Cérès et Vesta – Greg Egan

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Cérès et Vesta
est une novella de science-fiction écrite par l’auteur australien Greg Egan. Publié par le Bélial dans sa collection Une Heure Lumière, vous trouverez ce texte partout en librairie ou sur le site de l’éditeur au prix de 8.90 euros.

De quoi ça parle ?
Cérès et Vesta sont deux astéroïdes colonisés par l’Homme et aux échanges commerciaux étroits : la glace d’un côté, la roche de l’autre. Un beau jour, sur Cérès, un homme politique pointe du doigt les Sivadier, les accusant de « crimes » soi-disant commis par leurs ancêtres. Commence alors un apartheid que vont fuir beaucoup de vestiens, tournant définitivement le dos à leur planète d’origine, faisant d’eux des traitres. Jusqu’au jour où Vesta va réclamer l’un d’eux à Cérès…

Greg Egan & la hard-SF
Cérès et Vesta est le premier texte que je lis de cet auteur réputé pour écrire dans le genre Hard-SF. J’en ai toujours entendu beaucoup de bien et j’ai même acheté Axiomatique qui patiente gentiment dans ma liseuse depuis des mois. J’avais un peu peur du degré d’accessibilité pour une novice comme moi et je dois vous rassurer : tout est parfaitement compréhensible, même la page et demie qui explique de quelle manière s’y prennent les surfeurs pour traverser (qui a quand même son importance) reste intelligible. C’est donc, je pense, une bonne porte d’entrée pour se familiariser avec la plume de Greg Egan. Une porte d’entrée qui donne très envie de découvrir ses autres textes, tout en sachant que ceux-ci sont bien moins accessibles, je pense.

Discrimination
La discrimination est le point central de cette novella. Sur Vesta, une homme commence soudain à vouloir imposer à une partie de la population un impôt plus important en invoquant pour cela des actes commis par leurs ancêtres il y a bien longtemps. Les personnes qui descendent de ce groupe, les Sivadier, sont divisées à ce propos. Certaines préfèrent accepter cet impôt pour garantir leur tranquillité et leur sécurité là où d’autres s’y opposent par principe. Le lecteur va donc suivre Camille, l’une des résistantes qu’on voit quitter la planète au début du roman pour sauver sa vie.

Camille ne sera pas la seule narratrice de ce texte rédigé à la troisième personne. Le lecteur va également rencontrer Anna, qui dirige le spatioport de Cérès et va accueillir les réfugiés de Vesta. Cela permet de multiplier les points de vue et d’avoir la vision de chacun des astéroïdes, ce qui enrichit le propos.

Les parties de Camille se déroulent dans le passé et permettent d’expliciter la situation sur Vesta. On y voit l’apparition de cette improbable proposition de loi et l’apartheid qu’elle déclenche. Infirmière dans un hôpital, Camille va encaisser des menaces ainsi que le refus de patients de se laisser toucher par une descendante des Sivadier. La situation prend des proportions énormes en très peu de temps et n’est pas sans rappeler des morceaux de notre histoire pas si lointaine. La métaphore est puissante et fonctionne un peu trop bien, embarquant le lecteur dans le choix impossible d’Anna. Choix que je ne vais pas vous détailler puisque l’intrigue repose là-dessus. Sachez toutefois qu’on ne peut rester de marbre à la lecture du dernier chapitre.

Immigration
Le thème tristement actuel de l’immigration est également abordé en réponse à cette discrimination subie par les Sivadier sur Vesta. Il n’est en théorie pas permis de quitter la planète, les Sivadier doivent donc ruser et devenir des « surfeurs » c’est à dire s’accrocher à des cargaisons échangées entre Cérès et Vesta, se mettre en état de cryogénisation et réaliser ainsi le voyage qui dure assez longtemps (entre un et trois ans, je ne suis pas bien sûre).

Une fois arrivés sur Cérès, ils sont plutôt bien accueillis mais les échanges qu’a Anna avec l’une de ses amies permettent de réfléchir sur cette question de l’immigration et de s’interroger sur notre propre vision des choses. À nouveau, impossible de ne pas réaliser un parallèle avec notre histoire récente. Plus qu’une novella de science-fiction, ce texte est, à mon sens, une critique sociale qui oblige son lecteur à se poser les bonnes questions. J’ai vraiment été sensible à sa puissance signifiante.

La conclusion de l’ombre :
Cérès et Vesta est une novella de science-fiction qui parle d’immigration et de discrimination. En une centaine de pages à peine, Greg Egan parvient à écrire un texte choc et social qui ne peut pas laisser indifférent. Une nouvelle réussite à ajouter au palmarès du Bélial dans sa collection Une Heure Lumière !

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À l’ombre du (100e) Bifrost : je découvre la revue des mondes imaginaires !

Bonjour à tous et à toutes !

Si vous trainez un peu dans le coin ces derniers jours, vous savez probablement que je me suis abonnée à la fameuse revue Bifrost dont j’ai chroniqué les quatre nouvelles (ici et ). Mais le Bifrost ne se résume pas à un espace où découvrir des récits au format court ! Au fil des différents échanges que j’ai pu avoir avec certains blogpotes non familiers de la revue, j’ai pris conscience que si on connait son nom, on n’a pas forcément toujours une bonne idée de son contenu. Cet article s’adresse donc en priorité à celles et ceux qui aimeraient en apprendre plus à son sujet.

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Les nouvelles
Tout numéro du Bifrost, à l’exception du hors-série consacré à la bande-dessinée en science-fiction, contient au minimum une nouvelle. Dans ce numéro, il y en a quatre mais c’est déjà monté jusqu’à cinq si j’en crois mes quelques recherches sur le sujet. Ce centième opus étant consacré à Thomas Day, l’auteur y propose deux nouvelles dans des styles et des genres littéraires très différents. Je ne vais pas davantage détailler ici puisque je l’ai déjà fait dans deux autres articles précédents. Sachez juste que les deux autres auteurs qui ont participé sont Rich Larson et Catherine Dufour.

Les critiques littéraires.
Plusieurs pages sont consacrées à la critique des derniers romans récents parus en SFFF, francophone ou non. Plusieurs chroniqueurs se partagent la parole et vous en connaissez certains (Apophis, Feydrautha ou Stéphanie Chaptal pour ne citer que celles et ceux que je connais). C’est la partie qui m’a le moins intéressée puisque je suis déjà énormément de blogs et que j’avais entendu parler de la plupart des textes présentés quand je ne les avais pas chroniqué moi-même. Par contre, c’est une rubrique passionnante pour tout qui ne sois pas forcément l’actualité de la blogosphère. De plus, le format court de la critique est assez intéressant et nécessite un exercice de style que je salue bien bas.

