La loutre et le Prince – S. A. William

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La loutre et le Prince
est un roman de fantasy jeunesse écrit par l’autrice française (mais belge d’adoption) S. A. William. Publié chez Livr’S Éditions (et actuellement en précommande jusqu’au 30 avril), vous trouverez ce texte au prix de 16 euros. Sachez également qu’il est illustré par Caly (l’artiste derrière la couverture) et contient un CD avec les chansons écrites qui se trouvent au sein du roman.

De quoi ça parle ?
Aonyx est le prince du royaume où se déroule l’histoire et n’a jamais pu marcher. Coincé dans un fauteuil roulant, il souffre d’un manque de confiance en lui, persuadé qu’un infirme ne peut pas accomplir de grandes choses. C’était sans compter l’arrivée d’une joyeuse loutre qui va l’aider à changer l’image qu’il a de lui.
Et si Aonyx détenait la clé pour arrêter les trolls sur le point d’envahir son pays ?

Un roman jeunesse sur le handicap, l’acceptation de soi et le respect des différences.
Comme tous les textes de l’autrice, la loutre et le Prince dégage une ambiance pleine de bienveillance et de positivité, à la limite du bisounours. Cela ne l’empêche pas d’aborder des thèmes difficiles avec justesse, ce qui est parfait pour son public visé. En tant qu’adulte, le lecteur manquera peut-être d’informations sur l’univers, de nuance sur certains personnages, d’un contexte politique global plus poussé mais pour la cible de ce roman, l’ensemble est très bien maîtrisé.

À travers le personnage d’Aonyx, S.A. William parle du handicap physique, des difficultés que cela pose au quotidien (qu’on soit un puissant ou non), du regard des autres, de la manière dont une personne handicapée se projette dans la société et de la manière dont la société la considère. L’autrice aborde ces thèmes avec respect et bienveillance, en essayant d’apporter des pistes de réflexion chez son lecteur au lieu de lui matraquer des vérités toutes faites. 

Mais la loutre et le Prince ne se limite pas à la thématique du handicap. Le texte évoque aussi l’acceptation des différences et de la façon dont on a tendance à craindre l’inconnu au lieu d’essayer de le comprendre. L’inconnu ici étant symbolisé par le peuple troll qui n’est peut être pas ce qu’on pense au premier abord. En effet, les puissants du royaume les considèrent comme violents et stupides en se basant sur leur apparence mais on comprend rapidement que la nuance est de mise ici et qu’il est plus judicieux d’apprendre à connaître une culture au lieu de porter un jugement sur ce qu’on croit savoir de prime abord. Des thèmes forts et tristement d’actualité. 

Tous ces éléments viennent renforcer une intrigue certes classique mais bien rythmée, au point que les pages se tournent sans même y penser et on arrive à la fin en se demandant si une suite est prévue pour continuer à explorer ce sympathique univers et ses personnages attachants.

La conclusion de l’ombre :
La loutre et le Prince est un roman de fantasy jeunesse qui tient ses promesses pour son public visé. L’autrice aborde les thèmes du handicap, de l’acceptation de soi et des différences au sein d’une agréable aventure qui déborde de positivité. Un texte tout doux comme un bonbon !

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Neuvième lecture – Défi « la planète des singes »
(un livre qui parle de tolérance et de différence)

Les larmes de l’araignée – Pascaline Nolot

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Les larmes de l’araignée
est un roman jeunesse fantastique écrit par l’autrice française Pascaline Nolot. Publié par le Chat Noir dans sa collection Chatons Hantés, vous trouverez ce texte via leur site Internet au prix de 10 euros.

Je vous ai déjà parlé du travail de cette autrice sur le blog, notamment avec son roman Rouge et sa participation dans l’anthologie Montres Enchantées.

De quoi ça parle ?
Dans la ville de Prudenge, l’ambiance est plutôt morose alors quand le Cirque d’Opale y fait escale, ça attire forcément les enfants ! C’est ainsi que Lucas et Gabin rencontrent Éloïse, une jeune funambule avec qui ils vont se retrouver piégés dans une usine désaffectée, devenue le repaire d’Arachné…

Un conte jeunesse déconcertant.
Les larmes de l’araignée a beau être publié dans la collection jeunesse du Chat Noir (public cible 9 – 12 ans) il ne se destine pas uniquement à ce public puisque Pascaline Nolot y propose une double grille de lecture, à la fois pour ravir un public jeunesse sans pour autant perdre les adultes au passage grâce à certains thèmes que je vais développer plus bas. Au final, j’ai retrouvé avec les Larmes de l’araignée le même plaisir qu’avec Fingus Malister d’Ariel Holzl (qui a lui aussi une double grille de lecture), sauf que l’autrice se situe dans un registre plus mélancolique avec un contexte peut-être plus oppressant, sentiment peut-être induit par la présence d’araignées.

Ce roman est donc très riche sur un plan thématique. On y évoque par exemple l’intolérance à travers la réaction des enfants vis à vis du cirque (Éloïse a subi du harcèlement dans son ancienne école) mais aussi celle d’un groupe de trois garçons qui ennuient Gabin pour son mutisme traumatique. On y parle aussi de la manière dont un trop plein d’ego peut se retourner (injustement ou non à nous de décider) contre quelqu’un et le sentiment de vengeance qui peut en découler, à nouveau justifié ou non quoi qu’il soit bien clair que la vengeance ne mène à rien de bon, au contraire. On retrouve finalement dans ce roman un aspect conte renforcé par la présence d’Arachné et le mythe développé autour d’elle. Les larmes de l’araignée réussit même à évoquer la crise sociale via la fermeture de l’usine de dentelle qui souffre, comme beaucoup de commerces, de la mondialisation. Enfin, on y parle de deuil, celui d’un parent et la manière d’y faire face à travers un élément fantastique qui participe au mystère d’ensemble. Le tout sans rien sacrifier à l’aventure ou à l’intérêt de l’intrigue, encore moins aux beaux messages de résilience et de ténacité ni aux valeurs de l’amitié.

