Les anges oubliés – Graham Masterton

23
Les anges oubliés
est le nouveau roman d’horreur / policier de l’auteur anglais Graham Masterton. Publié chez Livr’S, vous trouverez ce roman au prix de 19 euros.

De quoi ça parle ?
Londres, de nos jours. Des phénomènes étranges se produisent : des femmes qui viennent d’avorter sont en réalité toujours enceintes de bébés déformés. Des agents de nettoyage des égouts se font agresser par ce qui ressemble à des spectres -des spectres qui lancent des clés. Quelqu’un découpe des innocents à la scie. Le détective Pardoue et la sergente Patel sont appelés en renfort. Après tout, ils ont l’habitude des affaires étranges (c.f. Ghost Virus) alors ils devraient s’en sortir.
Ou… pas.

Un roman horrifique à l’ambiance maîtrisée.
Je me rends compte que je ne lis pas souvent des romans horrifiques parce que la plupart du temps, c’est suivi par une grosse déception. Soit je n’ai pas eu peur une seconde, soit je trouve les éléments trop gros, pas crédibles, bref ennuyeux et too much. Au mieux, je rigole un coup et je dois admettre que j’avais un peu peur que ça se passe comme ça avec Graham Masterton. L’auteur a beau se trainer une grosse réputation, je crains toujours qu’elle soit un brin usurpée.

Ici ça n’a pas été le cas.
DU-TOUT.

Peut-être est-ce du à mon manque d’habitude (bah oui vu que souvent déçue, je n’en lis quasiment plus) mais le premier soir où j’ai commencé le roman, j’ai eu des cauchemars la nuit ce qui ne m’était plus arrivé depuis… Euh… Au moins tout ça. Je comprends désormais pour quelle raison Graham Masterton est connu comme maître de l’horreur et si je me base sur les anges oubliés, je dois dire qu’il n’a pas usurpé son titre.

Le roman s’ouvre sur un cas étrange d’une femme ayant subi un avortement mais qui conserve des symptômes de grossesse. En effectuant une échographie, le médecin découvre un fœtus si difforme qu’il ose à peine lui apposer un qualificatif humain. Plus que l’apparence, c’est le comportement de la créature qui créé l’effroi et l’auteur le distille à travers des chapitres du point de vue de personnages secondaires qui subissent des évènements pas hyper rassurants. Ces personnages secondaires incarnent monsieur et madame tout le monde, ça pourrait très bien être le lecteur ce qui permet de s’immerger et donne au texte un aspect très efficace -qui a en tout cas fonctionné sur moi.

L’ambiance globale du livre doit aussi être mise en avant. Une partie du roman se déroule dans les égouts londoniens, ce qui permet d’en apprendre beaucoup sur le métier de nettoyeur. J’ignorais ce qu’était un grassberg (et j’avoue j’aurais aimé que ça continue ->) ou tout ce qu’on peut trouver sous nos pieds. C’est un des aspects du roman qui m’a vraiment bien plu parce qu’il m’a permis de découvrir plein de choses dont je ne soupçonnais pas l’existence. Alors, certes, ce sont des éléments assez dégueulasses mais quand même ! Pas de regrets, j’ai dit.

Des protagonistes intéressants.
Pendant la première partie des anges oubliés, Graham Masterton alterne énormément les points de vue avec ces fameux personnages secondaires (certains apparaissent le temps d’un chapitre seulement) dans le but de poser son ambiance. Ensuite, il se centre davantage sur le détective Pardoe et la sergente Patel, un duo qu’on retrouve déjà au cœur du roman Ghost Virus. À ce moment-là, le texte s’accélère en sortant de l’aspect introductif pour enchaîner sur l’action pure et dure. Comme c’est souvent le cas avec les sagas policières, les deux histoires sont vraiment indépendantes l’une de l’autre et on retrouve assez peu de mentions au titre précédent. Ne pas l’avoir lu n’empêche pas de se plonger dans celui-ci. La preuve, c’est mon cas ! Du coup, pas de panique, il ne s’agit pas d’une suite déguisée non assumée.

