L’Homme Illustré – Ray Bradbury

Vous le savez peut-être (ou pas) mais je suis une grande fan de la série Esprits Criminels depuis le début de mon adolescence. Elle m’a toujours fascinée et j’ai vu les premières saisons au moins une dizaine de fois. Récemment, j’ai décidé de tout regarder depuis le début puisque les quinze premières saisons sont disponibles sur Disney+ et c’est à cette occasion que j’ai re-re-re-re(…) vu l’épisode intitulé l’homme illustré, 20e de la 5e saison. Dans ce dernier, un tueur en série se suicide et son corps est complètement illustré par le visage des femmes qu’il a tué. Reid pense alors au recueil de Bradbury et en parle comme de « la bible des tatoueurs ». J’ai longtemps été intriguée par ce livre mais à l’époque, je me souviens qu’il n’était plus disponible. Ici, en le revoyant, je me suis renseignée et coup de bol, Folio SF venait de le ressortir. J’ai donc enfin pu lire ce recueil. Voyons ce que j’en ai pensé !

De quoi ça parle ?
Il s’agit d’un recueil de dix-huit nouvelles reliées autour d’un concept : dans le premier chapitre, un homme rencontre l’Homme illustré qui lui explique qu’une vieille femme a illustré (et non tatoué) son corps avec des histoires venues du passé mais aussi du futur. Il y a deux endroits particuliers sur son corps dont un qui montre l’avenir et l’autre le présent, ce qui fait que tout le monde rejette cet Homme illustré, mal à l’aise devant ce qui se représente sur l’espace blanc de son dos.

Une bonne surprise.
En commençant ce recueil, je m’attendais à quelque chose de plus fantastique, plus ancré dans la vie réelle et surtout dans les années 1950, époque à laquelle ce titre a été publié pour la première fois (1954 en anglais, pour être exacte). Pourtant, la majorité des histoires appartiennent au registre de la science-fiction et mettent en scène soit la vie sur Mars, soit des voyages spatiaux, soit un développement technologique particulier soit encore une invasion souvent martienne. J’ai apprécié découvrir chacun de ces textes mais certains m’ont davantage marqué. Une fois n’est pas coutume, je vais plutôt m’attarder sur ceux-ci.

Dans « Comme on se retrouve » un homme blanc arrive sur la planète Mars qui a été colonisée vingt années plus tôt par la population Noire en fuite de la Terre. Certains sont enthousiastes face à cette arrivée mais beaucoup se rappellent très bien de la ségrégation et ont envie de se venger sur cet Homme Blanc pour tout le mal fait par ses semblables à leur peuple. J’ai trouvé ce texte particulièrement humain que ce soit dans les réactions des habitants de Mars (toutes nuancées, certaines extrêmes) ou dans ce qu’annonce l’Homme Blanc. C’est d’autant plus vrai quand on regarde l’époque où il a été écrit, à savoir 1951… Dans la préface, Bradbury explique d’ailleurs qu’aucun éditeur américain n’en a voulu et qu’il a du le vendre en France… Révélateur.

Autre texte marquant : « La pluie ». Un groupe d’homme se retrouve coincé sur Vénus, une planète où il pleut sans arrêt, pas même une seule seconde. L’humanité a donc construit une série d’abris solaires afin que les personnes qui s’y trouvent pour travailler puissent se ressourcer à l’intérieur en attendant de rentrer chez eux. Ces hommes marchent donc jusqu’à l’un d’eux mais en arrivant, hélas, ils constatent que l’abri a été détruit… En général je suis peu sensible à ce type de récit orienté sur la survie et le désespoir qui va crescendo mais je trouve que Bradbury maîtrise très bien l’ambiance oppressante de cette pluie qui ne cesse jamais de tomber, qui décolore les vêtements, la peau, qui grignote petit à petit la raison des membres de l’équipe au point qu’ils se laissent mourir les uns après les autres. Le texte a su m’interpeller et me passionner.

J’ai aussi envie de dire quelques mots sur « La dernière nuit du monde » une très courte nouvelle de quelques pages où on suit un mari et sa femme qui, en rêve, tout comme le reste de l’humanité, apprend que le monde va tout simplement cesser d’exister. La question se pose alors : que faire pour cette dernière nuit ? Et la réponse est assez surprenante. J’ai été très touchée par la simplicité bienveillante qui se dégageait de ces quelques lignes.

