La Voie du Sabre – Thomas Day

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La Voie du Sabre
est un one shot de fantasy japonaise écrit par l’auteur français Thomas Day. Vous trouverez ce roman en version poche chez Folio SF au prix de 6.80 euros.
Je confirme donc qu’il s’agit d’un one-shot et que c’est la BD adaptée du roman qui est en trois tomes, une pour chaque partie du texte.
Ce roman est ma dixième lecture dans le cadre du Printemps de l’Imaginaire francophone.

C’est grâce aux blog-potes que j’ai découvert ce monument de fantasy nippone écrit par un auteur français. Alors merci au Troll et au Lutin de participer si activement à la construction de ma culture 🙂

Mikédi est le fils d’un grand chef de guerre. Dans l’espoir d’assouvir ses propres ambitions, son père le confie à un rônin, le célèbre Miyamoto Musashi. Pendant six ans, ils vont parcourir ensemble le chemin menant à Edo afin que Mikédi puisse épouser la fille de l’Empereur et parfaire son apprentissage du Secret. Hélas pour Mikédi, qu’on surnomme bientôt Oni, la tentation du pouvoir est grande et les conséquences, terribles.

La Voie du Sabre est une uchronie fantasy inspirée du Japon médiéval et de certains personnages historiques dont principalement Miyamoto Musashi que vous connaissez peut-être pour son célèbre Traité des Cinq Roues. Il s’agit d’un personnage fameux à cheval sur la fin de l’ère féodale et le début de l’ère Edo, grand samouraï, artiste et philosophe. Le retrouver ici romancé et librement réadapté par l’auteur dans une diégèse imaginaire plaira autant à ceux qui connaissent son histoire qu’aux novices car l’auteur a eu l’idée de mettre un petit explicatif au début du roman. Ainsi, on peut facilement tisser des liens et repérer les clins d’œil au sein du texte. Notamment par la façon dont l’histoire est posée, qui n’est pas sans rappeler la propre fin de Miyamoto Musashi.

J’en profite pour préciser que Thomas Day propose plusieurs aides au sein de son roman pour ceux qui ne sont pas familiers de la culture japonaise ou de son vocabulaire. Notamment un lexique qui peut se révéler utile, en plus de son avant propos sur Miyamoto Musashi.

L’uchronie du texte devient fantasy à partir du moment où l’auteur incorpore des monstres extraordinaires, des magiciens et des empereurs-dragons, mélangeant ainsi les mythes et les légendes nippones pour donner à son récit une saveur particulière. Adorant tout ce qui touche à la culture japonaise, j’ai été immédiatement séduite par les idées développées dans la Voie du Sabre qui offre un mélange assez fin entre philosophie, récit initiatique et magie.

Si le style de Thomas Day reste moderne, il rend tout de même hommage aux romans japonais (et à la culture qui s’y associe) par sa façon de poser son récit. Par exemple, il souvent plusieurs années sur quelques lignes, en se concentrant sur des scènes clés à forte signification philosophique, éclipsant le reste ou le résumant en quelques explications utiles. Ainsi, les chapitres sont courts, immersifs et dynamiques. On peut aussi ajouter la présence de l’érotisme et du corps féminin, assez typique du Japon autant dans la littérature que dans leur cinéma (et non, je ne parle pas de hentaï 🙂 par contre si vous n’avez jamais vu l’empire des sens… ) Si je ne savais pas l’auteur français, j’aurai presque pensé à une traduction d’un écrivain du cru. Chapeau !

Puisque Mikédi raconte son histoire, le roman est écrit à la première personne. Cela permet de suivre un anti-héros qui critique a posteriori ses actions et ses erreurs, qui les décortique et les analyse. L’œil qu’il pose sur lui-même permet au lecteur de ne pas totalement le mépriser pour ses actions et même parfois de le comprendre. J’ai, personnellement, vraiment apprécié ce personnage avec ses failles et ses évolutions. Son parcours initiatique sort des sentiers battus et la relation qu’il développe avec son maître change de ce dont on a l’habitude. Le lecteur suit l’enchainement de ses choix avec une fascination morbide et se régale comme devant un bon manga.

Pour résumer, la Voie du Sabre est un texte brillant qui rend un vibrant hommage au Japon et à sa culture littéraire. On sent l’auteur passionné par son sujet au point de nous livrer un page-turner haletant avec un héros qui restera longtemps dans ma mémoire. J’ai adoré ce texte et je vous le recommande très chaudement ! D’autant que l’auteur sera à Trolls et Légendes, je vais donc me faire un plaisir de le rencontrer 🙂

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Un éclat de givre – Estelle Faye

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Un éclat de givre
est un roman post-apocalytique loin des standards habituels du genre, écrit par l’autrice française Estelle Faye. D’abord publié chez les Moutons Électriques, ce roman est réédité chez Folio SF depuis 2017 au prix de 8.30 euros.
Ce roman entre dans le challenge S4F3 organisé par Albédo.

