Filles de Rouille – Gwendolyn Kiste

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Filles de Rouille
est un one-shot fantastico-horrifique écrit par l’autrice américaine Gwendolyn Kiste et traduit par Cécile Guillot. Publié par les éditions du Chat Noir dans leur collection Griffe Sombre, vous trouverez ce roman sur leur site au prix de 17.90 euros.
Je remercie Mathieu, Alison et les éditions du Chat Noir pour ce service presse !

De quoi ça parle ?
Durant l’été 1980 à Cleveland, l’aciérie près de Denton Street ferme et le chômage s’aggrave dans le quartier. Phoebe et sa cousine Jacqueline viennent de terminer le lycée et s’interrogent sur leur avenir. Elles envisagent de partir, fuir cette misère, sauf qu’un mal mystérieux frappe cinq filles de leur âge. Leur corps se transforme d’une manière anormale… et quand ça s’apprend, Gouvernement, touristes, médecins, tous débarquent pour observer ce mystérieux phénomène. Phoebe, elle, espère juste réussir à aider ses amies… et sa cousine, devenue elle aussi une Fille de Rouille.

À la croisée des genres.
Filles de Rouille débute en 2018 alors que Phoebe a une quarantaine d’années et retourne dans sa ville natale, cessant de fuir son passé présenté alors comme mystérieux. L’autrice installe directement une ambiance décrépite, un sentiment de sale, d’abandon, à travers les décors contemplés par l’héroïne et son état d’esprit. On se sent mal et tout qui a déjà vécu près d’une zone industrielle délabrée n’aura aucun mal à se projeter dans cette atmosphère. Le second chapitre se présente comme n’importe quel roman dont l’héroïne termine l’adolescence pour entrer dans l’âge adulte, la cassure est violente mais l’effet fonctionne. Phoebe a dix-huit ans, elle vit aux côtés de sa cousine Jacqueline qui est aussi sa meilleure amie. Elle a ses petits tracas, s’inquiète de l’avenir mais tant que Jacqueline reste à ses côtés, rien ne semble la déstabiliser plus que ça. Pas même son ex qui a mis enceinte la fille avec laquelle il l’a trompée.

Assez vite, le roman glisse vers l’étrange quand la maladie de ces cinq filles est découverte. L’étrange scientifique ou fantastique ? Le doute planera jusqu’au bout et la maladie prendra une ampleur de plus en plus grande jusqu’à tomber dans le body horror qui renforcera une ambiance oppressante très bien maîtrisée. J’ai été bluffée par les descriptions de Gwendolyn Kiste qui a trouvé un excellent équilibre pour rester efficace sans tomber dans le grand-guignolesque.

Mais plus qu’un roman de l’imaginaire à l’ambiance maîtrisée, Filles de rouille illustre de tristes réalités sociales…

Un conte social
Le Chat Noir parle d’un conte social sur la quatrième de couverture et j’aime bien ce terme qui colle comme un gant au roman. L’autrice raconte en premier lieu une histoire d’amitié mais elle y incorpore un décor solide : celui d’une ville sur le déclin, qui subit la délocalisation de ses industries, où il n’y a pas / plus de travail, pas / plus d’avenir. Les filles doivent obéir à leurs pères, à leurs mères, rentrer dans un canevas étriqué qui existe malheureusement toujours à l’heure actuelle. Le parfait exemple est celui de Dawn, tombée enceinte suite à un coup d’un soir (avec l’ex de Phoebe donc aka le mec dont on claquerait bien la tête sur la bordure d’un trottoir pendant des heures tellement il est à vomir) qui accouche et n’a même pas le droit de décider ce qu’elle fera avec son bébé. C’est le conseil des mères qui s’en charge, sans jamais lui laisser la voix au chapitre. En tant que femme, ça m’a heurté et je me suis demandée combien de jeunes mères subissaient cela encore aujourd’hui..

Gwendolyn Kiste évoque ainsi, entre autre, la pression sociale, le jugement hypocrite d’autrui, la place de la femme mais aussi cette misère que connaissent certaines zones de pays supposés développés. Ici, son action se déroule aux États-Unis toutefois le propos peut-être transposé en Europe sans le moindre souci.

Dans ce contexte, je savoure l’ironie (volontaire bien entendue) que constitue la maladie des cinq filles puisque leur corps semble se transformer en éléments industriels comme l’étain, le métal, le verre, avec de l’eau boueuse qui remplace le sang pour ensuite rouiller petit à petit. La métaphore est superbe et inspirée. Au risque de radoter : tout fonctionne bien dans ce roman.

Phoebe, témoignage de la souffrance
Phoebe est la narratrice de cette histoire dans un texte écrit à la première personne. Les temporalités s’alternent entre décembre 2018 et l’été 1980, montrant l’évolution de ce personnage principal qui n’a rien d’une héroïne et qui a beaucoup souffert de toute cette histoire. L’autrice brouille les pistes pour entrainer le lecteur littéralement dans le coeur de sa narratrice, distillant les différents éléments narratifs avec plus ou moins de subtilité. Il y a par moment des longueurs dues à l’introspection toutefois, hormis à la toute fin, cela ne m’a pas dérangé. Phoebe n’est pas un personnage qui laisse indifférent, j’ai ressenti beaucoup d’empathie pour ce qu’elle vit et la perte progressive de sa meilleure amie. Ses émotions me parlent, on sent la pureté et l’importance de cette amitié dans son existence. C’est un roman comme j’aimerais en lire davantage car il met vraiment la notion d’amitié au centre de son intrigue.

La conclusion de l’ombre :
Filles de rouille est le premier roman de l’autrice américaine Gwendolyn Kiste, traduit par Cécile Guillot pour les éditions du Chat Noir. Ce one-shot fantastico-horrifique se révèle être un conte social maîtrisé qui traite de nombreuses thématiques avec beaucoup de sensibilité dans un contexte de récession qui ne peut que nous parler. Phoebe, la narratrice, est un personnage ambigu, en souffrance, qui révèle petit à petit des éléments du passé afin de nous apprendre ce qui est arrivé durant l’été 1980 à Cleveland avec les fameuses « Filles de Rouille ». À travers son histoire et sa profonde amitié avec sa cousine Jacqueline, Phoebe est une protagoniste attachante et vraie pour qui j’ai éprouvé beaucoup d’empathie au point d’avoir les larmes aux yeux à la fin. Ce premier texte est très prometteur et je me réjouis de découvrir d’autres romans de l’autrice vu sa qualité. Sans surprise donc, je recommande chaudement cette nouvelle pépite découverte par le Chat Noir !

D’autres avis : pas encore mais cela ne saurait tarder !

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Bénies soient vos entrailles – Marianne Stern

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Bénies soient vos entrailles
est un one-shot fantastico-gothique écrit par l’autrice française Marianne Stern. Publié aux éditions du Chat Noir, vous trouverez ce roman au prix de 19.90 euros. Je vous encourage à le commander par leur site Internet pour les soutenir pendant cette période difficile pour le milieu du livre !
Je remercie Mathieu et les éditions du Chat Noir pour ce service presse.

