À l’ombre du Japon #45 : { Je (re)lis Tokyo Ghoul (et j’aurais du m’abstenir) – arc final }

Ohayô minasan !

Cinquième article sur le manga Tokyo Ghoul dont j’ai entrepris la relecture après en avoir eu envie pendant un moment. J’avais lu ce manga il y a quelques années, au moment de sa sortie je pense, et j’en gardais un excellent souvenir plus qu’enthousiaste. J’étais donc curieuse de savoir comment j’allais appréhender cette œuvre aujourd’hui… Et force est de constater que les trois derniers tomes n’ont vraiment pas été à la hauteur ni de ma mémoire, ni de mes attentes.

On en est où ?
(Re lire mes articles sur : Arc introductifArc du GourmetArc d’AogiriArc du Dr Kano )
Ken retourne à l’Antique pour poser ses questions au patron et comprendre qui est la mystérieuse Chouette à l’œil écarlate. Dans la foulée, il se confronte à Touka qui le remet à sa place en pointant le fait que personne ne lui a jamais demandé de se sacrifier pour qui que ce soit et qu’il agit comme un petit égoïste. Chamboulé par cette accusation, Ken décide de reprendre sa vie comme avant en tant que serveur de l’Antique. Pas de chance, le CCG est persuadé que la Chouette s’y cache et monte donc une opération d’envergure pour la débusquer. Le combat final arrive !

Comment gâcher un personnage prometteur.
Le premier gros reproche que j’ai à adresser à Sui Ishida c’est la façon dont il a bousillé le potentiel de son personnage principal. Après tout ce qui lui est arrivé et tout ce qu’il a entrepris pour atteindre son objectif (à savoir sauver ses amis), Ken abandonne tout en une page, le temps de se prendre une droite de Touka qui souligne que tous ses actes sont purement égoïstes puisqu’il agit ainsi uniquement pour ne pas se retrouver seul. Cela donne lieu à un court flashback où Ken se rend compte que oui, s’il veut sauver la vie de ses amis, c’est parce qu’il ne veut plus jamais souffrir de la solitude et qu’il devrait plutôt profiter d’eux tant qu’ils sont là.
Mais…
QUOI ?!
Je veux dire, déjà, vouloir sauver ses amis n’a rien de mal et reste un peu la base de tout manga shônen qui se respecte où on met toujours en avant l’importance de l’amitié (et même si j’ai du mal à le comprendre, Tokyo Ghoul est classé et vendu comme un shônen). Là où c’est problématique, c’est quand tu prends les décisions à leur place et que tu te tourmentes alors qu’iels n’ont rien demandé. Sur cet aspect, je rejoins volontiers Touka sauf qu’en théorie, la détermination du héros doit quand même se révéler plus forte que ça et si elle ne l’était pas, comment se fait-il que personne n’ait pu lui ouvrir les yeux avant ? Sans compter que le fait de ne pas vouloir se retrouver seul est presque présenté comme quelque chose de négatif alors que c’est humain, de souhaiter être entouré, protéger celleux qu’on aime…

Le pire n’est pas là… Je l’ai dit, le CCG lance un assaut final sur le café l’Antique qui pousse le patron et deux autres employés à se « sacrifier » afin de sauver les autres goules. Évidemment, pile au moment où Ken décide de retourner y travailler… Et plutôt que de respecter le choix de ces trois goules qui ont de bonnes raisons d’agir ainsi, il va foutre leur plan en l’air en se mêlant de la situation, pour un résultat final lamentable et un combat « au sommet » contre le meilleur inspecteur du CCG, Kisho Arima, dont on entend tout le temps parler mais qu’on ne voit jamais ou presque. Un combat réglé en deux coups de cuiller à pot (je n’exagère pas, c’est extrêmement court) et assez ridicule dans la manière dont Ken agonise.

Tout ça… pour ça ?

Parce que oui, Ken meurt ! Enfin… Celui qu’on connait, du moins. Il est présent dans Tokyo Ghoul RE: mais pas en tant que Ken Kaneki. C’est commode de perdre la mémoire parce que Mr Arima lui a fait un gros trou dans la tête, mh ? Littéralement. Son quinque lui a percé le cerveau et je suppose que les pouvoirs de régénération exceptionnels de Lize lui ont permis de s’en tirer, avec quelques séquelles mémorielles. Comme c’est pratiiiiiique. Et puisqu’il a été humain, fruit d’une expérience contre son gré, il rejoint une unité particulière au sein du CCG, composée de sujets d’expérimentation qui luttent contre les goules. Pas de chance, il va retrouver la mémoire au bout de plusieurs tomes… Et ne pas trop apprécier le lavage de cerveau.

À l’époque, fan absolue, j’ai lu Tokyo Ghoul :RE jusqu’au volume 9 puis j’avais arrêté parce que je trouvais que ça tournait en rond et je n’appréciais pas du tout la nouvelle personnalité de Ken, Sasaki. En relisant la série de base, j’avais pour projet de laisser une autre chance à cette suite et voir si ça valait la peine que j’achète les tomes suivants. Comme vous vous en doutez, mes projets ont changé et j’ai été me divulgâcher la fin pour voir si ça valait la peine de continuer.

Je vous le dis tout de suite : non. Je ne vais pas davantage en révéler mais selon moi, autant mettre son temps et son argent dans d’autres séries.

La notion de fin n’est pas la même pour tout le monde…
Peut-on vraiment parler de fin quand rien n’est résolu ? Il reste des centaines de question sans réponse lorsqu’on referme le quatorzième tome de Tokyo Ghoul. On ignore par exemple ce que devient Aogiri. On nous montre qui est en réalité responsable de l’agression de Lize et Ken du début de la série (et donc un peu à l’origine de tout ou presque) sauf qu’on n’explique pas du tout pourquoi. On ignore ce que deviennent les deux Chouettes, ce que sont devenus Touka, Nishiki, Shu, Hinami et tout un tas d’autres personnages qui n’ont pas participé à ce combat final alors qu’ils ont été présents depuis le début. Je suis désolée mais à mon sens, il ne s’agit pas d’une fin acceptable. J’ai le sentiment qu’on a obligé Sui Ishida à conclure trop vite ou que lui en avait assez, allez savoir. Le truc c’est qu’il y a une suite, en réalité, sous un autre titre… Donc si on l’a contraint à arrêter, pourquoi publier la suite ? C’est un grand mystère.

La suite, donc, le fameux Tokyo Ghoul :RE. Mais là aussi, quel intérêt de modifier le titre alors qu’il s’agit simplement de la suite directe ? Avec le même personnage principal, en plus ? Certes, amnésique une partie du temps… et alors ? Est-ce que ça justifiait une nouvelle série ? Surtout vu la manière dont cette nouvelle série se termine. On pourrait dire que plusieurs mois s’écoulent, ce qui justifierait cela mais ça a déjà été le cas après l’arc d’Aogiri donc la question demeure entière. Pour moi, Tokyo Ghoul aurait du continuer et compter trente tomes en tout au lieu de 14 d’un côté et 16 de l’autre. Il s’agit peut-être aussi d’un coup marketing pour contrer l’effet repoussoir qu’une série longue peut avoir sur certain.es lecteur.ices ? Si c’est le cas, ça ne vaut pas mieux que les maisons d’édition qui ne numérotent pas les romans pour sortir une saga déguisée…

Mon ressenti final.
Dire que je suis déçue tient de l’euphémisme, au point que j’enfreins ma règle de ne pas écrire sur ce qui me déplait. Le souci c’est qu’ayant entamé une relecture détaillée dans plusieurs articles, je ne pouvais décemment pas rester sans achever cette aventure en vous expliquant ce qui ne va pas, à mon sens, dans ce manga.
Peut-être que dans la version animée, ces défauts sont moins dérangeants. Je ne le sais pas, je n’ai pas regardé l’animé et je ne compte pas le faire. Dans la version papier, je peux dire que l’auteur s’est une fois de plus foiré sur les combats qui paraissent brouillons et sur sa mise en scène de manière générale. Je suis frustrée et presque en colère quand je vois le matériel de qualité que Sui Ishida avait entre les mains, les perspectives alléchantes, les bonnes idées, tout ça… Pour ça ? Vraiment ? J’ai presque envie de me remettre à écrire de la fanfiction pour m’enlever cette fichue frustration de l’esprit.

Relire une œuvre qu’on aime, la fausse bonne idée ?
Finalement, cette expérience m’aura fait remettre les choses en perspective et me rend plus prudente aussi dans les conseils de lecture que je peux donner. En effet, depuis plusieurs années, je classais Tokyo Ghoul dans le top 3 des meilleurs mangas de tous les temps… Il est clair aujourd’hui, si vous avez lu cet article en entier, que ce n’est plus le cas mais à quel moment exactement j’ai changé à ce point ? D’autant qu’en 2021, j’ai commencé à prendre le temps de relire des œuvres qui me plaisaient il y a quelques années. Ça a été un franc succès pour Tokyo Vice de Jake Adelstein tout comme pour le manga Black Butler avec lequel je me suis régalée tout au long des trente tomes déjà parus, sans une seule fausse note ou encore avec Im : Great Priest Imhotep qui a été un pur plaisir.

