Les anges oubliés – Graham Masterton

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Les anges oubliés
est le nouveau roman d’horreur / policier de l’auteur anglais Graham Masterton. Publié chez Livr’S, vous trouverez ce roman au prix de 19 euros.

De quoi ça parle ?
Londres, de nos jours. Des phénomènes étranges se produisent : des femmes qui viennent d’avorter sont en réalité toujours enceintes de bébés déformés. Des agents de nettoyage des égouts se font agresser par ce qui ressemble à des spectres -des spectres qui lancent des clés. Quelqu’un découpe des innocents à la scie. Le détective Pardoue et la sergente Patel sont appelés en renfort. Après tout, ils ont l’habitude des affaires étranges (c.f. Ghost Virus) alors ils devraient s’en sortir.
Ou… pas.

Un roman horrifique à l’ambiance maîtrisée.
Je me rends compte que je ne lis pas souvent des romans horrifiques parce que la plupart du temps, c’est suivi par une grosse déception. Soit je n’ai pas eu peur une seconde, soit je trouve les éléments trop gros, pas crédibles, bref ennuyeux et too much. Au mieux, je rigole un coup et je dois admettre que j’avais un peu peur que ça se passe comme ça avec Graham Masterton. L’auteur a beau se trainer une grosse réputation, je crains toujours qu’elle soit un brin usurpée.

Ici ça n’a pas été le cas.
DU-TOUT.

Peut-être est-ce du à mon manque d’habitude (bah oui vu que souvent déçue, je n’en lis quasiment plus) mais le premier soir où j’ai commencé le roman, j’ai eu des cauchemars la nuit ce qui ne m’était plus arrivé depuis… Euh… Au moins tout ça. Je comprends désormais pour quelle raison Graham Masterton est connu comme maître de l’horreur et si je me base sur les anges oubliés, je dois dire qu’il n’a pas usurpé son titre.

Le roman s’ouvre sur un cas étrange d’une femme ayant subi un avortement mais qui conserve des symptômes de grossesse. En effectuant une échographie, le médecin découvre un fœtus si difforme qu’il ose à peine lui apposer un qualificatif humain. Plus que l’apparence, c’est le comportement de la créature qui créé l’effroi et l’auteur le distille à travers des chapitres du point de vue de personnages secondaires qui subissent des évènements pas hyper rassurants. Ces personnages secondaires incarnent monsieur et madame tout le monde, ça pourrait très bien être le lecteur ce qui permet de s’immerger et donne au texte un aspect très efficace -qui a en tout cas fonctionné sur moi.

L’ambiance globale du livre doit aussi être mise en avant. Une partie du roman se déroule dans les égouts londoniens, ce qui permet d’en apprendre beaucoup sur le métier de nettoyeur. J’ignorais ce qu’était un grassberg (et j’avoue j’aurais aimé que ça continue ->) ou tout ce qu’on peut trouver sous nos pieds. C’est un des aspects du roman qui m’a vraiment bien plu parce qu’il m’a permis de découvrir plein de choses dont je ne soupçonnais pas l’existence. Alors, certes, ce sont des éléments assez dégueulasses mais quand même ! Pas de regrets, j’ai dit.

Des protagonistes intéressants.
Pendant la première partie des anges oubliés, Graham Masterton alterne énormément les points de vue avec ces fameux personnages secondaires (certains apparaissent le temps d’un chapitre seulement) dans le but de poser son ambiance. Ensuite, il se centre davantage sur le détective Pardoe et la sergente Patel, un duo qu’on retrouve déjà au cœur du roman Ghost Virus. À ce moment-là, le texte s’accélère en sortant de l’aspect introductif pour enchaîner sur l’action pure et dure. Comme c’est souvent le cas avec les sagas policières, les deux histoires sont vraiment indépendantes l’une de l’autre et on retrouve assez peu de mentions au titre précédent. Ne pas l’avoir lu n’empêche pas de se plonger dans celui-ci. La preuve, c’est mon cas ! Du coup, pas de panique, il ne s’agit pas d’une suite déguisée non assumée.

Le détective Pardoe est un flic entre deux âges qui a une petite fille de huit ans et est divorcé. Il se débrouille bien dans son boulot, a un humour un peu vieux con parfois même si j’ai souri à certaines blagues. Il incarne un archétype pas très original toutefois cela ne m’a pas gênée le moins du monde dans la lecture, en partie parce qu’il inspire une forme de sympathie mais également parce que l’auteur propose d’autres personnages aboutis.