Le dossier
Le dossier du 100e numéro était consacré à Thomas Day qui, comme vous le savez peut-être, porte de multiples casquettes (à la fois auteur et éditeur). Il se confie dans une interview qui permet de vraiment mieux cerner l’auteur mais aussi l’éditeur, son parcours, sa personnalité.
Et là, c’est l’instant anecdote…
Dernière édition de Trolls et Légendes, 2018 je pense ou 2019. Je venais de lire la voie du sabre et j’étais ravie d’apprendre que Thomas Day pourrait me la dédicacer lors du festival. Le truc c’est qu’en bonne tête de linotte, j’ai oublié mon bouquin chez moi. Je m’arrête donc près de lui pour le lui dire en souriant de ma bêtise, parce que je tenais quand même à lui exprimer de vive voix mon intérêt pour ses écrits. Étant autrice moi-même, je sais que ça fait plaisir à entendre. Sauf qu’on a à peine échangé deux mots parce qu’il m’a donné l’impression de l’ennuyer, de le déranger, de mal tomber quoi. Je n’en ai pas fait tout un plat parce que les salons, c’est parfois difficile pour le mental puis en tant qu’humain, on peut aussi se tromper sur ses interprétations des ressentis d’autrui. Mais j’en avais gardé un petit pincement au cœur malgré tout.
Grâce à cette interview, j’ai appris que Thomas Day souffre d’une forme d’autisme et que fréquenter d’autres gens est très difficile pour lui. Il prend beaucoup sur lui pour y parvenir, c’est un réel effort. Cela a donné un tout autre éclairage à notre première rencontre et me fait aussi remettre pas mal de choses en perspective. On a tendance à juger un auteur sur son œuvre et à oublier qu’il y a un humain derrière, ce qui peut mener à des qui pro quo désastreux comme ici. Enfin, désastreux, j’exagère un peu mais voilà.

Après cette plutôt longue interview accompagnée de plusieurs photographies d’archive qui retracent la vie de l’auteur depuis son enfance à aujourd’hui, le Bifrost propose un guide de lecture de l’œuvre (très dense !) de Thomas Day. Guide plutôt bienvenu au sein duquel j’ai repéré plusieurs titres intéressants comme l’école des assassins, le double corps du roi ou encore l’instinct de l’équarisseur. Le dossier se poursuit avec une autre interview, celle d’Ugo Bellagamba qui a coécrit avec lui le double corps du roi ainsi que l’école des assassins. J’ai trouvé intéressant d’avoir cet autre éclairage sur l’apport qu’a eu Thomas Day en tant qu’auteur mais également éditeur. C’était très édifiant.

Enfin, ce dossier se conclut sur une bibliographie de l’auteur qui m’éblouit et me terrifie à la fois : 13 romans, 7 recueils, 16 anthologies, 9 BD et 121 nouvelles… Et il a 48 ans. Stupéfiant non ?

Scientifiction
Si j’ai bien compris le principe de cette rubrique, il s’agit d’écrire un article sur la manière dont on utilise, en (science)fiction, un élément scientifique comme, ici, l’antimatière. Roland Lehoucq commence en parlant brièvement de l’origine de la découverte et du concept en lui-même puis en retrace l’histoire au sein de la littérature ou plus largement de la fiction peu importe le média. J’ai trouvé l’article très intéressant mais pour moi qui suis novice, il m’a fallu une bonne dose de concentration et quelques déductions peut-être hasardeuses pour bien tout comprendre. Pas grave, c’est en forgeant qu’on devient forgeron et je sens que je vais beaucoup l’aimer, moi, cette rubrique.

Infodéfonce et vracanews
Ce numéro se conclut sur une petite rubrique reprenant ici les résultats de divers prix littéraires (le Hugo, le Rosny Aîné, notamment) et l’annonce du vote des lecteurs pour la meilleure nouvelle du Bifrost de cette année. Vote auquel je ne vais pas participer puisque je n’ai pu lire que celles contenues dans ce numéro ! Ça ne serait donc pas très juste.

La conclusion de l’ombre :
Je me suis longtemps tâtée à m’abonner ou non au Bifrost car je n’ai jamais été très portée sur les revues. Pourquoi sauter le pas ? Et bien, déjà, en partie grâce aux blogpotes qui en parlent et qui semblent très contents de leurs découvertes mais également parce que je suis curieuse de faire évoluer mon rapport à la littérature de l’imaginaire et de découvrir une nouvelle vision de celle-ci. Je me réjouis déjà de lire le prochain numéro !
D’ailleurs, si vous souhaitez vous abonner (au format papier ou numérique) c’est ici que ça se passe.

D’autres avis : AlbédoCélindanaé – vous ?

À l’ombre du (100e) Bifrost : Circuits de Rick Larson & des millénaires de silence nous attendent de Catherine Dufour.

Bonjour à tous !
Vous vous souvenez ? Je me suis abonnée au Bifrost récemment et j’ai très envie de partager avec vous mes découvertes et mon enthousiasme. Il s’agit donc du second article à ce sujet, le premier étant consacré aux deux nouvelles de Thomas Day. Attardons-nous à présent sur celles de Rich Larson et de Catherine Dufour.

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Circuits – Rich Larson
Date de lecture : 30 octobre 2020.
La nouvelle s’ouvre sur une description très photographique d’un paysage désertique et d’un train lancé dans sa course. Au sein de ce train se trouve Mu, qui est l’I.A. de la machine. Rich Larson n’a besoin que de quelques lignes pour instaurer une ambiance dérangeante, oppressante, sans que le lecteur n’arrive à mettre tout de suite le doigt sur ce qui cloche. En effet, les passagers ne réagissent pas aux sollicitations de Mu et la révélation tombe l’air de rien, au détour d’une phrase où on apprend que le train où Mu existe multiplie les trajets, en boucle, qu’elle en est à son 81 157e circuit. On imagine aisément qu’elle trouve le temps long… Jusqu’au moment où elle reçoit un signal qui va la sortir de sa monotonie.

La nouvelle compte seulement 8 pages de texte mais Rich Larson n’a pas besoin de davantage pour envoyer du lourd ni laisser une forte emprunte sur l’esprit de son lecteur. Le style est maîtrisé de bout en bout, pas la moindre fausse note. J’ai beaucoup apprécié cette mise en bouche et je pense me laisser tenter par son recueil qui vient de sortir au Bélial : la Fabrique des lendemains.

D’autres avis : pas encore mais cela ne saurait tarder !

