Numérique (brevis est) – Marina et Sergueï Diatchenko

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Numérique
est le second volume des Métamorphoses, écrit par les auteurs russes Marina et Sergueï Diatchenko. Publié par l’Atalante, vous trouverez ce roman au prix de 23.90 euros partout en librairie à partir du 27 mai 2021.
Je remercie Emma et les éditions l’Atalante pour ce service presse numérique.

De quoi ça parle ?
Je vous ai parlé de Vita Nostra il y a quelques mois sur le blog, qui est le premier tome des Métamorphoses. En substance, je ne suis pas parvenue à écrire une chronique classique ou à en fournir une analyse littéraire parce que je considère que ce roman fait partie de ceux qui se vivent. De ceux qui provoquent des émotions, des questionnements conscients ou non. Ceux qui induisent un malaise qu’on cherche à identifier et qui nous retournent ensuite le cerveau. Bref, un chef-d’œuvre. C’est également le cas pour Numérique mais je l’ai trouvé plus accessible. À moins que l’opus précédent m’ait tout simplement bien préparée.

Vita Nostra avait placé la barre très haut et j’ai été surprise d’apprendre qu’on ne suivrait pas Sacha dans Numérique. Nouveau personnage, nouveau cadre, nouveau concept aussi puisque cette fois, on parle d’un adolescent hardcore gamer qui incarne Ministre, un personnage clé de « Bal Royal » (un jeu-vidéo type massivement multi-joueurs en ligne) et élève des chiens virtuels qu’il revend à prix d’or. Du haut de ses quatorze ans, Arsène est d’une redoutable intelligence et possède un talent rare qui lui vaudra de nombreux ennemis dans le jeu… et en dehors. Quand ses parents décident de vendre son ordinateur pour sortir leur fils de ce qu’ils considèrent comme une grave dépendance, Arsène s’enfuit et est approché par un homme mystérieux prénommé Maxime, un homme qui semble doté de certains pouvoirs… magiques ? Arsène accepte alors de passer des tests pour postuler au sein d’une entreprise nommée Les Nouveaux Jouets, que Maxime semble diriger. Des tests où il va être en concurrence avec des adultes. Il va devoir réussir différentes épreuves dans des jeux-vidéos pour décrocher le job de ses rêves et ainsi légitimer sa passion du jeu auprès de ses parents… Sauf que tout ne se passe pas comme prévu. Arsène va petit à petit évoluer, prendre conscience de certaines réalités. Je ne vous en dit pas plus, histoire de ne pas gâcher votre plaisir !

Un questionnement sur notre dépendance au virtuel.
Voilà grosso modo le fil conducteur de Numérique, comme peut le laisser sous-entendre son titre. Dès le départ, le lecteur rencontre Arsène, un adolescent qui préfère passer des heures devant son écran, à peaufiner des plans dans un univers qui « n’existe pas » mais revêt pour lui une grande importance. Il va jusqu’à sécher les cours, forçant ses parents à intervenir. Des parents qui, pourtant, souffrent eux-mêmes d’addiction numérique : sa mère à des blogs et son père à la télévision. La première passe des heures à échanger avec des personnes qu’elle ne connait pas, à vivre une autre vie derrière son écran, une vie dans laquelle elle s’investit énormément et qui compte beaucoup pour elle. Quant au second, il se nourrit des informations données à la télévision, reste des heures à regarder ce qui se passe dans le monde et à émettre son opinion sur tous ces sujets. Petit à petit, on se rend compte d’à quel point c’est notre société toute entière qui est questionnée sur ses habitudes. Avec un peu d’honnêteté, il est probable que le lecteur se retrouve au minimum dans l’un des trois profils précédemment décrit, ce qui risque de provoquer un certain malaise accompagné d’une fascination un brin morbide. Personnellement, c’est comme ça que je l’ai vécu. Je voulais savoir jusqu’où iraient les auteurs, comment Arsène allait évoluer, quel chemin prendrait cette histoire et surtout, quelle fin allaient-ils lui donner ? Comme si je lisais, en quelque sorte, une roman me décrivant mon futur.

Redéfinir « réalité »
Le lecteur oscille donc tout du long entre l’univers numérique (au sens large, il n’y a pas que les jeux) et la réalité, jusqu’au moment où la frontière entre les deux se brouille. On en vient alors à questionner la notion même de réalité et à se demander s’il ne serait pas temps qu’elle évolue…
Et là, si vous avez lu Vita Nostra, certains liens évidents commencent à se créer dans votre esprit. Pendant toute ma lecture, j’ai cherché les indices, effectué des parallèles. Mon regret, c’est de ne pas avoir relu Vita Nostra juste avant pour que tout soit totalement frais dans ma tête. Pourquoi, me demanderez-vous ? Puisque les personnages n’ont rien avoir…

Tout simplement parce que si Numérique est très différent de Vita Nostra, il en est aussi assez proche par bien des aspects et la lecture de Vita Nostra me parait indispensable pour vraiment saisir l’essence du roman et des messages qui y sont dissimulés par les auteurs. On y retrouve d’ailleurs certains concepts connus et largement détaillés dans Vita Nostra. On commence à élaborer des hypothèses, aussi…. Parce que nous, lecteurs, possédons les clés pour comprendre le mystère qui entoure le personnage de Maxime, sans toutefois savoir jusqu’où vont nous emmener Marina et Sergueï Diatchenko.

Rien n’est à jeter dans Numérique. Les personnages dépeins sont complexes et travaillés, les interrogations autour de la technologie d’une effarante modernité… Marina et Sergueï Diatchenko vont loin mais vont-ils si loin que cela, si on balaie notre tendance naturelle à l’hypocrisie pour se poser véritablement la question ? Numérique pourrait appartenir au genre du fantastique, à moins qu’il ne glisse sur les premières notes d’une dystopie… Ou qu’il ne soit, tout simplement, qu’un reflet de notre réalité ?
Un nouvel OLNI, voilà ce qu’est Numérique.
Un OLNI que j’ai dévoré en deux jours à peine. Un OLNI qui retourne totalement le cerveau et qui mérite qu’on se pose un moment après sa lecture pour y réfléchir. Un OLNI qui mérite aussi qu’on le relise, parce que c’est clairement le genre de roman pour lequel de nouvelles significations apparaitront au fur et à mesure.

La conclusion de l’ombre :
Au cas où ce n’était pas clair, Numérique est un coup de cœur et même plus que cela. Cette expérience littéraire s’inscrit dignement dans la lignée de Vita Nostra tout en se démarquant, proposant ici une réflexion sur notre dépendance au virtuel et ses possibles dénouements. Je me languis déjà du troisième opus des Métamorphoses à paraître, je l’espère, l’année prochaine. Voilà une saga qui risque de laisser longtemps sa marque sur moi !

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#ProjetOmbre : { Les Tambours du dieu noir suivi de l’Étrange affaire du djinn du Caire – P. Djéli Clark }

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Ce 15 avril 2021, l’Atalante sortait un petit ouvrage de 144 pages reprenant deux textes de l’auteur américain P. Djéli Clark. Le premier, les Tambours du dieu noir, est une uchronie fantastique qui se déroule dans une Nouvelle-Orléans alternative. Le second, l’étrange affaire du djinn du Caire, est également une uchronie fantastique mais avec un parfum plus steampunk, qui se déroule, comme son titre l’indique… Au Caire.

Vous noterez peut-être que la couverture ne mentionne que le premier titre. Il faut lire le verso pour savoir qu’un second texte est présent dans ce qui est donc un recueil. Ces textes n’ont rien en commun, pas même leur univers. Ils sont à considérer comme une mise en bouche du travail de l’auteur longuement vanté par l’ami Apophis et qui m’a donné, d’ailleurs, envie de les lire.

Si cet ouvrage vous intéresse, vous le trouverez partout en librairie au prix de 12.90 euros.
Je remercie Emma et les éditions l’Atalante pour ce service presse numérique.

Les Tambours du dieu noir.
Louisiane, en 1880. Jacqueline dite « LaVrille » a treize ans et se retrouve embarquée dans une histoire qui la dépasse car quelqu’un en veut à sa ville chérie au point d’utiliser contre elle une arme divine, dangereuse, mortelle même : les fameux tambours du dieu noir. Il va donc falloir les arrêter d’urgence !