Enfin, je terminerais en évoquant « Les bannis ». Cette nouvelle raconte l’histoire d’auteurs de l’imaginaire (tous des hommes mais bon vu l’époque, je vais fermer les yeux) dont les fantômes ou les souvenirs (on ne sait pas très bien ce qu’ils sont) se sont réfugiés sur Mars alors que, sur Terre, on détruit systématiquement leurs livres. Tant qu’un ouvrage subsistera, ils vivront mais si on brûle leur dernier livre, alors… Et c’est la panique, sur Mars, parce que justement une fusée est en approche et ces auteurs ne veulent pas être retrouvés par les humains. Ils vont demander l’aide de certains personnages créés par eux dont trois sorcières qui maudiront les membres de l’équipage. Cela semble un peu brouillon expliqué de cette manière mais je n’ai pas du tout envie de révéler la chute par inadvertance même si elle m’a brisée le cœur. J’y ai décelé tout un sous-texte sur la richesse de l’imagination ainsi que son importance au sein de notre société car on voit de quelle manière se comporte les humains qui en sont dépourvus. C’est une nouvelle assez sombre, désenchantée vu la fin, sorte de mise en garde face à la dangerosité de la censure qui se comprend très bien vu l’époque à laquelle a vécu l’auteur : il a connu la deuxième guerre mondiale, la Guerre Froide, le maccarthysme… Elle mériterait une analyse approfondie à elle seule et il est certain que je la relirai pour en saisir toutes les nuances ainsi que les références. On sent, à travers cette lecture, que Bradbury est un lecteur de l’imaginaire et qu’il l’aime profondément.

Ceci n’est qu’un échantillon de la richesse inhérente au recueil. On peut lui reprocher un aspect un peu désuet face à la production actuelle en science-fiction mais je le trouve justement plutôt charmant et accessible d’autant que la plupart des textes sont antérieurs aux années 1950 et donc au premier homme dans l’espace ou même aux premières images de Mars, ce qui se sent dans la manière dont l’auteur se l’approprie et représente les technologies futuristes ou même le paysage martien. Le mélange avec le fantastique pour justifier des éléments qu’aujourd’hui on exigerait de lire sous un prisme hard-sf me parle tout particulièrement et devrait justement plaire aux lecteur·ices qui débutent en science-fiction.

La conclusion de l’ombre :
Ce premier contact avec Ray Bradbury est un succès pour moi qui me permet de découvrir cet auteur de référence. Je vais continuer à me pencher sur sa bibliographie avec grand intérêt et surtout son monument, le fameux Fahrenheit 451. Dans l’Homme illustré, le lecteur découvre dix-huit nouvelles où le fantastique se mêle à la science-fiction. Ces histoires sont dessinées sur la peau d’un homme désespéré dont on apprend l’histoire dans la dernière nouvelle et qui a fait confiance à la mauvaise « illustratrice » pour de mauvaises raisons… Ce mélange des genres fonctionne merveilleusement bien, ce qui donne au recueil une touche très particulière où l’investissement émotionnel se fait naturellement. Bradbury est un auteur très talentueux au format court, je vous recommande donc chaudement cette lecture.

D’autres avis : Je n’en ai pas vu chez les blogpotes mais manifestez-vous si je vous ai loupé.

S4F3 : 12e lecture.
Informations éditoriales :
L’homme illustré écrit par l’auteur américain Ray Bradbury. Éditeur : Folio SF. Traduction : C. Andronikof et Brigitte Mariot. Illustration de couverture : Frederik Peeters. Prix : 6, 90 euros.

Dans la toile du temps – Adrian Tchaikovsky

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Dans la toile du temps
est un roman de hard SF écrit par l’auteur anglais Adrian Tchaikovsky et traduit en français par Henry-Luc Planchat. Publié chez Folio SF dans sa version poche, vous le trouverez dans toutes les bonnes librairies au prix de 9.80 euros.

Dans la toile du temps est un roman qui se déroule sur une très longue période de temps que l’on comptera en siècles et même en millénaires. Il se divise en sept parties plus un épilogue qui ouvre la voie à davantage. On sait aujourd’hui qu’une suite est parue chez De Noël, intitulée Dans les profondeurs du temps, j’attends d’ailleurs sa version poche pour la lire histoire que ce soit raccord dans ma bibliothèque. Au sein de chaque partie, la narration alterne entre deux points de vue : celui des humains et celui des araignées.

Pour plus de clarté, ma chronique sera divisée de la même manière.

Du côté des humains :
Avrana Kern a quitté la Terre à la tête d’une mission de terraformation. Son but est de trouver une planète viable sur laquelle faire se développer des singes auxquels elle aura injecté un nanovirus afin d’accélérer leur évolution. Malheureusement pour elle, son projet ne fait pas l’unanimité et un évènement l’empêchera de le mener à bien. Pourtant, le nanovirus arrivera tout de même sur la planète et infectera une espèce surprenante : l’araignée portia labiata.

Bien des siècles plus tard, le vaisseau Gilgamesh quitte une planète Terre devenue inhabitable. À son bord se trouvent les derniers représentants de l’humanité, pour la plupart cryogénisé, partis à la recherche d’une nouvelle planète où s’établir. Au sein de ce vaisseau, on suivra principalement le linguiste Mason Holsten et on se rendra compte que bien des évènements se sont déroulés depuis la période où vivait Avrana Kern…

Ce qui se passe à bord prend du temps. L’action est rythmée par l’éveil et la mise en cryogénisation de Mason, qui est rappelé pour affronter certains types d’évènements importants. Plusieurs siècles se déroulent parfois entre deux crises, un temps dont Mason n’a pas biologiquement conscience, ce qui sera l’une des grandes thématiques du livre, en particulier au moment où un autre type de population va se répandre sur le vaisseau.