Des millénaires de silence nous attendent – Catherine Dufour.
Date de lecture : 31 octobre 2020
Cette nouvelle raconte deux histoires en parallèle : celle de Claude, une jeune femme qui commence subitement à grandir et celle de Caroline, une dame âgée qui commence à songer au suicide médicalement assisté. L’une comme l’autre subissent des pressions assez intenses de la part de leur proche et encaissent des réactions plutôt violentes face à ce qui peut leur arriver. Claude parce qu’elle n’est pas suffisamment féminine et que son corps, en grandissant, a tendance à se masculiniser. Sans compter que les médecins ne la croient pas quand elle affirme grandir. Ces changements vont entrainer Claude dans une spirale de rejets professionnels mais aussi personnels, de la part de ses parents par exemple qui pensent qu’elle change de genre alors que pas du tout. Ce n’est pas dit explicitement mais je l’ai compris comme ça.

Quant à Caroline, elle est vieille mais ne meurt pas suffisamment vite. Du coup, elle dépense son argent, elle ose s’offrir de nouveaux yeux pour plus de confort de vie, ce que son gendre qualifie de gâchis. Les repas de famille se font dans une ambiance assez tendue et son fils, qui la défendait auparavant contre les propos de ce désagréable gendre commence à se taire. On comprend alors la valeur d’une vie face à un potentiel héritage… Cette prise de conscience est sordide et instille efficacement un sentiment d’horreur, de révolte aussi.

Les réflexions adressées à l’une comme à l’autre ne peuvent que heurter. Catherine Dufour parle ici de la femme, des pressions qu’elles subissent quoi qu’elles fassent. Leurs deux histoires sont racontées en parallèle l’une de l’autre, en alternance, un petit bout pour chaque, jusqu’à finalement se rejoindre à la toute fin. Une fin… ma foi, plutôt belle qui m’a tiré un sourire satisfait. L’autrice n’a plus à démontrer son talent en matière d’écriture ni sa maîtrise pour le genre de la nouvelle. Une réussite ! Elle a également sorti un recueil de nouvelles (l’Arithmétique terrible de la misère) cette année au Bélial qui risque de finir dans ma PàL si tous les textes sont à la hauteur de celui-ci. Et, sincèrement, je n’en doute pas.

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Maki

Cookie Monster – Vernor Vinge

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Cookie Monster est une novella de science-fiction écrite par l’auteur américain Vernor Vinge. Publié par le Bélial dans la collection Une Heure Lumière, vous trouverez ce texte partout en librairie (ou sur leur site Internet) au prix de 8.90 euros.

De quoi ça parle ?
Dixie Mae commence un nouveau job au service client d’une grande société très portée sur la haute technologie : LotsaTech. Lors de son premier jour, elle reçoit un message mystérieux qui lui est personnellement destiné et contient sur elle des informations que personne n’est supposé connaître. Dixie Mae se lance donc à la recherche de son émetteur…

Pour parler de ce texte correctement et en suscitant un minimum d’intérêt, ma chronique va contenir des éléments de l’intrigue. Attention donc si vous comptez la lire, vous êtes prévenu(e)s.

Les dérives de la technologie.
Le texte de Vernor Vinge commence de manière assez classique : une jeune femme enchaîne les boulots un peu pourris et se voit offrir une chance sans précédent d’entrer dans une grosse boîte. Au service client, d’accord, mais tout de même. Après six jours de formation, elle saute enfin dans le grand bain et reçoit alors un message surprenant qui lui révèle sur elle-même des secrets que personne ne peut connaître. Très agacée, Dixie Mae va mener l’enquête en suivant des indices relevés dans le message, accompagnée par l’antipathique Victor et rejointe ensuite par d’autres personnages.

La manière dont débute ce texte court m’a semblé un peu tiré par les cheveux. Dixie Mae va chercher assez loin les indices au sein du message, l’ensemble parait de prime abord un peu gros et sa réaction disproportionnée. Sur une petite centaine de pages, l’intrigue en elle-même n’est pas renversante mais le propos derrière rattrape largement cela. On se rend compte que l’homme qui les a engagé et qui leur a fait passer des tests psychologiques a réussi à mettre au point la numérisation des personnalités (et donc des compétences intellectuelles qui vont avec). Cela lui permet d’avancer à pas de géants dans ses différentes recherches puisque le temps ne s’écoule pas de la même manière dans cette réalité numérique que dans notre réalité standard. Il a commencé par numériser son doctorant le plus prometteur et a construit autour de lui une réalité virtuelle alternative qui donne à sa victime le sentiment de travailler sur un projet top secret alors que ce n’est pas du tout le cas. Le jeune homme n’a aucun souvenir de sa numérisation et se croit toujours « vivant » à l’instar de Dixie Mae. Une fois qu’il a terminé en résolvant le problème posé, il est tout simplement « reboot ». Forcément, ils vont finir par s’en rendre compte mais réussiront-ils à y changer quoi que ce soit ?

De la hard sf.
C’est donc un propos assez effrayant et une dérive qui fait froid dans le dos que propose l’auteur. Elle y trouve plusieurs applications : Dixie Mae va rencontrer un groupe d’étudiants qui corrige les copies du professeur en question et ont donc une boucle de quelques heures. Au service client, on les reboot après chaque première journée pour que leur motivation reste intacte. Et, ayant travaillé dans un service client pendant quelques mois, l’idée en elle-même fait complètement sens. Dans un autre projet classé top secret, on les reboot environ tous les trois mois. Notez que ces laps de temps ne signifient rien au fond puisqu’il s’agit d’une réalité virtuelle alternative. En temps standard, une année s’est écoulée, voir un peu plus, pour les plus anciens présents. Mais vu le nombre de reboots, ils ont pu faire avancer les recherches du professeur de plusieurs siècles. Et cet aspect-là, cette dérive-là, je n’ai eu aucun mal à y croire. Je suis même persuadée qu’on finira par la vivre un jour.

Malheureusement, si le fond est solide, la forme m’a moins convaincue d’autant que je débute en Hard SF et j’ai parfois eu l’impression d’assister à une discussion scientifique dont je ne possédais pas les clés de compréhension, surtout dans les dialogues entre les deux Ellen. Ça a été assez perturbant de me sentir mise à l’écart du texte que j’étais en train de lire. Cela ne m’a pas empêché de comprendre l’ensemble mais j’ai ressenti une certaine frustration tout de même. Soyez donc avertis avant de vous lancer dans cette novella !

La conclusion de l’ombre : 
Dans Cookie Monster, Vernor Vinge propose une réflexion pertinente et effrayante sur la problématique de la copie numérique d’un individu. Pour une novice en Hard SF, certains éléments me sont passés totalement au-dessus ce qui ne m’a pas empêché de lire cette novella d’une centaine de pages presque d’une traite et d’avoir apprécié ma découverte. Une belle pioche qui s’inscrit dans la continuité qualitative de la collection Une Heure Lumière mais qui m’a moins provoqué cet effet « wahou » lié à d’autres titres.

