Le Cycle d’Alamänder #1 la porte des abysses – Alexis Flamand

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La porte des abysses est le premier tome de la trilogie fantasy Le Cycle d’Alamänder écrite par l’auteur français Alexis Flamand. Publié chez Léha Éditions, vous trouverez ce roman au prix de 19 euros.
Je remercie Léha Éditions et la Masse Critique de Babélio pour ce service presse.

Jonas Alamänder n’est pas vraiment un mage chanceux. Détective de profession, il perd sa maison du jour au lendemain, confisquée par le royaume d’à côté. En compagnie des deux soldats venus lui annoncer la nouvelle ainsi que son démon de compagnie Retzel, Jonas se rend à Fresnel, capitale de Kung Bhor, afin de plaider sa cause. Il se rend vite compte qu’on l’a bien eu et se retrouve à devoir enquêter sur une affaire qui le dépasse. En parallèle à Jonas, le lecteur suit Maek, un garçon issu de la classe paysanne qui se met en quête de la mythique école des assassins T’sank.

Avant d’aller plus loin, sachez que ma lecture a été en demi-teinte. Je vous invite donc à consulter l’avis des Chroniques du Chroniqueur sur ce roman afin d’en avoir un aspect vraiment positif. Il n’est d’ailleurs pas le seul à l’avoir apprécié et c’est cette chronique qui m’avait donné envie de commencer cette saga. Si j’en parle sur le blog, c’est pour deux raisons : la première, il s’agit d’un service presse pour lequel l’éditeur m’a envoyé un roman papier donc c’est la moindre des choses que de le lire jusqu’au bout et d’en écrire un retour argumenté même si j’ai eu du mal à me passionner pour son contenu. La seconde, c’est que ce roman n’est pas mauvais du tout. Il ne correspond juste pas (ou plus?) à mes goûts.

Mon premier reproche, c’est sa longueur. 544 pages ce n’est pas si gros et je ne dédaigne pas les pavés (on en parle de Bohen, d’Olangar, de l’Empire du Léopard, bref de Critic en général? ) mais j’ai trouvé que ce premier tome souffrait de longueurs. Pas parce que l’auteur donne dans la redondance (ça change) mais parce qu’il s’éparpille. Je trouve ça dommage surtout qu’il s’agit de la troisième édition du texte (d’abord chez l’Olibrius Céleste puis chez l’Homme sans Nom et enfin chez Léha). C’est peut-être à double tranchant. Cette version a été retravaillée (je suppose?) mais l’auteur a probablement voulu rajouter trop d’éléments. Je serai curieuse de comparer les trois éditions pour me faire une idée. Il est possible que je me trompe totalement, ce ne sont que des conjectures.

Mais je m’égare. Alexis Flamand a créé un univers extraordinaire, hyper fourni, réfléchi jusque dans le moindre détail avec un bestiaire bien à lui et un humour qui m’a plus d’une fois tiré un sourire. On ne peut pas lui enlever ça. Hélas, il a envie d’en parler au lecteur, de son univers. Il a envie de tout expliquer, ce qu’on peut comprendre quand on a inventé autant. Sauf qu’il en dit trop, beaucoup trop. Entre les introductions sur les en-têtes de chapitre qui font très souvent une page pleine et les apartés au sein du texte pour les petites leçons de magie (un exemple parmi d’autres), l’action n’avance pas. Pour vous donner une idée précise de ce que je veux dire par là, Jonas commence son enquête autour de la page 260 donc presque à la moitié du roman. Beaucoup de lecteurs apprécient quand l’auteur prend son temps mais ce n’est pas mon cas. J’ai besoin de davantage d’action et de rythme pour me sentir concernée par ce que je lis et j’ai eu du mal à résister à la tentation de passer des pages. Il y a, je pense, d’autres moyens d’éclairer la lanterne du lecteur d’une manière plus subtile. Les choix de construction ne me convenaient pas en tant que lectrice.

Mon second reproche, ce sont les chapitres concernant Maek qui constituent une grosse part dans les longueurs susmentionnées. Je ne suis pas parvenue à m’intéresser à ce personnage ni à comprendre l’intérêt de nous retracer toute sa vie depuis le début. Bien entendu, on comprend des pans entiers de l’intrigue et du monde d’Alamänder via Maek mais c’est long, si long… Le roman aurait gagné à se concentrer uniquement sur Jonas même si je ne l’apprécie pas plus que cela en tant que protagoniste. J’ai un problème avec sa façon de traiter son familier (oui ça tient à pas grand chose) et son comportement un peu victime de manière générale. Par contre, Retzel est vraiment chouette comme personnage. Ce petit démon invoqué par erreur a été un bon compagnon de lecture. J’ai regretté qu’il disparaisse à certains moments, un peu trop longtemps à mon goût.

Pour ces deux raisons, j’ai vraiment peiné à lire ce roman et à avancer dedans. Je dois aussi préciser qu’en ce moment, je me tourne plus volontiers vers des textes « courts » même si je ne dédaigne pas les briques quand elles sont écrites par mes auteurs favoris donc ceci explique peut-être en partie mon sentiment. Je préfère être honnête. Pour ne rien arranger, la version du livre reçue par la poste était abîmée. Pas par le facteur (pour une fois…) mais à l’intérieur suite à un défaut d’imprimerie. Plusieurs pages et ce très régulièrement durant tout le livre ont une espèce de bande blanche en plein milieu où les lettres sont à peine imprimées si pas totalement effacées. Comme c’est étroit, ça cache entre trois et quatre lettres mais c’est vite devenu pénible et fatiguant à lire. Je pense que l’éditeur n’a pas vérifié le roman avant de me l’envoyer et je ne leur en tiens aucunement rigueur (parce qu’ils ont autre chose à faire qu’imaginer qu’une telle chose puisse arriver) toutefois ça a pu participer à l’effet général et à mon manque d’enthousiasme pour ce titre. Manque d’enthousiasme qui, je le répète, reflète des goûts purement personnels et ne sont en aucun cas lié aux qualités intrinsèques du texte.