Avant d’aller plus loin sachez que ce roman est inspiré du recueil de nouvelles les Chroniques d’Oakwood publié en 2013 au Chat Noir ainsi que de la nouvelle présente dans l’anthologie Bal Masqué. On y retrouve certains personnages et évènements, toutefois l’autrice a bien travaillé et Bénies soient vos entrailles peut se lire sans avoir connaissance des deux autres textes.

De quoi ça parle ?
Oakwood, décembre 1607. Pendant la fête de Yule, une jeune fille disparaît et une autre est retrouvée morte dans d’horribles circonstances. Il n’en faut pas plus au père Irwin pour crier aux démons. Sauf que, ce coup-ci, il n’a pas forcément tort…

Des éléments classiques pour un hommage au genre.
Bénies soient vos entrailles est un roman fantastique inspiré du genre gothique et qui en respecte assez scrupuleusement les codes. Si vous êtes un peu familier de cette littérature, son déroulement ne vous surprendra donc pas car on en relève aisément les différentes caractéristiques.

Tout d’abord, le décor-type. Il se divise au sein de ce roman en deux endroits : d’une part, le cimetière séparé en plusieurs zones, avec son arbre aux pendus et son coin dédié aux morts impurs tels que les suicidés ou les exécutés. D’autre part, le village en lui-même dont se dégage une ambiance malsaine empreinte d’une religiosité fanatique portée par le détestable prêtre Irwin. L’autrice décrit l’ensemble avec brio, mettant en place une ambiance qui fonctionne plutôt bien.

Ensuite, les archétypes des personnages qu’on identifie sans mal. Le père Irwin est un religieux buté et avide de sang qui brûle des femmes sous prétexte de sorcellerie et fait peser un climat de peur sur tout le village. La femme-victime apparaît à travers le personnage de Lynn la sorcière dont on connait l’histoire part les Chroniques d’Oakwood mais qui est rappelée ici : à l’âge de dix ans, une sorcière qu’on brûlait lui a transmis ses pouvoirs, gravant un pentacle dans sa chair et la vouant à Satan. Lynn n’est pourtant pas maléfique au sens premier du terme puisqu’elle aide les Maudits à se libérer des chaînes du religieux. On croise évidemment un démon (sur lequel je ne dis pas grand chose histoire de ne pas divulgâcher), des villageois superstitieux, un maire dépassé, un palefrenier fatigué, un intellectuel qui lutte contre l’obscurantisme avec des méthodes peu orthodoxes, des fantômes… Bref, la galerie de protagonistes est variée et mise en scène avec crédibilité ce qui implique que certains sont très pénibles à suivre. Notamment le père Irwin, pour ne pas le citer. Je crois que je n’ai plus autant détesté un personnage depuis Ombrage.

Enfin, Marianne Stern développe des thématiques qu’on retrouve dans la définition même du genre gothique : sorcellerie, satanisme, pacte démoniaque, fantômes du passé qui se manifestent dans le présent (notamment via John et Nelson) bref comme je l’ai dit, Bénies soient vos entrailles colle à ce qu’on attend d’un roman fantastico-gothique. Il ravira sans problèmes ceux qui en aiment les codes et recherchent ce type de littérature. Aucun risque d’être déçu de ce côté-là.

Mais peut-être un peu trop classiques ?
Malheureusement, la sauce n’a pas bien pris avec moi car je m’attendais à davantage de surprises au sein de l’intrigue et des personnages. J’ai souvent été déçue par leurs choix et leurs actions, surtout en ce qui concerne Lynn. Je pense que ce roman est parfait pour un lecteur curieux de s’initier à ce genre littéraire mais qu’il conviendra un peu moins à ceux avec un peu de bouteille dans cette littérature. J’ai également été interpellée par le fait que le style littéraire de la quatrième de couverture ne correspondait pas à celui du roman puisque ce texte n’est pas du tout rédigé à la première personne du point de vue de la sorcière mais bien dans une narration qui alterne les personnages, certains plus agréables que d’autres à suivre. Ce qui est dommage car j’appréciais tout particulièrement cette mise en bouche !

La conclusion de l’ombre :
Bénies soient vos entrailles est un roman fantastico-gothique qui rend hommage au genre et permet aux éditions du Chat Noir de retourner à ses racines au sein de la collection Griffe Sombre. Marianne Stern (re)met en scène le village d’Oakwood et sa Demoiselle dans une intrigue qui fleure bon la sorcellerie et le satanisme, signant ainsi une belle porte d’entrée dans ce type de littérature.

D’autres avis : pas encore, le roman vient de sortir !

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Les damnés de Dana #3 les larmes de Dana – Ambre Dubois

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Les damnés de Dana
est une trilogie historico-fantastique écrite par l’autrice française Ambre Dubois. Les larmes de Dana est son troisième (et dernier donc !) tome. Publié au Chat Noir dans la collection Griffe Sombre, vous trouverez ce roman actuellement en promotion au prix de 10 euros au format papier.

Je vous ai déjà parlé de cette saga avec son premier tome (la dame sombre) et son second (les brumes du crépuscule). Comme il s’agit d’un troisième tome, cette chronique contiendra inévitablement des éléments divulgâchés. Vous êtes prévenus !

De quoi ça parle ?
Avec un nouvel empereur à sa tête, Rome décide d’attaquer les villages au nord du mur d’Hadrien afin de reprendre la conquête de cette terre qui ne lui a que trop résisté. Comme le craignait Mévéa, les deux étrangers dirigeant cette armée corrompent le Seuil des Anciens et rompe les liens qui existaient encore avec le monde des ombres. C’est la fin d’une ère qui se dessine…

Une conclusion surprenante.
Quand je lis une saga comme celle-là, je m’attends toujours à être déçue par sa conclusion, habituée comme je l’ai été avec la vague bit-lit à voir naître au fil des pages des solutions tarabiscotées et sans enjeux à des problèmes pourtant présentés comme insolubles. Il n’y a rien qui m’agace plus que cela, j’entamais donc la lecture de ce troisième tome un peu à reculons en craignant de revivre la même chose mais ça n’a pas du tout été le cas.

Avec les larmes de Dana, on comprend pour quelle raison ce cycle a été classé dans la collection Griffe Sombre du Chat Noir. L’autrice opte pour des choix osés. Elle décrit la guerre, les massacres, des tactiques douloureuses pour gagner un peu de terrain, des pratiques assez immondes et pourtant très crédibles selon moi. Je ne suis pas spécialiste de la période concernée ou même de l’Empire romain toutefois Ambre Dubois paraît avoir effectué des recherches solides sur ces sujets. Elle n’hésite pas à sacrifier des personnages récurrents et à faire prendre aux survivants des décisions radicales, offrant un épilogue qui m’a donné des frissons et un peu de vague à l’âme. Je n’en dis pas plus toutefois la surprise et l’intelligence du propos, de la démarche, ont vraiment su me surprendre dans le bon sens.