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Maki

Le Nexus du Docteur Erdmann – Nancy Kress

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Le Nexus du Docteur Erdmann
est une novella de science-fiction écrite par l’autrice américaine Nancy Kress. Publié par le Bélial dans sa collection Une Heure Lumière, vous trouverez ce texte partout en librairie ainsi que sur leur site Internet au prix de 9.90 euros.

De quoi ça parle ?
Henry Erdmann a aujourd’hui 90 ans et était un physicien reconnu à son époque. Il continue tout de même à donner des cours à l’université jusqu’au jour où il fait un malaise. Il pense sa fin venue sauf que ce n’est pas une attaque, non. Plusieurs autres résidents de la maison de repos où il se trouve subissent un phénomène semblable…

Un héros du troisième âge.
Je n’ai pas pour habitude de croiser des héros du troisième âge lors de mes lectures. En tout cas, c’est assez rare pour être souligné et c’est un élément qui m’a poussé à lire ce texte. J’étais curieuse de découvrir de quelle manière Nancy Kress allait mettre en scène ces différents protagonistes et les problèmes qu’elle soulèverait quant au quotidien des personnages âgées. Elle parvient à évoquer l’égoïsme des proches, l’infantilisation de la part des soignants, les soucis de santé, en filigrane du propos principal avec une subtilité qui renforce davantage encore l’intérêt de cette lecture. L’autrice créé pour cela une galerie de personnages intéressants et colorés allant de la pipelette de service au vieux bougon mal embouché en passant par la vieille dame bien trop gentille dont ses enfants abusent sans pitié. L’autrice alterne les points de vue parfois de paragraphe en paragraphe, offrant une richesse et une dynamique appréciable à l’ensemble de son intrigue.

Henry Erdmann est en quelque sorte le personnage principal, celui qu’on suit le plus, nostalgique de ses belles années, un peu désespéré par les capacités de la génération actuelle, très axé sur la science – évidemment. C’est à travers lui que le lecteur est pour la première fois témoin de ces mystérieuses attaques et c’est grâce à ses capacités de déduction qu’on cherchera l’origine de ce mal un peu plus loin. Parce qu’au départ, tous pensaient à une rupture d’anévrisme ou une simple indigestion…

Henry est accompagné par Carrie, son aide-soignante d’une petite trentaine d’années qui est aussi une femme battue par son mari, un policier, qu’elle a quitté. Carrie est un personnage intéressant et attachant qui permet en plus de rajouter cette thématique des abus conjugaux à un récit déjà très riche. J’ai beaucoup apprécié sa relation avec Henry et la manière dont ils essaient de prendre soin l’un de l’autre. Tous les protagonistes ne sont donc pas âgés mais ils travaillent tous avec les personnes âgées d’une manière ou d’une autre.

De la science-fiction ?
L’élément science-fiction arrive d’une manière surprenante dans le récit par le biais d’un vaisseau qui s’exprime en italique à la fin de certains chapitres, en quelques lignes à peine. Je n’ai pas tout de suite compris où l’autrice voulait en venir mais les différents éléments se mettent en place à la fin d’une manière intéressante, offrant une réflexion sur la notion de choix et de libre arbitre. Ces courts passages permettent de faire monter la tension. On s’interroge : qu’est-ce qui arrive ? Quand ? Pour quelle raison ? Pourquoi cibler les personnes âgées ? J’avais envie d’obtenir ces réponses, ce qui me poussait à tourner les pages sans voir le temps passer.

Mais plus que de la science-fiction, le Nexus du Docteur Erdmann est -selon moi- une novella d’enquête où le personnage principal va tenter de comprendre ce qui est en train de leur arriver à tous. En cela, l’autrice opte pour un schéma plutôt classique avec peu de surprises au final pour un lecteur doté d’un peu de jugeote. Ce qui n’empêche pas la lecture d’être passionnante ni même solide pour ses thématiques sociales abordées l’air de rien.

La conclusion de l’ombre :
Le Nexus du Docteur Erdmann est une novella de science-fiction écrite par l’autrice américaine Nancy Kress. Celle-ci emmène son lecteur au sein de Saint-Sébastien, une maison de retraite où réside le docteur Erdmann. Lui et certains pensionnaires vont être victimes d’un phénomène étrange au sujet duquel il faudra mener l’enquête. En peu de pages, l’autrice brasse énormément de thèmes liés à la vieillesse et elle le fait avec beaucoup de sensibilité, sans pourtant en avoir l’air. Son style d’écriture dynamique permet de s’immerger totalement dans ce texte et d’en ressortir plus que satisfait en tournant la dernière page. J’ai beaucoup apprécié cette lecture atypique (selon mes habitudes) et la recommande !

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BML #26 – août 2020

Bonjour à tous !
Qui dit 1er du mois dit jour de bilan et il y en a des choses à dire sur ce mois d’août, littérairement parlant en tout cas.

Côté romans :

L’Imparfé #1 – Johan Heliot (Gulf Stream – SP)
Sept Redditions – Ada Palmer (Le Bélial – ♥)
Les derniers des branleurs – Vincent Mondiot (Actes Sud Jr – ♥)
Nixi Turner #5 – Fabien Clavel (Chat Noir)
La dernière colonie – John Scalzi (L’Atalante – SP)
L’hypothèse du lézard – Alan Moore & Cindy Canévet (ActuSF)
Zoé – John Scalzi (L’Atalante – SP)
Vaisseau d’Arcane #1 – Adrien Tomas (Mnémos – SP)
Quitter les Monts d’Automne – Émilie Querbalec (Albin Michel Imaginaire – SP)
Bénies soient vos entrailles – Marianne Stern (Chat Noir – SP)
Apprendre, si par bonheur – Becky Chambers (L’Atalante – SP – chronique à venir)

C’est donc 11 romans que j’ai découvert au mois d’août et pour la plupart, ce furent plutôt de bonnes lectures avec des valeurs sûres : Scalzi, Palmer, Mondiot, Tomas, difficile d’être déçue par ces auteurices. Il y a quand même eu quelques titres moins enthousiasmants mais dans l’ensemble, je suis assez contente de ce que j’ai pu lire avec deux coups de coeur dont un inattendu. Ça fait du bien, vu les derniers bilans mensuels !

