L’autre facette de l’ombre : la petite histoire de « Choisir la forêt »…

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Ce mardi 5 avril 2022 commençaient les précommandes pour l’anthologie Nouvelles du Front chez Livr’S, à laquelle je participe modestement avec une nouvelle de fantasy intitulée Choisir la forêt. Le thème de cette anthologie est celui de la guerre, exploitée dans différents genres de l’imaginaire. Vous pouvez toujours la précommander jusqu’au 30 avril 2022 ou l’acheter par la suite, en fonction de quand vous lirez cet article. Il suffit de cliquer ici.

Une première version de ce texte a été publiée dans l’anthologie de Magie et d’Ombres chez feu L’ivre-Book en 2017 -si ma mémoire est bonne- et sous un titre différent : Hessä. L’anthologie de l’époque souhaitait proposer des nouvelles issues d’auteur·ices de la maison d’édition, dans le style dark fantasy. C’était mon genre de prédilection à l’époque et j’ai immédiatement voulu participer -même si une fois le projet abouti je me suis rendue compte que peu d’auteur·ices comprenaient vraiment la définition de ce genre littéraire… Mais ça, c’est une autre histoire.

De « Hessä »….
J’avais à ce moment-là une idée qui me trottait en tête autour d’un univers de fantasy inspiré par la mythologie nordique, peuplé par différentes races d’elfes et au sein duquel évoluerait le personnage de Nerwën, une magicienne de sang, elfe elle-même, controversée mais indéniablement puissante et surtout, guerrière de première ligne dans tous les combats. Il s’agirait donc d’une époque résolument guerrière. Je voulais faire avec elle tout ce que j’avais échoué à faire avec Melyän (c.f. mon précédent billet) et elle apparaissait dans cette nouvelle comme antagoniste. En effet, le personnage de Hessä mourait très tôt (au bout d’une page ou deux) et revenait d’entre les morts, sans comprendre ce qui lui arrivait. Il se rendait toutefois très vite compte que les vivants voulaient détruire son cadavre animé… Et surtout Nerwën, qui devenait alors son croquemitaine personnel, ce qui a donné lieu à une scène que je jugeais superbe à l’époque (beaucoup moins en la relisant) dans une forêt en flammes, tout ça…

Si certain·es ont joué à World of Warcraft, le parallèle avec les Réprouvés doit vous sauter aux yeux. J’avoue sans honte que ce jeu, auquel j’ai consacré un temps… disons… certain, m’a beaucoup influencée dans mon écriture à mes débuts. Des clins d’œil apparaissent d’ailleurs tout au long des Légendes Faës (le physique de Melyän est inspiré de Sylvanas, celui des fomoires est clairement inspiré des Illidaris, l’un des personnages a été baptisé Nathanos en hommage à celui du jeu, etc.). On toucherait presque ici à la fanfiction si je ne m’étais pas réappropriée l’univers pour le sortir d’Azeroth et le placer dans la mythologie irlandaise.

Et donc chaque fois que je commençais un personnage Réprouvé (je jouais ou ça ou elfe de sang -sans surprise, pour la Horde !) je me posais la même question : qu’est-ce que ça fait d’être réveillé d’entre les morts après une bataille ? Comment se sent-on ? À quoi pense-t-on ? C’est à ça que je cherchais à répondre avec Hessä. Tout simplement. En exploitant surtout un volet psychologique parce que je me juge plus douée pour développer la psychologie des personnages que l’univers autour. Il suffit de voir à quel point les univers sont des esquisses vagues dans mes textes, pour se concentrer sur les personnages. Sans doute une déformation due à mes nombreuses années de jeux de rôles textuels.