Ce pitch assez classique ne cache pas de rebondissement d’intrigue qui laisseront le lecteur pantois. Autant le dire tout de suite ! La force du récit se situe ailleurs…

Tout d’abord, au sein de la narration et par extension dans le style d’écriture de l’auteur. Le texte est écrit à la première personne, du point de vue de Jacqueline qui utilise une langue française fleurie avec ses erreurs grammaticales et certains mots populaires. En lisant la chronique d’Apophis, j’ai découvert que la VO était en fait rédigée en Créole, dans un mélange d’anglais et de français. Je salue donc le travail de Mathilde Montier, la traductrice, qui a du s’arracher les cheveux pour réussir à rendre un résultat probant en français… Si cet élément pourra faire grincer certains des dents, je l’ai particulièrement apprécié car l’auteur pousse jusqu’à retranscrire les accents des personnages, si bien que certains échanges, notamment entre Jacqueline et la capitaine, demandent qu’on les lise à voix haute pour bien les comprendre. C’est original, cela participe à l’immersion mais, sur un plan personnel, cela m’a un peu lassé sur la longueur.

Ensuite, dans l’univers inspiré du folklore d’Afrique du Sud avec ses divinités et ses croyances. Le cadre de la Nouvelle-Orléans et de cette Amérique uchronique embourbée dans une guerre de Sécession sans fin est original et très enthousiasmant. Tellement qu’on regrette, finalement, de n’avoir qu’une aventure aussi banale et courte qui s’y déroule. J’aurais aimé que l’auteur aille plus loin et peut-être le fait-il dans d’autres nouvelles ou romans ? L’avenir nous le dira.

Enfin, dernier point mais non des moindres : la présence quasi exclusive de personnages féminins forts et de couleur, au point qu’on ne croise que peu d’hommes dans ce texte. C’est un élément à mettre en avant, surtout auprès des lecteurs en recherche de diversité. Je vois beaucoup passer des débats et des remarques à ce propos sur les réseaux sociaux, cela me paraissait fondamental de le signaler.

Pour résumer en deux mots les Tambours du dieu noir : une intrigue classique portée par un univers bluffant, très inspiré et des personnages féminins dont on se souviendra.

D’autres avis sur ce texte : Le culte d’ApophisLutin 82 – vous ?

L’étrange affaire du djinn du Caire.
On quitte la Nouvelle-Orléans pour le Caire ! Nouveau décor, nouvel univers, nouveaux personnages aussi. Cette fois, une narration à la troisième personne permet de suivre Fatma, une jeune agente du ministère de l’Alchimie, des Enchantements et des Entités Surnaturelles. L’intrigue se déroule en 1912, au Caire, dans une uchronie au sein de laquelle l’Égypte occupe une place de premier plan sur la scène internationale grâce à l’arrivée des djinns quarante ans plus tôt mais aussi au développement d’une technologie mécanique qui rappelle l’esthétique steampunk (notamment via la présence d’automate et d’horlogerie très avancée) mais n’en porte pas le nom, peut-être parce qu’il y manque justement la vapeur.

Bref, passons outre ce détail. L’étrange affaire du djinn du Caire est une enquête que je vais à nouveau qualifier de classique : un djinn est retrouvé mort, chose assez rare, et Fatma essaie de comprendre pour quelle raison. On suit donc son cheminement jusqu’à un dénouement un brin rapide. Le concept comme l’univers auraient mérité un développement plus solide car l’auteur ne laisse finalement qu’entrevoir toute son inventivité. Apophis signale qu’il existe un roman court dans le même univers et je me réjouis qu’il soit traduit car la lecture de cette nouvelle m’a agréablement dépaysée. Cela change de quitter l’Europe ou les États-Unis et de se retrouver au Caire, avec un folklore issu des légendes arabes. J’ai beaucoup apprécié le voyage.

De plus, le personnage de Fatma, brossée ici dans cette nouvelle, est très intéressant dans sa mise en place et fleure bon le féminisme. C’est le genre d’héroïne avec de l’esprit que j’adore suivre. J’espère donc la revoir dans d’autres textes !

Pour résumer en quelques mots L’étrange affaire du djinn du Caire, je vais utiliser des termes semblables à la première nouvelle : un univers bluffant, une protagoniste solide qu’on a envie de retrouver ailleurs mais une intrigue résolument classique dans le genre policier.

D’autres avis : Le culte d’ApophisLutin82 – vous ?

La conclusion de l’ombre :
Ce premier contact avec P. Djéli Clark est une réussite. Il est évident que l’auteur possède une imagination débordante, riche et originale. Il va piocher dans des cultures qu’on n’a pas forcément l’habitude de croiser en imaginaire pour proposer des univers très intéressants au sein desquels, malheureusement, les intrigues restent assez classiques. Mais on l’oublie presque devant l’intérêt constitué par ses personnages principaux féminins diversifiés et solides. Je suis très curieuse de découvrir les prochaines œuvres de cet auteur traduites par l’Atalante !

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Avancée du challenge : 27 nouvelles lues.

L’Empire du Troll – Jean-Claude Dunyach

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L’Empire du Troll
est le troisième volume d’une saga de fantasy parodique / humoristique écrite par l’auteur français Jean-Claude Dunyach. Notez que chaque tome peut être lu de manière individuelle sans que ça ne soit problématique. Publié chez l’Atalante, vous trouverez ce texte au prix de 12.90 euros partout en librairie.
Je remercie Emma et les éditions l’Atalante pour ce service presse numérique.

Souvenez-vous ! Je vous ai déjà évoqué deux autres romans au sein du même univers : l’instinct du Troll et l’Enfer du Troll. Pour être plus précise, l’Enfer du Troll se composait de quatre nouvelles avec le même personnage principal (le fameux Troll du titre), vouées à mettre en avant l’absurdité des systèmes administratifs. J’avais été conquise par le ton humoristique et parodique ainsi que par le dynamisme des différentes nouvelles. Dans l’Enfer du Troll, on retrouvait des éléments semblables même si cette fois, il s’agissait d’affronter rien de moins que l’apocalypse… À ceci s’ajoutait une dimension ethnologique sur la race Troll, qui permettait de s’éloigner de l’anthropocentrisme habituel qu’on trouve en fantasy.

De quoi ça parle ?
Dans l’Empire du Troll, on part cette fois sur une parodie du Hobbit et sur la dénonciation de notre système financier basé sur la spéculation, l’argent dématérialisé et délégation pas toujours bien raisonnables. Dans les faits, le salon de coiffure de la Trollesse est sur le point d’être saisi par les avocats de Crédébit à cause d’un taux d’emprunt qui a explosé, l’empêchant de rembourser ses traites. Du coup, le Troll a dans l’idée de cambrioler un dragon afin de se servir dans son or pour régler tous ses problèmes. Il va donc faire appel à son stagiaire Cédric et à ses « amis chevaliers »… Ce qui va bien entendu entrainer une montagne de problèmes.

L’absurdité du monde financier appliqué aux dragons
C’est vraiment le thème central de ce texte, qui est cette fois-ci un roman et non plus une suite de différentes nouvelles. Le Troll rencontre ainsi un avocat qui travaille pour le Diable et se félicite d’avoir réussi à convaincre un dragon de dématérialiser son or, lui accordant ainsi une plus grande valeur « sur le marché ». Le texte est plein d’absurdités du même genre (le fait de creuser des trous qui sont vendus comme littéralement du vide, les révisions des taux d’emprunt qui mettent les petits indépendants dans la panade, les restructurations à cause de malversation qui pénalisent surtout les employés qui n’ont rien demandé, etc.) qui ont clairement pour but de dénoncer ce qui se passe dans notre monde à nous, dans notre quotidien, sans pour autant laisser l’humour de côté. Je dis ça… Mais même si j’ai souri quelques fois, j’ai trouvé le ton de l’Empire du Troll globalement plus sombre, plus désenchanté, à l’image de notre réalité finalement. Ce n’est pas un mal mais ça m’a surprise et je pense qu’il faut le savoir avant de se lancer car si on cherche une lecture pour se détendre et rire un bon coup, on risque de passer à côté de l’Empire du Troll.

Si la légèreté n’était plus totalement au rendez-vous, le texte de Jean-Claude Dunyach n’en reste pas moins très intelligent et à décrypter sans modération.

La conclusion de l’ombre :
L’Empire du Troll est un roman court de fantasy humoristico-parodique écrit par l’auteur français Jean-Claude Dunyach. On retrouve le Troll qui doit cette fois-ci se confronter aux absurdités de la finance, en plus du feu des dragons. Si les éléments qui participèrent au succès des deux autres ouvrages sont présents (personnages atypiques, critique acerbe sur fond de parodie et humour), je trouve le ton global de ce tome plus désenchanté quoi que toujours aussi intelligent. Une bonne lecture à recommander !