Alors comprenez moi, ça ne veut pas dire que tout le monde meurt dans la souffrance et les larmes, qu’il ne reste finalement rien à sauver. Non. J’entends par mon commentaire qu’Ambre Dubois a effectué des choix crédibles, judicieux, apportant un peu d’espoir sans que cela ne devienne risible ou improbable. L’autrice a trouvé un bon équilibre qui permet d’y croire jusqu’au bout. Au sein de ce genre littéraire, je n’avais plus lu cela depuis un moment.

Une héroïne déchue.
Il arrive fréquemment dans les histoires typées bit-lit que l’héroïne soit en réalité une espèce d’élue ou l’unique représentante d’une caste éteinte, pour grossir un peu le trait. Mévéa se dirigeait dans cette direction, gagnant en puissance petit à petit pour finalement terminer la saga… comme une simple humaine sans pouvoirs. Je m’attendais à ce qu’elle se montre déterminante dans les affrontements, à ce qu’elle sauve tout le monde en tant que Morrigane… mais non. J’ai aimé ce retour à l’humanité, finalement l’autrice illustre dans sa saga les derniers mots du Père des druides, se répondant à elle-même d’une façon assez astucieuse. Bien pensé !

Finalement, cette trilogie, c’est pour quel public ?
Pour le reste, je ne vais pas répéter ce que j’ai déjà pu dire dans mes deux autres chroniques. Les défauts relevés (propres au genre) sont toujours là et les qualités également. La trilogie reste très constante à ce niveau, ce qui n’est pas plus mal.

Je recommande donc la lecture de cette saga :
À ceux qui aiment la mythologie celtique. C’est vraiment un pan important de la trilogie. S’y connaître n’est pas nécessaire mais apprécier les anciennes religions polythéistes est indispensable puisqu’une grosse partie de l’intrigue se construit justement dans l’opposition entre le christianisme et les croyances antérieures.
À ceux qui aiment la culture vampirique. Ambre Dubois a beau proposer une interprétation différente et liée à la mythologie celtique de leur existence, ces créatures respectent les codes institués dans le genre bit-lit. Même si l’autrice apporte des réponses sur l’attirance de Morcant pour Mévéa dans le dernier tome, cela peut rebuter les lecteurs qui ont eu leur dose.
À ceux qui aiment la période historique correspondant à la conquête de Britannia. L’autrice ne prétend pas du tout écrire un roman historique (elle le dit dans sa post-face) toutefois elle a effectué des recherches et adapté ce qu’elle a trouvé à son propre imaginaire. Un spécialiste y verra peut-être des énormités incohérentes toutefois le commun des mortels (auquel j’appartiens !) appréciera probablement de découvrir une saga qui se déroule à ce moment peu exploité de l’Histoire dans ce genre littéraire particulier.

La conclusion de l’ombre :
Alors que je commençais la lecture de cette trilogie sans trop y croire et que je lui ai trouvé certains défauts propres à son genre (des défauts qui tiennent d’une affaire de goût) je termine ma lecture sur une bonne surprise et un sentiment positif. Je suis contente d’avoir laissé sa chance à cette saga qui compte parmi les premières publiées aux éditions du Chat Noir. Je vous en recommande la lecture si vous entrez dans les conditions listées précédemment dans cet article, vous ne serez pas déçu(e)s !

D’autres avis : aucun, c’est le moment de lui faire une place 🙂

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Les damnés de Dana #2 les brumes du crépuscule – Ambre Dubois

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Les brumes du crépuscule
est le second tome de la trilogie les Damnés de Dana écrit par l’autrice française Ambre Dubois et publié aux Éditions du Chat Noir dans la collection Griffe Sombre. Quasiment épuisé, il reste toutefois quelques exemplaires papiers à 19.9 euros. Vous pouvez également profiter de la promotion numérique jusque début mai au prix de 1.99 euros.

Pour vous rafraichir la mémoire, je vous invite à lire mon retour sur le premier tome : la dame sombre.

De quoi ça parle ?
Le printemps arrive au nord du mur d’Hadrien, ce qui signifie que Rome risque d’y envoyer ses armées pour reprendre la conquête de ce territoire. Une perspective qui inquiète beaucoup Mévéa. Elle doit en plus subir le rejet de certaines femmes du village -jalouses de son succès avec Galen, soigner ce dernier mordu par un serpent et remettre la main sur le Père des druides pour palier au déclin de la foi en les dieux anciens. Un opus où elle n’aura pas le temps de souffler.

Une suite à la hauteur du premier tome… mais pas au-delà. 
Ce second tome a le mérite de rester dans une continuité par rapport au premier. On y retrouve des qualités identiques : son univers riche et celtique maîtrisé autant que renouvelé, son héroïne intéressante, un dynamisme qui participe à l’aspect divertissant avec des actions qui s’enchaînent sans nous laisser le temps de souffler. J’adore ! Mais les défauts relevés dans la dame sombre n’ont hélas pas disparu. Des défauts qui, je le rappelle, sont totalement subjectifs car en réalité il s’agit plutôt de coller aux codes du genre littéraire auquel les Damnés de Dana se rattache. Je vous en ai d’ailleurs parlé dans ma chronique du tome 1, je vais donc éviter de paraphraser.  Toutefois, si vous aimez les ambiances estampillés bit-lit, vous apprécierez cette saga.

Des vampires qui se révèlent… et des mâles qui s’effondrent.
Si l’autrice restait assez mystérieuse dans le premier opus, elle nous donne ici un certain nombre d’informations au sujet des suceurs de sang. On apprend par exemple qu’il existe une Reine au nord, Sabd, qui apparaît dans ce roman en tant que personnage actif et qui a des visions politiques assez différentes de celles de Derek. Ce n’est pas plus mal vu à quel point ce personnage est profondément agaçant. Derek, c’est le prince vampire du coin qui règne en maître sur la région, déteste les humains (évidemment) et est au passage le père de Prasus. Ce personnage est un parfait archétype du chef vampire ancien, cruel, détestable, inutilement borné, qui n’arrête pas de menacer tout le monde parce que vous comprenez, il est si fort et si puissant. Je le trouve ultra pénible, il manque de profondeur autant que de subtilité.

Et c’est finalement le cas de la majorité des personnages masculins, quand j’y réfléchis, car ils rentrent tous dans des cases aux bords bien nets, à l’exception de Brannos et Prasus. L’autrice s’en sort beaucoup mieux pour proposer des femmes à la psyché et au statut nuancé. La reine vampire m’a inspiré autant de curiosité que de sympathie. On sent qu’il reste des mystères à découvrir et que la gent féminine risque d’avoir le beau rôle dans la résolution de toute cette affaire. Enfin.. J’espère. La lecture du tome 3 nous en dira plus à ce sujet.