…. à « Choisir la forêt »
Revenons au présent ! Ou à un passé moins lointain. Quand le thème de l’appel à texte chez Livr’S a été connu, j’ai immédiatement pensé à cette nouvelle pour deux raisons. La première, il faut dire que l’anthologie précédente a très très peu circulé au point que seul·es mes lecteur·ices les plus assidu·es disposent d’un exemplaire. Je crois que, même moi, je n’en ai plus… C’est dire ! La seconde, c’est que je souffrais déjà de mon syndrome de la page blanche et que j’ai toujours eu beaucoup plus facile de travailler à partir d’un matériel de base. Le plus dur pour moi, c’est d’accoucher du premier jet. Cet aspect a beaucoup joué dans le fait que je retourne vers Hessä.

Je l’ai alors relue et quand mes yeux ont arrêté de saigner, j’ai décidé de la réécrire correctement en mettant à profit mon expérience acquise au fil du temps.

Aussi, quand je dis que ce texte a connu une première parution, c’est à la fois vrai et faux. Dans Choisir la forêt, on retrouve le même concept de départ à savoir un elfe entre deux âges sur le point d’être précipité dans une bataille d’envergure contre des forces maléfiques qui menacent son peuple, le tout écrit à la première personne. Toutefois, le déroulement est totalement différent. Ce coup-ci, je me suis concentrée uniquement sur Sleipnir (c’est son petit nom au monsieur elfe), ses pensées, ses émotions, l’attente terrible avant le début de la bataille, ce qui se déroule pendant… Ironiquement, l’action n’a pas de lien avec la forêt en elle-même, toutefois il faut lire la nouvelle pour comprendre la raison de ce titre. Je ne vais pas vous en dire davantage afin de ne pas gâcher votre potentielle découverte mais ayant relu la première mouture pour écrire ce billet, je dois bien avouer que ces deux textes n’ont quasiment plus rien en commun.

Et que je suis assez fière de Choisir la forêt. Vraiment.

Elle n’est jamais contente !
Évidemment, il reste un dernier point qui me gêne un peu et ne m’a sauté au visage que lors de la relecture du BAT (et donc trop tard) c’est que, finalement, l’aspect elfique n’est que peu développé et n’apporte rien à l’intrigue hormis sur un plan vaguement esthétique. Je n’en exploite pas les possibilités, je me contente de mettre en scène une race présente en fantasy pour laquelle j’ai toujours eu une certaine affinité. Vous me direz, on ne peut pas parler de tout, dans une nouvelle ! Et vous avez sans doute raison. Toutefois, quasiment rien dans la psychologie de Sleipnir ne le distingue, finalement, d’un humain. Ça ne change rien à ma fierté par rapport à la nouvelle, seulement je me devais d’être honnête par rapport à cet élément.

Je ne sais pas si je me remettrais un jour à l’écriture mais si ce n’est pas le cas, je serais heureuse d’avoir « terminé » par ce texte-là qui me permet aussi de tourner définitivement la page du chapitre fantasy de ma vie.

Et voilà, vous savez tout sur cette nouvelle et sa genèse ! J’espère que ce billet vous a intéressé et si le cœur vous en dit, n’hésitez pas à partager l’information concernant les précommandes en cours pour l’anthologie. Un petit RT ne coûte rien et peut apporter beaucoup. J’ajoute également que si vous possédez un blog, que vous lisez en numérique et que mon billet vous a intrigué, il est toujours possible de recevoir l’anthologie en service presse. Il suffit de m’écrire dans les commentaires, en DM sur Twitter ou à l’adresse service-presse(a)livrs-editions.com.

L’autre facette de l’ombre : pourquoi je ne supporte plus ma première trilogie ?

Aaaah les premiers romans… Pour avoir discuté avec pas mal d’auteur.ices à ce sujet, il y a toujours un peu de honte quand on se retourne sur ses premiers textes. On en voit tous les défauts et mieux vaut avancer que de revenir dessus. Pourtant, il y a des choses intéressantes à en tirer pour l’avenir ! Et c’est la raison de cet article.

