mis plus de soin à vérifier ce genre de détails. Parce que le livre en tant qu’objet est très beau, la couverture est sobre mais superbe, tout est très soigné, j’aurai aimé qu’ils poussent jusqu’au bout.

En bref, Fille d’Hécate est une trilogie que je recommande et avec laquelle j’ai passé un bon moment de détente. Elle se lit très rapidement et m’a laissée cette même impression que mes séries adolescentes sur la magie et les sorcières, le côté bling bling hollywoodien en moins (ce qui est un point positif !). L’écriture de Cécile Guillot est fluide, rythmée, fraiche et accessible, elle convient parfaitement à son personnage principal. Même si je ne suis pas du tout le public cible (je préfère les ouvrages plus crus, plus sombres, plus torturés), j’ai beaucoup aimé le voyage et je vous conseille de vous lancer dans l’aventure !

La trilogie du Voile #1 Souvenirs volés – Selina Fenech

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Souvenirs Volés est le premier tome de la trilogie du Voile, un roman publié aux Éditions du Chat Noir et écrit par Selina Fenech. Il a été traduit de l’anglais par Cécile Guilot et est édité dans la collection Cheshire, qui rassemble les romans fantastiques young adult. Il coûte 19.90 euros en papier et j’ai profité de la promotion numérique pour me le procurer à 2.99 euros.

Est-ce que je le regrette? Pas vraiment. Concrètement, j’ai conscience de ne pas être du tout le public cible pour cette trilogie. C’est très clairement une littérature pour ados, avec un scénario assez classique dans son développement, quelques rapidités scénaristiques, des scènes un peu brouillonnes dans l’alternance des points de vue et des relations entre les personnages qui me feraient habituellement rouler des yeux. Sauf que je savais à quoi m’attendre, parce que j’étais prévenue. Alors j’ai mis mes exigences sur pause, j’ai rangé le Morgane Caussarieu que je venais de terminer (comment passer d’une extrême à l’autre…) dans un coin de ma tête, muselé cette part de moi qui adore lire « du dark » et j’ai ramené mes pulsions « teenage » à la surface, les mêmes qui me permettent de regarder la série Shadowhunters en l’appréciant.

Non, ce roman n’est pas un chef-d’œuvre. Par contre, c’est un très bon divertissement tout public dans un univers de fantasy assez riche. J’ai d’ailleurs été surprise de trouver un roman au Chat Noir qui se déroule quasi uniquement dans un autre monde. C’est un élément que j’ai apprécié et j’espère que ça ne sera pas la seule œuvre dans ce style que publiera la maison d’édition. Notez que si l’univers de Selina Fenech est plutôt classique, il est tout de même porteur de certaines originalités appréciables, comme par exemple le concept du Voile que j’ai trouvé très intéressant ou la manière dont les chasseurs parvenaient à contrôler le dragon. C’est un roman plein de féérie et de couleurs, qui exploite les légendes celtiques (les mythes des seelies/unseelies ou les légendes arthuriennes, par exemple) pour offrir un bestiaire connu qu’on retrouve avec plaisir. Et ça a aidé à ce que je passe un bon moment.

Dans cette aventure, nous suivons Memory, une jeune fille amnésique qui rencontre Eloryn après être passée à travers le Voile sans trop savoir comment. Eloryn est une magicienne qui fuit le roi Thayn pour une raison que l’on découvre assez rapidement mais que je vous tais ici pour ne pas vous gâcher la surprise. Elles sont soutenues dans leur fuite puis dans leur quête par Roen et Will. Forcément, vous voyez venir d’ici les couples et vous avez raison… Heureusement, pas de triangle amoureux! Enfin, pas encore du moins, du coup les couples ne me gênent pas trop. L’histoire ne recèle pas de véritable surprise, parce que l’auteure utilise les codes scénaristiques classiques de la fantasy et quand on en consomme beaucoup, on sait immédiatement à quoi s’attendre. La force de Souvenirs Volés se situe plutôt dans son ambiance et dans son héroïne. Personnellement, je n’aime pas vraiment Eloryn et Roen, par contre Memory a su me plaire. C’est, à mes yeux, un personnage qui apporte un gros plus au roman. Elle est intéressante, franche, vraie, forte aussi, elle fait tache dans cet univers avec sa manière d’agir et de s’exprimer, et ça ne la rend que plus sympathique.

Souvenirs Volés est le genre de bouquin qu’on lit sans voir les pages défiler. On prend toutefois la peine de s’arrêter sur les magnifiques illustrations qui sont disséminées au fil des pages ! J’ai été soufflée par le rendu des dessins et je lisais sur ma kobo. Je n’ose même pas imaginer ce que ça donne dans la version papier du roman. Chaque illustration démontre, si besoin en était en contemplant la couverture, tout le talent que l’auteure a pour le dessin. J’ai été soufflée, elle a un coup de crayon qui me séduit. Souvenirs Volés est sans conteste un très beau livre-objet qui vaut la peine rien que pour ses illustrations. Au passage, notez que l’auteure est avant tout illustratrice, elle a commencé à écrire pour donner une nouvelle dimension à ses dessins (si j’ai tout compris) et c’est peut-être la raison pour laquelle je ressens à la fois de l’indulgence pour les facilités scénaristiques et de la tendresse pour cette histoire. Je visualise bien dans quel ordre s’est déroulé la création de l’univers et je pense qu’un type de format comme Cosmographia (du graphic novel pur) aurait peut-être mieux convenu pour une histoire comme celle-là. Mais bon, c’est un détail et ce n’est qu’une réflexion sans importance.

Pour résumer, Souvenirs Volés est un divertissement plaisant à destination d’un public adolescent ou pour les lecteurs appréciant le Young Adult. Vous retomberez dans l’ambiance des dessins animés comme les W.I.T.C.H (je ne sais pas pourquoi cette m’a évoqué ça tout du long) ce que j’apprécie, personnellement parce que j’aime m’offrir des pauses nostalgies. J’ai passé un bon moment dans la lecture de ce premier tome et je vous le recommande si vous avez envie d’un ouvrage de fantasy frais, coloré et dynamique, illustré avec brio. Par contre, vu la fin, je me demande ce que nous réserve la suite de l’histoire ! Pourquoi ne pas avoir opté pour un one-shot? Réponse dans le tome 2…