Alors pourquoi pas Tokyo Ghoul ? Je me suis posée la question, j’y ai réfléchi mais j’ignore vraiment ce qui a fait la différence. Peut-être qu’il y a cinq ou six ans je n’avais pas en main les cartes pour me rendre compte de toutes les maladresses narratives de l’auteur ? Que ma sensibilité à la mise en scène brouillonne n’était pas la même ? Il faut dire que j’ai énormément lu entre temps, non seulement du roman mais aussi du manga, chose que j’avais arrêté de faire pendant un temps sans trop savoir pour quelle raison. J’ai un peu le même souci avec la fantasy et la bit-lit : j’en ai tellement dévoré qu’à l’heure actuelle, il est très difficile de me faire aimer une œuvre de ce type parce que j’ai le sentiment que tout se ressemble, que j’ai déjà lu mieux, plus original. Vous voyez l’idée ? Je me dis qu’il doit y avoir des éléments de réponse au milieu de tout ça.

Pour conclure sur Tokyo Ghoul, il serait intéressant de voir si ces éléments problématiques ont été mieux gérés dans l’adaptation animée de l’œuvre toutefois je ne me sens pas la force de m’y confronter pour le moment. Cette question restera donc sans réponse, sauf si quelqu’un a déjà effectué l’expérience ! Et si c’est le cas, que la personne n’hésite pas à se manifester.

Mata itsu ka, ja ogenki de !
( À bientôt et prenez soin de vous !)

À l’ombre du Japon #44 : { Je (re)lis Tokyo Ghoul (arc du Dr Kano) }

Ohayô minasan !

Quatrième article concernant ma relecture de ce manga. J’y allais à reculons puisque, comme je l’expliquais dans mon dernier billet, la fin du tome 8 ne m’avait pas trop plu, ni l’arc d’Aogiri de manière générale que je trouvais mal géré et mal scénarisé. Le début du tome 9 m’a d’ailleurs fait craindre le pire mais j’ai eu tort de m’inquiéter. Voyons pourquoi !

Attention, cet article concerne les tomes 9 à 11 du manga publié chez Glénat. Les extraits visuels appartiennent à Sui Ishida et à Glénat.

Où en est-on ?
L’histoire reprend six mois après les évènements du tome 8. Ken, en compagnie de Shu, Hinami et Banjo continue d’enquêter sur le passé de Lize tout en cherchant le docteur Kano. En parallèle, Amon obtient une promotion au sein du CCG et reçoit son premier subordonné à former, qui n’est autre que la fille de Mado, son ancien chef !

Deux axes narratifs clairs.
Sui Ishida rattrape l’un des gros soucis de sa narration précédente en cessant de multiplier les points de vue pour se concentrer sur deux personnages : Ken et Amon. Tant mieux, ce sont deux protagonistes intéressants qui permettent d’être au cœur de l’intrigue puisque Ken est tout de même le personnage principal (en théorie) et qu’Amon met le lecteur en contact avec le CCG ainsi que d’autres membres de l’organisation, qu’on apprend petit à petit à connaître et pour qui, donc, on développe un intérêt, même minime. Ce ne sont plus seulement des noms ni des bulles de dialogues informatifs balancés vite fait pour justifier leur présence. Des personnalités se dessinent et c’est tant mieux.

Un point sur le Docteur Kano.
Je vous ai parlé de ce médecin dans le tout premier article. Souvenez-vous ! C’est lui qui décide de greffer l’un des organes de Lize à Ken, afin de lui sauver la vie. On pourrait croire qu’il s’agit d’un déplorable accident mais on apprend ici de manière certaine (il y avait antérieurement quelques soupçons) que ce praticien a agi en connaissance de cause et s’est même servi de Ken pour mener à bien une expérience. On découvre également que Lize est vivante et sert de vivier d’organes qui sont greffés à d’autres humains pour tenter de créer des hybrides. Ç’avait toujours été un projet du docteur, même quand il travaillait pour le CCG, et il avait été écarté à cause des problèmes éthiques d’une telle démarche. Cela ne l’a pas empêché d’exercer dans la clinique privée familiale où il avait toute latitude pour saisir des occasions comme celles-là.

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Ainsi, on comprend que Ken n’est pas le seul hybride à l’œil écarlate. Il y en a au moins deux autres qui sont des expériences réussies (parmi ce qui semble être des centaines d’échecs…) à savoir des jumelles qui, ironie du sort, sont orphelines justement suite à une attaque de goules. Ici, Sui Ishida commence à tisser des liens entre ses différents personnages secondaires puisque ces deux filles ont également côtoyé Juzo, un jeune inspecteur du CCG complètement dingue, probablement sociopathe (dans le meilleur des cas). Leur affrontement et la manière dont Juzo est développé dans cet arc sont bien mieux amenés que les révélations antérieures sur d’autres personnages et c’est tant mieux. Peut-être une affaire de gain d’expérience ?

Le thème de l’expérience scientifique pour améliorer les humains en vue justement de défendre l’humanité n’a rien de nouveau et pose des questions aussi éthiques que philosophiques puisque Kano créé « des monstres » qui ne sont plus humains mais sont supposés les protéger quand même… Il me semble d’ailleurs que ce thème sera développé davantage dans Tokyo Ghoul : RE, de mémoire. On est ici en plein dans le transhumanisme avec tout ce que ça implique même si on ignore toujours d’où viennent les goules et depuis quand elles existent en tant qu’espèce en parallèle à l’humanité.

Ken, dans la tourmente.
Qu’a fait Ken durant ces six mois ? Il a enquêté mais pas que. Il a développé sa force en se nourrissant d’autres goules, toujours incapable de manger de la chair humaine là où celle de ses semblables parait un sacrifice acceptable. On l’apprend au détour d’une remarque de Shu, personnage dont on comprend difficilement les actes puisqu’un coup, c’est un vrai connard hautain et un autre, il s’improvise protecteur et parle de respect à ses ennemis. Je le cerne difficilement mais sa présence apporte réellement quelque chose au sein du groupe formé par Ken, ne fut-ce que sur un plan moral. On dirait que Ken veut l’avoir sous les yeux pour éviter justement de sombrer, ce qui ne fonctionne pas très bien…

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Parce que oui, manger de la chair d’autres goules et donc donner dans le vrai cannibalisme pur et dur n’est pas sans conséquence. Ken semble développer un trouble dissociatif de la personnalité quand il incarne le « scolopendre » (surnom donné par le CCG) et porte son masque. Il devient une personne différente, violente et très agressive, comme s’il laissait ses instincts prendre le dessus tout en essayant de les contrôler malgré tout du mieux qu’il peut. C’est intéressant parce qu’on sent qu’il essaie véritablement de rester « quelqu’un de bien » par tous les moyens. Sui Ishida illustre ici un combat pour ses valeurs face aux atrocités et aux difficultés du monde, soignant davantage l’aspect psychologique qu’il ne l’avait fait jusqu’ici.

Alors, mieux ou pas ?
Et bien oui, beaucoup mieux que l’arc d’Aogiri ! J’ignore si Sui Ishida a eu un accident de parcours mais les tomes 9 (passé les deux premiers chapitres) à 11 qui sont concernés par ce billet s’avèrent beaucoup plus intéressants à lire, mieux rythmés aussi (même s’il reste quelques longueurs) avec des affrontements intéressants et des révélations qui arrivent d’une façon plus harmonieuse. Je suis bien plus motivée à la perspective de (re)lire les trois derniers volumes que je ne l’étais à l’écriture de mon dernier billet.

Mata itsu ka, ja ogenki de !
( À bientôt et prenez soin de vous !)

À l’ombre du Japon #42 ; { Je (re)lis Tokyo Ghoul (arc du Gourmet) }

Ohayô minasan !

Nouvel article sur le manga Tokyo Ghoul dont je continue la relecture. J’avais commencé à vous en parler avec les trois premiers tomes qui couvraient le prologue et le premier arc véritablement narratif. Ce billet sera consacré à l’arc du Gourmet, soit les tomes 4 et 5. Il contiendra donc des éléments d’intrigue.

Attention, cet article concerne les tomes 4 et 5 du manga publié chez Glénat. Les extraits visuels appartiennent à Sui Ishida et à Glénat.

On en est où ?
Suite à ce qui est arrivé dans le tome 3, Ken espère pouvoir enfin souffler. C’est sans compter sur Shuu Tsukiyama alias le Gourmet, qui l’approche au café l’Antique. Conscient que sa réputation le précède, Shuu manipule Ken en se faisant passer pour une goule incomprise. Ken se laisse berner par les apparences. En effet, de prime abord, Shuu est un homme soigné, il porte de beaux vêtements, s’exprime correctement, partage avec Ken une passion pour la littérature… Le jeune homme accepte donc de passer une journée avec lui, durant laquelle ils vont faire du sport avant de se détendre dans un café littéraire où, parait-il, l’écrivain favori de Ken se rend de temps en temps.