Je vous passe les déboires éditoriaux inhérents à cette première trilogie et qui ont joué sur ma motivation d’ensemble. J’avais écrit un article là-dessus mais j’ai finalement décidé de ne pas le publier parce que je ne me sens pas prête à revenir sur tout ça. Je vais donc me concentrer sur les problèmes de fond au sein de ma première trilogie de dark fantasy parce que, sincèrement… Il y en a des choses à dire.

Un peu de contexte…
C’est entre 2013 et 2014 que je commence à écrire cette saga (dont je tais volontairement le nom depuis le départ, je demanderais à cell.eux qui l’ont lu d’en faire autant). À l’époque, j’administrais un forum RPG avec une amie qui s’inspirait de Shadowrun et je reprenais deux personnages créés il y a une éternité pour les adapter au contexte. On jouait entre ami.es, on discutait beaucoup, on s’éclatait franchement de A à Z avec des idées dingues, jusqu’à se dire que c’était quand même dommage qu’il n’y ait pas plus de livres de dark fantasy….

Alors, je sais. Je SAIS qu’il y en avait, en réalité, juste qu’on ne les connaissait pas, qu’ils n’étaient pas mis en avant, parce que c’était l’époque de la vague bit-lit et que tout se noyait dessous. Sans compter que j’étais encore une « lectrice de la FNAC » à ce moment-là. Je ne connaissais rien aux indépendants, au milieu, je ne savais pas où chercher et la dame qui gérait le rayon à l’époque n’en connaissait pas plus long que moi. Donc, postulat de départ foireux mais que voulez-vous…

Cette remarque a donc planté une petite graine. Puis il y a eu mon père qui me voyait passer des heures sur mon ordinateur à écrire sur ces forums et qui m’a dit « tu pourrais au moins écrire un livre, ça servirait à quelque chose ». Dans son esprit, c’était un encouragement mais à l’époque, je l’ai pris comme une injonction à absolument rentabiliser le temps passé en ligne. Je me sentais du coup coupable de juste… me divertir. C’est terrible, je trouve. On vit dans un monde où le temps ne doit pas être « perdu » sauf que ça en devient malsain et passer un quart d’heure à écrire une réponse sur un forum m’apportait de la joie, alors pourquoi me mettre cette pression ? Je n’ai pas la réponse. C’est juste arrivé.

Je venais de m’inscrire à l’université et de me lancer dans la rédaction de mon premier roman.

Je n’avais aucune idée de comment j’étais censée m’y prendre. Je n’avais lu aucun livre pour m’aider, j’avais juste mes connaissances de lectrice et… voilà. Je ne me posais même pas la question, pour être franche. J’écrivais l’histoire de manière linéaire, j’inventais au fur et à mesure sans le moindre plan. Mes potes de JDR textuel trouvaient ça absolument génial et ça me confortait dans ma certitude que j’avais eu raison. J’existais dans ce microcosme, entourée par des personnes bienveillantes qui voulaient m’encourager (l’ironie c’est que je ne parle plus à aucune d’entre elles aujourd’hui, hélas) sauf que le résultat n’a pas vraiment été à la hauteur de mes espérances.

Qu’est-ce qui n’allait pas ?
Tout ? Bon, j’exagère, mais pas loin…

Déjà, comme j’écrivais sans plan et sans prendre de notes, certains éléments de l’intrigue ne collaient plus après coup et ça m’ennuyait de les changer parce que ça demandait un travail supplémentaire. J’étais paresseuse et je ne prenais pas conscience de l’importance du travail à effectuer pour écrire un bon roman (c’est venu bien plus tard). De plus, je tapais mes chapitres sans trop savoir où j’allais. D’emblée, j’incluais des évènements à la limite de l’apocalypse dans un monde inspiré de la Faëry des légendes celtiques sauf que je les utilisais mal, d’une façon convenue, attendue, que j’introduisais les personnages liés trop tard, qu’ils servaient l’histoire au lieu de la vivre… Bref, c’était pas dingue de base.

