Peau d’Homme – Hubert & Zanzim

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Peau d’Homme est une bande-dessinée en un volume scénarisé par Hubert et dessiné par Zanzim. Publié chez Glénat, vous trouverez ce chef-d’œuvre au prix de 27 euros.

De quoi ça parle ?
Dans une époque qui ressemble à l’Italie au temps de la Renaissance, Bianca doit se marier mais elle s’inquiète un peu et aimerait vraiment connaître son futur époux pour savoir à quoi s’attendre. Heureusement pour elle, les femmes de sa famille ont un secret : une peau d’homme qui leur permet de devenir Lorenzo, un jeune homme à la saisissante beauté. Ainsi déguisée et même transformée (puisqu’elle devient physiquement un homme avec tous les attributs liés), Bianca va se rapprocher de son époux, Giovanni, et découvrir qu’il apprécie davantage les hommes que les femmes…

Une bande-dessinée aux thématiques modernes et riches.
L’histoire a beau se dérouler pendant la Renaissance, soit il y a plusieurs siècles, le propos de Peau d’Homme est extrêmement moderne. L’histoire commence sur le fait que Bianca doit se marier et est littéralement vendue comme une marchandise à Giovanni, sans qu’on ne se tracasse de lui poser la moindre question. Elle le regrette un peu car elle souhaiterait connaître cet homme avant de partager sa vie, ce qui provoque des remarques allant de la condescendance à la moquerie dans son entourage. En effet, ses amies, déjà mariées, ne comprennent pas pourquoi elle se plaint puisque l’homme qu’on lui destine est beau…C’est connu, la beauté physique, ça résout tout ! (coucou Christian) La marraine de Bianca est la seule à comprendre ses tourments et c’est elle qui va lui léguer cette fameuse peau d’homme qui se transmet dans leur famille de génération en génération.

C’est à ce moment que la bande-dessinée tombe dans le registre du fantastique et va permettre à Bianca de vivre une expérience transgenre puisque cette peau n’est pas qu’un déguisement. Elle la transforme et lui permet d’avoir des organes sexuels masculins et donc de vraiment expérimenter ce qu’est être un homme. Impossible, donc, de la confondre dans sa ruse ! Ainsi, elle va se rendre à la rencontre de son futur époux, Giovanni, et apprendre que les hommes et les femmes vivent dans des mondes séparés avec des codes sociaux qui n’appartiennent qu’à eux et ne sont pas toujours compréhensibles par l’autre sexe. C’est par exemple le cas quand Bianca, déguisée en Lorenzo, entend son futur époux se vanter d’avoir déjà consommé leur mariage alors qu’il n’en est rien. Sa tante lui expliquera que les hommes agissent ainsi et que Giovanni joue un rôle en société, que ça ne révèle pas sa véritable personnalité. Cet ouvrage est plein de remarques pertinentes dans ce même style, qui poussent à réfléchir sur nos propres codes sociaux genrés.

L’œuvre interroge également le rapport qu’a la société à la sexualité féminine à travers le prisme de la religion et de la bonne morale publique. En effet, durant une grande partie de l’histoire, un prêtre -qui est le propre frère de Bianca- stigmatise les femmes dés qu’elles ont le malheur de montrer un bout de peau et ordonne des châtiments terribles pour celles qui osent tromper leur mari, même si le mari en question est un coureur avéré. Ce prêtre ne sera arrêté qu’une fois qu’il s’attaquera à la liberté des hommes. L’air de rien, cela en dit long… Et la transposition avec notre 21e siècle n’en est que plus aisée. Dans Peau d’Homme, les femmes doivent tout accepter et se satisfaire de leur sort, au contraire des hommes, et le jugement qu’on porte sur une même action varie en fonction du sexe. Un exemple flagrant est la colère de Giovanni quand Bianca annonce qu’elle prendra un amant puisque lui préfère les hommes. Elle le remettra à sa place en lui disant qu’il n’a vraiment pas de quoi se montrer jaloux vu ses propres actes et c’est très vrai. Giovanni lui-même parait embarrassé car il sait que sa femme a raison. On y parle également de la famille, du devoir familial mais aussi comment s’émanciper de ses parents et s’affirmer en tant que personne.

Et j’en oublie ou plutôt, je vous laisse quelques découvertes car je ne souhaite pas divulgâcher le contenu ou tout simplement gâcher votre plaisir à vous, futurs lecteurs ! J’ajoute que du point de vue de la représentation LGBTQIA+, cette œuvre est, je trouve, respectueuse, moderne et magistrale. Je ne me rappelle pas d’en avoir lu une aussi bien à ce niveau là depuis longtemps.

Bianca, une femme émancipée.
Au début de l’histoire, Bianca est une femme élevée avec les valeurs de l’Italie à la Renaissance. Si elle a quelques regrets sur son mari, sur le fait de ne pas le connaître, elle reste assez dans les clous jusqu’à se laisser enivrer par le pouvoir de la peau d’homme. Elle parle d’ailleurs de Lorenzo comme d’une personne à part, d’une entité dissociée d’elle en tant que femme, si bien qu’il lui est facile d’exposer sa nudité masculine ou d’avoir des relations sexuelles avec des hommes dans ces conditions. Vivre dans le monde masculin va permettre à Bianca de développer un esprit critique et de prendre vraiment conscience du gouffre qui existe entre leurs deux genres. Elle gagnera ainsi en caractère à mesure que l’intrigue avance, affirmant sa personnalité d’une façon très agréable.

Un graphisme particulier.
C’est toujours le souci quand je lis une œuvre graphique et ça vaut pour le manga comme pour la BD. Je suis assez sensible au charadesign, au trait de manière générale. J’ai trouvé ce titre assez dépouillé dans le but, probablement, de se concentrer vraiment sur le message et ne pas se laisser distraire par un visuel trop envahissant. Ce n’est pas spécialement un type de dessin auquel je suis sensible mais ça n’a en rien gêné ma lecture ou le plaisir que j’y ai pris. Si je le précise, c’est parce que je sais que certain/e sont comme moi et que je tiens à vous rassurer : ça vaut le coup, vraiment. Et on oublie facilement le graphisme qui, même s’il ne me séduit pas, colle quand même assez bien au titre et au propos. Après, je ne vais pas me permettre d’aller plus loin dans une analyse à ce sujet puisque je suis assez novice en la matière. Je me contente de vous partager un sentiment.

La conclusion de l’ombre :
Peau d’Homme est un véritable bijou de modernité (alors même que l’histoire se passe à la Renaissance italienne) qui aborde les thématiques de liberté de la femme, traite de la communauté LGBTQIA+ avec respect et bienveillance tout en transmettant des messages importants, en plus d’inviter à une prise de conscience sur nos habitudes culturelles genrées. L’ouvrage compte 160 pages et bouillonne de bonnes idées, de justesse et de richesse. J’ai adoré et je le recommande plus que chaudement !

PS: Une libraire m’a aimablement partagé un avant-propos écrit par Hubert au sujet de cette BD qui n’apparait pas dans la version définitive de l’ouvrage, peut-être à cause du décès de l’auteur ? En tout cas, je trouve cet apport intéressant donc je vous invite à cliquer ici pour accéder au tweet concerné et en apprendre davantage !

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