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Si Ken accepte ce rendez-vous, c’est aussi dans l’espoir de pouvoir questionner le Gourmet sur un restaurant dédié aux goules pour le compte d’une amie de l’Antique qui a fait de l’information son métier. Elle sait des choses sur Lize, la goule dont Ken porte un organe, et sur ce qui serait plus probablement un assassinat qu’un malheureux accident. Ken, évidemment curieux d’en savoir plus, accepte d’exploiter l’intérêt que lui porte Shuu, sans se douter une seconde de ce qui va arriver…

Un restaurant pour goules… Ou le début de l’horreur.
C’est à ce moment-là que le manga gagne, selon moi, sa mention « pour public averti » très judicieusement ajoutée par Glénat sur la 4e de couverture puisqu’on atteint à ce stade un niveau de violence physique et psychologique supérieur aux trois tomes précédents. On y voyait aussi du sang, des combats, des membres tranchés et des goules décrire avec force de détails sordides leur façon de manger ou leurs parties du corps humain préférées. Toutefois, à partir du moment où Ken arrive dans ce restaurant, le/a lecteur.ice est confronté de plein fouet à ce que les goules ont de pire en eux. L’extrait ci-dessous est plutôt parlant…

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C’est intéressant que cela arrive à ce stade de l’intrigue et juste après le drame qui a frappé les Fueguchi. En tant que lecteur.ice, on se prenait de compassion pour les goules, on tenait forcément avec elleux face aux inspecteurs du CCG mais être confronté à l’horreur au sein de ce restaurant chamboule totalement les perspectives et oblige à plus de nuances. On se rend compte que, finalement, les goules sont très semblables aux humains, même sur un plan psychologique puisqu’il existe aussi des humains n’ayant aucune considération pour la vie et d’autres qui s’en inquiètent.

Il faut aussi savoir que Shuu emmène Ken là-bas non pas pour consommer mais pour servir de repas ! Il a eu l’occasion de sentir son sang et est persuadé que son statut d’hybride, déjà très rare, en fera un met de choix. Ken n’échappe à son funeste sort qu’à partir du moment où le Gourmet se rend compte qu’il n’a qu’un seul Œil Écarlate, comme la goule de la légende. Il va donc le libérer afin de… se le garder pour lui, évidemment.

Pour comprendre l’intérêt de mon propos suivant, je dois vous parler en quelques mots d’un personnage apparu précédemment : Nishiki Nishio. Il s’agit d’une des premières goules que Ken va rencontrer après sa transformation et il n’est pas très aimable de prime abord puisqu’il attaque Hide, l’ami de Ken, avant d’essayer de s’en prendre à Ken lui-même. Pas de chance, en utilisant le kagune de Lize, Ken va le battre sans difficultés et le blesser gravement… Ce personnage va revenir ici parce qu’il entretient une relation amoureuse avec Kimi, une humaine qui connait son identité de goule et l’accepte tel qu’il est.

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Cette relation parait incompréhensible aux yeux de Ken, qui se demande comment Kimi peut tolérer tous les risques que cela implique. De son côté, Nishiki est tellement blessé qu’il manque de s’attaquer à Kimi et la met hors de son appartement pour la préserver. Celle-ci se rend donc à l’Antique pour supplier Ken de chasser à la place de Nishiki, afin qu’il puisse retrouver ses forces. Malheureusement, quand le Gourmet va les voir ensemble, il va enlever Kimi et se servir d’elle pour attirer Ken dans un piège. Son grand fantasme à ce stade est de manger Ken pendant que lui-même mange Kimi… Ouais, je sais, quel homme sympathique !

Ainsi, l’arc du Gourmet est fascinant et important à deux niveaux : déjà, il permet de fréquenter directement une goule dans ce qu’elles ont de plus laid à montrer, de plus effrayant. Mais il permet aussi de montrer qu’il est possible pour goule et humain de vivre ensemble, à travers la relation qu’entretiennent Kimi et Nishiki. Ce dernier deviendra d’ailleurs serveur à l’Antique et ami de Ken.

Ainsi, cet arc me paraît fondamental pour ce qui arrivera ensuite tout en se révélant formateur pour le personnage de Ken. Le pauvre n’est pas sorti de l’auberge puisque, dans l’arc suivant, il va se confronter pour la première fois à Aogiri et c’est hélas là que tout va basculer pour lui…

J’ajoute que dans ces deux tomes, on trouve également un chapitre « hors série » sur le passé de Lize et qu’on retourne un peu auprès des colombes du CCG avec l’arrivée du remplaçant de Mado et la mise en place de ce qui ressemble à un plan de plus grande envergure pour reprendre le contrôle des différents districts. Mais ça, ce sera pour le prochain article !

Mata itsu ka, ja ogenki de !
( À bientôt et prenez soin de vous !)

À l’ombre du Japon #41 { Je (re)lis Tokyo Ghoul (arc du prologue + le drame des Fueguchi) }

Ohayô minasan !

J’ai récemment entamé une nouvelle relecture, cette fois consacrée au manga Tokyo Ghoul qui m’avait fait forte impression il y a quelques années lorsque j’ai lu d’une traite les quatorze tomes de la série principale. Je n’hésite d’ailleurs jamais à le citer comme l’un de mes mangas favoris… Mais est-ce toujours le cas à l’heure actuelle ? Comment est-ce que je considère l’œuvre en 2021 ? Et de quoi ça parle, au fait, Tokyo Ghoul ? Autant de questions auxquelles je vais tenter de répondre dans cette nouvelle série d’articles, sur le même format que ma relecture de Black Butler, en évoquant les différents arcs narratifs qui parsèment le manga.

Attention, cet article concerne les tomes 1 à 3 du manga publié chez Glénat. Les extraits visuels appartiennent à Sui Ishida et à Glénat.

De quoi ça parle ?
Ken Kaneki est mortellement blessé un soir et ne doit la vie qu’à la greffe de l’organe d’une goule effectuée par un médecin peu scrupuleux. Dans ce Tokyo alternatif, les goules vivent en parallèle des humains et leur existence est connue. Elles se nourrissent de chair humaine et sont traquées par le CCG. Avec un pied dans les deux mondes, Ken Kaneki va devoir mettre de côté ses préjugés pour apprendre à survivre…

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Premier arc : prologue.
Le prologue couvre les neuf premiers chapitres du manga qui servent à poser les bases de l’univers et des réflexions philosophico-morales qui vont le parcourir. En quelques mots, voici ce qu’il faut savoir : l’histoire se déroule à Tokyo, une capitale nippone divisée en une vingtaine de secteurs dans lesquels les goules se mêlent aux humains. Les goules existent depuis très longtemps, peut-être même depuis toujours ou du moins, c’est ce qu’il semble à première vue mais on dispose de peu d’informations à ce sujet, du moins à ce stade. Dans ce monde moderne, elles sont traquées par les inspecteurs du CCG (Centre de Contrôle des Goules) puisque certaines d’entre elles attaquent des humains pour s’en nourrir.

Une goule ressemble physiquement à un humain hormis sur les points suivants : en théorie, on nait goule, on ne le devient pas. Il s’agit donc d’une espèce à part avec ses propres règles et valeurs. Une goule ne se nourrit que de chair humaine, toute nourriture « normale » a un goût immonde, elle doit donc apprendre à le cacher pour se fondre dans la masse. Une goule est plus forte qu’un humain et plus résistante aussi, si bien qu’elle ne peut être blessée que par une autre goule. Une goule a des yeux rouges qui se manifestent notamment quand elle a faim. Et enfin, une goule possède un kagune, qui prend différentes formes en fonction du type de goule (ailé, blindé, écailleux et à queue). Ce kagune est une arme qui permet à la goule de se battre et de conquérir, par exemple, un territoire. Ou de se défendre.

Là, vous vous demandez peut-être comment s’y prennent les inspecteurs du CCG pour les tuer si on ne peut blesser une goule qu’avec une autre goule ? Et bien en s’emparant du kagune des goules pour le transformer en quinque, ce qui leur permet donc de les affronter et même de les battre. Et ainsi de récupérer de nouveaux kagunes…

Tous ces éléments sont découverts petit à petit par Ken qui, jusqu’ici, était un humain tout à fait normal qui pensait que les goules étaient toutes des prédatrices et donc que les éliminer relevait du bon sens. Recevoir l’un des organes de Lize (une goule qui a essayé de le manger, d’ailleurs) va changer la donne puisqu’il va développer un appétit pour la chair humaine ainsi qu’un kagune, tout en conservant ses valeurs morales. Il refusera pendant longtemps de se nourrir de chair humaine, ce qui apportera évidemment son lot de problème. Ses convictions et certitudes vont être mises à mal par sa rencontre avec des goules qui ne collent pas au stéréotype véhiculé dans les médias. Petit à petit, Ken va se rendre compte que les goules sont comme les humains. Certaines sont « gentilles » et d’autres sont de vraies sociopathes. Ainsi, le manga paraitra manichéen au départ mais les nuances arriveront petit à petit.