Ensuite… La représentation des femmes… me donne aujourd’hui presque envie de vomir. Je voulais des personnages féminins forts et je me félicitais d’avoir une guerrière redoutable en héroïne principale, avec une sœur qui était une magicienne redoutable (ouais tout le monde était redoutable ->)… Sauf que d’une part je les avais sursexualisée et d’autre part, elles se construisaient uniquement par rapport aux personnages masculins et à leurs interactions avec eux. On pourrait y voir un motif pour dénoncer les abus faits aux femmes mais la vérité, c’est que je n’avais tout simplement pas conscience de ce que j’étais en train d’écrire. Je répétais un schéma qui me paraissait normal à l’époque parce que je le croisais partout en fiction et que je ne réfléchissais pas du tout dessus à ce moment-là. Je pensais que, pour être forte, une femme devait être balèze, avoir subi des traumatismes intimes et s’en relever, devenir limite folle et sanguinaire tout en gagnant à la fin. C’était… terriblement primaire comme conception.

Ne parlons même pas du sexe… J’écrivais beaucoup (TROP) de scènes de sexe explicites dans cette trilogie et presque la totalité d’entre elles étaient problématiques. Dans le meilleur des cas, elles n’avaient aucun intérêt à l’histoire et en général, non seulement elles n’avaient pas d’intérêt mais EN PRIME elles érotisaient un abus, elles érotisaient même un viol. Ce n’est pas ce que je voulais et pourtant, c’est ce que j’ai écrit et j’ai mis des années à m’en rendre compte. Mon but premier, c’était de montrer comment l’héroïne restait forte malgré tout sauf que quand j’ai relu la scène par la suite, ce n’était pas ce qui transparaissait. Encore une fois j’ai répété un schéma habituel en fiction d’autant qu’à l’époque je lisais beaucoup de bit-lit où ce type de scènes est légion. Et je n’imaginais même pas que ça puisse être un problème. C’était juste sexy, cette ligne sombre entre l’héroïne et les grands méchants et le fait qu’elle n’hésite quand même pas à lui taper dessus après avoir eu un orgasme ou à décoller sa tête de son corps avec une grande satisfaction. Tout allait bien, pas vrai ?

NOOOOOOON.
Non et non et re-NON !

Il m’arrive encore aujourd’hui de repenser à cette histoire et de me demander ce que ça donnerait si je cherchais à l’écrire en 2022, à l’âge de 28 ans et non plus en sortant de l’adolescence. J’avais commencé une liste des éléments à changer et il y a deux ou trois ans d’ici j’avais même décidé de tout réécrire de zéro en corrigeant les problèmes, en améliorant l’intrigue, comme si j’allais y trouver une forme de rédemption. Comme si, soudainement, cette démarche me laverait de mes « fautes passées ». Je pensais que ça pourrait m’aider à me sortir de cette page blanche qui m’empoisonne encore aujourd’hui sauf que je ne suis jamais parvenue à sauter le pas. Et je me pense pas, finalement, que ça soit une si bonne idée que ça. Je pourrais réécrire éternellement la même histoire… Mais à quoi bon ? Est-ce que ça me permettra vraiment de grandir ? Je ne crois pas.

La vérité, c’est que cette première trilogie m’inscrit et s’inscrit dans une époque de ma vie où j’étais inconsciente d’énormément de problématiques alors que j’arrivais à l’âge adulte. Ce que je trouve aujourd’hui inacceptable est en réalité symptomatique d’une époque ainsi que d’une façon de concevoir la littérature de l’imaginaire qui a longtemps prévalu dans mes lectures, malgré moi car je manquais d’informations. Son existence m’apprend et me rappelle des leçons importantes qui ont participé à construire la femme que je suis actuellement.

J’ai aujourd’hui conscience de tous ces biais, de tous ces problèmes, au point d’être soulagée que cette trilogie ne soit plus disponible à la vente puisque la maison d’édition n’existe plus. J’éprouve une forme de honte d’être tombée pieds joints dans tous ces pièges et en même temps ce n’est pas parce que des erreurs ont été commises avant que je ne peux pas évoluer ni devenir une meilleure personne ou une meilleure autrice. Je suis soulagée d’avoir rencontré des personnes qui ont participé à me conscientiser sur ces problématiques et j’espère conscientiser à mon tour d’autres auteur.ices, afin d’effacer ces représentations problématiques de la littérature que j’aime.

