L’instinct du Troll – Jean-Claude Dunyach

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L’instinct du Troll
est un court roman parodique de fantasy écrit par Jean-Claude Dunyach. Publié chez l’Atalante en 2015 dans la collection la Dentelle du Cygne, vous trouverez ce texte au prix de 10.95 euros en format papier.
Je remercie les Éditions Atalante et Emma pour l’envoi de ce service presse !
Ce roman est ma troisième lecture dans le cadre du Printemps de l’Imaginaire francophone.

L’instinct du Troll est composé de quatre nouvelles dans lesquelles nous suivons un même personnage: un troll dont on ne connait pas le nom malgré (ou à cause?) une écriture à la première personne. Ce personnage est contremaître dans une mine de nains et son statut est prétexte à une parodie assez délicieuse des absurdités du système administratif et surtout, de ses dérives. La seconde nouvelle se centre davantage sur la dépendance de l’humain à la technologie avec des clins d’œil habillement glissés de ci, de là, à la popculture. La troisième évoque la réalité du mythe d’Excalibur (vous ne le verrez plus jamais de la même manière !) et la dernière apporte un peu une conclusion à tout cela mais je ne vais pas trop en parler pour éviter de vous spoiler la découverte.

Chaque histoire arrive dans la continuité de celle d’avant et si on peut se contenter de lire la première d’une façon totalement indépendante, les trois autres sont des suites logiques. Chacune apporte un élément utile pour arriver à la toute dernière. C’est donc délicat de parler d’un recueil de nouvelles, raison pour laquelle j’utilise ici le qualificatif de roman court.

Ce qui m’a particulièrement séduite dans l’Instinct du Troll, outre l’humour bien dosé, c’est son protagoniste principal. J’ai adoré me retrouver dans la tête d’un troll. L’auteur a créé toute une culture, toute une mentalité, tout un style de vie qu’il respecte scrupuleusement dans son écriture. Cela permet au lecteur d’être confronté au quotidien d’un troll, une créature qu’on connait finalement assez mal et qu’on rencontre en fantasy uniquement comme antagoniste stupide et / ou très violent (avec un accent un brin raciste aussi pour ceux qui jouent à WoW). Je me suis sentie dépaysée, j’ai voyagé en sortant de ma zone de confort et ça m’a fait du bien.

Au début du roman, le troll contrarie son supérieur qui lui colle dans les pattes la malédiction suprême: avoir un stagiaire. La relation entre Cédric (le stagiaire) et le troll est vraiment délicieuse à découvrir. Elle se met en place dans le premier texte qui reste mon préféré parce que j’ai ri à presque toutes les pages. Les autres sont vraiment pas mal aussi mais un peu en-dessous par rapport au génie du début.

En bref, l’Instinct du Troll est un roman court original, décalé, plein d’humour bien dosé et de références qui parleront aux adeptes de fantasy. Il offre également une critique sociale intelligente dans le sous-texte, ce qui ne manque pas d’intérêt. Une réussite littéraire avec laquelle j’ai passé un très bon moment et dont je me réjouis de découvrir la suite. À lire !

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UP / Athnuachan #1 L’Académie – Cyrielle Bandura

Couverture Athnuachan
L’Académie
est le premier tome de la saga Athnuachan de l’autrice française Cyrielle Bandura. D’abord publié en auto-édition, ce roman s’offre une nouvelle version dans la maison d’édition Noir d’Absinthe qui va également publier la suite (wouhou !). Vous trouverez ce roman retravaillé pour l’occasion au prix de 19.90 euros en format papier et 5.99 au format numérique.

À l’occasion de la réédition du roman Athnuachan de Cyrielle Bandura, j’up mon ancienne chronique avec la nouvelle couverture (absolument SUBLIME) signée par Tiphs. Je vous encourage à découvrir ce livre qui souffle un vent d’air frais sur la fantasy française et propose une œuvre à la fois travaillée et engagée. Il s’agit d’un premier roman et vu la qualité de celui-ci, ça laisse présager le meilleur pour la suite.