Deuxième arc : le drame des Fueguchi
Très tôt dans le manga, Ken va rencontrer Hinami et sa mère, qui sont des goules incapables de chasser. Elles se fournissent donc en viande au café l’Antique qui est un sanctuaire pour goules. De prime abord, Hinami et sa mère paraissent inoffensives et se cachent d’ailleurs des inspecteurs du CCG qui ont tué leur mari / père récemment. Impossible de ne pas compatir à leur histoire. Comme cette révélation intervient très tôt, on comprend vite qu’il existe différents styles de vie chez les goules et que peu importe celui qu’elles adoptent, elles seront quand même tuées à vue sans que les inspecteurs ne cherchent plus loin. Il faut dire qu’ils semblent victimes d’un gros bourrage de crâne…

Cette enquête va permettre au lecteur de changer de point de vue pour pénétrer au sein même du CCG afin d’y rencontrer les inspecteurs Amon et Mado. Le premier vient de sortir de l’Académie et est en binôme avec le second qui le forme sur le terrain. Mado est un personnage assez dérangeant et malsain qui est passionné par les quinques et n’a aucune considération pour la vie des goules. Il suffit de voir comment se déroule son affrontement avec Mme Fueguchi pour s’en convaincre… Amon est comme lui et ne remet rien en question, jusqu’à sa rencontre avec Ken qui va le pousser à s’interroger. La manière dont il se remet en question, lentement, par petites touches, apporte une crédibilité au personnage et un grand intérêt car on sent qu’au contraire de Mado, il y a une place pour une évolution chez Amon que je vois un peu comme le pendant « humain » de Ken Kaneki.

Cet arc se déroule du chapitre 10 au chapitre 29 (plus ou moins) et apporte de premières pistes réflexives sur la nature des goules, sur une cohabitation possible avec les humains (les goules de l’Antique se nourrissent par exemple des corps des personnes suicidées, ce qui ne fait pas de mal) mais aussi sur la notion de vengeance, une décision à laquelle Hinami se retrouvera confrontée. Ce sont des évènements denses et intenses qui s’enchaînent à un rythme maîtrisé, offrant ainsi un page-turner efficace. Notez d’ailleurs que tout ce dont je vous ai parlé jusqu’ici se passe sur seulement trois tomes ! Au quatrième, on change déjà d’arc narratif. Un article complet y sera consacré car il marque, je trouve, un gros tournant au sein du manga.

Ken Kaneki, un protagoniste principal enthousiasmant.
Outre le chara-design sublime et l’écriture soignée en terme non seulement d’intrigue mais aussi de réflexion, un des gros points forts du manga est Ken Kaneki, son protagoniste principal. On le rencontre alors qu’il est étudiant à l’université et se rend au café l’Antique (sans savoir qu’il s’agit d’un repaire de goules…) avec son ami Hide. Là-bas, il craque sur une fille, Lize, parce qu’elle lit un roman de son auteur préféré : Sen Takatsuki. Il s’agit d’un auteur fictif inventé dans la diégèse du manga (et qui aura son importance plus loin dans l’intrigue) mais Ken est, dans l’ensemble, un littéraire dans l’âme si bien que le texte est parsemé de citations et de références diverses à la littérature ou à la philosophie. Je pense que c’est un des points qui m’a le plus enthousiasmé au départ en tant que littéraire. D’autant que lors de ma première découverte du manga, j’étudiais moi-même cette matière…

Ken est un garçon avec des principes mais qui accepte de se remettre en question. Il est même curieux de comprendre, d’évoluer, il cherche donc à échanger avec des personnes dont le point de vue diverge du sien afin de l’intégrer dans sa réflexion. Le monde brutal des goules est à des années lumières de sa personnalité et il n’y aurait probablement pas survécu sans l’aide de Toka ou du patron de l’Antique, mais on reviendra là-dessus car évidemment, l’arc suivant amorce déjà un changement assez radical avec l’arrivée du Gourmet… On en reparlera dans un prochain article.

Et voilà, on arrive au bout de cette première mise en bouche sur le manga Tokyo Ghoul et ma relecture de celui-ci qui est, pour le moment, aussi enthousiasmante que ma première découverte ! N’hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé, on se retrouve bientôt pour un billet sur les arcs suivants.

Mata itsu ka, ja ogenki de !
( À bientôt et prenez soin de vous !)

Peau d’Homme – Hubert & Zanzim

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Peau d’Homme est une bande-dessinée en un volume scénarisé par Hubert et dessiné par Zanzim. Publié chez Glénat, vous trouverez ce chef-d’œuvre au prix de 27 euros.

De quoi ça parle ?
Dans une époque qui ressemble à l’Italie au temps de la Renaissance, Bianca doit se marier mais elle s’inquiète un peu et aimerait vraiment connaître son futur époux pour savoir à quoi s’attendre. Heureusement pour elle, les femmes de sa famille ont un secret : une peau d’homme qui leur permet de devenir Lorenzo, un jeune homme à la saisissante beauté. Ainsi déguisée et même transformée (puisqu’elle devient physiquement un homme avec tous les attributs liés), Bianca va se rapprocher de son époux, Giovanni, et découvrir qu’il apprécie davantage les hommes que les femmes…

Une bande-dessinée aux thématiques modernes et riches.
L’histoire a beau se dérouler pendant la Renaissance, soit il y a plusieurs siècles, le propos de Peau d’Homme est extrêmement moderne. L’histoire commence sur le fait que Bianca doit se marier et est littéralement vendue comme une marchandise à Giovanni, sans qu’on ne se tracasse de lui poser la moindre question. Elle le regrette un peu car elle souhaiterait connaître cet homme avant de partager sa vie, ce qui provoque des remarques allant de la condescendance à la moquerie dans son entourage. En effet, ses amies, déjà mariées, ne comprennent pas pourquoi elle se plaint puisque l’homme qu’on lui destine est beau…C’est connu, la beauté physique, ça résout tout ! (coucou Christian) La marraine de Bianca est la seule à comprendre ses tourments et c’est elle qui va lui léguer cette fameuse peau d’homme qui se transmet dans leur famille de génération en génération.

C’est à ce moment que la bande-dessinée tombe dans le registre du fantastique et va permettre à Bianca de vivre une expérience transgenre puisque cette peau n’est pas qu’un déguisement. Elle la transforme et lui permet d’avoir des organes sexuels masculins et donc de vraiment expérimenter ce qu’est être un homme. Impossible, donc, de la confondre dans sa ruse ! Ainsi, elle va se rendre à la rencontre de son futur époux, Giovanni, et apprendre que les hommes et les femmes vivent dans des mondes séparés avec des codes sociaux qui n’appartiennent qu’à eux et ne sont pas toujours compréhensibles par l’autre sexe. C’est par exemple le cas quand Bianca, déguisée en Lorenzo, entend son futur époux se vanter d’avoir déjà consommé leur mariage alors qu’il n’en est rien. Sa tante lui expliquera que les hommes agissent ainsi et que Giovanni joue un rôle en société, que ça ne révèle pas sa véritable personnalité. Cet ouvrage est plein de remarques pertinentes dans ce même style, qui poussent à réfléchir sur nos propres codes sociaux genrés.

L’œuvre interroge également le rapport qu’a la société à la sexualité féminine à travers le prisme de la religion et de la bonne morale publique. En effet, durant une grande partie de l’histoire, un prêtre -qui est le propre frère de Bianca- stigmatise les femmes dés qu’elles ont le malheur de montrer un bout de peau et ordonne des châtiments terribles pour celles qui osent tromper leur mari, même si le mari en question est un coureur avéré. Ce prêtre ne sera arrêté qu’une fois qu’il s’attaquera à la liberté des hommes. L’air de rien, cela en dit long… Et la transposition avec notre 21e siècle n’en est que plus aisée. Dans Peau d’Homme, les femmes doivent tout accepter et se satisfaire de leur sort, au contraire des hommes, et le jugement qu’on porte sur une même action varie en fonction du sexe. Un exemple flagrant est la colère de Giovanni quand Bianca annonce qu’elle prendra un amant puisque lui préfère les hommes. Elle le remettra à sa place en lui disant qu’il n’a vraiment pas de quoi se montrer jaloux vu ses propres actes et c’est très vrai. Giovanni lui-même parait embarrassé car il sait que sa femme a raison. On y parle également de la famille, du devoir familial mais aussi comment s’émanciper de ses parents et s’affirmer en tant que personne.