Souvenez-vous. Il y a quelques mois, je lisais les Seigneurs de Bohen de la même autrice et j’étais enchantée par ma découverte. Aux Imaginales, ça n’a pas manqué, j’ai eu envie de lire ses autres livres sans trop savoir par lequel commencer. On m’avait conseillé Porcelaine mais le pitch d’un éclat de givre me parlait davantage. En discutant avec elle et en lui expliquant à quel point j’avais adoré les Seigneurs de Bohen, elle m’a conseillé celui-ci. Une fois sa lecture terminée, je comprends pour quelle raison.

Nous évoluons dans un Paris post-apocalyptique sur les pas de Chet, un chanteur de jazz qui enchaine les histoires foireuses, que ce soit dans sa vie privée ou professionnelle. Il se retrouve embarqué malgré lui dans une sombre affaire qui menace le quotidien déjà bancal de ces survivants à la Fin du Monde. Une nouvelle drogue apparait, appelée la Substance, qui permet de résister à la chaleur de cet été de plus en plus caniculaire. Hélas, les conséquences de cette prise sont désastreuses et si Chet aurait aimé ne pas s’impliquer dans tout ça, on ne lui laisse pas vraiment le choix.

À première vue, on pourrait croire qu’il s’agit d’une énième enquête avec un héros-qui-ne-veut-pas-en-être-un-mais-qui-va-roxxer-quand-même-parce-que-c’est-le-héros. Détrompez-vous. On en est même assez loin. Chet est un mec paumé, un anti-héros comme je les aime qui vit en marge, a des mœurs qui sortent des canevas habituels. Tout n’est pas blanc ou noir, chez lui. Il représente une accumulation de différentes couches plus ou moins crasseuses. Il a ses élans moraux et ses faiblesses, ses névroses et ses secrets honteux. Comme pour les Seigneurs de Bohen, Estelle Faye propose non seulement un héros atypique mais aussi toute une gamme de protagonistes qui sortent du lot par leur façon d’être ou leurs orientations. Cela ne plaira pas à tout le monde mais, personnellement, j’ai trouvé ça très exaltant.

Plus que son intrigue, ce roman brille par son ambiance particulière où la nostalgie tient un rôle central. La nostalgie du passé, d’avant la Fin du Monde, que Chet a découvert dans son enfance avec Tess, supervisé par Paul le Sorbon. La nostalgie de la nature, assassinée par la main des hommes. La nostalgie de son amitié avec Tess, de ses erreurs, de ses lâchetés. À travers un récit à la première personne, Estelle Faye nous dépeint un personnage profondément humain que nous suivons au fil du temps. Le récit est parsemé par des souvenirs du passé, toujours assez brefs, qui permettent au lecteur de mieux comprendre le personnage de Chet, de s’y attacher. Ces différentes parties parsèment le récit dans un très bon équilibre, sans jamais ralentir l’intrigue ou provoquer le moindre ennui, comme cela arrive souvent avec les auteurs qui optent pour ce mode narratif.

À travers Chet, Estelle Faye nous dépeint un univers d’une richesse incroyable. Cet univers est marqué par la grande culture de l’autrice, que ça soit dans le domaine musical, théâtral, littéraire mais aussi télévisuel. J’ai été ravie de découvrir toutes ces références et de quelle manière Estelle Faye parvenait à les imbriquer en un tout cohérent, fluide, poétique. À mes yeux, un éclat de givre est un bijou sur le fond comme sur la forme.

Dans cet ouvrage, Paris est un personnage à part, vivant. On en découvre tous les aspects. Certains qui puisent leur écho dans le passé lointain comme la Cour des Miracles, d’autres qui sont plus récents. À travers la mésaventure de Chet, Estelle Faye raconte, divertit, mais éduque aussi en attirant l’attention de son lecteur sur les conséquences potentielles de polémiques actuelles. Des thématiques qui ne révolutionnent pas le genre mais qui trouvent un écho douloureusement actuel. Ainsi, l’autrice s’engage de manière subtile et pessimiste sur le destin du monde en brossant une image parfois terrifiante de l’humanité. Pourtant, au fil de ma lecture, je me suis plusieurs fois dit que ça ne tenait pas tant que ça de la fiction. Probablement mon côté pessimiste de nature.

Un éclat de givre est un roman surprenant, à part, qui propose un monde hétéroclite avec des personnages qui le sont tout autant. Baignés dans la folie, à leur manière. Une folie ordinaire, affreusement humaine. En tournant les pages, on sent l’odeur de la sueur, on cuit sous le soleil, on baigne dans la crasse, on vibre et on s’imagine à la place des protagonistes. L’écriture poétique et maîtrise d’Estelle Faye fait, à ce niveau, encore des merveilles en parvenant à immerger son lecteur avec une aisance qui tient presque du surnaturel.