Les ravages du christianisme.
Ambre Dubois évoque, dans ce tome, une relation de nature homosexuelle. C’est l’occasion pour elle de donner dans la représentation active mais aussi de proposer une réflexion intéressante. Dans les religions qualifiées aujourd’hui de « païennes » la discrimination par rapport aux préférences sexuelles ne semblait pas exister. N’étant pas spécialiste de la question en profondeur, je prends des gants pour en parler et je m’appuie sur ce que l’autrice évoque dans son texte. On avait le droit de coucher avec des personnes du même sexe. Mévéa s’étonne d’ailleurs que les romains acceptent avec autant de ferveur une foi aussi restrictive quant à leurs pulsions. Deux personnages prennent des risques pour répondre à un amour naissant, non seulement parce qu’ils n’appartiennent pas au même camps mais aussi parce que la religion de l’un entrainera un aller simple sur le bucher si ça s’apprend. L’autrice aborde la thématique avec une certaine subtilité. Mévéa ne tombe pas dans le débat long et appuyé, cette partie ne prend pas une place démesurée. J’ai vraiment été enthousiaste face à cette idée qui rejoint les thèmes évoqués dans le premier volume : la défense de sa culture et de ses valeurs. face à ceux qui veulent imposer la leur.

Un bon divertissement.
Il est certain que les Damnés de Dana ne sera pas une saga coup de cœur et qu’elle ne révolutionnera pas son genre littéraire. On ne lui en demande pas tant. L’autrice gère bien l’aspect divertissant de sa trilogie, du moins jusqu’ici. Les actions s’enchaînent avec efficacité et clarté pendant que les intrigues se complexifient. Le lecteur obtient des réponses à certaines questions et d’autres mystères éclosent dans la foulée, maintenant son intérêt en alerte et provoquant un certain nombre de surprises inattendues (pas à chaque fois, notez). En lisant ce roman, je ressens la même émotion que devant une série télévisée dont on regarde la moitié de la saison en une soirée sans trop avoir compris comment on en arrivait à accrocher comme ça. Cette saga m’est agréable et provoque un effet un peu « couverture en pilou » (une métaphore qui, j’en conviens, fonctionne mieux en plein hiver) au point d’occulter ses défauts propres à son classement littéraire. Les scènes intimes superflues se passent aisément en sautant une page ou deux. La chance veut que l’autrice ne ressente pas le besoin de tout décrire en détail sur trois chapitres.

La conclusion de l’ombre :
Les brumes du crépuscule est une suite à la hauteur de son premier tome. L’opus ne se renouvèle pas et reste dans la continuité de ce que l’autrice a mis en place dans la dame sombre. Le lecteur sait donc dans quoi il s’engage : un bon divertissement à base de vampire et de mythologie celtique sur fond de conquête romaine au-delà du mur d’Hadrien. Si c’est votre tasse de thé, n’hésitez pas à vous lancer car c’est un bon cru !

Les Damnés de Dana #1 la dame sombre – Ambre Dubois

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La dame sombre
est le premier tome de la trilogie les Damnés de Dana écrite par l’autrice française Ambre Dubois. Édité aux Éditions du Chat Noir, ce premier tome n’est disponible qu’en numérique car il s’agit d’un des plus anciens titres de la maison d’édition. Vous le trouverez jusqu’au 3 mai au prix de 1.99 euros. Hors promotion, il est à 5.99.

De quoi ça parle?
Mévéa se réveille amnésique, en pleine nuit, dans la forêt. Elle prend peur en voyant un homme encapuchonné face à elle et s’enfuit. Elle est sauvée par des membres de la tribu de l’aigle dont elle ignore tout. Qui est-elle? Pourquoi ressemble-t-elle à une Sidhe ? Ces questions vont passer au second plan face à la menace de l’envahisseur romain.

Une œuvre à replacer dans son contexte et dans son genre littéraire.
Ce roman a été édité en avril 2012 -soit il y a huit ans- et a été l’un des premiers proposés par l’éditeur encore débutant à l’époque. Sur le laps de temps qui sépare son arrivée dans le catalogue du Chat Noir de ma lecture, le paysage éditorial a beaucoup évolué concernant le genre bit-lit qui était alors à son apogée. Il est certain que les Damnés de Dana s’inscrit dans cette mouvance par son exploitation érotisée du vampire et par sa simple présence, en réalité, en plus de quelques autres codes. Ne fuyez pas, le roman réussit tout de même à s’en démarquer à plusieurs niveaux.

Dans les aspects négatifs que La dame sombre a emprunté à la bit-lit, on a la galerie de beaux gosses qui collent tous à un archétype précis et semblent entretenir un désir pour l’héroïne : le vampire mystérieux super dark, le celte courageux puceau au grand cœur, le blagueur taquin qui frôle le harcèlement sexuel, l’ennemi romain qui a quand même bien la classe dans son uniforme… Je grossis un peu le train à dessein. Cette héroïne, bien entendu, elle est belle. Plus belle que toutes les autres femmes et elle n’en a pas trop conscience. D’ailleurs, elle s’en tape, ce qui l’intéresse, c’est retrouver la mémoire et éviter que les romains envahissent les terres pictes. Ce qui ne l’empêche pas de se mettre en couple avec l’un de ses prétendants ou d’avoir envie -sans l’assumer totalement- de se faire croquer par le vampire.

Ça, ce sont les points agaçants liés à la bit-lit. Quand je dis agaçant, comprenons-nous : moi, ça m’énerve en tant que lectrice mais d’une, ça n’a pas toujours été le cas (je me sens vieille, sérieux) et de deux, les aficionados s’y retrouveront dans problème car Ambre Dubois respecte les codes de son genre. Si on aime lire ce type de roman alors tout va bien dans le meilleur des mondes et on est même face à un premier tome de qualité.

Pourquoi est-ce que je vous précise tout ça ? Et à ce stade, vous vous demandez même sûrement pourquoi j’ai chroniqué ce roman. Et bien parce qu’Ambre Dubois propose une héroïne qui change des gourdasses qu’on croise en bit-lit. Mais si, vous savez… Celles qui ne pensent qu’avec leurs hormones et qui oublient un peu qu’elles doivent sauver le monde parce que tu comprends, machin est trop beau et truc aussi, puis y’a bazar là mais il est si méchant… mais si canon… Alors que faire ? De plus, les hommes qui gravitent autour d’elle ne cherchent pas tous à la mettre dans son lit (wouhou !) et ceux qui essaient n’y arrivent pas, à l’exception de celui sur qui elle a craqué. Il y a donc une logique dans la construction de ce personnage féminin qui la rend très crédible. Ambre Dubois respecte les codes, oui, mais elle n’y cède pas la crédibilité de son histoire ou de son intrigue aux affaires de fesses dont on n’a pas grand chose à faire. Et ça, c’est cool.