Pour ne rien gâcher, Pascaline Nolot use d’un vocabulaire qui, tout en étant accessible à son public cible, ne sacrifie rien à la poésie de ses mots qui toucheront le cœur de tous ses lecteurs.

La conclusion de l’ombre :
J’ai énormément aimé ce texte à la double grille de lecture, qui permet d’être savouré autant par un public pré-adolescent qu’un public adulte et parvient à traiter en une petite centaine de pages beaucoup de thèmes forts sans donner l’impression d’un méli-mélo informe. Arachnophobes s’abstenir car ce texte déborde de petites bêtes à huit pattes, depuis la couverture jusqu’aux illustrations intérieures en début de chaque chapitre notamment. Illustrations superbes signées Mina M. comme toujours pour cette collection ! Voici un ouvrage très recommandable vers lequel se tourner entre deux pavés, qui permet de souffler et de découvrir les secrets de l’usine de dentelle noire.

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Fingus Malister, crâne bavard, grimoire et magie noire

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Crâne bavard, grimoire et magie noire
est le second volet des aventures de Fingus Malister écrit par l’auteur français Ariel Holzl. Publié par Rageot, vous trouverez ce volume partout en librairie au prix de 12.5 euros.

De quoi ça parle ?
Fingus Malister est un apprenti seigneur maléfique qui aimerait bien développer ses pouvoirs. Pour cela, son grand-père (un crâne doté d’une moustache et d’un monocle) lui conseille de dérober le M.É.C.H.A.N.T (Manuel Élémentaire de Conjuration Hautement Avancée et de Nécromancie Ténébreuse) au Roi de l’Automne. Une nouvelle aventure attend donc Fingus et son amie Polly la sorcière.

Souvenez-vous, je vous ai déjà évoqué le premier opus : Fingus Malister, Feux follets, mandragore et cadavre frais. Je profite de l’occasion pour préciser que si ce tome est bien une suite, il peut, selon moi, se lire sans avoir découvert le précédent. Raison, je suppose, pour laquelle l’éditeur n’a pas précisé de tomaison dans le titre (mais celle-ci apparait bien sur la tranche du roman).

Un roman jeunesse ?
Qu’est-ce qu’un roman jeunesse ? Voilà une question que je me pose régulièrement. Stricto sensu, il s’agit d’une littérature à destination d’un public plus jeune et qui s’y adapte donc, par sa forme et son contenu. Ainsi, littérature jeunesse rimerait avec simplicité? Enfantin ? C’est une idée qu’on retrouve régulièrement et de plus en plus d’auteurs récents s’attachent à montrer qu’il n’en est rien. Ariel Holzl est de ceux-là.

Car le contenu de Fingus Malister, s’il est présenté avec une certaine candeur (mais une candeur malsaine un peu comme Dolorine à l’école) n’en reste pas moins plutôt sombre. On y a un Roi de l’Automne dont la traine est faite de peau humaine et qui écrit sur des feuilles mortes avec du sang, le crâne d’un grand-père seigneur maléfique qui pousse Fingus à sacrifier un être humain (enfin, il essaie) pour réussir à voler un grimoire, Fingus qui cherche à ramener toute sa famille à la vie en utilisant un rituel de nécromancie, une ville corrompue par la magie noire, des escargots qui bavent une substance qui pétrifie les gens et une ambiance globalement sombre peuplée de créatures atypiques et d’inventions farfelues. Ariel Holzl maîtrise l’aspect ludique de son univers, qui saura séduire de jeunes lecteurs, mais s’adresse également de manière détournée à son lectorat adulte en proposant, comme pour le premier opus, une double grille de lecture. C’est quelque chose que j’ai vraiment apprécié.

Alors oui, son style d’écriture se révèle plus accessible dans ce texte. Non pas qu’il soit compliqué en règle générale mais on sent que les phrases sont tournées pour être comprises par de jeunes lecteurs. Le style s’adapte à son héros, finalement, qui n’a que douze ans. Cela n’en reste pas moins un régal à lire, surtout entre deux textes plus ardus. Une bulle d’air bienvenue dont l’ambiance et les thèmes collent parfaitement à la période.

Un goût de trop peu.
Mais… parce qu’il y a un mais… Une fois arrivée à la dernière page, j’ai eu un goût de trop peu. L’épilogue proposé par l’auteur laisse entendre qu’il n’y aura plus d’autres volumes des aventures de Fingus et la manière dont il résume tout ce qui lui est arrivé après la présente aventure montre qu’il y avait encore beaucoup de matière à exploiter. Et même, la décision finale du héros de passer dans le miroir laisse entendre, espérer même, d’autres aventures qui ne paraissent pourtant pas annoncées. J’en ai conçu une grande frustration, surtout due au fait que j’aimais vraiment bien ce jeune garçon apprenti seigneur maléfique et l’univers qui gravite autour de lui. Peut-être le retrouvera-t-on dans une œuvre adulte ? Le mystère reste entier et l’espoir tenace. Ariel, si tu passes par ici, entends ma prière !

