La fin de tout – John Scalzi

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La fin de tout
est le sixième et dernier volume de la série de space-opera le Vieil Homme et la Guerre écrit par l’auteur américain John Scalzi. Publié par l’Atalante vous trouverez ce grand format au prix de 23.90 euros.
Je remercie Emma et les éditions l’Atalante pour ce service presse numérique.

De quoi ça parle ?
Souvenez-vous, je vous ai déjà parlé de cette saga : Le Vieil Homme et la Guerre (1) – Les Brigades fantômes (2) – La dernière colonie (3) – Zoé (4) – Humanité divisée (5).
La mystérieuse organisation qui s’occupe de monter l’Union Coloniale contre le Conclave se révèle enfin et a un nom : l’Équilibre. À travers quatre nouvelles, l’auteur conclut la saga commencée avec John Perry il y a six tomes, une saga qui a largement dépassé son protagoniste d’origine…

4 nouvelles et une réécriture alternative.
Ce dernier tome est plutôt un recueil qu’un roman puisque, à l’instar d’Humanité divisée, Scalzi choisit de continuer l’exploration de son univers à travers des aventures séparées, quoi que liées les unes aux autres, en changeant chaque fois de personnage principal. Le texte le plus marquant reste pour moi le tout premier, intitulé La vie de l’esprit. Cette nouvelle raconte de quelle manière Rafe Daquin est devenu « un cerveau en boîte » (littéralement..) après avoir été capturé par l’Équilibre, la fameuse organisation de l’ombre qui cherche à détruire le Conclave ainsi que l’Union Coloniale par d’habiles jeux de manipulation. Rédigée à la première personne, cette nouvelle s’adresse par moment directement au lecteur car Scalzi prend le parti de permettre à Rafe de raconter son histoire comme s’il le faisait dans la diégèse du roman, afin d’informer, afin de sensibiliser aux évènements. J’aime bien l’idée.

Être privé de son corps et menacé d’enfermement dans un vide perpétuel en cas de refus d’obéissance n’a rien d’une partie de plaisir. À l’instar des autres protagonistes proposés par l’auteur au fil de cette saga, je n’ai eu aucun mal à m’attacher à Rafe, à compatir à sa situation, à me sentir concernée par ses mésaventures. L’auteur a vraiment le chic pour proposer des personnages sympathiques et il le montre encore une fois avec cette nouvelle qui pose le personnage qu’on retrouvera tout au long de ce tome, quoi que plus en tant que narrateur.

Cette nouvelle, c’est aussi l’occasion de balancer au lecture explications et révélations. Le procédé manque un peu de subtilité mais reste efficace, en tout cas si on apprécie la façon de travailler de l’auteur (ce qui est mon cas).

Le second texte se déroule de nouveau au Conclave et s’intitule Cette union fantôme. C’est l’occasion de retrouver Hafte Sorvalh, la conseillère du Général Gau et donc la seconde personne la plus puissante au sein de ce système politique. Ce texte permet de mettre en scène les difficultés rencontrées par le Conclave qui est en train de se déliter grâce aux actions sournoises d’Équilibre. Je dois avouer avoir été très surprise par la façon dont va se dérouler cette partie de l’histoire et la décision finale du Général. J’ai trouvé l’ensemble assez fort sur un plan symbolique et n’ait pas pu m’empêcher d’être touchée par tout ce qui se déroulait au sein du texte. L’avantage d’opter pour un choix narratif aux multiples points de vue c’est que, tout en restant dans une narration à la première personne, Scalzi parvient à donner à son lecteur les informations nécessaires à sa bonne compréhension de l’univers et des enjeux, sans ôter l’aspect émotionnel. Une belle réussite et l’apogée de la montée en puissance de La fin de tout puisque le texte suivant va un brin faire retomber la sauce, je trouve.

Dans Résister au temps, on suit cette fois un groupe de soldats des forces de défense coloniale sous la direction du lieutenant Heather Lee que le lecteur connait déjà grâce aux tomes précédents. À travers les cinq parties contenues dans la nouvelle, Scalzi montre de quelle manière les différentes colonies commencent à se rebeller contre l’Union Coloniale et les conséquences que cela a à une échelle plutôt humaine. Ce groupe de soldat est sympathique à suivre même s’ils sont composés d’archétypes pas toujours subtils. Cette nouvelle n’est pas inutile pour l’intrigue toutefois je l’ai trouvée moins passionnante, moins remarquable, que les autres ou même la suivante. 