Je n’en dis pas plus afin de vous laisser le plaisir de la découverte.

Du côté des araignées :
Les chapitres concernant les araignées sont denses sur le plan des informations dispensées mais également passionnants. C’est particulièrement dans ces chapitres, selon moi, qu’on sent l’aspect hard-sf car l’auteur a pensé à tout et le montre. N’oublions pas qu’hard-sf ne signifie pas forcément difficile d’accès, son nom est trompeur ! Comme le rappelle Apophis dans son guide de lecture sur la Hard-SF : « ce qui définit avant tout la Hard SF, c’est son respect des théories scientifiques / des lois physiques telles qu’elles sont formulées ou comprises au moment de la rédaction du livre concerné. » et c’est bien le cas pour Dans la toile du temps puisque Tchaikovsky imagine de quelle manière une espèce d’araignée pourrait évoluer avec l’aide d’un nanovirus créé par l’humanité tout en restant cohérent avec la biologie et le comportement de l’espèce en question. Le lecteur rencontre la portia labiata alors qu’elle commence seulement à s’éveiller à la conscience puis, au fil des chapitres, il la voit évoluer en suivant un chemin semblable et pourtant différent de celui de l’humanité, sur tout un tas de points : biologique (cela semble évident), social, psychologique, scientifique, technologique, religieux… Le qualificatif qui me vient à ce stade, c’est brillant. Rien n’est laissé au hasard, j’ai rarement été confrontée à un tel souci du détail.

Des centaines si pas des milliers de génération d’araignées se succèdent au fil du roman. Le lecteur retrouve toujours Portia, Bianca et Fabian, qui descendent des araignées du même nom rencontrées au début du livre et développent chacun.e des fonctions propres au sein de cette société, fonctions qui diffèrent selon la génération. Plusieurs éléments sont assez remarquables, comme le fait qu’il s’agisse d’une société matriarcale où les mâles sont peu voir pas considérés. Cela est totalement logique pour des araignées. Tchaikovsky renverse ainsi une problématique qui traverse notre propre Histoire (celle du sexisme) en mettant les mâles dans le rôle des femelles, illustrant d’une manière très efficace les absurdités du sexisme et la manière dont il serait possible d’en sortir. L’idée est simple et pourtant magistrale dans son exécution.

Tout est passionnant chez ces araignées car en tant que lecteur humain, on ne peut s’empêcher de décortiquer leur évolution, les points de divergence avec notre société, nos technologies, et s’émerveiller de l’inventivité de l’auteur. Tchaikovsky s’éloigne du récurent anthropocentrisme pour montrer qu’il est possible d’écrire autre chose, autrement.

Je précise que je ne suis pas une grande fan de ces petites bêtes et c’est ce qui m’a fait, en partie, repousser la lecture de ce livre. Pas d’arachnophobie mais un malaise en leur présence, c’est certain. Pourtant, ça n’a pas gâché ma lecture, que du contraire. Je les vois même autrement, c’est dire ! Bon, j’espère quand même que les araignées du salon garderont une taille raisonnable…

La jonction.
Pour quelqu’un qui s’intéresse ou étudie la communication, ce roman possède une richesse extraordinaire et pourrait servir de support de cours. Il détaille et met en scène les difficultés possibles d’un premier contact entre deux espèces qui ont des cadres de référence et des modes d’expression totalement différents en rappelant à chaque instant que la notion d’intelligence est finalement relative. Ce texte met aussi en avant les défauts de l’humanité en les illustrant à travers différents points de l’intrigue. Prenons l’avant dernière partie où les araignées et les humains entrent en conflit pour le monde de Kern. L’humanité avait la possibilité d’essayer de tenter la cohabitation mais la conviction ancestrale que les araignées chercheront forcément à se comporter comme eux jadis et donc seraient des êtres en qui on ne peut avoir confiance font qu’ils choisiront l’attaque, avec les résultats que l’auteur vous révèlera. Pure projection culturo-centrée…  Finalement, Tchaikovsky montre que si nous, en tant qu’humains, réagissons d’une certaine manière c’est parce que nous sommes conditionnés ainsi par des siècles, des millénaires, d’Histoire.

La conclusion de l’ombre :
Dans la toile du temps est un roman de hard-sf abouti et brillant. Sans sacrifier les personnages ou le rythme de l’intrigue, comme certain.e.x le craignent quand il s’agit de hard-sf, Tchaikovsky propose un texte riche de thématiques diverses et montre l’évolution d’une espèce en parallèle de l’humanité, permettant de décortiquer notre propre passé mais aussi notre comportement. J’ai rarement lu un roman d’une telle ampleur et je ne peux que le recommander chaudement au plus grand nombre.

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Les griffes et les crocs – Jo Walton

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Les griffes et les crocs est un roman de fantasy écrit par l’autrice britannique Jo Walton. Publié au format poche chez Folio SF, vous trouverez ce texte partout en librairie au prix de 8.60 euros.