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Troisième lecture – défi « en terres connues »
(continuer ou terminer une série)

L’Interdépendance #3 la dernière Emperox – John Scalzi

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La dernière Emperox
est le troisième et dernier tome de la trilogie space-opera l’Interdépendance écrite par l’auteur américain John Scalzi. Publié chez l’Atalante, vous trouverez ce roman au format papier au prix de 21.90 euros.
Je remercie Emma et les éditions l’Atalante pour ce service presse numérique.

Souvenez-vous ! Je vous ai déjà évoqué le premier tome (l’effondrement de l’Empire) ainsi que le second (les flammes de l’Empire).

De quoi ça parle ?
Les courants du Flux vont s’effondrer à très court terme, c’est une évidence. Que faire, quand toute la société semble condamnée, à l’exception des habitants du Bout qui vivent sur la seule planète habitable ? Quelles décisions prendre, en tant qu’Emperox, pour sauver le plus grand nombre de gens sur le long terme ? Et comment affronter Nadashe Nohamapetan, qui s’obstine à lui mettre des bâtons dans les roues ?

Dans ma chronique du premier tome, je vous ai évoqué dans le détail l’univers développé par Scalzi. Dans celle du second tome, je me suis arrêtée sur le rôle des femmes et sur les personnages féminins vraiment bien menés de l’auteur, qui confirme une tendance que j’aime beaucoup chez lui à savoir créer des sociétés égalitaires sur la question des genres, non pas pour éliminer cette problématique mais pour montrer que si tout le monde avait un peu de bon sens, elle n’aurait pas lieu d’être. Dans ce tome-ci, je vais davantage me concentrer sur les différentes manières qu’ont les décideurs politiques de réagir à la « fin du monde » avant de vous récapituler à qui se destine (ou non !) cette saga. Passez donc directement à la fin si vous souhaitez éviter tout divulgâchage.

Un conflit idéologique
Pour que vous compreniez bien les enjeux, je vais devoir effectuer un petit rappel sur les bases de l’univers. L’Interdépendance est un peu comme un empire humain qui s’étend sur plusieurs systèmes, reliés entre eux par les courants du Flux. En les empruntant, il est possible de se rendre d’un endroit à l’autre en plus ou moins de temps. Ces systèmes prennent place soit sur des planètes hostiles (la vie s’effectue donc en sous-sol artificiel) soit dans des stations spatiales de grande envergure. Chaque système est relié à une famille noble et chacune de ces familles dispose d’un monopole, par exemple sur la culture des agrumes, de certains légumes, la construction des vaisseaux spatiaux, etc. Ce monopole permet au commerce de prospérer et aux échanges entre les systèmes de s’opérer. De plus, une paix relative existe car faire la guerre à un système signifie perdre ce qu’il a à offrir dans les échanges commerciaux…

Maintenant, prenez cette situation et appliquez-la à la problématique du roman : que faire quand les courants qui relient ces différents systèmes vont s’effondrer à très court terme ? En théorie, abolir les monopoles, permettre à tout le monde de cultiver ce dont il aura besoin en cessant de modifier génétiquement les graines pour qu’elles deviennent stériles au bout de la x ième génération si jamais les agriculteurs concernés ne paient pas. Sauf que l’abolition des monopoles signifie que le système économique dans son ensemble doit être repensé…

Et c’est là que Scalzi met en scène toute l’étendue de la bêtise humaine tout en traitant une thématique malheureusement très actuelle au sein de notre société : le pouvoir de l’argent au-delà de toute raison. En effet, on peut s’interroger à quoi bon s’accrocher à son argent quand la société est sur le point de s’effondrer ? La monnaie n’a de valeur que dans le système de l’Interdépendance, pas au-delà… Au fond, ce sont des données numériques, rien de plus. À travers le personnage de Nadashe, notamment, l’auteur permet de mettre en scène des commerçants dans l’ensemble cupides mais surtout, prêts à sauver leur peau au détriment de celle des gens dont ils ont la charge. C’est en jouant sur leur peur de perdre leur statut social, leur importance toute relative, que Nadashe parvient à intriguer politiquement et à grimper les échelons du pouvoir, malgré son exil et son statut de fugitive. Coincé dans son esprit, le lecteur assiste au déroulement de son raisonnement qui peut se résumer en : on ne sauvera de toute façon pas tout le monde alors sauvons les riches. Si le fond (on ne sauvera pas tout le monde) est correct, la suite en revanche…

Sauver tout le monde, c’est ce que l’Emperox Griselda II aimerait réussir à faire mais cela la confronte à de nombreuses problématiques. Avec Marce, son responsable scientifique et son amant, ils réfléchissent au meilleur moyen d’agir tout en ayant conscience que c’est sans espoir. Ce qui ne les empêche pas de s’accrocher parce qu’essayer, c’est toujours mieux que de ne rien faire. Griselda aimerait réussir à transférer la population de tous les systèmes jusqu’au Bout mais agir ainsi reviendrait à condamner l’humanité sur le moyen / long terme au lieu du court terme puisque le Bout devrait soudain subvenir aux besoins de milliards d’individus. La planète n’y survivrait tout simplement pas. On voit donc ici la matérialisation de l’expression « l’enfer est pavé de bonnes intentions ».

La situation semble sans issue et prendra un tournant assez surprenant via un évènement bien particulier que je n’ai pas vu venir ni que je n’aurai cru possible. Rassurez-vous, pas de solution miracle, non… Mais bien un dénouement qui tient la route et ne manque pas d’intelligence. Une surprise à la Scalzi, grosso modo.

À qui recommander cette saga ?
L’Interdépendance est une trilogie qui ravira les fans de l’auteur qui se reconnaissent dans son humour et dans l’intelligence de ses propos… Mais pas que ! À l’instar du Vieil Homme et la Guerre, Scalzi propose du space-opera accessible qui est une très bonne porte d’entrée dans son univers mais aussi dans ce genre littéraire de manière plus générale. D’autant que, contrairement à sa première saga susnommée, il n’y a pas de focalisation sur l’aspect militaire, ce qui, je le sais, rebutait certaines personnes. C’est donc vraiment l’idéal pour se familiariser avec la plume de l’auteur ! Il faut aussi apprécier croiser des personnages féminins forts et intéressants car les voix féminines sont majoritaires dans le roman et ne manquent pas de dynamisme. Une vraie belle réussite sur tous les points.

La conclusion de l’ombre :
Avec l’Interdépendance, Scalzi reste fidèle à lui-même et aux qualités que j’apprécie retrouver chez lui. Son humour est parfaitement dosé, ses personnages sont subtilement construits et tous très attachants à leur manière (#TeamKiva). Le propos d’ensemble est d’une fine intelligence et l’action reste au rendez-vous pour proposer un page-turner efficace dont on se souviendra. Je recommande très chaudement cette trilogie !

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La fin de tout – John Scalzi

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La fin de tout
est le sixième et dernier volume de la série de space-opera le Vieil Homme et la Guerre écrit par l’auteur américain John Scalzi. Publié par l’Atalante en grand format au prix de 23.90 euros, cette série existe également en poche chez Bragelonne.
Je remercie Emma et les éditions l’Atalante pour ce service presse numérique.

De quoi ça parle ?
Souvenez-vous, je vous ai déjà parlé de cette saga : Le Vieil Homme et la Guerre (1) – Les Brigades fantômes (2) – La dernière colonie (3) – Zoé (4) – Humanité divisée (5).
La mystérieuse organisation qui s’occupe de monter l’Union Coloniale contre le Conclave se révèle enfin et a un nom : l’Équilibre. À travers quatre nouvelles, l’auteur conclut la saga commencée avec John Perry il y a six tomes, une saga qui a largement dépassé son protagoniste d’origine…

4 nouvelles et une réécriture alternative.
Ce dernier tome est plutôt un recueil qu’un roman puisque, à l’instar d’Humanité divisée, Scalzi choisit de continuer l’exploration de son univers à travers des aventures séparées, quoi que liées les unes aux autres, en changeant chaque fois de personnage principal. Le texte le plus marquant reste pour moi le tout premier, intitulé La vie de l’esprit. Cette nouvelle raconte de quelle manière Rafe Daquin est devenu « un cerveau en boîte » (littéralement..) après avoir été capturé par l’Équilibre, la fameuse organisation de l’ombre qui cherche à détruire le Conclave ainsi que l’Union Coloniale par d’habiles jeux de manipulation. Rédigée à la première personne, cette nouvelle s’adresse par moment directement au lecteur car Scalzi prend le parti de permettre à Rafe de raconter son histoire comme s’il le faisait dans la diégèse du roman, afin d’informer, afin de sensibiliser aux évènements. J’aime bien l’idée.

