Evil #1 Vicious – V.E. Schwab

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Vicious est le premier tome de la saga Evil proposée par l’autrice américaine V. E. Schwab. Publiée chez Lumen, vous trouverez ce tome au prix de 16 euros dans toutes les librairies.

Victor et Eli étaient meilleurs amis (quoi que tout est relatif, vous vous en rendrez compte en lisant). Seulement, Eli a trahi Victor et ce dernier a passé dix ans en prison par sa faute. Quand il parvient à s’évader en compagnie de Mitch, Victor est bien décidé à aller régler ses comptes.
Dans un mon semblable au nôtre, il existe des EO -ExtraOrdinaires. Ce sont des personnes qui, pour une raison obscure, sont parvenues à développer des pouvoirs. Eli décide d’en faire son sujet de thèse et ses découvertes lui permettent d’avancer des hypothèses solides sur la manière de créer ces personnes hors du commun. Du coup, son colocataire Victor lui propose de tester ses théories et ça tourne très mal.

Le scénario de Vicious n’est pas sans rappeler certaines licences bien connues comme notamment X-Men. Ce titre, en fait, aurait pu être un comics que ça n’en aurait été que mieux. Tout, de l’aspect couverture (que je trouve d’ailleurs assez chouette) jusqu’aux interactions entre les protagonistes, rappelle ce médium. Avec ses qualités et ses défauts. La thématique principale étant, évidemment, l’acceptation de la différence (ou plutôt de l’évolution?) et le danger représenté par certains individus affreusement partiaux. La métaphore est d’actualité et me parle bien. J’achète.

Ce roman est construit dans une alternance de point de vue entre le passé et le présent de la narration, ce qui rend plutôt compliqué la présentation de Vicious sans vous spoiler des parties entières. Déjà que j’ai été un peu trop loin en vous évoquant les thèmes principaux… Ce procédé narratif ne m’a pas vraiment plu même si les en-têtes de chapitre renseignent très clairement à quel moment on se trouve. En tant que lecteur, nous ne sommes jamais vraiment perdus mais par moment j’éprouvais souvent une lassitude et un sentiment de longueur dans certaines parties. Le rythme se brisait, justement à cause de ces sauts. Du coup, pendant toute la première partie du roman, j’ai eu du mal à rentrer dans l’histoire et à vraiment m’y intéresser. Pour tout dire, j’ai même failli le laisser de côté et le rendre à Laure-Anne qui a eu la gentillesse de me le prêter.

La seconde partie décolle davantage, surtout en termes d’action et de résolution. Beaucoup plus de dynamisme même si les explications du passé de certains personnages tombaient comme des cheveux dans la soupe. Et oui je mets l’expression au pluriel. Tout s’accélère alors pour arriver à un final magistral… Qui me fait amèrement regretter que ce roman ne soit pas un one-shot. Pour moi, l’autrice devait s’arrêter à ce moment. Peut-être que le second tome ne concerne pas du tout Eli et Victor mais si c’est le cas, je trouve ça très dommage. Parce que cette fin a su à la fois me séduire et me convaincre, assez pour oublier les faiblesses narratives formelles (sans parler des incohérences, surtout au niveau des pouvoirs de Victor) et dire que ce roman est plutôt bon.

D’un point de vue des personnages, ils sont tous intéressants et utiles d’une manière ou d’une autre à l’histoire. L’autrice ne s’éparpille pas sur de trop nombreux protagonistes et les psychés des deux « héros » (si si, on a besoin de guillemets) se révèlent originales, profondes, nuancées. Eli est très clairement un sociopathe là où Victor est beaucoup plus vivant, passionné, enragé. À mon sens, les protagonistes de Vicious représentent l’aspect le plus réussi du roman et sa grande force. Plus que l’intrigue qui, en elle-même, n’a rien d’absolument transcendant. C’est sympa mais ça manque un peu de surprise.

En bref, je suis finalement contente d’avoir découvert Vicious. Ce texte propose une histoire nuancée qui rejette le manichéisme, ce qui est assez rare pour qu’on le souligne. Les protagonistes principaux sont « des méchants » plus ou moins gris auxquels on s’attache facilement car leur psyché est très bien dépeinte. C’est un bon divertissement qui souffre toutefois de quelques longueurs et d’un système narratif qui n’a pas su m’emballer (mais qui plaira à d’autres, j’en suis sûre) sans parler d’une intrigue un peu trop simple qui permet aisément de deviner la fin et de quelques incohérences. Quant à savoir comment personne dans le staff éditorial ne s’en est rendu compte… C’est tout de même une lecture que je recommande à ceux qui apprécient les univers typés comics d’anticipation.