Le Château Noir – Anne Mérard de Saint-Just

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Le Château Noir, sous-titré les souffrances de la jeune Ophelle, est un roman de l’autrice française Anne Mérard de Saint-Just publié pour la première fois en 1799. Réédité aux Éditions du Chat Noir dans le cadre de leur collection Gothicat. Vous trouverez ce titre au prix de 14.90 euros.

Comme certains assidus du blog le savent déjà, j’aime beaucoup les œuvres anciennes et classiques. Passionnée par l’histoire littéraire, je trouve cette initiative de sortir de l’oubli des ouvrages gothiques, surtout francophones, vraiment admirable car ça permet d’attirer l’attention du grand public sur celles-ci. Toutefois, la difficulté est évidemment, en tant que lecteur, de parvenir à replacer l’œuvre dans son contexte et de la lire avec l’œil critique adapté. C’est particulièrement vrai concernant le Château Noir.

Ce roman est construit comme un très long courrier envoyé par la meilleure amie d’Ophelle. Ce qui explique, d’ailleurs, l’absence de chapitre et donc d’endroit où cesser sa lecture pour souffler un moment. Il commence en annonçant la mort d’Ophelle et raconte toute son existence pour expliquer comment le drame arriva. Le procédé manque assez de crédibilité puisque, même à l’époque, je doute que quiconque aurait écrit ce genre de lettre avec autant de détails et de dialogues. Toutefois, c’était un procédé narratif assez prisé et posé dès le commencement du livre. Puis il peut justifier les libertés prises avec la concordance des temps.

Ophelle a tout d’une héroïne tragique. Jeune fille pure et fragile, elle tombe amoureuse du comte d’Eloncour et en est éloignée par sa belle-mère qui partage son affection pour cet homme. Je ne vous en dit pas davantage car l’histoire peut être entièrement résumée en quelques lignes. L’intérêt de ce texte réside plutôt sur deux grands axes. Le premier, c’est l’image donnée par l’autrice de la femme à l’époque, qui nous en apprend beaucoup sur la condition féminine et, pour citer la préface de Vincent Tassy, sur la pression patriarcale et l’importance du rôle social. Le second, c’est la façon dont on parlait à l’époque des émotions et des transports amoureux. Forcément, c’est très grandiloquent et exacerbé mais j’ai apprécié la traitement proposé par Anne Mérard de Saint-Just, surtout pour l’aspect folie d’Ophelle. Les lecteurs contemporains risquent de souvent lever les yeux au ciel sans s’y retrouver mais sur un plan personnel, c’est quelque chose que j’apprécie beaucoup.

Petit conseil d’ailleurs aux futurs lecteurs de ce texte: lisez la préface après le roman. Cela peut paraître curieux mais j’ai préféré découvrir le texte puis réfléchir sur lui grâce aux informations données par Vincent Tassy plutôt que de tout savoir à l’avance car l’air de rien, sur un roman aussi court, la préface donne un peu trop d’informations. Mais c’est personnel.

En bref, le Château Noir est un roman que je recommande aux amateurs de littérature gothique classique (ou classique tout court) pour son intérêt dans l’histoire littéraire et sociale de son époque. J’ai passé un bon moment en le lisant mais ce n’est pas un texte qui me marquera l’esprit durablement. Toutefois, il n’est pas dénué d’intérêt alors si vous êtes un peu curieux, ça vaut la peine !

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Les ombres d’Esver – Katia Lanero Zamora

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Les ombres d’Esver est le nouveau roman de l’autrice belge Kata Lanero Zamora. Publié chez ActuSF sous le label Naos, ce livre sera disponible à partir du 22 novembre au prix de 14.90 euros.
Je remercie Jérôme et ActuSF pour ce service presse.

Au départ, je ne savais pas quoi penser de ce roman. J’ai été surtout intriguée par son résumé car sa couverture ne me parlait pas plus que ça au premier abord. C’est un style qui ne m’attire plus autant qu’avant, je l’admets volontiers. Pourtant, après ma lecture, je n’en imagine pas une autre.
Je commençais ce titre sans rien en attendre et j’ai été agréablement surprise par son contenu.