Être privé de son corps et menacé d’enfermement dans un vide perpétuel en cas de refus d’obéissance n’a rien d’une partie de plaisir. À l’instar des autres protagonistes proposés par l’auteur au fil de cette saga, je n’ai eu aucun mal à m’attacher à Rafe, à compatir à sa situation, à me sentir concernée par ses mésaventures. L’auteur a vraiment le chic pour proposer des personnages sympathiques et il le montre encore une fois avec cette nouvelle qui pose le personnage qu’on retrouvera tout au long de ce tome, quoi que plus en tant que narrateur.

Cette nouvelle, c’est aussi l’occasion de balancer au lecture explications et révélations. Le procédé manque un peu de subtilité mais reste efficace, en tout cas si on apprécie la façon de travailler de l’auteur (ce qui est mon cas).

Le second texte se déroule de nouveau au Conclave et s’intitule Cette union fantôme. C’est l’occasion de retrouver Hafte Sorvalh, la conseillère du Général Gau et donc la seconde personne la plus puissante au sein de ce système politique. Ce texte permet de mettre en scène les difficultés rencontrées par le Conclave qui est en train de se déliter grâce aux actions sournoises d’Équilibre. Je dois avouer avoir été très surprise par la façon dont va se dérouler cette partie de l’histoire et la décision finale du Général. J’ai trouvé l’ensemble assez fort sur un plan symbolique et n’ait pas pu m’empêcher d’être touchée par tout ce qui se déroulait au sein du texte. L’avantage d’opter pour un choix narratif aux multiples points de vue c’est que, tout en restant dans une narration à la première personne, Scalzi parvient à donner à son lecteur les informations nécessaires à sa bonne compréhension de l’univers et des enjeux, sans ôter l’aspect émotionnel. Une belle réussite et l’apogée de la montée en puissance de La fin de tout puisque le texte suivant va un brin faire retomber la sauce, je trouve.

Dans Résister au temps, on suit cette fois un groupe de soldats des forces de défense coloniale sous la direction du lieutenant Heather Lee que le lecteur connait déjà grâce aux tomes précédents. À travers les cinq parties contenues dans la nouvelle, Scalzi montre de quelle manière les différentes colonies commencent à se rebeller contre l’Union Coloniale et les conséquences que cela a à une échelle plutôt humaine. Ce groupe de soldat est sympathique à suivre même s’ils sont composés d’archétypes pas toujours subtils. Cette nouvelle n’est pas inutile pour l’intrigue toutefois je l’ai trouvée moins passionnante, moins remarquable, que les autres ou même la suivante. 

Enfin, comme de juste ou presque, La fin de tout se terminer par L’union ou le néant qui est le quatrième texte. Cette fois, on retrouve Harry Wilson aux commandes de la narration, protagoniste principal d’Humanité divisée dont j’ai déjà pu parler sur le blog. Je ne vais pas trop m’attarder sur ce dernier texte puisqu’il contient toutes les révélations et dénouements de la saga, ce serait dommage de divulgâcher. Je ne sais pas trop quoi penser du choix final, une partie de moi s’est dit tout ça pour ça ? Et une autre se contentait très bien de cette fin ouverte, porteuse d’espoir en l’avenir. Je crois que c’est le genre de message dont on a tous besoin en ce moment…

Et voilà, quatre nouvelles. C’est donc la fin ? Pas totalement puisque Scalzi propose à la fin du volume une version alternative de la toute première nouvelle, avec des points de vue complètement différents, qui permettent de donner un éclairage nouveau au contenu qu’on a pu lire. Il y explique également en guise de préface qu’il a écrit presque 40k mots (donc l’équivalent d’un roman court…) qui n’ont pas été retenus dans la version finale de La fin de tout et qu’il garde ces mots dans un dossier au cas où ça serait utile, comme ça l’est ici à ses yeux. J’ai apprécié de découvrir cette version alternative mais je préfère quand même largement la première !

Scalzi, fidèle à lui-même.
Si vous aimez l’auteur alors vous aimerez probablement vous plonger dans cette saga puisqu’on y retrouve tous les ingrédients qui font la force de ce géant du space-opéra militaire : des personnages savoureux et variés, une bonne dose de tolérance, de la baston comme on aime, du bon et grand spectacle qui ne sert pas de poudre aux yeux pour cacher une faiblesse de fond, ça non… Parce qu’en plus d’être un très bon divertissement, la saga du Vieil Homme et la Guerre permet aussi une métaphore de la politique américaine (à l’époque de son écriture, je pense qu’on peut y voir un lien avec les tendances dites impérialistes des États-Unis) et ses conséquences possibles / probables. La politique, l’idéal démocratique, tout ça s’épanouit en filigrane d’une intrigue prenante où l’humour à la Scalzi est perpétuellement présent. 

En bref, ne vous attendez pas à être fondamentalement surpris ou chamboulé dans vos habitudes avec l’auteur, encore moins sur cette saga qui est, si je ne me trompe pas, sa toute première. En revanche, si vous aimez son travail, il ne faut pas hésiter à vous tourner vers cette série car c’est très clairement une valeur sûre. Je suis ravie de ma découverte !

À qui recommander ce cycle ?
Le Vieil Homme et la Guerre est une saga qui se veut très accessible, même (et surtout ?) aux novices en matière de space opera. C’est, à mon sens, une assez bonne porte d’entrée qui peut donc être conseillée au plus grand nombre de lecteurs, à partir du moment où ceux-ci ne sont pas réfractaires à l’humour (scalzien donc très bien dosé), à la chose militaire ni aux intrigues politiques. 

Petite coup de gueule (ou remarque ?) pour conclure :
Je suis un peu surprise par l’absence de tomaison sur cette saga et je dois avouer que je ne comprends pas ce choix éditorial. On est assez clairement sur un cycle logique dont l’intrigue se suit et la bonne compréhension de ce qu’on lit dépend des histoires précédentes. Certes, on peut éventuellement se passer des 4 premiers volumes (enfin trois et demi pour les puristes qui ne considèrent pas Zoé comme un roman à part entière) quand on se lance dans Humanité Divisée car les évènements y sont rappelés mais on y perd tellement à ne pas rencontrer John Perry ! Je sais que, commercialement, une saga se vend moins mais c’est dommage quand même de ne pas avoir donné un ordre de lecture clairement accessible au futur lecteur dés la couverture du tome. J’ai du vérifier sur Internet le bon ordre pour ne pas me tromper au moment de continuer ma lecture puisque je les avais tous dans ma liseuse, alors je me mets à la place d’un lecteur qui voit un de ces livres en librairie et tombe dans le panneau, si je puis dire… Certains ont du grincer des dents. D’autant qu’une mention de tomaison existe bien sur la version poche chez Bragelonne… Et que l’Atalante référence ces six romans sur son site sous la même série, celle du Vieil Homme et la Guerre. Donc voilà, pourquoi ne pas mettre une tomaison sur les grands formats ? Un début de réponse serait que cette mention ne semble pas exister en VO, du moins sur les couvertures que j’ai pu voir. Du coup, l’éditeur a probablement voulu respecter le choix de l’éditeur américain ou de l’auteur. Toutefois, je persiste à dire que ce n’est pas très judicieux. J’ai lu plusieurs commentaires qui le déploraient un peu plus vivement que moi et ça m’a paru pertinent de le souligner. Cela n’enlève rien à la qualité de la saga ni à ma reconnaissance infinie envers l’Atalante pour avoir traduit cet auteur extraordinaire.
Mais quand même, c’était pas votre meilleur choix éditorial. 

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#ProjetOmbre : chez quel(s) éditeur(s) lire du format court ?

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Il y a quelques jours, je lançais le #ProjetOmbre (saison 2 du #ProjetMaki) qui consiste à lire un maximum de format court, de manière régulière, sur l’année 2021. Je me suis rendue compte, lors de ma première participation au challenge, qu’il n’est pas toujours aisé de savoir vers quel éditeur se tourner pour trouver des textes qui collent autant au challenge qu’à nos goûts et cette liste a pour but de vous aider. Elle est vouée à évoluer tout au long de l’année, non seulement par vos apports (n’hésitez pas à me dire ce que j’ai oublié dans les commentaires !) mais aussi au fil de mes propres découvertes.

Je précise également qu’Anne-Laure du blog Chut Maman Lit ! a proposé une liste semblable à celle-ci pour le #ProjetMaki donc n’hésitez pas à y jeter un œil.