Il s’agit d’une série de fantasy post-apocalyptique (un peu dans la même idée que les Chroniques de Shannara, donc un retour en arrière de l’humanité après un trop plein technologique) marquée par la mythologie celtique.

Athnuachan nous raconte l’histoire de Sélène, une jeune fille qui a été appelée à l’Académie des Guerrières, supposées protéger Mór-roinn des attaques de Dragons. Sélène n’a jamais aimé les femmes de l’Académie, qu’elle qualifie volontiers de harpies, mais elle ne veut pas faire honte à sa mère et se résout donc à y aller. Ce roman est avant tout l’histoire de son initiation, de son entraînement, de la manière dont elle va mûrir et découvrir les secrets qui entourent son existence. Comme Sélène ignore beaucoup de choses au sujet des Gardiennes, nous découvrons et apprenons l’univers en même temps qu’elle, au travers de ses cours, de ses propres interrogation, ce qui nous permet d’obtenir énormément d’informations et de ne pas se perdre dans la lecture.

Le roman s’étale sur plusieurs années, douze ans exactement. Ne vous attendez donc pas à n’assister qu’à un seul évènement. Sélène a une vie bien remplie ! Je trouve d’ailleurs qu’elle est une héroïne intéressante, profonde et travaillée. Le roman est écrit à la première personne, au passé simple. Nous vivons donc tout à travers ses yeux. Elle n’est pas une gentille petite fille parfaite ni une rebelle sans cervelle qui va mettre tout le monde en danger avec ses caprices. Elle sonne vraie, humaine, elle a ses qualités et ses défauts, toute en nuance. Ses relations avec les autres sont toujours uniques, j’ai eu l’impression d’être transportée dans cet univers avec elle et j’ai trouvé agréable que, pour une fois, on ne nous serve pas une romance entre l’héroïne et son meilleur ami, ou l’éternel triangle amoureux. Il y a bien une relation intime, mais elle n’écrase pas le récit, loin de là. D’ailleurs, les différents passages entre les combats, le développement psychologique et les découvertes diverses sont bien rythmés. C’est assez impressionnant, surtout pour un premier roman.

L’univers d’Athnuachan est très riche. On sent que l’autrice s’est arrêtée sur tous les détails, qu’elle a beaucoup songé à la cohérence de son roman. Il y a un véritable travail derrière qu’on peut saluer. Cela évite à Athnuachan de tomber dans les pièges des premiers romans avec les éternelles facilités scénaristiques. Certains éléments sont plutôt prévisibles, comme l’identité du père de Sélène ou son avenir au sein de l’Académie, mais ça n’empêche pas le texte de nous réserver un sacré lot de surprises.

Pour résumer, Athnuachan est un excellent premier roman. J’ai toujours du mal à croire que c’est le premier, d’ailleurs ! Son récit a une construction assez classique (celui de l’initiation de l’héroïne) mais il est très documenté avec une mythologie qui lui appartient tout en s’inspirant de diverses sources qui raviront, notamment, les fans de mythologie irlandaise. Je le recommande chaudement à tous les amateurs de fantasy. Cyrielle Bandura est une autrice prometteuse qui mérite d’être lue.

La voix de l’Empereur #1 Le corbeau et la torche – Nabil Ouali

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Le Corbeau et la Torche est le premier tome de la trilogie de la Voix de l’Empereur écrite par l’auteur français Nabil Ouali. Publié chez Mnémos, chaque tome coûte 21 euros et se présente sous la forme d’un beau livre objet avec couverture cartonnée.
Je remercie chaleureusement Nathalie de chez Mnémos pour ce service presse !