Je dois également avouer que j’ai passé un agréablement moment de lecture bien que j’ai roulé des yeux une fois ou deux. La dame sombre est un premier tome divertissant qui remplit bien son rôle en cette période de confinement. Je l’ai déjà dit mais parfois, un roman n’a pas besoin de nous bouleverser ou de changer radicalement notre perception du monde pour être agréable à découvrir. J’ai ressenti une certaine nostalgie de ma phase « bit lit » à sa lecture, sans les inconvénients qui s’y joignent en règle générale. Pour ça, je tire mon chapeau à Ambre Dubois et je lui dit merci parce que c’est le genre de lecture dont j’ai besoin en ce moment.

Mévéa l’amnésique…
En règle générale, je déteste le ressort narratif de l’amnésie. Je trouve ce choix plutôt pauvre et à mon sens, les auteurs qui l’utilisent cèdent à la facilité pour présenter leur univers. Bon j’sais pas comment faire pour tout expliquer bien alors l’héroïne, elle se souviendra de rien, comme ça, c’est réglé et on découvrira touuuut dans ses interactions avec les gens. Cela peut paraître dur comme remarque mais je précise que c’est vraiment fondé sur un ressenti personnel récurrent. Du coup, ça partait mal… Mais dans le cas de Mévéa, cela se justifie plutôt bien et tout ne tourne pas autour de ce point. Comme la narration est à la première personne, en plus, c’était pas gagné.

On rencontre l’héroïne au moment où elle reprend conscience non loin d’un site magique (et pas après un pique-nique #kaamelott). Le premier chapitre raconte sa fuite en forêt et se révèle plutôt immersif. Quand Mévéa reprend conscience, elle est dans un village et a été soigné par leur druide. Immédiatement, elle se pose les bonnes questions et respecte une logique dans ses priorités. Elle a un caractère assez pragmatique, elle ne cède pas à ses émotions et en a dans la tête. Ce n’est pas une demoiselle en détresse même si on peut le craindre par moment, sans pour autant être une mary-sue. Je trouve que l’autrice a vraiment trouvé un équilibre intéressant. Les pouvoirs qui se révèlent chez elle tiennent davantage du handicap qu’autre chose et font que son entourage la prend pour une envoyée des Anciens, si pas une Sidhe elle-même ou une banshee, ce dont elle se défend avec virulence pour insister sur sa normalité. On sent, bien entendu, que les ressorts « prophétie » et « élue » ne sont pas très loin… Mais on ignore encore à ce stade si l’autrice l’exploitera correctement ou non. Suspens donc, je lui laisse volontiers le bénéfice du doute.

Ses interactions ne tournent pas non plus uniquement autour de ses liens amoureux. En réalité, c’est même assez secondaire face à tous les évènements de ce premier volume. L’autrice prend le temps de proposer des personnages secondaires qui certes sont des archétypes pour la plupart mais gardent un aspect sympathique. Outre cette héroïne appréciable, j’ai trouvé intéressant le jeune Prasus aux origines tragiques (j’espère qu’il prendra davantage de place dans les tomes suivants et qu’on en apprendra plus sur son géniteur !) mais également Lennia, une femme guerrière au caractère bien trempé. Je mentirais si je disais que je ne suis pas également intriguée par le vampire Morcant dont les réactions surprennent toujours malgré son aspect très stéréotypé et érotisé. Je reste une ado au fond de mon cœur.

Malheureusement, je regrette quand même l’incarnation du protagoniste de ce tome, le fameux traitre celte, dont les motivations manquent de crédibilité. Je n’ai pas pu m’empêcher, une fois la surprise passée, de me dire : tout ça pour ça? Je vais éviter de parler de la scène où il expose les origines de sa traitrise en discutant tranquillement avec l’héroïne et son pote qui sont en plein milieu d’un camp romain pour libérer quelqu’un… Dommage pour ces maladresses. Mais allez, y’a quand même pas mal d’éléments qui rattrapent ces facilités. Si si, j’vous jure.

Un univers celtique maîtrisé saupoudré de vampirisme.
Dans ce premier tome, Ambre Dubois place son intrigue durant l’Antiquité, avant la chute du mur d’Hadrien. On a d’un côté l’armée romaine qui désire conquérir la totalité de Britannia et imposer la religion du Dieu Unique. De l’autre, on retrouve les peuples pictes, divisés en tribus, qui résistent tant bien que mal à l’envahisseur (sans potion magique en plus). Mais on a également un troisième camp, celui des vampires et des créatures de l’ancien monde. Les vampires ont longtemps été en guerre contre les pictes, jusqu’à ce qu’ils passent un pacte pour tenter de cohabiter au mieux. Si ça roule avec certaines tribus, c’est beaucoup plus difficile à vivre pour d’autres et cet élément prendra une place importante dans les ressorts de l’intrigue.

Les vampires descendent des Tuatha De Danaàn qui ont été chassés de leur dimension d’origine, l’autrice vous explique tout ça très bien sans que ça ne tombe comme un cheveu dans la soupe. Arrivés sur la terre des hommes, les bannis se sont rendus compte de leur stérilité après avoir bu une potion d’immortalité et c’est un peu par accident que le premier vampire est créé. Ils sont donc les représentants d’un monde condamné, d’un monde qui vivait avant les hommes et dont l’existence contamine cette race. Les vampires ont besoin des humains pour survivre, non seulement en buvant leur sang mais également en tant qu’espèce bien que l’autrice ne développe pas trop la manière dont un humain devient vampire dans ce premier tome.

Fidèle aux habitudes de l’époque (je sais on a l’impression que je parle d’un roman écrit il y a des siècles ->) l’autrice propose des vampires très érotisés et cruels (enfin ils en ont l’air mais peut-être qu’ils ont un grand cœur derrière leur apparence de vilains ?), obsédés par le sang et le corps. On trouvera dans ce premier tome quelques scènes plutôt chaudes mais pas dénuées d’intérêt. Je n’ai pas eu, comme souvent auparavant dans ce type de roman, l’impression que l’autrice donnait dans le fan-service ou dans le remplissage avec une jolie paire de fesses / seins / choisissez votre partie du corps préférée. Hormis une fois ou l’autre avec Galen, ces interactions se justifient et ont un intérêt dans l’intrigue. Dans ces cas-là, je n’ai aucun problème à la présence de ce type de scènes, surtout quand elles sont bien écrites.

Ambre Dubois pose les jalons d’une mythologie celtique qu’elle s’approprie d’une manière intéressante et prometteuse. Plusieurs divinités sont citées, plusieurs créatures également. Je trouve ce fond riche et motivant. Son univers est vraiment le point qui m’a le plus enthousiasmée dans son roman et donné envie d’aller plus loin. Mais pas que…

Senatus populusque romanus, conquête et domination.
Le thème central des Damnés de Dana est bien entendu celui de la conquête romaine et la manière d’y résister pour le peuple picte. Dans ce premier volume, les enjeux restent relativement locaux. Mévéa et Galen apprennent qu’un chef de clan s’est allié aux romains, qu’il y a un traitre chez les celtes, que le Père des druides est menacé, que les romains cherchent un fabuleux trésor qui financerait leur armée pour les mettre à genoux… Si ça ne va pas (encore) au-delà, le lecteur assiste à plusieurs exactions commises par l’envahisseur. D’une part grâce aux visions du passé de Mévéa mais aussi grâce aux évènements qu’elle et Galen vont vivre. Fait appréciable, l’autrice ne tombe pas dans le gore gratuit. Elle évoque les horreurs subies avec subtilité et réussit à toucher son lecteur.

