Bpocalypse – Ariel Holzl

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Bpocalypse
est un one-shot young adult post-apocalyptique écrit par l’auteur français Ariel Holzl. Publié à l’école des loisirs dans sa collection Médium+, vous trouverez ce roman partout en librairie au prix de 17 euros.

Je vous ai déjà régulièrement parlé de cet auteur puisque j’ai lu tous ses romans publiés jusqu’ici et chaque découverte a été un enchantement. Vous pouvez retrouver mes différentes chroniques sous le tag « ariel holzl » !

De quoi ça parle ?
Il y a huit ans, l’apocalypse a eu lieu. L’histoire prend place à Concordia, aux États-Unis, et suit Sam, une adolescente de quinze ans qui se rend au lycée plutôt bien équipée : batte, talismans, couteau… Il n’en faut pas moins pour affronter cette ville post-apocalyptique, ses quartiers dangereux et ses créatures mutantes.
L’intrigue commence quand la quarantaine est levée sur l’ancien parc public, permettant à ceux qui s’y étaient retrouvés coincés d’en sortir et de rejoindre la population. Problème : ils ont muté et entre leurs dents pointues, leurs yeux rouges et leur peau pâle, personne n’a envie de se lier d’amitié avec les jumeaux originaires du parc qui débarquent au lycée… Au contraire ! Les moqueries sont légions mais ceux qui les ennuient subissent tous des accidents plus ou moins violents. Sam décide d’enquêter pour faire la lumière sur ces histoires.

Un univers post-apocalyptique extrêmement riche.
Vous le savez peut être si vous suivez le blog avec attention mais je lis assez peu de post-apo parce que ce genre littéraire ne me séduit pas du tout. On y retrouve régulièrement le même genre de codes et d’esthétique qui me hérissent parce que ce n’est pas ce que je recherche en littérature. Si ce roman n’avait pas été écrit par Ariel Holzl, je ne l’aurais certainement pas acheté. Et j’ai eu raison de me fier à la magie des mots de cet auteur talentueux… qui en arrivait à me faire oublier mon aversion pour ce genre littéraire.

Magie des mots donc au service d’une originalité remarquable. Ariel Holzl ne se contente pas d’écrire dans l’univers post-apocalyptique : il le réinvente. Une météorite est tombée sur le monde, certains fragments ont frappé Concordia, ce qui a donné lieu à plusieurs phénomènes. Déjà, les animaux ont muté, parfois par des croisements, parfois autrement, ce qui donne un bestiaire très riche. Ensuite, des phénomènes étranges se sont produits : certains quartiers ont été totalement gelés, certains habitants sont devenus des zombies, d’autres ont subi des mutations différentes à l’instar de ceux du parc. Quant aux morts, certains ont été enfermés dans le réseau électrique, provoquant l’apparition d’une nouvelle profession, celle d’élecromancien (électricité + nécromancien !). Comme l’argent n’a plus la moindre valeur, on paie avec des CD et des DVD, du coup le vidéoclub est devenu une banque et nécessite la protection de miliciens privés. D’autres métiers ont émergé, avec des buts bien précis : délimiter les zones dangereuses, récolter des plantes, effectuer des recherches ésotériques sur les différents phénomènes induis par l’apocalypse… Bref, j’avais davantage le sentiment d’être dans un autre monde plutôt que dans un après le nôtre et ça m’a vraiment bien plu.

Comme toujours, Ariel Holzl prend soin des détails et rend son univers vivant, tangible. Je n’ai eu aucun mal à m’y plonger ni à me sentir intéressée par toutes les merveilles qu’il renferme. Si on ne devait retenir qu’une seule qualité à cet auteur (qui en a de très nombreuses au demeurant) c’est vraiment celle de son imagination foisonnante.