Dans ce roman écrit à la troisième personne, nous suivons Amaryllis qui vit avec sa mère, Gersande, dans le vaste domaine d’Esver. La grande maison tombe en ruine, elle est envahie par les plantes et les champignons. Toute une partie est même condamnée, une autre est restée telle quelle depuis dix ans, sinistre anniversaire d’un évènement dont on ne sait rien.
Gersande est botaniste et apprend sa discipline à sa fille dans l’espoir qu’elle entre dans un prestigieux institut parisien. Amaryllis n’a pas forcément de passion pour la botanique. Sans détester cette matière qu’elle maîtrise, elle est juste relativement indifférente et préfère rêver d’aventures. Elle comprend toutefois vite qu’elle ne va pas avoir le choix puisque si elle ne réussit pas à obtenir une bourse, elle sera mariée de force par son père qui la vend en même temps que le domaine familial. Sa vie déjà pas si stable est ainsi totalement bousculée. Pour ne rien arranger, Amaryllis souffre de cauchemars depuis des années. Dès que la nuit tombe et qu’elle s’endort, elle doit absolument prendre un médicament pour ne pas se laisser emporter. Médicament préparé par sa mère qui est une femme très stricte, bipolaire, un peu folle aussi depuis le certain évènement.

De nombreux mystères planent sur le domaine et l’atmosphère en huit clôt est bien maîtrisée par l’autrice. Les informations arrivent au compte goutte, bien dosées. Katia Lanero Zamora met juste ce qu’il faut de description pour immerger le lecteur sans alourdir son texte et développe de manière intéressante la psychologie de ses deux héroïnes. La plupart des chapitre sont du point de vue d’Amaryllis mais certains le sont aussi de celui de Gersande, ce qui est un plus non négligeable à mon sens. Certaines remarques désabusées de cette mère abandonnée m’ont touchées et je me sentais mieux dans son esprit que dans celui d’Amaryllis. Encore plus quand on apprend la vérité sur le certain évènement.

L’aspect onirique laisse toujours planer le doute quant à la présence de fantastique. Ce doute subsiste jusque dans les dernières pages et même après ma lecture, je continue à me poser certaines questions. Pour moi, les ombres d’Esver est une brillante métaphore sur l’imagination et la place qu’elle peut prendre dans une existence. C’est une ode contrastée et poétique qui ne manquera pas de toucher les lecteurs.

Publié dans la collection « jeunesse » des indés, je trouve que ce roman peut convenir à un très large public mais qu’il ne sera pas forcément bien appréhendé par les plus jeunes. Si certaines scènes, surtout celles dans l’autre monde, sont résolument classiques, presque enfantines, les révélations de ce qu’elles représentent donnent un ton beaucoup plus mâture aux ombres d’Esren. Je le recommande aux amateurs d’ambiance gothique qui ont envie de se plonger dans un roman court (264 pages au format papier !), rythmé et poétique. Je ressors très satisfaite de ma lecture.

#PLIB2019 Comment le dire à la Nuit – Vincent Tassy

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Comment le dire à la Nuit est un one-shot fantastique écrit par l’auteur français Vincent Tassy. Publié aux Éditions du Chat Noir, vous trouverez ce livre au prix de 19.90 euros.
Je lis ce roman dans le cadre du Pumpkin Autumn Challenge catégorie « vous prendrez bien un verre de True Blood ? »
Ce roman a été sélectionné par le #PLIB2019. #ISBN9782375680897

À mon sens, ce roman est très (trop ?) complexe à chroniquer. Comment le dire à la Nuit n’est pas un texte dont on parle, c’est un texte que l’on vit. Rien de ce que je ne vais dire à son sujet ne saurait lui rendre justice car il se situe au-delà des mots. Pour cette raison, cette chronique sera brève mais j’espère qu’elle vous donnera envie de tenter l’aventure.

C’est l’amour qui tient la place principale au sein de l’intrigue. Mais pas l’amour comme une romance comme on peut en lire des centaines de nos jours. Quoi qu’on en parle, de cet amour-là, de cet univers-là, d’une certaine manière. L’amour sous diverses formes, l’amour sans idéalisation. L’amour dans le plus pur style des romantiques du XIXe, époque où ce livre n’aurait d’ailleurs pas dénoté. Que ça soit en France ou en Angleterre, d’ailleurs, puisqu’il s’inscrit admirablement dans la mouvance gothique par son ambiance et le déroulé de son intrigue.

Chaque chapitre est dédié à un personnage. Vincent Tassy écrit à la troisième personne mais cela n’empêche pas chaque protagoniste de disposer d’un caractère et d’un style littéraire bien à lui. Il y a Athalie, la fameuse dame en noir. Adriel, son enfant et prisonnier. Egmont, un noble amoureux de son ami Léopold qui doit pourtant épouser Carolina, par intérêt familial. Rachel, dont la mort de sa sœur jumelle a amputé une partie de son être et enfin Parascève, une éditrice de romance qui aura une très grande influence sur l’intrigue du récit. Ces différents personnages vont se croiser au fil du temps (le roman couvre plusieurs siècles) et on va découvrir les moments clés de leur vie. J’ai été particulièrement touchée par Egmont mais aussi par l’histoire d’Athalie, finalement, qui est une pure héroïne de tragédie. Vincent Tassy nous propose une galerie de personnages complexes et travaillés qui constituent l’une des grandes forces de son roman. Il ne faut pas chercher à s’identifier à eux mais plutôt se laisser porter par leurs réflexions et les émotions qu’ils dégagent. Elles ne manqueront pas, à un moment ou à un autre, de faire écho chez le lecteur.