Côté mangas :

Gewalt (trilogie)
Sun Ken Rock #1
Sayonara Miniskirt #1
GTO Paradise Lost #12

Niveau manga, par contre, le bilan n’est pas terrible. Si je vous prépare un article très enthousiaste sur Sayonara Miniskirt, je garde un sentiment mitigé à propos de Gewalt (sympa mais sans plus). De plus, j’ai détesté ma prise de contact avec Sun Ken Rock. J’attendais totalement autre chose de ce manga encensé par tous. J’ai presque cru à une mauvaise blague collective ^^’ Enfin, ça arrive ! J’ai également continué ma lecture de GTO Paradise Lost et je dois avouer avoir ressenti une certaine lassitude couplée à un désintérêt pour l’histoire. Déjà, les tomes mettent énormément de temps à sortir donc j’ai oublié une bonne partie de l’intrigue. Ensuite, j’ai détesté (mais genre, vraiment détesté) le dernier chapitre qui présente le nouveau prof « Animal Joe ». Ce personnage me donne envie de vomir et je ne vois pas du tout l’intérêt de la scène course poursuite en voiture avec sa maîtresse en chaleur au téléphone (je vous passe les détails pour les plus jeunes et j’en profite pour m’excuser du terme crû « en chaleur » sauf qu’il n’y a vraiment aucune autre expression pour la décrire, on se croyait dans un hentaï presque). C’est beauf, vulgaire, bref ça m’a saoulée. Pourtant je sais que dans un GTO on a toujours une dose de vulgarité mais là, Onizuka craignait dans ses réactions et ce nouveau personnage aussi. Je pense m’arrêter là pour ce titre et j’en suis la première déçue.

Ce qui fait 6 mangas en tout.

Côté « autre »
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J’ai entamé la lecture du nouveau livre de Max Bird ! Il est vraiment très sympa, bourré d’humour et d’informations intéressantes. Je ne sais pas encore si je vais lui consacrer un article une fois à la fin (je lis par petits bouts) mais je le recommande vivement.

Petit bonheur du mois :
Les petits bonheurs du mois est un rendez-vous initié par le blog Aux Petits Bonheurs qui consiste à mettre en avant les moments positifs de la vie. Sauf que j’avoue, ce mois-ci… C’est plutôt compliqué hormis concernant le début des précommandes pour mon nouveau roman : Clément Coudpel contre les spectres de Samain (toujours en cours jusqu’au 10 septembre). C’est une nouvelle aventure littéraire qui commence pour moi et je regrette qu’elle se lance dans une période si compliquée pour le milieu culturel. Toutefois, j’ai été très agréablement surprise du soutien et du suivi de ma communauté de lecteurs que j’en profite pour remercier ici ♥

Et voilà, ce bilan arrive déjà à son terme ! J’espère que votre mois d’août a été agréable et je vous souhaite une belle rentrée 🙂

Terra Ignota #2 Sept Redditions – Ada Palmer

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Sept Redditions
est le second volume de Terra Ignota, une saga de science-fiction dite utopique écrite par l’autrice américaine Ada Palmer. Publié par le Bélial, vous trouverez ce roman partout en librairie au prix de 24.9 euros ainsi que sur le site de l’éditeur via lequel je vous encourage à commander.

Avant-propos
Souvenez-vous, je vous ai déjà parlé du premier tome ( Trop semblable à l’éclair ) que je décrivais comme une expérience littéraire extraordinaire, un véritable chef-d’œuvre au-delà du simple qualificatif de « coup de coeur ». En le lisant, je me suis rappelée comment était née ma passion pour la littérature à l’origine et cela a mené à un certain nombre de réflexions personnelles qui n’ont pas toujours abouti à ce que j’en espérais mais qui ont eu le mérite d’exister.

Ada Palmer brille, elle brille pour ses références, pour ce qu’elle a créé, pour les réflexions qu’elle propose et la grandeur ambitieuse de ses textes. J’ai entamé Sept Redditions avec une double crainte : la première, celle que ce second tome se révèle décevant par rapport au premier avec un effet de surprise gâché quant au contenu, à l’ambition, au narrateur, à l’ensemble. La seconde, que je ne ressente plus l’envie de lire quoi que ce soit après avoir tourné la dernière page, secouée par la certitude que rien n’arrivera à la cheville de l’histoire narrée par Mycroft Canner.

Cette dernière crainte s’est révélée en partie fondée. Je me réjouis de voir qu’en 2020, on publie toujours des romans porteurs d’une telle ambition littéraire et je remercie mille fois le Bélial d’avoir entrepris la traduction de ce cycle. Je précise que cette remarque n’engage que moi et ne sous-entend pas que tous les autres textes que j’ai pu lire ou que vous avez pu lire sont inférieurs. Il ne s’agit pas d’établir une échelle de grandeur qualitative mais bien d’insister sur mon enthousiasme vis à vis du roman. Terra Ignota ne ressemble à rien d’autre de ce que j’ai pu lire, il se démarque donc aisément. Toutefois, quelqu’un avec une culture littéraire plus vaste ou simplement différente de la mienne ne partagera probablement pas mon opinion. N’oubliez donc pas qu’il s’agit bien de cela : mon opinion, mon sentiment, développée sur mon blog avec toute la partialité que cela implique.

Pour en revenir au livre en lui-même, j’ai retrouvé au sein de ce roman des qualités semblables à ce que j’ai pu relever dans ma première chronique : un souci de la représentation (un véritable exemple à suivre selon moi et une référence à mettre en avant dans les débats qui secouent la twittosphère littéraire ces dernières semaines), une mise en scène astucieuse des philosophies du 18e siècle (sans toutefois s’y restreindre) ainsi qu’un narrateur savoureux qui interagit avec son lecteur en le manipulant, démontrant une maîtrise encore inégalée selon moi de la narration à la première personne.

Je dois même dire que ces qualités sont présentes à l’identique tant Sept Redditions s’inscrit dans la continuité directe de Trop semblable à l’éclair. Ç’aurait pu être (selon moi, à nouveau) publié comme un seul roman sans les exigences éditoriales modernes (même ainsi, ce sont deux beaux pavés). Je vous recommande d’ailleurs de lire ces titres l’un après l’autre directement pour ne rien y perdre, un exercice auquel je compte me livrer dans un futur plus ou moins proche.

À ce stade, vous vous demandez probablement ce que je vais pouvoir dire que je n’ai pas déjà détaillé ou encensé dans mon précédent billet. Vous vous étonnez aussi peut-être que je n’ai pas encore subdivisé cette chronique en plusieurs points, menant une analyse plus ou moins pertinente, comme j’en ai l’habitude. Ce n’est pas ce que je souhaite écrire vis à vis de ce texte. L’émotion suscitée par cet ouvrage a été énorme pour moi, j’aimerais réussir à vous la transmettre non seulement par la lecture de cet avant propos mais également par une brève réflexion sur le sujet central (un parmi d’autres, je vous assure !) de Sept Redditions : la conception de l’utopie.

Aussi sachez que tout ce qui est écrit à partir de maintenant risque de vous divulgâcher l’intrigue. Je vous recommande donc de ne pas poursuivre votre lecture si vous comptez vous plonger dans l’univers de Terra Ignota.