Samsara, une ado en colère.
Même si le roman est écrit à la troisième personne, la narration reste toujours focalisée sur Samsara, une adolescente d’origine indienne qui a vu son père (un policier) mourir sous ses yeux durant l’apocalypse, justement dévoré par une araignée géante sortie du parc dont on lève la quarantaine au début du roman… Son rêve est de rejoindre la milice pour « casser du mutant » mais cela exige de réussir certaines épreuves difficiles avec un certain niveau de résultats. Comme de juste, Sam est pleine de colère même si elle essaie de la contrôler. Elle vit seule avec sa mère dans un immeuble hanté par un fantôme qui gère leur électricité et se rend à l’école en vélo. Là-bas, elle retrouve ses deux meilleurs amis : Yvette et Danny. Danny est le fils du chef des électromanciens. Quant à Yvette, elle vient d’un quartier sorti de quarantaine quelques années plus tôt seulement, un genre de bayou qui m’a donné un peu une impression de s’inspirer de la Louisiane tant par son climat que par son folklore.

En tant qu’héroïne, j’ai trouvé Sam très intéressante à suivre car elle ressemble vraiment à une ado, avec ce que ça implique de positif comme de négatif. Elle est bornée, butée, par moment égoïste même si elle se rend compte de ses erreurs et de ses égarements. Je l’ai aussi trouvée très résiliente face aux situations qu’elle a pu vivre et la violence qu’elle porte en elle ne manque pas d’intérêt non plus car elle va longtemps marcher sur le fil. J’ai adoré la suivre même si je n’ai pas toujours été en phase avec ses réflexions et ses choix. Je n’ai eu aucun souci à m’intéresser à elle, à ses états d’âme, ce qui est la marque, je trouve, d’un bon personnage. De plus, elle a un petit côté brute de décoffrage avec une pointe d’humour noir qui fait mouche chez moi.

Sam n’est pas la seule à avoir un réel intérêt : ses deux meilleurs amis sont également consistants et dotés d’une vraie personnalité, en plus d’une galerie de personnages secondaires assez haut en couleur. C’est une autre qualité qu’on retrouve systématiquement dans les romans d’Ariel Holzl, ce soin apporté à ses protagonistes.

Des messages forts : diversité et tolérance
La diversité et la tolérance sont les principaux messages présents au cœur du roman sans que ça ne soit abordé frontalement. Je trouve que c’est la manière la plus efficace de l’amener, d’ailleurs, car ça renforce le propos. Samsara est d’origine indienne et pas très féminine. Yvette semble venir d’une famille afro-américaine et sort avec une de leurs camarades de classe. Quant à Danny, il est le seul à offrir son amitié aux jumeaux et à accepter d’avoir une ouverture d’esprit suffisante pour les comprendre. Une partie de l’intrigue tourne d’ailleurs autour de l’intolérance que ressent la population envers les mutants, une intolérance de groupe, d’office, pour tout un ensemble d’individus pourtant très différents les uns des autres. On se rend compte que beaucoup de morts et de souffrance auraient pu être évités si seulement les gens avaient accepté de regarder plus loin que le bout de leur nez…

Nous sommes donc sur des thèmes résolument modernes quoi que classiques, mais si bien abordés que ça ne laisse pas indifférent.

La conclusion de l’ombre :
Bpocalypse est un roman post-apocalyptique qui porte la patte littéraire si reconnaissable de son auteur : bourré d’originalité, d’humour (noir), avec des personnages solides et de beaux messages sur la tolérance. Le tout avec une intrigue dynamique, addictive, qui fait que les pages se tournent sans qu’on s’en rende compte. Moi qui ne suis pas très fan de ce genre littéraire, j’ai adoré ce one-shot dévoré en moins de deux jours et je vous le recommande très chaudement. Tout comme le reste de la bibliographie de l’auteur, d’ailleurs.

D’autres avis : Les pages qui tournentUn bouquin sinon rienLes blablas de TachanEncres et calamesL’univers d’Ulfin – vous ?

À l’ombre du sapin : quels romans offrir en 2020 ?

Bonjour à tous et à toutes !