La conclusion de l’ombre : 
Fingus Malister est un diptyque jeunesse sympathique et plein d’originalité à l’ambiance sombre mais un sombre amusant. Ce tome reprend les ingrédients du précédent avec le même effet. On y retrouve l’imagination fertile de l’auteur, son humour noir ici à un niveau plus enfantin… Quoi que ! Fidèle à lui-même, Ariel Holzl propose deux grilles de lecture, ce qui permettra de ravir autant les jeunes lecteurs que les plus âgés. Cette saga, tout comme la bibliographie de l’auteur de manière générale, est parfaitement recommandable, surtout en cette période d’Halloween. Un régal.

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Nixi Turner contre les croquemitaines #5 le roi des Aulnes – Fabien Clavel

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Le Roi des Aulnes
est le cinquième (et dernier) tome de la saga jeunesse Nixi Turner contre les croquemitaines écrite par Fabien Clavel et magnifiquement illustrée par Mina M. Publié par les éditions du Chat Noir, vous trouverez ce roman au format papier uniquement au prix de 10 euros.

Souvenez-vous, je vous ai déjà évoqué les quatre tomes précédents : Baba Yaga (1) – La Goule (2) – le Père Fouettard (3) – Le Marchand de Sable (4). Je ne vais donc pas revenir sur le concept en lui-même – déjà exposé à plusieurs reprises – ni sur le contenu des tomes précédents.

De quoi ça parle ?
Ses camarades de classe la pensent folle, pourtant Jennifer ne l’est pas : elle subit l’influence d’un croquemitaine en la personne du Roi des Aulnes, dernier ennemi encore debout de Nixi. Cette dernière, blessée dans son affrontement contre le Marchand de Sable, va devoir faire face avec ses amis à ses côtés…

Un thème fort : la maltraitance…
Pour ce dernier opus au ton globalement plus sombre que les précédents, Fabien Clavel choisit d’évoquer la maltraitance parentale subie par Jennifer dont le père alcoolique frappe à la moindre contrariété. Du moins je l’ai compris comme ça. Le flou perdure quant à la part d’influence du croquemitaine là-dedans puisque la jeune fille finit par choisir de vivre chez sa mère à la fin du roman alors que j’ai eu l’impression que tout venait du croquemitaine à l’origine – même si j’admets qu’on n’a pas été confronté au père de l’année. C’est un peu flou, ce que je trouve dommage surtout avec un thème aussi important que celui-là parce qu’il passe, selon moi, à côté de son intérêt premier à savoir personnifier un mal auquel les jeunes peuvent être confrontés et donner une solution pour y remédier. À nouveau, comme pour les tomes précédents, il m’a manqué une petite liste de numéros ou d’associations à contacter pour les plus jeunes qui subissent ce genre de choses, comme cela a pu être fait dans d’autres romans de ce type.

… qui s’efface devant l’action.
Si ce thème a le mérite d’exister, d’ouvrir une discussion dans un cadre pédagogique ou parental, il disparait pourtant devant l’action, ce qui m’a rappelé un épisode final d’une saison de Buffy. Tous les évènements s’enchaînent avec trop de rapidité, des solutions sortent de nulle part… J’ai ressenti une forme de frustration induite par la facilité avec laquelle tout se résout, tout trouve une explication au détour d’un dialogue sans qu’un indice (ou alors je ne l’ai pas relevé, c’est possible aussi) ne soit donné auparavant pour atténuer ce sentiment. C’est dommage. D’autant que ce dernier ennemi est supposé être plus puissant que les autres mais on ne le ressent pas du tout ainsi.

On ne peut toutefois pas nier que ça bouge : on ne s’ennuie pas, les pages passent sans qu’on s’en rende compte et le public cible se laissera séduire sans soucis, je pense. Moi, par contre, j’ai un peu de mal à y voir autre chose qu’un divertissement empreint de nostalgie puisque ça me rappelle vraiment mes visionnages de ces vieilles séries fantastiques à la Buffy, avec les défauts inhérents.

Je n’ai pas grand chose à dire de plus au sujet de cette saga puisque j’ai chroniqué chaque tome de manière indépendante (pour rappel, les liens sont au-dessus). Je me propose donc de vous offrir un résumé rapide des points positifs et négatifs afin que vous puissiez décider si elle vous tente ou non.

Nixi Turner contre les croquemitaines, en bref :
– Une jeune fille mystérieuse débarque dans un Collège pour aider les élèves tourmentés par des Croquemitaines. Chaque tome correspond à un monstre qui incarne lui-même un mal lié à la jeunesse / adolescence : harcèlement, anorexie, maladie, maltraitance, abandon…
– Une saga très « jeunesse » dans sa structure au sens où elle manque de subtilité à mon goût et ne prend pas suffisamment son temps pour poser les différents éléments (pourtant prometteurs) qui la composent. Je n’aime pas trop utiliser ce qualificatif de jeunesse ici parce que j’ai lu d’autres romans dit jeunesses qui n’ont pas ce défaut toutefois c’est quand même un souci qui revient régulièrement à mon goût. Elle reste accessible et attirante pour son public cible, moins pour des personnes dotées d’un certain bagage littéraire sauf si vous ressentez une forte nostalgie des années Buffy (mais à ce tarif-là, tournez-vous plutôt vers Elvira Time de Mathieu Guibé).
– À recommander aux parents de collégiens ou à des professeurs de français car elle contient des pistes didactiques intéressantes à un prix tout à fait abordable, surtout compte tenu des belles illustrations à l’intérieur. Le rapport qualité / prix est clairement à l’avantage du lecteur.