De la définition de l’utopie…et du reste.
Au sens premier du terme, on parle d’utopie pour qualifier un idéal de type positif impossible à atteindre. C’est ce qui est mis en scène dans Terra Ignota : une société fictive qui se veut positive car chaque humain a le droit de choisir la Ruche (son groupe quoi) qui correspond le mieux à ses croyances, à ses ambitions. Tout le monde a un toit au-dessus de sa tête, travaille vingt heures par semaine en consacrant le reste de son temps à des loisirs de son choix. La faim, le froid, tout cela n’existe plus pour la plus grande majorité de la population. La dernière guerre de religion a aboli les distinctions genrées, il n’existe donc plus, en théorie, d’hommes et de femmes au sens social du terme (c’est toujours le cas sur un plan biologique) si bien que l’autrice emploie des pronoms neutres (on et ons) dans le texte. Un choix qui peut déstabiliser mais que je trouve très intéressant. Ces petits jeux de forme, Ada Palmer s’y livre à merveille et non contente de s’y essayer, elle offre aussi une réflexion très intéressante sur l’existence du genre au sens social, ses avantages et ses inconvénients.

L’utopie, une société d’avenir… ou pas.
Sur le papier, tout fonctionne à merveille au sein de l’Alliance sauf que ce tome approfondit ce qu’on commençait à soupçonner dans le premier, à savoir que le système a des ratés et repose finalement sur la violence qu’il était parvenu à bannir puisque l’existence d’un groupuscule dénommé « O.S. » implique des meurtres ciblés afin d’éviter à la société humaine de subir des crises majeures qui risqueraient d’abolir le système considéré comme parfait en place. Et parfait, il le parait en effet au premier abord, surtout à nos yeux d’êtres humains du vingt-et-unième siècle.

Le meurtre, rappelons-le, n’existe plus dans cette société depuis longtemps au point que les actes de Mycroft Canner causèrent un choc terrible à tous. Arrive donc la question de savoir ce qui est acceptable ou non au nom du plus grand bien et ce qu’est, au fond, ce plus grand bien, cette utopie. Quelles sont ses limites ? Comment la maintenir ? Doit-on la maintenir ? Quelles conséquences un tel système a-t-il sur l’humanité, sur son ambition, sur sa capacité à évoluer ? Deux milles et quelques vies contre celle de milliards d’individus, cela vaut-il le coup ? Doit-on s’en tenir aux probabilités ou à sa moralité ? La galerie de personnages imaginée par Ada Palmer permet de mettre en scène une multitude de points de vue, ce qui entraine non seulement des discussions passionnantes entre les protagonistes mais également une action au rendez-vous grâce aux élans dramatiques qui ne sont pas sans rappeler différents courants littéraires qui m’évoquent davantage le dix-neuvième que le dix-huitième siècle littéraire français, pour ma part.

Du génie ! Mais…
C’est délicieux, cela fonctionne à merveille, du moins si on apprécie ce type de littérature et cette construction si particulière où l’autrice laisse la parole à Mycroft Canner, qu’on découvre ici sous un jour nouveau. Comme je l’ai déjà mentionné dans mon autre billet, je pense que ce roman n’est pas accessible à n’importe qui. Il faut aimer philosopher, se laisser séduire par l’aspect théâtral qui intervient par moment jusque dans la forme même du texte, ne pas craindre les multiplications de personnages, prendre le temps de se poser pour comprendre toutes les implications de ce qui se déroule, de ce qui se dit, de ce qui peut arriver. Il s’agit clairement d’un roman -d’une saga- à relire, plus d’une fois, même plus de deux ou trois, pour s’en imprégner véritablement. Pour moi, les romans d’Ada Palmer sont exigeants mais ils valent largement l’investissement mental et moral tant ils apportent une vraie richesse non seulement à la littérature mais également sur un plan humain.

Que lire à présent jusque 2021, date de la parution du troisième volume en français… Grande question.

La conclusion de l’ombre :
Sept Redditions est une suite à la hauteur de Trop semblable à l’éclair. Ada Palmer est brillante, son roman est aussi intelligent qu’addictif, doté d’un apport philosophique conséquent et passionnant. Ada Palmer ne juge pas, elle invite ses lecteurs à participer à une Grande Conversation sur la manière de mettre en place une utopie humaine efficace et les conséquences que peut avoir un système politique de ce genre… entre autres thèmes ! Une réussite sur tous les points que je recommande avec un enthousiasme que mes mots peinent à retranscrire.

D’autres avis : L’épaule d’Orion, Tigger Lilly, Le Syndrome de Quickson, Blog à part, BlackWolf, Gromovar, Just A Word, Outrelivresles Chroniques du ChroniqueurCélindanae – vous ?

BML #25 – juillet 2020

Bonjour à tous !
J’espère que votre été débute bien, qu’il ne fait pas trop chaud par chez vous (je touche du bois, pour le moment en Belgique c’est assez agréable sauf aujourd’hui où on a droit à 35° maiiiiis bon.) et que vous avez connu de belles découvertes littéraires. De mon côté ça a été un mois à nouveau un peu compliqué où l’excellence côtoie les déceptions et les abandons. Il est temps de faire le point…

Côté roman :

Les neiges de l’éternel – Claire Krust (ActuSF)
Les brumes de Cendrelune #1 – Georgia Caldera (J’ai Lu pour elle)
Le secret du colibri – Jaye Robin Brown (Chat Noir)
Bläckbold – Émilie Ansciaux (Livr’S)
L’homme qui peignit le dragon Griaule – Lucius Shepard (Le Bélial)
La survie de Molly Southbourne – Tade Thompson (Le Bélial)
Les Damnés de Dana #3 Les larmes de Dana – Ambre Dubois (Chat Noir)
Nouvelles Ères (partie 1partie 2) – anthologie (Livr’S)
La ville sans vent – Eléonore Devillepoix (Hachette, lecture en cours)

J’ai lu sept romans, une nouvelle solitaire et une anthologie, ce qui n’est pas trop mal même s’il y a aussi eu un bon nombre d’abandons. Déjà, Félines que je devais lire pour le PLIB et au sujet duquel je me suis exprimée ici avec une certaine, disons… verve (ça a été l’article le plus lu du mois, à croire que vous aimez quand je m’énerve :D) ensuite le Dragon Griaule dont j’ai abandonné la lecture de l’intégrale vu que je n’accrochais pas au style et enfin Poumon Vert dont j’ai laborieusement lu +-20% avant d’arrêter les frais, impossible de m’immerger dedans alors que les bonnes idées me sautent aux yeux. Mais j’arrive juste pas.