De quoi ça parle ?
Le dragon Bon Agornin a eu une longue vie mais est sur le point de décéder. Toute sa famille se réunit alors pour consommer son cadavre, comme le veut la tradition des dragons. C’est le point de départ de diverses intrigues familiales…

La figure du dragon en fantasy
Je me rappelle avoir rendu un travail sur le sujet pendant mes études universitaires, afin de clôturer mon bachelier (licence pour vous en France) et entrer en master. J’avais alors lu plusieurs ouvrages mettant en scène des dragons, soit en tant que personnage principal, soit en tant que créature issue d’un bestiaire, parfois doué de parole, parfois non. Pourtant, je n’avais jamais eu l’occasion d’en lire un comme celui-ci… Car si le roman L’aube des Aspects (dans l’univers de World of Warcraft) avait aussi des dragons très présents en tant que narrateurs, si quelques autres titres ont pu leur laisser la part belle au fil des années (je pense par exemple au roman le Prieuré de l’oranger, à la saga des Ravens ou encore au manga Jeune dragon recherche appartement ou donjon), aucun ne les a jamais placé dans une société inspiré de l’Angleterre victorienne. Du moins, pas à ma connaissance.

C’est la grande originalité du roman… Et même la seule, si on se veut un peu honnête.

En effet, dans les griffes et les crocs, le lecteur rencontre une famille de dragon, les Agornin, autour du corps de leur père récemment décédé. La tradition veut que le corps du dragon soit dévoré par sa famille car la chair de dragon permet de grandir et de gagner en puissance. Chaque bout de chair se voit donc âprement négocié et ce malgré le testament de Bon qui souhaitait privilégier ses enfants pas encore installés dans la vie, ce qui est logique car il a pu aider les deux autres de son vivant. Hélas, son beau-fils Daverak ne l’entend pas de cette oreille… La narration va ensuite suivre le destin de chacun des enfants : les deux déjà installés et les trois qui entrent à peine dans la « vraie vie ». L’alternance des points de vue permet des chapitres courts, dynamiques, mais aussi de toucher à divers aspects de ce monde.

Ce monde, bien entendu, dispose d’une religion officielle qui remplace une plus ancienne, presque la même à l’exception de certains détails (ce qui m’évoque l’opposition protestantisme / catholicisme). Il a aussi ses règles très strictes, ses distinctions de classe, l’importance du mariage pour les femelles qui n’ont finalement que cela dans la vie ou presque, la manière dont on juge chaque acte, chaque parole, bref la bienséance dans son ensemble, sans parler de la condition des serviteurs… Des thèmes très vastes qu’on peut aisément lier à notre propre Histoire.

Un peu de poudre aux yeux : Downtown Abbey version dragon.
Si ce roman avait eu des humains comme protagonistes, on aurait pu le ranger dans un coin et aisément l’oublier. L’intrigue, en effet, tourne principalement autour de cette famille, de ses petits drames et cela vaut n’importe quelle bonne série anglaise, qu’elle soit littéraire ou télévisuelle. J’ai lu des comparaisons avec Jane Austen (une autrice que je n’ai pas encore découvert), d’autres avec Downtown Abbey et c’est cette dernière série à laquelle j’ai spontanément pensé tout au long de ma lecture.

Pourtant, transposer les codes de ces romans / séries victorien/nes dans une société de dragons fonctionne plus qu’on ne pourrait le croire, donnant ainsi un page-turner efficace. C’est vrai qu’on pourrait tiquer sur certains éléments comme la taille des villes et des infrastructures nécessaires à accueillir des reptiles de cette ampleur qui n’est jamais clairement explicitée puisque la narration se place d’un point de vue draconique et donc de la norme en cours au sein de la diégèse. Ou encore la raison qui pousse des créatures se déplaçant en volant à porter uniquement des chapeaux… Ces quelques éléments curieux prêtent à sourire, s’éloignant délicieusement de nos habitudes en matière de représentation des dragons et participent, finalement, à l’impression agréable qui se dégage de l’ensemble.

La conclusion de l’ombre :
Les griffes et les crocs est un one-shot de fantasy qui raconte l’histoire de la famille Agornin, des dragons qui évoluent au sein d’une pseudo société victorienne aux codes sociaux et politiques rigides. Jo Walton tisse sous les yeux de son lecteur une intrigue familiale et le fait d’utiliser uniquement des dragons comme protagonistes est la grande force de ce texte (la seule vraie originalité même) dont on tourne les pages sans même s’en rendre compte. Une réussite !

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La maison aux fenêtres de papier – Thomas Day

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La maison aux fenêtres de papier est un one-shot difficile à classer écrit par l’auteur français Thomas Day. Publié chez Folio SF, vous trouverez ce roman partout en librairie au prix de 8.50 euros. J’ai découvert ce texte grâce à l’amie Trollesse que je remercie !