D’autres avis : vous ?

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L’imparfé #1 le royaume qui perdait ses couleurs – Johan Heliot

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Le royaume qui perdait ses couleurs
est le premier tome d’une saga fantasy jeunesse intitulée l’imparfé et écrite par l’auteur français Johan Heliot. Publié chez Gulfstream, vous trouverez ce roman au prix de 13.90 euros.
Je remercie l’éditeur d’avoir offert cet epub dans le cadre du #PLIB2020 !

De quoi ça parle ?
Tindal a treize ans et va pouvoir partir à la capitale afin de suivre son entrainement de guerrier. Hélas ! Une erreur administrative le contraint à rejoindre à la place l’école des fées pour apprendre la magie. C’est le début d’un grand bouleversement…

Un parfum d’égalité entre les genres.
Il me semble très important, surtout au sein d’un roman jeunesse, d’aborder des thématiques sociales fortes qui permettront au lectorat cible de réfléchir sur certains sujets et de se construire en tant qu’individu. Le génie de Johan Heliot a été de reprendre les codes assez communs à la fantasy (surtout la fantasy jeunesse) et d’y évoque l’émancipation, pas juste féminine d’ailleurs puisqu’elle concerne autant les filles que les garçons. Pourquoi une fille n’aurait-elle pas le droit de devenir guerrière ? Et pourquoi un garçon ne peut-il pas devenir une fée ?

Au début du roman, le personnage de Tindal, treize ans, est mortifié d’apprendre qu’il va devoir suivre des cours à l’école des fées. Il a toujours rêvé de devenir un guerrier légendaire, à l’instar de ses idoles dont les portraits ornent les murs de sa chambre. Pourtant, à mesure que le récit avance, Tindal se rend compte que ce n’est pas lui qui veut fondamentalement devenir un guerrier -en plus il n’en a ni la carrure ni le caractère- mais bien la société à travers l’influence de son propre père. C’est « comme ça » que doit être un garçon afin d’honorer à sa famille. Sauf qu’en discutant avec une fée, Tindal comprend que ce n’est peut-être pas tout à fait vrai, qu’on l’influence. Que veut-il, lui ? Le génie de l’auteur tient ici qu’il n’impose pas une façon de considérer les choses de la part des adultes mais laisse le jeune héros mener son propre cheminement réflexif, l’air de rien, au milieu de toute une action qui s’enchaîne sans temps morts.

Du coup, au départ du livre et de l’intrigue, les personnages et l’univers paraissent très manichéen, ancrés dans une société sexiste avec des réflexions qui hérisseront le poil de certain(e)s. Si je n’avais pas été prévenue grâce à la chronique de Miss Chatterton, j’aurais probablement été de ceux-là et peut-être même laissé le roman de côté. Ç’aurait été très dommage vu le bon divertissement qu’il m’a offert.

Un univers simple mais efficace.
Dans le monde typé médiéval inventé par Johan Heliot, les enfants âgés de treize ans doivent tous partir à la capitale afin de suivre un certain entrainement. Pour les garçons, c’est l’école militaire au terme de laquelle les meilleurs pourront intégrer l’armée. Pour les filles, c’est l’école des fées au terme de laquelle, idem, les meilleures pourront devenir des apprenties et apprendre à maîtriser la magie des couleurs.

Parce que oui, dans ce monde, la magie passe à travers les couleurs qu’elle aspire pour créer des sorts divers et variés, en fonction des affinités de chacune. La menace qui pèse sur le royaume est justement celle du Sombre, un personnage énigmatique qui rend tout gris, la nature comme les gens, créant des « grisâtres » sorte de zombies animés qu’il contrôle et qui composent son armée. Son but semble tenir à la simple destruction, pour le plaisir de dominer. Visiblement il n’a pas pensé à l’après mais bon, les grands méchants y songent rarement !

Des inspirations flagrantes
Outre l’angle intéressant visant à aborder le droit de chacun à être qui / ce qu’il ou elle veut ainsi qu’une forme d’égalité des chances, ce premier tome de l’Imparfé reste assez classique avec des inspirations flagrantes. J’ai régulièrement effectué des parallèles avec des histoires devenues des schémas dans l’imaginaire tel que Harry Potter ou même Star Wars (surtout Star Wars en fait notamment autour de l’histoire familiale). C’est parfait pour le public novice à qui est destiné ce roman mais les révélations ainsi que les retournements de situation paraitront un peu gros / déjà-vu pour un lecteur plus aguerri qui a déjà consommé beaucoup de pop culture.

Une lecture fraiche et sans prise de tête.
Cela n’empêche pas ce texte d’être agréable à découvrir même si on se doute du dénouement, que les éléments s’enchaînent par moment un peu vite et avec une facilité qui pêche souvent quand on est confronté à un roman destiné à un public plus jeune. Je l’ai lu en prenant une certaine distance, j’avais juste envie de me vider la tête et l’Imparfé a parfaitement rempli son rôle à ce niveau.

La conclusion de l’ombre :
Le premier tome de l’Imparfé pose les bases d’une saga sympathique à destination d’un public en fin d’enfance / début d’adolescence. Très bonne porte d’entrée en fantasy pour les plus jeunes, le roman paraîtra sans surprise à un public plus aguerri en matière de SFFF et de pop culture. Ce qui ne l’empêche pas de constituer un divertissement très agréable et parfaitement recommandable.