Il m’est très difficile de résumer ce roman en quelques mots. J’ai tenté plusieurs méthodes sans vraiment être satisfaite. Du coup, une fois n’est pas coutume, je vais vous laisser avec la quatrième de couverture:
« Voici l’histoire de quatre destins réunis au cœur d’un empire mourant. L’enfant du village gelé, le paladin hanté par un sombre secret, le prêtre émérite d’un ordre qu’il méprise, et le fils de l’empereur. Dans les rues des cités fourmillantes ou les profondes forêts, chacun accomplit un voyage sur les routes de l’empire mais aussi dans les méandres de son être : quelles sont les ficelles que tire le clergé dans les coulisses ? Qui a tenté de tuer l’empereur et d’éteindre à jamais sa voix ? Sur le sentier escarpé qui mène au pouvoir, le chemin est infiniment plus important que le sommet. »

Le corbeau et la torche est un roman dont il est compliqué de parler. Il subit, sans conteste, l’influence de ses prédécesseurs et grands noms de la fantasy. Il ne révolutionne pas le genre en proposant une intrigue assez classique à base de complots religieux, de tentatives d’assassinats et d’une prophétie mystérieuse qui désigne trois garçons dont on suit le destin à travers toute une galerie de personnages.

Je n’ai pas beaucoup de reproches à faire à ce roman mais celui-ci en fait partie: trop de personnages tue le personnage et trop de mystères… tue le mystère. Les protagonistes se multiplient, les scènes s’enchainent comme les épisodes d’une série, les révélations en moins. En cela, on peut parler de « roman à tableaux » dans sa construction et sa présentation. Le lecteur assiste à tout un tas d’évènements mais il n’y comprend pas grand chose. Il les note, au mieux, dans un coin de sa tête et essaie de les assembler plus tard. Des personnages secondaires vont et viennent, leur seule raison d’exister est de croiser les protagonistes, les garçons de la prophétie, ou plus simplement de mourir. Du coup, l’attention est détournée des vrais « héros » auxquels on ne parvient pas à s’attacher plus que ça.

Il faut rappeler, à ce stade, qu’il s’agit d’un premier roman. En tant que tel, le Corbeau et la Torche est assez bon. Le style littéraire de Nabil Ouali est travaillé et musical. Il a mis plus de soin dans la forme que dans le fond mais classique ne rime pas avec mauvais pour autant. Cela convient très bien à énormément de lecteurs, qu’ils soient ou non des adeptes de fantasy. Son intrigue reste intéressante et efficace malgré les quelques points soulevés au-dessus et on a envie d’enchaîner les vingt cinq chapitres, qui sont plutôt courts et dynamiques. Ce livre se lit d’ailleurs très rapidement et offre un bon moment de divertissement.

Outre son style littéraire, j’ai particulièrement apprécié les leçons du prince avec Glawol. Ce sont d’ailleurs les personnages les plus réussis, à mon sens et je crois que j’aurai, sur un plan personnel, goûté que le roman soit articulé uniquement autour d’eux et de leur point de vue. À travers ces leçons, Nabil Ouali revient à ses racines de philosophe, du moins si je me fie à sa biographie. Certaines discussions m’ont rappelée mes cours en philosophie morale à l’université et ça m’a fait sourire. J’ai été très sensible à cet aspect du roman qui invite subtilement à la réflexion et souhaite éveiller l’esprit de ses lecteurs à des considérations importantes.

Pour résumer, un premier roman n’est jamais parfait mais Nabil Ouali pose dans le Corbeau et la Torche les bases d’un univers classique et accrocheur. Sa plume poétique et maîtrisée promet de belles choses pour la suite. Ses influences classiques, que ce soit auprès des maîtres de la fantasy ou auprès des philosophes moralistes, en fait un roman très intéressant à décrypter avec plusieurs niveaux de lecture. C’est un univers auquel il faut laisser sa chance et un auteur à surveiller pour l’avenir ! Je recommande.