Parmi les romans lus, il n’y a pas eu de véritable coup de coeur ce mois-ci, seulement des bonnes surprises venues du Chat Noir et de l’anthologie Livr’S. Dans l’ensemble, je vais qualifier cette fournée de « sympathique » mais sans plus (notez qu’à l’heure où j’écris ces lignes je suis à la moitié de la Ville sans vent qui est un cran au-dessus de juste « sympa » mais à voir). Heureusement, y’a eu les mangas…

Côté mangas :

Noragami #19, #20 (Pika)
Black Butler #15, #16, #17, #18 (Kana)
Beastars #7, #8, #9, #10, #11 (Kioon)

On reste sur des valeurs sûres ! J’ai rattrapé la publication de Noragami ainsi que de Beastars, les deux sont de gros coups de coeur mais je dois admettre que Beastars un chouilla plus que Noragami bien que les deux soient excellents et ne soient pas comparables. Je cherche toujours une bonne manière de vous parler de ce manga, d’ailleurs. Quant à Black Butler, il s’agit de ma relecture d’une valeur sûre. Je pense continuer en août pour vous présenter un nouvel arc qui se déroule en Allemagne.

J’ai également reçu pour mon anniversaire les deux premiers tomes de NeverenD un manga français auto-édité inspiré d’Alice au pays des merveilles. J’ai lu le premier que j’ai trouvé sympathique, bien dessiné, toutefois ça manquait d’un travail éditorial pour pointer les grosseurs scénaristiques. À voir ce que réserve le second !

Pour un total de 12 tomes.

Côté comics & autre :

Ashe, chef de guerre
League of Legends : realms of Runeterra

Avec mon anniversaire, j’ai reçu le comics manquant à ma collection RIOT à savoir Ashe, chef de guerre que j’ai dévoré. Je cherche toujours un moyen de vous en parler d’une manière intéressante. Quant à Realmsof Runeterra, il s’agit d’un guide de l’univers dans lequel on retrouve plusieurs nouvelles, le tout en anglais ! Je suis toujours en train de l’explorer et j’adore. Il fera aussi l’objet d’un article à part pour les nouvelles (histoire d’avoir un combo Maki et S4F3)

Petit bonheur du mois :
Les petits bonheurs du mois est un rendez-vous initié par le blog Aux Petits Bonheurs qui consiste à mettre en avant les moments positifs de la vie. À nouveau ce mois a été un peu… plat pour plusieurs raisons toutefois avant le durcissement des mesures liées à la reprise du COVID en Belgique, j’ai pu fêter mon anniversaire avec des amies chères (#TeamLivrS !!) à Pairi Daiza et les revoir une semaine plus tard pour un autre anniversaire. Nous avons toujours bien respecté les mesures de distanciation sociale, chaque fois ça se déroulait en extérieur. Je dois avouer que cette petite parenthèse a été très salutaire pour le moral. C’est ce que j’ai envie de retenir de ce mois-ci.

Et voilà, ce bilan se termine déjà. J’espère que le mois d’août sera plus enthousiasmant sur un plan littéraire au moins et de manière générale ! Je vous souhaite le meilleur, profitez de vos vacances (si vous en avez, dans le cas contraire : COURAGE !) ♥

L’Homme qui peignit le dragon Griaule – Lucius Shepard

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L’Homme qui peignit le dragon Griaule
est la première nouvelle du recueil le Dragon Griaule écrit par l’auteur américain Lucius Shepard. Publié par le Bélial dans une très belle édition illustrée par Nicolas Fructus, vous trouverez ce texte au prix de 25 euros. Sachez qu’il existe également au format poche chez J’ai Lu au prix de 9.90 euros et que la nouvelle dont il est question ici est disponible à l’unité en numérique.

J’ai déjà lu deux novellas de l’auteur (Les attracteurs de Rose Street & Abimagique) chez le même éditeur dans la collection Une Heure Lumière, deux réussites quoi que déconcertantes. Le résumé de Griaule avait tout pour me séduire, pourtant une petite voix me soufflait que ça allait coincer… Du coup, j’ai opté pour la version poche et j’ai été bien inspirée.

J’insiste tout de suite, nous sommes face à un combo mauvaise période de lecture + style d’écriture qui ne m’a pas emballée, raison pour laquelle je parle quand même du premier texte lu (j’ai arrêté à la moitié du second). Et j’avoue, un peu pour valider une lecture Maki 🙂

De quoi ça parle ?
Le dragon Griaule est une entité maléfique gigantesque (deux kilomètres si ma mémoire est bonne) figée par un sortilège mais toujours vivant, qui étend petit à petit sa mauvaise influence sur les villages alentours. Dans cette nouvelle, un homme se propose de peindre Griaule et de l’empoisonner du même coup par ce biais, réalisant à la fois une œuvre d’art et un assassinat très lent.

Mon sentiment
Ce texte sert clairement d’introduction à l’univers. D’abord sur un plan visuel puisque le peintre va arpenter Griaule un bon moment pour prendre conscience de ses dimensions, découvrir la faune et la flore qui vit autour de lui, imaginer les infrastructures à mettre en place pour mener son projet à bien. Les descriptions foisonnent ici et vous le savez, ce n’est pas ce que je préfère. J’ai eu un peu de mal à rentrer dedans toutefois face à l’enthousiasme général de la blogo, j’ai persévéré.

Ensuite, le temps passe au sein de la diégèse. Le grand ouvrage dure très -très- longtemps et le chantier connaît son lot de drames. Petit à petit, une atmosphère sombre s’installe, un début de folie, de désespoir humain que les protagonistes justifient par l’influence de Griaule mais… est-ce vraiment le cas ? Selon moi Lucius Shepard joue subtilement avec l’idée que tout acte néfaste est justifié par la présence du dragon alors que ça pourrait aussi bien venir d’une pulsion bassement humaine. Ce concept se ressent au long de cette petite soixantaine de pages (au format poche) et est bien dosé par l’auteur.

Pourtant… Voilà, une fois arrivée à la fin, j’ai eu l’impression d’avoir fait le tour. C’était sympa mais pas ce que j’attendais, en plus d’avoir ressenti quelques longueurs hyper pénibles. Je n’ai pas spécialement eu envie de continuer ma découverte du recueil toutefois je suis l’une des seules (avec Xapur si je ne me trompe) à ne pas avoir été plus enchantée que ça par ma découverte. Je vous recommande donc de croiser mon sentiment avec celui des blogpotes renseignés ci-dessous et de décider par vous-même si Griaule étendra sa néfaste influence sur vous !

D’autres avis : Au pays des cave trollsBaroonaLe dragon galactiqueRSF BlogLorkhanLe chien critiqueNevertwhere Xapur – vous ?