Parce que, objectivement, la Porte des abysses a de nombreux points positifs. J’ai évoqué au-dessus l’extraordinaire world-building qui trahit le passé rôliste de l’auteur. On sent le soin qu’il a mis à tout régler, tout inventer et le texte fourmille de bonnes idées. J’ai été impressionnée par son imagination très complète qui couvre autant le bestiaire que la magie ou même l’architecture, les différentes civilisations et coutumes, etc. Tout ce qui touche à Kung Bhor tient du génie et le roi Ernst XXX est extra, je le guettais avec impatience. J’ai aussi apprécié l’humour d’Alexis Flamand. J’ai souri franchement à plus d’une reprise et ce n’est pas si facile d’écrire de la fantasy drôle sans devenir lourd. Bravo pour cela.

Pour résumer, la Porte des abysses, premier tome du Cycle d’Alamänder, n’est pas un roman qui me convient en tant que lectrice mais ça tient à une affinité personnelle. Ce texte a plusieurs qualités qui sauront séduire ses lecteurs entre un world-building impressionnant, des personnages secondaires tordus et de l’humour bien dosé, beaucoup y trouveront leur compte. Notez que la trilogie est complète chez l’éditeur donc n’hésitez pas à tester par vous même !

Morts – Philippe Tessier

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Morts
est un one-shot fantastique et délirant écrit par l’auteur français Philippe Tessier. Publié chez Léha Éditions, vous trouverez ce roman en papier partout en librairie au prix de 19 euros.
Ceci est ma treizième lecture (coïncidence ?) dans le cadre du challenge S4F3s5 organisé par l’ami Lutin !

Joseph vient de mourir. Si tôt après, il ouvre les yeux et se rend compte qu’il dispose toujours d’une conscience. Puis le sol se dérobe dans son dos et il arrive dans des galeries pleines de squelettes animés, eux aussi morts mais pas tout à fait. Joseph, lui, a encore sa peau et ses organes, la faute à un embaumeur très (trop?) qualifié. Il est donc le parfait représentant pour la nation des morts qui aimerait entrer en contact avec les vivants, sans trop de risques. Sauf que les choses ne se passent jamais vraiment comme prévu.

Morts est un texte remarquablement intelligent. À travers un concept délirant, Philippe Tessier propose un roman dynamique construit comme une critique sociale. Les morts ont des avis sur beaucoup de sujets contemporains. Ils essaient de ne pas reproduire les erreurs des vivants mais sont confrontés à des problèmes similaires. De ce point de vue, Morts brasse énormément de thèmes politiques, culturels et sociaux. Il s’inscrit comme une synthèse de nos tourments modernes et fascinera probablement les futurs étudiants en lettres d’ici un siècle ou deux. Selon moi, ce texte est voué à marquer sa génération sur un plan littéraire.

Il est également bourré de références culturelles. Tous les personnages présents dans ce roman sont issus de notre Histoire (enfin presque tous, mention spéciale à notre ami l’extra-terrestre. Encore que, pour ce qu’on en sait…) et on peut deviner leur identité grâce à l’initiale qui suit leur prénom. C’est plus évident pour certains que pour d’autres mais ça permet de découvrir des personnalités et de s’amuser à deviner qui est qui. Ces personnages viennent tous d’époques et de lieux différents, ce qui permet également de confronter les opinions. Évidemment, le plus fameux d’entre eux est la Mort, concept asexué qui souffre de névroses meurtrières (mais elle se soigne avec Sigmund !) et ne manque pas une occasion de remettre Joseph à sa place quand il se montre trop critique avec l’humanité dont il est pourtant issu. Ce personnage de la Mort est particulièrement réussi et attachant, elle offre un point de vue beaucoup plus neutre et même optimiste sur notre humanité, un tour de force.

Joseph n’est pas en reste. Homme somme toute normal qui a connu une vie banale, il ne s’attendait pas à devoir continuer à vivre après sa mort ni à être désigné par un mystérieux bout de papier comme représentant auprès des vivants. Évidemment, la situation va se gâter et Joseph ne va plus servir à grand chose hormis observer parfois passivement les évènements. Il permet au lecteur de suivre tout ce qui se passe dans cette société avec force de cynisme à l’égard de l’humanité, ce qui m’a bien plu. Même si le roman est écrit à la troisième personne, Joseph est clairement le point focal de la narration.

Pour ne rien gâcher, Morts contient aussi sa dose d’humour qui passe par les situations souvent absurdes vécues par les squelettes dans leur quête de ramener la vie au sein de leur monde. On sourit souvent et on ne s’ennuie jamais ! Je n’ai pas envie de vous donner des exemples pour gâcher la surprise mais j’ai ris au moins une fois par chapitre et de bon cœur. C’est le genre de lecture qui fait doublement du bien : d’abord au cerveau puis aux zygomatiques. Comme quoi, l’un n’exclut pas l’autre.

Le tout est servi par une écriture maîtrisée et efficace. L’auteur va droit au but et trouve un bon équilibre entre les descriptions et l’action, ce qui permet au lecteur de ne pas éprouver une seule fois un sentiment de longueur.

Pour résumer, Morts est un roman court (d’environ 200 pages) qui se lit d’une traite avec un certain plaisir. Sur fond de critique sociale assumée, Philippe Tessier propose un concept inspiré en partant d’un postulat simple qui lui permet, avec humour, de parler de la Vie… À travers les morts. Une belle réussite que je recommande plus que chaudement à tout le monde !