De quoi ça parle ?
Sadako est une femme panthère. À la fois captive et amante de Nagasaki-Oni, elle se retrouve prise au milieu de la guerre que cet homme livre depuis des années à son frère, Hiroshima-Oni. Ils se battent pour un idéal à imposer à l’humanité, un idéal propre à chacun. et qui nécessitera de nombreux sacrifices sanglants.

Mon résumé ne rend pas justice à ce roman troublant et complexe à décrire sans divulgâcher des passages de l’intrigue. Sachez-le. Ce bouquin, c’est une bombe, mais il ne conviendra pas à tout le monde.

À la croisée des genres, une réalité réinventée.
Avant toute chose, ce roman est une uchronie. Dés le début, Thomas Day indique qu’il s’est inspiré de certains éléments réels (comme les bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki ou ce qui touche à l’histoire du Japon au 20e siècle) mais que son univers ne l’est pas du tout. De fait, on y côtoie des démons, on y lit des légendes et on s’y bat avec des artefacts tirés d’un folklore asiatique. Je dis asiatique car l’auteur ne se cantonne pas qu’au Japon et j’ai trouvé très intéressant ce dépaysement dans d’autres pays moins exploités comme le Cambodge ou la Thaïlande pour ne citer que ceux dont je me rappelle l’orthographe de tête. Malgré ça, il s’inspire fortement du monde nippon puisqu’il met en scène une organisation de yakuzas, dirigée par Wei, fidèle à Nagasaki-Oni et à Sadeko.

Une anti-héroïne troublante.
La maison aux fenêtres de papier est un titre poétique qui trouve rapidement sa signification puisqu’il représente l’esprit de Sadako, cette jeune femme à la vie assez tragique et aux névroses bien présentes. On ressent d’abord de l’empathie pour elle puisqu’on assiste aux abus qu’elle subit très jeune, qu’on apprend les horreurs infligées par Nagasaki-Oni, les épreuves qu’elle a du traverser. Impossible de rester de marbre. Pourtant, ce sentiment s’efface peu à peu face à ses choix égoïstes qui coûtent chers à ceux qui l’entourent. Elle commet des actes qu’on parvient à excuser, un peu, ce qui met à l’épreuve notre pragmatisme face à nos valeurs. J’adore suivre ce genre de personnage principal, je trouve l’expérience dépaysante et originale. Thomas Day s’en sort plus qu’honorablement avec elle, chapeau !

Une Asie légendaire…
Pourtant, l’histoire en elle-même ne commence ni ne se termine avec Sadeko. En effet, le roman débute sur une légende, celle de l’Oni-No-Shi puis se termine sur une autre version de cette histoire, qui n’a pas grand chose en commun avec la première si ce n’est de raconter l’origine de la même arme. Ce procédé est typiquement asiatique et la manière qu’a Thomas Day de narrer ces deux histoires l’est tout autant. On aime ou on n’aime pas mais personnellement, j’ai immédiatement accroché à ce parti-pris.

… mais aussi cinématographique.
On ressent dans ce texte toute l’influence japonaise de l’auteur, rien qu’à travers le traitement de la femme ou plus simplement la mise en scène du corps, du sexe, cru et sans détour qui m’a un peu rappelé l’Empire des sens. C’est un élément que j’avais déjà relevé dans la Voie du sabre (un autre roman de l’auteur à recommander !) et que j’aimais beaucoup. Plus que cela, la quatrième de couverture clame un lien avec le cinéma de Tarantino et je ne peux qu’approuver. Je ne suis pas spécialiste en la matière mais c’est vrai qu’on retrouve dans la maison aux fenêtres de papier cet aspect extrêmement violent et brut des affrontements, au point de frôler le grand-guignolesque.

Histoire de peaufiner tout ça, Thomas Day propose des références à la fin de son roman. Au sujet des yakuzas mais aussi sur le cinéma, ce qui permet de pousser plus loin notre curiosité si tant est qu’on ait apprécié le voyage. Et ça a été mon cas ! J’ai lu ce roman d’une traite. Il se dévore vite, difficile de le reposer quand on l’a ouvert. Toutefois, j’ai conscience qu’il ne peut pas convenir à tous les lecteurs à cause justement de son esthétique particulièrement sombre, de ses choix narratifs et de son ambiance asiatique assumée. C’est un texte de niche dans lequel on se bat tantôt avec une épée magique, tantôt avec des flingues, où on prend de mauvaises décisions et où on se tape dessus allègrement. Ce n’est pas un roman moralement acceptable mais bon sang qu’est-ce que c’est génial à lire !

La conclusion de l’ombre: 
Pour résumer, la maison aux fenêtres de papier est une uchronie surnaturelle s’inspirant de la mythologie asiatique et de ses codes autant littéraires qu’esthétiques. Thomas Day signe ici un one-shot qui ne ressemble à rien de ce que j’ai pu lire auparavant même s’il peut se revendiquer d’une parenté avec Tarantino sur sa construction visuelle. Des yakuzas qui se tirent dessus, des femmes qui s’affrontent au sabre (magique ou non), des démons et un peu de contes nippons, c’est tout cela qu’on trouve dans ce roman et davantage encore. J’ai adoré ma lecture mais j’ai conscience que ça reste un texte réservé à une niche de lecteurs tant son parti-pris est particulier.