On sent donc que cette trilogie va surtout traiter d’un choc des civilisations : les humaines mais également les magiques. Ce sera l’histoire d’une guerre, d’une lutte pour ses croyances et la sauvegarde de sa culture. Ce sont des thématiques qui m’intéressent énormément et ça me donne envie de continuer ma découverte de cette saga. J’ai envie de voir comment Ambre Dubois va les développer. Selon Cécile Guillot, l’éditrice du Chat Noir, cette trilogie gagne en puissance au fil des tomes. Ça met l’eau à la bouche ! J’ai donc acheté la suite en numérique. À ce prix-là, de toute façon, je n’y perds pas grand chose.

La conclusion de l’ombre :
Le premier tome des Damnés de Dana –intitulé la dame sombre- est un roman historico-fantastique prenant place à l’époque de la conquête romaine au nord du mur d’Hadrien, contre les pictes. L’univers créé par Ambre Dubois est prometteur et exploite d’une manière intéressante la mythologie celtique que l’autrice se réapproprie en y incluant le mythe du vampire. Si ce roman s’inscrit clairement dans la « bit lit » au sens large en reprenant certains codes, l’autrice se démarque avec une héroïne intéressante et des thématiques qui me parlent beaucoup comme la sauvegarde culturelle et la lutte pour la liberté d’exister comme on l’entend. Rythmé et plutôt bien écrit, La dame sombre est une lecture détente parfaite en cette période de confinement, un bon divertissement dont on redemande !

Les Chaînes du Silence – Céline Chevet

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Les Chaînes du Silence
est un roman de fantasy écrit par l’autrice française Céline Chevet. Nouveauté d’avril aux Éditions du Chat Noir dans la collection Griffe Sombre, vous trouverez ce titre au prix de 19.9 euros au format papier mais aussi en promotion numérique à 1.99 euros jusqu’à la fin du confinement et ce dés aujourd’hui ! Profitez en 🙂
Je remercie les éditions du Chat Noir pour ce service presse.

Souvenez-vous, je vous ai déjà parlé de cette autrice avec son premier roman La fille qui tressait les nuages, grand gagnant du #PLIB2019. Elle signe ici une œuvre totalement différente mais dans laquelle elle affirme toute l’étendue de son talent.

De quoi ça parle?
Nathanaël souffre d’une grave maladie pulmonaire et ne va pas tarder à mourir. Il rédige alors un journal à l’attention de Kael, le vampire avec qui il a vécu pendant six ans et qu’il considère à la fois comme un frère, un fils et un ami. Ce journal, un autre vampire dont on ignore l’identité le lit en cherchant à retrouver Kael car ce dernier possède un savoir dont le Vampire a besoin pour sauver un être cher.

Des vampires d’un nouveau genre.
Le premier point particulièrement remarquable de ce récit est la figure du vampire proposé par Céline Chevet. Il est habituel de croiser ce type de morts-vivants en tant qu’être humain devenu immortel et assoiffé de sang. Ici, ce n’est pas le cas. Les vampires appartiennent à une espèce différente, elle aussi humanoïde, et vivent en parallèle de cette civilisation humaine qui prend de plus en plus son essors. Les vampires de Céline Chevet ne parlent pas, ils ont développé un système de langage basé sur les sons, les impressions, et chacun peut s’exprimer par ce biais dans l’esprit des autres. Cela implique que les vampires n’ont pas de nom ! Les nommer, c’est les restreindre si bien que quand Nathanaël donne un nom à Kael… Et bien, vous verrez.

Ces vampires représentent une communauté divisée en clans, qui possède un noyau métaphysique propre dans lequel chaque individu tire les connaissances nécessaires à son existence. Ils sont aussi capables de se rendre dans l’Entre-deux où ils passent une partie de la journée afin d’éviter le soleil. C’est bien l’un des rares élément (avec l’argent) repris des classiques par l’autrice dans son univers : la crainte du feu, une terreur primale qui, ironiquement, marque la genèse du progrès chez l’Humain. J’ai trouvé les décisions de Céline Chevet sur cette race vraiment originales. Elle souffle un air frais sur cette créature trop souvent exploitée de la même manière.

Les vampires se sentent supérieurs aux humains mais l’autrice ne tombe pas dans l’anthropomorphisme ou dans le dédain qu’on a l’habitude de croiser. Les vampires ne ressentent pas vraiment d’émotions, rien de comparable à nous. Ils se considèrent au-dessus des humains comme les humains se considèrent au-dessus d’une abeille (pour reprendre la comparaison prise dans le roman). Ça ne les empêche pas de bien les traiter (pour certain) et de ne pas chercher à les massacrer ni à les dominer, tout comme ça n’empêche pas l’abeille d’être indispensable au cycle de la vie. Il existe pourtant certains conflits, en fonction d’où on se trouve et des actes de chacun. Attaquer un vampire appelle une répression violente. L’harmonie n’existe pas partout et recule de plus en plus face à la révolution industrielle (je vais y revenir plus loin). Outre ces deux espèces, il existe également des Bêtes qui sont des animaux modèle géant, mélangés avec des plantes, des arbres, bref qui représentent la Nature dans ce qu’elle a de plus beau. Ces Bêtes servent de nourriture aux vampires mais un équilibre existe. Les vampires ne chassent que les plus faibles. Finalement, ce sont les humains qui posent problème dans la continuité du cycle.

La figure de l’humain et le progrès industriel.
Il est difficile de définir une géographie ou une époque précise pour le roman de Céline Chevet, raison pour laquelle j’ai parlé de fantasy dans ma présentation de départ. L’époque dépeinte ressemble d’abord à une sorte de petit village du Moyen-Âge. Puis on apprend l’existence de l’imprimerie via Nathanaël qui y travaille. J’ai donc pensé que l’histoire se déroulait au 15e siècle car la technologie n’est pas encore répandue partout. Mais plus on avance dans le roman et plus les indices se multiplient. On parle d’usine, d’industrialisation, d’armes à feu, des concepts qui n’arrivent (si je ne me trompe pas) que bien plus tard. De plus, si l’ensemble dégage une impression très européenne, les villages cités par l’autrice n’existent pas dans notre réalité. Du moins pas selon ma recherche sur Google. J’ai eu le sentiment que Céline Chevet construisait tout son texte comme une grande métaphore. C’est d’autant plus vrai que dans cette société, les éléments surnaturels sont acceptés et connus de tous, ce qui est une caractéristique de la fantasy et la différencie, en France, du fantastique.