Vous le savez, qui dit mois de décembre dit forcément Noël et donc probablement sapin (ou équivalent) sous lequel déposer des livres pour vos proches. Cette année, j’inaugure un nouveau concept qui s’appelle « à l’ombre du sapin » (je sais, cette imagination débordante qui est la mienne vous laisse sans voix…). Sans grand surprise, il s’agit de revenir sur les titres lus cette année que je vous recommande d’offrir parce que je les ai adorés. Je vais chaque fois vous expliquer pour quelle raison en quelques mots et vous renvoyer vers ma chronique pour plus de détails. .

Je compte réitérer avec les mangas pour ensuite vous proposer ma propre liste au Père Noël, au rythme d’un article chaque vendredi de décembre et ce jusqu’au 25. N’hésitez pas à me dire ce que vous pensez de cette idée 🙂

Je précise que la liste qui suit est classée par ordre chronologique et non de préférence !

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Ma chronique.
Premier gros coup de cœur de 2020 avec l’estrange malaventure de Mirella, un roman classé en jeunesse qui contient pourtant sa part de noirceur ainsi que beaucoup d’originalité. L’autrice a choisi d’écrire en vieux français, ce qui donne au texte un aspect exotique et assez chantant. L’héroïne, Mirella, est fascinante et la condition de la femme y est brillamment abordée.

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Ma chronique.
Cette année, les éditions du Chat Noir ont commencé à traduire l’autrice anglaise Dawn Kurtagich et j’ai eu un gigantesque coup de cœur pour The Dead House. Ce roman d’horreur propose une narration atypique puisqu’il n’est pas écrit de manière linéaire. L’autrice a opté pour des morceaux de journaux, de dossiers judiciaires, de vidéos, afin d’immerger son lecteur dans le mystère de son intrigue. Brillant et passionnant, je l’ai adoré de bout en bout mais attention, il se destine à un public averti.

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Ma chronique.
Vous le savez, j’ai passé l’année 2020 à explorer la collection Une Heure Lumière du Bélial et ce texte est toujours premier dans mon classement. Il propose lui aussi un point de vue original puisqu’il est construit comme un documentaire et raconte un pan de l’Histoire assez méconnu, celui de l’Unité 731 qui a sévi entre 1936 et 1945. Passionnant, glaçant, profondément humain et intelligent, une vraie pépite à déposer sous tous les sapins mais vu la difficulté du propos, il n’est pas adapté à de trop jeunes lecteurs.

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Ma chronique.
Vous le savez peut-être, j’aime les romans historiques même si j’en lis moins depuis quelques années. J’ai acheté ce texte après ma lecture de l’excellent Boudicca et j’ai été séduite par la manière dont l’auteur parvient à se réapproprier les évènements historiques, à les respecter tout en y apportant un angle neuf avec une pointe de surnaturel. De plus, Jean Laurent Del Socorro se concentre beaucoup sur l’humain et propose des personnages forts, fascinants, attachants. J’ai dévoré ce roman dans sa version collector qui fera un cadeau plus que superbe sous un sapin.

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Ma chronique.
Amateurs de thriller, ceci est pour vous ! Céline Saint Charle met tout son talent au service de cette intrigue passionnante et immersive dans une France où règne la loi du Talion. Un texte engagé, d’une fine intelligence, avec des personnages humains et très réussis… Ce roman est parfait pour tous les lecteurs qui ont peur de toucher aux textes de l’imaginaire, même si on approche clairement de la dystopie ici. Une belle pépite.

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Ma chronique.
Je vous ai très peu (ahem…) parlé d’Ada Palmer sur le blog (ADA RULES). Sans surprise, Trop semblable à l’éclair se retrouve dans ma sélection car ce roman a été plus qu’un coup de cœur pour moi : une véritable révélation littéraire, une claque comme je n’en avais plus prise depuis des années. Un chef-d’œuvre, voilà. Un chef-d’œuvre pas forcément facile à aborder, qui demande un certain investissement du lecteur mais quel plaisir… Si vous avez des amis ou de la famille davantage portés sur l’aspect intellectuel, ça peut être une bonne idée de cadeau !