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Nixi Turner contre les croquemitaines #2 la goule – Fabien Clavel

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La Goule
est le second tome de la saga Nixi Turner contre les croquemitaines composée de cinq volumes en tout et écrite par l’auteur français Fabien Clavel. Publié aux Éditions du Chat Noir dans sa collection Chatons Hantés (9 – 12 ans) vous trouverez ce roman court au prix de 10 euros.

Souvenez-vous, je vous ai déjà chroniqué premier tome : Baba Yaga.

De quoi ça parle ?
Après les vacances de Toussaint, Imane revient à l’école et ses camarades de classe remarquent qu’elle a perdu beaucoup de poids. Nawel s’en inquiète d’autant que pour Nixi, pas de doutes, c’est l’œuvre d’un croquemitaine !

Personnifier les maux des plus jeunes.
C’est le principe de la saga Nixi Turner, notre Buffy du collège. Chaque croquemitaine représente un problème rencontré par les préadolescents dans leur quotidien. Lors du premier tome, l’auteur évoquait le harcèlement à travers la figure de Baba Yaga. Ici, il se concentre sur l’anorexie et le culte de l’apparence qui est dévastateur chez beaucoup de femmes, jeunes ou non. On ne va pas se mentir, peu importe notre sexe, nous avons probablement un jour ressenti un complexe à ce sujet. Je n’ai aucune honte à affirmer que ça a été mon cas pendant des années et que j’ai eu beaucoup de mal à faire évoluer mon regard sur moi-même. Du coup, j’étais impatiente de découvrir comment l’auteur mettait cela en scène.

Quand Imane se regarde dans le miroir, elle y voit une fille obèse alors qu’elle ne l’est pas du tout et laisse avec plaisir la goule à tête de hyène dévorer sa graisse, malgré la douleur que cela engendre. L’idée de départ est plutôt bonne et les intentions de l’auteur sont clairement d’aider ses lecteurs à se poser les bonnes questions. À mesure que l’intrigue avance, Imane en vient à se demander si ce qu’elle voit dans le miroir est bien réel en essayant d’échapper à l’influence de la Goule sans y parvenir tout à fait. Pour cela, elle aura besoin de l’aide de ses amis.

La force de l’amitié, le meilleur traitement ?
Ce sont Chora, Hugo, Nawel et évidemment Nixi qui vont permettre à Imane de s’en sortir en réussissant à vaincre ses démons, une victoire personnifiée dans l’acceptation de sa maladie. Quand elle prononce pour la première fois le mot, elle s’y arrête et y réfléchit, franchissant une première étape. Malheureusement, l’auteur ne va pas plus loin et je le regrette. Il m’a manqué une réplique, quelques lignes ou une annexe où Fabien Clavel parlerait davantage du traitement d’Imane, de quelle manière des protocoles ont été mis en place. Le dernier chapitre la représente en train de discuter avec un psy et ses amis, et elle passe rapidement en disant qu’elle assiste à plein de groupes de paroles, texto. J’ai trouvé ça un peu… peu. Ça aurait pu suffire si, comme dans Nos vies en l’air de Manon Fargetton, l’auteur avait ajouté en annexe des numéros de centres ou d’ASBL spécialisées pour aider les jeunes souffrant d’anorexie mais ce n’est pas le cas. J’ai du coup eu un goût de trop peu, de non abouti dans la démarche de sensibilisation, ce qui m’a frustrée.

L’équilibre difficile entre aventure et engagement.
C’est un peu le souci, je pense, quand on veut écrire un texte, surtout jeunesse, qui s’engage pour sensibiliser sur un thème de société. Il y en aura toujours pour râler, soit parce que ça devient trop didactique, soit parce que ça ne l’est pas assez. Fabien Clavel écrit non seulement sur l’anorexie mais aussi sur Nixi Turner, une jeune fille mystérieuse qui chasse les croquemitaines pour une raison qu’on ignore toujours à la fin de ce tome 2. Il raconte une aventure qui met en scène un groupe d’amis préadolescents qui se battent contre des monstres, leurs doutes les uns envers les autres, on retrouve vraiment les ingrédients de ces séries que j’aimais regarder plus jeune. Au fond, c’est ça qu’on veut, non ? Peut-être ne faut-il pas toujours trop intellectualiser et laisser aux professeurs ou aux parents la possibilité de se servir de ce matériel pour justement pousser plus loin dans un second temps. Ainsi, la saga Nixi Turner constituerait surtout une porte d’entrée pour aborder avec les plus jeunes ces problèmes sociaux. En le considérant sous cet angle, je peux remballer ma frustration parce qu’au fond, c’est moi qui ai extrapolé la portée didactique de ces romans. Personne ne m’a rien confirmé ni assuré.

Et la question du public cible…
Pour ne rien arranger, il est clair que le public ciblé par ces romans est celui des 9-12 ans, catégorie que j’ai quitté depuis trop longtemps pour que j’ai vraiment envie de compter. En quinze ans (oups), j’ai évolué, j’ai lu beaucoup, j’ai affiné mes goûts et il m’est difficile de me rappeler ce que j’aurai aimé lire à ce moment-là d’autant qu’à douze ans, j’étais déjà une Potterhead jusqu’au bout des ongles. Cela ne m’empêche pas d’apprécier l’aventure et de lire ce roman court comme une bouffée d’oxygène entre deux pavés plus adultes. C’est très accessible, bien fichu, ça gagne en épaisseur à mesure qu’on avance puis l’auteur utilise des créatures qu’on n’a pas forcément l’habitude de croiser… Il accumule les bons points. Du coup, à qui recommander cette saga? Et bien aux parents, déjà, qui apprécieront probablement de faire lire ces romans à leurs enfants et qui en profiteront pour aborder certains sujets avec eux. Je doute d’avoir des lecteurs de cette tranche d’âge qui passent sur le blog donc sachez que si vous êtes professeur dans le primaire ou le début du secondaire (collège pour les copains français) c’est aussi une bonne piste. D’autant que ces petits romans à prix démocratique (10 euros seulement !) sont illustrés par la talentueuse Mina M ce qui ne manquera pas d’intéresser les plus réfractaires à la lecture.