Les Mondes-Miroirs – Raphaël Lafarge et Vincent Mondiot

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Les Mondes-Miroirs est un roman de fantasy écrit par le duo d’auteurs français Raphaël Lafarge et Vincent Mondiot. Publié chez Mnémos, ce tome plutôt imposant coûte 23 euros et comporte de très belles illustrations intérieures réalisées par Matthieu Leveder.
Je remercie chaleureusement Nathalie de chez Mnémos pour ce service presse.

Il m’est difficile de résumer ce livre en quelques mots. Les Mondes-Miroirs, c’est avant tout l’histoire d’Elsy, une jeune femme mercenaire qui vient d’ouvrir son agence dans les quartiers ouest de Miricène. Mais c’est aussi celle d’Elodianne, son amie d’enfance et magicienne au Palais. Et celle de Baz’, d’Ohya, de Damnis, d’Édée, des jumelles, de Noélien… Plus qu’un roman, les Mondes-Miroirs est une fresque aux multiples points de vue qui se déroule sous les yeux du lecteur pour lui permettre de suivre l’intrigue sous toutes ses coutures.

J’ai vraiment eu l’impression de lire un manga ou plutôt, de regarder un anime. Pendant ces 432 pages, l’écriture des deux auteurs m’a permis de me projeter facilement au cœur de l’action comme si j’y étais. L’action est découpée d’une manière très visuelle, j’entendais presque des OST en fond sonore qui accompagnaient les combats ou même les scènes plus calmes dans la taverne. Une écriture très immersive ! On comprend aisément cet aspect du livre quand on se renseigne un peu sur les auteurs et qu’on découvre que Raphaël Lafarge est un habitué du transmédia et réalisateur de court-métrages.

Avec le recul, j’ai du mal à considérer que ce livre ne fait « que » 430 pages tant il se passe des choses, tant les personnages évoluent. La scène d’ouverture nous présente Elsy et Basilien qui rentrent d’une mission périlleuse et aurait fait un très bon lancement d’épisode. Classique mais accrocheur. Elle permet aussi de poser les bases de l’univers, d’évoquer les rebuts, la situation de cette ville capitale où ils évoluent. Le schéma narratif est vraiment le même que celui d’un shônen même si le fond et le développement tiennent plus du seinen. La plus grande partie des Mondes-Miroirs se déroule dans les bas fonds, les quartiers pauvres et malfamés d’où Elsy tente de s’extraire à la force de son ambition et de son culot. J’ai eu un peu de mal avec ce personnage au début mais je m’y suis attachée sans y prendre garde. Contrairement à ce que j’ai pu lire dans certaines chroniques, je ne trouve pas qu’Elsy soit clichée. Certes, elle entre dans un archétype mais les auteurs se sont bien débrouillés pour développer sa psychologie et la rendre intéressante. Lui donner vie, presque en tant que personne plutôt que personnage.

Des personnages, comme je l’ai dit, il y en a plein. J’ai été particulièrement sensible au traitement psychologique apporté à chacun d’eux. Dans les Mondes-Miroirs, pas de manichéisme ! Ni de messages dégoulinants d’espoir ou justement, de pessimisme. Un entre-deux sur un fil très mince. On est dans le cru, dans le sale, dans le vrai, finalement. Le réel, le crédible, ce qu’on pourrait vivre au quotidien. J’ai trouvé Noélien et sa démarche plutôt fascinantes, les révélations qui se font dans le château tout autant. Avec un traitement psychologique aussi manga (je radote ? okey, je radote mais c’est dans le bon sens) je ne pouvais qu’approuver.

