Le Baron Noir : volume 1864 – Olivier Gechter

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Le volume 1864 du Baron Noir est une intégrale qui reprend trois nouvelles écrite par l’auteur français Olivier Gechter. Publié chez Mnémos, vous trouverez ce très beau livre objet au prix de 24.50 euros.
Ceci est ma onzième lecture dans le cadre du challenge S4F3s5 organisé par l’ami Lutin !

Au sein d’un Paris steampunk en l’année 1864, la France est dirigée par le Président Bonaparte. Antoine Lefort, magnat des industries du même nom et plus riche célibataire du pays est également le justicier connu sous le pseudonyme de Baron Noir. Il s’applique à déjouer les machinations de puissances étrangères couplées à des groupuscules anarchistes afin de sauver la France.

Voilà en quelques mots le concept de cette intégrale. Comme je l’ai précisé plus haut, elle reprend trois nouvelles : l’Ombre du Maître-Espion, Bel-Ange et la Bataille de Cherbourg. Les trois textes se déroulent dans le même univers et se suivent chronologiquement, ils sont d’ailleurs reliés entre eux et s’assimilent sans mal aux épisodes d’un feuilleton moderne. Un feuilleton qui, selon l’éditeur, rend hommage au genre célèbre du XIXe siècle. En tant qu’amatrice du genre en question, je ne peux qu’approuver. On y retrouve de nombreuses similitudes déjà dans le ton. L’écriture d’Olivier Gechter est maîtrisée et pointilleuse. Il apporte un grand soin à sa plume autant qu’à son riche univers. Chaque nouvelle est d’ailleurs suivie de quelques notes historiques qui permettent au lecteur de constater avec quel brio l’auteur s’amuse à réécrire l’Histoire. Il utilise à son avantage des éléments plus ou moins connus et des personnages réels qu’il réadapte pour notre meilleur plaisir. Je crois que mon favori en terme de reprise restera Hugo ! On sent les recherches effectuées par l’auteur en amont mais aussi sa passion pour l’ingénierie et les sciences. Une passion contagieuse !

Outre l’aspect steampunk et uchronique très bien maîtrisé, le Baron Noir est également un recueil d’aventure croisé avec le récit de super-héros. Olivier Gechter boucle la boucle (si on me permet l’expression) en ramenant en France un mélange entre Batman et Iron Man. Il réussit à adapter la technologie utilisée pour qu’elle colle à l’époque et au genre littéraire où il s’inscrit. Pas d’armure haute technologie sortie des usines Stark mais bien des pistons et des principes scientifiques crédibles exploités pour permettre au Baron Noir de sauter plus loin, frapper plus fort, et user sur ses ennemis d’un tas de gadgets farfelus que n’auraient pas renié ces deux héros. Comme eux, Antoine Lefort est riche, aime les femmes, tâche de s’investir dans l’humanitaire et sauve souvent sa ville comme son pays du mieux qu’il le peut même si certains actes lui provoque des cas de conscience. Il a même un majordome prénommé Albert, un presque-Robin du nom de Clément Ader et un inventeur fou, Louis-Guillaume Perreaux. Cette galerie de personnages haute en couleur est rapidement attachante et le lecteur ne manque pas de se passionner pour leurs aventures. Certains diront peut-être que ça manque de représentation féminine (à l’exception de Bel-Ange) mais ce n’est pas un point qui m’a gênée personnellement.

Je ne vais pas vous détailler le contenu des trois nouvelles car le mystère tissé par l’auteur vaut la peine qu’on le découvre au fil des pages. Par contre, je vais dire un mot sur le livre objet proposé par les Éditions Mnémos : une belle couverture cartonnée avec une illustration superbe, bien détaillée que je vous encourage à observer une fois votre lecture terminée pour juger de tous les petits clins d’œil dissimulés dedans. Un papier de qualité relié et non collé (on le remarque sur la tranche, à moins que ça ne soit qu’un effet ?) avec un signet en tissu rouge du plus bel effet. Pour ne rien gâcher, l’intérieur est très soigné avec une mise en page sobre et aérée pour le texte et plutôt ludique pour les notes historiques. C’est un objet que je suis très heureuse de posséder et qui rend bien dans une bibliothèque.