La sergente Patel m’a assez vite séduite. C’est une femme issue de la communauté pakistanaise, de confession musulmane, qui a du caractère sans en faire des tonnes. Je trouve que Graham Masterton a très bien géré non seulement l’aspect représentation de son roman (avec quelques références culturelles pas lourdes du tout qui ne donne pas l’impression d’être dans une expo’ sur la culture du Pakistan) mais aussi la crédibilité de son personnage féminin. La sergente a des failles, elle a peur par moment, elle ne se laisse pas draguer ni considérer comme un bout de viande bien que peu d’hommes la voient de cette façon. Elle se montre utile à l’enquête, ouverte d’esprit face au surnaturel sans pour autant tomber tête la première dedans ou s’en remettre à Dieu au moindre problème. Au contraire ! La subtilité de l’auteur est vraiment ici à souligner.

Parmi les personnages secondaires j’ai également relevé une femme qui ne manque pas de peps en la personne de Gemma. C’est une jolie fille, Pardoe la décrit tout de suite comme telle : blonde, élancée, la totale. Pourtant, elle enfile sans broncher une combinaison et descend au quotidien dans les égouts pour littéralement nettoyer la merde des autres. Elle s’y connait dans son métier, a de bonnes idées et du plomb dans la tête. J’ai apprécié le fait que l’auteur propose des femmes qui ont de la substance et ne se limitent pas à leur physique, ça a été un autre grand point positif de ce roman pour moi. Le fait qu’un homme relève en premier lieu son physique avant de se prendre un claque vis à vis de son métier a été plutôt plaisant et démontre, selon moi, un vif désir de casser les stéréotypes de la part de Graham Masterton.

Une mythologie horrifique assez classique….
J’ai beau ne pas m’y connaître dans le genre horrifique, j’ai eu l’occasion de lire certains romans ou visionner certains films / séries. Les éléments surnaturels sont tirés de la religion catholique et du folklore des sorcières, des poncifs usés jusqu’à la corde et pourtant je trouve que Graham Masterton les utilise judicieusement. En général, je suis la première à rouler des yeux face à un manque d’originalité comme celui-là mais pas ici parce que tout s’imbrique très bien.

…. avec une fin qui laisse sur sa faim
Le seul élément que je regrette dans les anges oubliés, c’est la fin. J’ai trouvé la résolution un peu rapide, le texte aurait mérité une vingtaine de pages supplémentaires pour être un coup de cœur, surtout avec le chapitre final. Cela ne gâche pas en soi le plaisir que j’ai eu à découvrir ce titre toutefois ce regret reste présent. D’ailleurs on peut s’interroger, y aura-t-il une suite ou non ? La porte reste ouverte bien que Graham Masterton pourrait choisir de s’arrêter là sans qu’on y perde.

La conclusion de l’ombre :
Les anges oubliés est un roman policier horrifique d’une rare efficacité. Graham Masterton réutilise son duo de détective déjà à l’œuvre dans Ghost Virus pour offrir un one-shot de qualité qui ne manquera pas de coller des frissons au lecteur. Tous les éléments fonctionnent bien ensemble et s’imbriquent les uns dans les autres pour donner un titre plus que recommandable qui ravira les fans du genre. Attention, âmes sensibles s’abstenir !

D’autres avis : Célinedanae

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Kidnapping – Geoffrey Claustriaux

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Kidnapping est le nouveau roman court (et horrifique, immonde, o-m-g ne le lisez pas pendant votre petit déjeuner) de l’auteur belge Geoffrey Claustriaux. Prévu chez Livr’S pour fin novembre (et disponible à Mon’s Livre ce week-end) vous trouverez ce petit bijou d’horreur au prix de 10 euros.

Kidnapping, c’est l’histoire d’une quarantaine d’adolescents belges qui partent en voyage scolaire en Allemagne. Tout dérape quand un officier nazi monte dans leur bus, descend leur professeur et les enferme dans un hangar où ils vont être achetés par les gens d’un village. Ouais je sais, c’est pas vraiment ce qu’on attend d’un résumé qui commence par « ce sont des ados en voyage scolaire » hein !
Pourquoi? Comment? Je ne vous en dis pas plus pour ne pas vous spoiler ce roman court qui ne compte qu’une centaine de pages. À vous de tenter cette (més)aventure.

