Nordie #1 Guilendria – Cécile Ama Courtois

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Nordie est un roman médiéval en deux parties publié chez l’Ivre-Book et écrit par l’auteure française Cécile Ama Courtois. La partie 2 est prévue pour le 2 mai, la date approche ! Vous pouvez retrouver cet ouvrage en numérique (4.99euros) et en papier (13euros). Je remercie les éditions l’Ivre-Book pour ce service presse.

Vous le savez, je n’aime pas la romance. J’y trouve rarement mon compte, la plupart du temps, les protagonistes m’agacent… C’est la raison pour laquelle, malgré un résumé intriguant et la chronique de mon amie Cyrielle sur ce livre, j’ai mis du temps à passer le cap. Puis j’ai fait un salon en compagnie de l’auteure au début du mois et je me suis dit allez, tente le, si ça se trouve tu auras une bonne surprise.

Et de fait, c’en fut une.
Alors je vous arrête tout de suite: je ne parle pas de coup de cœur, de révélation ou quoi que ce soit dans le genre. Mais pour une romance médiévale, je lui trouve de nombreuses qualités à relever même si je ne suis pas du tout le public cible.

Déjà, je trouve le style de l’auteure maîtrisé et d’un certain niveau. Elle adapte son langage à la période médiévale, utilise des termes appropriés pour décrire la forteresse, les éléments de décors ou même la façon de parler de ses personnages. C’est accessible mais on sent cette touche de recherche, renforcée par les nombreuses notes en bas de page. Ce fut une belle surprise.

Ensuite, les personnages. Si j’appréciais d’abord davantage Deijan avec ses allures militaires, j’ai appris à passer outre l’agacement inspiré par Guilendria. Elle est trop douce à mon goût, trop naïve mais colle bien à ce qu’étaient les femmes à cette époque, à leurs aspirations. Si elle est trop différente de moi pour que je m’y attache, je la trouve crédible et son évolution reste intéressante. Enfin, le personnage d’Ifhoras m’intrigue beaucoup. C’est le genre de protagoniste que j’aime croiser dans les romans, à la fois cruel, violent, dérangé mais avec cette petite touche de mystère et d’humanité qui transparait quand on ne s’y attend pas. Je me demande ce que l’auteure en fera dans le prochain tome. Plus que la relation entre les deux héros, c’est lui qui me convainc et qui porte le livre.

Enfin, l’intrigue. Au départ, nous suivons Deijan dont la vie bascule à la mort de son frère. Le voilà héritier de son domaine alors qu’il ne le souhaitait pas, contraint de se marier à Guilendria à qui il est promis depuis l’enfance. En soi, il n’a rien contre elle mais ça le dégoûte d’être obligé de la visiter pour concevoir un héritier, c’est loin de sa vision habituelle du sexe. Je l’ai rapidement trouvé inutilement cruel avec elle et même les passages où il s’explique, plus tard après sa blessure, ne me convainquent pas du tout. Et ce qu’elle a pu m’agacer à accepter tout ça sans broncher ! Jusqu’à l’attaque des écumeurs qui nous offre une scène de défense militaire vraiment sympa qui prouve que l’auteure a réfléchi plus loin que le bout de son couple, ce que j’apprécie. Je ne vais pas en dire davantage mais ça arrive assez tôt dans le livre et donne une épaisseur au texte qui reste toutefois classique dans son déroulement narratif.

Par contre, je me permet une petite réflexion… Je ne comprends pas trop pourquoi on parle de fantasy dans le cadre de ce livre. Il ne contient aucun élément surnaturel ou mythologique, ce qui est quand même la base de ce genre littéraire. Du moins, pas dans la première partie. Certes, le monde médiéval où les protagonistes évoluent n’existe pas (mais il pourrait, franchement) toutefois je ne trouve pas que ça soit suffisant pour qualifier ce livre de fantasy. L’éditeur envoie un faux message aux lecteurs. Je m’attendais à trouver autre chose et même si j’ai eu une bonne surprise à la lecture, je reste un brin déçue. Heureusement, il est classé en romance mais le résumé mentionne tout de même de la fantasy donc voilà, c’est en demi-teinte à ce niveau et ça me paraissait important de le relever.

En bref, la première partie de Nordie est un bon divertissement que je recommande à ceux qui apprécient la romance et les univers médiévaux. La plume de Cécile Ama Courtois est maîtrisée et son intrigue, certes classique, nous emporte pourtant avec facilité dans une lecture plutôt rapide.