Pour résumer, cette intégrale du Baron Noir est un magnifique livre objet proposé par les Éditions Mnémos dont l’intérieur se révèle à la hauteur de l’extérieur. Hommage au roman-feuilleton mais aussi aux super-héros, il propose trois aventures reliées entre elles qui mettent en scène Antoine Lefort, alias le Baron Noir, dans son combat pour sauver la France. Porté par un univers steampunk soigné, historiquement documenté et une écriture à la hauteur de ceux dont il s’inspire, Olivier Gechter propose un texte indispensable dans la bibliothèque de tous les aficionados du genre. Une grande réussite !

 

Apocalypsis (intégrale 2) – Eli Esseriam

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Apocalypsis
est une saga fantastique de cinq romans écrit par l’autrice française Eli Esseriam. Cette seconde partie a été rééditée dans la collection RE:Lynks en avril 2018. Elle contient deux romans à savoir : Cavalier Pâle, Elias et Omega. Vous retrouverez cette intégrale chez Lynks au prix de 14.90 euros.
Je remercie Bleuenn de chez Lynks Éditions pour l’envoi de ce service presse.

Rappelez-vous, je vous ai récemment évoqué le coup de cœur qu’avait été la première intégrale de cette saga. J’étais plus qu’impatiente de commencer la suite mais je craignais aussi d’être déçue. La fin d’un roman, c’est déjà quelque chose de difficile alors d’une saga de cette envergure? J’étais tellement attaché à ces personnages, à leurs particularités… Je ne me voyais pas les quitter comme ça. Mais je n’allais pas transformer Apocalypsis en roman de Schrödinger non plus ! Du coup, je vais vous parler en détail de chaque volume avant de vous donner mon retour global.

Cavalier Pâle, Elias:
Ce roman est principalement constitué par des souvenirs et est donc rédigé à la deuxième personne du singulier. Le procédé narratif est très original et m’a beaucoup marquée (et inspirée, j’avoue). Elias étant le cavalier capable d’influer sur le temps, un Elias « du futur » écrit à l’Elias « du présent » (je mets des guillemets parce que c’est relatif et un brin plus complexe, mais vous comprendrez en lisant) afin de l’éveiller et de le mettre en garde. Dans sa réalité, il a commis des erreurs qui empêchèrent l’apocalypse et il pense que cet Elias, celui « du présent » sera plus à même que lui de les éviter. Pour l’aider, il lui évoque des éléments clés de sa vie, des personnes importantes, en mélangeant les époques et les dates. Cela peut paraître un brin brouillon au lecteur mais j’ai trouvé ce procédé aussi génial qu’immersif. Il permet vraiment de se glisser dans la peau et la psyché d’Elias, qui reste l’un des plus touchants parmi les Quatre.

Omega:
Ce roman multiplie les points de vue à la première personne. On repart donc dans une narration plus classique et qui perdra peut-être certains lecteurs puisque les débuts de chapitre ne mentionnent pas qui parle précisément. Et ce ne sont pas spécifiquement les cavaliers. On le devine à travers les informations glanées dans le texte, comme un vrai jeu de pistes. C’est quelque chose que j’ai su apprécier, d’autant que le roman parait construit comme une succession de plans. Un peu comme un film.
Cette narration permet de s’arrêter sur des personnages secondaires de la saga, de découvrir leur destin, certains secrets aussi. Le docteur Chazeranne, Iris, Noémie, Héloïse, entre autres. Je ne peux pas trop en dire sur le contenu de ce roman ou même ses thématiques, au risque de spoiler l’intrigue et des évènements clés, mais j’ai d’abord été dépaysée par Omega, incrédule aussi face aux choix de l’autrice. Puis, finalement… Je n’imagine pas une autre tournure. À mon sens, la conclusion est assez brillante et riche de signification. Puis les derniers chapitres m’ont vraiment bien bottées, les personnages qu’ils présentent sont intéressants. Ce qui a rajouté à ma frustration, finalement.