L’univers créé par Raphaël Lafarge et Vincent Mondiot est d’une richesse époustouflante. Ceux qui ne sont pas habitués des univers fantasy denses s’y perdront peut-être au début mais pas de panique ! Chaque en-tête de chapitre comporte une note en lien avec un point qui sera abordé dans celui-ci. Ce sont des extraits d’archives, de discours, de prières, qui permettent d’éclairer subtilement l’esprit du lecteur sans alourdir le texte ou la narration. Sur un plan personnel, j’aime beaucoup ce procédé même s’il a tendance à orienter la lecture et à jalonner un peu le parcours.
Cet univers est très référencé et moderne. Dans cette société étrange, dans cette ville qui sort du lot, on retrouve la présence d’illustrés, comme un écho à notre propre monde. J’ai trouvé ce clin d’œil bienvenu, surtout qu’il est exploité judicieusement par les auteurs.

Parlons aussi du langage utilisé. La plupart des personnages sont vulgaires, ce qu’on comprend facilement vu leur milieu social. Mais j’ai déjà vu des blogueurs relever la présence d’insultes à outrance dans un roman comme un point négatif. Ici, ça ne m’a pas gêné et j’ai même trouvé que ça accentuait le côté manga. J’en venais à traduire les passages vulgaires dans ma tête en lisant et ça rendait parfaitement ! Comme quoi..

Il y a beaucoup à dire sur les Mondes-Miroirs et j’en ai déjà probablement trop dit. Je ne peux que vous recommander la lecture de ce titre qui m’a séduite par ses nombreuses qualités. Nous sommes en présence d’un texte résolument moderne qui s’inscrit en plein dans la nouvelle vague de fantasy francophone qui émerge de plus en plus, ce qui me ravit. J’espère que la collaboration de ces deux auteurs ne s’arrêtera pas là !

En bref, les Mondes-Miroirs est un roman de fantasy bourré d’action et de références qui ne manquera pas d’évoquer aux mangas aux lecteurs assidus de ce média, que ce soit par son univers, ses personnages ou son esthétique. Son ambiance sale et ses personnages déviants ne manqueront pas de séduire les lecteurs adeptes de ce type de lecture. Ne vous laissez pas décourager par son épaisseur, ce texte vaut la peine d’être découvert, ne fut-ce que pour son appartenance à la nouvelle vague de fantasy francophone. J’ai passé un excellent moment dans les Mondes Miroirs et j’en recommande la lecture !

Le Bâtard de Kosigan #4 Le Testament d’Involution – Fabien Cerutti

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Le Testament d’Involution est le 4e (et dernier) tome du premier cycle du Bâtard de Kosigan écrit par l’auteur français Fabien Cerutti. La fantasy médiévale se mêle à un 20e siècle sous forme épistolaire (oui c’est pas banal) pour une saga plus que géniale qui est disponible chez Mnémos au prix de 20 euros le tome.
Je remercie chaleureusement les éditions Mnémos en la personne de Nathalie pour ce service presse.
Ce roman entre dans le Pumpkin Autumn Challenge pour la catégorie « Au détour de Brocéliande » même si on peut la classer ailleurs. C’est juste que ça m’arrange de le mettre là :3

Je viens à l’instant de finir ma lecture donc j’écris mon avis un peu à chaud. Plutôt très à chaud. Et je vous avoue que j’ai présentement du mal à poser des mots sur l’enthousiasme que je ressens à la lecture de ce récit. J’ai lu un commentaire sur Booknode de quelqu’un qui se disait gêner de poster un retour sur ce livre, parce qu’il ne serait jamais à la hauteur de la qualité du roman. Au final, j’ai un peu le même problème.

Dans ma chronique du 3e tome (vu que, pour rappel, j’ai lu les deux premiers avant d’ouvrir le blog) j’ai mis l’accent sur toute une série de qualités qu’on retrouve évidemment dans ce 4e tome: un univers extrêmement riche et travaillé, un usage de la langue d’une rare maîtrise, une connaissance poussée de l’Histoire et des légendes dites « fantasy »… Alors, pensez-vous: tu vas juste te répéter, c’est ça? Et encore nous dire qu’on doit absolument lire cette saga? Que passer à côté, ça causera un manque dans nos vies, même si c’est plutôt destiné à un public de niche vu le niveau littéraire?
Déjà, oui. Clairement.
Mais pas que !