Et j’en oublie ou plutôt, je vous laisse quelques découvertes car je ne souhaite pas divulgâcher le contenu ou tout simplement gâcher votre plaisir à vous, futurs lecteurs ! J’ajoute que du point de vue de la représentation LGBTQIA+, cette œuvre est, je trouve, respectueuse, moderne et magistrale. Je ne me rappelle pas d’en avoir lu une aussi bien à ce niveau là depuis longtemps.

Bianca, une femme émancipée.
Au début de l’histoire, Bianca est une femme élevée avec les valeurs de l’Italie à la Renaissance. Si elle a quelques regrets sur son mari, sur le fait de ne pas le connaître, elle reste assez dans les clous jusqu’à se laisser enivrer par le pouvoir de la peau d’homme. Elle parle d’ailleurs de Lorenzo comme d’une personne à part, d’une entité dissociée d’elle en tant que femme, si bien qu’il lui est facile d’exposer sa nudité masculine ou d’avoir des relations sexuelles avec des hommes dans ces conditions. Vivre dans le monde masculin va permettre à Bianca de développer un esprit critique et de prendre vraiment conscience du gouffre qui existe entre leurs deux genres. Elle gagnera ainsi en caractère à mesure que l’intrigue avance, affirmant sa personnalité d’une façon très agréable.

Un graphisme particulier.
C’est toujours le souci quand je lis une œuvre graphique et ça vaut pour le manga comme pour la BD. Je suis assez sensible au charadesign, au trait de manière générale. J’ai trouvé ce titre assez dépouillé dans le but, probablement, de se concentrer vraiment sur le message et ne pas se laisser distraire par un visuel trop envahissant. Ce n’est pas spécialement un type de dessin auquel je suis sensible mais ça n’a en rien gêné ma lecture ou le plaisir que j’y ai pris. Si je le précise, c’est parce que je sais que certain/e sont comme moi et que je tiens à vous rassurer : ça vaut le coup, vraiment. Et on oublie facilement le graphisme qui, même s’il ne me séduit pas, colle quand même assez bien au titre et au propos. Après, je ne vais pas me permettre d’aller plus loin dans une analyse à ce sujet puisque je suis assez novice en la matière. Je me contente de vous partager un sentiment.

La conclusion de l’ombre :
Peau d’Homme est un véritable bijou de modernité (alors même que l’histoire se passe à la Renaissance italienne) qui aborde les thématiques de liberté de la femme, traite de la communauté LGBTQIA+ avec respect et bienveillance tout en transmettant des messages importants, en plus d’inviter à une prise de conscience sur nos habitudes culturelles genrées. L’ouvrage compte 160 pages et bouillonne de bonnes idées, de justesse et de richesse. J’ai adoré et je le recommande plus que chaudement !

PS: Une libraire m’a aimablement partagé un avant-propos écrit par Hubert au sujet de cette BD qui n’apparait pas dans la version définitive de l’ouvrage, peut-être à cause du décès de l’auteur ? En tout cas, je trouve cet apport intéressant donc je vous invite à cliquer ici pour accéder au tweet concerné et en apprendre davantage !

D’autres avis : Just a wordBoudicca (Le bibliocosme) – The notebook 14Les blablas de TachanLes voyages de LyYuyineLes tribulations de Miss Chatterton – vous ?

À l’ombre du Japon #29 { Chobits #5 ; Reborn ! #1 ; Tokyo Revengers #10 }

Ohayô minasan !
Nous voici déjà de retour avec un épisode consacré aux trois premiers mangas lus en 2021 ! Et c’était plutôt pas mal comme cuvée…

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Je n’ai pas encore évoqué Chobits sur le blog en format tome par tome. Je vous en ai parlé au détour d’un article ou l’autre, notamment dans les mangas que je vous conseillais de mettre sous le sapin en 2020 maiiiis voilà, j’ai envie de vous écrire quelques mots sur ce cinquième tome qui sert un peu de transition, apporte de nouveaux éléments et surtout, amorce une thématique qu’on connait bien quand on évoque des robots à apparence humaine : peuvent-ils remplacer l’humain en tant que personne genrée et donc, par extension, membre d’un couple ?

C’est quelque chose dont le tome 4 parlait déjà avec un retour sur le passé du patron de la boulangerie où Chii travaille. La fin du tome 5 le rappelle et remet le lecteur en face de ces questions compliquées qu’on a tendance à un peu oublier au contact de Chii et Hideki. De plus, depuis le tome précédent, Chii a été enlevée par un informaticien obsédé par les légendaires Chobits. Il est persuadé que Chii en est un et va tout mettre en œuvre pour percer ses secrets. Ainsi formulé, on oublie d’autant plus aisément que Chii est, en théorie, un simple ordinateur… C’est d’autant plus vrai que Hideki se morfond d’inquiétude à l’idée qu’on lui fasse le moindre mal, là où son ami Shinbo va justement incarner la « voix de la raison » pour lui rappeler que dans le pire des cas, il suffira d’effacer sa mémoire, car Chii n’est qu’un programme.

Mais l’est-elle vraiment ? Les quelques passages avec la mystérieuse autrice du livre pour enfant (dont je tais à dessein l’identité pour ne pas trop vous divulgâcher des éléments importants) qui semble raconter les éléments de la vie de Chii et Hideki laissent à penser que non et que le créateur de Chii poursuivait justement un certain but en la créant. Personnellement, j’imagine qu’il cherchait à prouver que les programmes peuvent développer des émotions mais je me trompe peut-être ? À voir.  Bref, cette intrigue ainsi les réactions des différents personnages permettent de construire un fond réflexif assez solide tout en donnant la parole à chaque point de vue sans pour autant oublier l’intérêt de l’histoire en elle-même. Un beau boulot et je n’ai qu’une hâte : lire le tome 6 !

D’autres avis sur ce tome : pas encore mais cela ne saurait tarder !

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Lilysatis (aka Aurélie Mendonça) m’a offert le premier tome de Reborn ! lors d’un concours et j’étais très curieuse de découvrir ce manga qui compte tellement à ses yeux qu’elle en a tatoué l’un des personnages sur sa peau. Je dois dire que la lecture de ce premier tome m’a décontenancée… Et je vais tenter de vous expliquer pour quelle raison.

Déjà, le pitch de base n’est pas (si) banal : Tsunayoshi Sawada est un raté autant sur un plan scolaire que sportif. Sa mère décide donc d’engager un prof particulier, Reborn, qui est… un bébé en costume (?!) mais aussi le plus puissant tueur à gage de la mafia italienne. Il travaille d’ailleurs pour la famille Vongola dont le chef l’a envoyé au Japon pour former Tsuna à prendre sa suite puisque tous les autres candidats sont morts et qu’il est le dernier avec du sang Vongola dans les veines. Ma première réaction à la lecture du résumé a été de sourire et de penser : mais what the fuck ?!

On sent directement qu’il ne faut pas attendre de ce titre quelque chose de sérieux et juste se laisser porter par le délire. Il se passe d’ailleurs plein de choses pendant ce premier tome, presque… trop de choses si on veut être honnête. Les gags s’enchainent au point de devenir prévisibles et un peu lourds, des personnages arrivent trop rapidement, ça part dans tous les sens et dans tous les excès avec le concept de balle de la dernière volonté. En deux mots, il s’agit d’une technologie propre à la famille Vongola qui fait que quand on tire dans une partie du corps avec, on obtient un pouvoir spécifique et si elle « tue » elle ramène sa victime à la vie avec une énergie supérieure qui la pousse à accomplir sa dernière volonté. Au bout de cinq minutes, la personne redevient totalement normale. Par contre si on tire sur quelqu’un qui n’a pas de regret et donc de dernière volonté, la balle sert juste à le / la tuer…

Les idées sont présentes, hélas c’est un peu trop brouillon à mon goût et si j’ai souri une fois ou deux, j’ai quand même trouvé ce tome assez long, lourd, sans réussir à comprendre où le mangaka voulait aller. Je me suis alors renseignée, perplexe, pour comprendre ce qu’Aurélie trouvait de si extraordinaire à ce manga et je suis tombée sur un article qui expliquait qu’au tome 8 (la série en compte 42) le manga prend un tournant radical, gagne en sérieux, se complexifie, etc. Je pense donc continuer à découvrir cette série pour juger par moi-même mais plutôt en l’empruntant dans une bibliothèque. Après, honnêtement, si je n’avais du me fier qu’à ce premier tome sans savoir à quel point cette série comptait aux yeux d’une autrice que j’apprécie, j’aurais cessé l’aventure aussi sec. Comme quoi, parfois, cela vaut peut-être la peine d’aller un peu plus loin… Suite au prochain épisode donc !

D’autres avis sur ce tome : SunreadAsia4Ever2 – vous ?