Une fois de plus, la mélancolie règne sur ce récit transcendé par un mal du siècle palpable. Je l’ai dit en commençant cette chronique: Comment le dire à la Nuit n’est pas un roman dont on parle, c’est un livre qu’on vit, qui caresse notre âme. On le lit dans le noir à la lueur d’une bougie, cloîtré dans une pièce sans fenêtres. On s’y plonge d’une traite et on ne le repose pas avant de tourner la dernière page.

Toutefois, hélas, mille fois hélas, il ne conviendra pas à tous les lecteurs et n’est pas à mettre entre toutes les mains. Beaucoup resteront probablement perplexes devant cette plume si recherchée et les émotions brutes dégagées par le roman. Il faut, je pense, une certaine sensibilité classique pour l’apprécier dans toute sa splendeur. À l’instar d’Apostasie, premier roman de l’auteur, Comment le dire à la Nuit fait partie de ces livres qu’on doit relire à plusieurs reprises afin d’en prendre la pleine mesure. J’ai rarement lu un texte aussi inspiré. Vincent Tassy est un auteur talentueux et précieux dans le paysage littéraire francophone, à découvrir d’urgence.

Cycle Anders Sorsele – Virginia Schilli

La trilogie qui compose le cycle Anders Sorsele a été écrite par Virginia Schilli, une auteure qui n’a plus rien publié (hélas !) depuis 2014. Sortie aux défuntes éditions du Riez, je m’étais procurée la trilogie dans le cadre de l’opération visant à sauver la maison d’édition, qui fut un échec. Aujourd’hui, ce cycle n’est plus commercialisé mais je vous en parle tout de même, dans l’espoir qu’il le soit de nouveau un jour ou que vous tombiez sur ces romans dans une brocante. Si vous êtes éditeur et que vous lisez ceci, prenez le temps de découvrir cette histoire, elle vaut vraiment le coup.

J’avais chroniqué les deux premiers tomes dans mon album facebook, aussi je me propose de vous parler de la saga complète, dans cet article.

Par le Sang du Démon :
Il est assez difficile de parler du contenu de ce roman sans vous spoiler les premiers chapitres, ce que je me refuse à faire parce que ce serait vous gâcher le plaisir et surtout, la surprise ! Je dois avouer qu’au départ, j’ai détesté le personnage principal ou plutôt, je la trouvais assez antipathique, agaçante mais au fil des pages, je me suis laissée happer par elle, par ses malheurs, par toutes les noires péripéties par lesquelles elle passe. Ce n’est pas pour autant une victime, disons que le terme « roman ambigu » colle assez bien à cette œuvre. Début mitigé donc, mais suite vraiment addictive !
Le style de Virginia Schilli me rappelle un peu celui des auteurs gothiques du 19e siècle. Elle possède une plume très travaillée et poétique, avec laquelle on ressent intensément les émotions de ses personnages. Celle autour de qui tout tourne, dans le livre, n’est pas manichéenne et l’auteure ne tombe jamais dans la facilité. Son héroïne est profonde, ambigüe… Et comme ça fait du bien ! Concrètement, c’est le premier tome d’une « histoire de vampires » mais à l’ancienne mode, rien avoir avec ce qu’on trouve dans la bit-lit ou dans l’urban fantasy actuellement. C’est vraiment délicieux à lire et j’ai passé un très bon moment avec ce roman.
Par contre, en arrivant à la fin, j’ai eu l’impression que le récit pouvait se clore sur lui-même.. Pourquoi ne pas l’avoir fait, d’ailleurs? Était-ce prévu d’origine? Je suis curieuse de découvrir ce qui se cache dans les deux tomes suivants.

Délivre-nous du mal:
Ce roman est à la hauteur du premier tome et il réussit à me surprendre. A la fin de Par le Sang du Démon, j’étais persuadée que ça aurait pu se conclure sur un seul tome et que rallonger l’histoire serait une erreur, mais j’étais loin du compte. Ce qui se déroule dans cet opus me le prouve et je tiens à souligner l’imagination foisonnante de l’auteure. On y retrouve la même recette: une mythologie démoniaque assez riche, une ambiance gothique moyenâgeuse maîtrisée, un goût prononcé pour le macabre mené avec talent par une plume digne des auteurs gothiques du 19e… Sincèrement, Délivre-nous du mal est à la hauteur du tome qui le précède.
Je sais que ce retour est un peu court, mais difficile de développer sans spoiler le contenu, l’intrigue, et croyez-moi, ça vaut la peine de le découvrir par soi-même.