Quelques précisions :
-La liste n’est pas organisée par ordre alphabétique ou de préférence mais plutôt par ordre de ce qui m’est venu quand je l’ai rédigée. Je sais, ma rigueur laisse à désirer. 
-La liste contient des maisons d’édition qui ont pour habitude de publier régulièrement ou des nouvelles ou des anthologies et / ou qui ont une collection dédiée. Je sais qu’il y a des recueils disponibles ponctuellement chez d’autres éditeurs mais ce serait vraiment compliqué de tout référencer ici sans que l’article ne devienne imbuvable… N’hésitez toutefois pas à les signaler en commentaire pour celles et ceux qui le souhaitent 🙂
-Je vous mets chaque fois le lien direct vers la boutique de l’éditeur pour vous permettre de trouver facilement chaussure à votre pied. Y’a plus qu’à cliquer.

Sans plus attendre, commençons !

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Le Bélial vous permet de lire du format court grâce à sa mythique collection Une Heure Lumière (dont j’ai déjà parlé à plusieurs reprises sur le blog) mais également grâce au Bifrost dont chaque numéro contient entre 2 et 6 nouvelles de SFFF. C’est, à mes yeux et dans mon cœur, vraiment l’éditeur incontournable d’un challenge dédié au format court. Bien évidemment, c’est tout personnel 🙂

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Il arrive à AMI de proposer des nouvelles écrites dans l’univers des romans édités en papier. Ces nouvelles sont numériques mais rien ne vous empêche de les découvrir ! Je vous renvoie sur leur site pour trouver ces titres. De plus, au mois de Janvier 2021, va paraître Émissaire des morts qui contient 4 nouvelles en plus d’un roman court et qui permet de valider la première mission du challenge. Notez que la première de ces quatre nouvelles est disponible gratuitement en numérique. La boucle est bouclée !

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AMI n’est pas le seul éditeur à proposer des nouvelles dans l’univers de ses romans publiés. ActuSF le fait aussi et depuis plusieurs années, pour plusieurs de ses auteurs francophones. Il n’y en a pas moins de quatorze disponibles sur Emaginaire avec des textes notamment de Jean Laurent Del Socorro, Morgane Caussarieu, Alex Evans ou encore Karim Berrouka ! J’en ai déjà lu une partie et ça a été un régal à chaque fois. Sachez également que l’éditeur propose des recueils de nouvelles, y’a plus qu’a.

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Tous les ans, Livr’S Éditions propose une anthologie thématique. Il n’y en aura pas en 2021 (la pandémie a chamboulé le planning éditorial) mais il en existe déjà cinq avec chaque fois une petite dizaine de textes et presque exclusivement des auteurs et autrices francophones. Ces anthologies existent en papier et en numérique pour certaines et je n’en parle pas parce que j’ai écrit une nouvelle dans l’une d’elle. Au passage, ma préférée est Nouvelles Eres, celle de 2020, qui propose des textes assez chouettes dans le registre de la dystopie et de la science-fiction. De plus, la maison propose aussi des novellas au prix de 10 euros qui, hélas, ne sont pas regroupées dans une collection particulière mais vous pouvez les retrouver sur le site. Il s’agit de La Mélodie, de Kidnapping et de Club 27.

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Maison découverte en 2020 pour moi, elle est spécialisée dans le format court et propose de nombreux textes d’auteurs francophones aussi divers que variés tels que Lionel Davoust, Aurélie Mendonça, Jean Laurent Del Socorro, David Bry, etc. Rendez-vous sur leur site pour découvrir leur sélection !

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Presque tous les ans depuis leur existence, les éditions du Chat Noir propose également des anthologies thématiques. Je vous en a déjà évoqué certaines sur le blog dont l’excellente Montres Enchantées. D’autres ne sont plus disponibles mais je sais que notamment cette année, leur anthologie anniversaire est prévue au programme et elle aura pour thème le chiffre « 9 ». À surveiller donc !

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La maison d’édition Rivière Blanche est connue pour proposer plusieurs anthologies à leur catalogue. Je n’ai pas encore eu l’occasion d’en lire mais voilà une piste sérieuse si vous aimez les antho’ !

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À l’instar de sa voisine du dessus, les éditions Luciférines sont connues dans le milieu de l’imaginaire pour proposer des anthologies thématiques dont celle sur les Démons Japonais qui me fait de l’œil depuis longtemps ou encore la Belle Époque. En plus, les prix sont vraiment abordables en papier comme en numérique.

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Elenya éditions est une maison qui publie des anthologies, souvent liées au Salon Fantastique d’ailleurs mais pas uniquement si je ne me trompe pas. Les thèmes sont multiples, allant de la fantasy au super-héros, en passant par l’horreur fantastique. Franchement, il y a largement de quoi se faire plaisir dans ces anthologies et avec de très beaux noms qui plus est.

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Mnémos est une maison qu’on ne présente plus et qui s’occupe, chaque année, d’éditer l’anthologie thématique du salon des Imaginales. La première remonte à 2009, il y a donc de quoi faire même si, attention, certaines sont en rupture de stock ou uniquement disponibles sur les salons.

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Maison d’édition que je découvre grâce à une recommandation sur Twitter, le passager clandestin propose une collection intitulée Dyschroniques qui se dédie à la nouvelle et, plus spécifiquement, des nouvelles de science-fiction et d’anticipation.

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Autre maison d’édition que je découvre via une recommandation sur Twitter : ArchéoSF, un label de Publie.net qui met à disposition des textes au format court issu de la science-fiction ancienne donc 19e, 20e siècle. On trouve sur leur site des textes courts mais également des feuilletons ! Certains sont en accès libre via l’onglet textes en ligne et je sens que je vais passer du temps sur ce site pour trouver des textes sympas à faire lire à mes étudiants. Bref, merci Zoé pour le tuyau !

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Encore une chouette recommandation via Twitter : les éditions YBY qui propose de la littérature inclusive et met en avant la diversité dans la fiction. Il n’y a pas que du format court chez eux mais ils ont plusieurs collectifs à leur catalogue avec des textes très prometteurs. 

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Nutty Sheep est une maison d’édition déjantée à la folie assumée qui est connue pour ses anthologies thématiques et son fameux logo mouton. Vous aurez largement le choix dans leur catalogue, en format papier comme numérique, pour trouver des textes qui vous intéressent : parodie, science-fiction, fantastique, fantasy, il y en a pour tous les goûts !

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Je n’avais jamais entendu parler auparavant de Nitchevo (une fois de plus, merci à Zoé !) pourtant ils rééditent actuellement toute l’oeuvre de Léa Silhol au sein de laquelle on retrouve énormément de nouvelles et d’anthologies. Ça peut être une très bonne piste si vous souhaitez, en prime, découvrir cette autrice !

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Enfin, dernier et non des moindres… Je sais que j’ai dit au début de l’article que je me concentrais sur les éditeurs qui ont des collections dédiées au format court mais je ne peux pas achever cette liste sans évoquer l’Atalante qui, outre l’excellentissime « Apprendre si par bonheur » de Becky Chambers, traduit également d’autres novellas comme celles de Martha Wells qui font forte impression sur la blogosphère. De plus, les deux derniers « tomes » du Vieil Homme et la Guerre de Scalzi sont aussi construits comme des recueils de nouvelles. 

Vous connaissez d’autres maisons d’édition qui pourraient entrer dans cette liste ? N’hésitez pas à les renseigner en commentaire !

(dernière mise à jour : 07/01/2021
À rajouter : Noir d’absinthe, les saisons de l’étrange, le Grimoire, Malpertuis, les Vagabonds du Rêve, Realm et Short éditions)

À l’ombre du sapin : quels romans offrir en 2020 ?

Bonjour à tous et à toutes !

Vous le savez, qui dit mois de décembre dit forcément Noël et donc probablement sapin (ou équivalent) sous lequel déposer des livres pour vos proches. Cette année, j’inaugure un nouveau concept qui s’appelle « à l’ombre du sapin » (je sais, cette imagination débordante qui est la mienne vous laisse sans voix…). Sans grand surprise, il s’agit de revenir sur les titres lus cette année que je vous recommande d’offrir parce que je les ai adorés. Je vais chaque fois vous expliquer pour quelle raison en quelques mots et vous renvoyer vers ma chronique pour plus de détails. .

Je compte réitérer avec les mangas pour ensuite vous proposer ma propre liste au Père Noël, au rythme d’un article chaque vendredi de décembre et ce jusqu’au 25. N’hésitez pas à me dire ce que vous pensez de cette idée 🙂

Je précise que la liste qui suit est classée par ordre chronologique et non de préférence !

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Ma chronique.
Premier gros coup de cœur de 2020 avec l’estrange malaventure de Mirella, un roman classé en jeunesse qui contient pourtant sa part de noirceur ainsi que beaucoup d’originalité. L’autrice a choisi d’écrire en vieux français, ce qui donne au texte un aspect exotique et assez chantant. L’héroïne, Mirella, est fascinante et la condition de la femme y est brillamment abordée.