La Voie du Sabre – Thomas Day

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La Voie du Sabre
est un one shot de fantasy japonaise écrit par l’auteur français Thomas Day. Vous trouverez ce roman en version poche chez Folio SF au prix de 6.80 euros.
Je confirme donc qu’il s’agit d’un one-shot et que c’est la BD adaptée du roman qui est en trois tomes, une pour chaque partie du texte.
Ce roman est ma dixième lecture dans le cadre du Printemps de l’Imaginaire francophone.

C’est grâce aux blog-potes que j’ai découvert ce monument de fantasy nippone écrit par un auteur français. Alors merci au Troll et au Lutin de participer si activement à la construction de ma culture 🙂

Mikédi est le fils d’un grand chef de guerre. Dans l’espoir d’assouvir ses propres ambitions, son père le confie à un rônin, le célèbre Miyamoto Musashi. Pendant six ans, ils vont parcourir ensemble le chemin menant à Edo afin que Mikédi puisse épouser la fille de l’Empereur et parfaire son apprentissage du Secret. Hélas pour Mikédi, qu’on surnomme bientôt Oni, la tentation du pouvoir est grande et les conséquences, terribles.

La Voie du Sabre est une uchronie fantasy inspirée du Japon médiéval et de certains personnages historiques dont principalement Miyamoto Musashi que vous connaissez peut-être pour son célèbre Traité des Cinq Roues. Il s’agit d’un personnage fameux à cheval sur la fin de l’ère féodale et le début de l’ère Edo, grand samouraï, artiste et philosophe. Le retrouver ici romancé et librement réadapté par l’auteur dans une diégèse imaginaire plaira autant à ceux qui connaissent son histoire qu’aux novices car l’auteur a eu l’idée de mettre un petit explicatif au début du roman. Ainsi, on peut facilement tisser des liens et repérer les clins d’œil au sein du texte. Notamment par la façon dont l’histoire est posée, qui n’est pas sans rappeler la propre fin de Miyamoto Musashi.

J’en profite pour préciser que Thomas Day propose plusieurs aides au sein de son roman pour ceux qui ne sont pas familiers de la culture japonaise ou de son vocabulaire. Notamment un lexique qui peut se révéler utile, en plus de son avant propos sur Miyamoto Musashi.

L’uchronie du texte devient fantasy à partir du moment où l’auteur incorpore des monstres extraordinaires, des magiciens et des empereurs-dragons, mélangeant ainsi les mythes et les légendes nippones pour donner à son récit une saveur particulière. Adorant tout ce qui touche à la culture japonaise, j’ai été immédiatement séduite par les idées développées dans la Voie du Sabre qui offre un mélange assez fin entre philosophie, récit initiatique et magie.

Si le style de Thomas Day reste moderne, il rend tout de même hommage aux romans japonais (et à la culture qui s’y associe) par sa façon de poser son récit. Par exemple, il souvent plusieurs années sur quelques lignes, en se concentrant sur des scènes clés à forte signification philosophique, éclipsant le reste ou le résumant en quelques explications utiles. Ainsi, les chapitres sont courts, immersifs et dynamiques. On peut aussi ajouter la présence de l’érotisme et du corps féminin, assez typique du Japon autant dans la littérature que dans leur cinéma (et non, je ne parle pas de hentaï 🙂 par contre si vous n’avez jamais vu l’empire des sens… ) Si je ne savais pas l’auteur français, j’aurai presque pensé à une traduction d’un écrivain du cru. Chapeau !

Puisque Mikédi raconte son histoire, le roman est écrit à la première personne. Cela permet de suivre un anti-héros qui critique a posteriori ses actions et ses erreurs, qui les décortique et les analyse. L’œil qu’il pose sur lui-même permet au lecteur de ne pas totalement le mépriser pour ses actions et même parfois de le comprendre. J’ai, personnellement, vraiment apprécié ce personnage avec ses failles et ses évolutions. Son parcours initiatique sort des sentiers battus et la relation qu’il développe avec son maître change de ce dont on a l’habitude. Le lecteur suit l’enchainement de ses choix avec une fascination morbide et se régale comme devant un bon manga.

Pour résumer, la Voie du Sabre est un texte brillant qui rend un vibrant hommage au Japon et à sa culture littéraire. On sent l’auteur passionné par son sujet au point de nous livrer un page-turner haletant avec un héros qui restera longtemps dans ma mémoire. J’ai adoré ce texte et je vous le recommande très chaudement ! D’autant que l’auteur sera à Trolls et Légendes, je vais donc me faire un plaisir de le rencontrer 🙂

Un éclat de givre – Estelle Faye

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Un éclat de givre
est un roman post-apocalytique loin des standards habituels du genre, écrit par l’autrice française Estelle Faye. D’abord publié chez les Moutons Électriques, ce roman est réédité chez Folio SF depuis 2017 au prix de 8.30 euros.
Ce roman entre dans le challenge S4F3 organisé par Albédo.