La conclusion de l’ombre :
Pour résumer, la Goule est un second tome qui s’inscrit dans la lignée du premier. Fabien Clavel met à nouveau en scène Nixi Turner, une Buffy du collège made in France, pour combattre un croquemitaine qui personnifie cette fois l’anorexie. On retrouve dans ce volume une continuité dans la qualité et un étoffement bienvenu du bestiaire qui gagne en exotisme. C’est simple, efficace, parfaitement adapté pour son public. À lire si vous êtes parent ou prof ! Ou simplement curieux d’un petit tour en littérature jeunesse.

La Passe-miroir #1 les fiancés de l’hiver – Christelle Dabos

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Les fiancés de l’hiver est le premier tome de la saga bien connue de la Passe-miroir écrite par l’autrice française Christelle Dabos. Composée en tout de quatre tomes, trois sont déjà sortis à ce jour. Publiée chez Gallimard Jeunesse, vous pouvez retrouver ce tome en poche au prix de 8.65 euros.
Ceci est ma quatrième lecture dans le cadre du Printemps de l’Imaginaire francophone.

J’entends parler avec beaucoup d’enthousiasme de cette saga et ce, depuis longtemps. En général, c’est quelque chose qui m’effraie puisque mes goûts ont tendance à différer de ceux du grand public (quand je la relis, cette phrase est terriblement condescendante mais ce n’est pas le but du tout, je veux juste dire que je suis vraiment une emmerdeuse tatillonne :D). En plus, c’est une saga classée en jeunesse (même si après lecture, le terme « tout public » serait bien plus adapté pour la qualifier) donc j’ai mis du temps à me la procurer et encore plus à la sortir de ma PàL. Sans le PIF, je pense que le livre y serait encore.

Et quel dommage ! Parce que, vraiment, il y a du bon et même du très bon.
Nous suivons l’histoire d’Ophélie, une animiste promise du jour au lendemain à un homme du nord sans qu’elle sache trop pour quelle raison. On va l’arracher à sa famille pour la précipiter sur une autre Arche où tout est très différent de son monde originel. Ophélie va devoir apprendre à composer avec leurs mœurs mais aussi parvenir à démêler les fils des mystères et des complots entourant son arrivée là-bas. Entre un fiancé qui la met en garde sans trop lui en dire et une tante qui a une notion bien à elle de la protection, la pauvre n’est pas sortie de l’auberge.

Deux choses sont particulièrement remarquables dans ce roman:
La première, c’est l’univers ou le world-building pour utiliser un terme que je vois souvent passer. Christelle Dabos a une imagination débordante et très originale. Je ne me rappelle pas avoir un jour lu quelque chose de semblable (depuis Harry Potter, entendons-nous) et sans conteste, l’univers de la Passe-miroir a une identité très forte.

La seconde, c’est le personnage d’Ophélie.
Comprenez moi bien. Chaque personnage de cette saga a une identité propre, une profondeur. Ils sortent du lot et sont complexes, inutile d’espérer se fier à la première impression. Tous sont parvenus à provoquer une émotion plus ou moins forte en moi et je me suis laissée perdre, à l’instar de l’héroïne. Là-dessus, une fois de plus, le travail de Christelle Davos est saisissant. Mais Ophélie est une protagoniste principale comme j’aimerai en voir plus souvent. Ni trop forte, ni trop faible avec beaucoup de résilience. Elle ne s’apitoie pas sur son sort et essaie de trouver du positif dans sa situation. Son indépendance est importante pour elle mais ça ne la rend pas stupide ou trop intrépide pour autant. Je l’ai adorée et c’est principalement pour cette raison que je poursuivrai la lecture de cette saga.

Parce que malheureusement, tout n’est pas rose ni parfait dans ce premier tome qui aurait mérité un meilleur travail de la part de son éditeur. Il reste des tournures lourdes, des répétitions et surtout, il est lent. Vraiment lent. Pourtant, quand j’y repense, il se passe plein de choses mais à la lecture ça me paraissait beaucoup trop long. D’ailleurs je l’ai trainé plusieurs jours alors qu’en soi, j’aimais l’histoire comme l’héroïne. Il souffre, finalement, des défauts d’un premier roman MAIS pour un premier roman, il a aussi des qualités particulièrement remarquables et je comprends qu’il ait remporté le concours Gallimard à l’époque.

En bref et pour résumer, les fiancés de l’hiver est un premier tome qui souffre des défauts d’un premier roman (et d’un premier tome notez) sans pour autant perdre son intérêt. L’univers imaginé par l’autrice est saisissant et son héroïne marquera longtemps ma mémoire. Je ne le recommande pas aux lecteurs les plus exigeants ou les plus aguerris en la matière mais je pense que c’est une saga qui peut facilement donner le goût de la (bonne) lecture aux adolescents. Je comprends pourquoi elle a un tel succès et je suis curieuse de lire le second tome pour voir si l’autrice s’améliore sur un plan formel. Une agréable lecture !