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Je vous ai parlé du tome 9 sur le blog à la fin du mois de novembre en partageant une réflexion au sujet des suites qui mettent trop longtemps à sortir (à mon goût) et font que mon intérêt a tendance à décliner, sauf pour de rares titres. Cela commençait à être le cas avec Tokyo Revengers mais le dixième opus a prouvé que, quand un mangaka s’en donne la peine, même plusieurs mois entre deux tomes ne constituent pas un réel problème pour stimuler l’intérêt des lecteurs. Je trouve que ce volume rend un nouveau souffle à la série et gagne encore en violence avec des enjeux qui se précisent et des décisions à prendre qui ne sont pas évidentes sur un plan moral. Une fois de plus, Takemichi a du retourner dans le passé afin d’empêcher un affrontement entre le Toman et le Black Dragon dont l’issue risque de changer totalement la personnalité de Hakkai, avec les conséquences que l’on sait sur le futur. Mais cette fois, il ne devra pas trouver seul des solutions puisqu’il va avouer toute la vérité à quelqu’un…

Même si je n’ai eu aucun mal à me replonger dans l’histoire, je regrette toujours que l’éditeur (ou le mangaka ?) n’ajoute pas un récapitulatif des personnages et des tomes précédents au début de cette série alors que ça se fait régulièrement ailleurs (et même chez Glénat de mémoire). Son absence pose un vrai problème à mon sens pour des tomes un peu plus « faibles » ou « de transition » comme l’était, par exemple, le 9.

D’autres avis sur ce tome : pas encore mais cela ne saurait tarder !

Et voilà c’est déjà terminé ! Il faut dire qu’il n’y a pas toujours énormément à écrire au sujet des suites et c’est bien pour ça que je rassemble plusieurs tomes en un seul article. N’hésitez pas à me donner vos propres impressions dans les commentaires 🙂

Mata itsu ka, ja ogenki de !
( À bientôt et prenez soin de vous !)

À l’ombre du Japon #22 { Kingdom of knowledge #1 ; Shikabana #1 ; Nosferatu #1 }

Bonjour à tous et à toutes !

On se retrouve pour un nouveau rendez-vous manga avec trois premiers tomes de séries qui sont sortis récemment et qui ont titillé mon intérêt. Malheureusement, comme vous allez le constater, ça n’a pas vraiment été une réussite…

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Fei est un gnome, il vit dans la bibliothèque de l’Empire avec son peuple car ils sont les seuls à pouvoir lire d’anciens manuscrits qui renferment d’immenses savoirs. Ils ont des milliers de volumes à traduire et ne pourront voir le monde extérieur qu’une fois ce travail achevé. C’est chose faite huit ans après le début du manga, sauf que ça sonne la fin des leurs, les humains refusant que leurs secrets soient répandus partout. Fei est le seul à en réchapper et il jure de se venger…

Ce manga est une nouveauté récente parue chez Kana dans sa collection Dark Kana. L’éditeur présente ce titre comme de la dark et de la tactical fantasy, autant dire que j’étais impatiente de le découvrir sauf que… Selon moi, le terme dark fantasy est très mal employé ici et ce serait super qu’on arrête de mettre dans ce sous-genre toute œuvre où on voit du sang et des morts. La dark fantasy, c’est plus que ça. C’est une idéologie d’ensemble qu’on ne ressent absolument pas sur ce premier volume trop classique à mon goût que ce soit sur son idée ou sur sa mise en place. Quant à l’aspect tactique, on ne peut nier sa présence puisque le héros utilise ses connaissances théoriques acquises dans des livres pour vaincre des ennemis toutefois j’ai trouvé que le (la ?) mangaka l’amenait d’une manière plutôt grossière. Tout va trop vite et paradoxalement, c’est long… Du coup, flop pour moi mais si vous êtes moins à cheval que moi sur les terminologies et les attentes générées par un tel titre, alors n’hésitez pas.

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Kyoto, de nos jours. Tsuyu vit avec Mizore, sa copine depuis le lycée et ne sait pas trop où il va dans la vie. Un soir, Mizore subit un accident de la route. Tuée sur le coup, ce nouveau malheur affecte Tsuyu qui se raccroche à une mystérieuse lettre laissée par Mizore qui le supplie de ne pas brûler son cadavre car un miracle pourrait se produire.

En guise de miracle, c’est plutôt un cauchemar. Ce premier tome se révèle très introductif mais c’est logique puisqu’il y a beaucoup à dire. En général, ça m’agace toutefois ici, ce n’est pas trop mal fait et ça s’incorpore plus ou moins bien dans le manga bien qu’il y ait un petit côté « explication à la Rukia » (les fans de Bleach comprendront) qui m’a fait tiquer. Pourtant, Kei Monri prend son temps pour poser la relation entre Tsuyu et Mizore, afin que le lecteur ne reste pas indifférent aux malheurs du garçon. Il y a un côté très tragique et sombre à ce titre qui m’a vraiment plu et qu’on ressent dés la couverture. Les soucis que j’ai rencontré avec Shikabana arrivent après, quand on découvre le concept de kuroe et qu’on apprend que ces créatures utilisent les cadavres comme vaisseau pour se développer avant de naître. Il existe (évidemment) une section plus ou moins secrète de la police qui les traque, groupe que va rejoindre Tsuyu dans l’espoir de sauver Mizore. Évidemment, Tsuyu n’est pas sorti indemne de sa rencontre avec le kuroe qui habite le corps de sa copine et développe des pouvoirs qui font tomber ce titre tête la première dans le horror-body.

Vous le sentez, cet aspect hyper classique et ce schéma convenu ? D’autant que la section élimine les kuroes, les tue quoi. Tsuyu se rend alors bien compte qu’il a commis une erreur en les rejoignant mais il reste quand même avec eux pour… Quoi ? Je n’ai pas bien saisi. Si les différents éléments de fond sont intéressants, la manière dont l’histoire est présentée sur ce premier tome est trop vue et revue à mon goût. Toutefois, je suis certaine qu’il ravira les adeptes d’horror body vu la qualité du chara-design et surtout, les lecteurs moins lassés que moi ! D’autant que la série est achevée en trois tomes et que c’est la première de ce duo d’auteurs donc… Pourquoi pas ?

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Je vais être sincère : j’ai acheté ce manga uniquement pour sa couverture magnifique en lisant à peine le résumé qui, pourtant, parle bien d’une femme amnésique (soit un des ressors narratifs que je déteste le plus au monde) ainsi que de créatures sanguinaires dans une époque qui ressemble un peu au Moyen-Âge… Vu, vu et revu, classique quand tu nous tiens. Toutefois, j’ai cédé à l’appel du chara-design et si ce titre est effectivement beau graphiquement, il ne contient rien de renversant en terme de concept ou d’intrigue, allant même jusqu’à récupérer grossièrement le mythe qui entoure la famille Bathory. Tous les poncifs du genre sont représentés : la belle femme amnésique qui se rappelle pourtant comment se battre avec son épée et ce, à la perfection, le jeune garçon innocent qui va partir avec elle à l’aventure, une gentille héritière qui se fait abuser par ses serviteurs et qui est mise de côté dans le remariage de son père, une église qui monte une troupe d’élite pour affronter les Nosferatu qui avaient disparu mais en fait non… et je suis trop lassée de ceux-ci pour aller voir au-delà de ce premier volume que j’ai pourtant apprécié lire, sans hélas ressentir l’étincelle qui me donne envie de continuer.

Et voilà, c’est déjà terminé ! J’ai conscience de passer pour une emmerdeuse aigrie via ces brefs retours mais si j’ai choisi de vous parler de ces mangas malgré mon sentiment tout personnel c’est parce que je pense sincèrement qu’ils peuvent plaire à un autre public que moi car ils ne sont pas dénués de qualité, autant sur un plan graphique que conceptuel. Ils ne me conviennent juste pas. Heureusement, sur les quatre nouveautés il y en a une qui a su me plaire et à laquelle je vais consacrer un article plus long très bientôt.

Mata itsu ka, ja ogenki de !
( À bientôt et prenez soin de vous !)

À l’ombre du Japon #19 { Billy Bat #1, Blue Flag #1 & Tokyo Revengers #1 aka les bons conseils de l’Apprenti Otaku ! }

Bonjour à tous !
Je vous propose aujourd’hui un épisode un peu spécial d’à l’ombre du Japon puisqu’il va rassembler un court retour sur trois premiers tomes lus récemment sous le conseil d’un blogueur que vous connaissez peut-être (et si ce n’est pas le cas, vous savez ce qu’il vous reste à faire 😉 ) à savoir l’Apprenti Otaku.

J’ai découvert ce blog par hasard il y a quelques mois déjà mais j’ai le sentiment de le lire depuis toujours. Grâce à son exploration du monde manga et de son Histoire, chaque article est une petite bulle culturelle à lui tout seul et il est à l’origine de certains de mes coups de coeur comme l’excellentissime Beastars. Récemment, j’ai acquis sous ses conseils plusieurs séries qui n’ont pourtant pas grand chose en commun… Hormis l’origine de leur achat ! C’est donc pour cette raison que je rassemble ces trois mangas en un seul article ainsi titré. À présent que les choses sont claires… C’est parti !