Souvenez-vous. Il y a quelques mois, je lisais les Seigneurs de Bohen de la même autrice et j’étais enchantée par ma découverte. Aux Imaginales, ça n’a pas manqué, j’ai eu envie de lire ses autres livres sans trop savoir par lequel commencer. On m’avait conseillé Porcelaine mais le pitch d’un éclat de givre me parlait davantage. En discutant avec elle et en lui expliquant à quel point j’avais adoré les Seigneurs de Bohen, elle m’a conseillé celui-ci. Une fois sa lecture terminée, je comprends pour quelle raison.

Nous évoluons dans un Paris post-apocalyptique sur les pas de Chet, un chanteur de jazz qui enchaine les histoires foireuses, que ce soit dans sa vie privée ou professionnelle. Il se retrouve embarqué malgré lui dans une sombre affaire qui menace le quotidien déjà bancal de ces survivants à la Fin du Monde. Une nouvelle drogue apparait, appelée la Substance, qui permet de résister à la chaleur de cet été de plus en plus caniculaire. Hélas, les conséquences de cette prise sont désastreuses et si Chet aurait aimé ne pas s’impliquer dans tout ça, on ne lui laisse pas vraiment le choix.

À première vue, on pourrait croire qu’il s’agit d’une énième enquête avec un héros-qui-ne-veut-pas-en-être-un-mais-qui-va-roxxer-quand-même-parce-que-c’est-le-héros. Détrompez-vous. On en est même assez loin. Chet est un mec paumé, un anti-héros comme je les aime qui vit en marge, a des mœurs qui sortent des canevas habituels. Tout n’est pas blanc ou noir, chez lui. Il représente une accumulation de différentes couches plus ou moins crasseuses. Il a ses élans moraux et ses faiblesses, ses névroses et ses secrets honteux. Comme pour les Seigneurs de Bohen, Estelle Faye propose non seulement un héros atypique mais aussi toute une gamme de protagonistes qui sortent du lot par leur façon d’être ou leurs orientations. Cela ne plaira pas à tout le monde mais, personnellement, j’ai trouvé ça très exaltant.

Plus que son intrigue, ce roman brille par son ambiance particulière où la nostalgie tient un rôle central. La nostalgie du passé, d’avant la Fin du Monde, que Chet a découvert dans son enfance avec Tess, supervisé par Paul le Sorbon. La nostalgie de la nature, assassinée par la main des hommes. La nostalgie de son amitié avec Tess, de ses erreurs, de ses lâchetés. À travers un récit à la première personne, Estelle Faye nous dépeint un personnage profondément humain que nous suivons au fil du temps. Le récit est parsemé par des souvenirs du passé, toujours assez brefs, qui permettent au lecteur de mieux comprendre le personnage de Chet, de s’y attacher. Ces différentes parties parsèment le récit dans un très bon équilibre, sans jamais ralentir l’intrigue ou provoquer le moindre ennui, comme cela arrive souvent avec les auteurs qui optent pour ce mode narratif.

À travers Chet, Estelle Faye nous dépeint un univers d’une richesse incroyable. Cet univers est marqué par la grande culture de l’autrice, que ça soit dans le domaine musical, théâtral, littéraire mais aussi télévisuel. J’ai été ravie de découvrir toutes ces références et de quelle manière Estelle Faye parvenait à les imbriquer en un tout cohérent, fluide, poétique. À mes yeux, un éclat de givre est un bijou sur le fond comme sur la forme.

Dans cet ouvrage, Paris est un personnage à part, vivant. On en découvre tous les aspects. Certains qui puisent leur écho dans le passé lointain comme la Cour des Miracles, d’autres qui sont plus récents. À travers la mésaventure de Chet, Estelle Faye raconte, divertit, mais éduque aussi en attirant l’attention de son lecteur sur les conséquences potentielles de polémiques actuelles. Des thématiques qui ne révolutionnent pas le genre mais qui trouvent un écho douloureusement actuel. Ainsi, l’autrice s’engage de manière subtile et pessimiste sur le destin du monde en brossant une image parfois terrifiante de l’humanité. Pourtant, au fil de ma lecture, je me suis plusieurs fois dit que ça ne tenait pas tant que ça de la fiction. Probablement mon côté pessimiste de nature.

Un éclat de givre est un roman surprenant, à part, qui propose un monde hétéroclite avec des personnages qui le sont tout autant. Baignés dans la folie, à leur manière. Une folie ordinaire, affreusement humaine. En tournant les pages, on sent l’odeur de la sueur, on cuit sous le soleil, on baigne dans la crasse, on vibre et on s’imagine à la place des protagonistes. L’écriture poétique et maîtrise d’Estelle Faye fait, à ce niveau, encore des merveilles en parvenant à immerger son lecteur avec une aisance qui tient presque du surnaturel.

