#ProjetOmbre : { Les Tambours du dieu noir suivi de l’Étrange affaire du djinn du Caire – P. Djéli Clark }

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Ce 15 avril 2021, l’Atalante sortait un petit ouvrage de 144 pages reprenant deux textes de l’auteur américain P. Djéli Clark. Le premier, les Tambours du dieu noir, est une uchronie fantastique qui se déroule dans une Nouvelle-Orléans alternative. Le second, l’étrange affaire du djinn du Caire, est également une uchronie fantastique mais avec un parfum plus steampunk, qui se déroule, comme son titre l’indique… Au Caire.

Vous noterez peut-être que la couverture ne mentionne que le premier titre. Il faut lire le verso pour savoir qu’un second texte est présent dans ce qui est donc un recueil. Ces textes n’ont rien en commun, pas même leur univers. Ils sont à considérer comme une mise en bouche du travail de l’auteur longuement vanté par l’ami Apophis et qui m’a donné, d’ailleurs, envie de les lire.

Si cet ouvrage vous intéresse, vous le trouverez partout en librairie au prix de 12.90 euros.
Je remercie Emma et les éditions l’Atalante pour ce service presse numérique.

Les Tambours du dieu noir.
Louisiane, en 1880. Jacqueline dite « LaVrille » a treize ans et se retrouve embarquée dans une histoire qui la dépasse car quelqu’un en veut à sa ville chérie au point d’utiliser contre elle une arme divine, dangereuse, mortelle même : les fameux tambours du dieu noir. Il va donc falloir les arrêter d’urgence !

Ce pitch assez classique ne cache pas de rebondissement d’intrigue qui laisseront le lecteur pantois. Autant le dire tout de suite ! La force du récit se situe ailleurs…

Tout d’abord, au sein de la narration et par extension dans le style d’écriture de l’auteur. Le texte est écrit à la première personne, du point de vue de Jacqueline qui utilise une langue française fleurie avec ses erreurs grammaticales et certains mots populaires. En lisant la chronique d’Apophis, j’ai découvert que la VO était en fait rédigée en Créole, dans un mélange d’anglais et de français. Je salue donc le travail de Mathilde Montier, la traductrice, qui a du s’arracher les cheveux pour réussir à rendre un résultat probant en français… Si cet élément pourra faire grincer certains des dents, je l’ai particulièrement apprécié car l’auteur pousse jusqu’à retranscrire les accents des personnages, si bien que certains échanges, notamment entre Jacqueline et la capitaine, demandent qu’on les lise à voix haute pour bien les comprendre. C’est original, cela participe à l’immersion mais, sur un plan personnel, cela m’a un peu lassé sur la longueur.

Ensuite, dans l’univers inspiré du folklore d’Afrique du Sud avec ses divinités et ses croyances. Le cadre de la Nouvelle-Orléans et de cette Amérique uchronique embourbée dans une guerre de Sécession sans fin est original et très enthousiasmant. Tellement qu’on regrette, finalement, de n’avoir qu’une aventure aussi banale et courte qui s’y déroule. J’aurais aimé que l’auteur aille plus loin et peut-être le fait-il dans d’autres nouvelles ou romans ? L’avenir nous le dira.

Enfin, dernier point mais non des moindres : la présence quasi exclusive de personnages féminins forts et de couleur, au point qu’on ne croise que peu d’hommes dans ce texte. C’est un élément à mettre en avant, surtout auprès des lecteurs en recherche de diversité. Je vois beaucoup passer des débats et des remarques à ce propos sur les réseaux sociaux, cela me paraissait fondamental de le signaler.

Pour résumer en deux mots les Tambours du dieu noir : une intrigue classique portée par un univers bluffant, très inspiré et des personnages féminins dont on se souviendra.

D’autres avis sur ce texte : Le culte d’ApophisLutin 82La bibliothèque d’AelinelLes chroniques du chroniqueurAu pays des cave trolls –  vous ?

L’étrange affaire du djinn du Caire.
On quitte la Nouvelle-Orléans pour le Caire ! Nouveau décor, nouvel univers, nouveaux personnages aussi. Cette fois, une narration à la troisième personne permet de suivre Fatma, une jeune agente du ministère de l’Alchimie, des Enchantements et des Entités Surnaturelles. L’intrigue se déroule en 1912, au Caire, dans une uchronie au sein de laquelle l’Égypte occupe une place de premier plan sur la scène internationale grâce à l’arrivée des djinns quarante ans plus tôt mais aussi au développement d’une technologie mécanique qui rappelle l’esthétique steampunk (notamment via la présence d’automate et d’horlogerie très avancée) mais n’en porte pas le nom, peut-être parce qu’il y manque justement la vapeur.

Bref, passons outre ce détail. L’étrange affaire du djinn du Caire est une enquête que je vais à nouveau qualifier de classique : un djinn est retrouvé mort, chose assez rare, et Fatma essaie de comprendre pour quelle raison. On suit donc son cheminement jusqu’à un dénouement un brin rapide. Le concept comme l’univers auraient mérité un développement plus solide car l’auteur ne laisse finalement qu’entrevoir toute son inventivité. Apophis signale qu’il existe un roman court dans le même univers et je me réjouis qu’il soit traduit car la lecture de cette nouvelle m’a agréablement dépaysée. Cela change de quitter l’Europe ou les États-Unis et de se retrouver au Caire, avec un folklore issu des légendes arabes. J’ai beaucoup apprécié le voyage.

De plus, le personnage de Fatma, brossée ici dans cette nouvelle, est très intéressant dans sa mise en place et fleure bon le féminisme. C’est le genre d’héroïne avec de l’esprit que j’adore suivre. J’espère donc la revoir dans d’autres textes !

Pour résumer en quelques mots L’étrange affaire du djinn du Caire, je vais utiliser des termes semblables à la première nouvelle : un univers bluffant, une protagoniste solide qu’on a envie de retrouver ailleurs mais une intrigue résolument classique dans le genre policier.

D’autres avis : Le culte d’ApophisLutin82La bibliothèque d’AelinelLes chroniques du chroniqueurAu pays des cave trolls – vous ?

La conclusion de l’ombre :
Ce premier contact avec P. Djéli Clark est une réussite. Il est évident que l’auteur possède une imagination débordante, riche et originale. Il va piocher dans des cultures qu’on n’a pas forcément l’habitude de croiser en imaginaire pour proposer des univers très intéressants au sein desquels, malheureusement, les intrigues restent assez classiques. Mais on l’oublie presque devant l’intérêt constitué par ses personnages principaux féminins diversifiés et solides. Je suis très curieuse de découvrir les prochaines œuvres de cet auteur traduites par l’Atalante !

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