L’école des mauvais méchants #1 – Stéphanie S. Sanders

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L’école des mauvais méchants
est une saga jeunesse à partir de 9 ans écrite par l’autrice américaine Stéphanie Sanders. Elle compte actuellement deux tomes et la publication date de 2014 chez Nathan. Vous pourrez vous la procurer dans toutes les librairies au prix de 12.95 euros.

Être méchant, ça s’apprend ! La preuve au centre de redressement de Veldrin Drexler qui a pour objectif de rééduquer les Mauvais Méchants pour les transformer en Mauvais Accomplis. Dans un récit à la première personne, nous suivons Rune qui va devoir mener à bien un complot afin de gagner son grade de Félon. Aidé par ses deux coconspirateur, Loup Junior et la Comtesse Jezebel, Rune a pour mission d’enlever un bébé, kidnapper une princesse, trouver un homme de main pour en faire son esclave et renverser un royaume. Rien que ça ! Le tout en une semaine…

Cette chronique ne sera pas spécialement longue ou analytique mais j’avais vraiment envie de vous parler de ce titre avec lequel j’ai passé un super bon moment de détente. Parfois, on a besoin d’un roman sans prétention, bien fichu avec une touche d’originalité et c’est ce qu’est l’École des Mauvais Méchants. Laure-Anne me l’a prêté, persuadée que ça me plairait et ce fut le cas ! J’ai vraiment bien aimé le concept et la réinterprétation des mythes « monstrueux » pour coller à un public plus jeune. Sans pour autant tomber dans le bling bling ou le gnan gnan. L’intrigue est relativement simple, surtout pour les amateurs de SFFF plus poussé, toutefois on s’y laisse prendre. D’autant que les pages se tournent rapidement ! C’est certes un grand format mais la mise en page aérée conviendra très bien aux jeunes lecteurs.

La force de ce roman, ce sont évidemment ses personnages et la manière dont la plume de l’autrice interprète Rune. La narration à la première personne apporte juste ce qu’il faut d’humour et de remarques cocasses pour réjouir le lecteur. C’est certes destiné à un public jeunesse mais ça se lit quel que soit l’âge grâce à ses multiples niveaux de lecture. Un adulte ira plus loin dans l’interprétation de certains évènements et ça rend le tout vraiment agréable.

En bref, L’école des mauvais méchants est un divertissement de qualité pour petits et grands qui renverse les points de vue moraux via des personnages diversifiés et attachants. Je recommande, surtout à ceux d’entre vous qui sont parents 🙂

#PLIB2019 La Légende des Quatre #1 le clan des loups – Cassandra O’Donnell

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Le clan des loups
est le premier tome de la saga la Légendes des Quatre, une nouveauté jeunesse écrite par l’auteure française Cassandra O’Donnell (qu’on ne présente plus) publiée chez Flammarion Jeunesse. Vous pouvez vous procurer ce roman absolument partout pour le prix de 15 euros.
Ce roman a été sélectionné pour le #PLIB2019. #ISBN9782081394254.

J’étais au salon de Bondues ce week-end et j’ignorais que Cassandra s’y trouvait également. Après l’avoir découvert en parcourant le planning dans un moment d’ennui (bah oui y’a pas toujours des gens, sur les salons !) j’ai été discuter avec elle et j’en ai profité pour acheter ce roman à destination d’un public 12 – 14 ans. Je sais, vous vous dites: non mais à quoi tu pensais? C’est pas du tout ton genre de lecture ! Un moment de folie, ça arrive, surtout quand ça concerne les écrits de Cassandra. Comme vous le savez, j’adore sa saga Rebecca Kean, donc pourquoi ne pas tenter celle-ci, que l’auteure qualifie elle-même de « Rebecca Kean mais sans sexe » ?

C’est vrai qu’il y a un peu de ça, mais pas que.
En commençant le roman, au bout du premier chapitre, j’ai refermé le livre et j’ai du changer le mode de mon cerveau. Je crois que c’est le plus difficile quand on se plonge dans un genre qui ne nous est pas familier / qu’on ne lit pas en temps normal. À partir du moment où mes neurones avaient intégré que c’est un livre à destination d’un public qui a dix ans de moins que moi, tout a commencé à aller bien mieux.

Parce ce qu’on ne s’exprime pas de la même manière à destination des enfants que des adultes. On n’utilise pas le même vocabulaire, les mêmes tournures de phrase, la même ponctuation. Non, on ne les prend pas pour des cons, mais il est vital de s’adapter à leur psychologie et à leur niveau de lecture, de langage, surtout pour cet âge, puisque c’est là qu’on construit ses goûts littéraires. Alors oui, l’abondance de verbe « être » agacera les puristes et très certainement, l’utilisation abusive des points d’exclamation rendra fou certains d’entre vous. Forcément, j’ai tiqué sur ces détails… Et ça ne m’a pas empêché de passer un très bon moment !