J’ai un estomac assez bien accroché de manière générale mais ce texte d’horreur m’a vraiment dégoûtée. En même temps, ça m’apprendra à lire pendant mon petit-déjeuner… Geoffrey Claustriaux y dépeint des situations et des comportements odieux, immondes, inhumains même alors que quand on y réfléchit… C’est pas si éloigné de la nature humaine que ça. Oui, mon côté pessimiste parle encore. Nous suivons, au fil du récit, plusieurs des adolescents à qui il arrive des situations vraiment horribles que je ne vais pas détailler parce que 1) ce blog reste tout public et 2) je suis anti-spoil.
Sincèrement, âmes sensibles s’abstenir.

Une foi de plus, le travail éditorial réalisé par Livr’S est très soigné sur ce livre. Il s’ouvre sur la copie réelle d’un rapport de police et contient des extraits d’un journal intime, celui de Catherine, qui sont manuscrits dans le texte. Ce qu’on doit, comme nous l’apprennent les remerciements, à la compagne de l’auteur. Ces petits détails rendent le roman beaucoup plus immersifs. À la fin, on trouve également la copie d’un livre ou plutôt d’un chapitre de livre intitulé « Les secrets du IIIe Reich ». J’ai vérifié, plusieurs livres existent sous ce titre donc j’ignore si c’est inspiré de faits réels ou non. Selon les mots de l’auteur, tout est parti d’un cauchemar et ce texte date de son adolescence mais l’un empêche pas l’autre. Une chose est sûre: je refuse ca-té-go-ri-que-ment de m’assoir à nouveau à côté de lui !

Évidemment, je plaisante. J’ai trouvé ce texte très bon dans le genre où il officie. En général, je n’en lis pas beaucoup parce que je trouve difficile de toucher le lecteur d’horreur, de réussir à le choquer sans que ça ne devienne ridicule ou exagéré. Ici, Geoffrey Claustriaux est parvenu à ses fins. Kidnapping ravira les amateurs d’horreur bien gore et sans censure, qui tomberait presque dans le grand-guignolesque sans l’aspect psychologique pregnant au fil des pages. Ce n’est pas une histoire qu’on retient pour ses protagonistes ou pour son intrigue, mais plutôt pour son propos et sa portée significatrice. J’ai un peu de mal à parler et à qualifier ce texte, je l’admets sans honte. Il appartient à cette catégorie de livre qu’on vit plutôt que d’en parler. Ce qui est certain… C’est qu’il ne vous laissera pas indifférent !

The Promised Neverland #1 -Kaiu Shirai et Posuka Demizu

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The Promised Neverland est un shônen drame horreur fantastique scénarisé par Kaiu Shirai et dessinée par Posuka Demizu. Publié chez Kazé, la saga compte actuellement deux volumes en français (le 3 est prévu pour la fin du mois) et dix en japonais. La série est toujours en cours. Chaque tome coûte 6.79 euros.

Pour être honnête, je ne savais rien du tout sur ce manga quand je l’ai acheté. Mon libraire me l’a conseillé avec enthousiasme et malgré le fait que la couverture me provoquait quelques réticences, j’ai suivi ses conseils les yeux fermés. Il dort dans ma PAL depuis sa sortie en avril et je l’en ai finalement tiré pour découvrir une histoire qui a eu le mérite de me surprendre.

Dans The Promised Neverland, nous suivons Emma, Norman et Ray, trois orphelins qui vivent à Grace Field House avec leurs petits frères et sœurs. En tout, il y a là-bas une quarantaine d’enfants sous la surveillance d’Isabella, que tout le monde appelle « Maman ». Tout va bien dans le meilleur des mondes jusqu’à ce que la petite Connie soit adoptée. À cette occasion, Emma et Norman découvre l’horrible secret de cet établissement et je dois vous avouer que je n’avais RIEN vu venir du tout ! Ça m’a laissée scotchée.

À partir du moment où ces deux enfants sont au courant, ils décident d’essayer de s’échapper et d’emmener les autres avec eux pour ne pas les abandonner à leur sort funeste. Déjà là, on ressent toute la naïveté idéaliste du personnage d’Emma. Heureusement, Ray est là pour compenser. La seconde partie du manga sert donc à réfléchir, préparer un plan, elle est plus lente et peut-être un peu moins passionnante parce qu’elle tire en longueur et contient souvent des répétitions au sujet de l’intelligence et de la ruse dont fait preuve Maman. On retient notre souffle mais trop longtemps pour que la sauce monte vraiment. Puis j’ai été un peu gênée par l’intelligence et la maturité de ces enfants âgés d’à peine onze ans, bien que cela puisse s’expliquer par l’éducation très poussées qu’ils ont reçus.

Le chara-design est particulier, c’est un type de dessin shônen qui ne m’attire pas vraiment en temps normal mais l’intrigue me permet aisément de passer outre, d’autant que Posuka Demizu prend grand soin de ses décors et de son ambiance.