Apocalypsis est une saga addictive, profonde et bien écrite qui mérite de marquer l’histoire de la littérature fantastique française. Son autrice ose proposer des personnages qui sortent du lot, s’essaie à des styles narratifs originaux qui fonctionnent bien et opte pour un final intelligent, lourd de sens. Voilà une œuvre comme je les aime, qui offre plusieurs niveaux de lecture, où tout n’est pas blanc, noir, mais bien en nuances de gris plus ou moins sombres. Ce fut l’une de mes meilleures découvertes pour cette année et je ne peux que chaudement recommander cette quintologie !

Apocalypsis (intégrale 1) – Eli Esseriam

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Apocalypsis
est une saga fantastique de cinq romans écrit par l’autrice française Eli Esseriam. Elle a été rééditée dans la collection RE:Lynks en février 2018, en deux intégrales. La partie 1 (celle concernée par cette chronique) contient les trois premiers romans à savoir : Cavalier Blanc, Alice / Cavalier Rouge, Edo / Cavalier Noir, Maximillian. Vous retrouverez cette intégrale chez Lynks au prix de 14.90 euros.
Je remercie Bleuenn de chez Lynks Éditions pour l’envoi de ce service presse !

Avant de vous parler du contenu, quelques remarques sur l’objet en tant que tel. Puisqu’il contient trois romans, il est assez volumineux ce qui n’est pas toujours très agréable pour la lecture, surtout au début et à la fin. Évidemment, c’est une remarque purement personnelle. Le livre est soigné, chaque partie a droit à une illustration d’entrée et le travail de Miésis est, comme toujours, très bon. J’ai pu comparer avec les anciennes couvertures et je préfère de loin la sobriété très évocatrice des nouvelles.

Apocalypsis comprend donc trois romans. Chacun est écrit du point de vue du personnage qu’il concerne et sert d’introduction au personnage en question ainsi qu’aux bases de l’univers. On apprend à connaître leur vie, leur passé mais aussi la façon dont ils vont s’approprier leurs pouvoirs, dont ils vont réagir en apprenant qu’ils sont des Cavaliers. Dans un premier temps, aucun ne connait les autres mais le lecteur attentif décèlera certains indices qui marqueront une relation préalable entre Alice, Edo et Maximillian.

Si le thème principale reste bien l’apocalypse, qui transparait partout, on évoque quand même surtout des tranches de vie étudiantes. Il suffit de lire la quatrième de couverture pour savoir que Quatre Cavaliers vont entamer la fin du monde et que seules 144.000 âmes (sur presque 6.5 milliards d’humain…) pourront être sauvées. Évidemment, si la majorité des gens ne remarquent rien, il existe des opposants à cette apocalypse qui vont se dresser face aux Cavaliers, les guetter et les traquer. Maintenant que je vous ai parlé du concept général, je vais m’attarder sur chacune des trois parties.