Ouroboros (l’intégrale) – Christophe Rosati

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Ouroboros est une saga de science-fiction (un thriller cyberpunk très exactement) écrite par Christophe Rosati. Ce fut d’abord une série de cinq épisodes publiés dans la collection Science-Fiction de l’Ivre-Book qui se mua en intégrale numérique le 29 avril 2017 au prix de 7.99 euros. La version papier est prévue pour le 23 septembre 2017 lors des Aventuriales de Ménétrol, au prix de 19 euros.

Parler de ce roman m’est assez difficile et j’ai du mal à décider par quoi commencer. C’est une vraie claque qui laisse un malaise après la lecture et nous force à réfléchir sur la condition humaine et notre rapport à la machine. Entre autre, parce que c’est plus subtil que ça mais je dois bien synthétiser pour la chronique. Comprenez-moi bien: Ouroboros est une œuvre magistrale, très bien écrite, réfléchie et profondément noire, teintée de pessimisme sous forme de fatalité. C’est un peu plus qu’une simple histoire…

Nous suivons cinq personnages: Clara, une ex-militaire devenue mercenaire. Rob, un cyborg. Raph, un hacker. John, un policier d’Interpol et enfin Gritt, sorte de mercenaire bourru à la retraite. Dit comme ça, on a l’impression que les personnages sont des objets, des rôles prédéfinis, des fonctions, qu’on retrouve toujours dans ce type de littérature, mais ce n’est pas le cas. Chacun a une existence propre qui est développée en profondeur à travers des chapitres « boucles » qui permettent de découvrir leur histoire. Clara a un caractère difficile, franc et brute de décoffrage. Rob est très intéressant avec ses questionnements sur son humanité perdue et sa manière très statistique de répondre aux questions. Il prête souvent à sourire, mais c’est un rictus en demi-teinte, avec un malaise en fond. John et Gritt sont sympas à leur façon mais ils me parlent moins, toutefois c’est par goût personnel plus que par manque d’investissement de l’auteur dans ses personnages. Finalement, mon favori reste Raph, le hacker, pour son immaturité mais aussi ses talents, le mélange génie / handicapé sentimental. C’est un genre qui me plait, même si je grossis le trait pour vous expliquer.

Ouroboros nous entraine dans un monde futuriste où la technologie prend petit à petit le dessus, ce qui est prétexte à des questionnements philosophiques très intéressants. Nous rencontrons Clara sur le point de terminer sa mission en cours (une mission particulièrement foireuse si on en croit ce qu’elle dit) et elle est face à un gros souci qui va probablement causer sa mort. Le récit retourne alors en arrière, quelques jours plus tôt, pour nous narrer comment tout cela a commencé. Petit à petit, au fil des pages, l’auteur nous dévoile une trame complexe et bien ficelée qui a de quoi surprendre. La société est décrite de manière très crue, il brasse énormément de thèmes sans jamais se perdre ni sacrifier à l’action. Parfois, certains passages paraissent plus lents mais ils sont nécessaires et même vitaux pour garder la profondeur de l’histoire. Il y a, là-dessous, un imaginaire assez stupéfiant et un univers magistralement créé.

J’ai du mal à trouver un réel point négatif à ce roman dont j’ai beaucoup apprécié la lecture, même si j’ai été lente à le terminer. Il est épais, conséquent aussi parce qu’il ne se contente pas de raconter une « bête » histoire, mais il vaut vraiment la peine. Un détail peut-être, ce sont les quelques répétitions encore présentes dans le texte et une ou deux coquilles mais sans grande conséquence. Après tout, on en trouve dans tous les textes ! Je le signale par habitude. A côté de ça, l’écriture de Christophe Rosati est très bonne. Il parvient à nous immerger totalement dans un monde où on ne reconnaît pas la technologie et nous en parle avec un tel naturel qu’on a l’impression de l’utiliser au quotidien, un effet assez stupéfiant.

Je conseille Ouroboros à ceux qui aiment la science-fiction et qui n’ont pas peur des discours durs, pessimistes, contre l’humanité. Personnellement, j’ai été séduite (et la phrase de fin: oh-mon-dieu) par ce côté-là, par les interrogations qu’il nous oblige à avoir en nous mettant le nez dans notre propre merde, pour parler vulgairement. Toutefois, j’ai conscience que ça ne plaira pas à tout le monde et que plusieurs lecteurs n’apprécieront pas l’aventure pour cette raison. En plus des personnages en décalage avec les héros clichés standards qu’on trouve dans beaucoup de bouquins.

Ouroboros est plus qu’un simple roman, c’est une mise en garde, presque un manifeste sur le concept d’humanité, de société, une sorte de signal d’alarme lancé dans le vide mais qui mériterait d’être écouté… Il est difficile d’en parler en quelques mots, toutefois s’il y a un peu de justice dans ce monde, Ouroboros deviendra un classique du genre. Il le mérite vraiment et je vous le recommande chaudement.