Le détective Pardoe est un flic entre deux âges qui a une petite fille de huit ans et est divorcé. Il se débrouille bien dans son boulot, a un humour un peu vieux con parfois même si j’ai souri à certaines blagues. Il incarne un archétype pas très original toutefois cela ne m’a pas gênée le moins du monde dans la lecture, en partie parce qu’il inspire une forme de sympathie mais également parce que l’auteur propose d’autres personnages aboutis.

La sergente Patel m’a assez vite séduite. C’est une femme issue de la communauté pakistanaise, de confession musulmane, qui a du caractère sans en faire des tonnes. Je trouve que Graham Masterton a très bien géré non seulement l’aspect représentation de son roman (avec quelques références culturelles pas lourdes du tout qui ne donne pas l’impression d’être dans une expo’ sur la culture du Pakistan) mais aussi la crédibilité de son personnage féminin. La sergente a des failles, elle a peur par moment, elle ne se laisse pas draguer ni considérer comme un bout de viande bien que peu d’hommes la voient de cette façon. Elle se montre utile à l’enquête, ouverte d’esprit face au surnaturel sans pour autant tomber tête la première dedans ou s’en remettre à Dieu au moindre problème. Au contraire ! La subtilité de l’auteur est vraiment ici à souligner.

Parmi les personnages secondaires j’ai également relevé une femme qui ne manque pas de peps en la personne de Gemma. C’est une jolie fille, Pardoe la décrit tout de suite comme telle : blonde, élancée, la totale. Pourtant, elle enfile sans broncher une combinaison et descend au quotidien dans les égouts pour littéralement nettoyer la merde des autres. Elle s’y connait dans son métier, a de bonnes idées et du plomb dans la tête. J’ai apprécié le fait que l’auteur propose des femmes qui ont de la substance et ne se limitent pas à leur physique, ça a été un autre grand point positif de ce roman pour moi. Le fait qu’un homme relève en premier lieu son physique avant de se prendre un claque vis à vis de son métier a été plutôt plaisant et démontre, selon moi, un vif désir de casser les stéréotypes de la part de Graham Masterton.

Une mythologie horrifique assez classique….
J’ai beau ne pas m’y connaître dans le genre horrifique, j’ai eu l’occasion de lire certains romans ou visionner certains films / séries. Les éléments surnaturels sont tirés de la religion catholique et du folklore des sorcières, des poncifs usés jusqu’à la corde et pourtant je trouve que Graham Masterton les utilise judicieusement. En général, je suis la première à rouler des yeux face à un manque d’originalité comme celui-là mais pas ici parce que tout s’imbrique très bien.

…. avec une fin qui laisse sur sa faim
Le seul élément que je regrette dans les anges oubliés, c’est la fin. J’ai trouvé la résolution un peu rapide, le texte aurait mérité une vingtaine de pages supplémentaires pour être un coup de cœur, surtout avec le chapitre final. Cela ne gâche pas en soi le plaisir que j’ai eu à découvrir ce titre toutefois ce regret reste présent. D’ailleurs on peut s’interroger, y aura-t-il une suite ou non ? La porte reste ouverte bien que Graham Masterton pourrait choisir de s’arrêter là sans qu’on y perde.

La conclusion de l’ombre :
Les anges oubliés est un roman policier horrifique d’une rare efficacité. Graham Masterton réutilise son duo de détective déjà à l’œuvre dans Ghost Virus pour offrir un one-shot de qualité qui ne manquera pas de coller des frissons au lecteur. Tous les éléments fonctionnent bien ensemble et s’imbriquent les uns dans les autres pour donner un titre plus que recommandable qui ravira les fans du genre. Attention, âmes sensibles s’abstenir !