Cavalier blanc, Alice.
À peine ma lecture entamée, j’ai succombé au charme d’Alice. C’est pourtant un personnage très froid, cynique et parfaitement asocial. Difficile, à première vue, d’apprécier une héroïne comme elle et pourtant j’adore ce type de protagoniste. Pas très surprenant, n’est-ce pas? On la découvre en premier lieu dans son quotidien scolaire. Son cerveau est une véritable encyclopédie, elle possède d’office tous les savoirs du monde, devinez à qui elle le doit. Pourtant, les connaissances encyclopédiques ne font pas tout, comme elle l’apprendra à ses dépends. Alice n’est pas une personne mauvaise mais on ne peut pas dire qu’elle soit une sainte pour autant. Elle considère la plupart de ses congénères avec mépris, ses actes ont des conséquences parfois terribles qui ne l’émeuvent pas toujours. Rarement, même. Lorsqu’elle prend connaissance de ses pouvoirs, elle entre dans une phase d’expérimentation pragmatique, scientifique et cela va parfois très loin. Forcément, elle finira par en souffrir dans une métaphore très biblique de l’apprentissage par la douleur. Là se trouve la subtilité. Alice n’est pas dénuée de sentiments ou d’émotions, ce n’est pas une sociopathe. Non seulement elle m’a touchée mais en plus, elle m’a beaucoup fait rire. C’est rare, que j’accroche autant avec un personnage féminin.

Cavalier rouge, Edo.
J’ai tout de suite accroché à Edo. Un personnage brut de décoffrage, bestial, violent à la moralité plus que douteuse. On s’attendrait à des élus un minimum vertueux, mais non. Tout ce qui compte aux yeux d’Edo, c’est son petit frère, Anel. Il est le centre de son monde, sa lumière dans cette réalité pas franchement glorieuse. Émigré serbe avec ses parents, il vit dans une maison de chantier étroite avec un père alcoolique et une mère absente, très détachée, qui doit parfois se prostituer pour leur permettre de manger. Il gagne un petit supplément d’argent en se battant au vélodrome, des combats à mort qui lui procurent un certain soulagement. Son seul but dans la vie, c’est de se tirer, se payer un appartement et emmener son petit frère avec lui. Edo vit littéralement pour Anel. Il fait de son mieux pour préserver son innocence. Sauf que forcément, rien n’est facile. Edo est à deux doigts d’être renvoyé de l’école pour son absentéisme, ce que sa mère refuse (pour les allocations, elle le dit vraiment cash, comme ça). Il va donc devoir remonter ses notes en étant aidé par les bons élèves, être présent aux cours et voir le psy (ologue, pas iatre 😉 ) de l’école une fois par semaine. Tout cela va commencer à avoir un impact positif sur Edo mais quand on est le Cavalier Rouge, avoir une vie normale n’est pas conseillé. Le ton de ce tome est assez sombre, désabusé mais pas larmoyant. Edo n’est pas du genre à s’apitoyer sur son sort. Il prend ce que la vie a à donner et avance. Il n’est ni trop fermé, trop bad boy, ni trop gentil et niais. Ce fut vraiment un pur bonheur à lire du début à la fin.

Cavalier noir, Maximillian.
J’ai eu beaucoup de mal avec le personnage de Maximillian pendant une bonne partie du roman. Pour vous dresser le tableau, Max est le fils d’une famille incroyablement riche avec une dose de sang bleu dans les veines. Tellement riche que ça en devient indécent. Il est beau, il le sait. Il est égocentrique, blasé, a tout essayé, est arrogant et globalement irrespectueux, doté d’un humour plus que douteux… Il m’a directement tapé sur le système. Mais plus l’histoire avance, plus on comprend d’une part son comportement et plus il évolue, surtout. Je trouve qu’il est celui doté du pouvoir le plus cruel et la prise de conscience qui y est liée aurait de quoi bouleverser n’importe qui. L’histoire de Max est tragique, peut-être un peu trop par moment. L’enchaînement de certains évènements parait parfois gros et le twist final me laisse un peu perplexe. J’ai été moins convaincue par ce personnage et par ce tome même si ça n’a pas cassé mon envie de découvrir les deux derniers.