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Ma chronique.
Cette année, les éditions du Chat Noir ont commencé à traduire l’autrice anglaise Dawn Kurtagich et j’ai eu un gigantesque coup de cœur pour The Dead House. Ce roman d’horreur propose une narration atypique puisqu’il n’est pas écrit de manière linéaire. L’autrice a opté pour des morceaux de journaux, de dossiers judiciaires, de vidéos, afin d’immerger son lecteur dans le mystère de son intrigue. Brillant et passionnant, je l’ai adoré de bout en bout mais attention, il se destine à un public averti.

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Ma chronique.
Vous le savez, j’ai passé l’année 2020 à explorer la collection Une Heure Lumière du Bélial et ce texte est toujours premier dans mon classement. Il propose lui aussi un point de vue original puisqu’il est construit comme un documentaire et raconte un pan de l’Histoire assez méconnu, celui de l’Unité 731 qui a sévi entre 1936 et 1945. Passionnant, glaçant, profondément humain et intelligent, une vraie pépite à déposer sous tous les sapins mais vu la difficulté du propos, il n’est pas adapté à de trop jeunes lecteurs.

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Ma chronique.
Vous le savez peut-être, j’aime les romans historiques même si j’en lis moins depuis quelques années. J’ai acheté ce texte après ma lecture de l’excellent Boudicca et j’ai été séduite par la manière dont l’auteur parvient à se réapproprier les évènements historiques, à les respecter tout en y apportant un angle neuf avec une pointe de surnaturel. De plus, Jean Laurent Del Socorro se concentre beaucoup sur l’humain et propose des personnages forts, fascinants, attachants. J’ai dévoré ce roman dans sa version collector qui fera un cadeau plus que superbe sous un sapin.

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Ma chronique.
Amateurs de thriller, ceci est pour vous ! Céline Saint Charle met tout son talent au service de cette intrigue passionnante et immersive dans une France où règne la loi du Talion. Un texte engagé, d’une fine intelligence, avec des personnages humains et très réussis… Ce roman est parfait pour tous les lecteurs qui ont peur de toucher aux textes de l’imaginaire, même si on approche clairement de la dystopie ici. Une belle pépite.

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Ma chronique.
Je vous ai très peu (ahem…) parlé d’Ada Palmer sur le blog (ADA RULES). Sans surprise, Trop semblable à l’éclair se retrouve dans ma sélection car ce roman a été plus qu’un coup de cœur pour moi : une véritable révélation littéraire, une claque comme je n’en avais plus prise depuis des années. Un chef-d’œuvre, voilà. Un chef-d’œuvre pas forcément facile à aborder, qui demande un certain investissement du lecteur mais quel plaisir… Si vous avez des amis ou de la famille davantage portés sur l’aspect intellectuel, ça peut être une bonne idée de cadeau !

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Ma chronique partie 1partie 2.
Cette année, grâce au Projet Maki, j’ai lu davantage de nouvelles et de textes courts. Tout naturellement, j’ai ouvert mon horizon sur les anthologies et je dois dire que celle-ci est, selon moi, la meilleure de celles publiées par Livr’S jusqu’ici. Chaque texte a su me séduire à sa façon. On est dans de la science-fiction au sens large, l’ouvrage fourmille de bonnes idées, le tout sous le parrainage de Victor Fleury. Il n’y a pas à hésiter !

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Ma chronique.
J’avais acheté ce roman à cause de son auteur, que j’apprécie beaucoup sur un plan humain. Je n’en attendais rien… et ça a été un coup de cœur. Ici, point de surnaturel. Juste une bande de potes pas très doués à l’école. Ils essaient de trouver un moyen de réussir au bac, on les suit durant leur dernière année. C’est moderne, rafraichissant mais aussi diablement intelligent et touchant. Franchement, c’est un roman que j’aurais aimé lire durant mon agrégation pour devenir prof, même si ça se passe en France et non en Belgique. Il y a beaucoup à en tirer et il plaira forcément aux adolescents mais pas que.

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Ma chronique.
Cette novella de Becky Chambers est un bijou de science-fiction positive, tourné vers l’humain avec une base scientifique solide, crédible. L’autrice raconte l’histoire de quatre astronautes partis en mission pour trouver les origines de la vie. C’est un texte inclusif, parfaitement géré, équilibré, accessible à tous les types de lecteur/ices. C’est un des romans que je souhaite voir sous tous les sapins.

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Ma chronique.
Encore un texte sur lequel je ne taris pas d’éloges mais il faut dire qu’il m’a beaucoup impressionné. Trois voleurs se réfugient de nuit dans un bazar abandonné où ils vont trouver une lettre au sein de laquelle un problème est exposé. Ils vont y répondre et se rendre compte qu’une correspondance s’engage entre eux et de mystérieux protagonistes à l’extérieur… Impossible de le reposer une fois commencé, la plume de l’auteur est magique et nous entraine dans ce Japon à cheval sur plusieurs époques. Sublime, social, plein d’émotions, une pépite.

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Ma chronique.
Dernier coup de cœur de 2020 (je pense, sait-on jamais !) l’excellentissime et très étrange Vita Nostra. Un roman dont il est difficile de parler car c’est un texte qui doit se vivre et non s’analyser. Un roman brillant, passionnant, puissant, que j’ai refermé en me disant que j’étais vraiment contente d’avoir lu un texte comme celui-là dans ma vie. Vous imaginez l’impact qu’il a pu avoir sur moi…

Et vous, quel est le livre lu en 2020 que vous aimeriez offrir à tout le monde ? 🙂

Vita nostra – Marina & Sergueï Diatchenko

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Vita nostra
est le premier tome des Métamorphoses, une trilogie écrite par deux auteurs ukrainiens : Marina et Sergueï Diatchenko. Publié par l’Atalante, vous trouverez ce roman partout en librairie au prix de 25.90 euros.
Je remercie Emma et les éditions l’Atalante pour ce service presse.

Notez que s’il s’agit bien d’une trilogie intitulée « Les Métamorphoses », chaque tome se veut indépendant.

De quoi ça parle ?
Alors qu’elle passe des vacances d’été avec sa mère, Sacha rencontre un mystérieux homme qui lui demande d’accomplir certaines tâches afin d’entrer à l’institut des technologies spéciales de Torpa. Torpa, un coin paumé à la campagne… Quant à cet institut, impossible de savoir ce qu’on y étudie véritablement, pourquoi les professeurs les contraignent à lire un livre incompréhensible ou encore pour quelle raison les étudiants plus âgés sont aussi bizarres. Hélas, contrainte par la peur, Sacha ne va pas avoir le choix que de donner le meilleur d’elle-même afin d’éviter que ses proches en paient le prix.

Un roman que l’on vit.
Difficile d’écrire en long en large et en travers au sujet de Vita nostra car tenter une analyse littéraire classique menacerait de rendre fou tout qui s’y attaquerait en profondeur. Évidemment, on pourrait parler de cette école étrange qui semble enseigner une forme de magie -bien que le terme ne soit jamais prononcé ou même écrit. On pourrait évoquer les obstacles auxquels sont confrontés les étudiants, qui doivent sacrifier leur moi profond dans leur pratique afin d’être reconstruits pour réussir à atteindre le véritable pouvoir et donc dire qu’il s’agit d’un roman initiatique avec une métaphore sur le passage à l’âge adulte. On pourrait évoquer le lien qui existe avec la philosophie, parler d’Ovide et parler du concept de Verbe (parce qu’au commencement était le Verbe, il paraît). On pourrait feindre avec un peu de poudre aux yeux d’avoir tout compris à chaque instant…

Mais ce serait un mensonge.

Vita nostra est un roman qui se vit, qui se ressent, qu’on doit lire en acceptant de ne pas tout saisir à chaque seconde tout en, paradoxalement, comprenant ce qui y est raconté -au moins sur le fond. C’est un texte au sein duquel on se plonge avec délice, terreur mais aussi un brin de voyeurisme malsain qui nous pousse à tourner les pages pour savoir ce qui arrivera ensuite, dans une frénésie incompréhensible. On tremble pour Sacha, on se demande si elle réussira à atteindre les objectifs exigés par ses professeurs ou si elle devra encaisser les conséquences de ses échecs. On s’interroge, on essaie de résoudre les mystères posés par ce duo d’auteurs et chaque fois qu’un début de réponse arrive, elle ne colle jamais à ce qu’on aurait pu imaginer.

On la suit, Sacha, pendant les trois premières années de sa scolarité. On la voit évoluer. On se sent proche d’elle, de plus en plus. On s’engage sur un chemin parallèle au sien. Nous aussi, en tant que lecteur, on change probablement un peu à la lecture de ce texte. C’est toute la magie de Vita nostra.