D’autres avis : Célinedanae

104830016_196628828305750_7386869054363146438_n

Sans nouvelles – anthologie

9782930839721

Sans nouvelles est une anthologie publiée chez Livr’s Éditions qui sortira pour la Foire du Livre de Bruxelles (qui a lieu du 22 au 25 février, profitez en puisque l’entrée est gratuite !). Sous le parrainage de Graham Masterton, vous retrouverez Geoffrey Claustriaux, Christelle Colpaert-Soufflet, Hélène Duc, Alexys Méan et Marine Stengel qui vous proposeront des textes en lien avec la thématique de la disparition. Notez que l’anthologie sera disponible au prix de 18 euros dans la collection « Nouvelles ».

Je ne suis pas très portée sur les anthologies en règle générale, parce que j’ai du mal à me retrouver dans des textes aussi courts. Pourtant, globalement, j’ai passé un très bon moment avec Sans Nouvelles. Je me propose de vous parler un peu de chaque texte, pour vous mettre l’eau à la bouche !

Au cœur de l’horizonGeoffrey Claustriaux
Dans cette nouvelle, nous rencontrons deux enfants -un cousin et une cousine- qui disparaissent de leur domicile sans laisser de traces pour se réveiller sur un bateau habité uniquement par des personnes âgées. Le pitch de base est plutôt inédit, je n’avais encore jamais rien lu de semblable et ça m’a assez vite emballée. J’ai trouvé ce texte intéressant et inspiré ; il y a une certaine tension tout du long et le dénouement était complètement inattendu. Le talent de Geoffrey Claustriaux n’est plus à prouver et on le retrouve ici à chaque ligne. Ce n’est pas ma nouvelle favorite, mais elle reste remarquable, principalement pour sa conclusion (glauque !) et pour sa finesse dans le traitement du sujet.

De l’autre côtéChristelle Colpaert-Soufflet
Souvenez-vous, début du mois, je vous ai parlé du roman Mémoires Assassines, de cette même auteure. Avec cette nouvelle, Christelle affirme son penchant pour les maisons qui renferment plus d’un secret. Une malédiction familiale pousse l’héroïne à vendre cet héritage immobilier et sa fille aînée en disparaît soudainement sans laisser la moindre trace. Cette mère va donc chercher désespérément des réponses et les trouver là où elle s’y attend le moins. J’ai apprécié cette nouvelle pour son côté fantastique maîtrisé et inspiré et pour sa fin qui fait froid dans le dos. Comme pour Geoffrey, le malsain est au rendez-vous mais il est beaucoup plus prononcé et brut sous la plume de Christelle, ce qui n’est pas désagréable. C’est simplement un autre style !

Enquête en sang troubleHélène Duc
Sûrement la nouvelle que j’ai le moins apprécié mais je pense que mon passif en tant que lectrice et ma tendance à être trop exigeante y est pour quelque chose. Nous suivons un privé qui s’ennuie dans son travail, jusqu’à ce qu’on lui confie une enquête sur la disparition d’une jeune fille. Outre un pitch plutôt standard, ce texte comprend de nombreux clichés désagréables (par exemple « elle était gothique et donc n’avait pas beaucoup d’amies »…. Lol ? Merci. ) et manque, par conséquent, de crédibilité. Si ce détective existait dans la vraie vie, son incompétence l’aurait soit fait tuer, soit condamné au chômage. Je crois que le dénouement et les explications sur la disparition m’ont achevés… Il y a des thèmes qu’on ne peut pas traiter n’importe comment au risque d’enchaîner les clichés indigestes et ça a malheureusement été le cas ici. En fait, c’est trop « américanisé », ce qui n’est pas un mal en soi, ça convient à certaines personnes mais moi, j’attendais autre chose. Après réflexion, je me dis que c’est peut-être une volonté stylistique de l’auteure, qui prendrait le contrepied en grossissant les traits des clichés pour justement nous amuser ou nous pousser à réfléchir sur le genre de la nouvelle policière, mais sur un plan personnel, ça ne m’a pas convaincue. Je précise que ça n’engage que moi et que je ne crache pas sur le travail de l’auteure. Simplement ce texte aurait mérité qu’on réfléchisse un peu plus dessus ou qu’on marque mieux son parti pris esthétique.