C’est pourquoi j’ai écrit ce billet.

J’espère qu’il vous permettra de réfléchir vous aussi, si vous en éprouvez le besoin !

L’autre facette de l’Ombre : comment je gère les partenariats avec la blogosphère chez Livr’S ?

Bonjour à tous.tes.x !

J’ai décidé de consacrer le premier article de ma nouvelle rubrique à vous expliquer de quelle manière je gère les partenaires presses pour Livr’S Éditions, comment ça a commencé, quelle méthode j’emploie, etc. J’ai l’impression que le sujet intéresse pas mal de monde, il a secoué la twittosphère récemment, donc je me suis dit que c’était l’occasion.

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Comment j’en suis venue à gérer ça ?
Tout commence avec une certaine crise sanitaire… Il faut savoir que jusqu’ici, Livr’S se distinguait surtout en salon où la maison réalisait le plus gros de son chiffre d’affaire ainsi que dans les écoles pour la collection jeunesse. Au moment où ces manifestations ont commencé à s’annuler en cascade et où on a finalement compris que ça risquait de durer, il a été nécessaire de se réinventer.

Au départ, la structure ne croyait pas trop au potentiel de la blogosphère et préférait tenter sa chance auprès des journalistes. La personne qui s’occupait de ça avant moi ne lisait d’ailleurs pas de blogs ou quasiment pas, du coup elle ne connaissait pas la blogosphère SFFF du tout. Une tentative avait été réalisée antérieurement de solliciter des blogueur.euses mais uniquement via facebook, ce qui n’a pas permis de toucher beaucoup de gens. Je précise ici que je ne critique pas la méthode ou les croyances, chacun.e a sa façon de procéder et si ç’avait pu marcher avec les journalistes traditionnels, ç’aurait vraiment été super ! D’ailleurs ça a été le cas pour un titre dont on a parlé sur la RTBF et c’était déjà très bien. Mais entre la crise sanitaire et le fait que la presse traditionnelle boude l’imaginaire, même en Belgique, il a bien fallu se rendre à l’évidence… Je dois également préciser qu’à ce moment-là, une prestatrice extérieure réalisait les e-books et ils arrivaient plusieurs semaines après la sortie, ce qui empêchait de travailler correctement avec la blogosphère… Et n’aidait pas cette personne à bien faire son travail.

Quand je l’ai fait remarquer, la cheffe a appris elle-même comment réaliser un ebook en partant du fichier indesign et on a réglé, à ce stade, un premier grand problème.

J’ai alors proposé à l’éditrice de me servir de mon propre réseau pour tenter quelque chose de nouveau (nouveau pour Livr’S, entendons-nous). Je tenais mon blog depuis deux ou trois ans à ce moment-là, j’en lisais pas mal, je commençais à connaître le milieu. J’ai donc sollicité les blogpotes en prenant soin d’expliquer la situation et en proposant chaque fois des ouvrages, ou nouveaux ou anciens, qui correspondaient à ce que je savais de leurs goûts littéraires.
J’aime à penser que j’ai presque chaque fois tapé juste.
C’était une expérience, nous ignorions totalement si ça fonctionnerait ou pas… Et une chance pour nous, ça a bien pris !

J’ai, à ce moment là, créé une liste d’une dizaine de personnes à contacter pour envoyer des communiqués de presse de manière régulière, avec leur accord évidemment. J’ai du éplucher les blogs, trouver les adresses de contact (mettez les à jour s’il vous plaiiiit !), écrire des mails… Ça a pris du temps mais j’ai beaucoup aimé l’expérience ainsi que le rendu. On a commencé à voir Livr’S sur la blogosphère et c’était une grande satisfaction pour moi comme pour les auteur.ices et l’équipe de manière générale. L’éditrice semblait contente et elle m’a demandé si ça m’intéressait de continuer à m’occuper de ça. Comme j’avais du temps (je ne bossais pas temps plein à ce moment-là et en plus j’étais en distanciel) j’ai accepté et c’est ainsi que j’ai hérité du job.