En bref, The Promised Neverland est un shônen prometteur et coup de poing qui mérite d’être découvert. Je suis curieuse de me plonger dans le second tome en espérant qu’il soit plus dynamique.

Notre-Dame des Loups – Adrien Tomas

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Notre-Dame des Loups est un one-shot de type western horrifique écrit par l’auteur français Adrien Tomas et publié d’abord chez Mnémos en 2014, avant d’être réédité en poche chez Hélios, un peu plus tard. C’est cette version que je possède et qui m’a été offerte pour mon anniversaire ! Vous la trouverez au prix de 8.90 euros.

Il est 23h. Après une longue journée pénible et fatigante, je me dis que je vais aller me coucher tôt, lire quelques pages de ma lecture en cours et probablement m’endormir dessus. 1h30 du matin, je referme ce bijou, je n’ai plus envie de dormir tellement je suis surexcitée par le contenu du livre, par cette action qui n’en finit jamais, par cette ambiance sombre dans l’ouest américain, avec ses personnages typiques et pourtant, si particuliers.

Je crois qu’on peut parler de coup de cœur, et j’en suis la première surprise, parce que ce n’est pas forcément le type de lecture vers lequel je me tourne d’habitude et que je n’ai pas forcément d’affection pour les ambiances western, grand ouest, etc. Et pourtant !

Ce n’est pas mon premier roman d’Adrien Tomas. J’avais déjà lu la Geste du Sixième Royaume il y a deux ans et j’avais aussi beaucoup aimé. C’est un auteur qui sait sortir des sentiers battus en proposant des histoires extraordinaires alors qu’il part d’un pitch ordinaire. Parce que, au fond, Notre-Dame des Loups, ce n’est « que » l’histoire d’un groupe de Veneurs qui traque les lycanthropes du Nouveau Monde et plus précisément, leur reine. C’est simple, on peut même dire que c’est du déjà-vu.
Sauf que non, pas à la sauce Adrien Tomas.

La première force de ce roman, c’est son style narratif. Chaque chapitre, qui sont plus ou moins longs d’ailleurs, représente un personnage qui raconte un morceau d’histoire. On apprend un peu son passé, on avance avec lui dans la traque, et on change ensuite pour une raison x ou y. Pour le premier, ça m’a tellement scotchée que j’en suis restée la bouche ouverte. Je n’ai plus l’habitude, surtout dans un roman écrit à la première personne, et déjà rien que là, je savais que j’allais adorer l’aventure.

D’ailleurs, même si c’est écrit à la première personne, le style s’adapte à la psychologie de chaque personnage. C’est immersif et pas du tout perturbant comme on pourrait le craindre, car au début de chaque partie (ce terme convient mieux que « chapitre » je trouve) on nous indique dans quelle tête on se trouve.

L’univers du roman est simple et efficace. Les personnages n’ont, en soi, rien d’extraordinaire. Pas de grande destinée, de prédisposition particulière (sauf peut-être pour l’Allemand). Ce sont des écorchés de la vie, qui respectent des règles extrêmement strictes et qui veillent sur l’humanité, qu’ils regardent d’un œil désabusé. Pour autant, ils ne se prennent pas pour des héros. Jonas le dit très bien, ils le font parce que personne d’autre ne le fera, c’est tout, mais ils ne cherchent ni la gloire, ni la reconnaissance.

Paradoxalement, même si le roman se déroule en extérieur, dans les vastes plaines de l’ouest, je l’ai ressenti comme un huit-clos sur cette Vènerie, ce qui nous permet de plonger dans la psychologie des personnages, sans pour autant sacrifier à l’action. Un excellent mélange de western, de fantastique, d’horreur, de suspens et d’action, parfaitement équilibré, dynamique à souhait, au point que les pages s’enchaînent sans qu’on les voit passer. Et la fin, cette confession écrite par la Dame, qui retourne toutes nos certitudes… Brillant, vraiment. Au départ, je n’étais pas convaincue mais en lisant la toute dernière page, j’ai compris. Bon sang, que c’était intelligent !

Je recommande chaudement ce roman, que vous soyez fan de fantastique ou non. C’est un livre qui mérite d’être lu car il prend des risques, transgresse intelligemment les codes et s’en sert parfois, juste assez pour égarer le lecteur dans ses certitudes. Difficile de prévoir la fin: c’est sombre, sale, dur et violent et je n’arrive pas à trouver un véritable point négatif car j’ai vraiment été transportée dans cette aventure. C’est un coup de cœur !