Dans ce quatrième tome, nous retrouvons notre chevalier là où nous l’avons laissé puisque les tomes 3 et 4 sont véritablement complémentaires, contrairement aux deux premiers. Du coup, je ne vous précise pas où exactement nous avions abandonné le chevalier ou même son descendant, vous le découvrirez par vous même. Les questions que l’on se posaient -parfois depuis le premier tome- trouvent enfin des réponses, de nouvelles prennent forment et la conclusion se dessine avec une rare maestria. Je suis épatée par le talent de l’auteur, qui a su tisser seul (enfin… seul? 😉 ceux qui ont lu comprendront) une intrigue aussi complexe qui se tient de bout en bout. Rien n’est laissé au hasard, le suspens est brillamment distillé et le rythme narratif réglé au poil. Il oscille entre révélations et scènes d’action, des passages entre le XIV et le XXe siècle, au point qu’on pose difficilement ce pavé de plus de 400 pages.

On pourrait croire, vu les nombreuses qualités du livre et son genre littéraire, qu’il prête finalement peu de cas aux personnages… Et ce serait une grave erreur. Pour vous dire à quel point Fabien Cerutti est doué, il a même réussi à me faire ressentir une forme de sympathie pour Las Casas (en vrai je l’aime plus que bien sauf qu’on va me juger si je le dis x.x). Dans le genre exploit ! Il a suffit d’une lettre.
Il suffit toujours d’une lettre, avec cet auteur. Je lui suggère de s’en faire un slogan !

Mais le must, c’est la fin. Ce que contiennent l’épilogue et la dernière lettre. Je ne vous en dit pas plus (et ça me pèse, j’ai désespérément envie d’en discuter avec quelqu’un) mais préparez-vous à la claque. Au cerveau qui se retourne. Aux neurones qui s’entrechoquent. Explosion en perspective !
Par contre, allez, trouvons un point négatif lié à la fin en question : j’aurai aimé qu’elle soit davantage romancée. C’est un goût personnel, mais une longue scène m’aurait davantage plu que cet épilogue un brin trop descriptif. Après, tout ce qu’il contient est suffisamment brillant pour effacer ce léger désagrément. Et c’est histoire de quand même nuancer mon propos qui paraît probablement trop enthousiaste à beaucoup d’entre vous. Pourtant, je vous le jure, j’en pense chaque mot.

En bref, que retenir de cette chronique et de la première partie des aventures du Bâtard de Kosigan? Déjà, que Fabien Cerutti appartient à la crème de la littérature fantasy médiévale francophone. Incontournable pour tous les adeptes du genre ! Que cet auteur est extrêmement soigneux avec tous les aspects de son univers, depuis l’intrigue aux personnages en passant par son langage et les détails historiques. Qu’il a réussi à proposer quatre tomes addictifs en posant les bases d’une saga qui mériterait de rester dans les annales. Et s’il y a un peu de justice dans ce monde, elle y restera.
Qu’il faut lire, donc, le Bâtard de Kosigan.
Et que je recommande cette saga coup de cœur depuis 2015 ♥

Les nouveaux mystères d’Abyme #1 la Cité Exsangue – Mathieu Gaborit

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La Cité Exsangue
est le premier tome des nouveaux mystères d’Abyme (ou l’inverse?) un diptyque écrit par l’auteur français Mathieu Gaborit qui s’inscrit dans l’univers des royaumes crépusculaires, dont il existe une version intégrale. Vous trouverez ce roman au prix de 18 euros chez Mnémos, que je tiens à remercier pour ce service presse ♥

La Cité Exsangue nous présente deux personnages principaux. D’un côté, le farfadet Maspalio qui revient à Abyme au bout de dix ans d’absence, après avoir reçu une lettre de Cyre, la femme dont il est amoureux depuis toujours et qui le supplie de l’aider. De l’autre, la cité d’Abyme en elle-même, vivante et tentaculaire, qui prend tant de place qu’elle en devient une protagoniste à part entière. L’histoire s’ouvre sur le retour de Maspalio, qui ne se passera pas sans mal. Et oui, les choses changent en dix ans et elles changent même de manière radicale… Il n’est plus le bienvenu dans cette cité purgée par l’Acier et va devoir user de trésors d’ingéniosité pour honorer son rendez-vous.

