Le crépuscule des 5 piliers #1 le sang et la guerre – L. A. Braun

9782379100628
Le sang et la guerre
est le premier tome de la trilogie du crépuscule des 5 piliers écrite par l’autrice belge L. A. Braun. Publié par Livr’S Éditions dans sa collection fantasy, vous trouverez ce volume au prix de 19 euros sur leur site Internet et partout en librairie pour peu que vous passiez commande.

De quoi ça parle ?
Pour mettre fin à la guerre contre Akronia, la Duchesse d’Estaniel négocie un traité de paix qui conduira notamment au mariage de sa fille, Lithana, pourtant déjà fiancée à un autre. La jeune femme, élevée dans une cage dorée loin de toutes les difficultés, va devoir rapidement gagner en maturité pour survivre dans ce pays étranger. Pour ne rien arranger, la Sixte Pilastre, une secte agitatrice, commence à un peu trop faire parler d’elle à la capitale. L’avenir de Mérinéa est en train de se jouer.

Un écrin de qualité.
Avant d’entrer dans le vif du sujet, je me dois d’évoquer l’objet-livre en tant que tel. Il s’ouvre sur une carte en couleur du monde dans lequel se déroule l’histoire ainsi que sur un calendrier, lui aussi en couleur, qui explique l’organisation des jours, des années, du temps de manière générale. L’autrice a également pensé à un dramatis personae qui se trouve au début du livre et qui servira celles et ceux qui ont tendance à se perdre entre tous les noms. De plus, chaque en-tête de chapitre comporte une citation, extraite d’un livre ou d’un chant interne à la diégèse, qui permet de s’immerger davantage dans l’histoire. Le travail éditorial est assez remarquable pour que je prenne le temps de le souligner.

Un univers riche, une époque incertaine.
De prime abord le monde proposé par l’autrice semble se rattacher à la fantasy médiévale classique mais c’est un biais commun. Quand on pense fantasy, on a tendance à immédiatement penser à un univers médiéval, ce qui serait une erreur ici. Je ne jette la pierre à personne, je suis pareille ! On se rend rapidement compte que l’univers des 5 piliers emprunte surtout à la renaissance italienne : les noms, l’organisation en différents duchés sur un plan politique et social, le raffinement sur les arts… Renaissance, disais-je ? Peut-être même un début de révolution industrielle puisqu’on voit apparaître des oiseaux mécaniques, une distribution d’eau chaude et des voitures sans chevaux ainsi qu’un système politique assez évolué par rapport à ce qu’on peut rencontrer dans une fantasy plus classique, calquée sur un système féodal. Ainsi, en Mérinéa, on a des cartes de citoyens, l’égalité des sexes est établie, tout travail mérite salaire, personne ne surpasse qui que ce soit de par sa simple naissance. On évolue en pleine méritocratie !

Toutes ces idées contribuent à créer un univers à l’identité assez unique mais qui peut décontenancer car le lecteur perd, du coup, ses repères habituels.

Des personnages pluriels, des femmes à l’honneur.
Dans ce roman, les personnages dotés d’autorité sont majoritairement des femmes, qu’on soit en Mérinéa ou en Akronia. Elles sont présentes en haute politique, dans les hautes fonctions militaires, et ont accédé à leurs grades grâce à leurs compétences. L-A Braun propose des figures féminines fortes mais crédibles, variées dans leur traitement, subtiles par moment, qui sauront séduire le lecteur en fonction des affinités de chacun. Les hommes ne sont pas pour autant laissés de côté ou dépréciés, non. Ici, l’autrice va au-delà des questions de genre même si elle les aborde quand la société mérinéenne se confronte avec l’akronienne qui a un mode de fonctionnement assez différent, beaucoup plus porté sur les relations de pouvoirs et qui écrase les femmes si celles-ci ne sont pas porteuses de magie. La narration alterne d’ailleurs entre plusieurs points de vue avec des chapitres plutôt courts, ce qui permet d’en côtoyer un certain nombre.

Une écriture visuelle et un découpage presque cinématographique.
Comme je vous l’ai dit, j’ai lu le début de ce roman en bêta lecture et il a énormément évolué depuis, notamment sur le plan de l’écriture. Déjà, la découpe des chapitres est très dynamique et subdivisée en plusieurs scènes de trois ou quatre pages au plus, ce qui permet vraiment d’entrer dans le vif du sujet et de varier les points de vue. J’ai eu le sentiment que l’autrice préparait le terrain pour une adaptation télévisuelle tant le découpage était bien réalisé et rien laissé au hasard. De plus, elle a mis un soin méticuleux à présenter les éléments de décor ou le physique des personnages sans pour autant tomber dans une lourdeur toute zolaéenne. Oui ce terme n’existe pas mais vous voyez ce que je veux dire ! C’est un beau travail sur la forme du texte qui mérite, lui aussi, d’être souligné.

Un tome (trop) introductif.
J’ai rencontré avec le sang et la guerre le même souci qu’avec ma lecture du premier opus de Joe Abercrombie : c’est un tome d’introduction. Il sert à poser l’univers, les personnages, les enjeux mais force est de constater qu’il ne se passe pas grand chose en terme d’action pure. Heureusement, la façon dont l’autrice écrit empêche le lecteur de trouver le temps long là où Abercrombie part plutôt sur des chapitres à rallonge mais il me semble nécessaire de soulever ce point car il peut gêner certains types de lecteur tout comme en attirer d’autres, celles et ceux qui adorent justement un rythme de croisière et qu’on s’arrête sur des détails.

La conclusion de l’ombre : 
Le sang et la guerre est le premier tome d’une trilogie qui s’avère assez prometteuse entre le travail éditorial réalisé sur l’objet-livre et le soin apporté par l’autrice à son univers global. Si ce tome est trop introductif à mon goût, il n’en est pas pour autant dénué de qualités grâce à sa modernité, notamment sur la représentation féminine. Un texte plus que recommandable pour les adeptes de fantasy !

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