Maki

La survie de Molly Southbourne – Tade Thompson

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La survie de Molly Southbourne
est une novella écrite par l’auteur anglais Tade Thompson. Publiée au Bélial dans la collection Une Heure Lumière, vous trouverez ce texte au prix de 9.90 euros partout en librairie.

Je vous ai déjà parlé du premier volet : Les meurtres de Molly Southbourne qui avait été un gros coup de coeur pour moi. Malheureusement, cela n’a pas été le cas avec cette suite bien qu’elle ait été agréable à découvrir. Je pense que je suis, en réalité, passée à côté. Les raisons ne sont pas totalement imputables au texte puisque je traverse un passage à vide littéraire. Ce que je vais dire est donc à prendre avec des pincettes même si je m’efforce de prendre le recul nécessaire pour vous parler de ce texte.

D’ailleurs, comme il s’agit d’une suite, cette chronique contiendra quelques éléments révélateurs liés notamment au premier volume. Je vous conseille donc d’arrêter votre lecture ici si vous ne souhaitez pas que je vous divulgâche l’histoire.

Je précise aussi que j’ai eu beaucoup de difficultés à écrire ce retour parce que je ne parviens pas à structurer ma pensée d’une manière satisfaisante. Je m’excuse donc pour la longueur (plus courte que d’habitude) et l’absence de profondeur dans mon analyse. En fait, comme la Survie est un tome de transition, on peut considérer ma chronique comme une chronique de transition également. Sur ce…

De quoi ça parle?
Après l’incendie de sa maison qui clôture le premier tome, molly devient Molly et essaie de comprendre qui lui en veut, pourquoi certains lui tirent dessus quand d’autres cherchent à l’aider. Alors elle fuit, Molly. Elle fuit…

Une novella qui porte bien son titre.
Au contraire des Meurtres qui revenait en arrière pour raconter l’histoire de Molly, la suite est ancrée dans le présent et parle bien d’une fuite perpétuelle. D’abord molly qui fuit le fantôme de Molly, qui fuit ses démons puis qui tente d’échapper à ceux qui cherchent à la tuer ou pire, à l’utiliser. Les pages se dévorent rapidement, l’action s’enchaîne sans temps morts. J’ai ressenti une forme de tournis à mesure que j’avançais pour découvrir la clé de quelques mystères là où d’autres restent scellés. Mais c’est normal, il reste encore un texte au moins qui lui fait suite.

Un univers qui se développe.
Hormis les règles imposées par ses parents et un indice ou deux laissés dans le premier volume, le lecteur reste assez ignorant de l’univers dans lequel évolue Molly ainsi que des raisons de sa mutation. La Survie permet d’éclaircir une partie de ces questionnements à base de programme secret russe qui date de la guerre froide. Si on peut déplorer le manque de surprise (vu le prénom de la mère, je dois avouer que je m’en doutais un peu) il est par contre plaisant de découvrir que Molly n’est pas la seule à souffrir d’une semblable mutation. Le lecteur rencontre ainsi Tamara en même temps que la protagoniste et découvre que non, les clones ne sont pas tous assoiffés de sang. Le contenu de cette novella balaie tout ce qui avait été posé dans les Meurtres et fragilise les fondations sur lesquelles le lecteur pensait se trouver, lui rappelant que rien n’est, au final, jamais vraiment acquis.

Une molly en équilibre précaire.
Molly Southbourne, qu’on appelle ici Molly Prime (l’originelle donc) se suicide à la fin du premier volume après avoir raconté toute son histoire à une molly, un hémoclone supposé prendre sa place. C’est cette molly que nous suivons, qui va donc devenir Molly avec une majuscule, une sorte de nouvelle Prime, plus ancienne que les autres. Son statut particulier entraine des conséquences psychologiques assez bien exploitées. Elle terminera même en hôpital psychiatrique. Est-elle devenue Molly puisqu’elle possède ses souvenirs, ses automatismes, sa vie ? Est-elle une autre ? Le lecteur assiste à une quête d’émancipation et de recherche de soi engluée dans des litres d’hémoglobine. C’est intéressant mais pas au point d’égaler les Meurtres.

Une narration alternée.
À l’instar des Meurtres, Tade Thompson conserve une narration à la première personne afin de se plonger dans l’esprit de Molly. Toutefois, entre ses chapitres s’intercalent des transcriptions brèves tirées de vidéos tournées par le docteur James Down qui a été l’amant de Molly Prime (la Molly d’origine donc, pas celle de ce tome) dans le premier volume. N’ayant plus bien le contenu des Meurtres en tête, j’ai mis un moment à me remémorer le pourquoi de son état et comprendre l’intérêt de ces transcriptions. Je recommande donc bien aux futurs lecteurs de, si possible, lire les deux novellas à la suite ou avec peu d’intervalle entre les deux. Notez également que même si ce n’est pas mentionné directement sur la première de couverture (en petit sur la quatrième quand même) la Survie est une suite directe des Meurtres, il n’est donc pas question de la lire sans avoir au préalable découvert les Meurtres.

Pourquoi ce n’est pas un coup de coeur (mais que c’est bien quand même) ?
Tout simplement parce que la surprise n’est plus là. Ce que j’ai trouvé brillant dans les Meurtres, c’est le choix narratif et le twist final qui donnait au texte toute une dimension psychologique solide. En novice de la collection et n’ayant jamais lu quelque chose de semblable, ça m’avait laissée « sur le cul » avec un sourire béat aux lèvres. Ici, à mon goût, la Survie se dote d’une construction plus classique et fait office de transition vers un troisième tome plus qu’autre chose. Tade Thompson choisit de se concentrer sur l’action, sur le rythme et cela fonctionne : le lecteur ne s’ennuie pas, les pages se tournent toutes seules mais j’ai quand même eu un goût de trop peu. Je pense avoir placé trop haut la barre de mes attentes, ce qui ne m’empêchera pas de lire la suite !

La conclusion de l’ombre :
Contrairement aux Meurtres de Molly Southbourne, la Survie de Molly Southbourne est -selon moi- un texte moins psychologique et davantage orienté sur l’action, le présent et la fuite pour la survie comme l’indique son titre. Tade Thompson développe efficacement son world-building en mettant en doute tout ce que le lecteur pensait savoir jusqu’ici. Si la surprise et l’effet « wahou » du premier opus n’a pas été au rendez-vous, j’ai tout de même passé un très bon moment avec cette novella donc je lirai évidemment la suite.

D’autres avis : Le culte d’Apophis, JustAWord, Le syndrome Quickson, Les chroniques du chroniqueur, Au pays des Cave Trolls, La bibliothèque d’Aelinel, Les lectures du Maki, Boudicca, L’épaule d’Orion, Nevertwhere, Xapur, vous ?