J’ai parlé d’évènements qui paraissent parfois gros et tombés de nulle part. Dans la diégèse d’Apocalypsis, cela n’a rien de surprenant quand on y pense deux secondes. Le livre assume pleinement l’existence et l’intervention de Dieu non seulement dans la vie des Cavaliers mais aussi dans le déroulement de l’intrigue. C’est Dieu qui les a créé, façonné comme Il le voulait, qui a décidé de leurs épreuves. En somme, c’est assez terrifiant côté libre arbitre… Dieu a des dialogues directs avec Alice (j’ai trouvé ça assez couillu en vrai ne me demandez pas pourquoi, ça a fait mouche !), communique avec Edo d’une certaine manière et se manifeste également à Max de façon détournée. Chaque partie est précédée d’un extrait prophétique concernant l’Apocalypse. J’ai aimé le choix ambitieux de l’autrice, d’en faire un vrai personnage avec un orgueil qui transparait et une toute-puissance assumée.

Au niveau de la plume de l’autrice, elle est vraiment immersive. Chaque personnage voit sa personnalité retransmise avec brio à travers les mots d’Eli Essariam. Elle a par contre parfois tendance à la digression, ce qui est un brin frustrant.

En bref, que retenir de cette (longue) chronique? Lynks propose la réédition d’une œuvre ambitieuse à prix très réduit (14.90 euros pour trois romans, je vous défie de trouver mieux). Apocalypsis aborde des thèmes bibliques qu’on pourrait croire vus et revus avec un souffle pourtant nouveau. L’autrice prend le temps de poser chacun de ses personnages principaux dans un roman qui tourne uniquement autour d’elle / de lui et permet au lecteur de s’attacher à Alice, Edo et Maximillian. J’ai été ravie de découvrir la première partie d’Apocalypsis, je la recommande plus que chaudement car Alice et surtout Edo ont été de gros coups de cœur. J’ai hâte de lire le final de cette saga !

De l’autre côté du mur (intégrale) – Agnès Marot

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Ce volume comprend deux romans écrits par l’auteure française Agnès Marot: De l’autre côté du mur et Notes pour un monde meilleur, publiés aux éditions du chat noir et réédités fin de l’année dernière chez Lynks Éditions dans un seul volume, au prix de 14.90 euros.

Ma chronique va donc se diviser en deux parties, une pour chaque livre. Avant de m’attarder sur chaque histoire de manière plus précise, je vais relever quelques points de l’univers: nous évoluons dans un monde futuriste où les filles vivent séparées des garçons. Elles maîtrisent l’Art, une forme de magie liée à la nature, là où les garçons maîtrisent la Science, qui est aussi une forme de magie mais qui s’exprime d’une manière différente. J’ai trouvé l’exploitation des pouvoirs (et leur portée métaphorique) vraiment brillante.

En avançant dans l’intrigue et dans chacun des tomes qui compose cette intégrale, on en apprend davantage sur cet univers d’une grande richesse et très référencé. D’ailleurs, l’auteure a ajouté une appendice à la fin du roman où elle nous explique ses différentes inspirations littéraires, artistiques et l’origine des citations qu’elle utilise pour ses débuts de chapitre. J’ai trouvé cela très intéressant parce que même si j’en ai relevé certaines, je suis passée à côté de beaucoup de références et ça m’a donné envie de découvrir tout ce qu’elle a cité. Au passage, moi aussi j’ai pensé que le prénom Aslan venait du monde de Narnia… Oups?

Cette intégrale m’a vraiment marquée et je ne m’y attendais pas. Elle est restée dans ma PAL depuis début octobre, j’attendais le déclic et comme à chaque fois que ça m’arrive, je me suis retrouvée à lire un petit bijou littéraire d’une auteure pleine de sensibilité, d’intelligence et de culture.

Voilà ce que j’avais à dire sur l’intégrale d’une manière globale. J’ajouterai que l’objet livre est vraiment joli, la nouvelle couverture s’inspire des plus anciennes en se les réappropriant pour coller à l’image de la collection Re:Lynks. La mise en page est agréable et le prix plus qu’abordable, ce qui ne gâche rien.