L’Héritage du Serpent:
Il s’agit du troisième et dernier tome du cycle Sorsele, que je viens de terminer à l’instant. Je vous avoue que je ne sais pas par où commencer. On retrouve notre vampire où on l’a laissé, à savoir en Enfer, et on le suit à travers une nouvelle voie, celle d’une possible rédemption. Ce tome conclut la saga avec brio, il répond à toutes les questions qu’on a pu se poser, il nous surprend avec des révélations auxquelles on ne s’attendait pas, et met surtout l’accent sur le fait que l’humain peut-être un démon pire que ceux qu’on trouve en Enfer. Je ne m’attendais pas du tout à ce que l’auteure nous révèle dans ce tome, je me demande si je suis vraiment naïve ou si c’est elle qui brille par sa maîtrise de l’intrigue. Elle bousille à nouveau tous nos repères, nous donne aussi une leçon: on ne peut jamais être certain de rien et le mal peut se cacher sous les dehors les plus avenants.
Toujours est-il que, si la conclusion de l’histoire d’Enimia en elle-même avait quelque chose de décevant (c’est mon côté macabre) l’épilogue a tout brillamment rattrapé. Et quel épilogue, franchement… Du génie.

Cette saga m’a conquise et je tenais vraiment à vous en parler. Elle est à part, différente de tout ce que j’ai pu lire jusqu’à maintenant et ça a été un régal, une bouffée d’air. Le style de l’auteur (au risque de me répéter) est vraiment travaillé et son histoire exploite les mythologies démoniaques à l’ancienne mode, de quoi ravir les fans du genre. J’espère qu’un éditeur aura, un jour, la bonne idée de rééditer ce cycle et que l’auteure va recommencer à écrire, car elle a du talent.

Frau Faust (1) – Koré Yamazaki

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Frau Faust est un seinen d’aventure fantastique dans une ambiance gothique (quoi, j’essaie d’être précise !), écrit et dessiné par Koré Yamazaki. Terminé en cinq volumes au Japon, le premier tome est sorti début novembre chez Pika Édition. Chaque volume coûte 7.5 euros !

Comme souvent, j’ai d’abord été attirée par la couverture du manga, et intriguée par la position des deux personnages, par le regard de celle qu’on devine comme étant Faust. Le chara-design a un petit côté Black Butler qui a immédiatement titillé mon attention et la 4e de couverture n’a fait que renforcer cette impression. L’auteure s’inspire du conte allemand rendu célèbre par l’interprétation de Goethe. Un texte que j’adore, je n’ai pas eu besoin de plus pour me laisser tenter…

Ce premier tome pose les bases de l’univers, mais surtout, les bases du personnage principal. Par les yeux de Marion (oui, ce prénom est utilisé pour un garçon !) on découvre Johanna (alias Faust) et ses différentes facettes. A priori, le personnage est assez froide, manipulatrice, mais à partir du moment où elle entre dans l’église, on comprend que c’est beaucoup plus compliqué que ça en a l’air. Ce qui m’a immédiatement accrochée, c’est la relation esquissée entre Méphistophélès et Faust. Je me demande comment l’auteur a adapté la légende à sa sauce et de ce que j’en ai vu, c’est très très prometteur. En tout cas, elle maîtrise bien le suspense et sait comment nous tenir en haleine.

Nous évoluons, a priori, dans un univers qui respecte les codes du mouvement gothique (un très bon point à mes yeux) et j’aurai aimé en avoir plus à lire. Hélas, un tiers de ce premier tome est consacré à une autre histoire, qu’on trouve en bonus à la fin. J’ignore si c’est un un hors-sujet ou si ça aura un lien avec l’intrigue de base mais ça m’a un petit peu agacée. Si l’histoire en elle-même était assez sympathique, poétique et profonde, j’ai été frustrée de ne pas avoir droit à davantage de pages sur Frau Faust, qui est le manga que j’ai acheté à la base. J’aurai aimé qu’on m’indique sur la couverture qu’il y avait un bonus, quelque chose en plus. C’est un détail, mais ça vaut la peine de le relever.

En bref, ce premier tome est vraiment prometteur. Dans un univers européanisé à la sauce manga, l’auteur traite d’une légende allemande qu’il se réapproprie d’une manière qui laisse à présager de bonnes choses pour la suite. Le trait de crayon est soigné et l’ambiance rappelle un peu les débuts de Black Butler. Le fait que la série soit terminée en cinq tomes est un bonus, on sait dans quoi on s’engage et on a la certitude que l’histoire ne trainera pas inutilement en longueur. J’ai été séduite par tous ces éléments et je vais suivre cette série avec assiduité, en espérant ne pas être déçue. C’est une très bonne découverte, que je recommande !