À ce stade je vais rompre le tabou tout de suite et en toute transparence : oui, c’est une activité bénévole (je suis remerciée en cadeaux chez Kazabulles et en repas asiatiques au resto, ce qui me convient parfaitement puisque j’ai une activité professionnelle à temps plein). J’ai conscience que le principe de bénévolat pose des soucis à certain.e et il y a eut récemment une discussion (appelons ça comme ça…) sur Twitter au sujet du manque des moyens des maisons d’édition pour embaucher du personnel compétent afin de gérer la communication. Je ne vais pas m’étendre sur le sujet, toutefois pour mon cas personnel, j’agis par amitié pour l’éditrice et par solidarité avec un projet en lequel je crois. J’ai envie que Livr’S fonctionne, casse la barraque et perdure pour les prochains siècles ! (ouais carrément moi j’espère en siècles). Et j’agis aussi parce que j’en ai la possibilité. Le jour où je ne le pourrais plus, il a été clairement établi que je cesserais et ce, sans conséquences.

Une réflexion sur mes propres rapports avec les éditeur.ices :
J’ai plus haut évoqué l’un des éléments qui, selon moi, est l’un -si pas LE- plus important dans la relation avec la blogosphère, à savoir l’approche personnalisée. Étant moi-même blogueuse, j’ai été confrontée à plusieurs responsables presses et j’ai préféré travailler avec celles qui prenaient la peine de me contacter en nom propre pour me proposer des ouvrages qui me correspondraient. C’était notamment le cas d’Emma chez l’Atalante et cela me donnait toujours envie de prendre le livre, de lui accorder ma confiance pour découvrir une nouvelle œuvre. Au contraire, quand je recevais un mail générique qui avait visiblement été envoyé à tous les autres blogueurs, mon ressenti lors de la réception n’était pas le même. J’ai donc systématisé ce principe en me disant que je ne devais pas être la seule dans le cas. Certes, cela demande bien plus de temps… Quand j’envoie les communiqués presses, il faut compter une heure et demi si pas deux heures, mais je trouve que ça vaut le coup et je n’ai eu que de bons retours par rapport à ça avec les partenaires.

Je l’ai dit, je suis moi-même une blogueuse. Je connais donc les comportements qui agacent, j’en ai subis moi-même. J’estime que la relation entre une maison d’édition et une personne tenant un blog littéraire doit être respectueuse dans les deux sens. J’en avais longuement parlé dans mon billet « le service presse, ce privilège » que je vous invite à relire pour l’occasion si vous souhaitez connaître ma vision dans le détail.

De là, je partais avec un avantage puisque je n’avais qu’à imaginer mon partenariat idéal et le proposer aux blogpotes. Voici ce que ça donne :

– Ne pas imposer de délais.
C’est peut-être plus facile pour nous qui travaillons au format numérique uniquement mais nous n’exigeons aucun délai pour la lecture de nos SP. Je précise toutefois que si le partenaire a demandé des livres qu’il n’a pas lu durant l’année écoulée, nous ne réitérons pas le partenariat pour l’année à venir afin de lui laisser le temps de lire ce qu’iel a déjà, ce qui nous semble cohérent.
Dans le mail qui accompagne le communiqué, je donne soigneusement les dates de la période de précommande ainsi que la date de sortie officielle. Je demande à ce que les chroniques ne sortent pas avant et j’explique que ça nous aiderait beaucoup si elles sortaient pendant, toutefois ça reste facultatif et j’insiste bien là-dessus. Résultat ? Lors des dernières précommandes, on a reçu la plupart des chroniques pendant cette période de précommande et ça nous a donné beaucoup de matière à partager pour la promotion de nos ouvrages. Comme on n’a rien imposé, les blogpotes ont eu à cœur d’aider dans la mesure de leurs moyens (encore merci !) et l’ont fait avec une évidente bonne volonté.