De l’autre côté du mur:
Ce roman nous raconte l’histoire de Sibel, une jeune danseuse qui vit avec les autres Filles et Mères en cultivant son Art. Tout va bien dans le meilleur des mondes jusqu’à ce qu’une de ses condisciples brise son équilibre en la touchant, la transformant en paria. Et oui, dans cette société, se toucher est interdit ! La vie de Sibel va alors prendre un autre tournant…

Je ne savais pas à quoi m’attendre en commençant ce livre et je dois avouer qu’il m’a totalement séduite par sa poésie et sa portée réflexive. Je n’apprécie pas le genre de la dystopie en temps normal mais l’écriture chantante d’Agnès Marot m’a immédiatement emmenée dans ce monde que nous découvrons à travers et en même temps que Sibel. Au dos du roman, on retrouve ce commentaire du site Escroc-griffe.com: une œuvre qui interpelle sur l’Humanité. Difficile de mieux résumer De l’autre côté du mur. Une véritable ode à la liberté, au savoir et au libre arbitre, un plaidoyer pour les Arts et la Science, pour l’Humain, tout simplement. Un avertissement aussi. J’ai du mal à imaginer qu’il s’agit du premier roman de cette auteure, dont je connaissais déjà le talent grâce à ma lecture d’I.R.L. en 2016.

L’héroïne m’a immédiatement touchée dans sa relation d’amitié avec Aylin et dans son rapport à autrui. Son évolution plutôt crédible et son caractère m’ont même permis d’apprécier la romance qui prend place dans le récit sans pour autant éclipser son propos premier. J’ai même trouvé cet amour extrêmement puissant, j’ai ressenti quelque chose pour la première fois depuis longtemps face à un « couple » littéraire. Pas une fois je n’ai levé les yeux, tant Agnès Marot maîtrise à merveille les ingrédients de son livre. Sibel reste fidèle à elle-même, à son cœur, à ses convictions et ce même si Aslan prend de plus en plus d’importance pour elle. J’ai trouvé ce choix rafraîchissant, Agnès Marot parvient à équilibrer les différents genres littéraires qu’elle exploite pour offrir une œuvre d’une rare intelligence dont les thèmes (cités plus haut) me parlent. J’ai littéralement dévoré ce tome sur deux jours à peine !

Notes pour un monde meilleur:
Rien qu’à écrire le titre, je tremble ! Ceux qui ont lu comprendront pour quelle raison… Notes pour un monde meilleur est la préquelle de De l’autre côté du mur, dévorée sur cet après-midi. On y découvre de quelle manière tout a commencé et on peut résumer ce roman court en une phrase: l’Enfer est pavé de bonnes intentions. J’ai trouvé cette histoire terriblement bouleversante et plus dure psychologiquement que De l’autre côté du mur (qui pourtant en tient une couche à ce niveau). Suivre Isaac dans ses rêves et dans la dégringolade qui suit m’a prise aux tripes. Je ne m’attendais pas du tout à lire un tel texte. Je me suis immédiatement attachée à lui, malgré ses erreurs et ses faiblesses. Et sa relation avec son épouse, Azra… Les premiers chapitres me donnaient déjà des frissons. Je n’avais plus ressenti autant d’émotions à la lecture d’un livre depuis longtemps. Je vivais avec Isaac, ensorcelée par les mots d’Agnès Marot. Quel bonheur ! Quel plaisir !

Je me dois de relever, à nouveau, sa profondeur philosophique et le message d’espoir qu’il transmet. Ce texte est profondément humain: à la fois très beau et hideux, il offre le pire comme le meilleur.
Quelle CLAQUE !

Contre toute attente, cette intégrale se révèle un vrai coup de cœur alors que ce n’est pas du tout mon genre littéraire à la base. Pour sa richesse, son humanité, sa poésie et ses messages, je vous le recommande très chaudement. ♥