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Ma chronique partie 1partie 2.
Cette année, grâce au Projet Maki, j’ai lu davantage de nouvelles et de textes courts. Tout naturellement, j’ai ouvert mon horizon sur les anthologies et je dois dire que celle-ci est, selon moi, la meilleure de celles publiées par Livr’S jusqu’ici. Chaque texte a su me séduire à sa façon. On est dans de la science-fiction au sens large, l’ouvrage fourmille de bonnes idées, le tout sous le parrainage de Victor Fleury. Il n’y a pas à hésiter !

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Ma chronique.
J’avais acheté ce roman à cause de son auteur, que j’apprécie beaucoup sur un plan humain. Je n’en attendais rien… et ça a été un coup de cœur. Ici, point de surnaturel. Juste une bande de potes pas très doués à l’école. Ils essaient de trouver un moyen de réussir au bac, on les suit durant leur dernière année. C’est moderne, rafraichissant mais aussi diablement intelligent et touchant. Franchement, c’est un roman que j’aurais aimé lire durant mon agrégation pour devenir prof, même si ça se passe en France et non en Belgique. Il y a beaucoup à en tirer et il plaira forcément aux adolescents mais pas que.

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Ma chronique.
Cette novella de Becky Chambers est un bijou de science-fiction positive, tourné vers l’humain avec une base scientifique solide, crédible. L’autrice raconte l’histoire de quatre astronautes partis en mission pour trouver les origines de la vie. C’est un texte inclusif, parfaitement géré, équilibré, accessible à tous les types de lecteur/ices. C’est un des romans que je souhaite voir sous tous les sapins.

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Ma chronique.
Encore un texte sur lequel je ne taris pas d’éloges mais il faut dire qu’il m’a beaucoup impressionné. Trois voleurs se réfugient de nuit dans un bazar abandonné où ils vont trouver une lettre au sein de laquelle un problème est exposé. Ils vont y répondre et se rendre compte qu’une correspondance s’engage entre eux et de mystérieux protagonistes à l’extérieur… Impossible de le reposer une fois commencé, la plume de l’auteur est magique et nous entraine dans ce Japon à cheval sur plusieurs époques. Sublime, social, plein d’émotions, une pépite.

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Ma chronique.
Dernier coup de cœur de 2020 (je pense, sait-on jamais !) l’excellentissime et très étrange Vita Nostra. Un roman dont il est difficile de parler car c’est un texte qui doit se vivre et non s’analyser. Un roman brillant, passionnant, puissant, que j’ai refermé en me disant que j’étais vraiment contente d’avoir lu un texte comme celui-là dans ma vie. Vous imaginez l’impact qu’il a pu avoir sur moi…

Et vous, quel est le livre lu en 2020 que vous aimeriez offrir à tout le monde ? 🙂

L’estrange malaventure de Mirella – Flore Vesco

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L’estrange malaventure de Mirella
est un tome unique fantastique inspiré du conte du joueur de flûte de Hamelin et écrit par l’autrice française Flore Vesco. Destiné à un public 11 – 13 ans (mais on va en reparler) vous trouverez ce roman édité à l’école des loisirs au prix de 15.5 euros.

Vous avez probablement tous entendu au moins à une reprise l’histoire du joueur de flûte de Hamelin. Et bien, oubliez ce que vous pensez connaître à ce propos ! La véritable histoire est bien plus sombre et le lecteur peut la découvrir grâce à la malaventure de la pauvre Mirella, jeune fille de 15 ans, porteuse d’eau dans la ville de Hamelin.

J’ai découvert ce roman grâce à Sometimes a book. Sans elle, je ne pense pas que mon regard se serait posé sur ce texte malgré le soin apporté par l’éditeur au livre objet comme à la couverture et je tiens à la remercier chaleureusement car sans son intervention, je serais passée à côté du premier coup de cœur de l’année !