Pour résumer, j’ai adoré découvrir ce roman atypique débordant de nostalgie et de références culturelles. Un éclat de givre est une œuvre d’une grande richesse proposée par une autrice talentueuse que je vais continuer à suivre avec attention. Je vous le recommande très chaudement !

Moi, Lucifer – Glen Duncan

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Moi, Lucifer de Glen Duncan est un roman de type fantastique publié en collection poche chez Folio SF au prix de 8.20 euros et ce, depuis 2011. L’ouvrage n’est donc pas si récent que cela et est une traduction, puisque l’auteur est anglais.

Laure-Anne m’a prêté ce roman en même temps que Rue Farfadet et Après le Déluge. Il trainait dans ma PAL depuis le mois de mars, sans trop savoir pourquoi je ne m’étais pas encore ruée dessus. Après tout, un roman avec Lucifer en personnage principal… Sincèrement, comment ne pas aimer? Je l’ai finalement tiré de ma PAL pour lui rendre quand on se verra fin de semaine. Je venais de terminer un roman franchement mauvais et il me semblait être le remède idéal à mon amertume.

Erreur.

Comprenez-moi bien: Moi, Lucifer n’est pas un mauvais livre. C’est un livre spécial, particulier, qui a des qualités mais où on retrouve surtout les faiblesses d’un premier roman. Lucifer en personne nous raconte son histoire, en parallèle avec celle de l’auteur qu’il possède (auteur qui a quasiment le même nom que celui qui a écrit ce roman, au fait… Subtilité bonjour.) Cette réécriture biblique est vraiment intéressante à découvrir, la manière dont Lucifer est dépeint également (enfin, dont il se dépeint lui-même). Malheureusement, le style familier à la première personne du singulier gâche un peu l’effet global. Ou plutôt, il rend parfois le roman franchement lourd à lire.

Parce que Lucifer digresse. Il digresse beaucoup. D’un paragraphe à l’autre, il passe des époques entières et c’est parfois difficile de suivre son cheminement de pensées. Même s’il propose des réflexions intéressantes, intelligentes, même s’il y a un certain nombre de questions philosophiques dans cet ouvrage, c’est assez pénible d’arriver au bout. En fait, le début est très bon, le milieu est franchement moyen si pas bof (j’ai du me retenir pour ne pas sauter des pages) et la fin, à savoir les dix dernières pages, rattrape le tout. C’est un roman très inégal mais pas dénué d’intérêt, et c’est la raison pour laquelle je vous en parle.

Soyons honnête, donner la parole à un personnage tel que Lucifer est une entreprise audacieuse. Pour réécrire les mythes bibliques avec talent, il faut les connaître et on sent que l’auteur les a étudiés en profondeur. Le choix de son style narratif ne m’a pas plu mais il plaira à d’autres, parce qu’il n’est pas mauvais en soi: c’est une question d’affinité. Oui, il y a très clairement des maladresses dans Moi, Lucifer. L’auteur en fait trop. Il a de bonnes idées qui ont été mal encadrées, mal exploitées. Mais ça reste une découverte à faire, parce que ce n’est pas un roman comme les autres qui se contente de remâcher tout ce qui a déjà été écrit sur le sujet. Moi, Lucifer est un bel éclair créatif, pas exploité pleinement mais tout de même assez remarquable pour être souligné et découvert.

Je vous conseille ce roman. Mais lisez-le avec l’esprit clair, ne vous attendez pas à beaucoup d’action, à de la guerre ou du gore à foison. Ne vous attendez pas à regarder le Mal Absolu dans les yeux, à fricoter avec l’interdit, à ouvrir la bouche en un « O » à la fois outré et excité, tenté, en contemplant les actions du diable en personne qui, en fait, reste d’un classicisme décevant. Au final, ce qu’on en retire, c’est que Lucifer est aussi humain que n’importe qui derrière ses phrases grandiloquentes et je crois que c’est principalement ça qui m’a dérangée. Je ne supporte pas l’anthropocentrisme, et ce roman est en plein dedans. C’est une tranche de vie, fantastique uniquement à cause de la présence d’anges et d’anges déchus, mais ça reste une tranche de vie quand même, une tranche de vie sale, parfois inutilement vulgaire. Bref, pas ma tasse de thé.

Si ce n’est pas un coup de cœur (du tout), ça reste un livre à lire, ne fut-ce que pour découvrir un mode narratif sous exploité et pour prendre conscience qu’une bonne idée, ça ne suffit pas pour écrire un bon livre. Je n’ai jamais rien lu de Glen Duncan jusqu’ici, apparemment il a appris de ses erreurs dans ses autres romans et c’est génial de constater son évolution. Je le répète, Moi, Lucifer n’est pas mauvais ! Il ne me convient juste pas à moi en tant que lectrice. Toutefois, le lire en tant que jeune auteur vous permettra, peut-être (je l’espère), une réflexion sur vous-même afin de ne pas tomber dans les mêmes pièges que Glen Duncan.