Enfin, comme de juste ou presque, La fin de tout se terminer par L’union ou le néant qui est le quatrième texte. Cette fois, on retrouve Harry Wilson aux commandes de la narration, protagoniste principal d’Humanité divisée dont j’ai déjà pu parler sur le blog. Je ne vais pas trop m’attarder sur ce dernier texte puisqu’il contient toutes les révélations et dénouements de la saga, ce serait dommage de divulgâcher. Je ne sais pas trop quoi penser du choix final, une partie de moi s’est dit tout ça pour ça ? Et une autre se contentait très bien de cette fin ouverte, porteuse d’espoir en l’avenir. Je crois que c’est le genre de message dont on a tous besoin en ce moment…

Et voilà, quatre nouvelles. C’est donc la fin ? Pas totalement puisque Scalzi propose à la fin du volume une version alternative de la toute première nouvelle, avec des points de vue complètement différents, qui permettent de donner un éclairage nouveau au contenu qu’on a pu lire. Il y explique également en guise de préface qu’il a écrit presque 40k mots (donc l’équivalent d’un roman court…) qui n’ont pas été retenus dans la version finale de La fin de tout et qu’il garde ces mots dans un dossier au cas où ça serait utile, comme ça l’est ici à ses yeux. J’ai apprécié de découvrir cette version alternative mais je préfère quand même largement la première !

Scalzi, fidèle à lui-même.
Si vous aimez l’auteur alors vous aimerez probablement vous plonger dans cette saga puisqu’on y retrouve tous les ingrédients qui font la force de ce géant du space-opéra militaire : des personnages savoureux et variés, une bonne dose de tolérance, de la baston comme on aime, du bon et grand spectacle qui ne sert pas de poudre aux yeux pour cacher une faiblesse de fond, ça non… Parce qu’en plus d’être un très bon divertissement, la saga du Vieil Homme et la Guerre permet aussi une métaphore de la politique américaine (à l’époque de son écriture, je pense qu’on peut y voir un lien avec les tendances dites impérialistes des États-Unis) et ses conséquences possibles / probables. La politique, l’idéal démocratique, tout ça s’épanouit en filigrane d’une intrigue prenante où l’humour à la Scalzi est perpétuellement présent. 

En bref, ne vous attendez pas à être fondamentalement surpris ou chamboulé dans vos habitudes avec l’auteur, encore moins sur cette saga qui est, si je ne me trompe pas, sa toute première. En revanche, si vous aimez son travail, il ne faut pas hésiter à vous tourner vers cette série car c’est très clairement une valeur sûre. Je suis ravie de ma découverte !

À qui recommander ce cycle ?
Le Vieil Homme et la Guerre est une saga qui se veut très accessible, même (et surtout ?) aux novices en matière de space opera. C’est, à mon sens, une assez bonne porte d’entrée qui peut donc être conseillée au plus grand nombre de lecteurs, à partir du moment où ceux-ci ne sont pas réfractaires à l’humour (scalzien donc très bien dosé), à la chose militaire ni aux intrigues politiques. 

Petite coup de gueule (ou remarque ?) pour conclure :
Je suis un peu surprise par l’absence de tomaison sur cette saga et je dois avouer que je ne comprends pas ce choix éditorial. On est assez clairement sur un cycle logique dont l’intrigue se suit et la bonne compréhension de ce qu’on lit dépend des histoires précédentes. Certes, on peut éventuellement se passer des 4 premiers volumes (enfin trois et demi pour les puristes qui ne considèrent pas Zoé comme un roman à part entière) quand on se lance dans Humanité Divisée car les évènements y sont rappelés mais on y perd tellement à ne pas rencontrer John Perry ! Je sais que, commercialement, une saga se vend moins mais c’est dommage quand même de ne pas avoir donné un ordre de lecture clairement accessible au futur lecteur dés la couverture du tome. J’ai du vérifier sur Internet le bon ordre pour ne pas me tromper au moment de continuer ma lecture puisque je les avais tous dans ma liseuse, alors je me mets à la place d’un lecteur qui voit un de ces livres en librairie et tombe dans le panneau, si je puis dire… Certains ont du grincer des dents. D’autant qu’une mention de tomaison existe bien sur la version poche chez Bragelonne… Et que l’Atalante référence ces six romans sur son site sous la même série, celle du Vieil Homme et la Guerre. Donc voilà, pourquoi ne pas mettre une tomaison sur les grands formats ? Un début de réponse serait que cette mention ne semble pas exister en VO, du moins sur les couvertures que j’ai pu voir. Du coup, l’éditeur a probablement voulu respecter le choix de l’éditeur américain ou de l’auteur. Toutefois, je persiste à dire que ce n’est pas très judicieux. J’ai lu plusieurs commentaires qui le déploraient un peu plus vivement que moi et ça m’a paru pertinent de le souligner. Cela n’enlève rien à la qualité de la saga ni à ma reconnaissance infinie envers l’Atalante pour avoir traduit cet auteur extraordinaire.
Mais quand même, c’était pas votre meilleur choix éditorial. 

D’autres avis : Le chien critique (sur Babélio) – Lianne (de livres en livres) – vous ?

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