Vita nostra est brillant, voilà. On peut le résumer ainsi sans que ça ne lui rende totalement justice. Difficile d’en parler, difficile de mettre en avant des éléments au lieu d’autres car tout a été minutieusement tricoté pour former un ensemble cohérent, solide, addictif. C’était une lecture puissante, passionnante, marquante, que je ne peux que recommander chaudement. Je suis vraiment heureuse d’avoir lu ce roman dans ma vie.

D’autres avis : Dragon galactique –  Les critiques de Yuyine – Sometimes a book – Un papillon dans la Lune – L’épaule d’Orion – Quoi de neuf sur ma pile ? – Au pays des cave trolls – Nevertwhere – Chuuuut maman lit – Le Bibliocosme (Boudicca) – Baroona (233°c) vous ?

Humanité divisée – John Scalzi

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Humanité divisée est le cinquième opus de la saga Le vieil homme et la guerre écrite par l’auteur américain John Scalzi. Publié par l’Atalante, vous trouverez ce texte partout en librairie au prix de 25.90 euros en grand format. Il existe également en poche chez Bragelonne.
Je remercie Emma et les éditions l’Atalante pour ce service presse.

Souvenez-vous, je vous ai déjà parlé de cette saga : Le Vieil Homme et la Guerre (1) – Les Brigades fantômes (2) – La dernière colonie (3) – Zoé (4).

De quoi ça parle ?
Grâce à John Perry, la Terre sait désormais que l’Union Coloniale se sert d’elle depuis deux siècles en la maintenant dans un état technologiquement arriéré, ce qui ne leur plait pas du tout. Scandalisés, les gouvernements terriens envisagent de se rapprocher du Conclave, l’ennemi de l’Union, privant ainsi définitivement ces derniers de leurs précieuses ressources humaines…

Une suite par épisodes.
Contrairement aux quatre opus précédents, Humanité divisée se compose de treize épisodes ainsi que de deux nouvelles indépendantes, présentes à la fin. Dans les remerciements de l’auteur, on peut lire qu’il s’est cassé la tête pour que ces épisodes puissent être lus de manière indépendante en formant quand même un roman cohérent. Hélas, selon moi, ce n’est pas vraiment possible puisqu’il s’agit d’aventures reliées entre elles par des personnages identiques ainsi qu’une intrigue sous-jacente claire et dans la ligne directe de ce qui a eu lieu précédemment : qui donc essaie d’attiser les tensions entre les deux camps en faisant soigneusement porter le chapeau à l’autre ? Je préfère donc considérer ce texte comme un roman au découpage particulier que comme un recueil de nouvelles.

Particulier signifie ici intéressant et inédit pour moi. J’ai vraiment apprécié cet aspect épisodique qui ponctue la lecture par beaucoup d’action et élimine les éventuelles longueurs qu’on peut trouver au sein d’un roman et que j’ai pu ressentir, par exemple, dans les Brigades fantômes. Scalzi a du ruser pour maintenir l’intérêt de chaque partie et il a, selon moi, très bien réussi son coup tout en maîtrisant les codes de la nouvelle puisque chaque aventure se termine au sein de son épisode mais les conséquences qu’elle induit sont reprises par la suite.

Je précise par contre qu’il est possible (toujours selon moi) de lire Humanité divisée sans avoir découvert les quatre opus précédents. D’une part parce que le personnage principal n’est plus le même et d’autre part parce que le texte contient suffisamment d’éléments de contexte pour qu’un lecteur novice ne soit pas perdu. Toutefois, vu l’intérêt des romans de Scalzi, je vous recommande quand même de lire les autres.

Une galerie de personnages intéressants.
Il n’est plus à prouver que Scalzi a un don pour construire des personnages auxquels on s’attache même si, quand on prend du recul, on se rend compte qu’ils ne sont pas fondamentalement originaux. Étrange paradoxe, je sais ! Pourtant, ça fonctionne sans problème -en tout cas sur moi. Dans ce roman, plusieurs figures se détachent contrairement aux opus précédents qui se focalisaient sur un seul protagoniste, avec une narration à la première personne (sauf pour les Brigades Fantômes). Ni Zoé ni John Perry ne sont au programme mais bien Harry Wilson, qui est présent dans quasiment tous les épisodes et endosse plus ou moins le rôle de « héros » d’Humanité divisée. Soldat des forces de l’union coloniale, le lecteur l’aura déjà rencontré dans le premier tome du vieil homme et la guerre puisqu’il a quitté la Terre en même temps que John Perry et est l’un des trois rescapés de leur équipe des Vieux Cons. Il a rejoint la section scientifique / technique des FDC et n’est plus à proprement parler en service actif sur le front. Cela ne l’empêche pas d’avoir conservé toutes ses particularités de soldat génétiquement amélioré et de savoir s’en servir.

Harry Wilson a beau être un personnage attachant, on ressent tout de même une patte très américaine autour de lui et du reste des protagonistes. Il incarne un archétype du soldat dévoué mais qui n’en a pas perdu son cerveau pour autant. Il est capable de se montrer critique envers l’institution qui l’emploie et fait de son mieux pour assurer ce qu’on attend de lui. Je me suis immédiatement intéressée à ses aventures et à ce qu’il avait à proposer, presque autant que pour John Perry. Toutefois, cet aspect peut gêner (ou au contraire, attirer) certains lecteurs donc je me dois de le préciser.

Un world-building qui continue de s’étoffer.
Même si on reste sur un fond classique (l’opposition entre deux puissances d’envergure pour le contrôle de territoires spatiaux ou plus simplement, leur suprématie dans l’ensemble) je trouve que la façon dont Scalzi développe son univers est cohérente, intéressante et surtout, accessible à celleux qui n’ont pas l’habitude de ce type de littérature. Certains ont qualifié ce tome d’inutile et inintéressant, ce n’est pas mon cas. Les évènements d’Humanité divisée prennent place directement après la fin du tome 3 (ou 4 si vous considérez Zoé comme un 4 plutôt qu’un 3.5) quand John Perry apprend à la Terre que l’Union Coloniale la maintient dans l’ignorance d’énormément d’éléments concernant l’espace afin de s’en servir comme vivier pour peupler ses colonies et renforcer son armée. Humanité divisée nous montre les conséquences concrètes de cette action sur divers plans (et surtout le diplomatique) mais introduit aussi un troisième camps dont on se doute de l’existence depuis quelques temps, sans avoir toutefois de réelles preuves de son implication. Autre qu’en partant du principe que chaque camps dit la vérité sur son innocence, bien entendu… C’est là aussi tout le génie de Scalzi qui continue de jouer avec son lecteur tout en lui donnant l’impression de porter une jolie auréole au-dessus de sa tête. J’adore !

Humanité divisée explore aussi un nouveau volet : celui de la diplomatie. Le coup porté par Perry à l’Union Coloniale oblige cette dernière à revoir sa politique d’image de marque, si j’ose dire, et le texte se concentre d’ailleurs sur une équipe diplomatique que Wilson rejoint un peu malgré lui pour ses compétences de technicien. C’est l’occasion de rencontrer plusieurs nouveaux peuples extraterrestres, de se familiariser avec d’autres coutumes, de vivre une aventure improbable avec un chien (cet épisode m’a tellement fait rire !) et bien d’autres encore, je vous laisse les surprises. On pourrait craindre l’absence de batailles spatiales ou de tragique mais rassurez-vous, ce n’est pas le cas du tout, particulièrement dans l’épisode final.

Deux nouvelles bonus.
Petit mot sur les deux nouvelles qu’on trouve à la fin : la diplomatie en trois rounds et Hafte Sorvalh déguste un churro et s’entretient  avec la jeunesse d’aujourd’hui. La première remet en scène Harry Wilson quelques mois avant les évènements d’Humanité divisée où on lui demande de se battre contre le représentant d’un peuple avec qui l’Union Coloniale est en pourparlers et qui sont très intéressés par l’aspect militaire de l’UC. C’est un texte sympathique à lire, une aventure divertissante mais sans plus. Le véritable intérêt de ces suppléments réside selon moi dans la seconde nouvelle où on retrouve une ambassadrice du Conclave (qu’on a eu l’occasion de croiser au fil des épisodes) Hafte Sorvalh. C’est une Lalan, un peuple qui ressemble un peu à de gros reptiles de trois mètres en mode humanoïde. Lors de ses voyages sur Terre, elle s’est découverte une passion pour les churros et c’est en allant en manger qu’elle rencontre un groupe d’enfants en sortie scolaire, ce qui donne lieu à un échange assez touchant entre les enfants et elle. J’ai surtout apprécié les propos de tolérance et d’ouverture qui transparaissaient dans le texte même si, à nouveau, ce n’est rien de fondamentalement original. Mais ça ne m’a pas empêchée d’être touchée.