Si je précise cela c’est parce que le progrès industriel a une grande importance dans l’univers. Il représente le recul de la nature, les Bêtes souffrent et certaines en viennent à chasser dans les villages pour ne pas mourir de faim. Difficile de ne pas y voir de métaphore ou d’engagement écologique. À l’instar de notre réalité, il existe des personnes qui prônent une meilleure harmonie avec la nature mais celles-ci ne sont pas toujours bien vues partout. Il n’y a justement que dans les villes qui traitent avec les vampires qu’on les laisse s’installer et prospérer. On comprend pour quelle raison grâce à une histoire racontée par l’un des prêtres à Nathanaël et qui invite à la réflexion. Oui, la nature a ses dangers. Mais ne nous protège-t-elle pas aussi d’une certaine manière ?

Entre passé et présent, une narration particulière.
Nathanaël est le personnage principal des Chaînes du Silence mais on ne le rencontre jamais de manière directe. Il n’existe que dans les extraits de son journal. Dés le départ, l’autrice nous informe de sa mort à travers la voix de son personnage qui explique les raisons de son écrit. Les pages du journal nous permettent de découvrir Kael mais aussi la société des vampires, avec ses rites, ses exigences, qui tranchent avec tout ce qu’on a pu connaître jusqu’ici dans la littérature liée à cette créature. Ce journal est lu par le Vampire, un personnage en quête de Kael pour une raison obscure qui se révèle à la moitié du roman et que je vais éviter de vous divulgâcher. Ce personnage est accompagné par la Fillette, une humaine dont on ignore également le nom et qui se retrouve à errer dans la forêt, seulement armée d’un couteau en argent. C’est elle qui, à plus d’une reprise, va lire le journal de Nathanaël et y trouver un écho dans sa propre situation. Elle choisit de totalement se dévouer au Vampire, qu’elle appelle Maître, et leur collaboration va déteindre sur la créature qui commencera à apprendre quelques émotions.

Les deux duos sont passionnants à suivre pour plusieurs raisons. Déjà, l’autrice exploite énormément de sentiments mais jamais de la romance. J’ai été particulièrement sensible à la mise en avant de sentiments d’amitié très forts, de fraternité entre espèces, ça change et c’est bienvenu, surtout dans la littérature vampire (je sais, j’insiste). Le décalage qui existe entre Nathanaël et la société vampire permet de comprendre les différences et de ne pas tomber dans la facilité de l’anthropocentrisme puisqu’on voit Nathanaël commettre cette erreur. Évidemment, cela apportera son lot de frustration mais je vais y revenir. Ensuite, concernant le Vampire et la Fillette, leur relation s’entame d’abord sur du pragmatisme. Le Vampire protège la Fillette dans le but de la manger plus tard, histoire de ne pas perdre ses forces dans sa longue quête. Et la gamine le sait parfaitement, elle accepte cette situation. Mais à force de la fréquenter, il va développer une forme d’attachement parfaitement aberrante au point qu’il ne le comprend pas lui-même pendant longtemps. Si la Fillette parvient à saisir les comportements et habitudes de son Maître, c’est justement grâce à la lecture du journal. Passé et présent se répondent, certes parfois un peu trop bien mais on pardonne volontiers.

L’empathie, la clé pour un avenir meilleur ?
Les Chaînes du Silence est un roman complexe et écrit comme une grande métaphore. Il mériterait une analyse en profondeur mais je ne peux m’y plier sans vous gâcher le plaisir de la découverte, déjà que j’ai l’impression d’en avoir trop dit. Je vais toutefois finaliser en parlant de ce qui est selon moi le centre de ce roman, à savoir l’importance du sentiment d’empathie et à quel point il pourrait sauver notre avenir. Et non, je n’en dis pas plus, vous verrez en lisant 😉

La conclusion de l’ombre :
Les Chaînes du Silence est un roman de fantasy surprenant et original. Ne vous attendez pas à un énième texte sur les vampires qui respecte les codes institués auparavant dans cette littérature. Céline Chevet préfère réinventer cette race et propose ainsi un texte intimiste accompagné d’une belle métaphore écologique… mais pas que ! Loin de là. Les Chaînes du Silence, c’est ce genre de texte avec lequel on ne doit pas se fier aux apparences. Il y a toujours un second sens derrière le premier qu’on s’amuse à traquer au fil des pages, ce qui le rend d’une incroyable richesse. Puissant, intelligent, le roman se veut à la hauteur du talent de son autrice -qu’on savait déjà gigantesque. Incontestablement, Céline Chevet fait désormais partie des grandes à suivre. Je recommande très chaudement cette nouveauté !

Loin de lui le soleil – Vincent Tassy

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Loin de lui le soleil
est le nouveau roman gothique de l’auteur français Vincent Tassy. Publié aux Éditions du Chat Noir, vous trouverez ce titre au prix de 14.90 euro à partir du 31 octobre 2019, date de sa sortie officielle.

Ce texte est une préquelle du roman Apostasie dont je vous ai déjà parlé par le passé. Un texte si enthousiasmant que j’en ai écrit une chronique sur le blog alors que je l’ai lu un an avant, lors de sa sortie en 2016. Si vous ne connaissez pas cet auteur ou son travail, je vous encourage très chaudement à vous jeter dessus sans attendre une seconde de plus. Évidemment, son univers particulier et sa plume unique ne plaira pas à tout le monde mais pour ma part, je le lis chaque fois avec un plaisir immense.

À l’instar d’Apostasie, il me parait difficile de chroniquer Loin de lui le soleil. Du moins, pas d’une manière classique. Il y a des romans qu’on ne peut simplement pas résumer ou expliquer sans en gâcher la magie. Il m’est seulement possible, en quelques mots, de vous dévoiler le contexte: Alvare a aimé Alphée dés qu’il a posé les yeux sur lui. Il imagine donc son histoire passée et raconte la leur à partir de leur rencontre. Alvare l’explique lui même, ce livre dévoile peut être la vérité, peut être pas. Il l’ignore. La réponse n’arrive jamais vraiment et au fond, on n’en a pas besoin.

Comme d’habitude, Vincent Tassy nous offre un roman puissant et onirique au seuil duquel il vaut mieux laisser son esprit cartésien. Il ne faut pas chercher à comprendre, à poser des mots ou des concepts modernes sur ce qu’on lit. Le lecteur doit se laisser porter par la musicalité du texte, intensifiée par une ponctuation totalement signifiante. Un magnifique travail d’auteur. J’entendais les mots chanter dans ma tête à mesure que je tournais les pages et une fois arrivée à la fin, au moment de refermer le livre, j’ai ressenti un vide, un tournis. Il est assez rare qu’un auteur parvienne à me captiver autant. Lire un roman de Vincent Tassy, c’est une expérience toujours savoureuse et unique. Chaque texte se ressemble et pourtant, ses lecteurs le comprendront, chacun d’eux a sa propre personnalité.