Ce fut pour moi une lecture en demi-teinte. Globalement, j’ai passé un bon moment avec ce premier tome court et dynamique. L’écriture de l’auteur, malgré ses égarements un peu trop descriptifs parfois à mon goût, nous embarque dans la cité au gré des mésaventures de son protagoniste principal, qui s’exprime dans une narration à la première personne. Hélas… Même si on m’a assurée du contraire, je trouve que ne pas avoir lu les autres romans de l’auteur, surtout ceux mettant également en scène Maspalio, est un frein. Pourtant, Mathieu Gaborit parsème son récit d’anecdotes et de souvenirs qui nous permettent de savoir sans vraiment savoir mais j’ai surtout eu l’impression d’être prise par la main, comme si l’auteur me pointait du doigt ce à quoi je devais prêter garder et conservait pour lui des informations que j’aurai aimé connaître pour me forger ma propre opinion. Je me suis sentie spectatrice sans parvenir à m’immerger entièrement dans le récit. Maspalio s’offusque par exemple de la purge de l’Acier, y voit une insulte à la cité mais pour nous qui débarquons seulement dans cet univers, tout va trop vite, ça manque de clarté. On sent que c’est scandaleux, que quelque chose cloche, mais on ignore pourquoi précisément alors qu’on voudrait vraiment le savoir ! Nous aussi, on a envie de s’offusquer avec Maspalio ! C’est très frustrant.

Cela ne m’a pas empêchée de trouver l’univers d’une grande richesse et véritablement intéressant. On sent que l’auteur a pensé son histoire et son cadre, qu’il les maîtrise et qu’il joue avec eux. En fait, ça m’a surtout donné envie de lire les autres romans qui constituent l’intégrale, afin de vivre véritablement aux côtés de Maspalio, de grandir en même temps que lui au fil de ses aventures, d’apprendre à me sentir concernée par les blessures de son passé, par ce qui l’a poussé à quitter Abyme il y a dix ans, de mieux connaître ses anciens sujets en tant que Prince Voleur, ses vieilles aventures. Bref, j’ai eu envie de comprendre tous les enjeux et finalement, on peut dire que c’est une réussite puisque l’auteur a tout de même réussi à m’accrocher.

La Cité Exsangue est un bon roman prometteur. J’ai lu plusieurs chroniques de lecteurs dont c’était le premier Gaborit et qui n’ont pas du tout ressenti la même chose que moi. Je vous encourage donc à découvrir non pas spécifiquement ce titre (qui ravira, j’en suis sûre, le lectorat déjà acquis par Mathieu Gaborit), mais l’auteur en lui-même et sa saga qui ne manquera pas (je l’espère) de vous charmer autant que moi j’ai pu l’être. Parce qu’indubitablement, j’ai décelé de vraies qualités dans ce roman ! Assez pour me donner envie de me plonger dans le reste.

En bref, la Cité Exsangue est un premier tome plutôt réussi qui met l’eau à la bouche. Le personnage de Maspalio sort du lot des héros habituels et s’il conserve un peu trop de bons sentiments à mon goût dans ce qui est présenté comme une fantasy sombre et baroque, il est agréable à suivre. L’univers mit en place par Mathieu Gaborit dénote d’une grande richesse et mérite d’être découvert. J’ai passé un très bon moment en Abyme et je me réjouis d’y retourner !