NagovorAlexys Méan
Je n’avais encore jamais rien lu de cet auteur et ça a été une merveilleuse surprise. J’ai trouvé son texte original et sa plume parfaitement inspirée. Nous rencontrons le vieux monsieur Yudin, qui a reçu l’autorisation de consulter les archives du gouvernement russe concernant un accident qui a coûté la vie à l’équipe d’alpinistes dont il faisait partie, il y a presque soixante ans. Il ne doit sa survie qu’à une maladie, qui l’a empêchée de continuer au-delà d’un étrange village… Ou peut-être que c’est un peu plus compliqué que ça. Nagovor recèle de nombreux mystères qu’on ne voit pas venir avant qu’ils ne se présentent à nous. En exploitant la mythologie slave, l’auteur nous offre un texte original et dynamique. Alexys Méan a énormément de talents, on ressent très bien les émotions des personnages et on vibre avec eux. Sur un texte aussi court, c’est surprenant ! Les descriptions sont justes et efficaces, le choix de la narration est plutôt osé (pari gagné !) et il maîtrise très bien les codes de la nouvelle. C’est sans doute celle que j’ai préféré.

La boîteMarine Stengel
Difficile de parler de ce texte sans vous en spoiler le contenu, parce qu’il est court et… n’a aucun enjeu. Une femme est enfermée dans une boîte. Quand elle en sort, il y a des centaines de corps à ses pieds. Elle trouve une lettre, qui lui explique pourquoi elle est là… Et c’est plus ou moins tout. On n’a pas le temps de s’attacher à elle, tout arrive trop vite, on a juste l’impression d’assister au final d’un film ou justement, à l’introduction d’une histoire plus vaste. Ce texte n’est pas mauvais en soi, je le trouve juste déconcertant et pas à sa place au milieu des autres. Il ne correspond pas, selon moi, aux critères techniques de la nouvelle. Mais il ferait un bon pitch de roman, peut-être une affaire à creuser?

Sous les drapsGraham Masterton
C’est la première fois que je lis un texte de Graham Masterton, maître incontesté de l’horreur et du suspens, du moins selon sa réputation. J’étais curieuse d’en apprendre plus, surtout que je vais le rencontrer sur le stand de Livr’s à la foire du livre de Bruxelles. Je dois avouer que j’ai été très agréablement surprise par le contenu de Sous les draps. Le héros est un petit garçon qui, une fois la nuit tombée, joue à être un héros. Parfois, c’est un pompier, parfois, un secouriste et là, un spéléologue qui doit retrouver une personne coincée dans une grotte. Il va se laisser embarquer dans un univers onirique dont nous ne sommes pas certain de s’il existe ou non. Je ne vais pas trop en dire, parce que à l’exception du texte d’Alexys, c’est celui que j’ai trouvé le plus inspiré, le plus riche et le plus original. Sans la fin, il aurait été mon préféré et vous comprendrez pourquoi si vous le lisez également. Cette nouvelle m’a donnée envie d’en découvrir plus sur son univers ! Je pense que Sous les draps ravira les adeptes de l’auteur et convaincra ceux qui ne le sont pas encore de le devenir.

Pour résumer, je vous recommande l’anthologie Sans Nouvelles. Certes, il y a un texte que je n’ai vraiment pas aimé et un autre que je n’ai pas entièrement compris, mais il y a quatre nouvelles qui sont à lire absolument, surtout si vous avez envie de découvrir ces auteurs dotés d’un certain talent. Le thème de la disparition est traité d’une manière plurielle et systématiquement angoissante. Parfois avec du fantastique, parfois en rappelant simplement que l’horreur peut-être juste humaine. Une agréable lecture qui plaira aux adeptes du genre comme aux novices. N’hésitez pas à passer sur le stand Livr’s à la foire du livre de Bruxelles, pour en profiter !