Je ne vais pas en dire davantage. Il y a des romans sur lesquels il n’est pas nécessaire de disserter en long et en large. Des textes qu’on ne doit pas déconstruire pour les réduire à une liste de thématiques car ça revient à révéler des secrets que vous, lecteur, méritez de découvrir seuls en tête à tête avec ces pages. Loin de lui le soleil est un roman inscrit dans la mouvance gothique, assez dur et sombre mais sublime dans sa noirceur. Il ne vous laissera pas indifférent pourvu que vous acceptiez de jouer le jeu de l’auteur. C’est une histoire d’amour, celle d’une passion dévorante qui mériterait qu’on lui invente un terme pour rendre justice à son intensité. C’est aussi une histoire de vampires, comme on aimerait en lire plus souvent.

Pour résumer et si ce n’était pas clair, Loin de lui le soleil est un coup de cœur dont je recommande la lecture. Comme tous les romans de Vincent Tassy, il peut se lire de manière indépendante et ce même s’il est bien une préquelle à l’excellent Apostasie. Texte gothique et onirique servi par une plume poétiquement sublime, Loin de lui le soleil est une nouvelle réussite pour l’excellente collection Griffe Sombre des Éditions du Chat Noir.

Omnia, le sang des sorcières – Denis Labbé

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(c) Miesis – Sylvie Veyres.

Omnia est un roman fantastique publié aux éditions du Chat Noir et classé dans la collection Griffe Sombre. Il est écrit par Denis Labbé et coûte 19.90 euros.

Voilà un moment que j’ai envie de lire Denis Labbé. C’est un auteur que j’ai rencontré il y a longtemps, qui écrit dans ma maison d’édition préférée et qui est un sacré personnage (si si, c’est positif). Malheureusement, jusqu’ici, la thématique de ses romans ne me parlait pas trop. Je ne suis pas branchée zombie, comme vous le savez. Alors quand j’ai vu débarquer Omnia, j’ai sauté de joie, non seulement parce que j’allais enfin pouvoir lire quelque chose de cet auteur mais aussi parce que (attention, moment superficiel à mort) la couverture signée par Miesis est MAGNIFIQUE ! Et le résumé envoyait du lourd, évidemment… (rattrape-toi, rattrape-toi)

Bref, j’avais donc hâte de me procurer ce roman.

Pour la petite anecdote, en ouvrant le livre, environs à la cinquième ligne de la première page, je suis tombée sur l’expression « des arbres tortus ». Je me suis décomposée, en mode « non c’est pas possible une faute à la première page?! o.o Pitié pas ça ! » j’en ai informé l’auteur, persuadée de rendre service… Échec critique et moment de solitude, même s’il a très bien reçu ma remarque. Il s’avère que ce mot existe réellement, qu’il signifie tordu et si je vous le dis, c’est pour que vous vous couchiez moins bête. Mais aussi pour que vous ne tombiez pas dans le même panneau au cas où vous décideriez de lire ce roman. Voilà, c’était l’information culturelle du jour ! Bref, une anecdote qui ne sert à rien mais j’avais envie de la partager quand même. Venons-en au roman en lui-même.

Omnia raconte l’histoire de trois jeunes d’une vingtaine d’année: Revéna, Kiara et Louis, qui se retrouvent pour leur troisième année de fac à Lille. Si Revéna et Kiara sont amies depuis un moment, Louis débarque brusquement dans leur vie, les coïncidences ainsi que les points communs s’enchaînent et font qu’ils deviennent amis. Parallèlement, on suit également les agents d’une mystérieuse « Compagnie » qui en veulent aux trois étudiants. Pour quelle raison? Comme je refuse de spoiler, vous le saurez en lisant le bouquin !

L’histoire se déroule sur deux volets. Celui en 2021, avec les trois amis et celui en 1662, à Loudun, une ville restée célèbre pour le drame qui s’est déroulé au convent des Ursulines cette même année. On y suit Soléna, une prêtresse de la déesse-mère et on y rencontre plusieurs autres personnages, dont certains ont une existence historique avérée. Le tout sur fond d’épidémie de peste… Et c’est un positif du roman: il est extrêmement bien documenté. Il cite des ouvrages qui existent pour parler de magie, créé une mythologie inspirée de la réalité, inclut des éléments très précis de l’Histoire, des mœurs de l’église, en bref on sent que l’auteur a effectué des recherches sérieuses sur le sujet et c’est ce que je considère comme une marque de sérieux. Dans les chapitres de Loudun, j’avais vraiment l’impression d’y être, bravo pour cela !

Dans ce thriller ésotérico-religieux, l’auteur ne prend pas de gants. Il ne propose pas un roman fantastique édulcoré, il n’hésite pas non seulement à tuer des gens mais aussi à parler sans tabous de la torture infligée par les hommes de la Compagnie, sans pour autant tomber dans le gore gratuit. Il est cru quand il nous évoque leur psychologie, ce qui permet de bien différencier les mondes dans lesquels évoluent les protagonistes. Il possède une bonne maîtrise des différents tons à employer. Pourtant, souvent, les descriptions se répètent et l’auteur tombe dans un écueil qui m’insupporte: je n’aime pas quand on qualifie une héroïne en mettant l’accent sur sa grande beauté ou ses cheveux magnifiques, je trouve que ça fait passer un faux message. Bonjour, les femmes peuvent se qualifier autrement qu’à travers leur belle chevelure blonde… Ou rousse. Ou noire. Ou peu importe la couleur ! Stop au sexisme ordinaire.

Sur le plan des personnages, je ne me suis pas vraiment attachée à eux, parce qu’ils sont assez stéréotypés. Même si Kiara m’a fait rire. Revéna ne me parlait pas trop et Louis me rappelait un ami, ce qui m’a perturbé pendant la moitié du livre. Au moins, on peut dire que les personnages sonnent justes ! Par contre, j’ai bien aimé l’évolution de leur relation. J’ai trouvé ça original parce que je ne me souviens pas d’avoir lu (récemment en tout cas) quelque chose de ce genre. En optant pour cette solution, l’auteur pose la question du regard des autres en amour sans que la partie sentimentale ne prenne toute la place. Pourtant, même si la relation est intéressante, elle tombe un peu de nulle part et est trop facilement acceptée par les protagonistes, ce qui renforce cette impression de stéréotypes.

Pour résumer, ce roman est une lecture agréable, qui m’a rappelée les séries des années quatre-vingt-dix (j’ai failli écrire nonante, pardons amis de France !) comme Charmed et Buffy, dans le déroulement de l’intrigue, la manière dont s’expriment les protagonistes et la psychologie des personnages. Omnia est un one-shot qui fait office de bon divertissement, il sera rapidement oublié mais la lecture n’est pas sans intérêt, surtout pour le côté historique et les chapitres sur Soléna.