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Blue Flag est une tranche de vie / romance (attends avant de t’enfuir) dessinée et scénarisée par Kaito. Au départ, je dois avouer que je n’y croyais pas des masses pourtant j’ai immédiatement été séduite par le personnage principal : Taichi. Un garçon comme n’importe quel autre, qui se retrouve dans sa classe de Terminale avec son ancien ami d’enfance (Tôma) et une fille amoureuse de ce dernier (Futaba) qui va lui demander des conseils en pensant que les deux amis sont toujours proches. Le pitch de base ressemble à une mauvaise comédie romantique sauf que ça fonctionne à merveille. Le mangaka propose des volumes plutôt épais, ce qui permet aux relations de lentement se mettre en place. On découvre ainsi que Blue Flag possède une profondeur inattendue portée par un trait sensible et maîtrisé. Je ne me suis pas vue arriver à la fin et j’ai tout de suite commandé les tomes suivants à ma librairie. Un article plus détaillé viendra probablement lorsque j’aurai terminé la série qui compte huit tomes en tout.

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Billy Bat est… euh… un seinen, ça d’accord, sauf qu’il m’est difficile de le qualifier plus précisément tant il sort du lot ! À l’heure actuelle, j’ai lu trois tomes (gentiment prêté par mon libraire, merci Geoffrey :3) et je ne suis toujours pas bien sûre de ce que je suis en train de lire. En quelques mots, l’intrigue principale se déroule en 1949 et suit Kevin Yamagata, un dessinateur de BD américain mais d’origine japonaise, comme son nom l’indique. Il est derrière la fameuse série Billy Bat que beaucoup de gens adorent sauf qu’il apprend fortuitement que ce personnage existait déjà dans une BD japonaise qui date de plusieurs années. Craignant d’avoir plagié par accident et très à cheval sur son refus de voler (même sans le vouloir), Kevin part donc au Japon en quête des origines de Billy. C’est là que tout part en cacahuète parce que le pauvre Kevin s’embarque dans une histoire de dingue. Et tout ce qui lui arrive le ramène invariablement vers le personnage de Billy, qui semble bien plus ancien qu’il n’y paraît.
La série est terminée en vingt tomes et je compte tous les lire donc il y aura probablement un article plus complet à ce sujet mais je tiens déjà à souligner le travail d’écriture sidérant de la part de Naoki Urasawa et Takashi Nagasaki. J’ai rarement été confrontée à un manga aussi complexe, aussi bien référencé. Chaque fois que je tourne une page, je ressens vraiment l’impression de me plonger dans un monument, une œuvre qui a ou va marquer l’histoire du manga.

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Encore un shonen de bagarre sauf que celui-ci est bien plus solide et sérieux que d’autres que j’ai pu lire jusqu’ici. Pourtant, ça partait mal puisque le concept se base sur le voyage dans le temps et vous savez à quel point je déteste ça. Ici, toutefois, ça fonctionne assez bien et n’étouffe pas l’intrigue. En quelques mots, du haut de ses 26 ans, Takemichi a globalement raté sa vie. Un jour, il entend à la télévision que sa petite amie du collège a été tuée dans un affrontement entre yakuzas. Choqué, il a un accident (en passant sous un train) qui le ramène douze ans en arrière, à l’époque où il pourrait peut-être changer les choses en prenant des décisions différentes pour son avenir. Des décisions qui l’amèneront à fréquenter le leader du gang Tokyo Manji-Kai.
Tout fonctionne dans ce titre, des personnages à l’intrigue. Le seul point qui m’emballe un peu moins, c’est le chara-design. Je ne le déteste pas mais ce n’est pas trop mon type de trait. Pourtant, je n’ai eu aucun mal à passer outre… Dingue, quand on sait à quel point je peux être pointilleuse là-dessus ! Cette série est toujours en cours avec 18 tomes au Japon pour 8 chez nous. C’est donc une série longue qui se profile mais si elle reste dans la continuité qualitative de ce premier tome, je crois que je ne vais pas me priver de la suite.

On se quitte déjà mais rassurez-vous, je lis tellement de mangas ces derniers jours que je vais enchaîner les articles à ce sujet en mettant un peu les romans de côté. Enfin, pas trop quand même, parce que j’ai des services presses qui m’attendent. Ceux qui préfèrent ce type d’article ne seront donc pas en reste, pas de panique !

Mata itsu ka, ja ogenki de !
( À bientôt et prenez soin de vous !)

À l’ombre du Japon #8 { One Piece #3, Jagaaan #1, Black Butler #1, #2, #3, Beastars (anime) }

Bonjour à tous !
Nouveau rendez-vous manga avec des relectures de mes sagas fétiches et la découverte d’un titre proposé gratuitement par Kazé (que je remercie !). Sachez que plusieurs éditeurs mangas agissent pendant le confinement et offrent des tomes numériques ou la lecture accessible sur leur plateforme comme Glénat ou Kana. Kazé a poussé plus loin en offrant les trois premiers tomes de plusieurs séries que vous pouvez télécharger un peu partout à votre convenance. C’est un bon moyen de découvrir des titres vers lesquels on ne se serait pas tourné autrement.

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Ce tome marque la fin du combat contre Baggy et l’arrivée au village de Pipo (Usopp). Cela signifie que l’arc du Capitaine Crow s’ouvre. Mais si, cet homme qui se fait passer pour un gentil majordome dans le but d’hériter de la fortune d’une jeune fille malade et fragile qui est aussi l’amie de Pipo… À mon sens, dans ce tome, on abandonne le ton plus léger et superficiel entrevu auparavant pour aborder des thématiques plus sérieuses. Pipo est l’enfant d’un pirate qui appartient à l’équipage de Shanks (que Luffy a donc connu, comme c’est pratique). Pipo idéalise son père (qui l’a pourtant abandonné…) et comprend son besoin de liberté. Il rêve lui aussi de devenir pirate mais comme il est plutôt trouillard, disons que ça part mal. Pipo n’est pas un personnage que j’appréciais particulièrement auparavant mais mon opinion a changé en relisant ce tome, ce que je trouve intéressant comme expérience. Comme quoi, relire certains titres avec un regard plus adulte, ça change tout !

Jagaaan_tome_1
Jagasaki est un flic de quartier qui mène une vie assez monotone. La plupart des gens lui marchent dessus et ne le respectent pas, du coup il rêve de les descendre… sans jamais passer à l’acte. Puis un beau jour, une pluie de grenouille s’abat sur la ville et va transformer les gens en détraqués, des espèces de monstres qui exacerbent les sentiments violents de leurs victimes. Un hibou bizarre du nom de Doku va expliquer les nouvelles règles du jeu à Jagasaki, qui semble être une sorte d’élu (achevez-moi). Lui aussi est d’ailleurs infecté par un têtard de détraqué (pitié…), ce qui explique qu’il puisse contenir et ralentir sa transformation (bah tiens c’est pratique). Comme ça ne suffira pas, il doit ingérer les crottes du hibou (ACHEVEZ-MOI) produites après qu’il ait mangé l’une des grenouilles qui infectait un corps. Corps que Jagasaki a tué, bien entendu.
Voilà voilà.
Alors je sais que souvent, quand on pense Japon, on imagine cet aspect what the fuck et je n’ai aucun problème avec ça mais… Sérieusement ? Selon moi, rien ne fonctionne dans cette intrigue qui exploite des poncifs vus et revus dans le genre en proposant un héros franchement pas très crédible. Il passe à l’acte d’un coup alors qu’il se retient depuis longtemps et n’inspire pas une once de compassion. Son seul atout de Jagaaan à mes yeux est son esthétique. Le dessinateur maîtrise très bien l’aspect horreur et émotion qu’on décrypte sans problèmes sur les visages. Si le style graphique n’est pas celui que je préfère, je ne peux pas nier le soin apporté à cette partie qui rend l’ambiance crédible à défaut du reste. Je ne suis pas mécontente d’avoir jugé par moi-même ce manga mais il est certain que je ne vais pas lire la suite, même si les trois premiers volumes sont gratuits en numérique.