Contacter suffisamment en avance.
On a raté le coche pour janvier 2022 à cause des envois de Loving Reaper (aventure à suivre sur notre Twitter) mais généralement, on fait en sorte que les communiqués soient envoyés au moins un mois avant le début des précommandes, ce qui laisse aux partenaires le temps de s’organiser, de lire, de préparer leur chronique…

Cibler le partenaire.
Je l’ai déjà dit mais je sais à qui proposer quel genre littéraire et même si je joins toujours la totalité des communiqués de presse, surtout pour information, je mets l’accent, dans mon mail, sur le titre qui me semblera le plus intéressant pour le partenaire. Notez qu’il peut y en avoir plusieurs, on n’impose pas de nombre maximum ni minimum, d’ailleurs. Cela me semble important pour montrer qu’on s’intéresse aussi, en tant que structure, au travail du / de la blogueur.euse.

Privilégier le plaisir de lecture.
Un partenaire peut décider de ne pas solliciter de SP pendant plusieurs mois voir pas du tout sur l’année si aucune sortie ne l’intéresse. Nous n’avons pas envie que nos partenaires se contraignent à nous lire juste pour nous faire plaisir, ça n’apportera rien de bon à personne. Nous respectons les goûts de chacun.e. De plus, nous n’avons aucun problème à acter qu’un SP a été abandonné (si la personne prend la peine de nous écrire pour nous le dire) ou n’a pas été apprécié. Si la chronique reste bienveillante et surtout, argumentée, nous la partagerons d’ailleurs avec joie !

Et en 2022 ?
Un petit quelque chose a changé, cette année ! Nous avons décidé d’ouvrir les soumissions pour les partenaires, donc de rendre la main au partenaire pour nous solliciter et non l’inverse. Durant les deux premières semaines de janvier, nous avons laissé aux blogueur.euses l’occasion de décider s’iels souhaitaient continuer l’aventure ou la rejoindre, en proposant un formulaire qui demandait, à la fin, d’expliquer pour quelle raison le partenariat intéressait. Nous avons reçu des messages très touchants et d’autres un peu moins… concernés, dirons-nous.

Il est évident que j’ai effectué un tri en me basant non pas sur le taux d’engagement (une notion chère aux experts de la communication) des blogs mais plutôt sur le sérieux de leur chronique. J’entends par là les personnes qui ne se contentent pas de trois lignes pour dire « j’ai aimé » ou l’inverse, mais des gens qui ont pris la peine et le temps de réfléchir sur le bouquin, de détailler pourquoi ça les a séduit (ou non) et qui partagent nos publications, nos annonces importants, bref des personnes actives dans l’échange qui ne cherchent pas simplement à obtenir des livres gratuits. Des gens aussi passionnés que nous, tout simplement. Comme nous partageons ces retours sur nos réseaux et que nous mettons des liens vers eux sur notre site Internet, ça nous paraissait important de privilégier la qualité à la quantité.

Nous verrons comment ça se passe avec ces nouveaux partenaires cette année et nous déciderons ensuite de quelle manière continuer avec ell.eux. En tout cas, le soutien s’intensifie de plus en plus sur nos réseaux et ça nous a vraiment permis de nous réinventer et de tenir en cette difficile période de pandémie. Les salons ont certes repris petit à petit mais la COVID a marqué un tournant chez Livr’S, un tournant finalement positif puisqu’il nous a obligé à nous ouvrir à la blogosphère et à nous réinventer avec les outils modernes, ce qu’on ne regrette pas du tout.

Voilà l’envers du décor en ce qui concerne les partenariats presses !

N’hésitez pas à me dire si vous avez apprécié ce type de billet, si vous avez des remarques ou à me poser vos questions 🙂