La conclusion de l’ombre : 
Humanité divisée est un roman construit en treize épisodes + deux nouvelles bonus et qui s’inscrit dans la lignée directe des évènements de la saga Le vieil homme et la guerre. Scalzi alterne cette fois entre plusieurs protagonistes et le format épisodique permet de maintenir tout du long l’intérêt du lecteur grâce à un enchainement d’action bien maitrisé. Scalzi reste fidèle à lui-même et met son talent au service du lecteur qui, probablement habitué et fan à ce stade, sera ravi de retrouver tout ce qui constitue un bon roman de cet auteur devenu incontournable : des personnages attachants, de l’action, un background solide, de l’humour bien dosé. Vous ne serez pas renversé : Scalzi continue d’écrire du Scalzi. Mais, personnellement, c’est bien ce qui me pousse à continuer à le lire.

D’autres avis : De livres en livres – vous ?

Maki

Rêveur Zéro – Elisa Beiram

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Rêveur Zéro
est le premier roman de l’autrice française Elisa Beiram. Publié par l’Atalante, vous trouverez ce texte partout en librairie au prix de 23.90 euros.
Je remercie Emma et les éditions l’Atalante pour ce service presse numérique.

De quoi ça parle ?
Dans un futur proche, les rêves se matérialisent soudain dans la vie de tous les jours, entrainant une flopée de problèmes divers et variés. Certains sont inoffensifs. La plupart, non…

Un roman chorale ambitieux.
Pour un premier texte, Elisa Beiram voit les choses en grand et propose un roman chorale divisé en dix-huit jours et dix-huit nuits. Les nuits sont écrites à la première personne et donnent la parole à des rêveurs dont on ne connait pas toujours l’identité. Leurs rêves vont en général avoir une incidence sur la réalité dans le jour qui suit et je dois avouer que ces passages sont très déconcertants. Logique puisqu’il s’agit de songes mais j’ai eu du mal à m’intéresser à ces parties durant ma lecture tant elles partaient dans tous les sens. J’ai mis quelques chapitres à comprendre pour quelle raison elles existaient et j’ai parfois du me faire violence pour ne pas les sauter. Je précise que c’est un ressenti tout personnel.

Quant aux parties consacrées aux jours, les narrateurs sont assez nombreux et je me propose de vous les présenter succinctement :

On a tout d’abord Zahid, un trentenaire qui participait à une expérience sur le rêve lucide dans un laboratoire de Genève. Au début du roman, il retourne chez sa sœur Victoire plus tôt que la date prévue. On comprend qu’il a quitté le labo mais on ignore pendant longtemps les circonstances de ce départ et ce que ça implique. D’autant que le dit laboratoire disparait littéralement sans laisser de traces, du jour au lendemain… Zahid est donc activement recherché par les autorités pour apporter son témoignage, ce qui va le pousser à fuir à travers l’Europe.

On a ensuite Alma, une spécialiste en neurosciences qui travaillait sur l’expérience à laquelle participait Zahid. Si elle n’a pas disparu avec le reste de ses collègues, c’est parce que son appartement a pris feu et qu’elle se trouvait sur place pour constater les dégâts. Coïncidence ? Peut-être… Forcément, tout le monde cherche à l’interroger pour comprendre de quoi il en retourne. De son côté, quand Alma va constater la disparition du laboratoire, elle va se mettre à la recherche de Zahid pour essayer de comprendre ce qui se passe.

Jannis est le troisième personnage important du roman et aussi le frère d’Alma. Il travaille chez Delta Blue, une boîte de gestions de données qui va tenter de comprendre le phénomène d’apparition des rêves et de mettre au point un schéma de propagation pour enrayer tout ça. Jannis a l’intuition que la situation est plus complexe qu’il n’y paraît et ses recherches vont le mener assez loin dans les méandres du net…

Victoire, de son côté, est donc la sœur de Zahid dont j’ai déjà parlé. Elle est infirmière dans un hôpital parisien et sa présence permet de traiter l’aspect humain de l’épidémie de rêves. En effet, la plupart des gens qui arrivent aux urgences en se pensant blessés ne le sont pas, en réalité. Mais leur cerveau est persuadé du contraire (en même temps imaginez, vous vous faites écraser par un piano en pleine rue… même si le piano n’existe pas, votre cerveau pense que si et ça créé un choc si pas une mort instantanée). Certains nécessitent juste un accompagnement psychologique mais d’autres sont dans le coma. En plus d’être infirmière, Victoire est mère et doit mener tout de front. J’ai particulièrement apprécié les moments qui lui étaient consacrés parce qu’ils font échos, je trouve, à notre actualité. Je vais y revenir.

Enfin, dernier personnage d’importance: Philipp, un policier haut gradé qui enquête sur les origines de cette épidémie et va être en contact avec tous les personnages précédents à un moment ou à un autre. Ce protagoniste est grosso modo l’archétype du policier un peu bourru, qui en a vu, qui est un brin passé de mode mais ne lâche jamais rien. Il n’est pas désagréable à suivre et ses parties permettent en général d’avancer dans l’intrigue.

Le lecteur croisera également de manière ponctuelle d’autres protagonistes de moindre importance dont je ne vais pas parler pour ne pas divulgâcher des éléments de l’intrigue.

L’épidémie… un thème d’actualité.
Tout au long de ma lecture, je n’ai pas pu m’empêcher de distinguer des parallèles avec la situation sanitaire actuelle. Bien entendu, ce que nous vivons est moins meurtrier que l’épidémie de rêves au sein de la diégèse du roman et n’a pas pris (encore ?) de telles proportions. Toutefois le texte d’Elisa Beiram soulève certaines thématiques et problématiques qu’on a eu l’occasion de retrouver récemment dans notre actualité. Déjà, la pression qui repose sur le personnel soignant exténué qui a à peine le temps de prendre un peu de repos avant d’y retourner. Ensuite, la façon dont certaines personnes profitent du chaos pour leur propre compte. Enfin, les abus que cela génère immanquablement à tous les degrés de pouvoir. C’est un roman vraiment très actuel et je pense que ça a participé aux difficultés que j’ai eu à le lire. Ce n’était pas la bonne période pour moi pour découvrir un texte comme celui-là. Je l’ai trouvé anxiogène malgré la maîtrise manifeste de l’autrice et l’intelligence du propos développé. Sachez d’ailleurs que je ne vous présente ici qu’une infime partie de ce que contient le roman.

Finalement, la grande question qui pourrait résumer Rêveur Zéro c’est : comment l’humanité réagit-elle face à une épidémie d’ampleur mondiale ? Je pense que le roman était prévu au catalogue de l’Atalante bien avant la crise toutefois le hasard fait bien les choses pour le coup. Il prend vraiment une dimension supplémentaire liée à notre actualité, ça l’enrichit d’une certaine manière, en tout cas selon moi.

Cette question, Elisa Beiram propose d’y répondre à sa façon à travers la voix de plusieurs protagonistes tous très différents les uns des autres, aux préoccupations et aux existences plurielles, avec une pointe de métaphysique qui se lie sans problèmes à l’aspect scientifique révélé par la conclusion et divulgâché par le classement littéraire du roman parce qu’on aurait très bien pu penser à du fantastique pendant les trois quart de l’intrigue,. À mes yeux, ce n’est pas incompatible avec un futur proche qui possède une technologie un peu plus développée. L’autrice se montre à la hauteur de l’ambition qu’elle a souhaité pour son premier roman. Elle place la barre très haut et si je n’ai pas été séduite en tant que lectrice par Rêveur Zéro, je sais reconnaître les qualités d’un texte outre mes propres goûts -ce qui me pousse à vous en parler sur le blog.

La conclusion de l’ombre :
Rêveur Zéro est un roman de science-fiction qui se déroule dans un futur proche, un peu partout en Europe. Il s’agit du premier texte de l’autrice et celle-ci place la barre assez haut en proposant un roman chorale ambitieux sous-tendu par une question cruciale : comment l’humanité réagirait-elle face à une épidémie mondiale ? Texte hélas tristement d’actualité bien que l’épidémie dont il s’agit ici soit celle de rêves qui se manifestent dans la réalité. Une découverte intéressante qui pousse à réfléchir.

D’autres avis : Pas encore mais cela ne saurait tarder ! N’hésitez pas à renseigner votre chronique dans les commentaires 🙂