Premières lignes #7

Bonjour à tous !
En ce beau dimanche ensoleillé, je suis en train de lire les illusions de Sav-Loar de Manon Fargetton, une auteure que j’apprécie énormément et qui a de vraies qualités littéraires. Du coup, pour ce « Premières Lignes » (un rendez-vous créé par Ma Lecturothèque. pour lequel je ne suis pas toujours très assidue mais je me soigne :p) j’ai envie de vous parler de son autre roman dans le même univers que les illusions de Sav-Loar: l’Héritage des Rois-Passeurs ! Je l’avais chroniqué sur le blog et adoré.

Voici la 4e de couverture:
« Ombre, univers peuplé de magie, et Rive, le monde tel qu’on le connaît, sont les deux reflets déformés d’une même réalité.
Enora est unique : elle peut traverser d’un monde à l’autre.
Lorsque sa famille est décimée par des assassins masqués, elle se réfugie au seul endroit où ses poursuivants ne peuvent l’atteindre. Au royaume d’Ombre, sur la terre de ses ancêtres.
Là-bas, Ravenn, une princesse rebelle, fait son retour après neuf ans d’exil passés à chasser les dragons du grand sud. Sa mère, la reine, est mourante. Ravenn veut s’emparer de ce qui lui revient de droit : le trône d’Ombre. Et elle n’est pas la bienvenue.
Deux mondes imbriqués. Deux femmes fortes éprouvées par la vie. Deux destins liés qui bouleverseront la tortueuse histoire du royaume d’Ombre. »

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Et voici les premières lignes:
« Ravenn frissonna.
Le dragon se dressait devant la Meute, à l’orée d’une grotte. C’était une femelle aux naseaux fumants, haute comme cinq guerriers, couverte d’écailles brunes et de piques acérées. D’un signe de la main, Ravenn lança ses chasseurs à l’assaut. Les hommes chargèrent sans hésitation, javelot en avant, muscles bandés. La bête se figea, étonnée par l’audace d’êtres à l’apparence si fragile. Mais la surprise ne dura pas. Le dragon avait un nid à défendre. Sa tête recula, s’inclina sur le côté, et son cou qui ployait selon un angle étrange se gonfla soudain.
— En arrière, hurla Pelekaï, colosse aux mille tresses sombres et second de Ravenn.
Son avertissement n’était pas nécessaire, les hommes s’étaient déjà jetés sur le côté, évitant de justesse le ruban de feu qui jaillit de la gueule du dragon. Du coude, Ravenn protégea ses yeux de la vague de chaleur. Elle rouvrit les paupières un instant plus tard et frémit en découvrant la scène qui s’offrait à elle : au bout du chemin de terre roussie, à une quinzaine de mètres de la bête, se tenait un très jeune garçon pétrifié de terreur. Ravenn jura. Pour la centième fois, elle se maudit d’avoir accepté de prendre le fils cadet du chef à l’essai dans la Meute. Le gamin n’avait pas l’étoffe d’un guerrier. Il ne l’aurait jamais. Et, s’il ne s’écartait pas immédiatement du chemin de ce dragon, il allait perdre pour toujours l’occasion de prouver qu’il pouvait être bon à autre chose.
— Pelekaï ! Sors Lïam de là !
Le guerrier se précipitait déjà vers le garçon. La bête repéra son mouvement et le suivit d’un œil menaçant. Ravenn inspira, fit jouer sa mâchoire, décolla de son crâne les courtes mèches rousses imprégnées de boue. Elle était le Croc de cette Meute, son chef. Aujourd’hui, pas un seul de ses hommes n’aurait pensé à défier son autorité, car ils avaient en elle une confiance absolue. Ils n’auraient pas dû. Ravenn les avait tous mis en danger en acceptant la présence du gamin. C’était à elle de réparer cette erreur, et pour cela, elle allait devoir se montrer digne de sa légende. »

Connaissez-vous cette auteure? Avez-vous déjà lu ses romans? Qu’en pensez-vous? Ces premières lignes vous donnent-elles envie? 🙂