L’estrange malaventure de Mirella est un roman remarquable sur bien des points. Je vais d’abord évoquer le style d’écriture de Flore Vesco. Elle a choisi de mélanger l’ancien français avec le nouveau en utilisant des mots tels que « iceux » ou « maugré » (je précise, il ne s’agit qu’un échantillon très très partiel car elle se sert de pas mal de vocabulaire ancien) ce qui donne un ton vraiment unique et immersif au roman. Vous craignez que cela constitue un obstacle à votre lecture? Ne vous inquiétez pas ! La plupart des mots sont assez proches du français pour qu’on établisse un lien avec leur sens. Si ce n’est pas le cas, tout est compréhensible avec le contexte. Et si vous avez encore des doutes, l’autrice a prévu un lexique en fin de roman que vous pouvez consulter à loisir.

Dans mon introduction, je précise que l’école des loisirs destine ce texte à des enfants entre 11 et 13 ans, des préadolescents donc. J’ai discuté avec une chroniqueuse qui le trouvait vraiment sombre et mature pour un tel public puisqu’on y évoque entre autre les déboires de Mirella, dont les hommes tentent d’abuser à plusieurs reprises ou qu’on y décrit les ravages de la maladie. Déjà, l’autrice ne présente pas ses éléments sous un angle malsain comme on peut le retrouver régulièrement dans d’autres genres littéraires et ensuite, je trouve extrêmement important d’aborder ces thématiques avec les plus jeunes. Dans notre société, les filles comme les garçons sont confrontés de plus en plus tôt à la sexualité. Les notions de consentement ne sont pas toujours assez claires dans leurs esprits (merci aussi la télé pour ça et Internet, et euh… bon d’accord je passe pour une vieille réactionnaire mais à un moment, faut ouvrir les yeux) et proposer des romans qui caricaturent suffisamment ces comportements déviants pour que les plus jeunes comprennent qu’il s’agit d’attitudes à ne pas adopter, je trouve l’idée excellente et très importante socialement.

D’ailleurs, les mots clés de référence sur le site de l’école des loisirs sont clairs : dans l’estrange malaventure de Mirella, on parle du statut de la femme mais aussi de la condition sociale. Le Moyen-Âge est une très bonne période pour exploiter cela puisqu’il existait des classes sociales qu’on peut aisément caricaturer dans un roman jeunesse. En effet, Mirella est une orpheline qui a grandi chez les sœurs et se retrouve exploitée comme porteuse d’eau dans cette ville où le bourgmestre se félicite d’avoir fait installer l’eau courante (entendez par là que la ville est divisée en quartier, chacun attribué à un porteur d’eau qui court quand on sonne la cloche pour l’appeler. D’où l’eau courante quoi, au sens propre.) Elle doit y travailler dix années pour rembourser les « bienfaits » que la ville lui a accordé (en ne la laissant pas mourir de faim hein, rien de plus). Mirella grandit donc en jeune fille servile qui a conscience de sa place dans la société, est impressionnée par les plus puissants et tient même mentalement une liste de l’ordre social tel qu’elle le conçoit. Liste où elle se situe quasiment tout en bas, juste au-dessus des enfants et des lépreux. Elle accepte d’ailleurs tout ce qu’on lui demande, hormis quand ça touche à sa vertu. Mirella n’est pas une rebelle dans l’âme, c’est un personnage profondément bon, humain, dédié totalement aux autres en s’oubliant parfois elle-même. C’est au point que, quand le prêtre la surprend à chanter puis danser et la traite de sorcière, elle s’agenouille et se laisse humilier parce qu’elle n’a pas le choix. Elle ne ressent pas de réelle révolte, juste la terreur du bûcher. J’ai trouvé ce parti-pris de l’autrice très cohérent avec l’époque. Ça aide à s’immerger dans l’ambiance moyenâgeuse, maîtrisée avec brio par Flore Vesco. Je ne suis pas spécialiste, j’ignore si tout est historiquement exact mais en totu cas, elle dépeint la société du Moyen-Âge telle que visualisée dans l’imaginaire collectif et ça fonctionne très bien.