Black Butler compte parmi mes sagas favorites que j’ai commencé il y a une éternité et la seule série longue dont je continue à acheter les tomes sans une hésitation. Mais en relisant le premier je dois avouer que je lui ai trouvé plusieurs défauts. C’est clairement un volume d’introduction qui laisse perplexe pendant les deux tiers de la lecture : qui est cet enfant ? Qui est ce majordome à qui rien ne semble résister et qui a plus que probablement des pouvoirs surnaturels pour gérer à ce point? Quel intérêt de nous raconter par le menu sa journée de travail et comment il a rattrapé les conneries des trois autres membres complètement inutiles du personnel ? Yana Toboso pose les bases de son univers avec une certaine maladresse et les chapitres s’enchaînent avec un rythme qui laisse parfois à désirer.
Pourtant…
Il y a ce dessin, qui clôture le chapitre deux ou trois. Celui où on voit le vrai sourire de Sebastian et où on comprend que ouais, clairement, ce mec est hyper louche et pas dans le bon sens du terme. Où on comprend aussi que ce ton humoristique british un peu what the fuck cache quelque chose. Je me rappelle, à l’époque, avoir eu envie de savoir quoi en partie parce que j’ai été conquise par le trait de Yana Toboso (je suis superficielle, tu peux me juger). J’ai donc acheté la suite pour ne plus jamais arrêter.
Dans le tome 2 commence l’arc classique de toute histoire londonienne du 19e siècle à savoir Jack l’Éventreur. Si j’avais entamé le manga maintenant, aucun doute, j’aurais abandonné en roulant des yeux très fort avant de balancer le manga dans un coin. Enfin… Peut-être pas. Parce qu’on commence à prendre conscience d’à quel point Sebastian est retord, d’à quel point sa relation avec Ciel est malsaine. Puis on découvre aussi de nouveaux personnages iconiques : L’Undertaker et Grell. Et enfin, la réécriture de la légende mainte fois usitée jusqu’à la corde est plutôt bien trouvée. Dans l’ensemble, j’adhère. Cet arc court sur les tomes 2 et 3. À la fin de ce dernier, on voit apparaître Agni et le Prince et ça m’a surprise car dans mes souvenirs, ça venait plus tard. Mais une bonne surprise, rassurez-vous…
Donc concrètement, Black Butler, c’est génial. Toutefois, si vous commencez la saga aujourd’hui, gardez à l’esprit que ça se bonifie clairement avec le temps. Autant l’histoire, l’intrigue, le rythme que la traduction française qui manquait quand même un peu de relecture sur les répétitions à l’époque…

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Quelques mots au sujet de cette saga dont j’ai souvent entendu parler chez l’ami Otaku mais qui ne m’attirait pas parce que son concept d’animaux humanoïdes… Meh. Pourtant, quand j’ai vu l’animé sur Netflix qui comptait douze épisodes et l’enthousiasme de certains je me suis dit que j’allais tenter l’aventure.
Oh.
Mon.
Dieu.
J’étais pas prête pour la claque que je me suis prise. L’animé couvre les six premiers tomes (il s’arrête +- à la moitié du 6) et la première chose que je fais quand ma librairie rouvre c’est d’aller acheter le tome 6 et tous les suivants. J’ai adoré ce manga d’une profondeur inattendue. L’intrigue prend place dans une école où les herbivores et les carnivores cohabitent. Un meurtre est commis sur un herbivore, c’est clairement l’œuvre d’un carnivore, mais lequel? C’est sur ce fond qu’on rencontre Legochi, un loup gris un peu gauche qui lutte contre ses instincts de prédateur et a de plus en plus de mal. Il appartient au club de théâtre comme régisseur technique et est le héros de cette histoire. Il est absolument fascinant, crédible, intense. Ses interactions avec le personnage de Louis provoquent des frissons et sa relation avec Haru est superbe. Pour ne rien gâcher, cette série traite de nombreux thèmes comme la discrimination, la difficulté de respecter les règles du vivre ensemble quand elles vont contre notre nature,… C’est une magnifique métaphore sur notre propre société qui nous met le nez dans nos travers. Je ne peux que vous recommander de jeter un œil à cet animé (ou à lire le premier tome si vous préférez) sur lequel je ne vais pas manquer de revenir à l’avenir. Personnellement, j’ai binge-watché les douze épisodes d’un coup en une soirée, ce qui ne m’était plus arrivé depuis une éternité. C’est dire à quel point ça vaut le coup.

Et voilà, c’est déjà terminé pour cette fois !
Et vous, vous (re)lisez quoi en ce moment ? 🙂

À l’ombre du Japon #7 {Noragami #4, Otaku Otaku #1, Parasites amoureux #1, One Piece #1 & #2}

Bonjour à tous !
C’est l’heure d’un nouveau rendez-vous manga qui a mis un peu de temps à arriver. Avec le confinement, je n’ai pas pu me procurer toutes les nouveautés que j’espérais. J’attends pour ça la réouverture de ma librairie préférée et je refuse de commander en ligne, histoire de les soutenir à ma mesure quand elle pourra reprendre son activité. Du coup, j’ai décidé de relire d’anciennes séries comme vous l’avez peut-être constaté dans le titre, ce qui m’a permis d’avoir assez de matière pour vous concocter un petit article.

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Ce tome reste dans la continuité qualitative des précédents. Il nous permet d’en apprendre davantage sur Bishamon et sur sa situation avec ses shikis. On découvre aussi davantage d’informations sur les manigances de Nora.. À l’instar des trois premiers, ce volume est bien rythmé entre émotions et révélations. L’auteur n’en fait pas trop, l’équilibre est nickel. J’ai hâte de dévorer la suite ! Je n’en reviens toujours pas de ne pas avoir commencé cette série plus tôt.

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En règle générale, je ne suis pas du tout attirée par un manga qui parle d’amour ou de relations amoureuses mais ma libraire m’a chaudement recommandé la lecture de ce titre. J’ai bien fait de l’écouter ! Otaku Otaku est un titre construit comme une série de scènes courtes avec un équilibre maîtrisé entre l’aspect comique et le côté plus sérieux. Narumi et Hirotaka ont 26 ans, sont amis d’enfance… et sont deux otakus ! Un soir, Narumi, saoule, désespère que sa condition d’otaku l’empêche de trouver un copain. Hirotaka lui propose de sortir avec lui et leur relation commence aussi simplement que ça. Les deux personnages sont attachants chacun à leur manière et je n’ai eu aucun mal à m’identifier à eux. Un autre point important à souligner, c’est le respect de l’auteur pour la condition d’otaku. On ne sent pas de réel jugement si ce n’est celui des autres, au sein du manga, et des difficultés que peuvent rencontrer les personnages à être ainsi au Japon. C’est clairement une œuvre bienveillante et intelligente dont j’ai très hâte de découvrir la suite ! Pour ne rien gâcher, le dessin est soigné et pas shojo pour un sou, ce qui est une très bonne chose pour moi.

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Kengo Kosaka est chômeur et Hijiri Sanagi une lycéenne qui ne va plus en cours. Un homme mystérieux fait chanter Kosaka pour qu’il devienne l’ami de Sanagi et lui fournisse des renseignements à son sujet. Pour cette raison, ils vont se rapprocher, apprendre à se connaître et découvrir les TOCs dont chacun souffre. J’ai beaucoup aimé la douceur et la mise en place de ce premier volume. Je trouvais l’histoire crédible et belle, ça aurait été un coup de cœur… sans les trois dernières pages qui transforment Parasites Amoureux en une espèce de science-fiction bizarre à base de parasite qui contrôle les émotions avec un cliffhanger forcé et si mal amené que ça en devient ridicule. J’ai eu vraiment l’impression que l’éditeur a demandé un tome 2 subitement et que le scénariste a balancé la première idée qui lui est passé par la tête. Alors vous allez me dire, c’est dans le titre… Sauf que y’a une explication métaphorique du titre dans le manga du coup, un peu naïvement, je me suis laissée avoir. Je pense que je vais considérer Parasites amoureux comme un one-shot sur la manière dont on peut vivre avec des TOCs, en guérir et sur l’importance de l’empathie. Et je vois pas pourquoi je n’aurais pas le droit de décider d’amputer des œuvres, voilà. /PAN/

Confinement oblige, j’ai du me rabattre sur de vieilles séries et je me dis… quoi de mieux que One Piece en cette période trouble et un peu malsaine? Vous connaissez tous probablement l’histoire de Monkey D. Luffy, le garçon élastique qui rêve de devenir Seigneur des pirates et va pour cela rassembler un équipage hors du commun. J’ai retrouvé avec plaisir et surtout beaucoup de nostalgie les débuts de ce héros inégalable : son enfance où on apprend l’origine de son chapeau et de son désir de piraterie, sa rencontre avec Zorro et Nami, le premier combat d’envergure contre Baggy le Clown… Baggy quoi ! Quel personnage, franchement. Je me souviens que c’est lui qui, à l’époque, m’a fait adhérer au manga. Après, clairement, One Piece est un shōnen qui en respecte les codes à la lettre et qui a presque participé à la création des codes en question tant c’est une institution. Si je le lisais aujourd’hui, je crois que ça me gonflerait prodigieusement. Mais la nostalgie, les bons souvenirs et la certitude que ça gagne en maturité par la suite font que je préfère m’imprégner de la loyauté et de l’amitié mise en avant par Eiichiro Oda. Ça fait du bien un peu de beauté dans ce monde de brute. Vous assistez donc ici à un superbe exemple de poudre aux yeux et de mauvaise foi de ma part, je plaide coupable.

Et voilà c’est déjà terminé !
N’hésitez pas à me parler de vos dernières lectures mangas 🙂
Qu’est-ce que vous reliriez bien pendant ce confinement ?