Pour vous évoquer le concept en quelques mots, nous évoluons dans un univers fantasy post-apocalyptique. En gros, les humains ont déconné et la technologie a disparu après une guerre contre les yokaïs. Retour au Moyen-Âge, où les tensions entre les clans et les races sont exacerbées. Il existe quatre types de yokaï: les loups, les tigres, les serpents et les aigles. Nous suivons principalement l’héritière des loups et l’héritier des tigres, dans ce tome, même si nous rencontrons également les serpents et les aigles. D’ailleurs, tant qu’on ne les avait pas croisé, je trouvais le tout sympa mais sans plus. Puis arrivent Wan (♥) et Nell… Et là, BOUM ! Je comprends ce que Cassandra voulait dire en parlant de « Rebecca Kean sans sexe » (même si en vrai ça aurait été super avec Wan, on peut imaginer un spin-off pour adulte s’teuplaiiiiit?). Ces deux personnages sont absolument géniaux, j’ai hâte de les retrouver dans les tomes suivants ! J’ai un peu moins accroché avec les deux héros principaux, mais c’est tout moi, ça: craquer sur les personnages secondaires.

Outre ça, l’univers est plutôt bien pensé et les messages passés par l’auteure sont intelligents. Il y a non seulement une mise en garde sur l’écologie et l’épuisement des ressources, mais également une mise en avant de la notion de tolérance, qui est très importante à rappeler (autant aux enfants qu’aux adultes). La Légende des Quatre n’est donc pas qu’un simple divertissement, c’est aussi un livre qui pousse à la réflexion. D’une pierre deux coups !

Pour conclure, je trouve que ce roman est une réussite qui conviendra aux petits comme aux grands. Cassandra O’Donnell invente un univers crédible et riche qu’elle exploite à travers un panel de personnages colorés. Elle n’infantilise pas son public et n’hésite pas à inclure de la violence (beaucoup de violence) et des réflexions intelligentes, tout en évitant l’anthropocentrisme chez les yokaïs, ce qui est un plus non négligeable à mes yeux. Le clan des loups se lit très vite et vous permettra de passer un bon moment au sein d’une littérature plus légère que d’habitude. À lire !

Aussi libres qu’un rêve – Manon Fargetton

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Aussi libres qu’un rêve est un roman écrit par l’auteure française Manon Fargetton et publié pour la première fois en 2006 (soit il y a douze ans !). Réédité en poche chez Castlemore au tout petit prix de 5.90 euros, il s’agit d’une dystopie destinée à un public adolescent.

Si vous me suivez un peu, vous savez probablement que Manon Fargetton est une auteure que j’admire beaucoup (et ça n’a rien avoir avec le fait qu’on ait le même prénom, même si c’est assez cool quand même :3). Lors de la foire du livre de Bruxelles, nous avons eu une discussion absolument fantastique et j’ai été plus qu’heureuse de lui faire dédicacer ce roman, ayant laissé les illusions de Sav-Loar à la maison. Au départ, j’avais juste prévu de discuter avec elle mais la quatrième de couverture m’a intriguée et le prix extrêmement démocratique m’a convaincu de tenter l’aventure. Me voici donc avec un petit roman pour ados et une dystopie, deux éléments qui font que je ne suis pas du tout le public cible pour cette œuvre littéraire.

Jusqu’à la fin du roman, j’appréciais ma lecture mais sans plus. J’ai trouvé l’univers très original mais le texte un peu trop rapide. C’est peut-être une caractéristique du roman à destination d’un public plus jeune mais j’ai regretté qu’elle n’ait pas davantage développé certains aspects de son univers et de ses protagonistes. C’est, finalement, un texte très visuel, un enchaînement de scènes fortes et courtes, comme si on découpait un film. Les personnages sont intéressants mais hormis pour Minöa et Kléano, j’ai trouvé qu’ils manquaient parfois d’une certaine profondeur. Après, je replace le texte dans son contexte: c’est le premier roman de l’auteure et j’ai lu ceux qu’elle a écrit par la suite, pour un public plus âgé. Elle s’est beaucoup améliorée là-dessus.

Je passais donc un bon moment, jusqu’à ce qu’arrive la fin… Quelle claque ! Je n’ai rien vu venir. Et je ne vais pas vous mentir, j’ai eu les larmes aux yeux. J’étais tellement dans l’optique du « c’est un roman jeunesse » que je ne m’attendais pas à ça et finalement, cette audace a magnifié tout le texte. J’ai compris les prix littéraires accordés à ce roman, je me suis aussi rendue compte qu’il offrait de nombreux messages importants tout en respectant les codes de la dystopie. Je n’en ai pas lu beaucoup, mais assez pour me rendre compte qu’un schéma revient et si Manon Fargetton reste classique dans son traitement global, on retrouve des pointes d’originalité. Par exemple, ces adolescents s’opposent au régime en place mais à plusieurs reprises, ils se demandent si ça débouchera sur quelque chose de mieux, si les récits du grand-père sur la « liberté du passé » font qu’avant, c’était vraiment « mieux » ou juste différent. Ce n’est pas aussi manichéen que ça en a l’air. Finalement, l’utopie de ces jeunes, aidés par des adultes qui préparent une révolution depuis longtemps, prend un tour beaucoup plus réaliste (j’essaie de ne rien spoiler mais ça devient compliqué) et c’est appréciable. Autant pour les lecteurs comme moi que pour les plus jeunes, ça leur apprend les nuances de gris.

En bref, j’ai passé un bon moment avec Aussi libres qu’un rêve qui est un roman tout public à lire dès 12 ou 13 ans pour sa richesse littéraire et l’intelligence de son propos. Si les personnages paraissent parfois caricaturaux et l’histoire un peu trop rapide, c’est un texte qui a le mérite de pousser la réflexion et d’être dynamique. Mention spéciale pour ce final inattendu et très fort ! Pour un premier roman, je salue bien bas la performance de cette auteure française à suivre absolument.