Pour résumer, j’ai adoré découvrir ce roman atypique débordant de nostalgie et de références culturelles. Un éclat de givre est une œuvre d’une grande richesse proposée par une autrice talentueuse que je vais continuer à suivre avec attention. Je vous le recommande très chaudement !

Moi, Lucifer – Glen Duncan

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Moi, Lucifer de Glen Duncan est un roman de type fantastique publié en collection poche chez Folio SF au prix de 8.20 euros et ce, depuis 2011. L’ouvrage n’est donc pas si récent que cela et est une traduction, puisque l’auteur est anglais.

Laure-Anne m’a prêté ce roman en même temps que Rue Farfadet et Après le Déluge. Il trainait dans ma PAL depuis le mois de mars, sans trop savoir pourquoi je ne m’étais pas encore ruée dessus. Après tout, un roman avec Lucifer en personnage principal… Sincèrement, comment ne pas aimer? Je l’ai finalement tiré de ma PAL pour lui rendre quand on se verra fin de semaine. Je venais de terminer un roman franchement mauvais et il me semblait être le remède idéal à mon amertume.

Erreur.

Comprenez-moi bien: Moi, Lucifer n’est pas un mauvais livre. C’est un livre spécial, particulier, qui a des qualités mais où on retrouve surtout les faiblesses d’un premier roman. Lucifer en personne nous raconte son histoire, en parallèle avec celle de l’auteur qu’il possède (auteur qui a quasiment le même nom que celui qui a écrit ce roman, au fait… Subtilité bonjour.) Cette réécriture biblique est vraiment intéressante à découvrir, la manière dont Lucifer est dépeint également (enfin, dont il se dépeint lui-même). Malheureusement, le style familier à la première personne du singulier gâche un peu l’effet global. Ou plutôt, il rend parfois le roman franchement lourd à lire.

Parce que Lucifer digresse. Il digresse beaucoup. D’un paragraphe à l’autre, il passe des époques entières et c’est parfois difficile de suivre son cheminement de pensées. Même s’il propose des réflexions intéressantes, intelligentes, même s’il y a un certain nombre de questions philosophiques dans cet ouvrage, c’est assez pénible d’arriver au bout. En fait, le début est très bon, le milieu est franchement moyen si pas bof (j’ai du me retenir pour ne pas sauter des pages) et la fin, à savoir les dix dernières pages, rattrape le tout. C’est un roman très inégal mais pas dénué d’intérêt, et c’est la raison pour laquelle je vous en parle.

Soyons honnête, donner la parole à un personnage tel que Lucifer est une entreprise audacieuse. Pour réécrire les mythes bibliques avec talent, il faut les connaître et on sent que l’auteur les a étudiés en profondeur. Le choix de son style narratif ne m’a pas plu mais il plaira à d’autres, parce qu’il n’est pas mauvais en soi: c’est une question d’affinité. Oui, il y a très clairement des maladresses dans Moi, Lucifer. L’auteur en fait trop. Il a de bonnes idées qui ont été mal encadrées, mal exploitées. Mais ça reste une découverte à faire, parce que ce n’est pas un roman comme les autres qui se contente de remâcher tout ce qui a déjà été écrit sur le sujet. Moi, Lucifer est un bel éclair créatif, pas exploité pleinement mais tout de même assez remarquable pour être souligné et découvert.

Je vous conseille ce roman. Mais lisez-le avec l’esprit clair, ne vous attendez pas à beaucoup d’action, à de la guerre ou du gore à foison. Ne vous attendez pas à regarder le Mal Absolu dans les yeux, à fricoter avec l’interdit, à ouvrir la bouche en un « O » à la fois outré et excité, tenté, en contemplant les actions du diable en personne qui, en fait, reste d’un classicisme décevant. Au final, ce qu’on en retire, c’est que Lucifer est aussi humain que n’importe qui derrière ses phrases grandiloquentes et je crois que c’est principalement ça qui m’a dérangée. Je ne supporte pas l’anthropocentrisme, et ce roman est en plein dedans. C’est une tranche de vie, fantastique uniquement à cause de la présence d’anges et d’anges déchus, mais ça reste une tranche de vie quand même, une tranche de vie sale, parfois inutilement vulgaire. Bref, pas ma tasse de thé.

Si ce n’est pas un coup de cœur (du tout), ça reste un livre à lire, ne fut-ce que pour découvrir un mode narratif sous exploité et pour prendre conscience qu’une bonne idée, ça ne suffit pas pour écrire un bon livre. Je n’ai jamais rien lu de Glen Duncan jusqu’ici, apparemment il a appris de ses erreurs dans ses autres romans et c’est génial de constater son évolution. Je le répète, Moi, Lucifer n’est pas mauvais ! Il ne me convient juste pas à moi en tant que lectrice. Toutefois, le lire en tant que jeune auteur vous permettra, peut-être (je l’espère), une réflexion sur vous-même afin de ne pas tomber dans les mêmes pièges que Glen Duncan.