Heureusement, Mirella va évoluer petit à petit, gagner en assurance en découvrant les dons qu’elle possède mais aussi en étant confrontée à certains personnages comme les pesteux, Gastun ou Peest. Ici, on touche en plein à la condition de la femme. Comme mon explication contient un spoil, je la dissimule et je vous laisse passer votre souris dessus pour la découvrir si vous le souhaitez. Dans le dernier tiers du roman, Mirella rencontre Peest qui est décrit comme un homme vraiment très beau par lequel elle se sent attirée. Celui-ci lui réclame un baiser en échange de sa survie mais Mirella, bien que tentée, ne se laisse pas faire. Déjà là, j’avais envie de sortir les pancartes de la victoire. Quand, plus tard, il lui demande de vivre avec lui pour régner sur Hamelin ensemble, elle refuse également car elle comprend que ça implique de sacrifier sa liberté, son libre arbitre. Elle choisit donc de partir seule sur les routes avec les enfants survivants de la ville et les pesteux qui sont venus à son aide pour la remercier de sa gentillesse passée. Toutefois, elle ne le rejette pas totalement. Elle l’embrasse de sa propre initiative et propose qu’ils se retrouvent un jour pour un rendez-vous. Je trouve ce message parfait car il ne pousse pas les jeunes filles dans l’extrême qu’on voit parfois émerger ces derniers temps. L’autrice montre qu’en tant que femme, on a le droit d’aimer, le droit d’avoir envie d’être avec une autre personne, que ça ne nous rend pas plus faible pour la cause tant que le choix vient de nous et qu’on ne se soumet pas aux exigences d’autrui. Et ça, pour moi, c’est un message très important à faire passer aux enfants, peu importe leur sexe. Si vous pensiez que Flore Vesco s’arrêtait là, vous vous trompez. Grâce à la figure des pesteux, elle parvient également à faire passer un message de tolérance, d’entraide et de charité envers les plus démunis, en montrant que finalement, Mirella qui agit de manière désintéressée, est finalement récompensée pour ses bonnes actions passées car elle inspire aux autres l’envie de lui venir en aide.

Ces thèmes forts, l’autrice a choisi de les traiter dans une intrigue passionnante qui réécrit le conte original du joueur de flûte de Hamelin en trouvant le bon équilibre. C’est en réfléchissant après coup qu’on remarque son engagement. Pendant la lecture, on se concentre sur Mirella, ses malaventures, ses choix puis quand on tourne la dernière page et qu’on se pose quelques minutes pour digérer cette jolie claque littéraire, on se rend compte qu’il s’agit de bien plus qu’un texte divertissant. J’ai adoré ce roman de la première à la dernière ligne. Il m’a séduite comme je ne l’avais plus été depuis un moment (le dernier coup de cœur aussi fort remonte à Magic Charly, pour vous situer) et je me félicite d’avoir craqué quand je l’ai vu en librairie. La seule chose que je regrette c’est qu’il ne soit pas dans les 20 sélectionnés pour le PLIB 2020 parce que j’aurai voté pour lui sans une hésitation. Il se place dans mon top 5 sans difficulté et ça me déçoit qu’il n’ait pas eu sa chance.

Pour résumer, l’estrange malaventure de Mirella est un gros coup de cœur pour moi. Dans cette réécriture du conte du joueur de flûte de Hamelin, l’autrice écrit en utilisant les tournures et une partie du vocabulaire de l’ancien français tout en restant accessible à tous. S’il s’agit d’un roman étiqueté jeunesse, il peut se lire à tous les âges car il n’est pas infantilisant, loin de là. On se passionne rapidement pour l’héroïne, Mirella, et pour les thèmes abordés intelligemment par Flore Vesco comme le statut de la femme ou les conditions sociales. Je recommande cette lecture avec beaucoup d’enthousiasme ♥